de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
A la trappe, Maurras aussi !

A la trappe, Maurras aussi !

Décidémment, dès que ça sent un peu le souffre, ils n’en ratent pas une. « Ils » ? Les princes qui nous gouvernent quel que soit le régime. Sous Sarkozy déjà, on avait eu droit au triste spectacle d’un ministre de la Culture se déjugeant publiquement, quitte à être indigne de sa charge, en faisant retirer in extremis à la demande du patron la page consacrée à Louis-Ferdinand Céline du catalogue des « Célébrations nationales » qui précise l’agenda de l’Etat pour les anniversaires. Elle était pourtant équilibrée, rédigée avec un soin extrême, chaque terme ayant été pesé au trébuchet par le méticuleux éditeur de l’œuvre de l’écrivain dans la Pléiade, Henri Godard. Avec la page, c’était la présence même de Céline qui était interdite de commémoration après que Serge Klarsfeld eut rendu visite au chef de l’Etat pour faire pression. Gros scandale. Du coup, l’examen de conscience fut tel qu’en lieu et place de « célébration », il fut décidé d’inscrire « commémoration ». N’empêche que dans l’affaire, le travail du comité d’historiens qui avait mis au point le catalogue était purement et simplement foulé aux pieds.

Et aujourd’hui, bis repetita ! Cette fois, c’est Charles Maurras qui risque de prendre la porte. Or la question, cette fois encore, n’est pas de savoir si c’est un gentil ou un méchant mais d’évaluer la place qui fut la sienne dans le passé de la France. Théoricien du nationalisme intégral et de l’antisémitisme d’Etat, journaliste et essayiste, co-fondateur du quotidien L’’Action française, antiparlementaire, antirépublicain, antidreyfusard, antidémocrate, anticommuniste, antimaçon, antiprotestant, anti tout et tous ce et ceux qui constituaient à ses yeux « l’anti-France » à commencer par les idéaux de la Révolution, partisan d’une monarchie héréditaire, né le 20 avril 1868,Maurras_duel il a bien évidemment sa place dans ce Livre des commémorations nationales 2018 (338 pages, 10 euros, éditions du Patrimoine), qui n’a pas vocation à devenir un best-seller de librairie mais à raison d’un scandale tous les dix ans, qui sait…. Non pour ses idées, qu’aucun historien membre du Haut-comité des commémorations nationales n’aurait le goût de célébrer, mais bien pour la place considérable qu’il a occupée dans l’histoire des idées politiques de la première moitié du XXème siècle en France. Le reconnaître n’est pas l’approuver, on est confondu d’avoir à rappeler cette évidence – comme on hésite à préciser que c’est justement parce qu’on a lu et étudié ses textes qu’on en a rejetés tous les principes fondateurs et qu’on ne partage pas ses idées. Pour autant, il serait vain, absurde et représentatif d’une défaite de la pensée typique de notre époque de tenter de les effacer de l’histoire nationale alors qu’il faut au contraire les montrer pour dire ce que fut aussi la France de ce temps-là.

Rares sont les élites qui ont échappé à son emprise, sinon à son empire, quitte à s’en défaire ensuite. Innombrables sont les étudiants de l’avant-guerre et de l’entre-deux-guerres qui ont reçu son influence, ou subi son imprégnation, avant d’évoluer par la suite et emprunter d’autres voies en défense et illustration de « la gueuse » comme Maurras la désignait avec mépris. On cite souvent les cas des anciens socialistes ou communistes (Marcel Déat, Jacques Doriot etc) passés dans les rangs du collaborationnisme sous l’Occupation ; mais plus remarquables encore sont les anciens maurrassiens que l’on retrouve dans ceux de la Résistance tel Henri Frenay, fondateur de Combat et bien sûr le général de Gaulle lui-même (il disait : « Maurras avait tellement raison qu’il en est devenu fou ») et bien des intellectuels par la suite de Pierre Boutang à Jacques Lacan en passant par Maurice Clavel ainsi que d’innombrables écrivains (Maurice Barrès bien qu’il n’accepta pas son royalisme, Proust, Mauriac, Gide, Malraux ont subi son attrait puis la génération suivante, Michel Déon qui fut son secrétaire, Jacques Laurent etc), historiens (Raoul Girardet, Daniel Cordier etc)

