de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Dieu et le diable sont dans les détails

On en connaît qui se prennent pour Bartleby le scribe : de leur propre aveu, ils préfèreraient ne pas. On en sait qui se croient Bloom échappé d’Ulysses dès qu’ils consacrent une journée à traverser Paris. On en a vus si légers et si paisibles qu’ils avaient carrément pris Plume comme nom de plume. On en croise même qui, tel Gonzalo M. Tavarès, repeuplent leur bairro lisboète des ombres familières de  M.M. Kraus, Walser, Calvino, Brecht, excusez du peu ; ou tel Enrique Vila-Matas qui se prend pour tout ce qu’il lit . On peut supposer que son admirative empathie pour Pessoa a du plus d’une fois pousser Antonio Tabucchi à épouser l’identité multiple de ses hétéronymes. Mais on n’avait encore jamais croisé le chemin d’un spécimen aussi doux que Jean-Louis Schefer en son Monsieur Teste à l’école (80 pages, Pol). Ce n’est pas un essai sur un essai, ni une analyse universitaire, mais bien une rêverie, une promenade enchantée, le règlement d’une dette envers le personnage de fantaisie imaginé par Valéry jeune : “La bêtise n’est pas mon fort” écrivait-il en un incipit qui déjà nous conviait aux noces de l’intelligence et de l’humour.

Des années que Jean-Louis Schefer accumule des notes où est repérée cette vibration thématique sur l’énigme et les incertitudes du moi, Valéryen depuis ses 15 ans, l’âge où on apprend par cœur Le Cimetière marin et un peu moins par cœur La Jeune Parque : « J’aimais secrètement M. Teste chez qui je devinais un allié » avoue-t-il. Rien de moins assuré avec un homme de verre sans cesse en représentation. Corps sans ombre, ombre sans corps, la syntaxe est sa grande affaire, avec l’exploration de ses sensations. Plutôt que de perdre son temps à chercher le succès littéraire, il l’a employé à trouver les lois de l’esprit. Preuve qu’on peut penser sans livres. Teste est en théorie un modèle psychologique. La quarantaine, le débit rapide, épris de précision. Né du hasard, il y est retourné.

“Et si cet homme qui se construit en laboratoire, comme l’alambic de ses pensées, était un personnage ?” A prêter l’oreille tant au livre de Valéry qu’à celui de Schefer, on croit percevoir la mélodie d’une gymnopédie littéraire. Sa pensée avance non par fragments mais par cristaux. L’auteur a été jusqu’à s’étourdir dans la lecture compulsives des Cahiers de l’oncle Paul, ce laboratoire à ciel ouvert où l’intelligence de l’essayiste est en fusion permanente dans des éprouvettes à forte densité poétique. Heureux homme qui avait tué la marionnette en lui. Ce n’était pourtant qu’une vie de papier. Jean-Louis Schefer a réussi à lui donner corps sans rien en trahir.

Mettant son cœur à nu, Baudelaire eut dit de ce « Tombeau de M. Teste » qu’il est fait d’une émeute de détails. Qu’eut-il dit alors de Ces choses-là (297 pages, 17 euros, POL) de Marianne Alphant, livre également hors-genre qui, remarquons-le, paraît chez le même éditeur. On va finir par croire que POL est avec Verdier le lieu de refuge privilégié pour une certaine liberté de ton, une fantaisie qui réclame le droit à la divagation, à la broderie de mots et à la légèreté. C’est bienvenu, d’autant que l’auteur, qui connaît son XVIIIème sur le bout des doigts, siècle volage qu’elle a su attraper, a sous la plume la grâce et la sprezzatura nécessaires pour balayer le fatras de son érudition et n’en conserver que les traces volantes. De quoi l’autoriser à interpeller régulièrement « madame l’Histoire » sans faire de chichis.

De quoi s’agit-il ? De détails, ces débris de la vie, ces petits importants, ces petites choses, ces petits faits affolants, ces petits riens qui sont tout, qui ont la vertu de rallonger le temps. Autant dire des détails traités en majesté. Sade et son sistème chiffreur. L’étoffe de mazulipatan vieux rose couvrant le cou de Chardin en son autoportrait. Boswell écrivant à Samuel Johnson dans une église de Wittenberg couché sur la pierre tombale de Melanchton. Détails ! Diderot fuyant des cygnes en courant et se blessant au pied chez Mme d’Epinay. Le prince de Ligne décidant d’écrire sans ordre ses mémoires. Sade donnant à sa femme la mesure précise d’un étui masturbatoire. Lavisse en ses petites vignettes. Détails ! Détails ! La clé de la chambre de Cécile que Mme de Volanges garde sur sa cheminée et dont Valmont tente de faire un double. La jeune princesse de Lamballe soufrant d’une galanterie donnée par son mari. Le duc d’Orléans montre une impertinente disposition à rire sous cape. Les amants de passage s’appelaient des « voltigeants ». Beaumarchais perdant la clef du billard dans le lit de sa maîtresse. Détails ! Détails ! Détails ! Là que se dissimule la clef, le point, le moment, le rosebud, la beauté des enchaînements. Autant dire l’essentiel.

L’énoncé même de leur inventaire dégage une douce musique quand c’est Marianne Alphant qui tient la baguette. Quelque chose d’un éphéméride saisi par la poésie de l’Histoire. On voit ses goûts. Ses dégoûts aussi. Lamartine abhorré en prend pour sa grade. Forcément, un homme si empathique pour les orateurs, un ennemi du détail alors qu’il forme le regard ; on ne fait pas plus sec, à l’opposé d’un Saint-Simon qui en fait son miel. Marianne Alphant, elle, n’aime rien tant que crébillonner, marivauder, fragonardiser, mesmériser, casanover.

S’emparant de chacun de ces détails longs d’une ou deux lignes, auquel le roi était dit-on le plus attentif des hommes, Roland Barthes eut sans aucun doute tiré autant de biographèmes de dix pages chacun. Marianne Alphant rend justice à un fauteuil d’époque en une phrase par la seule observation de la cannelure des pieds, ses tigettes à culots et autres ornements. A d’autres, à Jean-Louis Schefer par exemple, qui sait, de déterminer qui se niche dans leurs agréments, de Dieu ou du diable.

(Photos Andrew McConnell et Eliott Erwitt)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire.

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commentaires

760 Réponses pour Dieu et le diable sont dans les détails

ter-rhodos dit: 12 avril 2013 à 11 h 37 min

suf la progression du blog et les révélations sur les découvertes soudaines de lettres, de ms et les mises en ligne, les commentateurs de ce blog ne m’intéressent pas : il sont dans leurs romans avec P.Assouline,,qui s’occupe du vôtre , n’est pas plus dans mon imaginaire que les oies de votre amie Clopine

Jacques Barozzi dit: 12 avril 2013 à 11 h 35 min

Dans mon « Goût de Montpellier », j’avais chosi le même extrait donné plus haut par Paul Edel, les grands esprits…

« PAUL VALERY A PIERRE LOUYS

[Montpellier] [Samedi, 6 août 1892]

[…] Je passe mes heures dans la légendaire Palavas à des bains et des roulures dans l’eau, empoignant le liquide, tordu de joie ichtyques et plein de mépris pour ceux qui n’aiment pas à plonger parmi les enfants pour rapporter des coquilles au soleil.
Et voici ce que j’ai vu hier :
Au bord de la mer, sous une eau claire et verdoyante qui tremblait, l’amas riche et pourpre de viscères arrachées par les pêcheurs aux thons, et jetés là. Ces entrailles, cœurs, foies, glandes énormes bougeaient à chaque flot et de turgescentes bourses pendulaient. Ce carnage dormait sous un cristal verdâtre et or, à peine teinté de rose par veines et fumées échappées de lui, et l’Idée, la plus brillante et nette, d’Héroïsme, de tuerie ainsi figée dans la lumière droite, me fixa très longtemps devant.
Il n’y a pas de G[ustave] Moreau aussi simple, aussi sonore. La signification était tout nue, sans Histoire ni théories. (Dans la gloire de sel limpide reposent des mémorables horreurs.) Et esthétiquement, il devint aussi curieux d’apprendre comment la nuance intégrale, profonde et cossue s’harmonisait avec les tons de l’eau mince qui vibrait. Un tel spectacle eût émerveillé le Moreau japonais qui n’existe pas. […] »

Jacques Barozzi dit: 12 avril 2013 à 11 h 26 min

Le [Mercredi] 4 juin [1890], Pierre Louÿs écrit à André Gide pour lui parler d’un jeune-homme de 17 ans rencontré aux fêtes littéraires de Montpellier :

 » Paul Valéry, un petit Montpelliérain qui m’a parlé de La Tentation [de saint Antoine] et de Huysmans, de Verlaine et de Mallarmé en des termes… tu sais, celui-là je te le recommande. »

rhodos dit: 12 avril 2013 à 11 h 25 min

terrhodos
vous vous tromperez donc toujours d’erreurs ?
le twit qui ragaillardit l’onklapis azulipatan
 » the piece is a response by Lawrence to a vicious short article by one « JHR » in the April 1924 issue of the journal Murry edited, the Adelphi. Entitled « The Ugliness of Women », JHR argues in his column that « in every woman born there is a seed of terrible, unmentionable evil: evil such as man – a simple creature for all his passions and lusts – could never dream of in the most horrible of nightmares, could never conceive in imagination. »

rhodos dit: 12 avril 2013 à 11 h 14 min

12 avril 2013 à 10 h 55 min
quand on a une imagination aussi pauvre que toi, on se cherche par d’autres voies . pauvre petite massue , lis pas tant , ça ne te réussit pas , ces fuhroncles

Le héros de Daaphnée dit: 12 avril 2013 à 11 h 14 min

Daaphnée toujours en quête de son héros introuvable ?

pff, Jacounet, il y a longtemps qu’elle m’a trouvé. Je suis un sabre comme tu en as rarement vu.

JC dit: 12 avril 2013 à 11 h 13 min

Comment pourrait-on aimer les philathélistes, les juifs, les sarrazins, les énarques et les pédés ? Porteurs de violences, tromperies, plagiats, communautarismes, mensonges …. hurk !hurk !

Daaphnée dit: 12 avril 2013 à 11 h 07 min

Tiens, juste pour Dieu et diable (au corps)

« Psaume Y

Tout à coup ma main sur toi, prompte et puissante, s’abattra.
Je te prendrai par la nuque pleine et ronde,
A la base du savoir et du vouloir, entre l’âme et l’esprit.
Je te tiendrai par le support de ta tête rebelle,
Par le pivot de tes lumières;
Je te presserai vers ce que je veux, et que tu ne veux
Et que je veux que tu veuilles;
Je te mettrai rompue et belle sous mes pieds, et je te dirai que je t’aime.
Et je te ploierai par le col jusqu’à ce que tu m’aies compris, bien compris, tout compris,
Car je suis ton Seigneur et ton Maître.
Tu pleureras, tu gémiras;
Tu chercheras une lueur de faiblesse dans mes regards;
Tu lèveras, tu tordras tes mains suppliantes, tes belles mains très suppliantes, tes blanches mains comme enchaînées à tes yeux clairs.
Tu pâliras, tu rougiras,
Tu souriras, tu saisiras dans tes bras nus mes jambes dures;
Tu m’aimeras, tu m’aimeras,
Car je suis ton Seigneur et ton Maître. »

rhodos dit: 12 avril 2013 à 11 h 05 min

12 avril 2013 à 10 h 51 min
hélas, c’est très mal vu , c’est boulimique et algueux ! mais si la valériane vous réussit tant mieux pour vous !
j’ai tôt compris que Valéry ne pouvait être mon poète de chevet(avant la fac!) !poète de concours et pour barbib-o-urriques pédanticulteurs de blog peut-être , mais non pour mon goût .

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 11 h 03 min


…je prend mon pied,…dans ma gode as,…en souplesse et légèreté évitons les écueils,…des chiens d’arrêts et autres lévriers de gay veuve à gode chypre des paradis offshore du béguine-âge,…

JC dit: 12 avril 2013 à 11 h 02 min

Sacré Zayrault !
Le retour de Cahuzac parmi les gladiateurs du Coliseum lui parait « indécent »… pas le mariage inverti ! Un Hollandais Volant…

des noms et des drapeaux dit: 12 avril 2013 à 11 h 01 min

N ‘étant pas amateur-e des étalages personnels qui plaisent tant sur ce blog , je ne dirai pas dans quelleS circonstanceS je l’ai rencontré maisje m’
occupais beaucoup de thé^atre à cette époque de ma vie et je peux dire que son second mariage n’a pas été une réuissite !!

des noms et des drapeaux dit: 12 avril 2013 à 10 h 55 min

cet acteur était encore au début de
sa carrière , il n’était pas encore marié à une autre actrice célèbre .

JC dit: 12 avril 2013 à 10 h 55 min

Sigismond dit: 12 avril 2013 à 10 h 50
« Clopine est bien vivante et vous l’enfonce bien profond »

Détails, bourrés de diableries gode-ceinture, suivent ?! Hurk ! Hurk !

des noms et des drapeaux dit: 12 avril 2013 à 10 h 51 min

dit: 12 avril 2013 à 10 h 41 min ce n ‘est pas de la poésie verbeuse, je me souviens d’avoir entendu ce poème ditpar un acteur très connu et le souvenir de mon émotion
est resté ingtact .
J’ai, quelque jour, dans l’Océan,
(Mais je ne sais plus sous quels cieux),
Jeté comme offrande au néant,
Tout un peu de vin précieux…

Qui voulut ta perte, » liqueur ?
J’obéis peut-être au divin ?
Peut-être au souci de mon coeur,
Songeant au sang, versant le vin ?

Sa transparence accoutumée
Aprés une rose fumée
Reprit aussi pure la mer…

Perdu ce vin, ivres les ondes !…
J’ai vu bondir dans l’air amer
Les figures les plus profondes…

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 10 h 46 min


…ou sont passer mes bons à rien,…mes mauvais atouts,…mes  » gays  » belotés et re-pelotés mes deux balles à Valérie le Grand mythe à jour,…
…etc,…

des noms et des drapeaux dit: 12 avril 2013 à 10 h 40 min

Et pour ne pas avoir l’air d’oublier le billet , ni le rosebud, e précise que ce texte de Cioran que j’avais lu ( pour me guérir ? de maon idiosyncrasie : ah c’est un mot que j’ai retrouvé,tout d’un coup, après avoir fait tous les recoins de ma mémoire)s’achève sur une histoire de clef : « C’est dans ce consentement et ce refus qu’il faut chercher la clef de ses accomplissements et de ses limites »

David dit: 12 avril 2013 à 10 h 40 min

De la schizophrénie dit: 12 avril 2013 à 10 h 35 min
Clopine est morte : who cares ?

Clopine est peut-être morte, effectivement, au sens propre. S’en moquer, voire s’en réjouir, ne me paraît une attitude d’une grande élégance, quoi qu’on ait pu penser de ses commentaires.

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 10 h 33 min


…un pied dedans un pied dehors,…l’élevage en basse-cour bas son plein de républiques d’états-longs aiguilles à pointes à rien foutre,…
…etc,…sérieux s’abstenir,…

D. dit: 12 avril 2013 à 10 h 30 min

Un peu de respect! dit: 12 avril 2013 à 9 h 35 min
Mais qui est-ce qui dépose sur ce blog ses longs étrons camouflés en poèmes?

Alors là, excusez-moi, mais si vous appelez ça un étron, c’est que vous avez mal lu :

Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seule, avec diamants extrêmes ?… Mais qui pleure,
Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement…
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?…
Je scintille, liée à ce ciel inconnu…
L’immense grappe brille à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille,
J’interroge mon cœur quelle douleur l’éveille,
Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?…
… Ou si le mal me suit d’un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes)
J’ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?
Toute? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d’un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

J’y suivais un serpent qui venait de me mordre.

Quel repli de désirs, sa traîne !… Quel désordre
De trésors s’arrachant à mon avidité,
Et quelle sombre soif de la limpidité !
Ô ruse !… À la lueur de la douleur laissée
Je me sentis connue encor plus que blessée…
Au plus traître de l’âme, une pointe me naît ;
Le poison, mon poison, m’éclaire et se connaît :
Il colore une vierge à soi-même enlacée,
Jalouse… Mais de qui, jalouse et menacée ?
Et quel silence parle à mon seul possesseur ?

Dieux ! Dans ma lourde plaie une secrète sœur
Brûle, qui se préfère à l’extrême attentive.

Va ! je n’ai plus besoin de ta race naïve,
Cher Serpent… Je m’enlace, être vertigineux !
Cesse de me prêter ce mélange de nœuds
Ni ta fidélité qui me fuit et devine…
Mon âme y peut suffire, ornement de ruine !
Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments,
De mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants ;
Elle y suce longtemps le lait des rêveries…
Laisse donc défaillir ce bras de pierreries
Qui menace d’amour mon sort spirituel…
Tu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel,
Moins désirable… Apaise alors, calme ces ondes,
Rappelle ces remous, ces promesses immondes…
Ma surprise s’abrège, et mes yeux sont ouverts.
Je n’attendais pas moins de mes riches déserts
Qu’un tel enfantement de fureur et de tresse:
Leurs fonds passionnés brillent de sécheresse
Si loin que je m’avance et m’altère pour voir
De mes enfers pensifs les confins sans espoir…
Je sais… Ma lassitude est parfois un théâtre.
L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre
Sa fougue solitaire aux élans de flambeau
Ne fasse fuir les murs de son morne tombeau.
Tout peut naître ici-bas d’une attente infinie.
L’ombre même le cède à certaine agonie,
L’âme avare s’entr’ouvre, et du monstre s’émeut
Qui se tord sur les pas d’une porte de feu…
Mais, pour capricieux et prompt que tu paraisses,
Reptile, ô vifs détours tout courus de caresses,
Si proche impatience et si lourde langueur,
Qu’es-tu, près de ma nuit d’éternelle longueur ?
Tu regardais dormir ma belle négligence…
Mais avec mes périls, je suis d’intelligence,
Plus versatile, ô Thyrse, et plus perfide qu’eux.
Fuis-moi ! du noir retour reprends le fil visqueux !
Va chercher des yeux clos pour tes danses massives.
Coule vers d’autres lits tes robes successives,
Couve sur d’autres cœurs les germes de leur mal,
Et que dans les anneaux de ton rêve animal
Halète jusqu’au jour l’innocence anxieuse !…
Moi, je veille. Je sors, pâle et prodigieuse,
Toute humide des pleurs que je n’ai point versés,
D’une absence aux contours de mortelle bercés
Par soi seule… Et brisant une tombe sereine,
Je m’accoude inquiète et pourtant souveraine,
Tant de mes visions parmi la nuit et l’œil,
Les moindres mouvements consultent mon orgueil.

Mais je tremblais de perdre une douleur divine !
Je baisais sur ma main cette morsure fine,
Et je ne savais plus de mon antique corps
Insensible, qu’un feu qui brûlait sur mes bords :

Adieu, pensai-je, MOI, mortelle sœur, mensonge…

Harmonieuse MOI, différente d’un songe,
Femme flexible et ferme aux silences suivis
D’actes purs !… Front limpide, et par ondes ravis,
Si loin que le vent vague et velu les achève
Longs brins légers qu’au large un vol mêle et soulève,
Dites !… J’étais l’égale et l’épouse du jour,
Seul support souriant que je formais d’amour
À la toute-puissante altitude adorée…

Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée,
Ô paupières qu’opprime une nuit de trésor,
Je priais à tâtons dans vos ténèbres d’or !
Poreuse á l’éternel qui me semblait m’enclore,
Je m’offrais dans mon fruit de velours qu’il dévore ;
Rien ne me murmurait qu’un désir de mourir
Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir :
Mon amère saveur ne m’était point venue.
Je ne sacrifiais que mon épaule nue
À la lumière ; et sur cette gorge de miel,
Dont la tendre naissance accomplissait le ciel,
Se venait assoupir la figure du monde.
Puis, dans le dieu brillant, captive vagabonde,
Je m’ébranlais brûlante et foulais le sol plein,
Liant et déliant mes ombres sous le lin.
Heureuse ! A la hauteur de tant de gerbes belles,
Qui laissait à ma robe obéir les ombelles,
Dans les abaissements de leur frêle fierté
Et si, contre le fil de cette liberté,
Si la robe s’arrache à la rebelle ronce,
L’arc de mon brusque corps s’accuse et me prononce,
Nu sous le voile enflé de vivantes couleurs
Que dispute ma race aux longs liens de fleurs !

Je regrette à demi cette vaine puissance…
Une avec le désir, je fus l’obéissance
Imminente, attachée à ces genoux polis ;
De mouvements si prompts mes vœux étaient remplis
Que je sentais ma cause à peine plus agile !
Vers mes sens lumineux nageait ma blonde argile,
Et dans l’ardente paix des songes naturels,
Tous ces pas infinis me semblaient éternels.
Si ce n’est, ô Splendeur, qu’à mes pieds l’Ennemie,
Mon ombre ! la mobile et la souple momie,
De mon absence peinte effleurait sans effort
La terre où je fuyais cette légère mort.
Entre la rose et moi je la vois qui s’abrite ;
Sur la poudre qui danse, elle glisse et n’irrite
Nul feuillage, mais passe, et se brise partout…
Glisse ! Barque funèbre… Et moi vive, debout,
Dure, et de mon néant secrètement armée,
Mais, comme par l’amour une joue enflammée,
Et la narine jointe au vent de l’oranger,
Je ne rends plus au jour qu’un regard étranger…
Oh ! combien peut grandir dans ma nuit curieuse
De mon cœur séparé la part mystérieuse,
Et de sombres essais s’approfondir mon art !…
Loin des purs environs, je suis captive, et par
L’évanouissement d’arômes abattue,
Je sens sous les rayons, frissonner ma statue,
Des caprices de l’or, son marbre parcouru.
Mais je sais ce que voit mon regard disparu ;
Mon œil noir est le seuil d’infernales demeures !
Je pense, abandonnant à la brise les heures
Et l’âme sans retour des arbustes amers,
Je pense, sur le bord doré de l’univers,
A ce goût de périr qui prend la Pythonisse
En qui mugit l’espoir que le monde finisse.
Je renouvelle en moi mes énigmes, mes dieux,
Mes pas interrompus de paroles aux cieux,
Mes pauses, sur le pied portant la rêverie
Qui suit au miroir d’aile un oiseau qui varie,
Cent fois sur le soleil joue avec le néant,
Et brûle, au sombre but de mon marbre béant.

Ô dangereusement de son regard la proie !

Car l’œil spirituel sur ses plages de soie
Avait déjà vu luire et pâlir trop de jours
Dont je m’étais prédit les couleurs et le cours.
L’ennui, le clair ennui de mirer leur nuance,
Me donnait sur ma vie une funeste avance :
L’aube me dévoilait tout le jour ennemi.
J’étais à demi morte ; et peut-être, à demi
Immortelle, rêvant que le futur lui-même
Ne fût qu’un diamant fermant le diadème
Où s’échange le froid des malheurs qui naîtront
Parmi tant d’autres feux absolus de mon front.

Osera-t-il, le Temps, de mes diverses tombes,
Ressusciter un soir favori des colombes,
Un soir qui traîne au fil d’un lambeau voyageur
De ma docile enfance un reflet de rougeur,
Et trempe à l’émeraude un long rose de honte ?

Souvenir, ô bûcher, dont le vent d’or m’affronte,
Souffle au masque la pourpre imprégnant le refus
D’être en moi-même en flamme une autre que je fus…
Viens, mon sang, viens rougir la pâle circonstance
Qu’ennoblissait l’azur de la sainte distance,
Et l’insensible iris du temps que j’adorai !
Viens consumer sur moi ce don décoloré
Viens ! que je reconnaisse et que je les haïsse,
Cette ombrageuse enfant, ce silence complice,
Ce trouble transparent qui baigne dans les bois…
Et de mon sein glacé rejaillisse la voix
Que j’ignorais si rauque et d’amour si voilée…
Le col charmant cherchant la chasseresse ailée.

Mon cœur fut-il si près d’un cœur qui va faiblir ?

Fut-ce bien moi, grands cils qui crus m’ensevelir
Dans l’arrière douceur riant à vos menaces…
Ô pampres ! sur ma joue errant en fils tenaces,
Ou toi… de cils tissée et de fluides fûts,
Tendre lueur d’un soir brisé de bras confus ?

» Que dans le ciel placés, mes yeux tracent mon temple !
Et que sur moi repose un autel sans exemple ! ”
Criaient de tout mon corps la pierre et la pâleur…
La terre ne m’est plus qu’un bandeau de couleur
Qui coule et se refuse au front blanc de vertige…
Tout l’univers chancelle et tremble sur ma tige,
La pensive couronne échappe à mes esprits,
La mort veut respirer cette rose sans prix
Dont la douceur importe à sa fin ténébreuse !

Que si ma tendre odeur grise ta tête creuse,
Ô mort, respire enfin cette esclave de roi :
Appelle-moi, délie !… Et désespère-moi,
De moi-même si lasse, image condamnée !
écoute… N’attends plus… La renaissante année
A tout mon sang prédit de secrets mouvements :
Le gel cède à regret ses derniers diamants…
Demain, sur un soupir des Bontés constellées,
Le printemps vient briser les fontaines scellées :
L’étonnant printemps rit, viole… On ne sait d’où
Venu? Mais la candeur ruisselle à mots si doux
Qu’une tendresse prend la terre à ses entrailles…
Les arbres regonflés et recouverts d’écailles
Chargés de tant de bras et de trop d’horizons,
Meuvent sur le soleil leurs tonnantes toisons,
Montent dans l’air amer avec toutes leurs ailes
De feuilles par milliers qu’ils se sentent nouvelles…
N’entends-tu pas frémir ces noms aériens,
Ô Sourde !… Et dans I’espace accablé de liens,
Vibrant de bois vivace infléchi par la cime,
Pour et contre les dieux ramer l’arbre unanime,
La flottante forêt de qui les rudes troncs
Portent pieusement à leurs fantasques fronts,
Aux déchirants départs des archipels superbes,
Un fleuve tendre, ô mort, et caché sous les herbes ?

Quelle résisterait, mortelle, à ces remous ?
Quelle mortelle ? Moi si pure, mes genoux
Pressentent les terreurs de genoux sans défense…
L’air me brise. L’oiseau perce de cris d’enfance
Inouïs… l’ombre même où se serre mon cœur,
Et roses ! mon soupir vous soulève, vainqueur
Hélas ! des bras si doux qui ferment la corbeille…
Oh ! parmi mes cheveux pèse d’un poids d’abeille,
Plongeant toujours plus ivre au baiser plus aigu,
Le point délicieux de mon jour ambigu…
Lumière !… Ou toi, la mort ! Mais le plus prompt me prenne !…
Mon cœur bat ! mon cœur bat ! Mon sein brûle et m’entraîne !
Ah ! qu’il s’enfle, se gonfle et se tende, ce dur
Très doux témoin captif de mes réseaux d’azur…
Dur en moi… mais si doux à la bouche infinie !…

Chers fantômes naissants dont la soif m’est unie,
Désirs ! Visages clairs !… Et vous, beaux fruits d’amour,
Les dieux m’ont-ils formé ce maternel contour
Et ces bords sinueux, ces plis et ces calices,
Pour que la vie embrasse un autel de délices,
Où mêlant l’âme étrange aux éternels retours,
La semence, le lait, le sang coulent toujours ?
Non ! L’horreur m’illumine, exécrable harmonie !
Chaque baiser présage une neuve agonie…
Je vois, je vois flotter, fuyant l’honneur des chairs
Des mânes impuissants les millions amers…
Non, souffles ! Non, regards, tendresses… mes convives,
Peuple altéré de moi suppliant que tu vives,
Non, vous ne tiendrez pas de moi la vie !… Allez,
Spectres, soupirs la nuit vainement exhalés,
Allez joindre des morts les impalpables nombres !
Je n’accorderai pas la lumière à des ombres,
Je garde loin de vous, l’esprit sinistre et clair…
Non ! Vous ne tiendrez pas de mes lèvres l’éclair !…
Et puis… mon cœur aussi vous refuse sa foudre.
J’ai pitié de nous tous, ô tourbillons de poudre !

