de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Captorix, mon amour

Captorix, mon amour

Paraphrasant Woody Allen, notre dernier grand critique, on pourrait dire du Houellebecq nouveau : « J’ai lu Sérotonine, ca se passe en Normandie ». Mais on ne le fera pas. Florent-Claude Labrouste, le narrateur, a 46 ans, roule en 4X4 Mercedes G 350 TD, mange du boudin artisanal au volant, boit du Coca zéro, n’appartient à aucun milieu, vandalise les détecteurs de fumée dans les chambres d’hôtel, vomit les écoresponsables et pense avec nostalgie au bonheur de ses années d’études. Au fond un type d’une nature assez simple qui n’en finit plus de se cogner à la complexité du monde. De quoi être désespéré et autodestructeur.

Indifférent à son destin, assez bartlebyen dans sa manière de « préférer ne pas », misogyne et homophobe, il est déjà au soir de sa vie en raison d’un enchainement de circonstances qui est justement l’objet de son récit. Il n’est plus que nausées et impuissance, la faute au Captorix, un antidépresseur nouvelle génération qui présente l’avantage de ne pas pousser au suicide tout en libérant par exocytose de la sérotonine produite au niveau de la muqueuse gastro-intestinale. Bref : un neurotransmetteur dans le système nerveux central associé à la gestion des humeurs. De quoi permettre de maintenir le désespoir à un niveau convenable.

On a droit à des pages reproduisant la carte et le menu du O’Jules de la rue Bobillot ou les horaires du Carrefour City de la place d’Italie, mais ceux du chemin de fer entre Bagnoles-de-l’Orne et Canville-la-Rocque manquent cruellement à supposer que la ligne existe encore, absence regrettable quand on se souvient que Proust y décelait une certaine poésie. On emploie parfois des mots inusités : « sororal », « rom’com » ; pas de gays dans ces pages mais des « pédés », des « pédales » voire des « pédales botticelliennes » (le narrateur a Bac+8) ; il y a ce qu’il faut de pédophilie et de zoophilie pour être en phase avec le plus glauque de l’actualité ; on réussit tout de même à placer le Christ en planche de salut dans la toute dernière page in extremis plutôt qu’in excelcis ; on « échange par Skype » ; on croit néoproustifier en rebaptisant un volume de la Recherche « A l’ombre des jeunes chattes humides » ; et on se permet de traiter Goethe de « vieil imbécile » et de « radoteur ». Qu’est-ce qu’on est postmoderne !

Quant aux femmes, dont on sait qu’elles sont les premières lectrices de romans et cette fois encore elles n’y manqueront pas, elles sont rarement dites « femmes » mais plus précisément qualifiées de « chaudasses », de « bombasses » ou plus prosaïquement de « grosses salopes ». Enfin un homme qui sait leur parler ! Au cas où un doute subsisterait , leur fonction est limpide dès la page 73 :

« On se retrouvait en permanence dans une situation de choix ouvert entre les trois trous, combien de femmes peuvent-elles en dire autant ? Et en même temps comment les considérer comme femmes, ces femmes qui ne peuvent en dire autant ? »

Ca, l’œuvre du grand écrivain français contemporain, le plus lu, le plus écouté, le plus traduit, le plus commenté, le plus controversé dans le monde ? C’est écrit sans génie et sans lourdeur (ici un extrait), malgCIMG1363ré des procédés à l’effet calculé mais dont la répétition est lassante : « n’anticipons pas », « j’y reviendrais », « j’en ai parlé », « dans des circonstances que je relaterais peut-être quand j’aurais le temps », « pour différentes raisons que j’expliquerais sans doute plus tard » jusqu’au puéril « Zadig et Voltaire ou bien Pascal et Blaise » à plusieurs reprises . Cela dit, ce côté potache, dont Houellebecq ne s’est jamais défait, est sauvé par un humour, une ironie, un sens de l’understatement réjouissants qui en font un roman somme toute agréable et fluide, quoique peu dialogué, comme on le dirait d’un page turner. Ah, la « Weltanschaung des réceptionnistes », il fallait y penser… Pour ce qui est de la grâce du Centre Leclerc de Coutances, l’effet est désormais usé, ayant beaucoup servi dans ses précédents livres. Aussi daté que son esthétique du porno et de ce qu’il convient d’appeler non sans délicatesse son goût de chiottes, décalage qui concourt à donner à Houellebecq un côté « vieux con » dont on finit par se lasser d’autant qu’il lui est désormais naturel quand ses thuriféraires voudraient faire passer cela pour l’ultime feinte de l’écrivain dans la construction de son propre personnage.

Mais par pitié qu’on ne prenne pas tout cela trop au sérieux ! Quand on imagine déjà les futures thèses de doctorat qui nous menacent sur « Sombritude urbaine et dépression agricole dans Sérotonine de M.H. », on est effondré à l’avance. Car le propos est somme tout assez anodin quand il n’est pas quelconque. Toutes ces généralités sur les hommes, les femmes, les Hollandais (« des putes, une race de commerçants polyglottes et opportunistes »), les Japonais (« personne n’y comprend rien ») etc sont d’un intérêt littéraire, poétique et rhétorique limité, et d’un enjeu intellectuel réduit. Au passage, l’auteur/narrateur (mais qu’alliez-vous imaginer ?) confirme Platon (merci pour lui), dément Schopenhauer (tant pis pour lui), découvre Les Âmes mortes, la Montagne magique et Mort à Venise (il était temps). Mais enfin, c’est là l’expression d’une pensée simpliste qui devrait enchanter le plus grand nombre, d’autant que la masturbation qui l’occupe tant est un sujet universel, alors de quoi se plaint la librairie.

Sérotonine (347 pages, 22 euros, Flammarion) est le récit existentiel et désenchanté des affres, des doutes, des incertitudes d’un ingénieur agronome dépressif, inquiet de l’état de la France et de sa bite. Ce qui ne change pas, c’est qu’un roman signé Houellebecq est incontestablement un événement avant d’être publié et avant d’avoir été lu ; un jour, il le sera avant même d’avoir été écrit. Contrairement à une idée répandue, il n’est pas le Godard de la littérature. Car si leurs apparitions et interviews sont également recherchées en raison de leur goût commun de la provocation, de la dérision et du comique, les livres de l’un sont très lus partout alors que personne ne va voir les films de l’autre nulle part.

Mais qu’est-ce que ca dit d’autre que ce que ca raconte ? A vrai dire, pas grand chose et c’est là que le bât blesse. Les houellebecquiens canal historique auront beau faire, bien qu’ils comptent des agents dans la plupart des avant-postes médiatiques, ils auront cette fois du mal à louer ses dons visionnaires et prémonitoires, à défaut de son prophétisme. Car il faut un certain culot pour, comme l’a fait le Figaro avec toutefois le bémol du point d’interrogation, oser un gros titre raccrochant la crise des quotas laitiers, les barrages des éleveurs sur les routes, les suicides des cultivateurs et autres désespérances agricoles hélas récurrentes depuis des années, à l’actuelle révolte desdits Gilets jaunes. Il paraitrait que les métaphores sont limpides à ceux qui savent les lire : les poulets élevés en batterie dans des conditions atroces, ce serait nous, les Européens ; et le poulailler, l’Occident en pleine décadence néolibérale ; ce qui, je l’avoue à ma courte honte, m’avait échappé ayant déjà eu du mal, jusque là, à considérer la Normandie comme le centre du monde, mais de ce défaut de perspective devrons-nous peut-être revenir aussi après Sérotonine puisque les « unes » des gazettes nous y engagent avec uCIMG1354ne rare ferveur s’agissant d’un nouveau roman.

Il ne suffit pas d’aligner des marques pour critiquer la société de consommation ou appeler à la décroissance. Or on nous enjoint déjà un peu partout à considérer que, à l’égal des aristocrates du faubourg Saint-Germain disséqués par Proust, les producteurs d’abricots du Roussillon et les producteurs laitiers du Calvados sont des personnages universels. Encore que, il faudrait y réfléchir à deux fois, son héros cultivateur Aymeric d’Harcourt étant l’héritier d’une des plus anciennes et des plus illustres familles françaises, propriétaire d’un immense domaine foncier, membre du Jockey club et susceptible d’occuper bientôt un rond-point de jour comme de nuit dans sa commune, ce qui change tout. Sacré Houellebecq ! Il n’a décidemment pas son pareil pour humer l’air du temps et s’y glisser.

La France rurale se meurt depuis des années, mais l’a-t-on attendu pour le découvrir ? Michel Houellebecq ne dérangera rien ni personne avec son septième roman. Ni l’ordre des choses, ni les institutions, ni les puissants. On le dit lucide et certains de ses livres ont témoigné de son flair de sociologue amateur, mais que sa vision du monde est sinistre, que sa France est lugubre toute à sa décomposition morale, le négatif inversé d’Amélie Poulain étant entendu que les deux ont faux tant leur regard est biaisé. De son « Je » qui n’est jamais un autre mais bien lui-même, on a voulu faire un Bardamu comme si le héros de Céline n’était qu’un pauvre type et un médiocre qui portait sur ses épaules toute la misère humaine qu’il se charge de dénoncer.