Après avoir accueilli l’accession du maréchal Pétain au pouvoir comme « une divine surprise », Maurras, replié à Lyon avec son journal plus que jamais germanophobe (« La France, la France seule » était sa devise) n’étant plus que son ombre dans les années 40, plus que jamais enfermé dans sa surdité, prouva à son procès après la Libération à quel point il était désormais décalé, archaïque et anachronique, hors du temps, et n’avait rien compris au film en accueillant la sentence par une formule longtemps ruminée et mûrie : «  C’est la revanche de Dreyfus ! ». Il a été condamné le 17 janvier 1945 à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale pour intelligence avec l’ennemi.  Mais le vrai responsable de Vichy, celui dont les idées influencèrent le plus les hommes qui conçurent la Révolution nationale, du moins jusqu’au retour de Laval en 1942 (après, les plus radicaux lui reprochèrent d’être vraiment trop anti-allemand) c’est bien lui, Maurras.

l-ecrivain-et-homme-politique-charles-maurras-(1868-1952)-assis-sur-le-banc-des-accuses-assiste-a-son-proces-le-25-janvier-1945-au-palais-de-justice-de-lyon-photo-archives-afp-1517077982Faire l’impasse sur son rôle, son impact, son existence, c’est se condamner à ne rien comprendre de l’histoire intellectuelle, morale et politique de ce pays pendant un demi-siècle qui a vu passer deux guerres mondiales et une occupation par une armée étrangère. Cela, les historiens qui constituent le comité des commémorations nationales (Jean-Noël Jeanneney, Pascal Ory etc) l’ont bien compris en intégrant Maurras dans leur catalogue. Non pour en faire un héros national comme d’aucuns veulent le croire ( !) mais parce qu’il a compté. Autant si ce n’est davantage que certains noms qui figurent dans le cru 2018 : Maurice Druon, Survage, Pierre Emmanuel, Patachou …

Il n’y a rien de contradictoire, d’ambigu, ni même de paradoxal, à voir la République honorer dans le même temps un Jean Zay ou un Pierre Brossolette en les panthéonisant. En un temps où le pays est atteint de commémorationnite aigüe, ces historiens sont parfaitement conscients de la dimension politique de leur rôle. Ce serait leur faire injure que d’imaginer le contraire. Mais qu’on n’attende pas d’eux qu’ils confondent pour autant l’Histoire et la mémoire, même dans un tel comité. Françoise Nyssen, qui a signé la préface de leur catalogue comme le fit jadis son prédécesseur à son fauteuil Frédéric Mitterrand, a crû éteindre la polémique naissante par un communiqué de son cabinet :

« La ministre souhaite qu’il n’y ait aucune ambiguïté dans sa position et rappelle son rejet total des thèses et de l’engagement de Maurras. Elle s’appuie sur un travail d’historiens qui recensent des anniversaires clés de l’histoire de France. Il ne s’agit évidemment pas de célébrer le penseur de l’extrême-droite qu’était Maurras, mais au contraire de connaître son rôle dans l’Histoire de France ».

En ligne, la référence à Maurras a d’ores et déjà disparu. Le catalogue papier sera réimprimé sans le nom frappé d’indignité nationale. « Pour lever l’ambiguïté sur des malentendus qui sont de nature à diviser la société française» a dit le ministre en prenant cette décision. On verra bien si cela suffit à calmer ceux qui ont fait pression pour qu’il soit viré des commémorations (le catalogue fait pour chacun l’inventaire de toutes manifestations organisées à cette occasion : colloques, débats etc), les inévitables Dilcrah, Licra, SOS racisme et Alexis Corbière pour lesquels commémorer, c’est rendre hommage ; cette fois, Serge Klarsfeld n’aura même pas eu à se déranger. Le principe de précaution a frappé plus vite que l’éclair, et le honteux rétropédalage a suivi. charles-maurras1

Quant aux historiens du Haut Comité présidé par l’écrivaine Danielle Sallenave (et membre d’une compagnie, l’Académie française, qui avait exclu Maurras au lendemain de la guerre), une fois de plus, le pouvoir, qui avait pourtant sollicité leur expertise, s’est assis dessus ; on se demande bien ce que le premier ministre va pouvoir leur raconter en les recevant ces jours-ci : qu’ils n’ont pas bien compris qui était Maurras ? que sa ministre n’avait pas lu leur catalogue avant de le préfacer ? etc Mais pour mai 68, rien à craindre : pour commémorer, ça va commémorer ! Comme l’écrit la ministre dans la chute de sa préface :

« A vous qui aimez l’Histoire de France, à vous qui aimez la voir reprendre vie, je conseille chaleureusement la lecture du Livre des Commémorations nationales de 2018. Il vous apportera, j’en suis sûre, un grand plaisir et de belles émotions ! »

Et youpi l’Histoire de France ! Maurras était à peu près introuvable en librairie, en tout cas en format de poche. Ne restait plus que le Cahier de l’Herne à lui consacré paru il y a quelques années. Jean-Luc Barré, qui dirige la collection Bouquins chez Robert Laffont et sent bien ces choses-là, a pris il y a quelques temps l’initiative d’y remédier ; un recueil des oeuvres de Maurras doit paraître au printemps contenant outre L’Avenir de l’intelligence, des chroniques, des articles, les minutes de son procès, des essais, des romans, des poèmes et des textes théoriques. En attendant, les travaux pionniers d’Eugène Weber suivis de ceux de Victor Nguyen sur l’Action française, puis les biographies d’Olivier Dard (qui signe la notice « Maurras » dans le catalogue) et de Stéphane Giocanti permettent de mieux cerner le « phénomène Maurras » dans sa complexité et son étendue (la biographie que lui a consacré Pierre Boutang est si indéchiffrable que la pensée de son maître en devient incompréhensible).