Grands Dieux ! Je perds en vous mes pas déconcertés !
Je n’implorerai plus que tes faibles clartés,
Longtemps sur mon visage envieuse de fondre,
Très imminente larme, et seule à me répondre,
Larme qui fais trembler à mes regards humains
Une variété de funèbres chemins ;
Tu procèdes de l’âme, orgueil du labyrinthe,
Tu me portes du cœur cette goutte contrainte,
Cette distraction de mon suc précieux
Qui vient sacrifier mes ombres sur mes yeux,
Tendre libation de l’arrière-pensée !
D’une grotte de crainte au fond de moi creusée
Le sel mystérieux suinte muette l’eau.
D’où nais-tu? Quel travail toujours triste et nouveau
Te tire avec retard, larme, de l’ombre amère ?
Tu gravis mes degrés de mortelle et de mère,
Et déchirant ta route, opiniâtre faix,
Dans le temps que je vis, les lenteurs que tu fais
M’étouffent… Je me tais, buvant ta marche sûre
Qui t’appelle au secours de ma jeune blessure !

Mais blessures, sanglots, sombres essais, pourquoi ?
Pour qui, joyaux cruels, marquez-vous ce corps froid,
Aveugle aux doigts ouverts évitant l’espérance !
Où va-t-il, sans répondre à sa propre ignorance,
Ce corps dans la nuit noire étonné de sa foi ?
Terre trouble… et mêlée à l’algue, porte-moi,
Porte doucement moi… Ma faiblesse de neige,
Marchera-t-elle tant qu’elle trouve son piège ?
Où traîne-t-il, mon cygne, où cherche-t-il son vol ?
… Dureté précieuse… Ô sentiment du sol,
Mon pas fondait sur toi l’assurance sacrée !
Mais sous le pied vivant qui tâte et qui la crée
Et touche avec horreur à son pacte natal,
Cette terre si ferme atteint mon piédestal.
Non loin, parmi ces pas, rêve mon précipice…
L’insensible rocher, glissant d’algues, propice
A fuir (comme en soi-même ineffablement seul ),
Commence… Et le vent semble au travers d’un linceul
Ourdir de bruits marins une confuse trame,
Mélange de la lame en ruine, et de rame…
Tant de hoquets longtemps, et de râles heurtés,
Brisés, repris au large… et tous les sorts jetés
éperdument divers roulant l’oubli vorace…

Hélas ! de mes pieds nus qui trouvera la trace
Cessera-t-il longtemps de ne songer qu’à soi ?

Terre trouble, et mêlée à l’algue, porte-moi !

Mystérieuse MOI, pourtant, tu vis encore !
Tu vas te reconnaître au lever de l’aurore
Amèrement la même… Un miroir de la mer
Se lève… Et sur la lèvre, un sourire d’hier
Qu’annonce avec ennui l’effacement des signes,
Glace dans l’orient déjà les pâles lignes
De lumière et de pierre, et la pleine prison
Où flottera l’anneau de l’unique horizon…
Regarde : un bras très pur est vu, qui se dénude.
Je te revois, mon bras… Tu portes l’aube… Ô rude
Réveil d’une victime inachevée… et seuil
Si doux… si clair, que flatte, affleurement d’écueil,
L’onde basse, et que lave une houle amortie !…
L’ombre qui m’abandonne, impérissable hostie,
Me découvre vermeille à de nouveaux désirs,
Sur le terrible autel de tous mes souvenirs.

Là, l’écume s’efforce à se faire visible ;
Et là, titubera sur la barque sensible
A chaque épaule d’onde, un pêcheur éternel.
Tout va donc accomplir son acte solennel
De toujours reparaître incomparable et chaste,
Et de restituer la tombe enthousiaste
Au gracieux état du rire universel.

Salut ! Divinités par la rose et le sel,
Et les premiers jouets de la jeune lumière,
îles !… Ruches bientôt quand la flamme première
Fera que votre roche, îles que je prédis,
Ressente en rougissant de puissants paradis ;
Cimes qu’un feu féconde à peine intimidées,
Bois qui bourdonnerez de bêtes et d’idées,
D’hymnes d’hommes comblés des dons du juste éther,
Îles ! dans la rumeur des ceintures de mer,
Mères vierges toujours, même portant ces marques,
Vous m’êtes à genoux de merveilleuses Parques:
Rien n’égale dans l’air les fleurs que vous placez,
Mais dans la profondeur, que vos pieds sont glacés !

De l’âme les apprêts sous la tempe calmée,
Ma mort, enfant secrète et déjà si formée,
Et vous, divins dégoûts qui me donniez l’essor,
Chastes éloignements des lustres de mon sort,
Ne fûtes-vous, ferveur, qu’une noble durée?
Nulle jamais des dieux plus près aventurée
N’osa peindre à son front leur souffle ravisseur,
Et de la nuit parfaite implorant l’épaisseur,
Prétendre par la lèvre au suprême murmure.

Je soutenais l’éclat de la mort toute pure
Telle j’avais jadis le soleil soutenu…
Mon corps désespéré tendait le torse nu
Où I’âme, ivre de soi, de silence et de gloire,
Prête à s’évanouir de sa propre mémoire,
écoute, avec espoir, frapper au mur pieux
Ce cœur, – qui se ruine à coups mystérieux
Jusqu’à ne plus tenir que de sa complaisance
Un frémissement fin de feuille, ma présence…

Attente vaine, et vaine… Elle ne peut mourir
Qui devant son miroir pleure pour s’attendrir.

Ô n’aurait-il fallu, folle, que j’accomplisse
Ma merveilleuse fin de choisir pour supplice
Ce lucide dédain des nuances du sort ?
Trouveras-tu jamais plus transparente mort
Ni de pente plus pure où je rampe à ma perte
Que sur ce long regard de victime entr’ouverte,
Pâle, qui se résigne et saigne sans regret ?
Que lui fait tout le sang qui n’est plus son secret ?
Dans quelle blanche paix cette pourpre la laisse,
A l’extrême de l’être et belle de faiblesse !
Elle calme le temps qui la vient abolir,
Le moment souverain ne la peut plus pâlir,
Tant la chair vide baise une sombre fontaine !
Elle se fait toujours plus seule et plus lointaine…
Et moi, d’un tel destin, le cœur toujours plus près,
Mon cortège, en esprit, se berçait de cyprès…
Vers un aromatique avenir de fumée,
Je me sentais conduite, offerte et consumée ;
Toute, toute promise aux nuages heureux !
Même, je m’apparus cet arbre vaporeux,
De qui la majesté légèrement perdue
S’abandonne à l’amour de toute l’étendue.
L’être immense me gagne, et de mon cœur divin
L’encens qui brûle expire une forme sans fin…
Tous les corps radieux tremblent dans mon essence !…

Non, non !… N’irrite plus cette réminiscence !
Sombre lys ! Ténébreuse allusion des cieux,
Ta vigueur n’a pu rompre un vaisseau précieux…
Parmi tous les instants tu touchais au suprême…
Mais qui l’emporterait sur la puissance même,
Avide par tes yeux de contempler le jour
Qui s’est choisi ton front pour lumineuse tour ?

Cherche, du moins, dis-toi, par quelle sourde suite
La nuit, d’entre les morts, au jour t’a reconduite ?
Souviens-toi de toi-même, et retire à l’instinct
Ce fil (ton doigt doré le dispute au matin),
Ce fil dont la finesse aveuglément suivie
Jusque sur cette rive a ramené ta vie…
Sois subtile… cruelle… ou plus subtile !… Mens !…
Mais sache !… Enseigne-moi par quels enchantements,
Lâche que n’a su fuir sa tiède fumée,
Ni le souci d’un sein d’argile parfumée,
Par quel retour sur toi, reptile, as-tu repris
Tes parfums de caverne et tes tristes esprits ?

Hier la chair profonde, hier, la chair maîtresse
M’a trahie… Oh ! sans rêve, et sans une caresse !…
Nul démon, nul parfum ne m’offrit le péril
D’imaginaires bras mourant au col viril ;
Ni, par le Cygne-Dieu, de plumes offensée
Sa brûlante blancheur n’effleura ma pensée…
Il eût connu pourtant le plus tendre des nids !
Car toute à la faveur de mes membres unis,
Vierge, je fus dans l’ombre une adorable offrande…
Mais le sommeil s’éprit d’une douceur si grande,
Et nouée à moi-même au creux de mes cheveux,
J’ai mollement perdu mon empire nerveux.
Au milieu de mes bras, je me suis faite une autre…
Qui s’aliène ?… Qui s’envole ?… Qui se vautre ?…
A quel détour caché, mon cœur s’est-il fondu ?
Quelle conque a redit le nom que j’ai perdu ?
Le sais-je, quel reflux traître m’a retirée
De mon extrémité pure et prématurée,
Et m’a repris le sens de mon vaste soupir ?
Comme l’oiseau se pose, il fallut m’assoupir.

Ce fut l’heure, peut-être, où la devineresse
Intérieure s’use et se désintéresse :
Elle n’est plus la même… Une profonde enfant
Des degrés inconnus vainement se défend,
Et redemande au loin ses mains abandonnées.
Il faut céder aux vœux des mortes couronnées
Et prendre pour visage un souffle… Doucement,
Me voici : mon front touche à ce consentement…
Ce corps, je lui pardonne, et je goûte à la cendre.
Je me remets entière au bonheur de descendre,
Ouverte aux noirs témoins, les bras suppliciés,
Entre des mots sans fin, sans moi, balbutiés.
Dors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence ;
Retourne dans le germe et la sombre innocence,
Abandonne-toi vive aux serpents, aux trésors.
Dors toujours ! Descends, dors toujours ! Descends,
[ dors, dors !

(La porte basse c’est une bague… où la gaze
Passe… Tout meurt, tout rit dans la gorge qui jase…
L’oiseau boit sur ta bouche et tu ne peux le voir…
Viens plus bas, parle bas… Le noir n’est pas si noir…)

Délicieux linceuls, mon désordre tiède,
Couche où je me répands, m’interroge et me cède,
Où j’allai de mon cœur noyer les battements,
Presque tombeau vivant dans mes appartements,
Qui respire, et sur qui l’éternité s’écoute,
Place pleine de moi qui m’avez prise toute,
Ô forme de ma forme et la creuse chaleur
Que mes retours sur moi reconnaissaient la leur,
Voici que tant d’orgueil qui dans vos plis se plonge
A la fin se mélange aux bassesses du songe !
Dans vos nappes, où lisse elle imitait sa mort
L’idole malgré soi se dispose et s’endort,
Lasse femme absolue, et les yeux dans ses larmes,
Quand, de ses secrets nus les antres et les charmes,
Et ce reste d’amour que se gardait le corps
Corrompirent sa perte et ses mortels accords.
Arche toute secrète, et pourtant si prochaine,
Mes transports, cette nuit, pensaient briser ta chaîne ;
Je n’ai fait que bercer de lamentations
Tes flancs chargés de jour et de créations !
Quoi ! mes yeux froidement que tant d’azur égare
Regardent là périr l’étoile fine et rare,
Et ce jeune soleil de mes étonnements
Me paraît d’une aïeule éclairer les tourments,
Tant sa flamme aux remords ravit leur existence,
Et compose d’aurore une chère substance
Qui se formait déjà substance d’un tombeau !…
Ô, sur toute la mer, sur mes pieds, qu’il est beau !
Tu viens !… Je suis toujours celle que tu respires,
Mon voile évaporé me fuit vers tes empires…

… Alors, n’ai-je formé vains adieux si je vis,
Que songes ?… Si je viens, en vêtements ravis,
Sur ce bord, sans horreur, humer la haute écume,
Boire des yeux l’immense et riante amertume,
L’être contre le vent, dans le plus vif de l’air,
Recevant au visage un appel de la mer ;
Si l’âme intense souffle, et renfle furibonde
L’onde abrupte sur l’onde abattue, et si l’onde
Au cap tonne, immolant un monstre de candeur,
Et vient des hautes mers vomir la profondeur
Sur ce roc, d’où jaillit jusque vers mes pensées
Un éblouissement d’étincelles glacées,
Et sur toute ma peau que morde l’âpre éveil,
Alors, malgré moi-même, il le faut, ô Soleil,
Que j’adore mon cœur où tu te viens connaître,
Doux et puissant retour du délice de naître,
Feu vers qui se soulève une vierge de sang
Sous les espèces d’or d’un sein reconnaissant

JC dit: 12 avril 2013 à 10 h 30 min

Jacques Barozzi dit: 12 avril 2013 à 10 h 08
« Laissez Clopine en paix »

Marie continue … Clopine est morte : who cares ?

des noms et des drapeaux dit: 12 avril 2013 à 10 h 27 min

j’en profite pour signaler une très belle coquille dans l édition de Cioran « Valéry face à ses idoles »p43
L’Histoire, idole qu’il s’était employé à démolir , c’est en très grande partie par elle qu’il dure, qu’il subsiste, qu’il est encore actuel .Car ce sont les propos ayant trait à elle qu’on site (sic) le plus par une ironie qu’il eût peut-être goûtée « .

Daaphnée dit: 12 avril 2013 à 10 h 22 min

Qq plus haut, le Boug (?), fait une remarque sur la quantité de ce que Valéry écrit et ce besoin de tout noter. Oui, c’est impressionnant, le plus impressionnant étant qu’il ait stocké tout cela ( un millier de pages de brouillons pour La jeune Parque, Charme .. !) dixit J.Hytier dans l’intro de la Pléiade.

JC dit: 12 avril 2013 à 10 h 22 min

Pouète pouète pouétique, salut !
Si tu arrêtes tes copier/coller géniaux, je m’engage à ne pas attaquer le « Muslim Day Pride » rassemblant les témoignages des jeunes sacs poubelles contre les manifs FEMEN devant les mosquées et ambassades des Sarrazins ! La poétesse FEMEN Inna Shevchenko réplique en hurlant, somptueuses mamelles à l’air : « Mettez autant de foulards que vous voulez si demain vous êtes libres de les enlever et de les remettre le jour suivant, mais n’oubliez pas vos sœurs qui sont des millions à avoir été violées et tuées parce qu’elles ne suivaient pas la volonté d’Allah ! ». Je jure aussi de me taire sur le ridicule de la compagne filousophe de Mosco, 25 ans, venue le défendre devant les media !!!
Bien à toi !

Jacques Barozzi dit: 12 avril 2013 à 10 h 18 min

Trop de détail tue le détail
Note incompréhensible
Illustrations symboliquement stérilisantes
PolPassoulistique-ment

bérénice dit: 12 avril 2013 à 10 h 17 min

Pardonnerez-vous, tous dans cet ensemble qui s’étale, qu’un qu’une ne dispose de cette constance à la tache, ces colonnes à la une et à la file découragent, surement à vous comprendre y-a-t-il à gagner la clarté du message interminable.

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 10 h 08 min


…la diversion des camouflages en strates de couvertures pour un patchwork des derniers carrés collabo’s des castes en familles d’incroyables et merveilleuses dans ce miroir à copier/coller du Valérie de mes deux balles en choco-rêves,…
…sinon rien,…

…à propos des contacts électroniques en  » or « ,…pas indispensable si les touches amovibles sont sous vides et jonctions en biais,…( encore de l’économie à s’en foutre des lingots entassés ),…
…peux être une reconversion des godes en gold ceinture durex-éprouvettes et élevage des alevins à saucissonnage d’état de fondue au fromage,…
…etc,…toutes ces lettres à typographie impériales en attente,…en attente d’Apo-long,…en cuisine éternelle,…du château de mes prunes,…
…etc,…du ressort, un point c’est tout,…

Un poète non valérien dit: 12 avril 2013 à 10 h 05 min

Je les avais prêtés à un crétin de poète qui a cru bon de ne jamais me les rendre.

Pourquoi spécifier qu’il s’ agissait d’ un poète, on sait qu’ ils sont tous fauchés…

des noms et des drapeaux dit: 12 avril 2013 à 10 h 03 min

Cioran « cette acrobatie inouïe où Valéry a puisé l’article premier de son credo poétique  » .
Il s’admire en tant qu’Esprit

Jacques Barozzi dit: 12 avril 2013 à 10 h 00 min

L’omelette D. confond anthologie, plagiat et copier-coller
Chez lui la confusion des sentiements est consécutive à celle de l’esprit
Et inversement

Phil dit: 12 avril 2013 à 9 h 55 min

diahrrée pouétique sur le prestigieux blog passou, immodium à enfiler rapidos au verbeux.
Valéry et la Voilier, voilà un sujet concis et gallimardesque.

Chaloux dit: 12 avril 2013 à 9 h 47 min

Christiane, il y a aussi les deux volumes de Cahiers dans la Pléiade. Une amazonie de l’esprit. Souvenir cuisant pour moi. Je les avais prêtés à un crétin de poète qui a cru bon de ne jamais me les rendre. Confiscation…

JC dit: 12 avril 2013 à 9 h 46 min

« Mais qui est-ce qui dépose sur ce blog ses longs étrons camouflés en poèmes? »

Je n’y suis pour rien, mais je suis ravi qu’il y ait encore plus con que moi, car comme humour pouétique, c’est du lourd …

Jacques Barozzi dit: 12 avril 2013 à 9 h 45 min

Le serial killer poétique sévit sur la RDL
L’arme du crime, le copier-coller
Essayez avec l’entièreté des Lamentions de Victor Hugo
Osez
ML n’aura même pas le temps de dire qu’il faut mettre tout cela à la poubelle
Ni Christiane d’en extraire quelques fragments

Au passage dit: 12 avril 2013 à 9 h 43 min

Mais je retiens les livres que vous citez et que je ne connaissais pas.
Christiane.

P.Edel cite « Inspirations méditerranéennes » qui n’est pas un livre mais un essai de Valery et qui fait partie de ces articles divers regroupés dans les recueils « Variété ».
Il mentionne aussi le « Stendhal »qui est une étude littéraire et Degas, danse, dessin parmi les essais sur des questions artistiques du moment.

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 9 h 41 min


…c’est pas le bordel pour rien,…

…on nous ramène la couverture du Paul Valéry de 1900,…
…pour masquer la fric-ailles de notre époque Stalag 13  » usurier d’état « ,…

…la diversion, écrire en strates du net, sur des copier/coller pour mousser dans  » sa tante  » à crédit,…
…des victimes persécutrices de poudre en laid,…et des césariennes en appendices o’clock,…etc,…

des noms et des drapeaux dit: 12 avril 2013 à 9 h 36 min

La corde que le billet était arrivé à tendre , en moi, non sans préventions de partager autant les auteurs proposés, le masculin du côté du laboratoire mental,et le féminin, affecté à une gestion des signes, des détails, érotiques, ce qui parait reconduire bien des idées reçues sur le masculin et le féminin, a été rompue par les trombes massives de citations .

xlew.m dit: 12 avril 2013 à 9 h 34 min

En 1946, Valéry, champion de l’art beau, avait laissé plusieurs ajouts à son Teste grandiose. M. Court (qui en ce moment à la main chaude, la France des lettres peut à juste titre s’en enorgueillir et aurait tort de ne pas en profiter) a retrouvé la trace de l’un de ces brouillons :

« Monsieur Teste gesticule dans la danse de la poussière des sons des grandes orgues de la crème des musiques qui jaillit des sphères de la partition des détails les moins comme les plus classiques pendant que son petit frère (âgé de 17 ans tout de même, tout en trique dans le jeu du tric-trac du ciel tantrique), monsieur Testicule, atteste de la vigueur de la geste des susurrements vaginaux qui s’étalent en ondes et en vagues, dans un concert de dialogue général, depuis le vaste vestibule des petites ouïes aux lèvres minces de la gente musicienne qui s’ouvre à lui de ne pas connaître la morgue. C’est ici-même, au coeur du don fait en l’alcôve, que s’ébat la fièvre de cheval de son vit, « entrez ici, gentil poulain », lui dit un con magnifiquement enté et mauve qui laisse vibrer les parois de velours bis — ocré par la pourpre qui poudroie de son grain léger l’encre de ses doigts sur toute la croupe –, de la gorge locale où s’est introduit, comme le loup sous le tendre cuir de l’apôtre, le chaud fanal d’un puissant canal au timbre caverneux mais dont la loupiote est peaussée de douces notes de viole rose-satin.
__Entrez ici et déchargez-vous de vos joies et peines, les noires comme les blanches, en toute amitié dans mon accorte tranche que vous vouliez tant fendre du brin de votre urgente causette, il n’y a pas un quart d’heure, alors même que semblait vous sortir du brin la neige fraîche d’un départ de branlette avalancheuse et franche, résultat d’un aparté que vous tinssiez entre un songe de votre oeil et le commerce d’une confidence passée à l’oreille de votre propre société, allez à votre train, noble Teste junior qui ne connaissez pas le poids de la livre de beurre, mais ne précipitez pas votre galop dans l’averse, ici les temps et les sols sont durs, l’hiver fut rude et le printemps adverse, nos éthers (de satiété) ne demandent qu’à boire les plus fins caprices des sabots dans l’usure des sauts de vos fils de soie que votre méat tisse comme l’araignée verte et cruelle pose sur la peau de la femme du ministre de la luxure quelques gouttes de rosée blanche (lactescente étude) rouillée par la puissance de l’émoi, à la naissance du monde où se rince le calame qui, lorsqu’il en pince l’onde à la calme volupté, déride la source des matins. Gentil petit Teste, vous voilà devenu leste amant, comme votre mère Emilie sera contente et fière de vous, elle vous couchera sur son testament, rhabillez-vous mon tendre ami, et partez gambader preste, in fiocchi, dans les filaments des rues de Paris que vous trouverez par moi crus et rougis, pour vous. »

Polémikoeur. dit: 12 avril 2013 à 9 h 31 min

Un p’tit sermon, à quoi bon ?
Copiez-collez à foison,
de plus en plus long
et à répétition !
Amouisement.

Poésie : affaire de goût ?

bouguereau dit: 12 avril 2013 à 9 h 23 min

Il faut redécouvrir Valéry pour ce qu’il est est : un excellent critique, et un penseur de la littérature et de la création

un penseur de la technique, mais dracul t’es là dans une lignée..valery avait du pantalon qui impressionnait du degaulle en pied mais que n’aimait pas les chars et eluard et il ont dit ici et là pourquoi..c’est que c’était un chié de chié d’intello..un poete comme un peintre doit être con dans les coins..je me souviens d’avoir lu une anecdote pas mal d’einstein qui s’entretenant avec lui lui demandait ce qu’il écrivait si soudainement ici et là pendant leur conversation sur son bloc qu’il ne quittait jamais « les idées qui viennent répondit il, on les oublie si vite » et einstein de répondre.. »moi des idées j’en ai eu que 2 ou 3 dans toute ma vie, je risque pas de les oublier »..quelquechose comme ça

Intérim de Sergio dit: 12 avril 2013 à 9 h 13 min

En russe, ce n’est absolument pas du tout la même musicalité en aucune façon, ça rend énormément moins bien :

ЮНАЯ ПАРКА

Ужели чудеса нагромоздило Небо
Для обиталища змеи?

Пьер Корнель

Кто плачет в этот час? Не ветер ли ночной
Гранит верховные алмазы надо мной?
Кто плачет так, что я сама вот-вот заплачу?

Ладонью заспанной блуждаю наудачу
По ледяной щеке и, уступив стыду,
От вещей слабости слезы заветной жду:
Оттает, чистая, права судьбы присвоив,
Засветится во тьме сердечных перебоев.
В нашептыванье волн мне слышится упрек:
Опять доверчивость чужую подстерег
Прибой и заточил, не выплеснув на сушу,
В соленом горле скал обманутую душу…
Что делаю я здесь, растрепана, робка?
Безлиственно дрожит холодная рука,
По островам груди в сомнении плутая…
Всесокрушением томится даль пустая…
Свечусь, привязана к тебе, сквозная гроздь!

Величественный свод, неотвратимый гость,
Достойный проницать пространства временные
И в безднах порождать свеченья неземные, –
О сколько чистоты в сиянии твоем!
Сверхчеловеческим предвечным острием
Ты сердце смертное пронзил до слез, до дрожи…

Наедине с тобой стою, покинув ложе,
На изувеченной фантазмами скале,
Пытаясь разгадать в незаживленной мгле,
Какой неправдой я разбужена ночною,
Свершенной надо мной или свершенной мною?
…А, может, прежних слов я одержима злом,
Когда прохлада рук переплелась узлом,
Сдавив мои виски (задута лампа шёлком),
И молнию души ловила я осколком
Небытия, о нет, была я госпожой
Неотягченных вен: мой взгляд, почти чужой,
Следил, раскинувшись над лабиринтом плоти,
Как, дебри тайные купая в позолоте,

Змеиный, жгучий я нащупала укус.

Какие обручи желанья, нежный груз
Сокровищ трубчатых, скользящих шлейфом томным,
И жажда светлого в нагроможденье темном!

Коварный!.. В отблесках язвящего огня
Пронзенной, познанной оставил ты меня…
В изменнице-душе нас возрождает жало:
Твой яд отныне – мой! Познав себя, бежала
По жилам молния – мной обладавший яд.
Для скрытных девственниц огни его таят
Угрозу ревности – к кому же я ревную?
О боги! ощутить в себе сестру иную,
Всегда горящую, всегда настороже!

Простосердечие, ненужное уже!
Прочь от меня ползи, любезный Змей, мне гадки
Заемной хитрости петлистые догадки
И преданность твоя, услужливый беглец
Наивных головокружительных колец!
Вокруг себя совьюсь – души моей достанет,
Она, раскинувшись над тенью, не устанет
Всю ночь вгрызаться в холм прельстительной груди,
Излившей молоко мечтаний, – отведи
Сверкающую длань, грозящую любовью
Бесплотности моей, какому пустословью
Желанный, жертвенный я предпочту удел?..
Развалин позумент, меня ты не задел
Теченьями, – уйми волнистые разгулы,
К истокам возврати беспутные посулы:
Глаза мои давно открыты, не ждала
Я меньшей ярости от скрученного зла
В пустынной сухости запрятанного клада.
Границу моего мыслительного ада
Пытаюсь различить – о многом знаю я…
Пусть лицедействует надломленность моя,
Не так прозрачен дух, чтоб идольская злоба
В пещеру разрослась безрадостного гроба
Под взлеты факела в граненой, скальной мгле.
Когда б мы ведали, что может на земле
Из бесконечного родиться ожиданья!
Но даже тень сдалась агонии страданья.
Тревожный взор души прожорливо-глубок:
Витого чудища волнующий клубок
На жаркую ступень вползает, обессилен
Тягучей томностью заласканных извилин…
Что значишь ты в моей немеркнущей ночи,
Рептилия? сплетя капризные бичи,
Мой небрежащий сон ты созерцала, вспомни!..
Но я изменчивей, о Тирс, я вероломней!
Со мною заодно опасности мои.
Пещерный выползок, прочь от меня струи
Бескостный свой хребет, спиральной страстью вздутый,
Другую танцами массивными опутай,
Пленяй нагую ночь ее закрытых вежд
Чередованием тождественных одежд,
Клубись, высиживай зародыши зевотной
Сердечной слабости, покуда сон животный
Сжимает девственниц лоснящимся кольцом…
Не выплакав тоски, с заплаканным лицом,
Бессонно-бледная, проснулась на постели,
Но склеп, укачанный в отсутствующем теле
Разбила, перейдя порог небытия.
Потом, облокотясь, во тьму смотрела я,
Мечту к державному примерив своеволью.

