de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Histoire Littéraire

Variations sur « A qui la faute ? »

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Quel lecteur passionné de la Lettre au père de Kafka, ou de Lettre à ma mère de Simenon, sinon des deux à la fois (c’est mon cas), a jamais rêvé d’en lire le retour ? Impossible évidemment puisque l’un n’avait pas posté sa longue philippique à son géniteur, et que l’autre l’avait publiée après la mort de la destinataire. Ce père et cette mère, on ne les connaît que par leurs fils, par leur reproches, leur vécu, leur ressenti. On ignore leur version des faits, leur vécu du conflit. Des biographes ont bien creusé de ce côté-là pour en savoir davantage. […]

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Amazon vs Hachette : George Orwell se rebiffe

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Au fond, ils ont parfois du bon, les héritiers, ayant-droit et autres gardiens du temple. Et il ne faut pas rater une occasion de le reconnaître eu égard au nombre de fois où il prêtent le flanc à la critique pour leurs abus sur l’œuvre, la mémoire ou la biographie de l’écrivain qui les nourrit à titre posthume pour une vie au moins. Cette fois, il faut rendre grâce au Orwell Estate, à son agent littéraire et aux organisateurs du Orwell Prize, d’avoir réagi en lieu et place du vieux George. Car rien n’est détestable comme le détournement de citation […]

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Maurice Blanchot l’insurgé

Maurice Blanchot l’insurgé

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En m’emparant de ce gros livre-là, mû par un réflexe chronique, je me suis également saisi d’un crayon à mine. Impensable de lire sans souligner, bâtonner, annoter, voire barrer, et même m’indigner, sinon corriger – à l’exception des Pléiade, tout de même, encore que j’en ai vu y surligner sans état d’âme à grands coups de stabilo rose fluo (j’ai failli appeler la police). On nous a assez répété qu’une fois publié, le livre n’appartenait plus à son auteur et que le lecteur devait se l’approprier ; or quelle meilleure manière d’y parvenir qu’en y superposant sa propre graphie aux impressions […]

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Mais qu’entendait Voltaire par « une femme au-dessus de son sexe » ?

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Cette petite énigme, qui ferait une excellente question pour un « Jeux de l’été » à compléter sur le sable, ouvre le copieux dossier consacré à « Voltaire et le sexe » par la dernière livraison de la Revue Voltaire (No 14, 2014, 335 pages, 29 euros, Presses de l’université Paris-Sorbonne). Naturellement, dans la mesure où il désignait par cette expression une attitude de Mme du Châtelet, entre autres, on suppose que sa qualité de femme aurait constitué à ses yeux un obstacle au déploiement de l’esprit, écueil que seules les plus brillantes pouvaient franchir avec succès. Mais cela ne suffit pas. Olivier Ferret […]

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Sade, ce fin rhétoricien

Sade, ce fin rhétoricien

Michèle Vallenthini

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Si la rhétorique classique préconise le modèle idéal d’une parole efficace et claire fondée sur des valeurs politiques, morales et spirituelles, les caractéristiques de l’« ars bene dicendi » sadien sont par contre totalement différentes. Pour simplifier les choses, on peut les réduire à deux : premièrement, la rhétorique sadienne se caractérise par une tendance à la surenchère, ce que Villeterque qualifie de « démesure », disloquant l’équilibre classique de la rhétorique, qui n’est pourtant jamais sans une élégance classique digne d’un Bossuet. Il y a de tout, et souvent il y en a trop : trop de mots, trop de pages, trop de […]

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Paul Valéry à genoux devant son daimôn

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Rares sont les correspondances d’écrivains qui ne contiennent pas leur lot de déchets : migraines & indigestions, courses à faire, considérations domestiques etc Les biographes en font aussi leur miel, contrairement aux lecteurs que cela assomme à juste titre. Les Lettres à Jean Voilier (547 pages, Gallimard) de Paul Valéry n’échappent à ce trébuchet du jugement. Disons qu’une fois balayées les mamours, polissonneries et roucoulades, de belles pépites surnagent. La dame a beau être sa chaude maîtresse, il n’en demeure pas moins le grand écrivain. Passons sur les poèmes assez niais qu’elle lui a inspirés, parus il y a six ans […]

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La ténébreuse affaire de Félicien Marceau

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Fallait-il être pervers, comme il s’en trouve parmi les membres de l’illustre compagnie, pour encourager l’essayiste Alain Finkielkraut à se présenter au fauteuil de l’écrivain et dramaturge Félicien Marceau (1913-2012) à l’Académie française. Ceux-là doivent déjà savourer le passage le plus délicat de son éloge à venir du prédécesseur, où il aura à évoquer le seul point noir de sa biographie : l’Occupation. S’il nourrit encore des doutes, un petit tour sur la Toile l’aura déjà affranchi quant à l’opinion qu’en ont certains de nos contemporains : « collabo », « fasciste », « nazi » etc Le nouveau titulaire du 21 ème fauteuil n’aura pas la tache […]

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Samuel & Beckett en franchise postale

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Bigre ! Voilà des éditeurs qui ne marchandent pas leur admiration. Ce qui est pour le moins risqué. Que Samuel Beckett ait été l’un des plus grands épistoliers littéraires du vingtième siècle, ce volume de Lettres (The Letters of Samuel Beckett, traduit de l’anglais par André Topia, 802 pages, 55 euros, Gallimard) en témoigne avec éclat. Mais « peut-être de tous les siècles », vraiment ? Malgré la prudence de la formulation, on se dit que les éditeurs George Craig, Matha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck ont suffisamment de biscuits pour s’avancer ainsi. Eux ont déjà tout lu et surtout transcrit de […]

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Michael Edwards à l’Académie : pire qu’un étranger, un Anglais !

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Marx, Groucho bien sûr, disait qu’il n’aimerait pas appartenir à un club qui l’accepterait pour membre. Michael Edwards n’est pas marxiste, ou alors il cache bien son jeu. Contrairement aux apparences, il ne passe pas toutes ses vacances, sports d’hiver compris, à Stratford upon Avon. Bref, il était ravi d’être accueilli ce jeudi à l’Académie française, le premier Anglais à s’y poser pour l’éternité (et le premier élu à susciter la présence d’un invité en kilt ! non loin de… Alain Finkielkraut, nouvel élu mais en civil, pour l’instant ). Conscients d’entrer dans un club de happy few, il saura […]

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Le désir d’Europe des écrivains latino-américains

Le désir d’Europe des écrivains latino-américains

PHILIPPE OLLE-LAPRUNE

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Dans un écrit de 1524, Hernán Cortés désigne un lieu de culte du peuple aztèque par les mots de « grande mosquée ». face au vertige de l’inconnu, il se tourne vers le déjà-vu et, par cette torsion du réel, garde pied et ramène la réalité neuve à une expérience antérieure. Les Européens ont conquis les territoires et colonisé les peuples d’Amérique allant jusqu’à les plier à leurs utopies et leurs fantasmes. Grâce à cette construction chimérique du lieu, ils ont offert un matériau idéal aux écrivains à venir. En contrepoint, si les Latino-Américains ont eu un désir d’Europe, leurs rapports […]

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