Alors à la trappe, Maurras aussi. Eu égard à l’air du temps, si favorable aux ligues de vertus, à leur police de la pensée et leurs groupes de pression, c’était à craindre. Du moins dans le catalogue des célébrations nationales. Et encore, les vigilants ne se sont pas aperçus qu’y figurait également l’écrivain Jacques Chardonne mort en 1968… Attendez un peu qu’ils se réveillent ! Alors, en être ou n’en être pas ? Telle est la réponse, eût dit Woody Allen. Ni l’un ni l’autre, eût ajouté Cioran. Je préfèrerais ne pas, eût précisé Bartleby. Mais c’est naître qu’il aurait pas fallu! eût tranché Céline.

(« Maurras avec Pujo, Daudet et les dirigeants d’Action française défilant pour Jeanne d’Arc à Paris, à son bureau à l’Action française, se battant en duel contre Paul de Cassagnac en 1912, à son procès, à son bureau  » photos D.R.)

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1 460 Réponses pour A la trappe, Maurras aussi !

christiane dit: 5 février 2018 à 14 h 43 min

Raymond – 18h49
Vous lisant, je me dis que vous devez aimer écrire comme cela, au fil de la plume, comme on dit « au fil de l’eau » et que votre lecture de Proust en est allégée.
Antoine Compagnon, spécialiste de Proust (mais ne prétendant pas, lui…, en avoir le monopole, comme certaine…), lors d’un séminaire au Collège de France,intitulé «Proust en 1913», prononça ces paroles :
«En lisant de près « Du côté de chez Swann », je me heurte tout le temps à des phrases qui me posent des difficultés. Il y a des enquêtes complexes à mener sur la moindre expression. Proust lisait sept journaux tous les matins: d’une certaine façon, il faudrait tous les lire pour savoir d’où lui vient telle idée, tel adverbe. C’est un peu fou. »
Je pense souvent, aussi, que son écriture est complexe.
Proust avait tant lu, et tant retenu et pour nous lecteurs si divers la lecture n’est jamais pour les autres, elle est pour nous-mêmes.
Merci de nous avoir fait assez confiance pour nous offrir ce commentaire limpide.

D. dit: 5 février 2018 à 11 h 55 min

Genèse 2.15

L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder.

D. dit: 5 février 2018 à 11 h 51 min

L’homme n’est pas Dieu mais il est fait à son image.
Donc si Dieu travaille à la Création, l’homme y travaille aussi avec Lui quoique différemment, inspiré par Son Esprit. Et il se repose de même avec Lui sous l’influence de ce même Esprit.

renato dit: 5 février 2018 à 8 h 05 min

Dernier post à propos du raté.

Avec comme seule compagne la peur pathologique de ce qu’advient réellement — peur qui submerge tous les ratés qui vivent dans l’illusion permanente d’être au centre du monde — ; ordinairement inhibé et incapable d’authentiques provocations — paradoxales, insolentes ou licencieuses que ce soient —, le troll conduit sa vie en tartuffe pantouflard, car, puisqu’il est victime d’une vision paupérisée de la culture et de l’histoire, il vit englué dans la pure rhétorique d’une pensée politique sans lendemains — qui n’est, in fine, que l’expression tardive des mouvements anti-intellectuels de masse apparus vers la fin du XIXe siècle : refus du rationalisme libéral aussi que du marxisme scientifique et proscription de fonder l’action sur la pensée, donc ; heureusement, à la différence de à ses antécédents, il n’est pas capable d’action. Cela dit, s’il a envie de dire qu’il dise.

rose dit: 5 février 2018 à 7 h 34 min

Tarantino
ah le type qui a fait semblant de ne pas être au courant pour Uma Thurman face aux agressions de Weinstein ?