Всецело дорожа божественною болью,
Я ранку узкую на дрогнувшей руке
Бросалась целовать: я знала, вдалеке,
На гребне древнего догадливого тела
Горит огонь. « Прощай! » – я закричать хотела

Себе, земной сестре, солгавшей в остальном…

Единственное Я, не созданное сном!
Живая жертвенность, очерченная блеском
Безмолвья… Бледный лоб, преследуемый плеском
Волос, украденных ветрами, и в морях
Продленный нитями седых, косматых прях, –
С непобедимым Днем мое венчанье празднуй!
Перед улыбчивой вершиною алмазной
Супругой равною я простираюсь ниц…

О драгоценный лес сомкнувшихся ресниц,
Слепой полуночью переплетенных густо,
На ощупь, в темноте, молясь тысячеусто,
Покровом пористых окружных позолот
Вбирала вечность я и бархатистый плод –
Себя! – вручала в дар бессмертию вселенной,
Но в бледной мякоти, под кожурою пленной,
Кипящий солнцем сок не бредил горячо
Загробной горечью, – открытое плечо
Пожертвовала я просвеченным высотам:
На грудь, обильную под стать счастливым сотам,
Объятьем вогнутым сошел уставший мир.
Ты поглотил меня, светящийся кумир! –
Бегу и быстрые распутываю тени,
Скользя туникою по зонтикам растений,
Склоняя лезвия надменных, хрупких трав,
Бегу, величие цветущее поправ
Счастливой гордостью своей свободы новой.
Порой за полотно зацепит куст терновый
И тела свежего мятежную дугу
Перечащим шипам откроет на бегу –
Под куполом льняным оно блеснет, прославясь
Твоими красками, о бронзовая завязь!

Отчасти тяготясь могуществом пустым,
В душе послушная желаниям простым,
Чью волю гладкие присвоили колени,
Я сбрасывала гнет неловких сожалений,
И чувственная цель казалась мне светла:
К ней глина вязкая шагов моих плыла.
Беспечной стала я и на решенья быстрой.
Пылающий покров из снов природных выстрой
И до бескрайности, о Полдень, опьяней!
Беги!.. Увы, у ног недружество теней
Скользит струящимся подобьем зыбких мумий,
Загримированной бесплотности угрюмей,
Неубивающей касается земли,
Танцует, гибкое, в нетронутой пыли,
Таится между мной и розой огневою
И разрывается, не шелохнув листвою…
О похоронная ладья!…

А я стою,
Живая, и, вручив себя небытию,
Вооружаюсь им и, как гортань сухая,
Хмель померанцевый восторженно вдыхая,
Зениту жертвую пустой, сторонний взгляд.
О неужели свет от сердца отдалят
Растущей полночи пытливые секреты,
И уголок души расширится, согретый
Глубинным знанием, избегнув чистоты!..
В полубеспамятстве стряхнуть не в силах ты
Недвижный обморок дрожащих ароматов,
Нагая статуя, чей мрамор бледно матов
В капризном золоте дурманящих лучей.
Нет, черный мой зрачок, зрачок давно ничей,
Колодцем тартара круглится, обрываясь
В мыслительную тьму, – я ветру открываюсь,
Но душу отстоять у веток не могу,
На золотящемся вселенском берегу
В обличье Пифии стенаю и коснею,
Пьяна пророчеством, что мир погибнет с нею.
Загадки идолов в себе я обновлю.
Задумаюсь, замру и небеса молю,
Прервав мечтания, бегущие зеркальным
Крылом по солнечным кругам зодиакальным,
Меняясь сотни раз в игре с небытием,
Пылая в мраморе зияющем моем.
Глазастой пропасти опасная добыча!

Духовным зрением над взморьями владыча,
Я столько видела сменяющихся дней,
Что ведала, какой окажется бледней,
Какой сиянье мне подарит в ровном беге,
Но кроме скуки я не знала привилегий,
Заря шептала мне: враждебность предпочти.
Почти умершая, бессмертная почти,
Я в сновидениях разглядывала тронный
Алмаз, блистающий над будущей короной,
Где леднику невзгод противятся одни
Задумчивого лба бездонные огни.

О Время, догорев в мечтательных глубинах,
Дерзнешь ли в сумерках воскреснуть голубиных,
Где доверительным полотнищем возник
Румянца детского кочующий двойник,
В закатный изумруд стыдливой розой канув.

О жертвенный костер! Как маски истуканов
Воспоминания на золоте зари.
Раздуй парчу небес и оплодотвори
Отказ познать огонь и стать иной, чем прежде,
Придай кровавый блеск бескрасочной надежде,
Обожествляющей святой лазурный свод
И время ирисов у безразличных вод, –
Бесцветный выпей дар, мечтая обновиться:
Мне осторожная чужда отроковица
И соучастница ее – лесная тишь,
К тревожной ясности ты ненависть простишь…
Хочу, чтоб в ледяной напуганной гортани
Забил охрипший ключ любовных бормотаний…
Крылатой лучнице открыт затылок мой.

Как сердцем слабнущим не ослабеть самой?

Я жду, а виноград темниц угрозы множит,
И листьев клейкий бред прилип к щекам, а, может,
Стволы ресничные разнежились вокруг
Вечерней тяжестью переплетенных рук?

ГЛАЗА МОИ, ВО ТЬМУ ВЗДЫМАЙТЕ СВОД СВЯТЫНИ!
ВЕНЧАЙ МЕНЯ, АЛТАРЬ, НЕВИДАННЫЙ ДОНЫНЕ!

Так небо призывал утес телесный мой.
Земля, сверкнувшая стоцветною каймой,
Сползала, вольная с челом расстаться белым.
Вселенная, дрожа на стебле оробелом
Отказывалась мысль короновать мою, –

Чеканной розою на жизненном краю
Взросла она в борьбе с нездешним произволом.

Пусть в черепе твоем, беспамятном и полом,
Живет мой аромат, о Смерть, вдохни скорей
Приговоренную прислужницу царей,
Зови меня, терзай! Скучна иная участь:
Новорожденный год преодолел тягучесть
Неторопливых вен: весна предвестья шлет,
Неясно бродит кровь, в алмазных искрах лед…
Не устоит зимы сверкающий осколок.
Надзвездной благости вздыхающий астролог,
Разгульный паводок, взломал речной сургуч,
Весны-насильницы веселый хохот жгуч!
Такой беспутный звон разлит в зенитном зное,
Что нежностью нутро пронизано земное!
Деревья в чешуе раздутой и сырой
Тысячерукою волнуются горой
И в терпком воздухе, как шерстью громовою,
На солнце хлопают крылатою листвою,
Уносятся в простор – и чувства нет новей!
Глухая, имена парящие навей!
Нет, их не слышишь ты в смешенье цепких связей:
Клонясь верхушками раскидистых фантазий,
Гребет к богам, гребет наперекор богам
Единодушный лес, к надлобным берегам
Уносит он, о Смерть, разлуки остров синий
И гонит праведно по мокрой древесине
Сок, под пластом травы таимый до сих пор.

Какая смертная соблазну даст отпор?
Какая не нырнет без долгих размышлений
В такой водоворот?
Предчувствуют колени,
Как беззаступный страх вползает в детский плач,
И тотчас птичий крик – прельститель и палач! –
Пронзает тень мою! О розы, вздохом жадным
Я возрождаю вас. Увы, рукам нескладным
Корзину не поднять: в сердечной тьме – изъян!
От вида скрученных волос победно пьян
Двуликий день меня он целовал в затылок!
В гуденье диких пчел как робок он и пылок.
Бери меня, о Смерть, и ты, Заря, бери!
Ах, сердце, ты меня взрываешь изнутри,
Трепещешь, вздутое, как в неводе лиловом,
Такое лютое с плененным рыболовом,
Такое нежное для бесконечных уст!

На жажду слаще я не надевала узд!
Нелицемерные желанья, ваши лица
Светлы… Дозволено плодами округлиться
Любви богов, сосуд влеченья оживив:
Лучистые бока и бедренный извив,
И материнское приемлющее лоно –
Во мне алтарь они воздвигли благосклонно:
Там души чуждые перемешать легко,
Покуда семя есть, и кровь, и молоко!
О ненавистная гармония, где каждый
Случайный поцелуй предвестник плотской жажды!
Смотрю, как явности телесной избежав,
Кочуют жители несбыточных держав.
Нет! собеседники мои и побратимы,
В заманчивую плоть вовек необратимы
Ни вздохи пылкие, ни взоры, ни мольбы,
Я вас не оживлю, бессильные рабы,
К неосязаемым вернитесь мириадам!
Кто согласует жизнь с безвидным этим адом?
С тенями разум мой мечты не примирят,
Вам не затрепетать под грозовой разряд
Речей… Как жалки мы, слепые вихри праха!

Небесную стезю не отыщу от страха!

О вспышке чувственной молю тебя одну,
Наплывшая слеза, о чем еще дерзну
Просить? Ты над щекой ревнующе нависла:
В сплетении путей немало злого смысла!
Земная, помню я, как царственный дедал
Тебя из темноты сердечной созидал
Для возлияния, обещанного соком
Глубин, воскреснувших в заклании высоком
На жертвеннике тайн и драгоценных снов!
Пробив пещерную кору первооснов,
Полночным ужасом ресницы разжимая,
Из гротов совести сочится соль немая.
Где твой исток, слеза? Какою новизной
Работы внутренней, и грустной, и земной
Свою упрямую ты возлагаешь ношу
На материнские ступени? Что я брошу
В пугающий провал ночных твоих борозд?
Отсрочкой душишь ты, твой зримый путь не прост, –
Кто призывал тебя на помощь свежей ране?..

Зачем вы метите, рубцы, алмазы, грани,
Слепую эту плоть? Куда идет она,
Незнаньем собственным и верой смущена?
Надежду не прогнать бессильем пальцев робких.
О почва, вязкая от водорослей топких,
Подруга нежная, неси меня вперед!
Покорность снежная ужели не замрет
У самой западни? Что ищет лебединый
Бесправный мой порыв? О радость стать единой
С земною прочностью! Мой шаг упрямо тверд,
Но ужас на тропе непознанной простерт!
Еще один подъем подошвами ощупав,
Верну природную уступчивость уступов, –
Над сомкнутой землей воздвигся пьедестал:
Там бездна пенится, там ветер исхлестал
Утесы, скользкие от ламинарий бурых, –
Как здесь мечтать легко о растворенье в хмурых
Непойманных волнах! Однообразный гул
Подобье савана над морем натянул,
Соткав его из брызг и расщепленных весел.
В стенающую ширь он жребии отбросил
Наперекор мольбам береговых камней.

Нашедшего следы босых моих ступней
Удастся ли отвлечь от созерцаний важных?

Неси меня, земля, по грудам стеблей влажных!

Таинственное Я души еще живой!
Как горько на заре увидеть облик свой
Неизменившимся…
Зеркальной выгнут чашей
Светлеющий залив, пока улыбкой вашей,
О исчервленные, вчерашние уста,
Наводятся на мир холодные цвета,
И камни зыблются, как в толще водоема,
В тюремно-замкнутом браслете окоема.
Рука обнажена над зеленью зыбей.
Рука несет рассвет!
Проступка нет грубей,
Чем жертву разбудить непринятую!
Гладок
Отполированный, почти лишенный складок
Порог – отспоренный и выровненный риф! –
К неумиранию меня приговорив,
Уходит темнота, и обнажен желанью
Алтарь, где памяти я предана закланью.

Там пена силится упрочить зримый вид,
Там вечность на плече волны отождествит
Себя с качанием рыбацкого баркаса.
Природа точно ждет властительного гласа,
Дабы к предбудущим рожденьям сделать шаг
И целомудренный веселый саркофаг
Восстановить, гордясь своей вселенской ролью.

Обожествленные порозовевшей солью,
Привет вам, острова, потешники лучей
И солнца плавкого! Предвижу, горячей
К полудню загудит деревьев рой пчелиный,
И каменистые почуют исполины,
Как близок огненный элизиум! Леса,
Где мыслью зверние блуждают голоса,
Холмы, где славят мир напевы козопасов, –
Привет вам, острова! Морями опоясав,
Свой материнский стан, колени преклоня,
Вы облик девственный храните для меня!
Но как над головой цветы у вас ни ярки,
Ступни в морскую стынь вы погрузили, Парки!

Приготовления души, покой висков
И смерть, совсем как дочь таимая, – таков
Исход, означенный предвзятостью верховной:
От блесток роковых уходит безгреховный
Полет, но разве он не временный разрыв?
Я первая к богам приблизилась, открыв
Лицо тиранскому дыханью ночи вечной:
Об изречении тоски бесчеловечной
Сквозь гущу темноты я вопрошала твердь…

В слепящей чистоте я выдержала смерть,
Таким же некогда я выдержала солнце,
Но в изваянии моем огнепоклонце,
Под обнаженною, натянутой спиной,
Душа от прошлого спасалась тишиной,
С надеждой слушая колючие оттенки
Толчков, изношенных о набожные стенки,
Потворства давнего предчувствуя итог –
Существования трепещущий листок…

Ты не умрешь, не жди… Насмешлива удача
К той, что в зеркальности себя жалеет, плача.

Но разве не была волшебной цель моя,
Когда палачеству определила я
Презренье светлое к многоразличью рока?
Погибельный алмаз без пятен, без порока!
И разве склоны есть прозрачнее, чем те,
Где я карабкаюсь к затерянной черте
По взору долгому закланницы отверстой?
Какую тайну ей хранить, кровавоперстой?
На грани бытия, в безбурной белизне
Она от слабости прекраснее вдвойне,
Смиряя серп времен, над плахою нависший,
Предсмертной бледностью бледна, последней, высшей.
Так с плотью полою целуется волна,
Так в одиночестве себя бежит она…
Душою я давно плыву к надзвездной выси
В мечтах о траурно шумящем кипарисе.
Я жертвой чувствую себя у алтаря
Дурманов завтрашних, бестрепетно паря
И тая в облачном, неосторожном дыме,
Я стала деревом с волокнами седыми,
Величье растворя в пространстве роковом.
Я завоевана гигантским существом,
Любовью жданного куста-единоверца:
Толпу лучистых тел из фимиама сердца
Рождает трепетно туманный мой состав.

О нет! от высоты двусмысленной устав,
Я больше не ищу у лилии печальной
Возврата к прошлому – сосуд первоначальный
Мы силой жизненной не сбросим, не затмим.
Кто ратоборствует с могуществом самим,
Когда твое чело – маяк в пустыне ночи,
А зрение твое его дневные очи?

Задумайся, какой безгласный произвол
К воскреснувшему дню из тьмы тебя привел?
Из тьмы, мертвецкою тоской отягощенной!
У безотчетного щепотью позлащенной
Добудь рассветами отспоренную нить:
Твой путь слепой она сумела отклонить
До этих берегов… Жестокой будь и лживой,
И тонкой! Распознай, как стала ты поживой
Ползучей трусости и вздохов-беглецов,
И пряных, как земля, заботливых сосцов?
Какая затхлость недр, какие сны рептилий
Тебе пещерную бескостность возвратили?

Вчера, царица-плоть, ты предала меня,
Ни ласкою, ни сном не возвестив огня…
Чаруясь демонской благоуханной властью,
Мужскую шею я не обвивала страстью
Воображаемых, полуумерших рук,
И лебедь вспененный, божественный супруг! –
Не потревожил мысль пожаром перьев снежных.

Не ведать гнезд ему столь трепетных и нежных!
Я телом сомкнутым и девственным была
Доступна каждому: расслаблена, бела, –
Во впадине волос, в пещере златоржавой
Господство растеряв над чувственной державой.
В объятьях собственных я сделалась другой
Кто от себя бежит? Кто с болью дорогой
Прощается? В какой излуке сердце тает?
В какой из раковин былое обитает
Отзвучьем имени? Какой коварный шквал
Меня из крайности безвременной призвал
И отнял долгий вздох, и помешал проститься? –
На жертву сон слетел таинственный, как птица.

Казалось, час настал, когда в душе любой
Пророчица уже не может быть собой,

Устав потворствовать строптивому терпенью,
И вяло борется с последнею ступенью.
К покинутым рукам торопятся шаги, –
От коронованных покойниц не беги!
Лицо такой же вздох.
Склоняюсь запоздало
К согласью нежному: простила, оправдала
Я злую плоть свою у пепла горек вкус!
Свидетельницам тьмы несу паденья груз –
В истерзанных руках наперекор мечтаньям,
Разъята надвое безвольным бормотаньем…
Спи, мудрость, возведи алтарь небытию,
Верни к зародышу бессветную змею,
Отдайся сумраку несобранных сокровищ…
Усни, сойди живой в безгрешный сон чудовищ!

(За дверью… сводчатой, как перстень… вьется газ…
В журчанье горловом… предсмертный смех угас…
Из бледных губ твоих пьет коршун в сонной нише…
И тьма не так темна… Спускайся… Тише …тише…)

Мой беспорядочный, мой неостывший склеп,
Здесь ум разбросанный, всезрящий ум ослеп,
И, уступив себе, я в саван обернула
Сердечный стук – в живом колодце я тонула,
Где дышит вечностью льняная западня,
Заполненная мной, вобравшая меня.
Мой оттиск, полое тепло пустого ложа,
Своим в конце концов тебя признала кожа.
Мой дух в пучинах грез надменных усыплен
Волнами складчатых ласкающих пелен:
На бледных простынях себя дыханьем выдал
Изобразивший смерть, летящий в бездну идол –
Живая женщина с заплаканным лицом,
Уставшая копить с любовником-скупцом
Восторги тайные, когда в нагой пещере
Порвал он договор на смертные потери.

Непознанный ковчег, всю ночь я, как в бреду,
С неотторжимыми цепями спор веду,
Рыдаю и во тьме качаю безрассудно
Твореньями земли нагруженное судно.
Но что это? Глаза, томясь голубизной,
Взирают холодно на смерть звезды ночной.
Порыва моего взошедшее светило
Прабабки юную тоску раззолотило, –
Так совесть воровским сжигается огнем:
Обожествленная солнцеподобным днем,
Преображается недавняя гробница,
У ног моих вода грозит воспламениться!
Заря приблизилась, и зыблемый покров
К ночным империям уносится, багров…

…Но если я жива, прощанья бесполезны,
Как сны! На берегу необозримой бездны
Стою в исчезнувших одеждах, а в груди
Вздымается прибой – тревоги позади!
Глазами выпью соль, лицо подставлю пене
И злобе ветреной бурунных песнопений!
Ах, если вздуется подводная душа,
И на волну волна обрушится, круша,
Завоет, загудит, набросится недобро
Белесым чудищем на каменные ребра,
Обдав мой лоб огнем осколков ледяных,
Ах, если острия трезубцев водяных,
Исторгнутые мглой, мою исколют кожу,
Наперекор себе тогда я приумножу,
О солнце, похвалы и сердцу, и твоим
Лучам, дарующим рожденье нам двоим, –

Я кровью девственной тянусь к снопам огнистым,
И благодарна грудь под золотым монистом!

Beatrice dit: 12 avril 2013 à 9 h 12 min

Cioran qui n’en rate pas une pour déprécier, jouer du mépris comme on joue de la trompette:
« Paul Valery est un galérien de la Nuance » ça lui va bien à Cioran,de dire ça,lui le galérien du répétitif , lui le grand ruminant de la désolation.

calmo techo dit: 12 avril 2013 à 9 h 03 min

Calmo techo surcado de palomas,
palpita entre los pinos y las tumbas;
mediodía puntual arma sus fuegos
¡El mar, el mar siempre recomenzado!
¡Qué regalo después de un pensamiento
ver moroso la calma de los dioses!

¡Qué obra pura consume de relámpagos
vario diamante de invisible espuma,
y cuánta paz parece concebirse!
Cuando sobre el abismo un sol reposa,
trabajos puros de una eterna causa,
el Tiempo riela y es Sueño la ciencia.

Tesoro estable, templo de Minerva,
quietud masiva y visible reserva;
agua parpadeante, Ojo que en ti guardas
tanto sueño bajo un velo de llamas,
¡silencio mío!… ¡Edificio en el alma,
mas lleno de mil tejas de oro. Techo!

Templo del Tiempo, que un suspiro cifra,
subo a ese punto puro y me acostumbro
de mi mirar marino todo envuelto;
tal a los dioses mi suprema ofrenda,
el destellar sereno va sembrando
soberano desdén sobre la altura.

Como en deleite el fruto se deslíe,
como en delicia truécase su ausencia
en una boca en que su forma muere,
mi futura humareda aquí yo sorbo,
y al alma consumida el cielo canta
la mudanza en rumor de las orillas.

¡Bello cielo real, mírame que cambio!
Después de tanto orgullo, y de tanto
extraño ocio, mas pleno de poderes,
a ese brillante espacio me abandono,
sobre casas de muertos va mi sombra
que a su frágil moverse me acostumbra.
A teas del solsticio expuesta el alma,
sosteniéndote estoy, ¡oh admirable
justicia de la luz de crudas armas!
Pura te tomo a tu lugar primero:
¡mírate!… Devolver la luz supone
taciturna mitad sumida en sombra.

Para mí solo, a mí solo, en mí mismo,
un corazón, en fuentes del poema,
entre el vacío y el suceso puro,
de mi íntima grandeza el eco aguardo,
cisterna amarga, oscura y resonante,
¡hueco en el alma, son siempre futuro!

Sabes, falso cautivo de follajes,
golfo devorador de enjutas rejas,
en mis cerrados ojos, deslumbrantes
secretos, ¿qué cuerpo hálame a su término
y qué frente lo gana a esta tierra ósea?
Una chispa allí pienso en mis ausentes.

Sacro, pleno de un fuego sin materia;
ofrecido a la luz terrestre trozo,
me place este lugar alto de teas,
hecho de oro, piedra, árboles oscuros,
mármol temblando sobre tantas sombras;
¡allí la mar leal duerme en mis tumbas!

¡Al idólatra aparta, perra espléndida!
Cuando con sonrisa de pastor, solo,
apaciento carneros misteriosos,
rebaño blanco de mis quietas tumbas,
¡las discretas palomas de allí aléjalas,
los vanos sueños y ángeles curiosos!

Llegado aquí pereza es el futuro,
rasca la sequedad nítido insecto;
todo ardido, deshecho, recibido
en quién sabe qué esencia rigurosa…
La vida es vasta estando ebrio de ausencia,
y dulce el amargor, claro el espíritu.

Los muertos se hallan bien en esta tierra
cuyo misterio seca y los abriga.
Encima el Mediodía reposando
se piensa y a sí mismo se concilia…
Testa cabal, diadema irreprochable,
yo soy en tu interior secreto cambio.

¡A tus temores, sólo yo domino!
Mis arrepentimientos y mis dudas,
son el efecto de tu gran diamante…
Pero en su noche grávida de mármoles,
en la raíz del árbol, vago pueblo
ha asumido tu causa lentamente.

En una densa ausencia se han disuelto,
roja arcilla absorbió la blanca especie,
¡la gracia de vivir pasó a las flores!
¿Dónde del muerto frases familiares,
el arte personal, el alma propia?
En la fuente del llanto larvas hilan.

Agudo gritos de exaltadas jóvenes,
ojos, dientes, humedecidos párpados,
el hechicero seno que se arriesga,
la sangre viva en labios que se rinden,
los dedos que defienden dones últimos,
¡va todo bajo tierra y entra al juego!

Y tú, gran alma, ¿un sueño acaso esperas
libre ya de colores del engaño
que al ojo camal fingen onda y oro?
¿Cuando seas vapor tendrás el canto?
¡Ve! ¡Todo huye! Mi presencia es porosa,
¡la sagrada impaciencia también muere!

¡Magra inmortalidad negra y dorada,
consoladora de horroroso lauro
que matemal seno haces de la muerte,
el bello engaño y la piadosa argucia!
¡Quién no conoce, quién no los rechaza,
al hueco cráneo y a la risa eterna!

beshabitadas testas, hondos padres,
que bajo el peso de tantas paladas,
sois la tierra y mezcláis nuestras pisadas,
el roedor gusano irrebatible
para vosotros no es que bajo tablas
dormís, ¡de vida vive y no me deja!

¿Amor quizás u odio de mí mismo?
¡Tan cerca tengo su secreto diente
que cualquier nombre puede convenirle!
¡Qué importa! ¡Mira, quiere, piensa, toca!
¡Agrádale mi carne, aun en mi lecho,
de este viviente vivo de ser suyo!

¡Zenón! ¡Cruel Zenón! ¡Zenón de Elea!
¡Me has traspasado con tu flecha alada
que vibra, vuela y no obstante no vuela!
¡Su son me engendra y mátame la flecha!
¡Ah! el sol… ¡Y qué sombra de tortuga
para el alma, veloz y quieto Aquiles!

¡No! ¡No!… ¡De pie! ¡En la era sucesiva!
¡Cuerpo mío, esta forma absorta quiebra!
¡Pecho mío, el naciente viento bebe!
Una frescura que la mar exhala,
ríndeme el alma… i Oh vigor salado!
¡Ganemos la onda en rebotar viviente!

¡Sí! Inmenso mar dotado de delirios,
piel de pantera, clámide horadada
por los mil y mil ídolos solares,
hidra absoluta, ebria de carne azul,
que te muerdes la cola destellante
en un tumulto símil al silencio.

¡Se alza el viento!… ¡Tratemos de vivir!
¡,Cierra y abre mi libro el aire inmenso,
brota audaz la ola en polvo de las rocas!
¡Volad páginas todas deslumbradas!
¡Olas, romped con vuestra agua gozosa
calmo techo que foques merodean!

Walker Reading dit: 12 avril 2013 à 8 h 58 min

Assez bon traduction en anglais

This quiet roof, where dove-sails saunter by,
Between the pines, the tombs, throbs visibly.
Impartial noon patterns the sea in flame —
That sea forever starting and re-starting.
When thought has had its hour, oh how rewarding
Are the long vistas of celestial calm!
What grace of light, what pure toil goes to form
The manifold diamond of the elusive foam!
What peace I feel begotten at that source!
When sunlight rests upon a profound sea,
Time’s air is sparkling, dream is certainty —
Pure artifice both of an eternal Cause.

Sure treasure, simple shrine to intelligence,
Palpable calm, visible reticence,
Proud-lidded water, Eye wherein there wells
Under a film of fire such depth of sleep —
O silence! . . . Mansion in my soul, you slope
Of gold, roof of a myriad golden tiles.

Temple of time, within a brief sigh bounded,
To this rare height inured I climb, surrounded
By the horizons of a sea-girt eye.
And, like my supreme offering to the gods,
That peaceful coruscation only breeds
A loftier indifference on the sky.

Even as a fruit’s absorbed in the enjoying,
Even as within the mouth its body dying
Changes into delight through dissolution,
So to my melted soul the heavens declare
All bounds transfigured into a boundless air,
And I breathe now my future’s emanation.

Beautiful heaven, true heaven, look how I change!
After such arrogance, after so much strange
Idleness — strange, yet full of potency —
I am all open to these shining spaces;
Over the homes of the dead my shadow passes,
Ghosting along — a ghost subduing me.
My soul laid bare to your midsummer fire,
O just, impartial light whom I admire,

Whose arms are merciless, you have I stayed
And give back, pure, to your original place.
Look at yourself . . . But to give light implies
No less a somber moiety of shade.

Oh, for myself alone, mine, deep within
At the heart’s quick, the poem’s fount, between
The void and its pure issue, I beseech
The intimations of my secret power.
O bitter, dark, and echoing reservoir
Speaking of depths always beyond my reach.

But know you — feigning prisoner of the boughs,
Gulf which cats up their slender prison-bars,
Secret which dazzles though mine eyes are closed —
What body drags me to its lingering end,
What mind draws it to this bone-peopled ground?
A star broods there on all that I have lost.

Closed, hallowed, full of insubstantial fire,
Morsel of earth to heaven’s light given o’er —
This plot, ruled by its flambeaux, pleases me —
A place all gold, stone, and dark wood, where shudders
So much marble above so many shadows:
And on my tombs, asleep, the faithful sea.

Keep off the idolaters, bright watch-dog, while —
A solitary with the shepherd’s smile —
I pasture long my sheep, my mysteries,
My snow-white flock of undisturbed graves!
Drive far away from here the careful doves,
The vain daydreams, the angels’ questioning eyes!

Now present here, the future takes its time.
The brittle insect scrapes at the dry loam;
All is burnt up, used up, drawn up in air
To some ineffably rarefied solution . . .
Life is enlarged, drunk with annihilation,
And bitterness is sweet, and the spirit clear.

The dead lie easy, hidden in earth where they
Are warmed and have their mysteries burnt away.
Motionless noon, noon aloft in the blue
Broods on itself — a self-sufficient theme.
O rounded dome and perfect diadem,

I am what’s changing secretly in you.

I am the only medium for your fears.
My penitence, my doubts, my baulked desires —
These are the flaw within your diamond pride . . .
But in their heavy night, cumbered with marble,
Under the roots of trees a shadow people
Has slowly now come over to your side.
To an impervious nothingness they’re thinned,
For the red clay has swallowed the white kind;
Into the flowers that gift of life has passed.
Where are the dead? — their homely turns of speech,
The personal grace, the soul informing each?
Grubs thread their way where tears were once composed.

