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La République Des Livres par Pierre Assouline

L’érotisme décalé de Robert Desnos

Par Jacques-Pierre Amette

L’érotisme, le désir ?  Tout le monde l’explique, le commente, l’invente, en fait sa chose, comme Dieu ou son portable. Mais qu’en pense un surréaliste de la première heure ? D’abord qui est  Desnos ? C’est celui qui est toujours sur le bord des  photos un peu en retrait derrière les grandes figures Breton et Aragon ,  ce Desnos qui, selon Breton, « parlait le surréaliste à volonté »,  fermait les yeux, entrait en transe, cassait le vocabulaire ordinaire , débitait des phrases de Pythie, des phrases de cristal qui montaient aisément vers les étoiles et le cosmique dans les brasseries enfumées. La bande de surréalistes se montrait éberluée devant ce virtuose de la parole libérée. Il imposait des gerbes  de songes, des amours polaires, des aventures de corsaire sorties de ce  cinéma muet( feuilletons de Louis Feuillade notamment)  qu’il goûtait particulièrement. Il mélangeait  Mélusine et  Fantômas,  Arsène Lupin et les jolies coiffeuses qui fréquentaient le Vel d’Hiv. Piéton de Paris acharné , il voyait  des sirènes aux écailles fumantes  au fond des passages parisiens. la chaussée d’Antin devenait  sa forêt de Brocéliande où folâtraient des sténo dactylo sans cou. Il   faisait tournoyer de grands motifs amoureux jusu’au vertige et au non sens . Il avait également le don de délicats dérèglements syntaxiques du genre « dans bien longtemps tu m’as aimé ».

Tous les témoignages d’époque concordent. A l’écrit, Aragon était le meilleur , mais en bavardage automatique Desnos était le plus déstabilisant et le plus inventif, ce fils d’un mandataire des Halles..

Curieux Desnos. Il promène son visage blanc et ses cheveux tirés en arrière façon Tino Rossi parmi ses amis surréalistes, de Soupault à Perret . Il parle en état de  transe, vacille, étonne, monte sur une table parmi les bières et les vermouths, éponge son front, devient prophète d’un cosmos en folie. Dans le premier surréalisme, il fut le devin, le mage, l’Inspiré. Dans la phase politisée  et engagée du surréalisme, il s’écarta.

C’est dans les années 1925-27 qu’il écrivit cet essai  De l’érotisme, considéré sans ses manifestations écrites et du point de vue de l’esprit moderne., aujourd’hui réédité sous le titre De L’érotisme. Ce panorama de l’érotisme en littérature avait déjà été donné dans un gros volume devenu introuvable Nouvelles Hébrides  et autres textes, paru en 1978. Alors cet érotisme selon Desnos ? Est-il  heureux ? Diabolique ? Exacerbé ? Paradoxal ? Discret ? Impudique ? Révolutionnaire ? Baroque ? Déviant ? Violent ? Conformiste ?

La réponse serait plutôt : décalé. Ce qui frappe avant tout, c’est que Desnos ne fait pas de cloison étanche  entre désir et amour. En bon disciple d’Apollinaire, son maître, il cultive le vagabondage tantôt lyrique, tantôt féerique, tantôt élégiaque, tantôt malicieux. Il mêle le merveilleux et l’ordinaire, l’ironie et la tristesse, la finesse et le loufoque. Son goût érotique le porte vers quelque chose de bondissant et d’imprévisible. C’est sa fraîcheur. Il n’a pas ce goût des grandes baisades et des orgies lubriques énormes qui traversaient Flaubert.. Il se lance dans une histoire de l’érotisme assez primesautière, voire désinvolte, et un certain bohémianisme. Il survole les époques  genre alouette. Jugements tranchants, très personnels  Exemples.

Il expédie l’ Antiquité au lance- pierre, de Pétrone à Apulée. Rabelais ? Bof..« Des idées vulgaires et un style lourd ». Ronsard ? Mathurin Régnier ?  La Fontaine ? signalés au passage. Vague coup de chapeau. Il épargne l’Arétin avec condescendance  (« l’épithète de divin n’est pas immérité »). Il cajole l’exquis Bussy-Rabutin et son Histoire amoureuse des Gaules (« œuvre charmante comme un flirt » écrit- il). En revanche, il tombe à genoux d’admiration pour les Lettres de la religieuse portugaise . Brantôme  prend son paquet :  « commérages d’infirmes », « des radotages sur l’état de cocu », « fausse bonhommie », « esprit gaulois dans tout ce qu’il peut avoir de répugnant », « érotisme pour les instituteurs et les âmes grossières »… Le Décaméron ? « Le ton est celui des snobs italiens du temps de Boccace », « Il ne fait preuve d’aucune émotion vraie ». Parmi les épargnés,  Casanova. Sans beaucoup s’étendre :« Ses Mémoires sont pleins de tendresse ». Restif de la Bretonne  : « Amoureux cerébro -spinal il s’attache presque exclusivement aux détails excitants :une belle jambe, une belle gorge, de beaux seins. ». Andréa de Nerciat a droit à  un traitement particulier : « Le Diable au corps, les Aphrodites et Felicia sont des livres qui représentent le mieux cet aspect bonbonnière et statuette de Saxe » dit-il.  Il revient sur le «  flirt », mot qu’il apprécie, avec la comtesse de Choiseul-Meuse et sa Julie ou j’ai sauvé ma  rose :  ‘« Il s’agit d’un roman qui donne pour la première fois une description moderne du flirt ».