Michel Houellebecq sait très bien se vendre : couverture de Valeurs actuelles bien en avance sur la décadence de l’Occident avec des accents empruntés à Oswald Spengler, mariage people en amont chez Lapérouse, embargo sur les épreuves du livre « imposé » aux journaux, éloge de Trump dans un magazine américain, mise en place de 320 000 exemplaires etc Mais on n’est pas obligé d’acheter. On lit partout que Sérotonine est bouleversant, poignant, crépusculaire etc Question de lunettes et de verres teintés. Il est vrai que le réel qu’il décrit est d’une tristesse sans nom et qu’il annonce pour demain la guerre civile à l’égal de n’importe quel factieux sur Facebook. De tous ses personnages de vaincus de la société pour lesquels il éprouve une réelle empathie, rares moments où affleure une authentique émotion, l’auteur est lui-même le seul looser qui ait réussi. Claro, le feuilletoniste du Monde des livres, a d’un touite remis les pendules à l’heure :

“Le seul intérêt du nouveau roman de Houellebecq, c’est qu’il nous permet de jauger sur pièces le niveau de la critique littéraire en France ».

Disons que c’est un effet collatéral non négligeable. Page 29 de Sérotonine, le narrateur dit de Yuzu, sa compagne japonaise :

”La vérité, c’est qu’elle n’en avait absolument rien à foutre ».

Comme quoi l’extra-lucidité de Michel Houellebecq va parfois jusqu’à anticiper les réactions de certains de ses lecteurs les mieux intentionnés.

(« Mariage de M.H. » photo Philippe Matsas ; « Normandie » photo Passou)

Cette entrée a été publiée dans Littérature de langue française.

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commentaires

746 Réponses pour Captorix, mon amour

caulerpa dit: 31 décembre 2018 à 9 h 31 min

8 à 6 h 26 min
attention, le « mon peit chéri »,s’avance sur la RDL ,même en l’asence de wgg!Cest un signe?

renato dit: 31 décembre 2018 à 8 h 58 min

Lu la tétralogie de Mishima entre 68 et 71 ; le dernier — Lo specchio degli inganni — en retard d’une année par rapport à sa date de sortie. Maintenant ils sont dans un carton, mais où, dans quel atelier ? ici, à Turin ? peu importe.

Bėrėnice dit: 31 décembre 2018 à 8 h 36 min

Paul, j’ai lu après le banquet, le marin, confession d’un masque…il y a plus de trente ans et je me souviens juste y avoir pris beaucoup de plaisir. Descriptions des parcs et des temples, des livres imprégnés de nostalgie pour une tradition en voie de disparition.

Paul Edel dit: 31 décembre 2018 à 8 h 28 min

Quand on lit les descriptions de paysages, notamment les bords de la mer, et leur grand ciel, avec des pins, ou les jardins, ou les routes avec digue, chez Mishima, il y a une pureté cristalline des images , on note une grande limpidité de l’air, une précision des contours et des nuances tracée avec pureté , comme si une vitre invisible avait été nettoyée, à a perfection, chez lui, comme chez Kawabata.

Bėrėnice dit: 31 décembre 2018 à 8 h 28 min

Renato, je dispose de la meme fontaine à deux pas mais y’a pas Italo. A la place , l’aménagement nous a peint un trompe l’oeil, l’arlesienne ,peut on lire comme surement le Lutetia orne l’entree d’un célèbre établissement. C’est une fontaine sans charme et sans bruit d’eau, il faut appuyer sur un gros bouton en inox de salle de bain pour obtenir un maigre filet d’eau, le tout discrètement retroéclairé de bleu la nuit venue. Le pavement de la placette effectué par des travailleurs déplacés portugais doués.

Chaloux dit: 31 décembre 2018 à 6 h 26 min

Delaporte raconte absolument n’importe quoi. Du Blabla de sacristie… Il n’a pas lu le livre dont il parle, et se montre incapable d’en rechercher les enjeux dans le contexte d’une œuvre. Mais surtout, c’est un menteur. On ne discute pas avec les menteurs. On les écrase.

gisèle dit: 31 décembre 2018 à 1 h 56 min

Delaporte 0h35. Il semble que vous ayez des aigreurs d’estomac ,qui me font penser aux désastreux désordres qui avaient affecté les Chats Sacrés de ED, il y a un certain temps, et avaient affligé tout le commentarium. ED avait trouvé le remède: changer de croquettes. A vous la solution, pour faire passer Yourcenar, PEdel, Mishima et les autres, changez de croquettes !

Delaporte dit: 31 décembre 2018 à 0 h 49 min

D’ailleurs, et quand bien même Yourcenar n’aurait lu et cité les romans de Mishima qu’en anglais, tant mieux ! Le problème est que, même en anglais, elle ne les a pas lus du tout. Elle les a feuilletés rapidement, convaincue que ça ne valait rien. Elle en parle quand même un peu dans son essai, très péjorativement. Et voilà le tour de passe-passe effectué, et Gallimard content, qui publie ce navet de Yourcenar. Une Yourcenar éminente qui va entrer à l’Académie, reçue par Jean d’Ormesson, autre grande nullité, sans parler de l’émission Apostrophes consacrée par la télévision à cet événement mondain ridicule. Le discours de réception de Yourcenar avait même été retransmis sur les antennes des médias putrides de l’époque. Le dindon de la farce était bien ce pauvre Mishima !

Delaporte dit: 31 décembre 2018 à 0 h 35 min

« J’ai sous les yeux la Correspondance de Marguerite Yourcenar (« Lettres à ses amis et à quelques autres »). Elle y parle à plusieurs reprises de son essai à venir, « Mishima ou la Vision du vide », avoue une fois au moins que la complexité de cet écrivain lui pose parfois problème, mais ni son admiration ni son goût pour lui, dont elle dit avoir TOUT lu, ne se démentent. »

Dans cet essai, médiocre, Yourcenar avance des propos sur la biographie de Mishima, et notamment sur son fameux « seppuku » qui a fasciné tout le monde, et moi le premier, du moins à l’époque. En lisant attentivement le reste, lorsque Yourcenar, nous cassant littéralement les pieds, évoque l’oeuvre romanesque, on constate qu’elle n’a pas du tout compris son importance et sa grandeur. Yourcenar s’est, une fois de plus dans sa vie, trompée. Même si elle n’avait lu cette oeuvre qu’en anglais, pourquoi pas ? Mais même en anglais, elle s’est trompée, méchamment trompée. Cet essai de l’intempestive Yourcenar est une daube, voilà ce qu’il faut dire. Elle a écrit un travail bâclé, rédigé ,à toute vitesse, ne prenant même pas la peine de lire Mishima. Pire : elle méprisait Mishima. Pour elle, Mishima était un auteur de romans-feuilletons. Pour Yourcenar, Mishima était un type d’extrême droite, qui a effectué un suicide spectaculaire, un seppuku qu’elle décrit méticuleusement, comme aurait pu en rendre compte le journal Gala ou Spectacle du monde. Yourcenar était ce genre de lectrice décatie, adepte de la presse people. Elle se prenait pour une reportrice de Paris Match, avec le poids des mots. C’est parfait, c’est louable. Mais est-ce que cela fait de Mishima ou la passion du vide un livre honnête ? C’est un livre qui en réalité est à côté de la plaque, totalement. Le fait divers est traité par Yourcenar, et rien d’autre. Voilà la limite. Après, l’Académie française et le reste, on repassera. Quant à la vraie littérature, le vrai Mishima, le vrai romancier, peu importait à Yourcenar : elle n’en a jamais deviné la présence. Yourcenar est passé littéralement à côté de Mishima, il suffit de lire ce pauvre livre. On peut fantasmer sur Yourcenar tant qu’on voudra. La réalité est là. De même, pour ceux qui fantasment sur PaulEdel et croient que je l’attaque : pas du tout. PaulEdel vient de commettre un impair impardonnable, indigne d’un écrivain, un impair d’une légèreté exceptionnelle, d’une bêtise insondable, preuve d’un manque de réflexion inouï. Espérons qu’à PaulEdel et aux autres, 2019 apporte la sérénité et le privilège de la vieillesse, qui consiste à proférer moins de stupidités.

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 23 h 51 min

C’est franchement mauvais, Nicolas !
Personne ne le lui a dit ?
https://books.google.fr/books?id=ZmOiUE1og1AC&pg=PT77&lpg=PT77&dq=La+texture+fine+et+délicate+des+nuages+Disparaît+derrière+les+arbres;+Et+soudain+c’est+le+flou+qui+précède+un+orage+:&source=bl&ots=EhOpSTfSaA&sig=aiiOWXaiPRKuqGL2ZrE48RDqbFM&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwi1gPK-0MjfAhXFQxUIHXiDB_IQ6AEwAHoECAoQAQ#v=onepage&q=La%20texture%20fine%20et%20délicate%20des%20nuages%20Disparaît%20derrière%20les%20arbres%3B%20Et%20soudain%20c’est%20le%20flou%20qui%20précède%20un%20orage%20%3A&f=false

Nicolas dit: 30 décembre 2018 à 23 h 31 min

La texture fine et délicate des nuages
Disparaît derrière les arbres;
Et soudain c’est le flou qui précède un orage :
Le ciel est beau, hermétique comme un arbre.