The bird-sharp cries of girls whom love is teasing,
The eyes, the teeth, the eyelids moistly closing,
The pretty breast that gambles with the flame,
The crimson blood shining when lips are yielded,
The last gift, and the fingers that would shield it —
All go to earth, go back into the game.

And you, great soul, is there yet hope in you
To find some dream without the lying hue
That gold or wave offers to fleshly eyes?
Will you be singing still when you’re thin air?
All perishes. A thing of flesh and pore
Am I. Divine impatience also dies.

Lean immortality, all crêpe and gold,
Laurelled consoler frightening to behold,
Death is a womb, a mother’s breast, you feign
The fine illusion, oh the pious trick!
Who does not know them, and is not made sick
That empty skull, that everlasting grin?

Ancestors deep down there, 0 derelict heads
Whom such a weight of spaded earth o’erspreads,
Who are the earth, in whom our steps are lost,
The real flesh-eater, worm unanswerable
Is not for you that sleep under the table:
Life is his meat, and I am still his host.

‘Love,’ shall we call him? ‘Hatred of self,’ maybe?
His secret tooth is so intimate with me
That any name would suit him well enough,
Enough that he can see, will, daydream, touch —
My flesh delights him, even upon my couch
I live but as a morsel of his life.

Zeno, Zeno, cruel philosopher Zeno,
Have you then pierced me with your feathered arrow
That hums and flies, yet does not fly! The sounding
Shaft gives me life, the arrow kills. Oh, sun! —
Oh, what a tortoise-shadow to outrun
My soul, Achilles’ giant stride left standing!

No, no! Arise! The future years unfold.
Shatter, O body, meditation’s mould!
And, O my breast, drink in the wind’s reviving!
A freshness, exhalation of the sea,
Restores my soul . . . Salt-breathing potency!
Let’s run at the waves and be hurled back to living!

Yes, mighty sea with such wild frenzies gifted
(The panther skin and the rent chlamys), sifted
All over with sun-images that glisten,
Creature supreme, drunk on your own blue flesh,
Who in a tumult like the deepest hush
Bite at your sequin-glittering tail — yes, listen!

The wind is rising! . . . We must try to live!
The huge air opens and shuts my book: the wave
Dares to explode out of the rocks in reeking
Spray. Fly away, my sun-bewildered pages!
Break, waves! Break up with your rejoicing surges
This quiet roof where sails like doves were pecking.

Armand Lambert dit: 12 avril 2013 à 8 h 53 min

Tout cela est bien beau mais vous oubliez Vigny.

I

J’aime le son du Cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu’il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l’adieu du chasseur que l’écho faible accueille,
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul, dans l’ombre à minuit demeuré,
J’ai souri de l’entendre, et plus souvent pleuré !
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

O montagnes d’azur ! ô pays adoré !
Rocs de la Frazona, cirque du Marboré,
Cascades qui tombez des neiges entraînées,
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons,
Dont le front est de glace et le pied de gazons !
C’est là qu’il faut s’asseoir, c’est là qu’il faut entendre
Les airs lointains d’un Cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l’air est sans bruit,
De cette voix d’airain fait retentir la nuit ;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L’harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au lieu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte au chant de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?
Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ?
Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée
L’ombre du grand Roland n’est donc pas consolée !

II

Tous les preux étaient morts, mais aucun n’avait fui.
Il reste seul debout, Olivier prés de lui,
L’Afrique sur les monts l’entoure et tremble encore.
« Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ;

« Tous tes Pairs sont couchés dans les eaux des torrents. »
Il rugit comme un tigre, et dit : « Si je me rends,
« Africain, ce sera lorsque les Pyrénées
« Sur l’onde avec leurs corps rouleront entraînées. »

« Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les voilà. »
Et du plus haut des monts un grand rocher roula.
Il bondit, il roula jusqu’au fond de l’abîme,
Et de ses pins, dans l’onde, il vint briser la cime.

« Merci, cria Roland, tu m’as fait un chemin. »
Et jusqu’au pied des monts le roulant d’une main,
Sur le roc affermi comme un géant s’élance,
Et, prête à fuir, l’armée à ce seul pas balance.

III

Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux
Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.
A l’horizon déjà, par leurs eaux signalées,
De Luz et d’Argelès se montraient les vallées.

L’armée applaudissait. Le luth du troubadour
S’accordait pour chanter les saules de l’Adour ;
Le vin français coulait dans la coupe étrangère ;
Le soldat, en riant, parlait à la bergère.

Roland gardait les monts ; tous passaient sans effroi.
Assis nonchalamment sur un noir palefroi
Qui marchait revêtu de housses violettes,
Turpin disait, tenant les saintes amulettes :

« Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu ;
« Suspendez votre marche; il ne faut tenter Dieu.
« Par monsieur saint Denis, certes ce sont des âmes
« Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.

« Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor. »
Ici l’on entendit le son lointain du Cor.
L’Empereur étonné, se jetant en arrière,
Suspend du destrier la marche aventurière.

« Entendez-vous ! dit-il. – Oui, ce sont des pasteurs
« Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs,
« Répondit l’archevêque, ou la voix étouffée
« Du nain vert Obéron qui parle avec sa Fée. »

Et l’Empereur poursuit ; mais son front soucieux
Est plus sombre et plus noir que l’orage des cieux.
Il craint la trahison, et, tandis qu’il y songe,
Le Cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.
« Malheur ! c’est mon neveu ! malheur! car si Roland
« Appelle à son secours, ce doit être en mourant.
« Arrière, chevaliers, repassons la montagne !
« Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de l’Espagne !

IV

Sur le plus haut des monts s’arrêtent les chevaux ;
L’écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux
Des feux mourants du jour à peine se colore.
A l’horizon lointain fuit l’étendard du More.

« Turpin, n’as-tu rien vu dans le fond du torrent ?
« J’y vois deux chevaliers : l’un mort, l’autre expirant
« Tous deux sont écrasés sous une roche noire ;
« Le plus fort, dans sa main, élève un Cor d’ivoire,
« Son âme en s’exhalant nous appela deux fois. »

Dieu ! que le son du Cor est triste au fond des bois !

christiane dit: 12 avril 2013 à 8 h 50 min

Oui, Paul Edel. J’aime lire :
« tout semble chez paul valery crayonné improvisé,naturel,jaillissant, spontané, à propos de tout(architecture, dessin, politique, philo, mineralogie, biologie, etc) dans l’instant, rapide, concis, exact,souriant… ». C’est ce que je trouve dans les « Cahiers » (et certains articles des « Variétés ») : des improvisations percutantes encadrant des croquis bien enlevés (bateaux, ancres, paysages, objets divers). Mais je retiens les livres que vous citez et que je ne connaissais pas.

Ludovic Ludo dit: 12 avril 2013 à 8 h 48 min

et, puisque ce texte a été évoqué dans le billet, comme dit ueda, n’oublions pas La Jeune Parque :

Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seule, avec diamants extrêmes ?… Mais qui pleure,
Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement…
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?…
Je scintille, liée à ce ciel inconnu…
L’immense grappe brille à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille,
J’interroge mon cœur quelle douleur l’éveille,
Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?…
… Ou si le mal me suit d’un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes)
J’ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?
Toute? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d’un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

J’y suivais un serpent qui venait de me mordre.

Quel repli de désirs, sa traîne !… Quel désordre
De trésors s’arrachant à mon avidité,
Et quelle sombre soif de la limpidité !
Ô ruse !… À la lueur de la douleur laissée
Je me sentis connue encor plus que blessée…
Au plus traître de l’âme, une pointe me naît ;
Le poison, mon poison, m’éclaire et se connaît :
Il colore une vierge à soi-même enlacée,
Jalouse… Mais de qui, jalouse et menacée ?
Et quel silence parle à mon seul possesseur ?

Dieux ! Dans ma lourde plaie une secrète sœur
Brûle, qui se préfère à l’extrême attentive.

Va ! je n’ai plus besoin de ta race naïve,
Cher Serpent… Je m’enlace, être vertigineux !
Cesse de me prêter ce mélange de nœuds
Ni ta fidélité qui me fuit et devine…
Mon âme y peut suffire, ornement de ruine !
Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments,
De mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants ;
Elle y suce longtemps le lait des rêveries…
Laisse donc défaillir ce bras de pierreries
Qui menace d’amour mon sort spirituel…
Tu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel,
Moins désirable… Apaise alors, calme ces ondes,
Rappelle ces remous, ces promesses immondes…
Ma surprise s’abrège, et mes yeux sont ouverts.
Je n’attendais pas moins de mes riches déserts
Qu’un tel enfantement de fureur et de tresse:
Leurs fonds passionnés brillent de sécheresse
Si loin que je m’avance et m’altère pour voir
De mes enfers pensifs les confins sans espoir…
Je sais… Ma lassitude est parfois un théâtre.
L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre
Sa fougue solitaire aux élans de flambeau
Ne fasse fuir les murs de son morne tombeau.
Tout peut naître ici-bas d’une attente infinie.
L’ombre même le cède à certaine agonie,
L’âme avare s’entr’ouvre, et du monstre s’émeut
Qui se tord sur les pas d’une porte de feu…
Mais, pour capricieux et prompt que tu paraisses,
Reptile, ô vifs détours tout courus de caresses,
Si proche impatience et si lourde langueur,
Qu’es-tu, près de ma nuit d’éternelle longueur ?
Tu regardais dormir ma belle négligence…
Mais avec mes périls, je suis d’intelligence,
Plus versatile, ô Thyrse, et plus perfide qu’eux.
Fuis-moi ! du noir retour reprends le fil visqueux !
Va chercher des yeux clos pour tes danses massives.
Coule vers d’autres lits tes robes successives,
Couve sur d’autres cœurs les germes de leur mal,
Et que dans les anneaux de ton rêve animal
Halète jusqu’au jour l’innocence anxieuse !…
Moi, je veille. Je sors, pâle et prodigieuse,
Toute humide des pleurs que je n’ai point versés,
D’une absence aux contours de mortelle bercés
Par soi seule… Et brisant une tombe sereine,
Je m’accoude inquiète et pourtant souveraine,
Tant de mes visions parmi la nuit et l’œil,
Les moindres mouvements consultent mon orgueil.

Mais je tremblais de perdre une douleur divine !
Je baisais sur ma main cette morsure fine,
Et je ne savais plus de mon antique corps
Insensible, qu’un feu qui brûlait sur mes bords :

Adieu, pensai-je, MOI, mortelle sœur, mensonge…

Harmonieuse MOI, différente d’un songe,
Femme flexible et ferme aux silences suivis
D’actes purs !… Front limpide, et par ondes ravis,
Si loin que le vent vague et velu les achève
Longs brins légers qu’au large un vol mêle et soulève,
Dites !… J’étais l’égale et l’épouse du jour,
Seul support souriant que je formais d’amour
À la toute-puissante altitude adorée…

Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée,
Ô paupières qu’opprime une nuit de trésor,
Je priais à tâtons dans vos ténèbres d’or !
Poreuse á l’éternel qui me semblait m’enclore,
Je m’offrais dans mon fruit de velours qu’il dévore ;
Rien ne me murmurait qu’un désir de mourir
Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir :
Mon amère saveur ne m’était point venue.
Je ne sacrifiais que mon épaule nue
À la lumière ; et sur cette gorge de miel,
Dont la tendre naissance accomplissait le ciel,
Se venait assoupir la figure du monde.
Puis, dans le dieu brillant, captive vagabonde,
Je m’ébranlais brûlante et foulais le sol plein,
Liant et déliant mes ombres sous le lin.
Heureuse ! A la hauteur de tant de gerbes belles,
Qui laissait à ma robe obéir les ombelles,
Dans les abaissements de leur frêle fierté
Et si, contre le fil de cette liberté,
Si la robe s’arrache à la rebelle ronce,
L’arc de mon brusque corps s’accuse et me prononce,
Nu sous le voile enflé de vivantes couleurs
Que dispute ma race aux longs liens de fleurs !

Je regrette à demi cette vaine puissance…
Une avec le désir, je fus l’obéissance
Imminente, attachée à ces genoux polis ;
De mouvements si prompts mes vœux étaient remplis
Que je sentais ma cause à peine plus agile !
Vers mes sens lumineux nageait ma blonde argile,
Et dans l’ardente paix des songes naturels,
Tous ces pas infinis me semblaient éternels.
Si ce n’est, ô Splendeur, qu’à mes pieds l’Ennemie,
Mon ombre ! la mobile et la souple momie,
De mon absence peinte effleurait sans effort
La terre où je fuyais cette légère mort.
Entre la rose et moi je la vois qui s’abrite ;
Sur la poudre qui danse, elle glisse et n’irrite
Nul feuillage, mais passe, et se brise partout…
Glisse ! Barque funèbre… Et moi vive, debout,
Dure, et de mon néant secrètement armée,
Mais, comme par l’amour une joue enflammée,
Et la narine jointe au vent de l’oranger,
Je ne rends plus au jour qu’un regard étranger…
Oh ! combien peut grandir dans ma nuit curieuse
De mon cœur séparé la part mystérieuse,
Et de sombres essais s’approfondir mon art !…
Loin des purs environs, je suis captive, et par
L’évanouissement d’arômes abattue,
Je sens sous les rayons, frissonner ma statue,
Des caprices de l’or, son marbre parcouru.
Mais je sais ce que voit mon regard disparu ;
Mon œil noir est le seuil d’infernales demeures !
Je pense, abandonnant à la brise les heures
Et l’âme sans retour des arbustes amers,
Je pense, sur le bord doré de l’univers,
A ce goût de périr qui prend la Pythonisse
En qui mugit l’espoir que le monde finisse.
Je renouvelle en moi mes énigmes, mes dieux,
Mes pas interrompus de paroles aux cieux,
Mes pauses, sur le pied portant la rêverie
Qui suit au miroir d’aile un oiseau qui varie,
Cent fois sur le soleil joue avec le néant,
Et brûle, au sombre but de mon marbre béant.

Ô dangereusement de son regard la proie !

Car l’œil spirituel sur ses plages de soie
Avait déjà vu luire et pâlir trop de jours
Dont je m’étais prédit les couleurs et le cours.
L’ennui, le clair ennui de mirer leur nuance,
Me donnait sur ma vie une funeste avance :
L’aube me dévoilait tout le jour ennemi.
J’étais à demi morte ; et peut-être, à demi
Immortelle, rêvant que le futur lui-même
Ne fût qu’un diamant fermant le diadème
Où s’échange le froid des malheurs qui naîtront
Parmi tant d’autres feux absolus de mon front.

Osera-t-il, le Temps, de mes diverses tombes,
Ressusciter un soir favori des colombes,
Un soir qui traîne au fil d’un lambeau voyageur
De ma docile enfance un reflet de rougeur,
Et trempe à l’émeraude un long rose de honte ?

Souvenir, ô bûcher, dont le vent d’or m’affronte,
Souffle au masque la pourpre imprégnant le refus
D’être en moi-même en flamme une autre que je fus…
Viens, mon sang, viens rougir la pâle circonstance
Qu’ennoblissait l’azur de la sainte distance,
Et l’insensible iris du temps que j’adorai !
Viens consumer sur moi ce don décoloré
Viens ! que je reconnaisse et que je les haïsse,
Cette ombrageuse enfant, ce silence complice,
Ce trouble transparent qui baigne dans les bois…
Et de mon sein glacé rejaillisse la voix
Que j’ignorais si rauque et d’amour si voilée…
Le col charmant cherchant la chasseresse ailée.

Mon cœur fut-il si près d’un cœur qui va faiblir ?

Fut-ce bien moi, grands cils qui crus m’ensevelir
Dans l’arrière douceur riant à vos menaces…
Ô pampres ! sur ma joue errant en fils tenaces,
Ou toi… de cils tissée et de fluides fûts,
Tendre lueur d’un soir brisé de bras confus ?

» Que dans le ciel placés, mes yeux tracent mon temple !
Et que sur moi repose un autel sans exemple ! ”
Criaient de tout mon corps la pierre et la pâleur…
La terre ne m’est plus qu’un bandeau de couleur
Qui coule et se refuse au front blanc de vertige…
Tout l’univers chancelle et tremble sur ma tige,
La pensive couronne échappe à mes esprits,
La mort veut respirer cette rose sans prix
Dont la douceur importe à sa fin ténébreuse !

Que si ma tendre odeur grise ta tête creuse,
Ô mort, respire enfin cette esclave de roi :
Appelle-moi, délie !… Et désespère-moi,
De moi-même si lasse, image condamnée !
écoute… N’attends plus… La renaissante année
A tout mon sang prédit de secrets mouvements :
Le gel cède à regret ses derniers diamants…
Demain, sur un soupir des Bontés constellées,
Le printemps vient briser les fontaines scellées :
L’étonnant printemps rit, viole… On ne sait d’où
Venu? Mais la candeur ruisselle à mots si doux
Qu’une tendresse prend la terre à ses entrailles…
Les arbres regonflés et recouverts d’écailles
Chargés de tant de bras et de trop d’horizons,
Meuvent sur le soleil leurs tonnantes toisons,
Montent dans l’air amer avec toutes leurs ailes
De feuilles par milliers qu’ils se sentent nouvelles…
N’entends-tu pas frémir ces noms aériens,
Ô Sourde !… Et dans I’espace accablé de liens,
Vibrant de bois vivace infléchi par la cime,
Pour et contre les dieux ramer l’arbre unanime,
La flottante forêt de qui les rudes troncs
Portent pieusement à leurs fantasques fronts,
Aux déchirants départs des archipels superbes,
Un fleuve tendre, ô mort, et caché sous les herbes ?

Quelle résisterait, mortelle, à ces remous ?
Quelle mortelle ? Moi si pure, mes genoux
Pressentent les terreurs de genoux sans défense…
L’air me brise. L’oiseau perce de cris d’enfance
Inouïs… l’ombre même où se serre mon cœur,
Et roses ! mon soupir vous soulève, vainqueur
Hélas ! des bras si doux qui ferment la corbeille…
Oh ! parmi mes cheveux pèse d’un poids d’abeille,
Plongeant toujours plus ivre au baiser plus aigu,
Le point délicieux de mon jour ambigu…
Lumière !… Ou toi, la mort ! Mais le plus prompt me prenne !…
Mon cœur bat ! mon cœur bat ! Mon sein brûle et m’entraîne !
Ah ! qu’il s’enfle, se gonfle et se tende, ce dur
Très doux témoin captif de mes réseaux d’azur…
Dur en moi… mais si doux à la bouche infinie !…

Chers fantômes naissants dont la soif m’est unie,
Désirs ! Visages clairs !… Et vous, beaux fruits d’amour,
Les dieux m’ont-ils formé ce maternel contour
Et ces bords sinueux, ces plis et ces calices,
Pour que la vie embrasse un autel de délices,
Où mêlant l’âme étrange aux éternels retours,
La semence, le lait, le sang coulent toujours ?
Non ! L’horreur m’illumine, exécrable harmonie !
Chaque baiser présage une neuve agonie…
Je vois, je vois flotter, fuyant l’honneur des chairs
Des mânes impuissants les millions amers…
Non, souffles ! Non, regards, tendresses… mes convives,
Peuple altéré de moi suppliant que tu vives,
Non, vous ne tiendrez pas de moi la vie !… Allez,
Spectres, soupirs la nuit vainement exhalés,
Allez joindre des morts les impalpables nombres !
Je n’accorderai pas la lumière à des ombres,
Je garde loin de vous, l’esprit sinistre et clair…
Non ! Vous ne tiendrez pas de mes lèvres l’éclair !…
Et puis… mon cœur aussi vous refuse sa foudre.
J’ai pitié de nous tous, ô tourbillons de poudre !

Grands Dieux ! Je perds en vous mes pas déconcertés !
Je n’implorerai plus que tes faibles clartés,
Longtemps sur mon visage envieuse de fondre,
Très imminente larme, et seule à me répondre,
Larme qui fais trembler à mes regards humains
Une variété de funèbres chemins ;
Tu procèdes de l’âme, orgueil du labyrinthe,
Tu me portes du cœur cette goutte contrainte,
Cette distraction de mon suc précieux
Qui vient sacrifier mes ombres sur mes yeux,
Tendre libation de l’arrière-pensée !
D’une grotte de crainte au fond de moi creusée
Le sel mystérieux suinte muette l’eau.
D’où nais-tu? Quel travail toujours triste et nouveau
Te tire avec retard, larme, de l’ombre amère ?
Tu gravis mes degrés de mortelle et de mère,
Et déchirant ta route, opiniâtre faix,
Dans le temps que je vis, les lenteurs que tu fais
M’étouffent… Je me tais, buvant ta marche sûre
Qui t’appelle au secours de ma jeune blessure !

Mais blessures, sanglots, sombres essais, pourquoi ?
Pour qui, joyaux cruels, marquez-vous ce corps froid,
Aveugle aux doigts ouverts évitant l’espérance !
Où va-t-il, sans répondre à sa propre ignorance,
Ce corps dans la nuit noire étonné de sa foi ?
Terre trouble… et mêlée à l’algue, porte-moi,
Porte doucement moi… Ma faiblesse de neige,
Marchera-t-elle tant qu’elle trouve son piège ?
Où traîne-t-il, mon cygne, où cherche-t-il son vol ?
… Dureté précieuse… Ô sentiment du sol,
Mon pas fondait sur toi l’assurance sacrée !
Mais sous le pied vivant qui tâte et qui la crée
Et touche avec horreur à son pacte natal,
Cette terre si ferme atteint mon piédestal.
Non loin, parmi ces pas, rêve mon précipice…
L’insensible rocher, glissant d’algues, propice
A fuir (comme en soi-même ineffablement seul ),
Commence… Et le vent semble au travers d’un linceul
Ourdir de bruits marins une confuse trame,
Mélange de la lame en ruine, et de rame…
Tant de hoquets longtemps, et de râles heurtés,
Brisés, repris au large… et tous les sorts jetés
éperdument divers roulant l’oubli vorace…

Hélas ! de mes pieds nus qui trouvera la trace
Cessera-t-il longtemps de ne songer qu’à soi ?

Terre trouble, et mêlée à l’algue, porte-moi !

Mystérieuse MOI, pourtant, tu vis encore !
Tu vas te reconnaître au lever de l’aurore
Amèrement la même… Un miroir de la mer
Se lève… Et sur la lèvre, un sourire d’hier
Qu’annonce avec ennui l’effacement des signes,
Glace dans l’orient déjà les pâles lignes
De lumière et de pierre, et la pleine prison
Où flottera l’anneau de l’unique horizon…
Regarde : un bras très pur est vu, qui se dénude.
Je te revois, mon bras… Tu portes l’aube… Ô rude
Réveil d’une victime inachevée… et seuil
Si doux… si clair, que flatte, affleurement d’écueil,
L’onde basse, et que lave une houle amortie !…
L’ombre qui m’abandonne, impérissable hostie,
Me découvre vermeille à de nouveaux désirs,
Sur le terrible autel de tous mes souvenirs.

Là, l’écume s’efforce à se faire visible ;
Et là, titubera sur la barque sensible
A chaque épaule d’onde, un pêcheur éternel.
Tout va donc accomplir son acte solennel
De toujours reparaître incomparable et chaste,
Et de restituer la tombe enthousiaste
Au gracieux état du rire universel.

Salut ! Divinités par la rose et le sel,
Et les premiers jouets de la jeune lumière,
îles !… Ruches bientôt quand la flamme première
Fera que votre roche, îles que je prédis,
Ressente en rougissant de puissants paradis ;
Cimes qu’un feu féconde à peine intimidées,
Bois qui bourdonnerez de bêtes et d’idées,
D’hymnes d’hommes comblés des dons du juste éther,
Îles ! dans la rumeur des ceintures de mer,
Mères vierges toujours, même portant ces marques,
Vous m’êtes à genoux de merveilleuses Parques:
Rien n’égale dans l’air les fleurs que vous placez,
Mais dans la profondeur, que vos pieds sont glacés !

De l’âme les apprêts sous la tempe calmée,
Ma mort, enfant secrète et déjà si formée,
Et vous, divins dégoûts qui me donniez l’essor,
Chastes éloignements des lustres de mon sort,
Ne fûtes-vous, ferveur, qu’une noble durée?
Nulle jamais des dieux plus près aventurée
N’osa peindre à son front leur souffle ravisseur,
Et de la nuit parfaite implorant l’épaisseur,
Prétendre par la lèvre au suprême murmure.

Je soutenais l’éclat de la mort toute pure
Telle j’avais jadis le soleil soutenu…
Mon corps désespéré tendait le torse nu
Où I’âme, ivre de soi, de silence et de gloire,
Prête à s’évanouir de sa propre mémoire,
écoute, avec espoir, frapper au mur pieux
Ce cœur, – qui se ruine à coups mystérieux
Jusqu’à ne plus tenir que de sa complaisance
Un frémissement fin de feuille, ma présence…

Attente vaine, et vaine… Elle ne peut mourir
Qui devant son miroir pleure pour s’attendrir.

Ô n’aurait-il fallu, folle, que j’accomplisse
Ma merveilleuse fin de choisir pour supplice
Ce lucide dédain des nuances du sort ?
Trouveras-tu jamais plus transparente mort
Ni de pente plus pure où je rampe à ma perte
Que sur ce long regard de victime entr’ouverte,
Pâle, qui se résigne et saigne sans regret ?
Que lui fait tout le sang qui n’est plus son secret ?
Dans quelle blanche paix cette pourpre la laisse,
A l’extrême de l’être et belle de faiblesse !
Elle calme le temps qui la vient abolir,
Le moment souverain ne la peut plus pâlir,
Tant la chair vide baise une sombre fontaine !
Elle se fait toujours plus seule et plus lointaine…
Et moi, d’un tel destin, le cœur toujours plus près,
Mon cortège, en esprit, se berçait de cyprès…
Vers un aromatique avenir de fumée,
Je me sentais conduite, offerte et consumée ;
Toute, toute promise aux nuages heureux !
Même, je m’apparus cet arbre vaporeux,
De qui la majesté légèrement perdue
S’abandonne à l’amour de toute l’étendue.
L’être immense me gagne, et de mon cœur divin
L’encens qui brûle expire une forme sans fin…
Tous les corps radieux tremblent dans mon essence !…

Non, non !… N’irrite plus cette réminiscence !
Sombre lys ! Ténébreuse allusion des cieux,
Ta vigueur n’a pu rompre un vaisseau précieux…
Parmi tous les instants tu touchais au suprême…
Mais qui l’emporterait sur la puissance même,
Avide par tes yeux de contempler le jour
Qui s’est choisi ton front pour lumineuse tour ?

Cherche, du moins, dis-toi, par quelle sourde suite
La nuit, d’entre les morts, au jour t’a reconduite ?
Souviens-toi de toi-même, et retire à l’instinct
Ce fil (ton doigt doré le dispute au matin),
Ce fil dont la finesse aveuglément suivie
Jusque sur cette rive a ramené ta vie…
Sois subtile… cruelle… ou plus subtile !… Mens !…
Mais sache !… Enseigne-moi par quels enchantements,
Lâche que n’a su fuir sa tiède fumée,
Ni le souci d’un sein d’argile parfumée,
Par quel retour sur toi, reptile, as-tu repris
Tes parfums de caverne et tes tristes esprits ?

Hier la chair profonde, hier, la chair maîtresse
M’a trahie… Oh ! sans rêve, et sans une caresse !…
Nul démon, nul parfum ne m’offrit le péril
D’imaginaires bras mourant au col viril ;
Ni, par le Cygne-Dieu, de plumes offensée
Sa brûlante blancheur n’effleura ma pensée…
Il eût connu pourtant le plus tendre des nids !
Car toute à la faveur de mes membres unis,
Vierge, je fus dans l’ombre une adorable offrande…
Mais le sommeil s’éprit d’une douceur si grande,
Et nouée à moi-même au creux de mes cheveux,
J’ai mollement perdu mon empire nerveux.
Au milieu de mes bras, je me suis faite une autre…
Qui s’aliène ?… Qui s’envole ?… Qui se vautre ?…
A quel détour caché, mon cœur s’est-il fondu ?
Quelle conque a redit le nom que j’ai perdu ?
Le sais-je, quel reflux traître m’a retirée
De mon extrémité pure et prématurée,
Et m’a repris le sens de mon vaste soupir ?
Comme l’oiseau se pose, il fallut m’assoupir.