Mais qui est donc le grand érotique chez lui ? Réponse : « Le grand Sade, l’immense Sade « . C’est  Apollinaire qui avait attiré l’attention des surréalistes sur cet étrange marquis embastillé. Desnos admire Sade pour   son « tragique ricanement ». Il le définit ainsi: « sa place est au rang des fondateurs de religion ». Sollers, qui comprend le Sade mieux que n’importe qui, l’a fait mettre sur papier Bible, en Pléiade, ce qui aurait ravi Desnos et navré Simone de Beauvoir.

Une fois le livre refermé, on reste étonné du côté primesautier, prompt, drôle,  funambulesque de son histoire de l’érotisme. On sent  le brillant speaker de Radio-Paris et le chroniqueur de disques qu’il fut dans Ce soir. La légèreté de touche  souvent, et un sentimentalismes fleur bleue dans un domaine où on pouvait attendre violence vénéneuse, chair, pulpe, frénésie, embrasement. Mais non, je le trouve plutôt du côté de René Clair et d’Audiberti, instable et abondant, curieux, fantasque,  espiègle. Ses jugements sont des neutrons flottants sur des miroirs. Il  soulève les toits pour trouver la chambre de Mimi Pinson en porte jarretelles. L’amour fou ?l a femme magique des surréalistes ? oui  bien sûr, c’est là, mais avec cette nuance que c’est imaginé  par un prestidigitateur distrait qui  s’empêtre dans ses foulards de couleurs et ses tourterelles. Il reste enjoué, Pierrot lunaire, loin de notre  époque torride avec ses  fellations en série et ses sodomisations déchaînées, celles  que s’arrachent les ménagères de moins de cinquante ans chez nos libraires de quartier. Les carambolages et les escapades sidérales ou parisiennes de Desnos, comme un lutin perdu dans le cosmos, se relisent comme on réexamine attendri de vieilles photos  du cirque de Gavarnie ou du lac d’Annecy dans une boite à chaussures de soldeur. C’est le charme et la limite ce  poète qui mourut d’épuisement, étoile jaune sur son manteau,  le 8 juin 1945, au camp de Térézin, en Tchécoslovaquie.

P.S. Voici venir l’amour du fin fond des ténèbres, la préface-essai d’Annie Le Brun, ouvre quelques brèches intéressantes sur l’art de Desnos mais dans un sacré désordre.

JACQUES-PIERRE AMETTE

(« Jacques-Pierre Amette au début du XXIème siècle » photo Passou ; « Robert Desnos vers 1928 » photo D.R.)

 

Robert Desnos

  De l’érotisme

(nouvelle édition en librairie à la fin du mois)

Collection « L’imaginaire »

Gallimard

 

Cette entrée a été publiée dans LE COIN DU CRITIQUE SDF, Littérature de langue française.

56

commentaires

56 Réponses pour L’érotisme décalé de Robert Desnos

dafhotter dit: 8 juillet 2013 à 7 h 16 min

Expédier la superbe préface d’Annie Le Brun en une petite ligne finale, en parlant de « quelques brèches intéressantes » et « sacré désordre » frôle la malhonnêteté… et la myopie, car le désordre amoureux est précisément au cœur de la quête de Desnos.
Sans parler de tel jugement primesautier sur l’histrion Sollers qui « parlerait Sade mieux que personne »… Tiens donc !? De tous les commentateurs de Sade, c’est sûrement le plus bouffon (dans le sens où il se sert de Sade comme d’un faire-valoir) et le plus creux.
Heureusement qu’on a encore des J.J. Pauvert ou A. Le Brun pour présenter Sade de manière autrement plus lucide et profonde… que de telles balivernes.

AS dit: 17 mars 2013 à 1 h 11 min

N’étant pas Juif, Desnos ne saurait être mort « étoile jaune sur son manteau ». Plutôt le triangle rouge marqué d’un F.Il est vrai pourtant qu’il a reçu un tatouage en passant par Auschwitz, mais en tant que résistant du convoi dit des tatoués, parti de Compiègne le 27 avril 1944, et non en tant que Juif.