Le plus grand poète contemporain de tous les temps

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 23 h 17 min

Vous n’êtes pas zoophile, je peux donc assurer que ce n’est pas votre genre. La certification , la certitude? vous gêne, vous irrite, vous agace ?

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 23 h 12 min

C’est vrai, on ne doit pas non plus parler d’argent. Bref, il faut faire comme dans ce clip de Jarmusch, tourner autour d’un trou sans y rentrer ou faire le grand tour en passant derrière l’arbre avant que toute cette conversation vaine ne se termine naturellement ou brusquement sur un caprice de scenario.

C.P. dit: 30 décembre 2018 à 22 h 57 min

Delaporte, vous êtes de mauvaise foi : Paul Edel a par exemple soutenu comme moi les traductions de Marc Mecréant et Gaston Renondeau.

Quant à Marguerite Yourcenar « juge » de Mishima, Chaloux a raison. J’ai sous les yeux la Correspondance de Marguerite Yourcenar (« Lettres à ses amis et à quelques autres »). Elle y parle à plusieurs reprises de son essai à venir, « Mishima ou la Vision du vide », avoue une fois au moins que la complexité de cet écrivain lui pose parfois problème, mais ni son admiration ni son goût pour lui, dont elle dit avoir TOUT lu, ne se démentent.
Je doute qu’elle ait lu les traductions directes en français dont j’ai parlé, car elle ne donne les titres qu’en anglais… mais vous devez bien savoir où elle résidait. Il est bien évident en tout cas qu’elle n’a pu lire que dans des éditions américaines la tétralogie de ‘ »La Mer de la fertilité ».

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 22 h 54 min

Un âne chanceux quand on vous connait juste un peu. Il a réussi à vous intéresser alors qu’il n’était ni un homme ni une femme , une jeune fille, une beauté, un artiste, un QI supérieur, un miracle que cette amitié. Je suis réellement rassurée de vous savoir capable d’un sentiment sans espoir de communication verbale ou de peformance sexuelle.

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 22 h 49 min

Je ne sais pas, Béré, il y a des chefs-d’œuvre qu’on lit en une journée, d’autres en dix jours, et d’autres encore en dix ans. J’ai lu La Mer de la Fertilité dans le parc d’une villa de l’île d’Yeu avec pour compagnon un âne qui me faisait hurler de rire, l’animal le plus sournois et le plus comique que j’aie jamais rencontré, un ami pour la vie. C’est un très grand souvenir.

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 22 h 22 min

Chantal, ce dont on peut être assurés c’est que Jacques B n’ira pas à l’hôtel en présentant la demoiselle comme étant sa niece comme le font certains quand ils sont accompagnés d’une jeunesse et demandent une chambre avec un seul lit.

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 22 h 20 min

L’année 2018 s’était assez bien passée, sur le blog à Passou. Et voilà que le dernier jour notre pauvre PaulEdel se lâche à propos des traductions frelatées de Mishima. C’est le bouquet, histoire de finir cette longue année en beauté. Quelle catastrophe ! 2019 promet !!!

Chantal dit: 30 décembre 2018 à 22 h 14 min

Oh ! Elle est chou la petite danseuse, c’est ta nièce Tabata B ?

Delaporte à la plaque, crédibilité zéro, C’est pas chez Gallimard mais Albin Michel les oeuvres de Paul Edel.

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 22 h 12 min

Si ç’avait été quelqu’un d’autre que notre cher PaulEdel qui avait soutenu ces effroyables traductions de l’anglais, je n’aurais peut-être rien dit, du moins pas autant. Mais voir quelqu’un que j’estime comme lui entrer à plate couture dans ce piège mortel de l’édition et de la littérature, alors là, je dis non ! C’est que le monde est perdu, c’est que tout est fini ! Dites-moi, PaulEdel, vous n’avez sans doute pas de progéniture, mais vous imaginez dans quel monde vont vivre vos neveux et vos nièces ? Et vous ne faites rien ? Et quand vos propres pseudo-oeuvres seront éditées à la va-vite, ou même plus du tout éditées, comme c’est le cas aujourd’hui, vous allez trouver ça normal ? Grands dieux ! Réveillez-vous, PaulEdel !!!

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 22 h 05 min

Chaloux, surement est ce faux mais j’ai l’impression de ne pouvoir lire que des chef-d’oeuvre quand bien même je progresse lentement beaucoup plus lentement qu’avant.

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 21 h 55 min

Jazzi, je n’ai pas attendu ton petit art du découpage pour lire Mishima. Pas besoin de tes morceaux choisis. Merci.

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 21 h 45 min

« c’est déjà un profil,- auquel je ne me serais pas attendu. »

Un sous-préfet aux chants, Chaloux.
Tu peux juger du résultat avec mon extrait, plutôt bon m’a-t-il semblé, qui figurera dans « Le goût du printemps, programmé pour mars 2019 (Ed va encore râler !).

renato dit: 30 décembre 2018 à 21 h 18 min

Rencontre Bernstein/Jackson.

Party au Plaza après un concert de Michael Jackson. Parmi les invités Bernstein qui, à un moment, dut aller au cabinet juste quand Jackson en sortait et il lui dit qu’il avait aimé le spectacle et que ses qualités de danseur l’avaient impressionné. N’ayant pas reconnu B, MJ le remercia, en le traitant plutôt expéditivement ; plus tard quelqu’un dit à MJ qui était ce vieillard sur quoi il s’agenouilla aux pieds de B et s’excusa.

Faudrait affiner…

hamlet dit: 30 décembre 2018 à 20 h 51 min

« relire Ravelstei. »

renato c’est marrant, vous m’avez toujours fait penser à ce personnage de Bellow.

moi ce serait plutôt Herzog, ce type qui écrit à Rousseau ou Nietzsche pour se plaindre.

les femmes pourraient dire la même chose de nous les hommes, mais le regard que nous portons sur le monde est indissociable de celui que nous portons sur les femmes, et du leur sur nous qui dépend du nôtre sur elles, et le nôtre sur elles dépend du nôtre sur le monde.
la grosse différence entre vous et moi renato réside dans notre rapport à la culpabilité et le poids du monde qu’elle entraîne : lourdeur ou légèreté, ma foi c’est comme, il faut être indulgent pour ceux qui ne connaissent que la lourdeur du monde, soyez indulgent renato…

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 20 h 44 min

Un traducteur de Mishima, ancien sous-préfet qui publiait chez Téqui -maison légèrement traditionaliste-, c’est déjà un profil,- auquel je ne me serais pas attendu.

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 20 h 40 min

Pour la plupart d’entre nous, le chef-d’œuvre est semblable à un grand parc dont nous aurons souvent longé les grilles mais dont nous ne franchirons jamais le portail.

hamlet dit: 30 décembre 2018 à 20 h 36 min

renato dit: 30 décembre 2018 à 20 h 23 min

c’est beau renato, merci ! nous ne portons pas le même regard sur le monde, mais quand je vous lis je partage votre regard le temps de la lecture, et Dieu que ça fait du bien…

si vous en avez d’autres du même tonneau…

hamlet dit: 30 décembre 2018 à 20 h 27 min

merci jazzi, je ne me relis pas parce que je sais que tu le fais pour moi, j’aime bien sentir ta présence derrière mon dos…

sur l’aspect « bouche trou » de Houellebecq je verrais plutôt le côté « débouche évier ».

au début (époque de l’extension du domaine…) je n’aurais pas parier un kopeck sur lui.

mon kopeck je l’aurais misé sur Dantec ou Antoine Volodine (quel dommage qu’il ne soit pas l’élu…), j’ai jamais été très bon pour les paris, et toi ?

je parie que dans un siècle Houellebecq sera oublié, par contre la postérité retiendra Volodine (?)

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 20 h 26 min

Une traduction n’est pas un exercice puéril de téléphone arabe. Il y a là-dessous tout le problème économique actuel, qui happe la culture et en fait une valeur ajoutée, au détriment de la véritable culture. En cas de révolution par les Gilets jaunes, il faudra investir Gallimard, et lui faire subir une refondation radicale, où la morale aurait enfin son mot à dire. De quoi crèvent aujourd’hui les artistes ? Du mépris dans lequel les capitalistes les tiennent. L’exemple des traductions frelatées de Mishima est caractéristique de cette situation, dont je m’étonne qu’un PaulEdel se satisfasse si aisément.

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 20 h 24 min

Delaporte:Est-ce pour cette raison que Yourcenar, dans son essai sur Mishima, dévalue fortement son oeuvre romanesque ? Comme si elle n’avait fait que survoler la chose ? En fait, Yourcenar était surtout intéressé par le kitsch de son seppuku, le spectaculaire plutôt que le sérieux de l’oeuvre écrite. Pauvre Yourcenar !