Ce fut l’heure, peut-être, où la devineresse
Intérieure s’use et se désintéresse :
Elle n’est plus la même… Une profonde enfant
Des degrés inconnus vainement se défend,
Et redemande au loin ses mains abandonnées.
Il faut céder aux vœux des mortes couronnées
Et prendre pour visage un souffle… Doucement,
Me voici : mon front touche à ce consentement…
Ce corps, je lui pardonne, et je goûte à la cendre.
Je me remets entière au bonheur de descendre,
Ouverte aux noirs témoins, les bras suppliciés,
Entre des mots sans fin, sans moi, balbutiés.
Dors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence ;
Retourne dans le germe et la sombre innocence,
Abandonne-toi vive aux serpents, aux trésors.
Dors toujours ! Descends, dors toujours ! Descends,
[ dors, dors !

(La porte basse c’est une bague… où la gaze
Passe… Tout meurt, tout rit dans la gorge qui jase…
L’oiseau boit sur ta bouche et tu ne peux le voir…
Viens plus bas, parle bas… Le noir n’est pas si noir…)

Délicieux linceuls, mon désordre tiède,
Couche où je me répands, m’interroge et me cède,
Où j’allai de mon cœur noyer les battements,
Presque tombeau vivant dans mes appartements,
Qui respire, et sur qui l’éternité s’écoute,
Place pleine de moi qui m’avez prise toute,
Ô forme de ma forme et la creuse chaleur
Que mes retours sur moi reconnaissaient la leur,
Voici que tant d’orgueil qui dans vos plis se plonge
A la fin se mélange aux bassesses du songe !
Dans vos nappes, où lisse elle imitait sa mort
L’idole malgré soi se dispose et s’endort,
Lasse femme absolue, et les yeux dans ses larmes,
Quand, de ses secrets nus les antres et les charmes,
Et ce reste d’amour que se gardait le corps
Corrompirent sa perte et ses mortels accords.
Arche toute secrète, et pourtant si prochaine,
Mes transports, cette nuit, pensaient briser ta chaîne ;
Je n’ai fait que bercer de lamentations
Tes flancs chargés de jour et de créations !
Quoi ! mes yeux froidement que tant d’azur égare
Regardent là périr l’étoile fine et rare,
Et ce jeune soleil de mes étonnements
Me paraît d’une aïeule éclairer les tourments,
Tant sa flamme aux remords ravit leur existence,
Et compose d’aurore une chère substance
Qui se formait déjà substance d’un tombeau !…
Ô, sur toute la mer, sur mes pieds, qu’il est beau !
Tu viens !… Je suis toujours celle que tu respires,
Mon voile évaporé me fuit vers tes empires…

… Alors, n’ai-je formé vains adieux si je vis,
Que songes ?… Si je viens, en vêtements ravis,
Sur ce bord, sans horreur, humer la haute écume,
Boire des yeux l’immense et riante amertume,
L’être contre le vent, dans le plus vif de l’air,
Recevant au visage un appel de la mer ;
Si l’âme intense souffle, et renfle furibonde
L’onde abrupte sur l’onde abattue, et si l’onde
Au cap tonne, immolant un monstre de candeur,
Et vient des hautes mers vomir la profondeur
Sur ce roc, d’où jaillit jusque vers mes pensées
Un éblouissement d’étincelles glacées,
Et sur toute ma peau que morde l’âpre éveil,
Alors, malgré moi-même, il le faut, ô Soleil,
Que j’adore mon cœur où tu te viens connaître,
Doux et puissant retour du délice de naître,
Feu vers qui se soulève une vierge de sang
Sous les espèces d’or d’un sein reconnaissant

Ludovic Ludo dit: 12 avril 2013 à 8 h 45 min

Paul Edel dit: 12 avril 2013 à 8 h 37 min
tout semble chez paul valery crayonné improvisé,naturel,jaillissant, spontané, à propos de tout(architecture, dessin, politique, philo, mineralogie, biologie, etc) dans l’instant, rapide, concis, exact,souriant, posé comme des ailes de papillons au dos d’une enveloppe, ou dans les marges d’un traité de maths, ou isncrit vtie dans les blancs d’un journal aux pages politiques, sur une table de jardin impresionniste au soleil dans un jardin de sète, tout c a dans une sorte d’enthousiasme limpide, lucide, , une sorte de jaillisment enjoué intelligent, pensées bondissantes toue fraiche, (on trouve ça chez diderot..) ou éclats d ‘intelligence renvoyés par une vitre vers la mer ,une espèce de pensée matinale, ,naturelle,ou pensée de midi_ , bref, tout un théatre mental exquis,souvent ludique, oui, ça j’aime cet écrivain, et sa méfiance envers certains gros clafoutis et lourdeurs indigestes appelés « romans ».Le paul Valery qui parle de sa ville natale n’est pas mal du tout,ceci par exemple:
« Un matin, lendemain d’une pêche très fructueuse, où des centaines de grands thons avaient été pris, j’allai à la mer pour me baigner. Je m’avançai d’abord, pour jouir de la lumière admirable, sur une petite jetée. Tout à coup, abaissant le regard, j’aperçus à quelques pas de moi, sous l’eau merveilleusement plane et transparente, un horrible et splendide chaos qui me fit frémir. Des choses d’une rougeur écœurante, des masses d’un rose délicat ou d’un pourpre profonde et sinistre, gisaient là… Je reconnus avec horreur l’affreux amas de viscères et des entrailles de tout le troupeau de Neptune que les pêcheurs avaient rejeté à la mer. Je ne pouvais ni fuir ni supporter ce que je voyais, car le dégoût que ce charnier me causait le disputait en moi à la sensation de beauté réelle et singulière de ce désordre de couleurs organiques, de ces ignobles trophées de glandes, d’où s’échappaient encore des fumées sanguinolentes, et de poches pâles et tremblantes retenues par je ne sais quels fils sous le glacis de l’eau si claire, cependant que l’onde infiniment lente berçait dans l’épaisseur limpide un frémissement d’or imperceptible sur toute cette boucherie.

L’œil aimait ce que l’âme abhorrait. Divisé entre la répugnance et l’intérêt, entre la fuite et l’analyse, je m’efforçai de songer à ce qu’un artiste d’Extrême-Orient, un homme ayant les talents et la curiosité d’un Hokusaï, par exemple, eût pu tirer de ce spectacle.

Quelle estampe, quels motifs de corail, il eût pu concevoir ! Puis ma pensée se reporta vers ce qu’il y a de brutal et de sanglant dans la poésie des anciens. Les Grecs ne répugnaient pas à évoquer les scènes les plus atroces… Les héros travaillaient comme des bouchers. La mythologie, la poésie épique, la tragédie sont pleines de sang. Mais l’art est comparable à cette limpide et cristalline épaisseur à travers laquelle je voyais ces choses atroces : il nous fait des regards qui peuvent tout considérer. »
Paul Valéry, Inspirations méditerranéennes. »
son Stendhal est tout simplement magnifique, ainsi que son « degas danse,dessin ».*André Breton avait une admiration totale pour Paul Valery . et puis l idée décrire la vie d’une théorie celle de leonard de vinci) comme on écrit celle d’une passion, c’est assez soufflant..

Et, pour illustrer ce propos, j’ajouterais :

Anne qui se mélange au drap pale et délaisse
Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts
Mire ses bras lointains tournés avec mollesse
Sur la peau sans couleur du ventre découvert.

Elle vide, elle enfle d’ombre sa gorge lente,
Et comme un souvenir pressant ses propres chairs,
Une bouche brisée et pleine d’eau brûlante
Roule le goût immense et le reflet des mers.

Enfin désemparée et libre d’être fraîche,
La dormeuse déserte aux touffes de couleur
Flotte sur son lit blême, et d’une lèvre sèche,
Tête dans la ténebre un souffle amer de fleur.

Et sur le linge où l’aube insensible se plisse,
Tombe, d’un bras de glace effleuré de carmin,
Toute une main défaite et perdant le délice
A travers ses doigts nus dénoués de l’humain.

Au hasard! A jamais, dans le sommeil sans hommes
Pur des tristes éclairs de leurs embrassements,
Elle laisse rouler les grappes et les pommes
Puissantes, qui pendaient aux treilles d’ossements,

Qui riaient, dans leur ambre appelant les vendanges,
Et dont le nombre d’or de riches mouvements
Invoquait la vigueur et les gestes étranges
Que pour tuer l’amour inventent les amants…

Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu !

Ni vu ni connu,
Hasard ou génie ?
A peine venu
La tâche est finie !

Ni lu ni compris ?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises !

Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu
Entre deux chemises !

J’ai, quelque jour, dans l’Océan,
(Mais je ne sais plus sous quels cieux),
Jeté comme offrande au néant,
Tout un peu de vin précieux…

Qui voulut ta perte,  » liqueur ?
J’obéis peut-être au divin ?
Peut-être au souci de mon coeur,
Songeant au sang, versant le vin ?

Sa transparence accoutumée
Aprés une rose fumée
Reprit aussi pure la mer…

Perdu ce vin, ivres les ondes !…
J’ai vu bondir dans l’air amer
Les figures les plus profondes…

Lycaeides idas nabokovi dit: 12 avril 2013 à 8 h 44 min

Mais je ne suis pas fâché ! J’observe qu’un poème c’est un corps, qu’il a une physiologie à lui… bon évidemment chacun lit comme bon lui semble, je crois cependant que ce qui vaut pour les Cahiers ne vaut pas pour les poème… enfin, c’est un peu comme écouter les premières 8 mesures de la Ve de Beethoven et se passer du reste…

Ludovic Ludo dit: 12 avril 2013 à 8 h 38 min

pour confirmer ce que dit renato :

Les pas
Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !… tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
A l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n’était que vos pas.

Paul Edel dit: 12 avril 2013 à 8 h 37 min

tout semble chez paul valery crayonné improvisé,naturel,jaillissant, spontané, à propos de tout(architecture, dessin, politique, philo, mineralogie, biologie, etc) dans l’instant, rapide, concis, exact,souriant, posé comme des ailes de papillons au dos d’une enveloppe, ou dans les marges d’un traité de maths, ou isncrit vtie dans les blancs d’un journal aux pages politiques, sur une table de jardin impresionniste au soleil dans un jardin de sète, tout c a dans une sorte d’enthousiasme limpide, lucide, , une sorte de jaillisment enjoué intelligent, pensées bondissantes toue fraiche, (on trouve ça chez diderot..) ou éclats d ‘intelligence renvoyés par une vitre vers la mer ,une espèce de pensée matinale, ,naturelle,ou pensée de midi_ , bref, tout un théatre mental exquis,souvent ludique, oui, ça j’aime cet écrivain, et sa méfiance envers certains gros clafoutis et lourdeurs indigestes appelés « romans ».Le paul Valery qui parle de sa ville natale n’est pas mal du tout,ceci par exemple:
« Un matin, lendemain d’une pêche très fructueuse, où des centaines de grands thons avaient été pris, j’allai à la mer pour me baigner. Je m’avançai d’abord, pour jouir de la lumière admirable, sur une petite jetée. Tout à coup, abaissant le regard, j’aperçus à quelques pas de moi, sous l’eau merveilleusement plane et transparente, un horrible et splendide chaos qui me fit frémir. Des choses d’une rougeur écœurante, des masses d’un rose délicat ou d’un pourpre profonde et sinistre, gisaient là… Je reconnus avec horreur l’affreux amas de viscères et des entrailles de tout le troupeau de Neptune que les pêcheurs avaient rejeté à la mer. Je ne pouvais ni fuir ni supporter ce que je voyais, car le dégoût que ce charnier me causait le disputait en moi à la sensation de beauté réelle et singulière de ce désordre de couleurs organiques, de ces ignobles trophées de glandes, d’où s’échappaient encore des fumées sanguinolentes, et de poches pâles et tremblantes retenues par je ne sais quels fils sous le glacis de l’eau si claire, cependant que l’onde infiniment lente berçait dans l’épaisseur limpide un frémissement d’or imperceptible sur toute cette boucherie.

L’œil aimait ce que l’âme abhorrait. Divisé entre la répugnance et l’intérêt, entre la fuite et l’analyse, je m’efforçai de songer à ce qu’un artiste d’Extrême-Orient, un homme ayant les talents et la curiosité d’un Hokusaï, par exemple, eût pu tirer de ce spectacle.

Quelle estampe, quels motifs de corail, il eût pu concevoir ! Puis ma pensée se reporta vers ce qu’il y a de brutal et de sanglant dans la poésie des anciens. Les Grecs ne répugnaient pas à évoquer les scènes les plus atroces… Les héros travaillaient comme des bouchers. La mythologie, la poésie épique, la tragédie sont pleines de sang. Mais l’art est comparable à cette limpide et cristalline épaisseur à travers laquelle je voyais ces choses atroces : il nous fait des regards qui peuvent tout considérer. »
Paul Valéry, Inspirations méditerranéennes. »
son Stendhal est tout simplement magnifique, ainsi que son « degas danse,dessin ».*André Breton avait une admiration totale pour Paul Valery . et puis l idée décrire la vie d’une théorie celle de leonard de vinci) comme on écrit celle d’une passion, c’est assez soufflant..

christiane dit: 12 avril 2013 à 8 h 35 min

@ Lycaeides idas nabokovi
Pourquoi vous fâchez-vous ? Je comprends que vous puissiez aimé la totalité du poème, pour moi, ces deux strophes m’apportent un grand bonheur de lecture (surtout la première) que je perds quand je lis le poème en entier. J’aime des fragments de ce poème, comme j’aime des fragments des Cahiers et des Variétés. Chaque lecteur a ses chemins dans les livres et les œuvres.

Marc Herland dit: 12 avril 2013 à 8 h 34 min

Sinon, il y a :

Nous avons pensé des choses pures
Côte à côte, le long des chemins,
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire… parmi les fleurs obscures;

Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux insensés

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce
De ce bois intime et murmurant;

Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
Ô mon cher compagnon de silence !

ou le poème que citait Court :

Apollon à portes ouvertes
Laisse indifféremment cueillir
Les belles feuilles toujours vertes
Qui gardent les noms de vieillir
Mais l’art d’en tresser les couronnes
N’est su que peu de personnes,
Et trois ou quatre seulement,
Au nombre duquel on me range,
savent donner une louange
Qui demeure éternellement.

Et toujours, bien sûr :

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l’âme,
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m’accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l’altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l’âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m’abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.

L’âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d’ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d’un cœur, aux sources du poème,
Entre le vide et l’événement pur,
J’attends l’écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l’âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l’attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l’idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l’avenir est paresse.
L’insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d’absence,
Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n’as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge
Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N’est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu’importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d’appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d’Élée!
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m’enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non! . . . Debout! Dans l’ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l’onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!

Lycaeides idas nabokovi dit: 12 avril 2013 à 8 h 26 min

Valery a clairement dit que ses vers ont le sens qu’on leur prête, il me semble. Il a aussi dit que chez lui la maîtrise formelle prime sur le sens et l’inspiration.

Cela dit, ne prendre que deux strophe c’est bien comme provoc car si c’est parce qu’on a compris de la première comment fonctionne la machine, il est parfaitement inutile d’en prendre deux, une suffit.
D’un autre côté, n’étant pas un travail de poète mais d’homme de lettres, la poésie de P.V. se forme par stratifications, et si on perd ça il vaut mieux lire autre chose.

Marc Herland dit: 12 avril 2013 à 8 h 25 min

DHH, vous dites : « Sans doute Valéry est-il meilleur critique que poète ».
Je ne partage pas cet avis. Valéry est avant tout un poète d’une virtuosité exceptionnelle. Un mallarméen, comme dit justement Court.
Jugez-en plutôt par ces quelques vers :
DHH, vous dites : « Sans doute Valéry est-il meilleur critique que poète ».
Je ne partage pas cet avis. Valéry est avant tout un poète d’une virtuosité exceptionnelle. Un mallarméen, comme dit justement Court.
Jugez-en plutôt par ces quelques vers :
Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seule, avec diamants extrêmes ?… Mais qui pleure,
Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement…
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?…
Je scintille, liée à ce ciel inconnu…
L’immense grappe brille à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille,
J’interroge mon cœur quelle douleur l’éveille,
Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?…
… Ou si le mal me suit d’un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes)
J’ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?
Toute? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d’un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

J’y suivais un serpent qui venait de me mordre.

Quel repli de désirs, sa traîne !… Quel désordre
De trésors s’arrachant à mon avidité,
Et quelle sombre soif de la limpidité !
Ô ruse !… À la lueur de la douleur laissée
Je me sentis connue encor plus que blessée…
Au plus traître de l’âme, une pointe me naît ;
Le poison, mon poison, m’éclaire et se connaît :
Il colore une vierge à soi-même enlacée,
Jalouse… Mais de qui, jalouse et menacée ?
Et quel silence parle à mon seul possesseur ?

Dieux ! Dans ma lourde plaie une secrète sœur
Brûle, qui se préfère à l’extrême attentive.

Va ! je n’ai plus besoin de ta race naïve,
Cher Serpent… Je m’enlace, être vertigineux !
Cesse de me prêter ce mélange de nœuds
Ni ta fidélité qui me fuit et devine…
Mon âme y peut suffire, ornement de ruine !
Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments,
De mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants ;
Elle y suce longtemps le lait des rêveries…
Laisse donc défaillir ce bras de pierreries
Qui menace d’amour mon sort spirituel…
Tu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel,
Moins désirable… Apaise alors, calme ces ondes,
Rappelle ces remous, ces promesses immondes…
Ma surprise s’abrège, et mes yeux sont ouverts.
Je n’attendais pas moins de mes riches déserts
Qu’un tel enfantement de fureur et de tresse:
Leurs fonds passionnés brillent de sécheresse
Si loin que je m’avance et m’altère pour voir
De mes enfers pensifs les confins sans espoir…
Je sais… Ma lassitude est parfois un théâtre.
L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre
Sa fougue solitaire aux élans de flambeau
Ne fasse fuir les murs de son morne tombeau.
Tout peut naître ici-bas d’une attente infinie.
L’ombre même le cède à certaine agonie,
L’âme avare s’entr’ouvre, et du monstre s’émeut
Qui se tord sur les pas d’une porte de feu…
Mais, pour capricieux et prompt que tu paraisses,
Reptile, ô vifs détours tout courus de caresses,
Si proche impatience et si lourde langueur,
Qu’es-tu, près de ma nuit d’éternelle longueur ?
Tu regardais dormir ma belle négligence…
Mais avec mes périls, je suis d’intelligence,
Plus versatile, ô Thyrse, et plus perfide qu’eux.
Fuis-moi ! du noir retour reprends le fil visqueux !
Va chercher des yeux clos pour tes danses massives.
Coule vers d’autres lits tes robes successives,
Couve sur d’autres cœurs les germes de leur mal,
Et que dans les anneaux de ton rêve animal
Halète jusqu’au jour l’innocence anxieuse !…
Moi, je veille. Je sors, pâle et prodigieuse,
Toute humide des pleurs que je n’ai point versés,
D’une absence aux contours de mortelle bercés
Par soi seule… Et brisant une tombe sereine,
Je m’accoude inquiète et pourtant souveraine,
Tant de mes visions parmi la nuit et l’œil,
Les moindres mouvements consultent mon orgueil.

Mais je tremblais de perdre une douleur divine !
Je baisais sur ma main cette morsure fine,
Et je ne savais plus de mon antique corps
Insensible, qu’un feu qui brûlait sur mes bords :

Adieu, pensai-je, MOI, mortelle sœur, mensonge…

Harmonieuse MOI, différente d’un songe,
Femme flexible et ferme aux silences suivis
D’actes purs !… Front limpide, et par ondes ravis,
Si loin que le vent vague et velu les achève
Longs brins légers qu’au large un vol mêle et soulève,
Dites !… J’étais l’égale et l’épouse du jour,
Seul support souriant que je formais d’amour
À la toute-puissante altitude adorée…

Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée,
Ô paupières qu’opprime une nuit de trésor,
Je priais à tâtons dans vos ténèbres d’or !
Poreuse á l’éternel qui me semblait m’enclore,
Je m’offrais dans mon fruit de velours qu’il dévore ;
Rien ne me murmurait qu’un désir de mourir
Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir :
Mon amère saveur ne m’était point venue.
Je ne sacrifiais que mon épaule nue
À la lumière ; et sur cette gorge de miel,
Dont la tendre naissance accomplissait le ciel,
Se venait assoupir la figure du monde.
Puis, dans le dieu brillant, captive vagabonde,
Je m’ébranlais brûlante et foulais le sol plein,
Liant et déliant mes ombres sous le lin.
Heureuse ! A la hauteur de tant de gerbes belles,
Qui laissait à ma robe obéir les ombelles,
Dans les abaissements de leur frêle fierté
Et si, contre le fil de cette liberté,
Si la robe s’arrache à la rebelle ronce,
L’arc de mon brusque corps s’accuse et me prononce,
Nu sous le voile enflé de vivantes couleurs
Que dispute ma race aux longs liens de fleurs !

Je regrette à demi cette vaine puissance…
Une avec le désir, je fus l’obéissance
Imminente, attachée à ces genoux polis ;
De mouvements si prompts mes vœux étaient remplis
Que je sentais ma cause à peine plus agile !
Vers mes sens lumineux nageait ma blonde argile,
Et dans l’ardente paix des songes naturels,
Tous ces pas infinis me semblaient éternels.
Si ce n’est, ô Splendeur, qu’à mes pieds l’Ennemie,
Mon ombre ! la mobile et la souple momie,
De mon absence peinte effleurait sans effort
La terre où je fuyais cette légère mort.
Entre la rose et moi je la vois qui s’abrite ;
Sur la poudre qui danse, elle glisse et n’irrite
Nul feuillage, mais passe, et se brise partout…
Glisse ! Barque funèbre… Et moi vive, debout,
Dure, et de mon néant secrètement armée,
Mais, comme par l’amour une joue enflammée,
Et la narine jointe au vent de l’oranger,
Je ne rends plus au jour qu’un regard étranger…
Oh ! combien peut grandir dans ma nuit curieuse
De mon cœur séparé la part mystérieuse,
Et de sombres essais s’approfondir mon art !…
Loin des purs environs, je suis captive, et par
L’évanouissement d’arômes abattue,
Je sens sous les rayons, frissonner ma statue,
Des caprices de l’or, son marbre parcouru.
Mais je sais ce que voit mon regard disparu ;
Mon œil noir est le seuil d’infernales demeures !
Je pense, abandonnant à la brise les heures
Et l’âme sans retour des arbustes amers,
Je pense, sur le bord doré de l’univers,
A ce goût de périr qui prend la Pythonisse
En qui mugit l’espoir que le monde finisse.
Je renouvelle en moi mes énigmes, mes dieux,
Mes pas interrompus de paroles aux cieux,
Mes pauses, sur le pied portant la rêverie
Qui suit au miroir d’aile un oiseau qui varie,
Cent fois sur le soleil joue avec le néant,
Et brûle, au sombre but de mon marbre béant.

Ô dangereusement de son regard la proie !

Car l’œil spirituel sur ses plages de soie
Avait déjà vu luire et pâlir trop de jours
Dont je m’étais prédit les couleurs et le cours.
L’ennui, le clair ennui de mirer leur nuance,
Me donnait sur ma vie une funeste avance :
L’aube me dévoilait tout le jour ennemi.
J’étais à demi morte ; et peut-être, à demi
Immortelle, rêvant que le futur lui-même
Ne fût qu’un diamant fermant le diadème
Où s’échange le froid des malheurs qui naîtront
Parmi tant d’autres feux absolus de mon front.

Osera-t-il, le Temps, de mes diverses tombes,
Ressusciter un soir favori des colombes,
Un soir qui traîne au fil d’un lambeau voyageur
De ma docile enfance un reflet de rougeur,
Et trempe à l’émeraude un long rose de honte ?

Souvenir, ô bûcher, dont le vent d’or m’affronte,
Souffle au masque la pourpre imprégnant le refus
D’être en moi-même en flamme une autre que je fus…
Viens, mon sang, viens rougir la pâle circonstance
Qu’ennoblissait l’azur de la sainte distance,
Et l’insensible iris du temps que j’adorai !
Viens consumer sur moi ce don décoloré
Viens ! que je reconnaisse et que je les haïsse,
Cette ombrageuse enfant, ce silence complice,
Ce trouble transparent qui baigne dans les bois…
Et de mon sein glacé rejaillisse la voix
Que j’ignorais si rauque et d’amour si voilée…
Le col charmant cherchant la chasseresse ailée.

Mon cœur fut-il si près d’un cœur qui va faiblir ?

Fut-ce bien moi, grands cils qui crus m’ensevelir
Dans l’arrière douceur riant à vos menaces…
Ô pampres ! sur ma joue errant en fils tenaces,
Ou toi… de cils tissée et de fluides fûts,
Tendre lueur d’un soir brisé de bras confus ?

» Que dans le ciel placés, mes yeux tracent mon temple !
Et que sur moi repose un autel sans exemple ! ”
Criaient de tout mon corps la pierre et la pâleur…
La terre ne m’est plus qu’un bandeau de couleur
Qui coule et se refuse au front blanc de vertige…
Tout l’univers chancelle et tremble sur ma tige,
La pensive couronne échappe à mes esprits,
La mort veut respirer cette rose sans prix
Dont la douceur importe à sa fin ténébreuse !

Que si ma tendre odeur grise ta tête creuse,
Ô mort, respire enfin cette esclave de roi :
Appelle-moi, délie !… Et désespère-moi,
De moi-même si lasse, image condamnée !
écoute… N’attends plus… La renaissante année
A tout mon sang prédit de secrets mouvements :
Le gel cède à regret ses derniers diamants…
Demain, sur un soupir des Bontés constellées,
Le printemps vient briser les fontaines scellées :
L’étonnant printemps rit, viole… On ne sait d’où
Venu? Mais la candeur ruisselle à mots si doux
Qu’une tendresse prend la terre à ses entrailles…
Les arbres regonflés et recouverts d’écailles
Chargés de tant de bras et de trop d’horizons,
Meuvent sur le soleil leurs tonnantes toisons,
Montent dans l’air amer avec toutes leurs ailes
De feuilles par milliers qu’ils se sentent nouvelles…
N’entends-tu pas frémir ces noms aériens,
Ô Sourde !… Et dans I’espace accablé de liens,
Vibrant de bois vivace infléchi par la cime,
Pour et contre les dieux ramer l’arbre unanime,
La flottante forêt de qui les rudes troncs
Portent pieusement à leurs fantasques fronts,
Aux déchirants départs des archipels superbes,
Un fleuve tendre, ô mort, et caché sous les herbes ?

Quelle résisterait, mortelle, à ces remous ?
Quelle mortelle ? Moi si pure, mes genoux
Pressentent les terreurs de genoux sans défense…
L’air me brise. L’oiseau perce de cris d’enfance
Inouïs… l’ombre même où se serre mon cœur,
Et roses ! mon soupir vous soulève, vainqueur
Hélas ! des bras si doux qui ferment la corbeille…
Oh ! parmi mes cheveux pèse d’un poids d’abeille,
Plongeant toujours plus ivre au baiser plus aigu,
Le point délicieux de mon jour ambigu…
Lumière !… Ou toi, la mort ! Mais le plus prompt me prenne !…
Mon cœur bat ! mon cœur bat ! Mon sein brûle et m’entraîne !
Ah ! qu’il s’enfle, se gonfle et se tende, ce dur
Très doux témoin captif de mes réseaux d’azur…
Dur en moi… mais si doux à la bouche infinie !…

Chers fantômes naissants dont la soif m’est unie,
Désirs ! Visages clairs !… Et vous, beaux fruits d’amour,
Les dieux m’ont-ils formé ce maternel contour
Et ces bords sinueux, ces plis et ces calices,
Pour que la vie embrasse un autel de délices,
Où mêlant l’âme étrange aux éternels retours,
La semence, le lait, le sang coulent toujours ?
Non ! L’horreur m’illumine, exécrable harmonie !
Chaque baiser présage une neuve agonie…
Je vois, je vois flotter, fuyant l’honneur des chairs
Des mânes impuissants les millions amers…
Non, souffles ! Non, regards, tendresses… mes convives,
Peuple altéré de moi suppliant que tu vives,
Non, vous ne tiendrez pas de moi la vie !… Allez,
Spectres, soupirs la nuit vainement exhalés,
Allez joindre des morts les impalpables nombres !
Je n’accorderai pas la lumière à des ombres,
Je garde loin de vous, l’esprit sinistre et clair…
Non ! Vous ne tiendrez pas de mes lèvres l’éclair !…
Et puis… mon cœur aussi vous refuse sa foudre.
J’ai pitié de nous tous, ô tourbillons de poudre !