C.P. dit: 14 janvier 2013 à 22 h 21 min

Un peu d’ordre rétabli…

Marc Court, je crois que le fil s’épuise, mais il n’a pas tellement dérivé, avec Pascal Pia. Oui, grande, savante et très sympathique personnalité – jusqu’à la mauvaise tête antimilitariste, au pasticheur, au pataphysicien-, attentif comme vous l’avez souligné, y compris à Hellens et Calet, par exemple. C’est bien que l’on puisse ressentir un érudit de cette qualité comme un frère, aussi.

court dit: 13 janvier 2013 à 17 h 51 min

CP, Pia fut aussi le lecteur des petits maitres et pas seulement de l’Enfer. Je crois que c’estun peu à lui, qu’on doit l’entrée de Gobineau et de quelques autres dans la Pléiade.
Ce gout de lire ce qui n’était pas à la mode, et de le faire partager aux autres m’a toujours paru fort sympathique. A quoi s’ajoute une mémoire photographique bpermettant de contrer des monstres sacrés comme Guillemin , meme sur Zola. Respect à celecteur là, dont le volume d’articles publié par Nadeau démontre assez l’insatiabl curiosité et la documentation sans faille.
Bien à vous.
MC

C.P. dit: 12 janvier 2013 à 23 h 38 min

En tout cas, Marc Court, des recoupements, que certainement vous savez, à propos des « érotiques » : Jean-JoséMarchand, qui n’a connu Pascal Pia (et travaillé sous sa direction à « Combat ») qu’en 1944, a donné en 1981 aux « Lettres Nouvelles » des témoignages et un essai de biographie. Il revient sur Pierre Durand (le nom véritable) devenant Pascal Pia quand il rencontre en 1921 Gabory et Malraux cherchant à l’Enfer de la BN des textes pour l’éditeur Jean Fort. C’est aussi à la BN, semble-t-il, que Pia fait la connaissance de l’érudit Frédéric Lachèvre et des compères Fernand Fleuret et Louis Perceau, anciens collaborateurs d’Apollinaire… Encore L’Enfer de la BN.
Je résume : Pia publie des poèmes, vit un peu la bohème, joue les nègres, puis, à son retour du service militaire en 1924, re-poétise avec la faveur de Gaston Gallimard, avant d’éditer des livres érotiques pour Jean Fort et René Bonnel, de travailler encore pour Lachèvre et de re-négrifier pour des universitaires.
S’établissent alors des relations avec les surréalistes, dont Desnos et Aragon (pour la publication du « Con d’Irène »), l’édition d’un « Cortège priapique » apollinarien pour René Bonnel, avant « L’Histoire de l’oeil » de Bataille, etc. Suit la collaboration que lui propose en 1928 Louis Perceau (le revoici !) dans l’hebdomadaire « La Lumière ». L’édition clandestine par ailleurs (comme celle de la « Mademoiselle de Mustelle » de Mac Orlan) souffre de la crise de 1929, mais l’aventure continue, va vers la rencontre de Camus, par exemple, et bien au-delà. Je m’arrête, n’ayant retenu, et très en gros, que ce qui concernait notre sujet et la décennie 1920-1930.
Mettons que cet article, les commentaires, vos remarques, celles de John Brown aussi… m’ont redonné un coup de passion pour Pia, qui mérite bien notre attention. En même temps, il n’est pas du tout étonnant que cette décennie voit naître des compilations et des « Histoires de… », dont certainement fait partie l’ouvrage de Desnos.

court dit: 12 janvier 2013 à 18 h 40 min

cf contribution montée trois messages plus haut.
Pour la completer, cette édition du Procès-fiable?- est aussi datée de 1921.Soit avant que Bataille ne se penche là-dessus….
Bien à vous.
MC

court dit: 12 janvier 2013 à 18 h 33 min

Une histoire de l’érotisme avant Desnos?
Outre les maisons plus ou moins clandestines qui publiaient le canon des curiosa, et Apollinaire déjà cité, les années 1920 -avant le Manifeste- voient la prolifération des ouvrages de Fluret et Perceau, dés 1920- 21. On peut se demander si Desnos ne tire pas à vue ur ces auteurs, trés portés sur l’érotisme gaulois -dont précisément Ronsard,mais pas seulement lui.
On peut aussi penser que la focalisation ur gilles de Rais opérée par Bataille doit peut etre quelque chose au « Docteur Hernandez » pseudo d’un des compères, le premier à ma connaissance à avoir traduit le Procés.
Bien à vous.
MCourt

rose dit: 12 janvier 2013 à 16 h 51 min

et voilà

à l’instant T je le disais quand vous l’écriviez :
en amour pas de calcul
qui calcule n’aime pas
je suis en plein dans le sujet, je vais obtenir dans les trois premières, les mecs étant en queue, leu leu, l’agrégation.