Ah bon. Il faut lire les livres avant d’en parler. Yourcenar, si elle dévalue, parle de romans qui n’ont jamais été traduits et que Mishima écrivait très rapidement pour les journaux, littérature alimentaire. Pas de ses grands livres. On dirait du Blabla… Pauvre gars.

renato dit: 30 décembre 2018 à 20 h 23 min

Auto-citation.
« Quelle est la meilleure forme du chef-d’œuvre ? Il n’y a pas de réponse à cette question — on ne peut qu’en souligner le caractère anachronique. Par contre, pour la question «qu’est-ce qu’il se passe là où l’Histoire advient ?», nous avons la réponse : «je vais et je vois». Depuis le temps de ma jeunesse, rien ne change pour ce qui est de ma curiosité, mais le panorama c’était mieux avant ? Laudatio temporis acti : on s’amusait beaucoup plus, le monde était moins vulgaire et on trouvait plus aisément des objets d’admiration. Déjà, nous avions une autre perception du temps, car nous étions jeunes, en bonne santé et insouciants ; il était ainsi plus facile de se dire «je vais et je vois», et par-dessus le marché, ce n’était pas fatigant, tandis qu’aujourd’hui… Aujourd’hui, on jette un coup d’œil à la salle des machines seulement s’il s’agit de bonnes machines parce qu’elles sont peu bruyantes ; donc, lorsqu’un bruit désagréable monte de la salle des machines on sait qu’il n’y a rien qui vaille là-bas.
Mais, c’était vraiment mieux avant ? Déjà, mon grand-père regardait avec suspicion les études et les divertissements de son fils, qui à son tour eut le même regard relativement aux miens ; un mode recourant, donc, qui fonctionne comme ça depuis la nuit des temps, probablement. Est-ce ma fatigue ou est-ce la qualité de la plupart des objets offerts par le monde qui m’induit à redéfinir le périmètre de mes intérêts ? Est-ce la qualité de certains produits culturels qui en fait des objets indigestes ou est-ce mon estomac qui s’est fait trop sensible ? La fortune du «fait divers» chez Gadda aux prises avec le monde romain, par exemple, ou chez Capote en immersion, m’ont gâté, ou bien je suis simplement contrarié par les frustes qualités des objets de certains de nos contemporains ? Est-ce leur approche esthétique qui est objectivement faible (même avec la démocratisation des arts comme alibi) ou le mien qui n’est pas en adéquation ? Si je me tiens aux critères d’évaluation que j’ai développée, leur faiblesse esthétique ne tient pas le coup à front d’approches qui, même si subjectives, correspondent aux expériences artistiques conduites par de jeunes gens que je trouve par-ci par-là et qui méritent que je prenne le temps de les regarder de près. «Je vais, je vois», donc.
Dans cet environnement la rencontre Bernstein/Michael Jackson au Plaza de NY, ne serait pas dépourvue de sens et l’esquisser me plairait beaucoup, mais le temps dédié aux passetemps étant ce qu’il est, la narration de cette anecdote ne sera pas pour aujourd’hui, car maintenant «a potion stimulating rebellion and immoderate desires (coffee)» et relire Ravelstei. »

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 20 h 17 min

Je soutenais simplement l’opinion que traduire à maintes reprises Mishima de l’anglais et non directement du japonais était une atteinte à l’honneur d’un écrivain. PaulEdel semblait se satisfaire de cette situation. Ma réprobation était donc légitime à propos de cette paresse intellectuelle, surtout venant d’un écrivain qui se vante d’être lui-même traduit en de multiples langues. Là, j’avoue qu’il y a quelque chose que je comprends plus, à moins bien sûr que PaulEdel ne soit un escroc littéraire – ce que je ne crois pas. Je n’ai rien contre lui, et je vais souvent sur son petit blog où il déploie son amour des belles lettres et de la littérature. Un parfait humaniste, PaulEdel ! Ainsi, le voir soutenir l’infâme Gallimard pour ces traductions de Mishima de l’anglais m’a fait légitimement bondir. Pauledel ne devait pas être, cette après-midi, dans son état normal. Sans doute est-ce l’effet d’une surdose de grappa… Gageons qu’avec 2019, les choses vont rentrer dans l’ordre.

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 20 h 14 min

Mishima avait totalement approuvé la traduction anglaise (ou plutôt américaine?), à laquelle il avait il me semble travaillé avec le traducteur, – mais je ne suis plus sûr de ce détail. Il avait donc été convenu, pour éviter d’éventuels errements, de traduire ses romans dans toutes les langues européennes à partir de ce travail. Évidemment, le jugement porté sur ce type d’arrangement a beaucoup évolué entre temps.

vedo dit: 30 décembre 2018 à 19 h 49 min

A propos des gilets jaunes, plus que les commentaires dans la chambre d’écho du temps présent, me semblent éclairant certains commentaires de Jules César sur les Gaulois ainsi que ceux de la comtesse de Boigne sur les journées de juillet (avec en prime un portrait peu flatteur de Chateaubriand).

Petit Rappel dit: 30 décembre 2018 à 19 h 47 min

Jazzi, votre traducteur Mishimesque de Tanguy Kenec’h du n’aurait-il pas par hasard un prénom? Il me semble que TK est le patronyme de la famille.
Bien à vous.
MC

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 19 h 36 min

Donner une information n’est pas la cautionner, Delaporte. En revanche, faire circuler une fausse information est un délit, doublé d’un péché, s’agissant d’un Grand Chrétien…
Présente tes excuses à Paul et repens-toi !

C.P. dit: 30 décembre 2018 à 19 h 09 min

Paul Edel, nous nous recroisons donc : « Le Marin rejeté par la mer » est sans doute le roman de Mishima que je préfère.

C.P. dit: 30 décembre 2018 à 19 h 04 min

J’avais oublié « Le Marin rejeté par la mer », traduit par Gaston Renondeau cinq ans ou six seulement après sa parution je crois, là encore avant 1970.

Paul Edel dit: 30 décembre 2018 à 19 h 00 min

CP, Merci.je vous signale que la traduction du « marin rejeté par la mer » de G. Renondeau » est vraiment belle en français , prenante.et que celle de Marc Mécréant pour le « pavillon d’or » , de 1960, donne aussi une image magnifique de cet écrivain.

C.P. dit: 30 décembre 2018 à 18 h 38 min

Delaporte, j’interviens bien peu ici, mais tout de même :

Si l’on peut regretter que la tétralogie de « La Mer de la Fertilité » ait été retraduite de l’anglais, « Le Pavillon d’Or », « Après le banquet », « Le Tumulte des flots » notamment ont été traduits en français DU JAPONAIS, respectivement par Marc Mécrant et Gaston Renondeau AVANT 1970 chez Gallimard.

S’agissant de Paul Edel et alors qu’il n’a pas besoin de moi pour le défendre, vous semblez pris d’un accès de rancoeur furieuse…

Paul Edel dit: 30 décembre 2018 à 17 h 35 min

Delaporte informez vous.. 46 traductions de « la Maîtresse de Brecht « …et au Japon et pays arabes deux traductions pour la Chine.et une merveilleuse traduction a New york…faut sortir Donc vous avez tout faux mon petit chéri…

Jacques R. dit: 30 décembre 2018 à 17 h 20 min

Et si on échangeait les gilets jaunes contre les migrants ? Les premiers, manifestement, ne se plaisent pas en France, alors que les seconds seraient ravis de prendre leur place.

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 16 h 59 min

Mon cher PaulEdel, j’espère qu’un jour vos misérables romans seront traduits en japonais, mais non pas du français, mais de l’anglais. Vous verrez un peu ce que cela fait d’être ainsi traité, comme une sous-merde. Là, vous prendriez conscience de l’humiliation. Mais ça ne risque évidemment pas de vous arriver, car vous n’êtes traduit en aucune langue étrangère, privilège réservé aux écrivains honnêtes, compétents et talentueux !

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 16 h 54 min

Car que nous dit PaulEdel, finalement ? Qu’il est adepte de la falsification littéraire, de la malhonnêteté, du travail de traducteur bâclé et de l’impérialisme anglais. Il ne s’en rend même pas compte ! Alors, pourquoi croyez-vous, insane PaulEdel, que Gallimard finisse, tant d’années après, par proposer enfin une traduction du japonais ? N’est-ce pas la preuve ici qu’il y avait un petit problème ? Mais PaulEdel, comme le gros abruti qu’il est depuis toujours, se contentait et était heureux avec ses traductions frelatées des années 60. Le pauvre homme de lettres ! Le raté !!!

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 16 h 49 min

Si aujourd’hui, on en est arrivé là, à ce point de décervelage intellectuel que connaît le monde du livre, à cette décadence où le n’importe quoi règne en maître (y compris dans la traduction des livres étrangers), c’est à des esprits frelatés et imbus d’eux-mêmes comme PaulEdel qu’on le doit. Ce petit détail sur la traduction de Mishima est en réalité d’une ample importance, et significatif de toute une décrépitude humaniste que le sinistre PaulEdel semble accompagner de ses voeux, lui qui n’arrive même pas à taper correctement ce qu’il écrit sur son clavier d’ordinateur ! PaulEdel, sous votre aspect de romancier amateur de livres, vous êtes le cheval de Troie de la décadence, de l’ineptie, de l’aberration littéraire ! Je ne vous dis pas bravo et vous met, pour la question, zéro sur vingt. Mais, bien sûr, cela va encore vous faire ricaner !