Grands Dieux ! Je perds en vous mes pas déconcertés !
Je n’implorerai plus que tes faibles clartés,
Longtemps sur mon visage envieuse de fondre,
Très imminente larme, et seule à me répondre,
Larme qui fais trembler à mes regards humains
Une variété de funèbres chemins ;
Tu procèdes de l’âme, orgueil du labyrinthe,
Tu me portes du cœur cette goutte contrainte,
Cette distraction de mon suc précieux
Qui vient sacrifier mes ombres sur mes yeux,
Tendre libation de l’arrière-pensée !
D’une grotte de crainte au fond de moi creusée
Le sel mystérieux suinte muette l’eau.
D’où nais-tu? Quel travail toujours triste et nouveau
Te tire avec retard, larme, de l’ombre amère ?
Tu gravis mes degrés de mortelle et de mère,
Et déchirant ta route, opiniâtre faix,
Dans le temps que je vis, les lenteurs que tu fais
M’étouffent… Je me tais, buvant ta marche sûre
Qui t’appelle au secours de ma jeune blessure !

Mais blessures, sanglots, sombres essais, pourquoi ?
Pour qui, joyaux cruels, marquez-vous ce corps froid,
Aveugle aux doigts ouverts évitant l’espérance !
Où va-t-il, sans répondre à sa propre ignorance,
Ce corps dans la nuit noire étonné de sa foi ?
Terre trouble… et mêlée à l’algue, porte-moi,
Porte doucement moi… Ma faiblesse de neige,
Marchera-t-elle tant qu’elle trouve son piège ?
Où traîne-t-il, mon cygne, où cherche-t-il son vol ?
… Dureté précieuse… Ô sentiment du sol,
Mon pas fondait sur toi l’assurance sacrée !
Mais sous le pied vivant qui tâte et qui la crée
Et touche avec horreur à son pacte natal,
Cette terre si ferme atteint mon piédestal.
Non loin, parmi ces pas, rêve mon précipice…
L’insensible rocher, glissant d’algues, propice
A fuir (comme en soi-même ineffablement seul ),
Commence… Et le vent semble au travers d’un linceul
Ourdir de bruits marins une confuse trame,
Mélange de la lame en ruine, et de rame…
Tant de hoquets longtemps, et de râles heurtés,
Brisés, repris au large… et tous les sorts jetés
éperdument divers roulant l’oubli vorace…

Hélas ! de mes pieds nus qui trouvera la trace
Cessera-t-il longtemps de ne songer qu’à soi ?

Terre trouble, et mêlée à l’algue, porte-moi !

Mystérieuse MOI, pourtant, tu vis encore !
Tu vas te reconnaître au lever de l’aurore
Amèrement la même… Un miroir de la mer
Se lève… Et sur la lèvre, un sourire d’hier
Qu’annonce avec ennui l’effacement des signes,
Glace dans l’orient déjà les pâles lignes
De lumière et de pierre, et la pleine prison
Où flottera l’anneau de l’unique horizon…
Regarde : un bras très pur est vu, qui se dénude.
Je te revois, mon bras… Tu portes l’aube… Ô rude
Réveil d’une victime inachevée… et seuil
Si doux… si clair, que flatte, affleurement d’écueil,
L’onde basse, et que lave une houle amortie !…
L’ombre qui m’abandonne, impérissable hostie,
Me découvre vermeille à de nouveaux désirs,
Sur le terrible autel de tous mes souvenirs.

Là, l’écume s’efforce à se faire visible ;
Et là, titubera sur la barque sensible
A chaque épaule d’onde, un pêcheur éternel.
Tout va donc accomplir son acte solennel
De toujours reparaître incomparable et chaste,
Et de restituer la tombe enthousiaste
Au gracieux état du rire universel.

Salut ! Divinités par la rose et le sel,
Et les premiers jouets de la jeune lumière,
îles !… Ruches bientôt quand la flamme première
Fera que votre roche, îles que je prédis,
Ressente en rougissant de puissants paradis ;
Cimes qu’un feu féconde à peine intimidées,
Bois qui bourdonnerez de bêtes et d’idées,
D’hymnes d’hommes comblés des dons du juste éther,
Îles ! dans la rumeur des ceintures de mer,
Mères vierges toujours, même portant ces marques,
Vous m’êtes à genoux de merveilleuses Parques:
Rien n’égale dans l’air les fleurs que vous placez,
Mais dans la profondeur, que vos pieds sont glacés !

De l’âme les apprêts sous la tempe calmée,
Ma mort, enfant secrète et déjà si formée,
Et vous, divins dégoûts qui me donniez l’essor,
Chastes éloignements des lustres de mon sort,
Ne fûtes-vous, ferveur, qu’une noble durée?
Nulle jamais des dieux plus près aventurée
N’osa peindre à son front leur souffle ravisseur,
Et de la nuit parfaite implorant l’épaisseur,
Prétendre par la lèvre au suprême murmure.

Je soutenais l’éclat de la mort toute pure
Telle j’avais jadis le soleil soutenu…
Mon corps désespéré tendait le torse nu
Où I’âme, ivre de soi, de silence et de gloire,
Prête à s’évanouir de sa propre mémoire,
écoute, avec espoir, frapper au mur pieux
Ce cœur, – qui se ruine à coups mystérieux
Jusqu’à ne plus tenir que de sa complaisance
Un frémissement fin de feuille, ma présence…

Attente vaine, et vaine… Elle ne peut mourir
Qui devant son miroir pleure pour s’attendrir.

Ô n’aurait-il fallu, folle, que j’accomplisse
Ma merveilleuse fin de choisir pour supplice
Ce lucide dédain des nuances du sort ?
Trouveras-tu jamais plus transparente mort
Ni de pente plus pure où je rampe à ma perte
Que sur ce long regard de victime entr’ouverte,
Pâle, qui se résigne et saigne sans regret ?
Que lui fait tout le sang qui n’est plus son secret ?
Dans quelle blanche paix cette pourpre la laisse,
A l’extrême de l’être et belle de faiblesse !
Elle calme le temps qui la vient abolir,
Le moment souverain ne la peut plus pâlir,
Tant la chair vide baise une sombre fontaine !
Elle se fait toujours plus seule et plus lointaine…
Et moi, d’un tel destin, le cœur toujours plus près,
Mon cortège, en esprit, se berçait de cyprès…
Vers un aromatique avenir de fumée,
Je me sentais conduite, offerte et consumée ;
Toute, toute promise aux nuages heureux !
Même, je m’apparus cet arbre vaporeux,
De qui la majesté légèrement perdue
S’abandonne à l’amour de toute l’étendue.
L’être immense me gagne, et de mon cœur divin
L’encens qui brûle expire une forme sans fin…
Tous les corps radieux tremblent dans mon essence !…

Non, non !… N’irrite plus cette réminiscence !
Sombre lys ! Ténébreuse allusion des cieux,
Ta vigueur n’a pu rompre un vaisseau précieux…
Parmi tous les instants tu touchais au suprême…
Mais qui l’emporterait sur la puissance même,
Avide par tes yeux de contempler le jour
Qui s’est choisi ton front pour lumineuse tour ?

Cherche, du moins, dis-toi, par quelle sourde suite
La nuit, d’entre les morts, au jour t’a reconduite ?
Souviens-toi de toi-même, et retire à l’instinct
Ce fil (ton doigt doré le dispute au matin),
Ce fil dont la finesse aveuglément suivie
Jusque sur cette rive a ramené ta vie…
Sois subtile… cruelle… ou plus subtile !… Mens !…
Mais sache !… Enseigne-moi par quels enchantements,
Lâche que n’a su fuir sa tiède fumée,
Ni le souci d’un sein d’argile parfumée,
Par quel retour sur toi, reptile, as-tu repris
Tes parfums de caverne et tes tristes esprits ?

Hier la chair profonde, hier, la chair maîtresse
M’a trahie… Oh ! sans rêve, et sans une caresse !…
Nul démon, nul parfum ne m’offrit le péril
D’imaginaires bras mourant au col viril ;
Ni, par le Cygne-Dieu, de plumes offensée
Sa brûlante blancheur n’effleura ma pensée…
Il eût connu pourtant le plus tendre des nids !
Car toute à la faveur de mes membres unis,
Vierge, je fus dans l’ombre une adorable offrande…
Mais le sommeil s’éprit d’une douceur si grande,
Et nouée à moi-même au creux de mes cheveux,
J’ai mollement perdu mon empire nerveux.
Au milieu de mes bras, je me suis faite une autre…
Qui s’aliène ?… Qui s’envole ?… Qui se vautre ?…
A quel détour caché, mon cœur s’est-il fondu ?
Quelle conque a redit le nom que j’ai perdu ?
Le sais-je, quel reflux traître m’a retirée
De mon extrémité pure et prématurée,
Et m’a repris le sens de mon vaste soupir ?
Comme l’oiseau se pose, il fallut m’assoupir.

Ce fut l’heure, peut-être, où la devineresse
Intérieure s’use et se désintéresse :
Elle n’est plus la même… Une profonde enfant
Des degrés inconnus vainement se défend,
Et redemande au loin ses mains abandonnées.
Il faut céder aux vœux des mortes couronnées
Et prendre pour visage un souffle… Doucement,
Me voici : mon front touche à ce consentement…
Ce corps, je lui pardonne, et je goûte à la cendre.
Je me remets entière au bonheur de descendre,
Ouverte aux noirs témoins, les bras suppliciés,
Entre des mots sans fin, sans moi, balbutiés.
Dors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence ;
Retourne dans le germe et la sombre innocence,
Abandonne-toi vive aux serpents, aux trésors.
Dors toujours ! Descends, dors toujours ! Descends,
[ dors, dors !

(La porte basse c’est une bague… où la gaze
Passe… Tout meurt, tout rit dans la gorge qui jase…
L’oiseau boit sur ta bouche et tu ne peux le voir…
Viens plus bas, parle bas… Le noir n’est pas si noir…)

Délicieux linceuls, mon désordre tiède,
Couche où je me répands, m’interroge et me cède,
Où j’allai de mon cœur noyer les battements,
Presque tombeau vivant dans mes appartements,
Qui respire, et sur qui l’éternité s’écoute,
Place pleine de moi qui m’avez prise toute,
Ô forme de ma forme et la creuse chaleur
Que mes retours sur moi reconnaissaient la leur,
Voici que tant d’orgueil qui dans vos plis se plonge
A la fin se mélange aux bassesses du songe !
Dans vos nappes, où lisse elle imitait sa mort
L’idole malgré soi se dispose et s’endort,
Lasse femme absolue, et les yeux dans ses larmes,
Quand, de ses secrets nus les antres et les charmes,
Et ce reste d’amour que se gardait le corps
Corrompirent sa perte et ses mortels accords.
Arche toute secrète, et pourtant si prochaine,
Mes transports, cette nuit, pensaient briser ta chaîne ;
Je n’ai fait que bercer de lamentations
Tes flancs chargés de jour et de créations !
Quoi ! mes yeux froidement que tant d’azur égare
Regardent là périr l’étoile fine et rare,
Et ce jeune soleil de mes étonnements
Me paraît d’une aïeule éclairer les tourments,
Tant sa flamme aux remords ravit leur existence,
Et compose d’aurore une chère substance
Qui se formait déjà substance d’un tombeau !…
Ô, sur toute la mer, sur mes pieds, qu’il est beau !
Tu viens !… Je suis toujours celle que tu respires,
Mon voile évaporé me fuit vers tes empires…

… Alors, n’ai-je formé vains adieux si je vis,
Que songes ?… Si je viens, en vêtements ravis,
Sur ce bord, sans horreur, humer la haute écume,
Boire des yeux l’immense et riante amertume,
L’être contre le vent, dans le plus vif de l’air,
Recevant au visage un appel de la mer ;
Si l’âme intense souffle, et renfle furibonde
L’onde abrupte sur l’onde abattue, et si l’onde
Au cap tonne, immolant un monstre de candeur,
Et vient des hautes mers vomir la profondeur
Sur ce roc, d’où jaillit jusque vers mes pensées
Un éblouissement d’étincelles glacées,
Et sur toute ma peau que morde l’âpre éveil,
Alors, malgré moi-même, il le faut, ô Soleil,
Que j’adore mon cœur où tu te viens connaître,
Doux et puissant retour du délice de naître,
Feu vers qui se soulève une vierge de sang
Sous les espèces d’or d’un sein reconnaissant.

Sigismond dit: 12 avril 2013 à 8 h 14 min

la branlette a envahi le blog de Passou, comme s’il n’y avait pas de sujets plus intéressants que tous ces commentaires out !

christiane dit: 12 avril 2013 à 7 h 50 min

Oh là là, c’est indigeste tous ces collages ! Du « Cimetière marin » j’aimais la première et la dernière strophe, je crois qu’elles me suffisent. Le reste est effectivement très long. La poésie de Valéry ? Je préfère ses Carnets.

Au passage dit: 12 avril 2013 à 7 h 27 min

son art de l’ellipse dans ses grands articles des premiers volumes de varietés

Des exemples?

DHH dit: 12 avril 2013 à 7 h 22 min

post precedent apres correction des fautes de frappe
@mauvaise langue
c’est sans doute par provocation que vous dévalorisez le cimetiere marin .
sans doute Valery est-il meilleur critique que poéte.
On ne peut eggectivement qu’etre seduit par l’intelligence de l’analyse et son art de l’ellipse dans ses grands articles des premiers volumes de varietés:Adonis ,Les lettres persanes aec cette formule si ciselée:
« il prévoit les plaisirs de l’intelligence elegante »
Mais ne vous meprenez pas sur le cimetière marin:
Qu’a -t-on ecrit en quelques lignes de plus beau sur la Provence que la strophe qui commencece par
« ici venu l’aenir est paresse
l’insecte net gratte la secheresse »?
Quel miracle litteraire que l’erotisme souriantqui s’exprime en quatre lignes dans la strophe qui commence par
:Où sont les cris de filles chatouilléees »!
Et aussi son art de l’exploitation du sens etymologique et des connotationds d’un mot comme « idole’ dans : »mille et mille idoles de soleil ».
Brio de cette capacité a faire comprendre du concret à travers de mots abstraits avec le connotations qui en resultent;
La verticalité du soleil devient « midi le juste »,le ver n’est pas inevitable mais irrefutable .
relisez sans a priori ce poeme
peut-etre la jeune parque est elle plus bavarde et un peu sirupeuse, mais dans la forme breve ,quelle reussite que le sonnet des grenades!

Les corrections dit: 12 avril 2013 à 7 h 00 min

Crachons sur Maggie, cette merveilleuse, et si féminine, anglaise qui restera au plus bas dans l’histoire ! Elle a non seulement admirablement brisé la grève de ces adminrable mineurs, mais aussi mon coeur, qui explosa, à la nouvelle de sa chute d’un
orgasmique bonheur … ! Hurk, hurk !
JC dit: 12 avril 2013 à 6 h 20 min

Pour une fois que le PQ de PQ écrit quelque chose d’intelligent.

JC dit: 12 avril 2013 à 6 h 20 min

Vous pouvez toujours cracher sur Maggie, cette merveilleuse, et si féminine, anglaise qui restera au plus haut dans l’histoire ! Elle a non seulement admirablement brisé la grève de ces corrompus de mineurs, mais aussi mon coeur, qui explosa, à la nouvelle de la chute des voyous syndicalistes, d’un orgasmique bonheur … ! Hurk, hurk !

edouard dit: 12 avril 2013 à 6 h 03 min

Abdel
vous en prendre à l’idole brit des fafs du blog grands admirateurs de pinochet…! (le pervers de PQ vient d’ailleurs de déposer une de ses m. racistes)

JC dit: 12 avril 2013 à 6 h 03 min

…..577 députés à l’A.N…..Chacun doit porter, ne serait-ce que par la gestion d’une Collectivité Territoriale en cumul de mandat, son lot de « petits détails » bourré de diableries financières illégales, ô combien comparables à celle de ce démon de Cahuzac !

…Ô Dieux ! faites qu’il ait le courage, l’ami Jérôme, d’aller mettre ses petits yeux droit dans les yeux de ceux qui lynchent aussi vite qu’ils ont adoré leur compagnon de route socialiste ….

Puisqu’on paye, autant avoir du spectacle au Coliseum, en attendant la faillite.

JC dit: 12 avril 2013 à 5 h 42 min

Abdelkader, remerciements chaleureux pour tes conseils de séducteur et copulateur caprin expérimenté, vers 20h. On sent une indéniable compétence dans ce domaine étroit… En cadeau, ma plus belle chèvre, Yasmina, sera pour toi : si elle n’excite pas tes errements zoophiles, tu la boufferas ! Bonne journée…

Bloom dit: 12 avril 2013 à 5 h 37 min

L’a raison le Boug, rien de plus roboratif que le Grand Sétois en anglais:

We later civilizations . . . we too know that we are mortal.

We had long heard tell of whole worlds that had vanished, of empires sunk without a trace, gone down with all their men and all their machines into the unexplorable depths of the centuries, with their gods and their laws, their academies and their sciences pure and applied, their grammars and their dictionaries, their Classics, their Romantics, and their Symbolists, their critics and the critics of their critics. . . . We were aware that the visible earth is made of ashes, and that ashes signify something. Through the obscure depths of history we could make out the phantoms of great ships laden with riches and intellect; we could not count them. But the disasters that had sent them down were, after all, none of our affair.

Elam, Ninevah, Babylon were but beautiful vague names, and the total ruin of those worlds had as little significance for us as their very existence. But France, England, Russia…these too would be beautiful names. Lusitania too, is a beautiful name. And we see now that the abyss of history is deep enough to hold us all. We are aware that a civilization has the same fragility as a life. The circumstances that could send the works of Keats and Baudelaire to join the works of Menander are no longer inconceivable; they are in the newspapers. That is not all. The searing lesson is more complete still. It was not enough for our generation to learn from its own experience how the most beautiful things and the most ancient, the most formidable and the best ordered, can perish by accident; in the realm of thought, feeling, and common sense, we witnessed extraordinary phenomena: paradox suddenly become fact, and obvious fact brutally believed.

I shall cite but one example: the great virtues of the German peoples have begotten more evils, than idleness ever bred vices. With our own eyes, we have seen conscientious labor, the most solid learning, the most serious discipline and application adapted to appalling ends.

So many horrors could not have been possible without so many virtues. Doubtless, much science was needed to kill so many, to waste so much property, annihilate so many cities in so short a time; but moral qualities in like number were also needed. Are Knowledge and Duty, then, suspect?

So the Persepolis of the spirit is no less ravaged than the Susa of material fact. Everything has not been lost, but everything has sensed that it might perish.
—–

eXEAt dit: 12 avril 2013 à 2 h 31 min

oui, mais élevez, élevez, si l’on s’en tien à la conclusion du billet
 » A d’autres, à Jean-Louis Schefer par exemple, qui sait qui se niche , de Dieu ou du diable.
il y en aurait au moins un qui saurait qui !
Et il a dit on secret à onclapis lazuline qui va concocter un traité de démonologie à la mémoire de Desdémone .
et vous souriez si on vous fait miroiter des monts et merveilles,

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 2 h 16 min


…réponse à,…@,…eXAEt,…à,…0 h 55 mn,

…pour les évidences à Heidegger sur le net, et la beauté des laids nazis-juifs de connivence d’usures mondialistes de principes à go-go,…etc,…

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 2 h 05 min


…il faut pas tout s’en remettre à votre Heidegger,…
…pour s’abstenir du beau partout en tout lieu,…
…et se convaincre du lait homogénéisé,…

…et comment y peut-on concevoir de la pensée néo-nazis qui est froide d’objectivité,…dans le beau chaleureux soleil dit Apollon,…

…le beau en néo-nazis,…avec la tête d’Adolf Hitler,…
…presque un montage Cinéma pour abrutis de Freud & C°,…
…çà peut faire très lourd pour faire de la  » beauté » une qualité néo-nazis de mes deux balles,…
…ou encore que la beauté n’est pas économe,…ou mondialiste,…
…peut-être un commerce d’esprit pour leurrer les Dieux, par sa prétendue famille ?,…
…ce en quoi,…mettre et dévoile, le concept néo-nazis au service du peuple juif,…et avérer montage d’histoire pour soumettre le  » beau  » comme une vilenie,..que le juifs au nez crochu n’a pas comme défaut d’être beau,…dans cet esthétique d’art,…

…c’est du propre,…le montage de faire du  » beau « ,…une qualité du  » füreur  » à exterminer les allemands en guerre,…

…et la libre pensée,…elle est belle de se voir dans ce miroir ou l’âge et les rides s’en éprennent du miroir glauque,…objectiviste de la pensée libre,…

…la mode, l’art, l’urbanisme en laideur,…quels endoctrinés de la sainte laideur et désordre des âmes,…
…une économie mondialiste de plus,…etc,…

…de toute façon votre Heidegger et Hitler des bons-à-riens,…vous pouvez vous en foûtre et vous les mettre dans toute l’histoire que vous monter,…à vos desseins,…Na,…

…ce jeux de dupes entre  » nazis et juifs « ,…çà commence à bien faire dans le cinéma à deux balles genre Métropolis – diversion,…
…comme un doute de conspiration idéologique de face et revers  » gays  » d’intérêts à l’emprunt de fil et couture,…
…pas à moi,…ce Cinéma,…du saint peuple à se remplir seul les poches aux 3 % d’intérêts à l’€uro – impérial – face tu perd et pile je gagne,…entre idéologie nazis-juifs,…de connivence latérale altruiste,…
…etc,…une autre,…

court dit: 12 avril 2013 à 1 h 47 min

Il y a dans le meilleur Valéry un croisement improbable entre Mallarmé et Malherbe qui m’enchante toujours. La Pythie, particulièrement, et meme le Cimetière Marin. Meme sureté de langue, meme instrument, l’octosyllabe, meme sens des contrastes baroques et du métier de Poète Lauréat.
« Apollon à portes ouvertes
Laisse indifféremment cueillir
Les belles feuilles toujours vertes
Qui gardent les noms de vieillir
Mais l’art d’en tresser les couronnes
N’est su que peu de personnes,
Et trois ou quatre seulement,
Au nombre duquel on me range,
savent donner une louange
Qui demeure éternellement. »

On peut juger dépassée cette conception, elle n’en a pas moins sa noblesse et ses réussites.
Sinon, on en reste à Jules Romains et à sa caricature assez bete de Strygelius-Valéry….
Bien à vous.
MCourt

Giovanni Sant'Angelo dit: 12 avril 2013 à 0 h 47 min


…les goûts et les couleurs,..qu’est ce que  » l’argent  » à fait comme dégâts dans l’hérédité et mélange des espèces tribales en €urope,…
…mêmes les éprouvettes en mondialisation offshore à deux balles de paradis des sans-gênes à froid,…Ah,…Ah,…

…c’est à se demander,…comment Apollon nous éclaire encore de ses rayons,…réalité ou diversion,…autant en emporte le vent,…
…avec ce qu’il voit aujourd’hui,…
…il va refaire une autre terre à con,…
…etc,…c’est sûr,…la jalousie,…y a que çà,…la majorité veut du lait au biberon,…
…nul besoin de  » p Ô érésie  » à se mettre sous l’Adam à l’ Eve la cuisse,…en compas de lune d’arpenteur,…et triangulations stratifiées,…
…etc,…l’économie d’un peintre reconvertis,…à la typographie du musc,…Ah,…
….

Lycaeides idas nabokovi dit: 12 avril 2013 à 0 h 41 min

Info photo cello :

23 July 2010

Kinshasa, Democratic Republic of Congo
Joséphine Nsimba Mpongo, 37, practices the cello in the Kimbanguiste neighborhood of Kinshasa, Democratic Republic of Congo. She is a member of the Orchestre Symphonique Kimbanguiste (OSK), Central Africa’s only symphony orchestra. During the day, Joséphine sells eggs in Kinshasa’s main market, and rehearses with the orchestra most evenings during the week. The OSK was founded by its current conductor Armand Diangienda in 1994. Initially, just a few dozen musicians shared the small number of instruments they had at their disposal. Today, the OSK can muster 200 players for a concert. Most are self-taught amateurs who hold down day jobs all over the city.

Photo credit:
Panos Pictures for Der Spiegel

Andrew McConnell speaks about the project:
« I was sent on assignment by Der Spiegel magazine to photograph the Kimbanguiste Symphony Orchestra in Kinshasa, DR Congo. Two German filmmakers were in town to premier a movie they had made about the orchestra and I was to document the event. The orchestra practices at the conductor’s compound in the Kimbanguiste neighborhood of the city, a place filled with musicians that reverberates to the sounds of string, brass, wind and percussion instruments. The compound was separated from the street by green corrugated plastic and I made the picture with the intention of showing two worlds side by side, one chaotic, poverty ridden and sad, and the other rising above all that, beautiful, inspired, and full of possibility. »

Marché des évidences dit: 12 avril 2013 à 0 h 31 min

eXEAt dit: 12 avril 2013 à 0 h 17 min
cette femme au violoncelle n’est pas dans la représentation,( la différence avec Rostro, ce qui ne veut pas dire que pour Rostro, son désir ait été « truqué » )

H. R. decouvre le fil à couper le beurre et elle nous en fait part

eXEAt dit: 12 avril 2013 à 0 h 17 min

cette femme au violoncelle n’est pas dans la représentation,( la différence avec Rostro, ce qui ne veut pas dire que pour Rostro, son désir ait été « truqué » )

eXEAt dit: 12 avril 2013 à 0 h 08 min

la réaction serait-elle la même dans une classe mixte (garçons et filles, lesquelles savent très bien glousser, et même devant des professeurs)

abdelkader dit: 11 avril 2013 à 23 h 58 min

Peut-être la meilleure chanson sur la Thatcher…Elvis Costello, a gentleman and a scholar…je me suis trouvé assis a cote de lui, dans l’avion, un jour que je rentrais a Londres…je n’avais pas vu le temps passer…
http://www.youtube.com/watch?v=K-BZIWSI5UQ
pour ceux qui n’ont pas la couleur, je mets aussi le texte…tain, je suis généreux ce soir…
I saw a newspaper picture from the political campaign
A woman was kissing a child, who was obviously in pain
She spills with compassion, as that young childs
Face in her hands she grips
Can you imagine all that greed and avarice
Coming down on that childs lips

Well I hope I don’t die too soon
I pray the lord my soul to save
Oh I’ll be a good boy, Im trying so hard to behave
Because there’s one thing I know, I’d like to live
Long enough to savour
That’s when they finally put you in the ground
Ill stand on your grave and tramp the dirt down

When england was the whore of the world
Margeret was her madam
And the future looked as bright and as clear as
The black tarmacadam
Well I hope that she sleeps well at night, isnt
Haunted by every tiny detail
Cos when she held that lovely face in her hands
All she thought of was betrayal

And now the cynical ones say that it all ends the same in the long run
Try telling that to the desperate father who just squeezed the life from his only son
And how it’s only voices in your head and dreams you never dreamt
Try telling him the subtle difference between justice and contempt
Try telling me she isn’t angry with this pitiful discontent
When they flaunt it in your face as you line up for punishment
And then expect you to say thank you straighten up, look proud and pleased
Because youve only got the symptoms, you haven’t got the whole disease
Just like a schoolboy, whose heads like a tin-can
Filled up with dreams then poured down the drain
Try telling that to the boys on both sides, being blown to bits or beaten and maimed
Who takes all the glory and none of the shame

Well I hope you live long now, I pray the lord your soul to keep
I think I’ll be going before we fold our arms and start to weep
I never thought for a moment that human life could be so cheap
Cos when they finally put you in the ground
They’ll stand there laughing and tramp the dirt down

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 23 h 56 min

la réaction de cettefemme- mais on ne sait pas à quoi, c’est de se mettre, elle , au violoncelle. ça m’émeut , ce geste si libre de son désir .