C.P. dit: 12 janvier 2013 à 14 h 53 min

L’article rappelait Desnos au-delà même de « De l’érotisme », et c’est bien ainsi. Reprenant la « Révolution surréaliste », je vois que Desnos a participé fidèlement, -et plus que cela-, aux onze premiers numéros, alors même que Breton lui en a sans doute voulu assez tôt de ses autres travaux, dont ceux de « journaliste », et ait été jaloux de son penchant pour la revue « Bifur ».
En tout cas, pas de réclame dans la RS pour « De l’érotisme » ni de commentaire de cette « vie sexuelle intégrale » où Desnos voyait l’aliment et même le fondement de la vie de l’esprit.
Pas de présence non plus de Desnos au multilogue « Recherches sur la sexualité », dans le numéro 11. Evidemment absent du numéro 12, il répond tout de même à l’enquête sur l’amour qui suit « L’Introduction à 1930 », et curieusement il envoie dinguer le questionnaire. Je le cite avec plaisir :

« Qu’est-ce que L’IDEE D’AMOUR ? Je connais l’amour, mais pas l’idée de ce nom. Faute sans doute de culture philosophique.
Et puis encore dans quel sens employez-vous le mot « amoureux imaginaires » ? Dites amoureux de mauvaise foi, ce qui ne veut pas dire grand chose, mais ne jouez pas sur amour et imagination, deux termes inséparables. Quant aux questions elles-mêmes, comment y répondre ? L’amour ne vaut que par spontanéité. Peut-on discuter des questions qu’on ne résout qu’au moment où elles se posent dans la vie, -qui n’est pas sordide du tout et que je trouve admirable précisément parce que sans vie et sans vît (parfaitement, et et merde pour ceux que ça choque) il n’y a pas d’amour ? N’est-ce pas là l’amour imaginaire ? Les calculs et le reste sont de la foutaise. Pas plus en amour qu’ailleurs, on ne calcule, quoi que cela soit.
En définitive, j’aime, je subis, je fais l’amour. Je ne le discute pas.
Très amicalement à vous. »

rose dit: 11 janvier 2013 à 22 h 31 min

et encore
J’avais rêvé d’aimer. J’aime encor mais l’amour
Ce n’est plus ce bouquet de lilas et de roses
Chargeant de leurs parfums la forêt où repose

Une flamme à l’issue de sentiers sans détour.

J’avais rêvé d’aimer. J’aime encor mais l’amour
Ce n’est plus cet orage où l’éclair superpose
Ses bûchers aux châteaux, déroute, décompose,
Illumine en fuyant l’adieu au carrefour.

C’est le silex en feu sous mon pas dans la nuit,
Le mot qu’aucun lexique au monde n’a traduit
L’écume sur la mer, dans le ciel ce nuage.

A vieillir tout devient rigide et lumineux,
Des boulevards sans noms et des cordes sans noeuds.
Je me sens me roidir avec le paysage.

il meurt atteint du typhus

rose dit: 11 janvier 2013 à 22 h 28 min

il est aussi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Et pourquoi pas ?

court dit: 11 janvier 2013 à 20 h 39 min

Oui, et pour déméler l’écheveau, rien ne vaut le libraire ou le collectionneur.On ne peut que remercier un Sykes, un Zoumerhof, un Avrane, d’avoir rendus leurs trésors accessibles à des chercheurs.
Des surprises sont toujours possibles à plus modeste échelon . Un envoi de la Duchesse d’Abrantès à Alexandre Dumas pére en 1835 en tete de ses Histoires Contemporaines n’est peut etre pas qu’une pure mondanité. Eten 1835, Dumas est dramaturge, non romancier.On est plus supris de voir le trés légitimiste et trés pieux Blanc de Saint Bonnet consacrer au Hugo progressiste des années Louis-Philippe un exemplaire de sa grande oeuvre, De la Douleur, ceci meme après la mortde Léopoldine. Je Confirme, CP, rien n’est simple, et tout est surprise, pour ne pas dire miracle, selon un proverbe que j’aime bien.
Bien à vous
MC
PS
Envoi Abracadabrantés
« A monsieur alexandre Dumas, en témoignage d’une amitié constante et suivie » Diable Diable…

C.P. dit: 11 janvier 2013 à 18 h 49 min

John Brown, oui ! La plus grande complication, c’est encore celle qui règne à la NRF en 1943, au moment où Drieu est décidé à démissionner, et où ça s’agite de tous côtés. « On » croit connaître la chanson, et puis un nouveau Journal personnel, une Correspondance… éclairent les choses de la « littérature » en cette période encore un peu autrement. Mais vous le savez.