Delaporte dit: 5 février 2018 à 0 h 39 min

Comme si ce n’était pas suffisant, le scandale, Tarentino va consacrer son prochain film à Polanski :

« Ça se précise pour le prochain film de Quentin Tarantino. Ce neuvième long-métrage du réalisateur se déroulera en 1969 et parlera du meurtre de Sharon Tate, compagne de Roman Polanski à l’époque, par la « Manson family ». »

christiane dit: 4 février 2018 à 23 h 03 min

@TRUOMPEU dit: 4 février 2018 à 15 h 05 min
Joie de vous lire comme Chaloux ce jour. Mais il y a vraiment des commentateurs bornés, ici. A un de ces jours…

christiane dit: 4 février 2018 à 23 h 00 min

@JAZZI dit: 4 février 2018 à 14 h 50 min
Ah, vous pensez… c’est intéressant, ça. Vite allez déverser ces trésors dans le giron de Clopine. Elle va vous recevoir à bras ouverts…

Chaloux dit: 4 février 2018 à 22 h 27 min

Travail, oisiveté, qui peut le dire? C’est Thomas Mann qui remarque que si les créateurs ne passaient pas dix ou vingt ans à paraître ne rien faire, il n’y aurait pas de chefs-d’œuvre. Notre société ne veut pas de chefs-d’œuvre. Commencements d’une barbarie qui n’aura pas de limites.

rose dit: 4 février 2018 à 22 h 26 min

Si l’arbre meurt, après avoir
atteint sa perfection, c’est en tant qu’individu seulement : le spécimen
individuel ne disparaît que pour céder la place à des arbres nouveaux et
vigoureux. Le choix du symbole de l’arbre enveloppe donc à la fois
l’exaltation de la beauté d’une existence et le dépassement de la finitude
individuelle dans l’immortalité de l’espèce. Symbole individuel, l’arbre
renvoie implicitement à une pensée du collectif.

en ce moment, suis confrontée à un immense olivier grand comme une asperge.
deux choses, Gethsemani en témoigne : l’immortalité, la souche et les rejets
puis le rabattre aux Rameaux. Pourquoi aux rameaux ? Parce qu’il prendra la place du buis au cours de la cérémonie des rameaux.

Arbre sacré

Nicolas dit: 4 février 2018 à 22 h 12 min

Je l’ai quitté sous un beau ciel bleu, elle est un peu déçu et amère qu’elle me cite du Rivarol : « Celui qui pour aimer ne cherche qu’une rose n’est surement qu’un papillon. » Une psy qui n’a pas lu Sartre…
À demain

Ed dit: 4 février 2018 à 22 h 01 min

« épanouissement même spirituel, de la personne humaine »

On rejoint la pensée de Pascal. L’homme sans divertissement (le travail étant le plus efficace de tout) capable d’affronter la vie et donc la mort.
Ca se tient. Tout comme mes propos antérieurs, car les deux interprétations sont fondées, selon les textes sacrés. Vous savez bien que le propre de l’exégèse est de leur faire dire tout et son contraire.

rose dit: 4 février 2018 à 21 h 48 min

Mon corps souffle à perdre haleine et m’ordonne une pause.
Je reprends mon souffre et vois bien qu’il me manque une chose :
Même le premier de cordée grimpe

Ed,
dwpuis, grimpe en solo et sans assurance 😑

Delaporte dit: 4 février 2018 à 21 h 44 min

« Ca va pas bien, non ? C’est l’oisiveté. Dois-je rappeler que la paresse est un péché capital ? »

Qui dit abolition du travail, comme moi, ne dit pas « paresse » ou « vice ». Au contraire. Car ce serait alors le plein épanouissement physique et intellectuel, et même spirituel, de la personne humaine. A vos réactions stupéfaites, on constate le chemin qu’il y a encore à parcourir…

Giovanni Sant'Angelo dit: 4 février 2018 à 21 h 43 min


…de toutes façons, c’est en carte-mémoire, mes textes,…
…pourquoi, je hais, les juifs, les arabes, et les vénitiens de souche,…
…Constantinople & Byzance,!…pour un monopole d’affaires des vénitiens,…
…dans, la série, balance ton porc,…etc,…maudits soyez-vous, pour l’éternité,…Go,!…

rose dit: 4 février 2018 à 21 h 42 min

D.
c la cuisson de la viande qui était parfaire : une heure et quart à feu mini.

Ce n’est pas le travail qui est dur mais les conditions de travail.
écoutais il y a qq jours une émission sur FC où ils parlaient de l’absentéisme qui va en augmentant des burns out etc.
À aucun moment il n’a été évoqué la souffrance au travail.
J’étais estomaquée.
Il me semble que le travail est épanouissant s’il se passe dans de bonnes conditions.