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 23 h 52 min

mauvaise langue, ne pensez-vous pas qu’ils échangeraient des regards et même éclateraient de rire ..
après tout le bordel, c’est une réaction qui n’est pas forcément malsaine .

La mauvaise langue dit: 11 avril 2013 à 23 h 41 min

Ils ne réagiraient pas ; ils n’y comprendraient rien. La classe serait un bordel du diable !

des journées entières dans les arbres dit: 11 avril 2013 à 23 h 28 min

« Allô, non mais allô quoi » ( copyright)
Une émeute de détails dans le bar de la rue Delambre.

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 23 h 03 min

ce qui serait intéressant , ce serait de soumettre ces poèmes à des élèves de quinze ans aujourd’hui dans différents établissements francophones et de voir comment ils réagissent

Giovanni Sant'Angelo dit: 11 avril 2013 à 22 h 59 min


…@,…Précisons à 22 h 30 mn,…précisons d’emprunt,…
…Oui,…habitudes des termes  » prendre des empreintes et moulages « ,…voilà,…merci,…etc,…

Giovanni Sant'Angelo dit: 11 avril 2013 à 22 h 46 min


…et on laisse  » tout çà  » en liberté,…comme normal,…
…bonjours les dégâts des eaux aux orties,…
…etc,…encore des paranos d’acteurs en manque d’attributs,…
…la fiction-comédie sur le net paradis-fiscal,…de mes deux,…Ollé,…à true bord,…
…Yellove submarine à bas bord,…
…feux de salve pour  » obscurantisme « ,…sécurité d’état,…à deux balles,…Go,…GaGa C°,…d’élite,…
…etc,…

Chaloux dit: 11 avril 2013 à 22 h 36 min

Hamlet, de grâce, n’ouvrez plus jamais Flaubert. Une telle incompréhension, un tel contresens perpétuel, n’ont qu’un nom, que j’ose à peine évoquer céans : Clopi….Trouille… Vous êtes démasquée.

Will Self-reliant dit: 11 avril 2013 à 22 h 31 min

hamlet dit: 11 avril 2013 à 22 h 21 min
en lisant Valery et flaubert il suffit juste de m’interviewer, recopier tel quel ce que je raconte et copie-colle dans mes posts et hop ça donnerait un nouveau B&P à moi tout seul.

en effet.

Giovanni Sant'Angelo dit: 11 avril 2013 à 22 h 27 min


…notre Dame du Sophie d’elle,…nous refait son Casimodo d’empreint à deux balles sur le court,…copier / coller,…

Chaloux dit: 11 avril 2013 à 22 h 25 min

Langue en aigre sauce, Valéry te répond.

« Même le plus sage exécute le mouvement très humain de cogner sur ce qu’il ne comprend pas ».

Valéry, Mauvaises pensées et autres, Pleiade 2 P. 832.

D’où il ressort que celui qui cogne sur tout est celui qui ne comprend rien. On s’en doutait déjà…

la mesure précise... dit: 11 avril 2013 à 22 h 23 min

Bon,ça commence à bien faire les tirades à n’ en plus finir!
Si notre Schefer aime ça, c’ est normal qu’il ait échoué d’ écrire à Art Press!

hamlet dit: 11 avril 2013 à 22 h 21 min

en lisant Valery on se rend compte que la critique de Flaubert dans B&P de ceux qui pensent accéder à la « Vérité » en passant les sciences non seulement n’est plus valable mais en plus n’aura duré que très peu de temps.
B&P est peut-être amusant à lire mais ce qu’il dit est complètement périmé.
au contraire ceux qui pensent pouvoir accéder à une vérité ne sont plus les scientifiques mais les écrivains ou les journalistes.
s’il fallait écrire B&P aujourd’hui il faudrait mettre en scène 2 philosophes (Onfray et bhl), 2 journalistes (Plenel de Demorand) ou 2 écrivains (Enard et Angot), il suffit juste de les interviewer, recopier tel quel ce qu’ils racontent dans un bouquin hop ça donnerait un nouveau B&P.
d’ailleurs le bouquin d’échange de mails entre welbec et bhl c’est du b&p pur jus, en moins bien écrit.

Chaloux dit: 11 avril 2013 à 22 h 18 min

« Oui, le goût que j’ai d’une certaine médiocrité me servira au théâtre ».
Jules Renard, Journal, 11 mars 1897, P.398.

Giovanni Sant'Angelo dit: 11 avril 2013 à 22 h 05 min


…c’est inconvenant d’être forcé de suivre et de lire tout ce charabia de ces longues poésies catapultées en vrac,…
…donne les références exact,…et ne nous force pas à te suivre en bloquent les commentaires par ces saucisses de qualité morfondue de peines et soupe à rire coller au plats-fonds,…
…de prendre des vessies pour des lanternes de p Ô érésie net d’impôts conceptuels d’offshore à crocro des îles du paradis fiscal,…à diversion grotesque,…etc,…

hamlet dit: 11 avril 2013 à 22 h 01 min

oui christiane là où les deux se retrouvent le plus c’est sur l’accumulation moderne des connaissances, des définitions, des lois, des règles… visant à tout uniformiser et encadrer dans le but que rien ne puisse passer entre les mailles du filet.
sauf que deux individus peuvent acquérir les mêmes connaissances, les mêmes contenus : pour un ils serviront par exemple à empêcher les arnaques fiscales et pour l’autre à permettre et favoriser les arnaques fiscales.
dans le milieu de la finance les astronomes sont très recherchés pour faire des modèles mathématiques utilisés pour spéculer.
nous en sommes arrivés à un point où les plus et les mieux éduqués sont en même temps ceux qui commettent les actions les plus néfastes.
jusqu’à une certaine époque nous avons cru qu’il suffisait d’éduquer les gens pour améliorer le monde, nous sommes en train de rendre compte que c’est exactement le contraire : les nuisances sociales sont directement proportionnelles à l’intelligence de ceux qui les commettent.
depuis Lichtenberg des auteurs l’avaient envisagé, il y a même une logique dans le fait que le savoir aille dans le sens de la malveillance.
le plus curieux est que ce ne soit pas encore arrivé jusqu’aux universités, encore que le département de Paris Dauphine qui avait formé les étudiants à l’origine de la crise des subprimes avai un temp fermé ses portes, ils s’étaient aperçus qu’ils avaient formé des monstres surintelligents, du coup ils demandé un moratoire. Des auteurs comme Stiegler ou Stengers commencent à soulever ce problème.
Valery avait de l’avance.

Gilles Lecoq dit: 11 avril 2013 à 21 h 59 min

La Jeune Parque ? Magnifique ! Je l’ai su en entier dans ma jeunesse.
Qui pleure là sinon le vent simple à cette heure… nanana nanana… Cette main sur mes traits qu’elle rêve effleurer… Sublime !

Lauvaise mangue dit: 11 avril 2013 à 21 h 59 min

C’est vrai, je n’en rate pas une, toutes les crétineries qui peuvent s’écrire, je les écris, et avec quelle satisfaction, quel contentement de moi-même, sans frein. Et mon oeuvre poétique… Je ne vous dis que ça. Valéry n’a qu’à bien se tenir.

Chaloux dit: 11 avril 2013 à 21 h 56 min

Trêve de sottises à propos de Valéry.

Le Bois Amical

Nous avons pensé des choses pures
Côte à côte, le long des chemins,
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire… parmi les fleurs obscures;

Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux insensés

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce
De ce bois intime et murmurant;

Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
Ô mon cher compagnon de silence !

Paul Valéry
Album de vers anciens
Oeuvres 1 Pleiade P. 80.

Bonne soirée…

John Brown dit: 11 avril 2013 à 21 h 52 min

 » Valéry, c’est le Bensarade du XXè siècle en poésie !  » (rédigé par LML)

Ne sous-estimons pas Benserade; « Iphis et Iante  » est une petite merveille, comme le démontre la mise en scène de Jean-Pierre Vincent.

La mauvaise langue dit: 11 avril 2013 à 21 h 52 min

Le monde, notre monde est fait de telle sorte que ce qui est génial de Valéry reste inconnu du lecteur moyen (ex : La méthode de Léonard de Vinci) et ce qui est connu et admiré est nullissime (ex : La jeune Parque, Le cimetière marin et tant d’autres poèmes de ce misérable poète).

Il faut redécouvrir Valéry pour ce qu’il est est : un excellent critique, et un penseur de la littérature et de la création. Mais dès qu’il s’aessaie à vouloir faire de l’art, il échoue. Sa production poétique à part quelques joyaux est à foutre à la poubelle de l’histoire littéraire.

Lycaeides idas nabokovi dit: 11 avril 2013 à 21 h 49 min

Tiens ! l’un prêtent qu’on l’amuse ; l’autre qu’on tape des textes que l’on peut copier-coller. Comme quoi…

John Brown dit: 11 avril 2013 à 21 h 49 min

« Personne n’ose dire que la poésie de Valéry est ringarde et illisible. Apprendre Le cimetière marin par cœur à quinze ans ! Il ne faut souhaiter ça à personne. Il y a juste le début et un vers par ci par là qui est de la vraie poésie. Tout le reste est imbuvable, insipide, ringard, en un mot nul… » (rédigé par LML)

Osons le dire ! Dédé prétend qu’il sait par coeur « le Cimetière marin » et « la Jeune parque », mais je n’en crois rien. Personne n’a jamais réussi à apprendre par coeur une tartine aussi rebutante que « la Jeune Parque ». Tandis que n’importe quel texte de Baudelaire,de Mallarmé, de Ponge ou de Michaux (et de Racine, bien entendu, pardon pour ceux que j’oublie), cela s’apprend avec la plus extrême facilité, dans le bonheur et l’émerveillement.

La mauvaise langue dit: 11 avril 2013 à 21 h 43 min

Entre Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Lautréamont, Laforgue d’un côté et Valéry de l’autre, la poésie a régressé de cent mille ans dans le médiocre, le baveux, le précieux. Valéry, c’est le Bensarade du XXè siècle en poésie ! Je n’ai jamais compris que d’éminents professeurs d’université puissent y consacrer une bonne partie de leur vie. Il faut sacrément s’ennuyer dans la vie pour y trouver quelque charme que ce soit !

Giovanni Sant'Angelo dit: 11 avril 2013 à 21 h 42 min


…@,…Dédé,…

…franchement çà n’en vaut pas la peine d’en faire une si longue  » p Ö érésie « ,…

…un peu de maintien succinct à deux balles,…c’est pas trop court donné son vit en vers d’Hélène d’étroit pouces d’écart brillant d’Adam,…dehors,…etc,…

John Brown dit: 11 avril 2013 à 21 h 41 min

« Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?… » (cité par Dédé)

Ah ! mon Dieu ! je bande… Je bande !

La mauvaise langue dit: 11 avril 2013 à 21 h 39 min

Personne n’ose dire que la poésie de Valéry est ringarde et illisible. Apprendre Le cimetière marin par cœur à quinze ans ! Il ne faut souhaiter ça à personne. Il y a juste le début et un vers par ci par là qui est de la vraie poésie. Tout le reste est imbuvable, insipide, ringard, en un mot nul…

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 21 h 39 min

surement pas moi-je après un tel billet
sur les incertitudes et…..
les aveux ! « ami imaginaire »(c’est quand même un concept aujourd’hui) n’est pas le professeur ,( mais l’inavouable le plus souvent -que P .Assouline aurait repéré.)
Dracul étant là pour la représentation, bonne nuit

Dédé dit: 11 avril 2013 à 21 h 34 min

Mais puisque je te dis que je connais le poème par cœur, jean marron. Tiens, la preuve :

Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seule, avec diamants extrêmes ?… Mais qui pleure,
Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement…
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?…
Je scintille, liée à ce ciel inconnu…
L’immense grappe brille à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille,
J’interroge mon cœur quelle douleur l’éveille,
Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?…
… Ou si le mal me suit d’un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes)
J’ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?
Toute? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d’un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

J’y suivais un serpent qui venait de me mordre.

Quel repli de désirs, sa traîne !… Quel désordre
De trésors s’arrachant à mon avidité,
Et quelle sombre soif de la limpidité !
Ô ruse !… À la lueur de la douleur laissée
Je me sentis connue encor plus que blessée…
Au plus traître de l’âme, une pointe me naît ;
Le poison, mon poison, m’éclaire et se connaît :
Il colore une vierge à soi-même enlacée,
Jalouse… Mais de qui, jalouse et menacée ?
Et quel silence parle à mon seul possesseur ?

Dieux ! Dans ma lourde plaie une secrète sœur
Brûle, qui se préfère à l’extrême attentive.

Va ! je n’ai plus besoin de ta race naïve,
Cher Serpent… Je m’enlace, être vertigineux !
Cesse de me prêter ce mélange de nœuds
Ni ta fidélité qui me fuit et devine…
Mon âme y peut suffire, ornement de ruine !
Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments,
De mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants ;
Elle y suce longtemps le lait des rêveries…
Laisse donc défaillir ce bras de pierreries
Qui menace d’amour mon sort spirituel…
Tu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel,
Moins désirable… Apaise alors, calme ces ondes,
Rappelle ces remous, ces promesses immondes…
Ma surprise s’abrège, et mes yeux sont ouverts.
Je n’attendais pas moins de mes riches déserts
Qu’un tel enfantement de fureur et de tresse:
Leurs fonds passionnés brillent de sécheresse
Si loin que je m’avance et m’altère pour voir
De mes enfers pensifs les confins sans espoir…
Je sais… Ma lassitude est parfois un théâtre.
L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre
Sa fougue solitaire aux élans de flambeau
Ne fasse fuir les murs de son morne tombeau.
Tout peut naître ici-bas d’une attente infinie.
L’ombre même le cède à certaine agonie,
L’âme avare s’entr’ouvre, et du monstre s’émeut
Qui se tord sur les pas d’une porte de feu…
Mais, pour capricieux et prompt que tu paraisses,
Reptile, ô vifs détours tout courus de caresses,
Si proche impatience et si lourde langueur,
Qu’es-tu, près de ma nuit d’éternelle longueur ?
Tu regardais dormir ma belle négligence…
Mais avec mes périls, je suis d’intelligence,
Plus versatile, ô Thyrse, et plus perfide qu’eux.
Fuis-moi ! du noir retour reprends le fil visqueux !
Va chercher des yeux clos pour tes danses massives.
Coule vers d’autres lits tes robes successives,
Couve sur d’autres cœurs les germes de leur mal,
Et que dans les anneaux de ton rêve animal
Halète jusqu’au jour l’innocence anxieuse !…
Moi, je veille. Je sors, pâle et prodigieuse,
Toute humide des pleurs que je n’ai point versés,
D’une absence aux contours de mortelle bercés
Par soi seule… Et brisant une tombe sereine,
Je m’accoude inquiète et pourtant souveraine,
Tant de mes visions parmi la nuit et l’œil,
Les moindres mouvements consultent mon orgueil.

Mais je tremblais de perdre une douleur divine !
Je baisais sur ma main cette morsure fine,
Et je ne savais plus de mon antique corps
Insensible, qu’un feu qui brûlait sur mes bords :

Adieu, pensai-je, MOI, mortelle sœur, mensonge…

Harmonieuse MOI, différente d’un songe,
Femme flexible et ferme aux silences suivis
D’actes purs !… Front limpide, et par ondes ravis,
Si loin que le vent vague et velu les achève
Longs brins légers qu’au large un vol mêle et soulève,
Dites !… J’étais l’égale et l’épouse du jour,
Seul support souriant que je formais d’amour
À la toute-puissante altitude adorée…

Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée,
Ô paupières qu’opprime une nuit de trésor,
Je priais à tâtons dans vos ténèbres d’or !
Poreuse á l’éternel qui me semblait m’enclore,
Je m’offrais dans mon fruit de velours qu’il dévore ;
Rien ne me murmurait qu’un désir de mourir
Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir :
Mon amère saveur ne m’était point venue.
Je ne sacrifiais que mon épaule nue
À la lumière ; et sur cette gorge de miel,
Dont la tendre naissance accomplissait le ciel,
Se venait assoupir la figure du monde.
Puis, dans le dieu brillant, captive vagabonde,
Je m’ébranlais brûlante et foulais le sol plein,
Liant et déliant mes ombres sous le lin.
Heureuse ! A la hauteur de tant de gerbes belles,
Qui laissait à ma robe obéir les ombelles,
Dans les abaissements de leur frêle fierté
Et si, contre le fil de cette liberté,
Si la robe s’arrache à la rebelle ronce,
L’arc de mon brusque corps s’accuse et me prononce,
Nu sous le voile enflé de vivantes couleurs
Que dispute ma race aux longs liens de fleurs !

Je regrette à demi cette vaine puissance…
Une avec le désir, je fus l’obéissance
Imminente, attachée à ces genoux polis ;
De mouvements si prompts mes vœux étaient remplis
Que je sentais ma cause à peine plus agile !
Vers mes sens lumineux nageait ma blonde argile,
Et dans l’ardente paix des songes naturels,
Tous ces pas infinis me semblaient éternels.
Si ce n’est, ô Splendeur, qu’à mes pieds l’Ennemie,
Mon ombre ! la mobile et la souple momie,
De mon absence peinte effleurait sans effort
La terre où je fuyais cette légère mort.
Entre la rose et moi je la vois qui s’abrite ;
Sur la poudre qui danse, elle glisse et n’irrite
Nul feuillage, mais passe, et se brise partout…
Glisse ! Barque funèbre… Et moi vive, debout,
Dure, et de mon néant secrètement armée,
Mais, comme par l’amour une joue enflammée,
Et la narine jointe au vent de l’oranger,
Je ne rends plus au jour qu’un regard étranger…
Oh ! combien peut grandir dans ma nuit curieuse
De mon cœur séparé la part mystérieuse,
Et de sombres essais s’approfondir mon art !…
Loin des purs environs, je suis captive, et par
L’évanouissement d’arômes abattue,
Je sens sous les rayons, frissonner ma statue,
Des caprices de l’or, son marbre parcouru.
Mais je sais ce que voit mon regard disparu ;
Mon œil noir est le seuil d’infernales demeures !
Je pense, abandonnant à la brise les heures
Et l’âme sans retour des arbustes amers,
Je pense, sur le bord doré de l’univers,
A ce goût de périr qui prend la Pythonisse
En qui mugit l’espoir que le monde finisse.
Je renouvelle en moi mes énigmes, mes dieux,
Mes pas interrompus de paroles aux cieux,
Mes pauses, sur le pied portant la rêverie
Qui suit au miroir d’aile un oiseau qui varie,
Cent fois sur le soleil joue avec le néant,
Et brûle, au sombre but de mon marbre béant.

Ô dangereusement de son regard la proie !

Car l’œil spirituel sur ses plages de soie
Avait déjà vu luire et pâlir trop de jours
Dont je m’étais prédit les couleurs et le cours.
L’ennui, le clair ennui de mirer leur nuance,
Me donnait sur ma vie une funeste avance :
L’aube me dévoilait tout le jour ennemi.
J’étais à demi morte ; et peut-être, à demi
Immortelle, rêvant que le futur lui-même
Ne fût qu’un diamant fermant le diadème
Où s’échange le froid des malheurs qui naîtront
Parmi tant d’autres feux absolus de mon front.

Osera-t-il, le Temps, de mes diverses tombes,
Ressusciter un soir favori des colombes,
Un soir qui traîne au fil d’un lambeau voyageur
De ma docile enfance un reflet de rougeur,
Et trempe à l’émeraude un long rose de honte ?

Souvenir, ô bûcher, dont le vent d’or m’affronte,
Souffle au masque la pourpre imprégnant le refus
D’être en moi-même en flamme une autre que je fus…
Viens, mon sang, viens rougir la pâle circonstance
Qu’ennoblissait l’azur de la sainte distance,
Et l’insensible iris du temps que j’adorai !
Viens consumer sur moi ce don décoloré
Viens ! que je reconnaisse et que je les haïsse,
Cette ombrageuse enfant, ce silence complice,
Ce trouble transparent qui baigne dans les bois…
Et de mon sein glacé rejaillisse la voix
Que j’ignorais si rauque et d’amour si voilée…
Le col charmant cherchant la chasseresse ailée.

Mon cœur fut-il si près d’un cœur qui va faiblir ?

Fut-ce bien moi, grands cils qui crus m’ensevelir
Dans l’arrière douceur riant à vos menaces…
Ô pampres ! sur ma joue errant en fils tenaces,
Ou toi… de cils tissée et de fluides fûts,
Tendre lueur d’un soir brisé de bras confus ?

 » Que dans le ciel placés, mes yeux tracent mon temple !
Et que sur moi repose un autel sans exemple ! ”
Criaient de tout mon corps la pierre et la pâleur…
La terre ne m’est plus qu’un bandeau de couleur
Qui coule et se refuse au front blanc de vertige…
Tout l’univers chancelle et tremble sur ma tige,
La pensive couronne échappe à mes esprits,
La mort veut respirer cette rose sans prix
Dont la douceur importe à sa fin ténébreuse !

Que si ma tendre odeur grise ta tête creuse,
Ô mort, respire enfin cette esclave de roi :
Appelle-moi, délie !… Et désespère-moi,
De moi-même si lasse, image condamnée !
écoute… N’attends plus… La renaissante année
A tout mon sang prédit de secrets mouvements :
Le gel cède à regret ses derniers diamants…
Demain, sur un soupir des Bontés constellées,
Le printemps vient briser les fontaines scellées :
L’étonnant printemps rit, viole… On ne sait d’où
Venu? Mais la candeur ruisselle à mots si doux
Qu’une tendresse prend la terre à ses entrailles…
Les arbres regonflés et recouverts d’écailles
Chargés de tant de bras et de trop d’horizons,
Meuvent sur le soleil leurs tonnantes toisons,
Montent dans l’air amer avec toutes leurs ailes
De feuilles par milliers qu’ils se sentent nouvelles…
N’entends-tu pas frémir ces noms aériens,
Ô Sourde !… Et dans I’espace accablé de liens,
Vibrant de bois vivace infléchi par la cime,
Pour et contre les dieux ramer l’arbre unanime,
La flottante forêt de qui les rudes troncs
Portent pieusement à leurs fantasques fronts,
Aux déchirants départs des archipels superbes,
Un fleuve tendre, ô mort, et caché sous les herbes ?

Quelle résisterait, mortelle, à ces remous ?
Quelle mortelle ? Moi si pure, mes genoux
Pressentent les terreurs de genoux sans défense…
L’air me brise. L’oiseau perce de cris d’enfance
Inouïs… l’ombre même où se serre mon cœur,
Et roses ! mon soupir vous soulève, vainqueur
Hélas ! des bras si doux qui ferment la corbeille…
Oh ! parmi mes cheveux pèse d’un poids d’abeille,
Plongeant toujours plus ivre au baiser plus aigu,
Le point délicieux de mon jour ambigu…
Lumière !… Ou toi, la mort ! Mais le plus prompt me prenne !…
Mon cœur bat ! mon cœur bat ! Mon sein brûle et m’entraîne !
Ah ! qu’il s’enfle, se gonfle et se tende, ce dur
Très doux témoin captif de mes réseaux d’azur…
Dur en moi… mais si doux à la bouche infinie !…

Chers fantômes naissants dont la soif m’est unie,
Désirs ! Visages clairs !… Et vous, beaux fruits d’amour,
Les dieux m’ont-ils formé ce maternel contour
Et ces bords sinueux, ces plis et ces calices,
Pour que la vie embrasse un autel de délices,
Où mêlant l’âme étrange aux éternels retours,
La semence, le lait, le sang coulent toujours ?
Non ! L’horreur m’illumine, exécrable harmonie !
Chaque baiser présage une neuve agonie…
Je vois, je vois flotter, fuyant l’honneur des chairs
Des mânes impuissants les millions amers…
Non, souffles ! Non, regards, tendresses… mes convives,
Peuple altéré de moi suppliant que tu vives,
Non, vous ne tiendrez pas de moi la vie !… Allez,
Spectres, soupirs la nuit vainement exhalés,
Allez joindre des morts les impalpables nombres !
Je n’accorderai pas la lumière à des ombres,
Je garde loin de vous, l’esprit sinistre et clair…
Non ! Vous ne tiendrez pas de mes lèvres l’éclair !…
Et puis… mon cœur aussi vous refuse sa foudre.
J’ai pitié de nous tous, ô tourbillons de poudre !

Grands Dieux ! Je perds en vous mes pas déconcertés !
Je n’implorerai plus que tes faibles clartés,
Longtemps sur mon visage envieuse de fondre,
Très imminente larme, et seule à me répondre,
Larme qui fais trembler à mes regards humains
Une variété de funèbres chemins ;
Tu procèdes de l’âme, orgueil du labyrinthe,
Tu me portes du cœur cette goutte contrainte,
Cette distraction de mon suc précieux
Qui vient sacrifier mes ombres sur mes yeux,
Tendre libation de l’arrière-pensée !
D’une grotte de crainte au fond de moi creusée
Le sel mystérieux suinte muette l’eau.
D’où nais-tu? Quel travail toujours triste et nouveau
Te tire avec retard, larme, de l’ombre amère ?
Tu gravis mes degrés de mortelle et de mère,
Et déchirant ta route, opiniâtre faix,
Dans le temps que je vis, les lenteurs que tu fais
M’étouffent… Je me tais, buvant ta marche sûre
Qui t’appelle au secours de ma jeune blessure !

Mais blessures, sanglots, sombres essais, pourquoi ?
Pour qui, joyaux cruels, marquez-vous ce corps froid,
Aveugle aux doigts ouverts évitant l’espérance !
Où va-t-il, sans répondre à sa propre ignorance,
Ce corps dans la nuit noire étonné de sa foi ?
Terre trouble… et mêlée à l’algue, porte-moi,
Porte doucement moi… Ma faiblesse de neige,
Marchera-t-elle tant qu’elle trouve son piège ?
Où traîne-t-il, mon cygne, où cherche-t-il son vol ?
… Dureté précieuse… Ô sentiment du sol,
Mon pas fondait sur toi l’assurance sacrée !
Mais sous le pied vivant qui tâte et qui la crée
Et touche avec horreur à son pacte natal,
Cette terre si ferme atteint mon piédestal.
Non loin, parmi ces pas, rêve mon précipice…
L’insensible rocher, glissant d’algues, propice
A fuir (comme en soi-même ineffablement seul ),
Commence… Et le vent semble au travers d’un linceul
Ourdir de bruits marins une confuse trame,
Mélange de la lame en ruine, et de rame…
Tant de hoquets longtemps, et de râles heurtés,
Brisés, repris au large… et tous les sorts jetés
éperdument divers roulant l’oubli vorace…

Hélas ! de mes pieds nus qui trouvera la trace
Cessera-t-il longtemps de ne songer qu’à soi ?

Terre trouble, et mêlée à l’algue, porte-moi !

Mystérieuse MOI, pourtant, tu vis encore !
Tu vas te reconnaître au lever de l’aurore
Amèrement la même… Un miroir de la mer
Se lève… Et sur la lèvre, un sourire d’hier
Qu’annonce avec ennui l’effacement des signes,
Glace dans l’orient déjà les pâles lignes
De lumière et de pierre, et la pleine prison
Où flottera l’anneau de l’unique horizon…
Regarde : un bras très pur est vu, qui se dénude.
Je te revois, mon bras… Tu portes l’aube… Ô rude
Réveil d’une victime inachevée… et seuil
Si doux… si clair, que flatte, affleurement d’écueil,
L’onde basse, et que lave une houle amortie !…
L’ombre qui m’abandonne, impérissable hostie,
Me découvre vermeille à de nouveaux désirs,
Sur le terrible autel de tous mes souvenirs.

Là, l’écume s’efforce à se faire visible ;
Et là, titubera sur la barque sensible
A chaque épaule d’onde, un pêcheur éternel.
Tout va donc accomplir son acte solennel
De toujours reparaître incomparable et chaste,
Et de restituer la tombe enthousiaste
Au gracieux état du rire universel.