John Brown dit: 11 janvier 2013 à 18 h 08 min

Si mes souvenirs sont bons, Giono a publié « Deux cavaliers de l’orage » dans des numéros de « la Gerbe »; c’est une des « imprudences » qui lui valurent ses ennuis à la Libération. Tout est compliqué en effet, s’agissant plus particulièrement de cette période. « Vous ne pouvez pas comprendre », disait l’historien François Bédarida, cité par Pierre Assouline, vous n’avez pas vécu cette période ». On peut tout de même s’y essayer, mais avec d’infinies précautions et ,pour y parvenir, les correspondances sont des ressources précieuses. Les éditer est en effet une tâche essentielle, vu que, ‘ayant pas été publiées, pour la plupart, du vivant de leurs auteurs, elles sont plus particulièrement menacées de dispersion, voire de disparition.

court dit: 11 janvier 2013 à 15 h 55 min

PS
La chambre-bibliotheque de Pichon à Lauzun figue au Met assez mal reconstituée,car il manque visiblement des éléments. Encore un décor qui a filé dansl’indifférence générale…
MC

court dit: 11 janvier 2013 à 15 h 51 min

Oui, et ce Marquis de Villeneuve-Trans ne s’invente pas! Mais plus sérieusement, ce sont de petites plaquettes brochées, mais qui donnent souvent, à tirage trés réduit comme c’était l’habitude alors, des textes introuvables. La Pasiphaé de Théophile (?) Une comedie comme la Nephecocuologie,bref pas forcément des Curiosa.
A noter que la Maison Gay -si j’ose dire- se domicilie officiellement sur ses couvertures à Turin. Ce n’est pas sans saveur à l’époue de la Question romaine.
Il faut tout de meme dire que le Baron Pichon, locataire de l’Hotel Lauzun, ne protégeait pas n’importe quoi. C’est entre autres le principal bailleur de fonds de laNouvelle Bibliotheque Elzevirienne, soit quarante ans de tirage sur un vrai papier de chiffon des classiques les plus divers. L’entreprise épuisa au moins quatre éditeurs, mais elle en valait la peine. C’est là dedans, entre autres merveilles, que sortit l’originale du Neveu de Rameau établie sur le manuscrit de Diderot.
Bien à vous.
MC

C.P. dit: 11 janvier 2013 à 15 h 38 min

Pardon : « Jacques Lemarchand », je m’y perds !

Lemarchand rencontre d’ailleurs Desnos le mardi 27 juillet 1943, à l’occasion du « Prix des Nouveaux Temps ».
Tout est compliqué, autant que l’activité de Paulhan : Lemarchand n’est pas du tout un collaborationniste, MAIS il écrit dans « La Gerbe », dont la page littéraire au moins est demeurée polémique. Desnos appartient au réseau « Agir », et envoie des poèmes aux Editions de Minuit, pour « L’Honneur des poètes », mais il est rédacteur et tient la
rubrique littéraire et musicale, -elle aussi assez libre-, à « Aujourd’hui »… que dirige Georges Suarez, qui sera fusillé à la Libération.

Moralité : il faut lire, avec les Historiens, les JOURNAUX … et les CORRESPONDANCES.

sipour dit: 11 janvier 2013 à 14 h 31 min

Comme d’autres , j’ai regretté qu’une bibliothèque parisienne pour laquelle le nom de Desnos avait été proposé au vote n’ait pas été retenu et qu’il lui ait été préféré celui de M.Audoux .

C.P. dit: 11 janvier 2013 à 14 h 05 min

Mauvaise Langue, il est donc heureux que quelque chose de permanent, au moins pour notre temps, demeure de Desnos. C’est bien de vous retrouver ici, sous une rubrique pour l’instant ne générant pas de vannes.

John Brown, Marc Court a raison : il ne s’agit pas, ou plus, de Gallimard, mais, pour Pascal Pia qui nous intéresse vivement, comme pour la CORRESPONDANCE de Supervielle par exemple, d’entreprises délicates et coûteuses, vous le savez. J’ai cité Claire Paulhan, dont je connais bien les travaux d’éditrice et de responsable de l’IMEC, et pour qui j’ai affection et estime : le prix du coffret « J-J. Marchand » était, en souscription déjà, de 80 euros, celui du JOURNAL de Jacques Marchand de 50. Je n’en suis pas pour ma part très gêné, et je paye volontiers ces livres-là, mais il faut savoir ce que l’on veut. Bien sûr que le succès du grand-père de Claire est du même coup moins onéreux pour d’autres éditeurs…qu’il ne le serait pour elle !

