de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Annie Ernaux désincarcère la fille de 58

Annie Ernaux désincarcère la fille de 58

Je n’ai jamais compris que l’on puisse décréter que certains livres étaient, comme l’on dit désormais atrocement, « genrés ». Entendez qu’ils étaient destinés soit à des lecteurs soit à des lectrices. Aux uns les récits de guerre et d’aventures, aux autres, l’univers des sentiments. Cela commence souvent dès la littérature « Jeunesse » et cela se termine place de la République où des réunions féministes de la Nuit debout sont interdites aux hommes. C’est à peine si j’ose avouer que j’ai toujours préféré Virginia Woolf à Robert Louis Stevenson, et une Chambre à soi à L’ïle au trésor, mais j’arrête là pour ne pas déclencher une polémique chromosomique.

J’y repensais en lisant le nouveau livre d’Annie Ernaux Mémoire de fille (150 pages, 15 euros, Gallimard) qui aggrave l’affaire avec son titre. Un livre pareil, dans le métro, un homme aurait presque envie de le lire uniquement en format Kindle afin que nul n’en voie la couverture. Vous imaginez : lui, Mémoire de fille ! Prenant mon courage à deux mains, j’ai bravé les quolibets (mais je me suis arrêté avant « République », tout de même). Et je ne l’ai pas regretté, pour celui-là comme pour La Place, Les Années, La Honte, L’Evénement, Passion simpleUne oeuvre, une vraie, sous-tendue par une sensation du monde et un projet d’écriture. Cette voix de transfuge de classe portée par une écriture au couteau est née en 1974 mais nous accompagne vraiment depuis 1983. On l’attend, on la guette, on l’espère. On tempête les rares fois où elle s’égare (L’Ecriture comme un couteau) et le reste du temps, on la reçoit à chaque fois comme si c’était la première fois. Le cercle amical est vaste si j’en juge par l’accueil que lui font les libraires, et à travers eux leurs fidèles lecteurs, partout en France.dali

Donc, Mémoire de fille. C’est ce qu’on veut mais pas un roman, ni tout à fait un journal ou un témoignage. Disons un récit. Nous sommes à l’été 1958 dans une colonie de vacances de l’Orne ; en « colo », lieu par excellence de l’expérience collective de la liberté. L’auteur(e), qui quitte pour la première fois son bled d’Yvetot, son pensionnat catholique, son Bal de l’Ecole régionale d’agriculture, se souvient de sa première nuit avec un homme à presque 18 ans. Une nuit qui l’irradia durant deux ans. Son corps n’est que désir, son esprit n’est qu’orgueil, son âme veut vivre une histoire d’amour. Que sait-elle de la chose ? La première nuit de Cosette et Marius dans Les Misérables. Ce sera légèrement différent. Lui, c’était le moniteur de 22 ans, dans le civil prof de gym au lycée technique Marcel-Sembat à Rouen ; il faisait d’elle ce qu’il voulait, elle en était captive. Elle l’appelle Le Maître. L’aimer alors qu’il ne tarde pas à la rejeter la fait plonger dans sa folie au plus profond de son secret.

« Ce n’est pas à lui qu’elle se soumet, c’est à une loi indiscutable, universelle, celle d’une sauvagerie masculine qu’un jour ou l’autre il lui aurait bien fallu subir. Que cette loi soit brutale et sale, c’est ainsi ».

Par lui bafouée, par les autres moquée, elle ne vit que pour ça. Puis elle entre en classe de philosophie au lycée de Rouen, se retrouve confrontée à d’autres réalités, prend du recul, juge celle qu’elle fut juste avant, sa fuite dans la boulimie, l’éprouvant vécu de l’aménorrhée, la séparation d’avec les autres filles, en conçoit de la honte mais ne parvient pas à oublier. Tout la ramène à lui à commencer par les chansons de ce moment-là, Mon histoire c’est l’histoire d’un amour de Dalida décidément au top ces derniers temps puisqu’elle scandait également la rencontre des parents de Christine Angot dans Un amour impossible. D’en entendre l’écho lointain dans le couloir du RER longtemps après suffira à l’ébranler. C’est ça, les chansons. Plus encore que les photos. Ca vous rattrape au moment le plus inattendu et ne vous lâche pas. Pour elle, le même effet de dévastation qu’en 1958, lorsqu’elle avait vu Les Amants de Louis Malle à l’Omnia et qu’elle était Jeanne Moreau aux accords du sextuor No 1 de Brahms, jusqu’à se substituer à elle dans le lit pour y retrouver l’homme de la colonie.