Salut ! Divinités par la rose et le sel,
Et les premiers jouets de la jeune lumière,
îles !… Ruches bientôt quand la flamme première
Fera que votre roche, îles que je prédis,
Ressente en rougissant de puissants paradis ;
Cimes qu’un feu féconde à peine intimidées,
Bois qui bourdonnerez de bêtes et d’idées,
D’hymnes d’hommes comblés des dons du juste éther,
Îles ! dans la rumeur des ceintures de mer,
Mères vierges toujours, même portant ces marques,
Vous m’êtes à genoux de merveilleuses Parques:
Rien n’égale dans l’air les fleurs que vous placez,
Mais dans la profondeur, que vos pieds sont glacés !

De l’âme les apprêts sous la tempe calmée,
Ma mort, enfant secrète et déjà si formée,
Et vous, divins dégoûts qui me donniez l’essor,
Chastes éloignements des lustres de mon sort,
Ne fûtes-vous, ferveur, qu’une noble durée?
Nulle jamais des dieux plus près aventurée
N’osa peindre à son front leur souffle ravisseur,
Et de la nuit parfaite implorant l’épaisseur,
Prétendre par la lèvre au suprême murmure.

Je soutenais l’éclat de la mort toute pure
Telle j’avais jadis le soleil soutenu…
Mon corps désespéré tendait le torse nu
Où I’âme, ivre de soi, de silence et de gloire,
Prête à s’évanouir de sa propre mémoire,
écoute, avec espoir, frapper au mur pieux
Ce cœur, – qui se ruine à coups mystérieux
Jusqu’à ne plus tenir que de sa complaisance
Un frémissement fin de feuille, ma présence…

Attente vaine, et vaine… Elle ne peut mourir
Qui devant son miroir pleure pour s’attendrir.

Ô n’aurait-il fallu, folle, que j’accomplisse
Ma merveilleuse fin de choisir pour supplice
Ce lucide dédain des nuances du sort ?
Trouveras-tu jamais plus transparente mort
Ni de pente plus pure où je rampe à ma perte
Que sur ce long regard de victime entr’ouverte,
Pâle, qui se résigne et saigne sans regret ?
Que lui fait tout le sang qui n’est plus son secret ?
Dans quelle blanche paix cette pourpre la laisse,
A l’extrême de l’être et belle de faiblesse !
Elle calme le temps qui la vient abolir,
Le moment souverain ne la peut plus pâlir,
Tant la chair vide baise une sombre fontaine !
Elle se fait toujours plus seule et plus lointaine…
Et moi, d’un tel destin, le cœur toujours plus près,
Mon cortège, en esprit, se berçait de cyprès…
Vers un aromatique avenir de fumée,
Je me sentais conduite, offerte et consumée ;
Toute, toute promise aux nuages heureux !
Même, je m’apparus cet arbre vaporeux,
De qui la majesté légèrement perdue
S’abandonne à l’amour de toute l’étendue.
L’être immense me gagne, et de mon cœur divin
L’encens qui brûle expire une forme sans fin…
Tous les corps radieux tremblent dans mon essence !…

Non, non !… N’irrite plus cette réminiscence !
Sombre lys ! Ténébreuse allusion des cieux,
Ta vigueur n’a pu rompre un vaisseau précieux…
Parmi tous les instants tu touchais au suprême…
Mais qui l’emporterait sur la puissance même,
Avide par tes yeux de contempler le jour
Qui s’est choisi ton front pour lumineuse tour ?

Cherche, du moins, dis-toi, par quelle sourde suite
La nuit, d’entre les morts, au jour t’a reconduite ?
Souviens-toi de toi-même, et retire à l’instinct
Ce fil (ton doigt doré le dispute au matin),
Ce fil dont la finesse aveuglément suivie
Jusque sur cette rive a ramené ta vie…
Sois subtile… cruelle… ou plus subtile !… Mens !…
Mais sache !… Enseigne-moi par quels enchantements,
Lâche que n’a su fuir sa tiède fumée,
Ni le souci d’un sein d’argile parfumée,
Par quel retour sur toi, reptile, as-tu repris
Tes parfums de caverne et tes tristes esprits ?

Hier la chair profonde, hier, la chair maîtresse
M’a trahie… Oh ! sans rêve, et sans une caresse !…
Nul démon, nul parfum ne m’offrit le péril
D’imaginaires bras mourant au col viril ;
Ni, par le Cygne-Dieu, de plumes offensée
Sa brûlante blancheur n’effleura ma pensée…
Il eût connu pourtant le plus tendre des nids !
Car toute à la faveur de mes membres unis,
Vierge, je fus dans l’ombre une adorable offrande…
Mais le sommeil s’éprit d’une douceur si grande,
Et nouée à moi-même au creux de mes cheveux,
J’ai mollement perdu mon empire nerveux.
Au milieu de mes bras, je me suis faite une autre…
Qui s’aliène ?… Qui s’envole ?… Qui se vautre ?…
A quel détour caché, mon cœur s’est-il fondu ?
Quelle conque a redit le nom que j’ai perdu ?
Le sais-je, quel reflux traître m’a retirée
De mon extrémité pure et prématurée,
Et m’a repris le sens de mon vaste soupir ?
Comme l’oiseau se pose, il fallut m’assoupir.

Ce fut l’heure, peut-être, où la devineresse
Intérieure s’use et se désintéresse :
Elle n’est plus la même… Une profonde enfant
Des degrés inconnus vainement se défend,
Et redemande au loin ses mains abandonnées.
Il faut céder aux vœux des mortes couronnées
Et prendre pour visage un souffle… Doucement,
Me voici : mon front touche à ce consentement…
Ce corps, je lui pardonne, et je goûte à la cendre.
Je me remets entière au bonheur de descendre,
Ouverte aux noirs témoins, les bras suppliciés,
Entre des mots sans fin, sans moi, balbutiés.
Dors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence ;
Retourne dans le germe et la sombre innocence,
Abandonne-toi vive aux serpents, aux trésors.
Dors toujours ! Descends, dors toujours ! Descends,
[ dors, dors !

(La porte basse c’est une bague… où la gaze
Passe… Tout meurt, tout rit dans la gorge qui jase…
L’oiseau boit sur ta bouche et tu ne peux le voir…
Viens plus bas, parle bas… Le noir n’est pas si noir…)

Délicieux linceuls, mon désordre tiède,
Couche où je me répands, m’interroge et me cède,
Où j’allai de mon cœur noyer les battements,
Presque tombeau vivant dans mes appartements,
Qui respire, et sur qui l’éternité s’écoute,
Place pleine de moi qui m’avez prise toute,
Ô forme de ma forme et la creuse chaleur
Que mes retours sur moi reconnaissaient la leur,
Voici que tant d’orgueil qui dans vos plis se plonge
A la fin se mélange aux bassesses du songe !
Dans vos nappes, où lisse elle imitait sa mort
L’idole malgré soi se dispose et s’endort,
Lasse femme absolue, et les yeux dans ses larmes,
Quand, de ses secrets nus les antres et les charmes,
Et ce reste d’amour que se gardait le corps
Corrompirent sa perte et ses mortels accords.
Arche toute secrète, et pourtant si prochaine,
Mes transports, cette nuit, pensaient briser ta chaîne ;
Je n’ai fait que bercer de lamentations
Tes flancs chargés de jour et de créations !
Quoi ! mes yeux froidement que tant d’azur égare
Regardent là périr l’étoile fine et rare,
Et ce jeune soleil de mes étonnements
Me paraît d’une aïeule éclairer les tourments,
Tant sa flamme aux remords ravit leur existence,
Et compose d’aurore une chère substance
Qui se formait déjà substance d’un tombeau !…
Ô, sur toute la mer, sur mes pieds, qu’il est beau !
Tu viens !… Je suis toujours celle que tu respires,
Mon voile évaporé me fuit vers tes empires…

… Alors, n’ai-je formé vains adieux si je vis,
Que songes ?… Si je viens, en vêtements ravis,
Sur ce bord, sans horreur, humer la haute écume,
Boire des yeux l’immense et riante amertume,
L’être contre le vent, dans le plus vif de l’air,
Recevant au visage un appel de la mer ;
Si l’âme intense souffle, et renfle furibonde
L’onde abrupte sur l’onde abattue, et si l’onde
Au cap tonne, immolant un monstre de candeur,
Et vient des hautes mers vomir la profondeur
Sur ce roc, d’où jaillit jusque vers mes pensées
Un éblouissement d’étincelles glacées,
Et sur toute ma peau que morde l’âpre éveil,
Alors, malgré moi-même, il le faut, ô Soleil,
Que j’adore mon cœur où tu te viens connaître,
Doux et puissant retour du délice de naître,
Feu vers qui se soulève une vierge de sang
Sous les espèces d’or d’un sein reconnaissant.

John Brown dit: 11 avril 2013 à 21 h 30 min

Je me borne à signaler, à l’intention de Christiane et de Lycaeides etc., que le texte du « Cimetière marin » est disponible dans son intégralité dans le volume du « Lagarde-et-Michard » consacré au XXe siècle (ouvrage qui figure en bonne place, comme chacun sait, dans la bibliothèque de tous les jeunes gens bien nés.
J’espère que les deux intéressés ont recopié soigneusement le tout en tirant bien la langue et en évitant de faire des pâtés. Car un banal copier-coller, pour un si grand texte, relèverait du crime de lèse-poésie.

Sergio dit: 11 avril 2013 à 21 h 28 min

D. dit: 11 avril 2013 à 19 h 45 min
un gros moteur

Surtout les pipes d’admission pour la repasser en full. Là au moins elle respire, quoi, que c’en est une merveille des croyants. C’était vraiment un massacre pire que Coligny par la fenêtre…

Giovanni Sant'Angelo dit: 11 avril 2013 à 21 h 28 min


…vous pouvez dansez sur la tête,…

…si notre imagination est plus forte et plus belle que la réalité,…nous restons dans le songe,…
…et les yeux ouverts et même raisonnant,…rien ne peut nous réveillez,…
…à en être économe de qualité,…on en perd l’empire des sens par les parfums et ses médiocrités de fars et d’illusions en commerce,…Stop ou encore,…Ah,…Ah,…

…ce qui reste rassurant dans la paix de l’esprit,…c’est que des rares beautés naturelles qu’il m’a été donné de connaître en apparence,…
…le temps à travaillé,…et mon esprit ne les peux plus faire plier de rire,…
…prétentieuses à de que je suis belles dans ce miroir,…au théâtre des jours sans esprits à glander,…
…les autres n’en parlons pas,…trop belles de qualités  » morales  » à se mettre le déficit à 3 %,…dans l’oignon à l’€uro des cons,…en bouteilles de robe de chambre de commerce,…
…ma bible ma madeleine à moi,…Ah,…heureux comme Ulysse,…et vogue la galère,…à Stalag 13,…du mérite abscons,…Stop ou encore,…une autre,…!

Lycaeides idas nabokovi dit: 11 avril 2013 à 21 h 26 min

Les rimes étant ce qu’elle sont, faute d’oreille il suffit d’y jeter un coup d’œil.

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 21 h 24 min

il me semble qu’avec le détail  » Valéryen depuis ses 15 ans, l’âge où on apprend par cœur Le Cimetière marin et un peu moins par cœur La Jeune Parque : « J’aimais secrètement M. Teste chez qui je devinais un allié » »
P.Assouline fait le portrait d’un homme, devenu auteur, qui a rencontré à l’adolescence tourmentée et au bord d’une diablerie , un ami imaginaire d’exception auquel il est resté fidèle,auteur qui n’écrit pas pour chercher des suffrages mais sur celui qui lui a peut-être sauvé la vie , comme un ange gardien, ou un dieu .
votre racul étant là vous expliquera mieux ce que ‘essaie de distinguer des jeux de marionnettes avec cet ami imaginaire presque winnicottien(je crois)

christiane dit: 11 avril 2013 à 21 h 18 min

@ Ron Tudieu (Voyons si les strophes seront respectées par la mise en ligne… Mais déjà, l’alignement central oblige à des renvois à la ligne !)

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l’âme,
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m’accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l’altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l’âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m’abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.

L’âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d’ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d’un cœur, aux sources du poème,
Entre le vide et l’événement pur,
J’attends l’écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l’âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l’attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l’idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l’avenir est paresse.
L’insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d’absence,
Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n’as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge
Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N’est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu’importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d’appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d’Élée!
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m’enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non! . . . Debout! Dans l’ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l’onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs! »

Paul Valéry

Pauvres de nous dit: 11 avril 2013 à 21 h 15 min

« votre observation n’a aucun valeur », ose-t-il dire à DHH. Je suis écœurée, abattue. Vous ne me reverrez pas de sitôt !

Ron Tudieu dit: 11 avril 2013 à 21 h 12 min

N’ayez crainte, DHH. Nous sommes là. Nous ne laisserons pas renato vous traîner dans la fange.

oncz dit: 11 avril 2013 à 21 h 11 min

C’est en effet ce que je pense, Ron Tudieu. Voyez comme il agresse, comme il sort ses griffes, comme il rêve de se vautrer dans mon sang encore chaud ! Tout ça parce que je suis un ancien taulard ! Mais cet homme est un monstre ! Une brute lubrique !

La mauvaise langue dit: 11 avril 2013 à 21 h 06 min

La Drag Queen sortit à cinq heures. Elle pressait le pas, elle était en retard, son ipad sous le bras. Elle avait rendez-vous avec Dracul qui l’avait ravi par une exquise explication de Monsieur Teste. « Oh ! », s’était-elle exclamé devant son écran 6 pouces, « je rêve, je rêve de me faire tester le Q.I. par Dracul ».

Mais ce qu’elle ignorait, c’est que le Boug la suivait sous une pluie fine d’avril qui lui enfonçait la tête dans sa capuche, sa fourche caudine dans une main, son fouet dans l’autre pour la soumettre, la Drag Queen. Il avait planqué devant chez elle depuis les premières heures de l’aube, les yeux exorbités, la rage au ventre. Le Boug était jaloux. Il suivait avec peine les pas de géant de la Drag Queen malgré ses écrase-merde d’ogre, déjà essoufflé, admirant de loin son adorable popotin en se promettant d’en faire les derniers potins de la Rdl. Allait-il en faire aussi ses choux gras ? (suite au prochain numéro de : La Drag Queen sortit à cinq heures.)

Lycaeides idas nabokovi dit: 11 avril 2013 à 21 h 05 min

… 20 ans de prison… bien que avec ce « toto » on dirait quelqu’un qui n’est qu’en maternelle… mais bon, on compatit volontiers le porteur de connerie moleste

Ron Tudieu dit: 11 avril 2013 à 21 h 03 min

Vous pensez donc, oncz, que l’incivilité de lycaeides à l’égard de DHH est intéressée ? Qu’il essaie d’obtenir les faveurs de D. en se montrant désagréable d’une dame respectable et respectée par les plus hautes autorités du blog ?

Lycaeides idas nabokovi dit: 11 avril 2013 à 21 h 02 min

Non, mais vous ne pensez qu’à ça, on dirait des gens qui ont fait 20 ans de prison…

oncz dit: 11 avril 2013 à 21 h 00 min

votre observation n’a aucun valeur : ou on a une oreille ou on l’a pas…

Eh là, toto, tu vas me faire le plaisir de parler à Judith sur un autre ton, hein ! Daaphnée n’est pas pour toi, de toute façon, alors inutile de crier avec les loups pour attendrir la greluche, c’est cuit. Demande à ueda.

Ron Tudieu dit: 11 avril 2013 à 20 h 58 min

christiane dit: 11 avril 2013 à 20 h 49 min
@ Lycaeides idas nabokovi
Mais quelle bonne idée

Non, christiane, non, c’est DHH qui a raison, il saccage le tempo. Il en fait de la chair à saucisse ! On ne peut pas laisser passer ça !

Lycaeides idas nabokovi dit: 11 avril 2013 à 20 h 56 min

Desolé, j’avais isolé les strophe, c’est ce machin qui a fait le reste.
Cela dit, si vous n’arrivez pas à les isoler à la lecture votre observation n’a aucun valeur : ou on a une oreille ou on l’a pas…

christiane dit: 11 avril 2013 à 20 h 49 min

@ Lycaeides idas nabokovi
(alors là, le pseudo !)
Mais quelle bonne idée, ce magnifique poème dont les premiers vers font une mémoire heureuse.

DHH dit: 11 avril 2013 à 20 h 48 min

@lycaides
en citant le cimetiere marin sans isoler les strophes, vous saccagez le tempo de cette meditation en plusieurs temps d’un homme face à sa condition, et qui passe d’un etat de suffisance olympienne a l’angoisse devant sa finitude puis qui reagit par une volonté epicurienne d' »epuiser le present » comme le dit la citation de Pindare qu’il a mise en exergue au poeme

Lycaeides idas nabokovi dit: 11 avril 2013 à 20 h 28 min

Suffit de lire :

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux!
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.
Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l’âme,
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit!
Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m’accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l’altitude un dédain souverain.
Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l’âme consumée
Le changement des rives en rumeur.
Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m’abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.
L’âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d’ombre une morne moitié.
O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d’un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l’événement pur,
J’attends l’écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l’âme un creux toujours futur!
Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l’attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.
Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!
Chienne splendide, écarte l’idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!
Ici venu, l’avenir est paresse.
L’insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d’absence,
Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.
Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.
Tu n’as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.
Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.
Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!
Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge
Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!
Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!
Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N’est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!
Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu’importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d’appartenir!
Zénon! Cruel Zénon! Zénon d’Êlée!
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m’enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas!
Non, non! . . . Debout! Dans l’ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l’onde en rejaillir vivant.
Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs! »

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 20 h 22 min

et puis quand même on ne peut s’empêcher de penser que dans les toilettes l’écriture qui oriente les pas c’est ladies et gentlemen et il me semble qu’elle a été glosée par Lacan

christiane dit: 11 avril 2013 à 20 h 21 min

J’étais certaine, Hamlet, que vous feriez un lien entre « l’Homme sans qualités » de Musil et « Monsieur Teste » de Valéry. Ah là là, c’est votre gravitation, Musil !

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 20 h 17 min

qu’ils auront appréciées (les lignes et la pensée)
hamlet, confirmez nous que je ne rêve pas et qu’il bien été écrit dans une biographie de Valéry qu’il allait au cimetière chercher l’inspirztion des tombeaux

hamlet dit: 11 avril 2013 à 20 h 14 min

un homme bon être bon, un autre mauvais, un eut vouloir le bien, un autre le mal.
pour chaque individu la balance penche d’un côté ou d’un autre.
si nous faisons la somme arithmétique du bien et du mal depuis que l’homme existe nous arriverons à un résultat proche de zéro.
ça peut sembler étrange mais les calculs ne mentent pas.

eXEAt dit: 11 avril 2013 à 20 h 04 min

ce qui dans le plagiat fait enrager, c’est que les lecteurs qui n’y ont rien vu n’auront aucune curiosité pour l’auteur des lignes et de la pensée qu’ils auront peut-être appréciés : c’est du détournement de lecteurs potentiels confiants qui sont dupés sur la paternité première ? -vraiment première ?- et d’une pensée critique de la transmission
: quand on n’a cessé d’entendre répéter de rendre à César ce qui est à César …

hamlet dit: 11 avril 2013 à 20 h 01 min

Monsieur Assouline votre photo de cette dame jouant la sarabande de la 4ème suite en Mib de Bach pour violoncelle est absolument magnifique, tout comme ce morceau que cette dame est en train de jouer.

quand on regarde cette photo on ne peut s’empêcher d »avoir une petite pensée amusée pour Levi Strauss et Françoise Heritier, on se dit voilà ce que nos ethonologues vont désormais découvrir en Afrique : des amoureux de Bach !

par contre si nos ethnologues veulent trouver des spécialistes des danses africaines ils ont plutôt intérêt à aller à la salle culturelle polyvalente de Montreuil.

ce n’est qu’un début, nous entrons dans l’ère magnifique du post exotisme, du post ethnologie, du post anthrologique.

avant de s’attaquer à cette sarabande bwv1010 cette dame a dû commencer par des choses plus faciles, comme la première suite.
les morceaux lents sont les plus difficiles car ils exigent d’abandonner le métronome pour se fier à la respiration, le corps devient le centre de la foi, il suffit d’écouter cette sarabande jouée par deux grands interprètes différents pour se rendre compte qu’ils ne sont pas synchronisés, le ventre a pris la place du métronome.

Bach a composé ces suites pour les africains, eux seuls pourront nous restituer la beauté minérale de cette musique.

abandonner ses convictions et ses engagements, comme Teste pour être seulement un être de tous les possibles.

quel malheur que les mathématiciens n’écrivent plus de livre.
Paul Valery avait vu juste, un monde réel ramené à la somme des possibles est en passe de devenir notre monde.

dès le premier mot que Dieu adressa à Adam il comprit que l’homme ne serait pas ce monde qui venait de créer, l’homme n’appartient pas à l’univers, à la création de Dieu, son monde à venir est ailleurs, le lieu de l’être au monde, ce lieu où les hommes font monde ne se trouve pas dans la nature, il est antinaturel : dans sa question « tu es où? » Dieu comprit de suite que le destin écologique des hommes lui échapperait, la compétition était engagée : Dieu avait créé l’univers, les hommes feraient de même.

A la différence d’Ulrich de Musil, Teste de Valery engloutit le monde et s’engloutit lui-même dans son intelligence qui fait de son monde où la somme de toutes les subjectivités s’annulent d’elles-mêmes.
Musil de son côté avait fait le pari aporétique que le sentiment pouvait contrebalancer cette arithmétique de la conviction : en faisant la somme de toutes les subjectivités il reste un écart infime dans lequel peut se loger une infime partie de désir inaliénable et incommensurable, échappant aux lois du calcul des opinions.
Sans doute Valery l’a-t-il voulu ainsi dans le but de ridiculiser les théories extravagantes romantiques kierkegaardiennes et nietzschéennes.

Valery et Musil avaient vu juste : nous allons vers un avenir humain, post exotique et post individualiste, construit sur le mode de l’hyper relationalité planétaire.
il reste encore quelques résistances réactionnaires d’ordre essentiellement religieux, ces mouvements vivant encore sur le mode de la vision de la mixité apocalyptique, refusant l’inséparabilité des êtres vivants et non vivants démontrent qu’ils mènent un combat perdu d’avance.
Ceux qui pensaient que les hommes seraient incapables de créer un monde meilleur se sont mis le doigt dans l’oeil jusqu’au coude.

abdelkader dit: 11 avril 2013 à 19 h 58 min

Qu’entends-je ? le garde-champêtre va nouer le nœud avec une chèvre Porquerolle ? j’voudrais être le premier ici a te con-gratuler et a vous offrir, en cadeaux de mariage, d’abords a ta bêêêêêêlle future conjointe une botte de radis bio, et a toi des bottes Wellington 100% caoutchouc…un cadeau bien pratique les wellingtons, ca te servira les jours ou elle aura pas envie de ton ardeur et préfèrerait plutôt aller gambader dans la garrigue…et que tu devras même la pourchasser a travers monts et ruisseaux…mais le truc avec les wellies, c’est qu’une fois que attrapes ta biquette, tu lui mets les pattes de derrière dans tes bottes (j’ai vérifié pour la pointure, c’est bon vous y serez a l’aise tous les deux), et comme ca, elle peux plus bouger…d’une botte deux coups , si j’ose dire…mais bref, t’es garde-champêtre, je t’apprends rien de nouveau la…

D. dit: 11 avril 2013 à 19 h 45 min

Moralisation, piège à cons…… dit: 11 avril 2013 à 16 h 46 min

HR a raison : il faut absolument renouveler le stock de commentateurs de la RdL, l’actuel est moisi/pourri depuis longtemps. Il y a même des morts-vivants.
——

et des esprits qui planent.

Jacques Barozzi dit: 11 avril 2013 à 19 h 01 min

Crise politique grave en France, il semble qu’il n’y ait que François Hollande qui ne s’en soit pas encore aperçu ?
Comme pour les maris cocus, toujours les derniers informés !

christiane dit: 11 avril 2013 à 18 h 45 min

Pourquoi ne pas avoir mis un lien, aussi, sous le nom de Marianne Alphant ? Car là encore on peut feuilleter, grâce à l’éditeur, les premières pages savoureuses de « Ces choses-là ».
Ce billet très riche (merci pour « Monsieur Teste » en lien), ouvre à plusieurs livres étonnants regroupés sous le titre : « Dieu et le diable sont dans les détails ». Bel angle pour aborder ces livres d’érudits et pour relire le jeune Valéry. Ces écrivains-philosophes se font beaucoup de mal et beaucoup de plaisir…
Sans Dieu ni diable, ce paradoxal XVIIIe siècle, le droit pour l’homme d’être sujet et objet de la philosophie dans une grande liberté ?
Encore que… dans les détails, vous avez dit « détails » !
Des mots comme de l’obscurité sur tout ce qui était clair et facile en nous et autour de nous. Nietzsche écrivait dans « Par delà le bien et le mal » : « Hé quoi ? Cela ne revient-il pas à dire, en termes vulgaires : Dieu est réfuté, le diable, non » ? – Au contraire, amis, au contraire. » et plus loin (cf Monsieur Teste) « Tout ce qui est profond aime à se masquer. La pudeur d’un dieu ne devrait-elle pas aimer à se pavaner sous la forme de son propre contraire ? Problème scabreux. ».

Giovanni Sant'Angelo dit: 11 avril 2013 à 18 h 05 min


…de l’ambiance,…d’auberges à deux balles d’entremetteurs,…qui filent à gauche,…

…moult biches pour lièvres capucins,…

…statique d’architecture normande,…sur une prima donna de bois,…y cons-instruire,…et accolé une de pierre de taille et ciment portland,…châtelain d’origine A.D.N.,…dur le printemps pour durer,…

…le bon goût ne se mélange pas au mauvais goût pas sable,…

…des connivences pour rien,…parce que des leurres en surnombre à rien foutre d’hameçonnage de haute ligné,…
…juste des moule à frire et pas à gober d’expérience à l’exemple de Dieu,…

…des anges et compagnies versés-érudits pour des fric-attelés de démesure à économie de tartes à la crème de vandales et bas-fond de grand  » Port aux princes « ,…

…etc,…une année à rien foutre de plus,…rien de miscible à bas bord et à true bord,…Yellove submarine Beatles,…

xlew.m dit: 11 avril 2013 à 18 h 00 min

La photographie de la jeune violoncelliste africaine est émouvante car elle rappelle la situation fort précaire faite aux musicos classiques du continent. France-télévisions avait fait un beau reportage l’année dernière sur un orchestre classique amateur de Kinshasa je crois. Les conditions de répétitions étaient très problématiques (coupure inopinée de courant, instruments rares et chers qu’il faut se prêter entre soi), mais les jeunes musiciens savaient trouver la force en eux de rester passionnés. C’est vrai qu’on pense tout de suite à Slava Rostro en regardant l’image de McConnel, j’espère que le mur, et le plafond, tous deux en béton plutôt que de verre, de l’enrichissement personnel (dans tous les sens du terme) des gens de l’Afrique tombera bientôt pour de bon (les classes moyennes semblent vraiment s’incruster et prendre racine dans les sociétés de certains états, notamment grâce à l’interconnexion numérique.)

xlew.m dit: 11 avril 2013 à 17 h 38 min

En attendant, pendant que monsieur teste, re-teste, et teste encore, madame conçoit et transforme en technologie fiable les prototypes qu’elle a imaginé sans s’arrêter sur les détails au coeur de son sommeil profond. Monsieur teste, et teste toujours, refusant la sieste, et s’éparpille en lisant la Pravda de ses illisibles notices, madame rêve, bâtit, construit et s’habille en Prada, en attendant. Encore une victoire de la généreuse propension féminine à vouer un culte au général sur le détaillisme insomniaque et futile qui macule de son indélébile empreinte toute entreprise faite au masculin. En gros, qui dort dîne, qui ne dort pas se fait des romans et mange des sardines. (Au crochets de son épouse en plus.) Ferdine avait raison, les hommes sont devenues des « danseuses » pour les femmes, et les romanciers barbichus, en vain pullulent. Mais que fait la police d’Apollon ?

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