Il y aura certainement, dans le droit fil de l’article de J-P. Amette, d’autres vives remarques touchant les écrits de Robert Desnos, jusqu’en juillet 1943 au moins (« L’Etat de veille » à compte d’auteur, en même temps que « Le Veilleur du Pont-au-Change » aux éditions clandestines de Minuit).

John Brown dit: 11 janvier 2013 à 14 h 00 min

« vous seriez surpris u prestige de Pia dans les milieux du livre » (rédigé par Court)

Je n’en doute pas et m’en réjouis. Je me nourris depuis des années de son « Baudelaire » et de son « Apollinaire », deux classiques indémodables. Je suis persuadé que, pour qui s’intéresse à l’érotisme dans la littérature, ses ouvrages de référence sur la question, notamment son « Dictionnaire des oeuvres érotiques », sont des outils indispensables. Sur l’érotisme, Pascal Pia a poussé sa recherche beaucoup plus loin que l’enquête esquissée par Desnos, et dans une forme plus efficace, celle de l’inventaire critique, appuyée sur l’érudition très remarquable qui était la sienne dans ce domaine. Néanmoins, en dépit d’une relative désinvolture soulignée par Jacques-Pierre Amette, Desnos me paraît avoir fait ouvre de pionnier.

Mauvaise langue dit: 11 janvier 2013 à 12 h 30 min

8 février 1944
« Ce que j’écris ici ou ailleurs n’intéressera sans doute dans l’avenir que quelques curieux espacés au long des années. Tous les vingt-cinq ou trente ans on exhumera dans des publications confidentielles mon nom et quelques extraits, toujours les mêmes. Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. J’appartiendrai au chapitre de la curiosité limitée. Mais cela durera plus longtemps que beaucoup de paperasses contemporaines. »
R. Desnos

court dit: 11 janvier 2013 à 11 h 15 min

Aussi est-ce un Maurice Nadeau qui s’ y est attelé.iL faut croire qu’il n’avait pas la meme analyse que vous. Et vous seriez surpris u prestige de Pia dans les milieux du livre.
Bien à vous.
MC

John Brown dit: 11 janvier 2013 à 9 h 54 min

« Je crois qu’il fudrait s’atteler à la publication de la Correspondance de Pia, ne serait-ce que pour les précisions qui peuvent s’y trouver. On publie bien celle de Paulhan… » (rédigé par Court)

La notoriété de Paulhan fera que sa Correspondance trouvera sans doute quelques acquéreurs, mais Pia ? La philanthropie a ses limites, même dans le cas d’un éditeur aussi éclairé que Gallimard.

John Brown dit: 11 janvier 2013 à 9 h 23 min

 » Les carambolages et les escapades sidérales ou parisiennes de Desnos, comme un lutin perdu dans le cosmos, se relisent comme on réexamine attendri de vieilles photos du cirque de Gavarnie ou du lac d’Annecy dans une boite à chaussures de soldeur »

Si l’auteur ne s’appelait pas Desnos, qui aurait songé à rééditer ce survol somme toute modeste et daté ?

court dit: 10 janvier 2013 à 23 h 33 min

Je dis simplemEnt qu’on ferait bien de s’intéresser à Pia sur lequel il y a peu de chose, et rien pour la Correspondance;celle de Paulhan est déjà pas mal avancée et il n’a pas à s’en faire, étant homme d’appareil ce qui ne fut guère le cas de Pia.

court dit: 10 janvier 2013 à 19 h 11 min

Merci, CP , je vois que nous sommes d’accord.j’ignorais, cela dit, cette Papesse du Diable.
Je crois qu’il fudrait s’atteler à la publication de la Correspondance de Pia, ne serait-ce que pour les précisions qui peuvent s’y trouver. On publie bien celle de Paulhan…
Bien à vous.
MC

Giovanni Sant'Angelo dit: 10 janvier 2013 à 18 h 48 min


…l’érotisme, le désir,…pourquoi,…mes châteaux sont déjà là,…
…Ah,…je vois,…elles se mettent à quatre pour forcer la donation d’A.D.N.,…c’est çà vous repasserez,…
…pas de grande fortunes,…non,…pas d’enfants,…alors,…simple et coupé le désir,…
…demandez aux abrutis de lobbying,…d’en faire des enfants à la liberté , égalité , fraternité,…
…rester assez intelligent pour ne faire que des enfants de riches très beaux,…
…etc,…ou rien,…c’est très beau aussi,…avec cinq milliards d’humains à rien foutre,…que de baiser du matin au soir,…
…continuer sans moi, et sans châteaux,…de merde,…chapeau 007,…

Au temps pour moi dit: 10 janvier 2013 à 15 h 32 min

Ah, quel plaisir ! Après Rinaldi, un deuxième texte critique sur ce blog. Comme quoi il ne faut pas désespérer. On voit le métier, ça nous change du tricotage à grosses mailles de Morlino et Assouline.