Clopine dit: 4 février 2018 à 20 h 41 min

Bon sang, qu’est-ce que je suis contente d’avoir fait autre chose, ce dimanche, que lire les élucubrations de Christiane – qui devrait définitivement arrêter de cherchee à comprendre Proust, ou même, carrément, de persister à le lire. Je crois qu’il me reste, de l’héritage maternel, quelques « veillées des chaumières ». Je les tiens à sa disposition, elle y prendrait sûrement plus de plaisir et au moins, elle pourrait peut-être arriver à cerner précisément de quoi il est question, dans cet honorable magazine…

Nicolas dit: 4 février 2018 à 20 h 28 min

LA GLOIRE (I)
La Gloire est, comme fille capricieuse, farouche
À qui lui fait la cour avec des genoux trop serviles,
Mais elle se livre à quelques gars indifférent,
Et tombe surtout folle d’un coeur insouciant;
C’est une gitane qui ne parlera point à ceux
Qui n’ont point appris à être heureux sans elle;
Une coquette à qui, près de l’oreille, l’on a jamais rien sussuré,
Et qui pense que médit d’elle quiconque parlé à son sujet.
C’est une vraie gitane, née sur les bords du Nil,
Belle-soeur du jaloux Putiphar.
Vous bardes d’amour malades! Rendez-lui mépris pour mépris.
Vous artistes d’amour éperdus! Insensés que vous êtes,
Tirez lui votre plus belle révérence et dites lui adieu.
Alors, si cela lui agréé, elle vous suivra.
Keats

Ed dit: 4 février 2018 à 20 h 20 min

« le travail est une saloperie profane »

Ca va pas bien, non ? C’est l’oisiveté. Dois-je rappeler que la paresse est un péché capital ?

Delaporte dit: 4 février 2018 à 20 h 08 min

N’essayez pas de nous faire gober que l’homme ne doit pas travailler alors que Dieu lui-même a travaillé pendant 6 jours. »

Mais Dieu s’est reposé le 7e. Le repos de Dieu est la perfection du sabbat. C’est l’idéal à atteindre. Le repos est « sacré », au sens fort du terme, alors que le travail est une saloperie profane. Tel est le message divin.

raymond dit: 4 février 2018 à 18 h 49 min

C’est un murmure au creux de l’oreille, je sais bien il dure trois mille pages mais justement quand c’est commencé on ne peut plus s’arrêter, écrire c’est cette drogue là et son contempteur a raison de dire que c’est une drogue, car il n’en finit pas de parler à l’intérieur de la tête, Proust a trouvé la bonne distance qui est entre la veille et le sommeil, il a trouvé le filon l’endroit précis où l’artiste se situe, lieu magique c’est vrai, il a le bon ton, comme on le dirait d’un musicien, le rêve absolu de l’écrivain, être musicien, dans cet entre deux, ni conscient ni inconscient, mais prenant à l’un et à l’autre quand même et ne pouvant plus s’arrêter, car quand on en a goûté on ne peut plus s’en dépatouiller, ça oblige, l’écriture, ça oblige et ça avance et on voudrait que ça ne s’arrête plus jamais, c’est là qu’est l’éternité de l’art… comme c’est simple.

D. dit: 4 février 2018 à 18 h 34 min

Content que ça vous ai plu, Rose.

Delaporte… Ce texte de Job concerne non pas le travail mais la condition de l’homme après le péché originel. N’essayez pas de nous faire gober que l’homme ne doit pas travailler alors que Dieu lui-même a travaillé pendant 6 jours.
Le travail est bon et cela implique un bon travail…pas grand chose à voir avec ce que nous propose notre société en voie de mondialisation avec Macron et Attali portant l’étendard du travail rendant l’homme malheureux, de l’homme rendu malheureux par son travail.

christiane dit: 4 février 2018 à 18 h 08 min

@TRUOMPEU dit: 4 février 2018 à 15 h 05 min
Je reviens à votre commentaire. A cette vérité. A cet « il ne veut… il ne peut ».
A cet essai de Deleuze sur « Proust et les signes ».
Dans le « Temps retrouvé », il est prêt à renoncer à l’écriture (d’où le passage sur les échasses à la fin du livre). Qu’est-ce qui l’empêche de renoncer constatant ce « temps perdu » dans des amours et des amitiés illusoires, décevantes, voire impossibles ? Qu’a-t-il trouvé dans l’art ? Quel lien entre permanence et réminiscence ? Une matière pour l’œuvre à venir, construite sur la répétition de ces séries amoureuses subjectives. Pourquoi a-t-il eu besoin d’être amoureux d’une femme pour aller vers l’homme ? Le monde de l’amour des femmes d’Albertine l’excluait comme ses désirs envers l’homme excluait la femme… Enfin, après la jalousie, il cessa d’aimer celle près de laquelle il s’ennuyait. Comme s’il avait besoin de ces amours qui échouent. Est-ce cela cette vérité surgie de ses impressions, creusée dans la mélancolie de sa vie comme une matière de l’œuvre à venir ?