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 16 h 41 min

« Delaporte, je vous raconte comment ça se passait dans les années 60…à l’époque c’était ça ou rien,mais vous qui devez connaitre le japonais avec ses finesses et ses nuances je comprends votre fureur. »

Vous êtes de mauvaise foi, mon cher PaulEdel, et cela m’étonne de vous, le lettré, l’amoureux des belles lettres, l’homme honnête et droit. Bien sûr que de disposer dans les années 60 des romans de Mishima traduits de l’anglais, c’était mieux que rien, puisqu’il fallait s’en contenter, pour cause de politique éditoriale inepte chez l’éditeur Gallimard. D’ailleurs, PaulEdel, vous vous en êtes contenté, apparemment, tant mieux pour vous. La falsification linguistique ne vous a pas rebuté, l’escroquerie intellectuelle éditoriale ne vous a pas dégoûté… Vous avez tout gobé, même quand Mishima était traité comme un sagouin, comme une merde par Gallimard. Cela ne vous a rien fait ! Vous étiez preneur quand même ! Laissez-moi vous dire, mon pauvre PaulEdel, que dans ces conditions, vous allez passer pour un petit plaisantin des lettres. Et je ne parle même pas de toutes les questions liées à la traduction. Votre réputation est morte, PaulEdel ! Ne nous parlez plus jamais de Mishima et de Tanizaki ! Vous en avez perdu le droit et l’honneur, et la compétence !

Jacques R. dit: 30 décembre 2018 à 15 h 49 min

Complètement d’accord avec Houellebecq : Niort, qu’est-ce que c’est moche ! En plus, je n’y ai rencontré que des cons.

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 14 h 36 min

Se scandaliser est une façon d’être congénitale chez Delaporte, Paul. Il doit souffrir d’ulcères à l’estomac !

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 14 h 33 min

Paul, Monsieur Orion n’avait-il pas dans sa mallette des catalogues de photos cochonnes à proposer, comme celles de renato ?

Paul Edel dit: 30 décembre 2018 à 14 h 29 min

Delaporte, je vous raconte comment ça se passait dans les années 60…à l’époque c’était ça ou rien,mais vous qui devez connaitre le japonais avec ses finesses et ses nuances je comprends votre fureur.

renato dit: 30 décembre 2018 à 14 h 15 min

Jacques,
mon post de 12 h 35 min était en réponse au votre de 11 h 43 min — d’ailleurs, je n’ai pas compris pourquoi vous me posiez la question, de ma la réponse en forme de question.

renato dit: 30 décembre 2018 à 14 h 07 min

« Sont elles moches et je ne l’aurai pas remarqué? »

Certains, Bérénice, regardent des pommes ou des asperges sur une table, d’autres une montagne, la mer, un jardin, et ainsi de suite ; Degas, afin de conduire sa réflexion esthétique, entre autres sujets, regarda les danseuses. En tout cas il a laissé une œuvre qui ne relève pas d’une conception superficielle de la beauté, ce pourquoi je ne vous comprends pas là où vous parlez d’esthétisme.

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 13 h 45 min

PaulEdel, vous semblez vouloir justifier ce scandale d’une traduction de l’anglais ? Voulez dire que c’était dans les moeurs éditoriales qui nous venaient des USA ? Ne fallait-il pas changer les choses dès ce moment ? Pour Mishima, cela s’imposait, je crois. On a eu le plaisir d’avoir dès cette époque un accès à ses romans, mais avec quelle approximation littéraire, sans doute ! Du sabotage intellectuel, oui ! Et après on s’étonne que la grosse Yourcenar dise du mal de ces romans de Mishima ! Vraiment, il était temps que cette situation INADMISSIBLE change ! On aura beau donner toutes les justifications qu’on veut, il reste que ce fut un scandale littéraire éhonté.

Paul Edel dit: 30 décembre 2018 à 13 h 34 min

Mishima est un écrivain d’un tel format qu’il est normal que chacun y trouve son ou ses livres préférés.. pour les traductions, pendant plus de trente ans , à partir des années 5O-60…, débarquait en France, venant des états unis, un homme en gris avec une mallette, c’était moniseur »Monsieur Orion » des éditions Orion.. Il proposait t les traductions en langue anglaise de Mishima ,Tanizaki, Kawabata etc.. du japonais traduit en anglais..(source, Robert Gallimard) Les langues O en France ne pouvaient, parait-il,selon les éditeurs , rivaliser avec les nombreuses traductions des américains qui travaillaient sans problème sur les originaux…donc, Gallimard avait choisi de traduire de l’anglais Mishima et Tanizaki et Albin Michel, choisissait Kawabata. Je recommande la correspondance Kawabata-Mishima. Les deux écrivains éprouvaient une grande estime réciproque et regrettaient tous deux la disparition du Japon ancestral et son américanisation. Comme Tanizaki d’ailleurs… Tous deux, Mishima et Kawabata ont choisi de se suicider.

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 13 h 25 min

« Musil est l’écrivain de l’âme et de l’amour, pour lui l’âme réside en un lieu qui peut vite devenir anarchie si on ne s’empresse pas de la remplir avec des sentiments, des idéaux, des croyances etc… »

Pour Houellebecq, elle réside surtout dans le cul, qu’il s’agit de remplir pareillement, hamlet !

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 13 h 23 min

L’annonce par Gallimard de cette « traduction nouvelle » :
_____________________________
YUKIO MISHIMA
Confessions d’un masque
Trad. du japonais par Dominique Palmé
Traduction nouvelle
Collection Du monde entier, Gallimard
Parution prévisionnelle : 21-02-2019

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 13 h 13 min

Renato, je ne me souviens pas avoir regardé ses danseuses que reproduites, une étude sur le mouvement, la lumière. Sont elles moches et je ne l’aurai pas remarqué?

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 13 h 12 min

« Quant à l’ amour, la Bérézina a été si constante et je sais tellement pourquoi maintenant que je suis sans regret aussi sur ce plan-là. »

Pourquoi, rose ? C’est encore la faute à papa ?

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 13 h 08 min

« J’ai LU qu’allaient ressortir chez Gallimard », Delaporte ?

Oui, Jacuzzi, vous avez rectifié de vous-même. Je ne me relis jamais !

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 13 h 08 min

« Gallimard s’est rendu compte de son ineptie, et essaie de la corriger. »

Une occasion de réactiver le marché ?

Delaporte dit: 30 décembre 2018 à 13 h 02 min

J’ai qu’allaient ressortir chez Gallimard des nouvelles traductions de Mishima, non pas de l’anglais, mais directement du japonais. C’est plutôt une bonne chose, et réévaluera ses romans sans doute. En effet, Gallimard avait le culot de nous proposer des traductions de romans traduits de l’anglais. Toujours cette paresse, ce désir de rentabilité à moindres efforts. Ils sont nuls, chez Gallimard, quand ils s’y mettent ! Est-ce pour cette raison que Yourcenar, dans son essai sur Mishima, dévalue fortement son oeuvre romanesque ? Comme si elle n’avait fait que survoler la chose ? En fait, Yourcenar était surtout intéressé par le kitsch de son seppuku, le spectaculaire plutôt que le sérieux de l’oeuvre écrite. Pauvre Yourcenar ! Elle devait bien s’entendre avec les nuls de Gallimard, qui sabotaient le travail. Et puis, il faudrait absolument une Pléiade Mishima, PaulEdel a raison. Bientôt, ce sera le tour de Lobos Antunes, c’est très bien. A quand Mishima ? Gallimard persécute, dévalue Mishima dans son travail d’édition. Jusqu’à quand cette injustice ? Les nouvelles traductions du japonais sont peut-être le signe d’une nouvelle ère. Gallimard s’est rendu compte de son ineptie, et essaie de la corriger. Espérons !

hamlet dit: 30 décembre 2018 à 12 h 58 min

JJJ non, ce n’est pas la peur qui engendre la haine, mais le mépris, qui plus est aujourd’hui un mépris qui s’exerce dans un monde devenu totalement incohérent, qui plus est une incohérence qui aujourd’hui est le fruit de la raison, de la seule raison.

Quand les gens lisent que les pdg des grandes entreprises ont vu leurs revenus augmentés de 40%, le problème n’est pas dans ce chiffre, mais dans le fait qu’une partie de l’intelligentsia sans tape, et l’autre le justifie, l’explique, démonstrations à l’appui.

Chesterton disait que le fou n’est pas celui qui a perdu la raison, mais celui qui a tout perdu sauf la raison, l’incohérence du monde rend fou par le fait qu’elle peut s’expliquer, c’est là où nait le mépris et la haine.