Jacques Pierre Amette dit: 10 janvier 2013 à 11 h 57 min

tout ce que vous dites Mauvaise Langue est exact précis et vrai . autant pour Moi. et avouons que des recueils de poemes comme « corps et biens » ou « etat de veille » vont puiser à des sources profondes.

Mauvaise langue dit: 10 janvier 2013 à 6 h 08 min

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu’il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu’à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l’ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.
Desnos, 1926

Mauvaise langue dit: 10 janvier 2013 à 6 h 07 min

Lire notamment, écrit par un de ses anciens compagnons d’infortune en déportation :
André Bessière : Destinaltion Auschwitz avec Robert Desnos, éditions L’Harmattan, 2003

Mauvaise langue dit: 10 janvier 2013 à 6 h 05 min

Me revient la tâche ingrate de rectifier une erreur.

Desnos n’était pas juif. Ce sont ses ennemis pendant la guerre qui ont voulu le faire passer pour juif. Il n’a donc jamais porté d’étoile jaune.

Il a été déporté comme Semprun par Compiègne et pour la même raison que Semprun, à savoir qu’il était résistant, membre du réseau AGIR.

De Compiègne, son train de déportation l’a amené d’abord à Auschwitz, d’où il est ressorti un jour plus tard pour Buchenwald pour ensuite finir ses jours à Teresienstadt (Terezin). S’il avait été arrêté parce qu’il juif, il ne serait jamais ressorti vivant d’Auschwitz.

Je suis vraiment désolé de devoir apporter cette précision qui pourtant s’impose. Mais c’est une confusion fréquente en France.

W dit: 10 janvier 2013 à 0 h 16 min

la moitié des coms écrites dans une espèce de méta-langage mais c’est certifié normes françaises au minimum,français littéraire .

C.P. dit: 9 janvier 2013 à 23 h 48 min

Marc Court, je crois volontiers à une part de seconde main telle que vous l’évoquez, surtout si ce travail était aussi « alimentaire » (?), ce qui n’ôte rien à d’autres talents de Desnos.

Il y a aussi, -si elle est bien connue, on me pardonnera- la curieuse histoire de « La Papesse du Diable », livre « érotique » paru en 1921 sous la signature de Pierre de Ruysnes et Jehan Sylvius, et dont les droits, lorsqu’il fut réédité en 1958 par Losfeld furent versés à Youki Desnos, sur la foi de Péret témoignant que Pierre de Ruynes était Robert Desnos (l’identification de Jehan Sylvius était plus difficile : Renée Dunan ?)…
Seulement, et alors que Marie-Claire Dumas se préparait à accepter « La Papesse du Diable » dans son travail d’édition de Desnos, Pascal Pia intervint en 1975 : il avait fréquenté Pierre de Ruysnes, qui n’était pas du tout Desnos mais un de ses amis né en 1894, lequel s’était quelque peu frotté au cercle d’Apollinaire puis aux surréalistes, et avait donné des recueils de poèmes, certains d’ailleurs fort (ou trop) apollinariens, et des anthologies assez médiocres sous son nom véritable de Pierre Renaud.

J’abrège : Renaud, qui mourra en 1965, avait épousé une dame fort pieuse à la fin des années 40, lui avait caché la plus grande partie de ses publications antérieures, notamment « La Papesse du Diable », demandé à Pascal Pia de se taire et entrepris des ouvrages plus sages.

L’enquête de Marie-Claire Dumas, mais surtout de Jean-José Marchand, s’est poursuivie sur Renaud, ses oeuvres (dont « Le Cravacheur de mufles  » de 1921, que je connais pour en avoir hérité du grand-père de mon épouse), et a fait l’objet de deux articles de Jean-José Marchand, disparu depuis peu. Je les ai retrouvés dans ses « Ecrits critiques » publiés récemment chez Claire Paulhan.

Enfin, évoquant plus haut la « crise » de 1929 qui donne lieu au « Second Manifeste », ce que chacun sait, j’ai seulement voulu dire que Breton, qui allait à son tour jouer le rôle de « cadavre » pour la bande des révoltés, dont Desnos, se « réservait » un certain Sade (celui de la rose légendaire de Charenton), contre Bataille et Desnos. En revanche, je ne trouve pas que le « Second Manifeste » soit en lui-même communisant, et il me semble que la rupture était préparée sur d’autres terrains que celui-là, contrairement aux raisons alléguées un peu vite par une information courante. En tout cas, comme Jacques-Pierre Amette le dit, Desnos manifestait depuis assez longtemps déjà une indépendance dans ses travaux qui ne pouvait plaire à Breton.

christiane dit: 9 janvier 2013 à 23 h 24 min

Quelle belle idée cette rubrique « Le coin du critique SDF ! (D’abord étonnée et gênée par le titre de cette rubrique, j’en comprends mieux le sens et l’utilité maintenant.) Ainsi elle nous donne accès à un livre de Desnos tout à fait imprévu et à une belle note de lecture piquante et pertinente. Redécouvrir le poète par le regard de J-P Amette et par ce livre (à découvrir) est un grand plaisir.