Delaporte dit: 4 février 2018 à 17 h 54 min

Aujourd’hui, à la messe de ce dimanche, longue et admirable jérémiade de Job sur le fléau du travail humain et de la condition de l’homme ; un homme qui n’aspire qu’au repos du sabbat :

Job prit la parole et dit :
« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée,
il fait des journées de manœuvre.
Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre,
comme le manœuvre qui attend sa paye,
depuis des mois je n’ai en partage que le néant,
je ne compte que des nuits de souffrance.
À peine couché, je me dis :
“Quand pourrai-je me lever ?”
Le soir n’en finit pas :
je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube.
Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand,
ils s’achèvent faute de fil.
Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle,
mes yeux ne verront plus le bonheur. »

vedo dit: 4 février 2018 à 17 h 40 min

Nouvelle traduction en anglais des Confessions, qui semble être le livre le plus souvent traduit en anglais. Inépuisable.

Ort dit: 4 février 2018 à 17 h 23 min

JAZZI 12 h 14 min
Merci du passage, terrible portrait en effet – à faire penser à une madame d’Heudicourt des Lettres, en plus sournois . Je n’avais rien lu de François Nourrissier, mais sur la foi de cet extrait, il n’a pas peur de tendre au rabâchage. Passe encore les bénins:
… mitraillait sans répit…
… encore balbutiant…
… naturellement du génie…
Mais alors au quadruplé, j’ai tiqué:
… Je garde, cachées au fond de profonds tiroirs …

Ed dit: 4 février 2018 à 17 h 07 min

Traduction terminée. Et un petit poème pour clore le weekend. Trop de commentaires à rattraper pour pouvoir participer au débat proustien !

Le courroux d’Aquilon a déraciné mon chêne
Celui à l’ombre duquel je m’avachissais
Quand la chaleur peu à peu me desséchait.
Âme libre et apatride, seule l’envie me mène :
Je jouis de la ville, fends la plaine, descends le vallon,
Franchis chaque jour le Rubicon et escalade les roches.
Telle une chevalière moderne sans peur et sans reproche,
Rien ne peut m’effrayer et je ne cesse de prendre du galon.

Mais alors que je cours, détachée, d’un but à l’autre sans soutien,
Mon corps souffle à perdre haleine et m’ordonne une pause.
Je reprends mon souffre et vois bien qu’il me manque une chose :
Même le premier de cordée grimpe avec d’autres terriens,
Aucun Homme ne se promène dans la tornade rose et noire de la vie
Sans le moindre juge pour lui décerner des couronnes d’épines et de laurier.
Et lorsque la tempête fait rage et anéantit l’arbre repaire de l’expatriée,
Elle devient bise sur sa joue et lui susurre : « sans racines, aucun être ne survit. »

Delaporte dit: 4 février 2018 à 16 h 40 min

Uma Thurman, je trouve qu’elle a toujours eu beaucoup de classe, indépendamment des navets dans lesquels cet enfoiré de Weinstein l’a fait jouer. Elle a eu beaucoup de courage de dénoncer l’affreux mogul. Cela fait un acte délictueux de plus à mettre au dossier. Je prévois à Weinstein le même destin que Tariq Ramadan…

JAZZI dit: 4 février 2018 à 16 h 14 min

Bloom, un autre extrait de F.Nourissier :

« Je me souviens de ce soir, à la Maison de la culture de La Rochelle, où, encouragés par les sarcasmes de Robbe-Grillet, des profs affolés de mode me riaient au nez quand je leur suggérais de lire « Un balcon en forêt », « L’Oeuvre au noir », « Belle du Seigneur », « La Semaine sainte ».
Je pourrais pendant des pages et des pages donner d’autres exemples de cette raideur doctrinaire, de ce refus d’explorer, qui bloquent le goût en France. Sans doute, demain, d’autres remous nous imposeront-ils à nouveau proscriptions et excommunications. Il faudra les refuser avec le même inlassable éclectisme qui est, face aux tyrannies de la bêtise, la seule attitude inflexible. A défaut d’être des héros, nous continuerons d’être de grands lecteurs : il y faut parfois une espèce de courage. »
(in « A défaut de génie »)

JC..... dit: 4 février 2018 à 15 h 55 min

« Uma Thurman a trouvé la force de raconter ce que lui a fait Harvey Weinstein, son récit est glaçant » (Gala)

Je tremble !… Le jour où les folles du pays d’Occident, les belles du pays d’Orient, les névrosées de Wonderland, auront la force de raconter ce que je n’ai pas osé leur faire alors qu’elles auraient bien aimé, leur récit sera brûlant !