amants 2Le temps a passé et elle interroge celle qu’elle fut. Parvenue à maturité de son œuvre, l’écrivain(e) a toujours pensé qu’il y aurait un trou, un blanc, un vide dans sa vie tant qu’elle n’aurait pas écrit ce qu’elle a vécu dans ce moment décisif pour son éducation sentimentale. Elle n’a cessé de tourner autour de ce point aveugle sans oser y toucher. Elle avait déjà réussi à liquider la tentative de meurtre de son père sur sa mère, puis son avortement clandestin ; manquait cette nuit-là, ciel de traîne de ce qu’elle évoquait dans Les Années. Tant qu’elle ne l’aurait pas jetée sur le papier, avec tout ce que ça a charrié jusques et y compris l’assèchement des ovaires, elle y aurait été encore incarcérée.

Une première tentative de cerner ce qu’elle appelait « le projet 58 » dans ses archives a échoué en 2003. La seconde a réussi à 75 ans, en écrivant «  au présent antérieur » et en alternant la première et la troisième personne du très singulier, manière d’inventer « une quatrième personne du singulier » dans sa folle quête de la présence réelle. Des lettres qu’elle envoyait à l’époque à une amie, et par elle restituées depuis, l’ont aidé à reconstruire cette dissolution de son être et la honte qu’elle en conçut (« honte » est le mot qui revient le plus souvent sous sa plume, dans sa bouche). Des photos noir et blanc à bords dentés, prises au Brownie Flash Kodak en bakélite, retrouvées aussi. Ses lectures de l’époque juste après, les Sartre et les Camus, et bien sûr le Deuxième sexe où elle découvre sous la plume de Beauvoir que « La première pénétration est toujours un viol » ce qui curieusement ne correspond pas à son souvenir, malgré les insultes, les « siphonnée », les « putain sur les bords » entre autres.

Elle s’est si profondément immergée dans celle qu’elle fut, écartelée entre appropriation et mise à distance de son moi, que le passé en est devenu plus présent que le présent. Rarement l’incipit et l’excipit se seront aussi bien correspondus dans un récit, l’un miraculeusement en résonance de l’autre et réciproquement avec une économie de moyens, une densité, une intensité et une précision qui forcent l’admiration. Ca commence ainsi :

« Il y a des êtres qui sont submergés par la réalité des autres, leur façon de parler, de croiser les jambes, d’allumer une cigarette. Englués dans la présence des autres. Un jour, plutôt une nuit, ils sont emportés dans le désir et la volonté d’un seul Autre. Ce qu’ils pensaient être s’évanouit… »

Et ça s’achève par ces mots qui constituent sa toute première note d’intention à son seul usage :

« Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé ».

Tout est dit. A ceci près qu’il y a du bonheur dans cette résurrection, malgré ce qu’elle charrie comme mémoire douloureuse. On sent l’auteure jubiler. Elle s’est donnée pour mandat de raconter ça car nulle autre ne le fera. Elle assure que les femmes ne seront pas les seules à s’y retrouver, puisque toutes ont connu une première fois ; les hommes aussi. Car au fond, ce n’est pas seulement de la première nuit qu’il s’agit mais au-delà, de la honte et de l’humiliation qui sont le territoire de tous.

L’écriture blanche (ici les premières pages) ne gâte pas l’émotion, sans laquelle il n’y aurait pas de livre. Du moins pas de livre d’elle ; la langue, traitée à l’os, y est au service de l’émotion. Annie Ernaux réussit à rendre bouleversant ce qui la bouleverse encore quand elle l’écrit car elle a su trouver la vérité de son récit : « saisir la vie, le temps, comprendre et jouir ». La fille de 58, comme elle s’appelle et se traite, est enfin désincarcérée.

(Photos extraites des Amants de Louis Malle)

 

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commentaires

688 Réponses pour Annie Ernaux désincarcère la fille de 58

Widergänger dit: 11 mai 2016 à 19 h 13 min

Si, si, je le supporte très bien. Tant mieux si je me trompe. Mais soyons tout de même prudent, et attendons quelques années pour voir ce qu’il en sortira. Il est trop tôt pour en juger.

Bloom dit: 11 mai 2016 à 16 h 43 min

On se consolera (si je puis dire) en rappelant que sur l’index du bonheur (qui mesure l’estime de soi, le sentiment d’être heureux, etc.), les Français font moins bien que les Irakiens. Tout s’explique.