Houellebeqc et l’HSQ ? certainement pas. Musil est l’écrivain de l’âme et de l’amour, pour lui l’âme réside en un lieu qui peut vite devenir anarchie si on ne s’empresse pas de la remplir avec des sentiments, des idéaux, des croyances etc… pour Musil une âme « chimiquement pure » est vouée au crime (cf Moosbrugger).

Houellebecq est considéré comme plus qu’un écrivain, c’est carrément un « penseur » de notre époque ; sociologue, anthropologues, philosophes, psychologues etc… étudient son oeuvre pour en extraire les éléments qui leur permettent de comprendre notre monde.

Ce qu’ils en tirent ils le savent déjà, évidemment, dans la mesure où cela ne vole jamais bien haut, ce sont toujours des idées un peu bas de plafond, mais j’imagnie que ça les rassure, comme ses lecteurs, comprendre ce qu’il écrit les rassure, un peu comme ceux qui liraient « Hegel pour les nuls » ou « Kant pour les nuls ».

Houellebecq est un auteur qui rassure, c’est pour cette raison que le marketing éditorial en a fait un produit phare.

Tout ce qui vise à rassurer est bon à prendre, parce qu’on imagine que comprendre est un moyen de faire reculer le mépris et la haine.
Musil « écrivain de l’âme » a expliqué en quoi cette façon de raisonner est erronée, dans la mesure où ce lieu où réside l’âme, que l’on tente de remplir avec ce qu’on a sous la main, nul ne sait jamais si le chemin qu’il emprunte le mènera vers l’amour ou le crime, vers la Rédemption ou l’Apocalypse, Kafka l’explique aussi non ? il dit que c’est la même porte, et quand on l’ouvre nul ne sait ce sait que l’on découvre derrière.

Ma foi, qu’importe, nous avons atteint un seuil de non retour, les castes « humanistes » peuplant nos capitales occidentales ont poussé trop loin leur mépris pour les hommes, l’obsession pour l’Histoire aurait dû nous alerter : il n’est jamais bon de réveiller les morts, le monde humain est en train de défaire sous nos yeux, et les chances de trouver une quelconque rédemption derrière la porte lorsqu’elle s’ouvrira sont plus que nulles.

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 12 h 53 min

Ce que Guyotat nomme « Prostitution », dans son livre éponyme ?

« Comment à moi enfant, adolescent, la langue à écrire m’est venue. Le collège, les condisciples : Drevet, Farlay. La Bible, l’Antiquité, les Invasions barbares, le Japon légendaire, la Seconde Guerre mondiale, je m’y incarne en esclave, en prostitué, en martyr, dont la seule défense est le don poétique. L’Etat, la Religion, la Loi (Edit de Constantin) ne peuvent rien contre l’inextricable : l’enfant poète n’aura de génie que pour faire entendre ce qui du Monde lui fait le plus horreur et honte »

renato dit: 30 décembre 2018 à 12 h 39 min

« … les sujets sont tout simplement séduisant par leur beauté, leur grâce. »

Avez-vous déjà regardé attentivement un Degas ? un pastel, p. ex. ?

renato dit: 30 décembre 2018 à 12 h 23 min

Bérénice, le mouvement artistique et littéraire anglo-saxon contemporain du symbolisme franco-belge bien à part, pourriez-vous mieux définir votre usage du mot « esthétisme » ?

Chantal dit: 30 décembre 2018 à 11 h 51 min

J’ai vu hier un très beau film biopic « Becoming Astrid » sur la créatrice de Fifi Brindacier, certes la condition féminine n’y est pas très enviable, mais l’énergie positive déployée malgré les obstacles est très touchante, comme le rapport fille – mère enfant qui se construit peu à peu, s’impose comme une évidence des tripes.

https://www.youtube.com/watch?v=ia4cgd7D90M

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 11 h 51 min

Renato, je ne sais plus trop si je l’ai lu, entendu , à propos de l’origine de l’expression employée pour désigner les tres jeunes élèves danseuses et danseurs de l’opéra de Paris, ces enfants servaient à tout et étaient devoyé(e)s et perverti(e)s de façon usuelle. Sauriez vous d’où est née chez Degas en dehors de l’esthétisme des sujets cette passion pour les ballerines?

jazzi dit: 30 décembre 2018 à 11 h 51 min

En attendant le printemps

YUKIO MISHIMA

L’amour dans les cerisiers en fleur

Neige de printemps, est le premier volume de la tétralogie de La Mer de fertilité de Yukio Mishima. Superbe et ultime cycle romanesque de l’écrivain japonais, daté du 25 novembre 1970, jour de son spectaculaire suicide par seppuku, à l’âge de quarante cinq ans ! Dans ce roman nous assistons aux amours naissantes entre Kiyoaki, dix-huit ans, fils unique du marquis et de la marquise Matsugae, et la belle Satoko Ayakura, de deux ans son aînée. De récente noblesse, les Matsugae, qui possèdent un splendide domaine d’une quarantaine hectares aux environs de Tokyo, sont nettement plus fortunés que les Ayakura, une prestigieuse famille d’ancienne noblesse de cour. Le roman a pour cadre la période transitoire entre l’ère Meiji, caractérisée par la politique d’isolement du Japon, et l’ère Taisho, plus ouverte à la culture occidentale. La raideur hautaine et inexpérimentée de Kiyoaki, va s’opposer à l’aisance naturelle et plus raffinée de Satoko. Le premier, partagé entre un désir de renouer avec la tradition ancestrale du Japon et la fascination de la modernité, semble exprimer les propres contradictions de Mishima. Ainsi que toute son ambiguïté, tiraillée entre un désir d’affirmation de virilité active et une nature fondamentalement rêveuse et nonchalante. Ici, alors que le 6 avril 1912 le marquis Matsugae a convié chez lui quelques invités de marque, tels le prince impérial Toin et son épouse ainsi que les parents de Satoko, à la fête solennelles des cerisiers en fleur (pour lequel le marquis a prévu un vaste programme de réjouissances et où chaque cerisier est mis en scène sur un fond de rideau rouge et blanc), Kiyoaki juge le moment opportun de se départir des derniers oripeaux de l’enfance. Le printemps n’est-il pas la saison de l’amour et de la renaissance ?