Alors, c’est clair, les procureurs et les procureteuses seront en bandaison réglementaire !

christiane dit: 4 février 2018 à 15 h 28 min

@TRUOMPEU dit: 4 février 2018 à 15 h 05 min
Savez-vous ? En 2013, j’ai écouté, assise au premier rang du salon Roger Blin (Odéon), Jean-Yves Tadié évoquer « Exils » de James Joyce en présence de Jean Michel Rabaté. Assise en contre-bas de l’estrade, je pouvais le dessiner, prendre des notes dans l’invisibilité. Voici l’enregistrement de cette rencontre.
http://www.theatre-odeon.eu/sites/default/files/18_Folio_Joyce-Exils.mp3
Je découvrais sa voix, ses gestes, son intelligence du texte.
Je découvrais un penseur, un chercheur passionné de littérature, de théâtre.
J’ai suivi, ensuite, ses travaux, avec intérêt… me souvenant de sa vois, de ses mains, de ce visage comme sculpté par Giacometti.
Ceci dit, votre commentaire me plaît par ses questions ouvertes, ses indices (concerne « l’apprentissage » des signes).
Quand vous écrivez : « Tout le problème c’est que l’oeuvre (le corpus de texte) ne dit pas (ou sous des formes métaphores indéchiffrables) d’où elle vient au sein de la Vérité (ou origine) de l’homme-écrivain ». Je sens que je frôle quelque chose d’important dont je me rapproche. Ah, si vous pouviez en dire plus…

TRUOMPEU dit: 4 février 2018 à 15 h 10 min

15-01
« Nauséabonde »…
—-
FinkelK à eu la sagesse de dire à la cantonade (of course),
cessez d’employer ce mot sans arrêt, vous êtes ridicules…

christiane dit: 4 février 2018 à 15 h 06 min

@Paul Edel dit: 4 février 2018 à 14 h 51 min
Bien sûr, Paul, à chacun sa lecture. Moi social… moi de l’écrivain… Distinction récurrente en pays d’écriture, pas si évidente pour le lecteur.
Je me souviens d’un billet de Passou sur le manteau de Proust…

TRUOMPEU dit: 4 février 2018 à 15 h 05 min

12H 44
« Il (Prousto) parle bas, oui, pour dire qql chose qu’il ne veut pas dire et qu’il ne dit pas, qui ne se laisse pas rendre présent… Ecrire me semble pour lui un labeur… pour ne pas oublier ce qu’il a été… »
———-
C’est très joliment dit !

Mais à ‘ne veut pas dire’, à ‘ne pas oublier’… il faut résolument substituer -ce qu’il ne PEUT pas dire- & -ce qu’il A oublié-…
Et ce, pour avoir une chance d’être de plein pied dans le Recherche…

Sinon, eh bien ce sont les banalités sur ‘l’inconscient’ (qui est une sorte d’auberge espagnole, et qui comme l’a dit un autre contributeur, peut s’appliquer à tt individu).
En effet, en rester à la ‘mémoire’ (comme s’il nous était permis dans l’introspection de se souvenir de tout – à ce sujet voir Saint Augustin dire humblement: je m’efforce de rassembler ce qu’on a dit sur moi, ce qu’on m’a rapporté, ce qu’il me semble avoir été…), oui c’est bien le piège des pièges inscrit dans la fiction de la Recherche (avec ses accents freudiens justement).

Et c’est tout le tort de Tadiè qui est une sorte de survivant du Barthésianisme Sorbonnard… D’entrée de jeu de sa monumentale Bio (qui a bien sûr son intérêt), il adopte sans la réserve qui serait d’usage, le point de vue de « Proust contre Sainte Beuve » en disant que l’écrivain ne saurait être celui qui dans la vie, etc, etc…
« La véritable biographie d’un écrivain est celle de son oeuvre (écrite) »
« …un grand artiste cesse d’être un type (le quidam de la vie) et, irrémédiablement différent, échappe à l’histoire (sic) et aux structures »
(mais alors pourquoi évoquer l’inconscient qui ‘sans histoire’ est la structure des structures pour les adeptes de la théorie en question ?)

Tout le problème c’est que l’oeuvre (le corpus de texte) ne dit pas (ou sous des formes métaphores indéchiffrables) d’où elle vient au sein de la Vérité (ou origine) de l’homme-écrivain. Et que ce dernier ne peut absolument pas se souvenir de ce passé (c’est tout le mythe psychanalytique prétendant faire dire à l’analysé
depuis son seul discours – dans ‘Souvenir de Léonard de Vinci..’ Freud dit en somme que tout est trop ancien, que les preuves manquent… et alors, il en profite et déballe ce qu’il veut dire – ce qui est peut-être sa vie à lui d’ailleurs!- en ayant soin d’ajouter que ça n’expliquera rien de l’Art! eh oui…).