W dit: 9 janvier 2013 à 22 h 24 min

Pourrait-on dire que Sade soit allé au fond des choses et qu’il y soit resté? y rester peut aussi signifier mourir , Éros et Thanatos,pulsion de vie pulsion de mort liées,appel à des spécialistes érudits pour une lanterne,appel à la population!

W dit: 9 janvier 2013 à 22 h 17 min

« Desnos ne fait pas de cloison étanche entre désir et amour » Est-ce que l’amour ne serait pas ce qui subsiste quand le désir s’absente ,s’il ne reste rien la preuve est faite qu’il ne s’agissait que de désir ce en quoi ce genre de retranchement en vue d’obtenir éclaircissement sur la vitalité d’un sentiment pousse à la consommation et s’il ne restait jamais rien ,à la multiplication des opérations…ou pas d’opération les deux éléments indissociables voués à l’évaporation,la disparition .

W dit: 9 janvier 2013 à 22 h 05 min

Je dois être décalée quoiqu’il en soit ou pas cher Pierre Assouline je n’irais pas arracher ,surement à cause de mon grand age,une de ces parties déchaînées et sériées que vous décrivez sans les cris;question de fantasme vraisemblablement mais il est aussi vrai que la question subsidiaire a du se déplacer conjointement à notre position astrale dans l’univers , orientations différentes soumises à pression ,inflation,pour finir déflation.

C.P. dit: 9 janvier 2013 à 16 h 56 min

Dans la RS n° 4, une « Nomenclature » de Jacques-André Boiffard, -à la suite du « Glossaire » de Leiris-, et pour Desnos ceci, un peu facile mais qui fait écho à la remarque de Marc Court sur le « merveilleux poète des putains » (avant même FORTUNES, je crois) :

« Robert Desnos -noces de la haine et des bordels. »

court dit: 9 janvier 2013 à 16 h 06 min

Peut-etre y -a-t-il un lien avec la parution chez Crès en 1928 de la belle édiion du Docteur Leon Cerf pour l’Histoire Amoureuse des Gaules. Crés n’étant pas n’importe qui…
Peut-etre Pascal Pia aurait-t-il pu le dire, pas moi.

court dit: 9 janvier 2013 à 15 h 51 min

Je confirme pour Nerciat et l’Aretin, publiés vers 1909-1911 avec le nom d’Apollinaire dans la Bibliothèque des Curieux. Restif aussi, mais sans le nom d’Apollinaire- pure-si j’ose dire!- réimpression? Casanova, lui, ne parait qu’en 1921,avec notes de Jean Hervet, mais il n’est pas exclu que le cher Guillaume y soit pour quelque chose. Reste Bussy. Bel exemple de fidélité à une collection, en tous cas!
MC

court dit: 9 janvier 2013 à 15 h 33 min

Gouts trés apolinariens. Me semble que le Kostrowotski a du oeuvrer à une édition de l’Arétin. Restif et Nerciat étaient édités dansla meme nébuleuse des curiosa. L’ensemble fait tout de meme survol, à moins qu’il ait lu des anthologies de seconde main façon Fleuret et Perçeau, ou les pièces poéiques choisies sont assez lourdes pour le XVIeme siècle.Or une anthologie dispense de tout lire.
On peut préférer le merveilleux poète des putains de mrseille -Fortunes?- au chantre sans surprise du fadasse Divin Marquis.
Bien à vous.
MCourt

C.P. dit: 9 janvier 2013 à 13 h 23 min

Jacques-Pierre Amiette, merci pour cet article, qui donne à mon sens une idée très juste de la situation de Desnos dans l’aventure surréaliste… et à côté d’elle.
Du coup, il m’a fait retourner aussi au numéro 12 de « La Révolution Surréaliste » et donc au « Second Manifeste », où Desnos en prend sévèrement pour son grade, -avec d’autres, dont Bataille à propos de Sade. C’est ainsi que tout en regrettant le compagnonnage de naguère avec Desnos, Breton le « libère de tout engagement » (!) vis-à-vis du Surréalisme à occulter, et en somme lui reproche d’avoir choisi le chemin d’une vulgarité à toutes mains…

sipour dit: 9 janvier 2013 à 7 h 19 min

pas besoin d’être bien calé pour constater que « décalé » est un mot à se faire recaler….. incessamment sous peu

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