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La République Des Livres par Pierre Assouline
Des Italiens se mobilisent pour sauver… l’Histoire !

Des Italiens se mobilisent pour sauver… l’Histoire !

Question pétitions, contre-pétitions et autres manifestes, les intellectuels italiens n’ont jamais été en reste par rapport aux intellectuels français. On leur a suffisamment reproché de signer plus vite que leur ombre. On dira que c’est probablement en rapport avec leur tempérament, et plus encore avec l’intensité du débat d’idées dans la péninsule depuis la fin de la guerre. On y a vu récemment des historiens notamment s’engager dans l’affaire Cesare Battisti, contre le négationnisme mais pour la liberté de la recherche, pour la défense du Liceo Classico (basé sur le latin et le grec) dans l’enseignement secondaire et même pour… l’annexion de la Corse par l’Italie ! Mais depuis que Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil, s’est révélé en à peine un an comme l’homme fort du gouvernement Conte, c’est la première fois que l’on voit autant d’intellectuels de différentes disciplines s’unir pour défendre l’enseignement de l’Histoire.

Le texte publié le 26 avril dernier par le grand quotidien La Repubblica se veut un appel. Intitulé « L’Histoire est un bien commun, sauvons-la ! », il a été lancé à l’initiative de l’historien de l’antiquité romaine Andrea Giardina, de la sénatrice à vie Liliana Segre et de l’écrivain sicilien Andrea Camilleri. Le fait même qu’un seul des trois soit un historien reflète leur volonté d’atteindre le plus largement possible les consciences citoyennes bien au-delà du cercle des collègues et de la citadelle universitaire. Ils y défendent des principes qui auraient semblé aller de soi il y a peu encore mais qui exigent d’être désormais martelés et protégés dans une Italie de plus en plus à l’unisson avec la vague populiste qui gagne l’Europe.

Nullement corporatiste, c’est un appel en faveur d’un savoir critique, non homogène, basé sur le dialogue des cultures et non sur le repli identitaire. Il interpelle aussi les représentants des institutions et associations politiques, publiques et privées, afin qu’elles soutiennent la recherche historique « en danger » et au-delà, toute connaissance critique du passé tant c’est un esprit qui est menacé. Le texte pointe notamment les dérives du débat dans les réseaux sociaux, ou l’on voit se dresser face aux « experts » (traduisez : des historiens), généralement légitimés par une œuvre, un parcours universitaire, une autorité professionnelle etc, des « contre-experts » qui ne s’autorisent que d’eux-mêmes pour se faire les porte-voix de l’opinion publique en dénonçant leurs « privilèges de caste », occultes, naturellement. Ce serait sans importance s’ils ne diffusaient pas une contre-histoire fantaisiste et relativiste au nom d’une volonté de déséidéologisation.

De quoi inquiéter alors que la place de l’histoire est à nouveau réduite dans le secondaire où le ministre de l’Education Marco Bussetti vient de supprimer l’épreuve d’histoire au bac (maturità), (ce qu’il a démenti) et plus vertigineusement encore à l’Université où le nombre de postes ne cesse de diminuer, tandis que la situation des centres d’archives et des bibliothèques est de plus en plus précaire sinon alarmante dans plusieurs cas.

Pour les signataires de cet appel, l’histoire n’est pas une discipline comme une autre en ce qu’elle participe plus que toute autre à l’éducation citoyenne d’un individu. Quelque chose comme une instruction civique supérieure, plus indispensable que jamais. Il est vrai que le climat est devenu délétère après que le grand congrès de Vérone sur la famille – politique, et « historique »- ait affirmé l’existence de la « famille naturelle » comme seule référence ; et après qu’à Trieste, le Conseil municipal ait décidé de restreindre le financement de toute association qui nierait ou sous-estimerait le drame des foibe, massacres politiques et nettoyage ethnique organisés par le maréchal Tito de 1943 à 1947 afin d’éliminer ses opposants et de vider l’Istrie de sa population italienne en les précipitant, morts ou vivants, dans des gouffres.

L’appel des trois dans la Repubblica a eu un grand retentissement. Il a été abondamment commenté par des écrivains (Roberto Saviano), des architectes (Renzo Piano), des spécialistes des antiquités romaine et grecque (Eva Cantarella, Luciano Canfora…), des cinéastes (Paolo Sorrentino, Paolo Taviani) des sociologues, des philosophes, des artistes, des scientifiques et bien sûr des enseignants du secondaire. Mais au-delà des intellectuels ? Interpellés sur les raisons de leur engagement, les signataires évoquent « l’urgence » de la situation. Pas sûr que cela suffise à alarmer, sinon troubler, une société anesthésiée par le divertissement berlusconisé et le calcio à tous les étages.