Une fois encore, tout l’intérêt du livre de Deleuze (qui avec Foucault) sont (ou étaient) des anti FreudienS, c’est de nous indiquer que s’il est bien sûr question de la mémoire dans la Recherche, l’essentiel est autre, et concerne « l’apprentissage » des signes (depuis les plus basic autour de soi, jusqu’à ceux de l’Art, gardien des ‘essences’ vers lesquels il faudrait s’en retourner contre toute intelligence et transcendance. Bref il revisite la réminiscence platonicienne qui est une merveille, à mille lieux au-dessus du freudisme. Sans doute Deleuze n’a pu aller au-delà, et nous expliquer ce que fut cet « apprentissage » chez Proust, qui lui faisait interminablement liaisonner et métamorphoser ses phrases (types) de signe en signe.
Cela, ne dépend que de l’histoire et non pas de l’exégèse infinie des textes, et pire de l’histoire de la littérature comparée.

eric levergeois dit: 4 février 2018 à 15 h 04 min

la discussion ayant viré aux débats proustiens proustolâtres, je place avec discrétion un exercice (avec moins de talent bien sûr) un peu apparenté aux Pastiches Lemoine que j’avais intitulé à l’époque « la seconde mort de Bergotte » inspiré par une visite ratée à la Pinacothèque de Paris qui était près de la Madeleine en 2010 — sinon taper « seconde mort de Bergotte » — pour les amateurs humoristes.

Bloom dit: 4 février 2018 à 15 h 01 min

Phil, espérons que la correspondance Chardonne ne soit pas trop caviardée !

Elle pue déjà l’avarié, alors si en plus elle est caviardée, ses effluves nauséabondes vont bientôt monter aux fenêtres de la rue de Valois. T’es un agent anti-Chardonne, Baroz, tu cherches à faire interdire cet écrivain de seconde zone, collaborationniste & bouffeur de juifs. En fait, on dirait pas comme ça, mai t’es presque républicain!

Giovanni Sant'Angelo dit: 4 février 2018 à 14 h 58 min


…des excuses planétaires et dommages et intérêts perpétuels,…la vengeance des comptes,…et vos châteaux, !…je suis tout cela,!…
…Ah,!Ah,!…tout en esprits, et riens d’annotés,…
…à nos  » échecs et matheux  » perpétuels, des paradis fiscaux, sur l’herbes à mâcher,!..les moutons malins,…
…rien sur peaux de vélin,…etc,…Go,!…

Paul Edel dit: 4 février 2018 à 14 h 51 min

chacun sa lecture Christiane. je parlais du Contre Sainte Beuve pour vous expliquer que Proust avait pris bien soin de dissocier le moi social du moi de l écrivain. c est raté! mais laissez moi lire Proust bien autrement que vous…

JAZZI dit: 4 février 2018 à 14 h 50 min

« Oui, c’est le « Contre Sainte-Beuve » que vous évoquez plus que « La Recherche » »

Tout au contraire, Christiane. Je pense que Paul parle de l’oeuvre, pas de la maladie et de la vie réelle…

christiane dit: 4 février 2018 à 14 h 32 min

@Paul Edel
Oui, c’est le « Contre Sainte-Beuve » que vous évoquez plus que « La Recherche ». Livre, dans ses premières pages, centré sur « les cloisons ébranlées de sa mémoire par des sensations » (dont celle du pain grillé dans le thé). Là, il fait renaître les étés qu’il passait dans la maison de campagne, les odeurs de géranium, d’orangers, cette sensation de lumière et de bonheur. Son refuge. Son pays… imaginaire. Son pays d’enfance… Un passé qu’il pensait ne pas revivre et qui l’attendait, blotti dans des objets, des odeurs, loin du travail de l’intelligence, plus près de l’instinct (tout effort conscient de se réapproprier le moi profond lui paraissait vain vain). Proust y entrelace ces souvenirs d’enfance avec ses objections à la méthode critique de Sainte-Beuve (Transposant, selon lui, les procédés des sciences naturelles aux études littéraires).
« La Recherche » nous guide vers des sentiers autrement plus cruels dans la succession de ses livres… Proust n’est pas qu’un poète. Il est capable d’écrire la perception d’une sensation « soudée intimement à son écho intérieur », un mouvement de l’âme, mais aussi les turpitudes de l’Eros…

Proust était malade. C’est aussi la maladie qui l’a dirigé vers l’écriture. Je pense parfois à Joë Bousquet et ses lettres à Poisson d’or : « Je cherche une clarté qui change tous les mots. »

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