« Si l’on célébrait à l’envi le domaine des Matsugae pour la parure automnale des érables, la floraison de ses cerisiers trouvait également nombre d’admirateurs. Les cerisiers s’intercalaient entre les pins dans les longues rangées d’arbres de chaque côté de l’avenue qui conduisait au grand portail sur près d’un kilomètre. L’endroit d’où on les voyait le mieux était le balcon du second étage de la maison de style européen. De là, on pouvait embrasser le spectacle des cerisier en fleur sur tout le domaine des Matsugae d’un seul coup d’œil circulaire ; certains s’épanouissaient le long de l’avenue, ou encore parmi les énormes ginkgos du jardin de devant, d’autres entouraient le petit tertre gazonné où les rites de l’Otachimachi* de Kiyoaki s’étaient déroulés, quelques-uns enfin s’élevaient sur la colline aux érables, au-delà du lac. Beaucoup d’amateurs délicats préféraient cette disposition au spectacle accablant de masses de fleurs au milieu d’un jardin. (…)
Kiyoaki se retourna délibérément pour regarder en direction de Satoko et il vit qu’elle prenait soin de le suivre à distance convenable. À un endroit où le sentier qui descendait la colline bifurquait – l’une des branches menant à la pièce d’eau, l’autre au portail d’entrée – il y avait une ouverture dans la tenture rouge et blanc. S’y dressait un grand cerisier au tronc assez épais pour offrir quelque protection contre les regards indiscrets. Kiyoaki passa de l’autre côté du rideau et attendit derrière l’arbre. Avant que Satoko pût le rejoindre cependant, elle se trouva prise dans un groupe de dames de la Cour, de la suite de la princesse Toin, revenant du lac après avoir fait le tour de la colline aux érables. Kiyoaki ne pouvant sortir de sa cachette à ce moment, il ne lui restait rien d’autre à faire que d’attendre à l’abri de l’arbre jusqu’à ce que Satoko pût trouver un prétexte pour s’échapper.
Laissé à lui-même, Kiyoaki leva les yeux vers l’arbre au-dessus de lui et, pour la première fois en cette journée, il eut une pensée pour les fleurs de cerisier. Elles pendaient par grappes énormes dans le noir austère des rameaux comme un monceau de coquillages blancs au travers d’un récif. Le vent du soir faisait onduler les rideaux le long du sentier et, quand il atteignit l’extrémité des branches, celles-ci s’inclinaient avec grâce dans un frou-frou de fleurs. Puis les grands rameaux déployés se mettaient eux-mêmes à osciller avec une naturelle majesté sous leur fardeau de blancheur. La teinte pâle des fleurs se nuançait ici et là des bouquets roses des bourgeons. Avec une délicatesse à peine visible, le cœur en étoile de chaque fleur était souligné de rose en traits ténus et grêles, tels les points de couture qui attachent un bouton.
Le ciel s’était obscurci et le contour des nuages commença de s’estomper tandis qu’ils s’absorbaient en lui ; les fleurs mêmes, déjà fondues en une masse unique, perdirent bientôt leurs coloris distincts, pour acquérir une teinte qui se distinguait à peine du ciel au crépuscule. Pendant qu’il regardait, le noir du tronc de l’arbre et des branches lui parut se faire toujours plus épais et plus sombres.
À chaque minute, chaque seconde qui passait, les fleurs de cerisier s’abîmaient dans l’intimité plus profonde, plus opaque du ciel nocturne. Kiyoaki se sentit envahi de pressentiments.
Du coin de l’œil, il crut voir le rideau se gonfler de nouveau dans le vent, mais c’était Satoko qui le frôlait en se glissant par l’ouverture. Il lui prit la main, qu’il sentit toute refroidie par la fraîche brise du soir.
Elle lui résista, regarda avec anxiété alentour, quand il chercha ses lèvres mais, comme elle essayait en même temps de protéger son kimono de la mousse zébrée de poussière du tronc de l’arbre, il n’eut aucune peine à la prendre dans ses bras.
« Cela me brise le cœur. Je t’en prie, lâche-moi, Kiyo. » Satoko parlait à voix basse, de peur qu’on pût l’entendre. Kiyoaki s’irritait qu’elle restât maîtresse d’elle-même, car il était résolu à rien moins qu’à atteindre l‘extase, la consommation suprême en cet instant et en ce lieu, parmi les fleurs. Son malaise empirait à mesure qu’on entendait, plus proche, gémir le vent du soir ; et voilà que, par désespoir, il avait cru devoir tenir la certitude d’un bonheur un instant partagé, exclusif de tout le reste. Quel dépit de découvrir que ses pensées à elle, à l’évidence, s’en détournaient ! Il ressemblait à ces maris jaloux qui voudraient que leurs femmes eussent des rêves semblables aux leurs.
Satoko n’avait jamais paru plus belle qu’en ce moment où, les yeux fermés, elle se débattait encore dans ses bras. Mais bien qu’aucun de ses traits, aucun dessin ne vînt gâter la délicatesse de son visage, on y voyait passer parfois la marque subtile d’une expression volontaire. Les commissures de ses lèvres se retroussaient légèrement. L’envie lui prit de tenter d’apercevoir un sourire ou des larmes, mais la figure était déjà plongée dans l’obscurité, signe avant-coureur des ténèbres qui menaçaient de les recouvrir. Il regarda son oreille, à demi cachée par ses cheveux. Teintée de rose et son ovale finement dessiné, cette merveille lui fit penser à une douce niche de corail, telle qu’on pourrait la voir en rêve, et qui contiendrait une statuette admirablement sculptée du Bouddha. Il y avait du mystère dans le creux de son oreille qui maintenant disparaissait dans l’ombre. Il se demandait si c’était là qu’était caché son cœur, ou bien s’il se dissimulait derrière ses lèvres un peu minces et ses dents étincelantes.
Crispé par sa déconvenue, il tâchait de trouver comment pouvoir jamais pénétrer les défenses de Satoko. C’est alors que, soudain, comme incapable de supporter plus longtemps son regard, elle avança la tête et lui donna un baiser. Il avait passé un bras autour de sa taille. Il perçut une chaleur qui s’insinuait sous les doigts qu’il avait posés sur sa hanche et cela lui rappelait un peu l’atmosphère étouffante et douce d’une serre où les fleurs se mouraient.
S’y mêlait un parfum qui vint frapper ses narines, lui donnant la sensation délicieuse de suffoquer. Bien qu’elle n’eût pas prononcé un mot, il était happé par ses propres images et tout à fait convaincu d’être au seuil d’un instant d’incomparable beauté.
Elle retira ses lèvres, laissant toutefois sa volumineuse chevelure pressée contre le devant de sa tunique d’uniforme. Observant, par-dessus sa tête à elle, les cerisiers qui, à quelque distance au-delà du rideau, se bordaient d’un ourlet argenté, le parfum de l’huile capillaire qu’on ne distinguait plus de l’odeur même des fleurs lui tournait la tête ; elles se détachaient aux derniers feux du soleil comme une laine blanche, épaisse et ébouriffée, mais leur teinte poudreuse, virant presque au gris argenté, ne pouvait effacer complètement une légère nuance rosée, de mauvais augure aux yeux de Kiyoaki. Cela lui fit penser aux cosmétiques des pompes funèbres. »
(« Neige de printemps », in « La Mer de fertilité », Quarto Gallimard, traduit de l’anglais par Tanguy Kenec’hdu, Éditions Gallimard, 2004)

* Rite divinatoire qui avait eu lieu trois ans auparavant, à l’occasion des quinze ans de Kiyoaki.

Paul Edel dit: 30 décembre 2018 à 11 h 30 min

Pour ceux qui ne connaitraient pas l’œuvre de Yukio Mishima, je conseille en initation le recueil de nouvelles « la mort en été », (traduction de l’anglais par Dominique Aury) qui montre plusieurs facettes de l’auteur et notamment sa virtuosité avec les portraits de femmes .
Difficile à trouver à trouver en Folio mais grandiose : « Après le banquet ». là encore Mishima fait le portrait d’une jolie veuve qui tient un grand restaurant et tombe sous le charme d’un diplomate. Enfin, pour eux qui aiment l’ambiance des ports, « le marin rejet par la mer », le roman offre quelques scènes ,notamment propos d’un jeune garçon et d’un chat. Très « roman d’apprentissage »
Parfait pour commencer l’année.

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 11 h 28 min

Ce n’est pas un hallucinogène, les hommes finalement sont assez douéd pour que l’hallucination visuelle et auditive ne soit plus recherchée et bien qu’avec la matière informative stockée en mémoire je me demande à quoi conduirait une prise de substances hallucinogènes. J’ai rencontré un individu qui sous l’effet d’une de ses drogues se promenait en forêt et entendait, percevait les arbres vivre de la meme façon que nous . Un autre vit des croix gammées rouges danser devant lui.

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 11 h 20 min

Du zèbre dans les rayons alimentation!?après la sortie des japonais du moratoire sur la pêche à la baleine, leur baptême annuel au sang de dauphins, les chinois continuent de se shooter à la corne rhinocéros pour redevenir érectile, se soignent à l’hippocampe et autres espèces animales réduites en poudre , possible de préférer le phallus impudicus pour se parfumer.

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 11 h 09 min

Chaloux, me restent les trois tomes suivant ( me manque le dernier) pour devenir ascétique à défaut de goûter au mieux à l’érotisme torride du japonais Mishima dont pourtant j’avais aimé quelques romans, assez en tout cas pour me convaincre d’acquérir La mer de fertilité. Vous pardonnerez mon rabachage, je vous remets les Charlots, pour la peine.

https://youtu.be/DKfmBq2jwWo

Jacques R. dit: 30 décembre 2018 à 10 h 37 min

Je viens de me convertir à la religion Gilets Jaunes ! A leurs justes revendications, j’ajoute celle-ci : dans l’intérêt d’une accession des plus défavorisés à la culture, exigeons l’instauration d’un prix unique pour les nouvelles parutions, à commencer par le nanar de Houellebecq : un euro symbolique. C’est déjà beaucop plus que ça ne vaut, si j’en crois les attendus d’Assouline !

renato dit: 30 décembre 2018 à 10 h 08 min

« De la viande de zèbre, espèce menacée, en vente dans les magasins Carrefour. »

Il n’y a pas de limites aux pires sottises.

Jacques R. dit: 30 décembre 2018 à 9 h 15 min

A quand le rôti de gilet jaune? (Chaloux)

Ah, ça, c’est une idée pour le réveillon qu’elle est bonne !

renato dit: 30 décembre 2018 à 9 h 09 min

Je le souviens de Un lieu est un langage

Titre de la préface écrite par Giogio Manganelli pour une édition italienne de Flatland d’Edwin Abbott Abbott.

Paul Edel dit: 30 décembre 2018 à 9 h 04 min

Bien d’acord avec toi Chaloux à propos de Mishima.Curieux qu’il ne soit pas en pléiade, comme l’est Tanizaki.
A propos de Tanizaki, lire « Bruine de neige » [ qui parut jadis en collection Folio sous le titre « les Quatre sœurs ».

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 8 h 46 min

De la viande de zèbre, espèce menacée, en vente dans les magasins Carrefour. Il fallait vraiment le faire. Comment peut-on être ignoble à ce point là? A quand le rôti de gilet jaune?

Des cerveaux ces dirigeants de Carrefour, qui nous préparent doucement…

Hurkhurkhurk!

Nicolas dit: 30 décembre 2018 à 8 h 34 min

Quand je pense que de mon vivant je n’aurais lu aucun livre du plus grand auteur contemporain de tous les temps. Bon dimanche

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 7 h 40 min

Le malentendu, c’est le lieu où le créateur est quasi seul à entendre ce qu’on peut y entendre.
Le public -j’entends les lecteurs sérieux- de répondre:
-Je n’entends rien. Vous êtes victime d’une illusion.
Le créateur:
– Et pourtant d’ici (et non pas de moi-même, on est perdu si on tient ce raisonnement) Il y a quelque chose à entendre.