(« Matteo Salvini lors d’un meeting » photo D.R.)

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commentaires

1 435 Réponses pour Des Italiens se mobilisent pour sauver… l’Histoire !

renato dit: 8 juin 2019 à 21 h 54 min

Falsifié ? La Pauvrette devrait comprendre le sens du mot résumé, mais puisque son opinion vaut un rien plus un rien et demi, peu importe,

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 21 h 44 min

« Incidemment », Renato, vous avez falsifié, en français, le texte de U. Eco, dont j’ai l’intégralité sous les yeux.

Je vous laisse à vos « etudes » arrêtées trop vite, et je quitte ce billet d’italophobie, en musique.

https://youtu.be/rRbyZ3eD-9M

renato dit: 8 juin 2019 à 21 h 08 min

Vous croyez vraiment que je donne une quelque valeur à votre opinion, la Pauvrette ?

Cela dit, j’ai fait un résumé et mis en ligne le texte en italien.

Incidemment, vous donnez des leçons à tout le monde en vous basant sur une culture frustre et une idéologie morte, donc sans valeur aucune.

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 20 h 49 min

La prochaine fois que vous vous servirez d’U. Eco, pour déformer ses propos, ce sera le même traitement, Renato.

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 19 h 07 min

L’illustration de couverture de ce petit livre d’U. Eco, dans cette edition Grasset de 2018, est un dessin de Gary Waters, qui a ete6mus en lien sur ce fil de commentaires.
Il comprend bien entendu les 14 caractéristiques du « fascisme primitif et eternel », mais plus encore un ode militant pour la liberté.

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 18 h 59 min

J’ai signalé sur la rdl, il y a quelques temps déjà, quelques semaines, voire beaucoup plus,ce petit livre d’Umberto Eco, « Reconnaitre le fascisme », que j’avais acheté en librairie, m’y étant rendue pour tout autre chose, et dont j’ai indiqué ci-avant la note de l’editeur, livre que Renato n’a pas lu, pas plus qu’il ne savait d’où venait ce texte avant que je ne précise . Comptant , c’est certain de nombreuses années de moins que Renato, j’en retrouve le nombre des années, que ce vieux routard du web a pris d’avance , pour détourner l’usage ethique des données en libre accès sur internet, et s’adonner dans la rouerie la plus complète, à la falsification de ce qu’il pompe à droite , à gauche. Comme on l’a surpris en plein détournement des propos d’Umberto Eco, à propos du fascisme, dans une réduction qui en modifie absolument le propos.
Ce qui est assez « révélateur  » du niveau d’intelligence quasi nul de ce pauvre crétin de milanais.

renato dit: 8 juin 2019 à 18 h 00 min

Mais c’est vous Pauvrette qui avez mis bas la première insulte, ce qui n’est pas étonnant pour une parvenue.

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 17 h 53 min

Stratagème N°8 : recourir à l’insulte quand on n’a plus d’autre moyen pour s’en sortir.

Je vous accuse Renato, de falsifier complètement les propos d’Umberto Eco, dans votre « revelateur » pour assouvir un dessein qu’il ne me convient pas de démasquer. Sauf à confirmer ce que je pense des affreurismes de Renato: Du bavardage de pauvre cretin, comme d’habitude.

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 17 h 00 min

Non Renato, j’ai ce petit livre d’Umberto Eco sous les yeux et apprécie d’aurant moins cette tentative de manipulation à laquelle vous vous êtes livré, avec votre « révélateur  »
Moi je me méfie des autodidactes qui ont l’air de. Des crétins qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent, dans la plupart des cas.

renato dit: 8 juin 2019 à 16 h 41 min

« … nous sommes toute ouïe. »

Pas envie de meubler votre désert, cherchez plutôt sur le réseau que « c’est tout ce que vous savez faire ».

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 16 h 06 min

Un presque autodidacte comme vous Renato, a la « pensée  » en kit kodak, allons, nous sommes toute ouïe.

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 16 h 03 min

Renato, auriez-vous ce gout exquis du conteur, comme Umberto Eco, pour nous narrer comment il vit arriver la « liberté  » dans son village ?

Bérénice dit: 8 juin 2019 à 15 h 14 min

12h57 désolee de vous décevoir mais je ne pratique pas plus que je ne revise, n’appartient ni n’adhère à aucun courant sectaire et révisionniste ou négationniste. Revoyez le kms au cas où pour varier vos postures d’apparat. Tenues de camouflage impeccables chère Anne C, on ne vous reconnaît pas , votre historique est comme vierge. Auparavant vous lisiez , avec toutes ces prestations, disposez vous encore de ce temps si l’on ajoute vos prestations artistiques? Vous rejoignez Chaloux, intellectuelle et artiste, je suis absolument admirative bien que dubitative.

renato dit: 8 juin 2019 à 14 h 40 min

« Je pense que non. »

Pensez, pensez, cela ne peut vous faire que du bien… en admettant que vous sachiez pratiquer cette activité.

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 14 h 30 min

-et les pianistes italiens?
-j’ai entendu l’histoire d’un formidable, qui jouait sur son piano la musique de l’ocean, enfant abandonné sur un bateau de croisière transatlantique, il n’en est jamais descendu.

et alii dit: 8 juin 2019 à 14 h 26 min

POUR LA VIDEO TOSCANINI
This video chapter belongs to the video about La Scala’s History, La Scala Teatro d’Opera, that I edited and directed.

et alii dit: 8 juin 2019 à 14 h 17 min

et un entretien sur l’histoire du piano d’une certaine façon
A entendre Aldo Ciccolini, elle aurait plutôt tendance à le mettre en pétard. Normal, quand on est passionné…
Il est à l’image de sa Naples natale et de son Vésuve, toujours au bord de l’explosion. Cinquante années de carrière commencées au lendemain de la guerre avec un prestigieux
https://www.telerama.fr/musique/entretien-avec-le-pianiste-italien-aldo-ciccolini-le-public-applaudit-a-n-importe-quoi,122348.php

et alii dit: 8 juin 2019 à 14 h 02 min

j’ai appris les rois de france avec une amie dont j’ai revé cette nuit en pensant à CLOPINE où est elle?
LE roi de France c’est « anchois pommier » (françois premier) cette amie est devenue directrice d’école

et alii dit: 8 juin 2019 à 13 h 58 min

L’histoire (et litalie)enchanson française que savent les enfants
Hélas, La Palice est mort / Il est mort devant Pavie
Hélas ! s’il n’était pas mort / Il serait encore en vie. »454

La Mort de La Palice, chanson de 1525

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 13 h 22 min

Je ne sais pas si Renato a lu le petit livre d’Umberto Eco, sur le fascisme . Je pense que non.
C’est le problème ici, le messager veut se faire l’auteur du message.
Alors que ce petit livre est petri d’humour.

et alii dit: 8 juin 2019 à 13 h 07 min

Le livre de Giuliano da Empoli se lit ainsi – avec un pessimisme croissant, si d’aventure, le futur se trouve bien en Italie. L’auteur décrit notre monde et ses héros noirs avec une précision ironique, un oeil qui balance de l’appréciation esthétique à la conceptualisation hardie. C’est écrit comme les Français rêvent d’entendre parler les Italiens : avec humour, élégance, sans effort visible, sprezzatura, et des références qui vont de Goethe à Netflix. Mais loin d’être seulement un brillant panorama de personnages truculents, il se lit comme un essai, spécialement novateur, qui définit le nouvel âge de la politique.

et alii dit: 8 juin 2019 à 13 h 04 min

empoli sur la règle du jeu
. Technique du coup d’Etat avait écrit Malaparte devant l’Europe cadenassée du début du XXe siècle : Techniciens du coup d’Etat démocratique, répond, un siècle plus tard un autre Italien.
Que l’Italie ait inventé la démagogie 2.0, là encore pas de surprise : pour Empoli, le pays est «la Silicon Valley» du populisme, un laboratoire qui, du fascisme au parti-entreprise de Berlusconi, est chaque fois à la pointe des innovations politiques. Mais l’histoire des 5 étoiles est proprement hallucinante. Car derrière les leaders falots, les vice- Président du conseil empotés, se cache un ingénieur, Gianroberto Casaleggio. On arrive ici à l’inversion de la relation entre technique et
https://laregledujeu.org/2019/04/17/34878/technique-du-coup-detat-democratique/

et alii dit: 8 juin 2019 à 12 h 57 min

écoeurant-(e l’abbé raie NICE.
ce blog est un cloaque quand elle révise le cours de sexe de son couvent spécialisé
bonne journée et bon week-end

Marie Sasseur dit: 8 juin 2019 à 12 h 54 min

@Révélateur préparé par Umberto Eco.

En français, editions Grasset, format poche 2017, réimpression 2018

« Reconnaitre le fascisme »
Note de l’editeur

Le texte publié ici sous le titre Reconnaître le fascisme trouve son origine dans un discours prononcé par Umberto Eco le 25 avril 1995 à l’université de Columbia (New York), à l’occasion du cinquantième anniversaire de la liberation de l’Europe. Il a ensuite été publié dans The New York review of books, avant d’etre repris – d’abord en Italie en 1997, puis en France en 2000, sous le titre  » le fascisme eternel »- dans un volume d’essais intitulé Cinq questions de morale.

Toujours d’actualité…avec des « fascismes en civil »

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