Le lieu et une partie de l’énergie créatrice.

rose dit: 30 décembre 2018 à 7 h 30 min

>Chaloux
le matriarcat ne m’intéresse pas plus que le patriarcat.
Un de mes bons potes Jacques à qui j’ai expliqué ma conception du couple m’a dit que ce que je pensais n’existait pas.
Cela ne veut pas dire que cela n’existera pas.

En tout cas, cela est à des années lumières de l’attitude de Louis Garrel, aplati, à plat ventre, au Sénat (?) devant les escarpins noirs de l’effigie d’un timbre, Marianne. Triste idée.

Les polars que je mate, ces temps durs, avivent bien plus réellement mon idée de l’homme mutant, déli-ci-eux, à proximité.

Sur le Vieux port, hier, giĺets jaunes errants, petits groupes par petits groupes. Pas de coordination.

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 7 h 23 min

avec Houellebecq, il y a scandale (un bon petit scandale pour bobos) mais pas malentendu. Si ce malentendu a existé, il est dissipé depuis longtemps.

Chaloux dit: 30 décembre 2018 à 7 h 21 min

Renato, je crois qu’on ne peut se développer, si on se développe, que sur la base du malentendu. C’est peut-être en partie ce que Cocteau veut dire dans son mot célèbre : Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi. S’il n’y a longtemps incompréhension totale, quel qu’en soit le motif, c’est que la piste était fausse.

Rose, j’ai connu des milieux matriarcaux où les femmes régnaient littéralement, avec portrait au fronton de la maison. Elles ne semblaient pas plus satisfaites. Les hommes non plus, d’ailleurs. Il est vrai que si le couple ne sert qu’à conjurer l’angoisse de la solitude du tombeau, mieux vaut passer outre.

(Béré, la lecture de ce livre est une ascèse. Il n’est pas donné).

vedo dit: 30 décembre 2018 à 3 h 35 min

22h52
« depuis les détournements, on ne visite plus la cabine ».
Et oui, les temps ont changé: la première fois que je suis arrivé à Boston, j’ai pu m’assoir derrière le pilote pour l’atterrissage du Boeing; une autre fois en atterrissant à Orly, seul passager d’un vol régulier AF, j’étais debout entre les pilotes.

renato dit: 30 décembre 2018 à 0 h 23 min

Auto-citation
« Chaque époque, selon Benjamin, rêve la suivante et crée un champ immatériel où l’archaïque et le moderne s’entrelacent et révèlent l’intensité de la crise de passage aussi que sa visibilité. C’est par ce champ que le passé non compris — ce passé qui est accessible seulement si on regarde attentivement la périphérie du champ — trouve sa deuxième chance, la structure temporelle qui lui avait manqué. Impureté du temps, le bruit du monde et son inertie. La vérité historique ce n’est pas ce qui advint, mais ce que nous jugeons qui advint, boïnnnggg. »

Bėrėnice dit: 30 décembre 2018 à 0 h 07 min

JL, la vieille dame givrée congelée, ED après 40 années de tourisme climatisé? Au moins on pourra voir qu’elle a trouvé l’âme soeur.

Bėrėnice dit: 29 décembre 2018 à 23 h 46 min

Jazzi, après J Brel, S Gainsbourg :

Je sais qu’l’amour physique est sans issue
J’le sais mais si j’ l’avais su à temps
Je ne serais pas, hélas, au point où tu m’as connue
Je t’aime mais toi-même, dis-moi que tu m’aimes
Dis-le-moi si même ce n’est pas vrai

Bėrėnice dit: 29 décembre 2018 à 23 h 40 min

Rose, de quelle altitude êtes vous tombée? L’échouage, le registre tenu à jour de l’évaporation du sentiment amoureux surtout à être passionné et ne pouvoir vivre et aimer autrement pourrait désespérer , j’en viens à faire de cet espoir toujours vivant une croyance, cela peut aider, non?

Bėrėnice dit: 29 décembre 2018 à 23 h 33 min

Jazzi, impossible d’être désenchantée de l’amour, enchantement .C’est une gemme mais peut être la rencontre t on de plus en plus rarement en vieillissant.

Bėrėnice dit: 29 décembre 2018 à 23 h 21 min

Soleil vert et Chaloux, vous semblez aimer l’érotisme à la japonaise , une vision où est privilégié assez souvent le voyeurisme , voir les estampes. Je n’ai lu que le premier tome du chef d’oeuvre de Mishima , je m’y suis ennuyée comme rarement. Je préfère dans le meme genre de pratiques érotiques littérairement développées Les belles endormies. Pour finir je ne porte aucun jugement de valeur, chacun possède un périmètre où se sentir en adéquation avec son ideal et en accord avec sa sensibilité.

rose dit: 29 décembre 2018 à 23 h 06 min

bonsoir à tous

puissions- nous garder estime réciproque.
À terme.

De ttes façons, je n’ ai pas pu faire mieux. Je suis à mon max.

rose dit: 29 décembre 2018 à 23 h 05 min

elles n’avaient pas l’air particulièrement contentes des hommes non plus

Chaloux

je ne situe pas le blâme ici. ( le blème ?).
C ‘ est la place dévolue aux femmes qui ne convenait pas.
Si minuscule et si inconsistante.

rose dit: 29 décembre 2018 à 23 h 00 min

sur cette conjugalité –chaleureuse ou abjecte- dont elles avaient tout fait pour accélérer la disparition.(..)

Paul Edel

il y avait de quoi l’ accélérer même si j’ avais onze ans en 68.
C ‘ était tellement cauchemardesque.
Y avait encore ce désir d’ enfant et puis celui du corps qui même sans culte, gardait le cul et ce besoin d’ exulter.

Jean Langoncet dit: 29 décembre 2018 à 23 h 00 min

@le culte du corps

l’idéologie vitaliste, les écoles Steiner, le nazisme vert et ses entreprises qui aujourd’hui encore font fortune dans le « bio » (Weleda) … la petite farce estudiantine de 68 n’a plus bon dos

rose dit: 29 décembre 2018 à 22 h 53 min

jazzis Ce qu’il dit des femmes de cette génération, fait échos à ce qu’écrivent ici Bérénice ou rose

pour bérénice peut être ; pas pour moi. Je n’ ai jamais développé le culte du corps ce qui m ‘ évite tous regrets dans ce domaine là.
Quant à l’ amour, la Bérézina a été si constante et je sais tellement pourquoi maintenant que je suis sans regrzt aussi sur ce plan-là.

rose dit: 29 décembre 2018 à 22 h 39 min

je crois que c’ est parce que quand on aime on est soi-même convaincu, puisque l’ on aime et donc l’ on convainct facilement l’ autre.

rose dit: 29 décembre 2018 à 22 h 30 min

. Quand on aime, on parle avec justesse de ce qu’on aime.

Jacques R à 17h33

ppurrai argumenter longtemps sur cette idée là, mais un l’ a fait si simplement et de manière si directe :
on ne voit bien qu’ avec le coeur.
L’ essentiel est invisible pour les yeux.
Depuis que je te connais quand je vois les blés blonds je pense à tes cheveux.
Quand je vois tes cheveux blonds, je pense aux blés idoine.

Je ne crois pas aux rabibochages.
Quand un te plaque, il te plaque et tu es plaquée.
Y a plus qu’ à assumer et aller de l’ avant. Vivre la viduité et accepter les épreuves envoyées.
Et je dois m’ occuper de toi et arroser ma fleur dans le désert.
Je devais.
J’ ai dû.
Plus rien ne me lie.
Mon chat me prévient qu’ elle va mourir, elle me prépare, elle est centenaire.

Soleil vert dit: 29 décembre 2018 à 22 h 25 min

Bėrėnice dit: 29 décembre 2018 à 21 h 39 min

Le sexe est un monde en soi, l’amour un autre. Leur croisement ne saurait faire oublier leur différence. « L’empire des sens » dit tout.

rose dit: 29 décembre 2018 à 22 h 17 min

caulerpa à 17h08

ça alors; le jour de son anniversaire, comme Fr Héritier , Pontalis c’est quand même bizarre ce symptome d’anniversaire :on dirait que c’est lié à l’égo

Lorsque c’ est le jour anniversaire de qqu’ un d’ autre, cela signale l’ attachement, l’ amour : l’ alter ego ?

jazzi dit: 29 décembre 2018 à 22 h 13 min

J’ai vu un film qui est un petit bijou, d’un tout jeune réalisateur hyperdoué, dans le genre poète-plasticien. Malheureusement, on ne le joue que dans une seule salle parisienne, Le Luminor, dans le Marais. Un film que personne pratiquement ne pourra voir. C’est presque gênant d’en parler. Et pourtant.
« Un violent désir de bonheur de Clément Schneider.
Un film qui plairait beaucoup à Delaporte, l’histoire d’un moine qui se met au service de la Révolution française, en 1792.
C’est tourné dans les paysages de la Provence, autour d’un couvent et de champs d’oliviers sur fond de montagnes.
Sublime !
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19581609&cfilm=264129.html

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