Widergänger dit: 11 mai 2016 à 16 h 15 min

Bloom dit: 11 mai 2016 à 11 h 03 min
Il y a 4 millions de musulmans en France, ou à peu près…Et le gugus de 9 h 43 min se permet d’écrire ce qu’il écrit…
__________
Je crains fort, au contraire, que le gugus de 9h43 ait raison.

guillaume dit: 11 mai 2016 à 11 h 52 min

Bloom dit: 11 mai 2016 à 11 h 03 min
Bien envoyé à tous ces c qui se prennent pour des nostradamus et font le jeu de ceux qu’ils prétendent combattre

Bloom dit: 11 mai 2016 à 11 h 03 min

Il y a 4 millions de musulmans en France, ou à peu près…Et le gugus de 9 h 43 min se permet d’écrire ce qu’il écrit…simple d’esprit ou provocateur, aucune importance; sa théorie – écoute toi le black et toi le reubeu, restez dans votre cité pourrie et vous avisez pas de briguer un poste de pouvoir, comme ministre de l’éduc nat ou du travail, parce que vous charriez la charia…
Plus bouffon que ça, tu meurs, la mort de mes os.

rose dit: 11 mai 2016 à 10 h 40 min

Le livre en question est Cartier-Bresson, L’oeil du siècle

chez Plon.

La discrétion de Gracq était la même concernant sa vie privée ; Nora Mitrani et autres femmes aimées par lui n’ont pas participé aux jeux médiatiques de l’homme public. Puisqu’il n’en était pas un.

rose dit: 11 mai 2016 à 9 h 55 min

Je suis tout à fait d’accord sur le cheval de Troie.
Plus que l’affichage des bus, qui est symptomatique, certes, d’une épidémie, je regarderai de qui il s’entoure, qui il promeut (qui il favorise) avec qui il gouverne en tant que maire d’une grande capitale européenne.
Son intégrité, ses influences.
Les décisions prises.
Son attitude face aux migrants de Calais.
Sa position par rapport au Brexit.
Ensuite, je regarderai ses lobbyistes.

Ensuite, on verra.

En tout cas, la politique du nombre fait partie intégrante du risque.

Ceux qui se réjouissent sont de ceux qui ont à gagner.

berguenzinc dit: 11 mai 2016 à 9 h 43 min

Le nouveau maire de Londres n’est pas seulement un fils de contrôleur de bus , issu d’une famille modeste, travailleuse et dévouée à l’Angleterre. Il est le cheval de Troie lisse, présentable, « super-dynamique », sympathique , tolérant que les fondamentalistes islamistes ont fabriqué pour, définitivement , nécroser la civilisation européenne. Il y avait déjà Tariq Ramadan, nous la jouant intellectuel « mettable », mais il n’était adulé que par les intellectuels de gauche, niais et myopes, collabos et velléitaires, donc il n’avait pas d’assise « populaire ». Là, c’est une formidable réussite.
Bien sûr que Sadiq Khan sst plus efficace que les débiles de daesh, car il annonce, désolé, de vous choquer, l’islamisation des fondements idéologiques, culturels, anthropologiques de l’Europe.

Comme d’habitude, comme les intellos français pendant l’Occupation, , les bons esprits si tolérants se réjoussent de ce qu’ils pensent être l’acmé de la société multiculturelle. Pitoyable !

il faut revoir « Les Chinois à Paris » de Yanne, qui moque les « collabos anticipateurs »…

rose dit: 11 mai 2016 à 9 h 35 min

Une des premières choses, me semble-t-il, outre l’affichage sur les bus (il y a quelques années, à Rome, dans le métro c’était « Tua excellenza » qui m’avait fort ravie subrepticement. Et c’était pour les gosses qui, foutant un gros souk en classe de manière à ce qu’on les aime (papa ne veut plus de toi, il s’est recasé, maman ne veut plus de toi elle est en train de se recaser) ne savent ni lire ni écrire, compter n’en parlons pas, tellement obnubilés par l’image de matadors qu’ils se construisent.

Type d’entreprises privées qui font fortune : comme autres people. Dont le but premier est de faire fortune.

L’affichage sur les bus, qui cela influence-t-il ?

Pas grand monde, non ?
Mais, que cela participe au prosélytisme d’accord.

Bonne journée à tous,

rose, dubitative.

tum dit: 11 mai 2016 à 9 h 28 min

erraNon Passou signale que, ce qu’il a pris pour un canular de prime abord semble être une réalité qu’il va bien falloir regarder en face.

rose dit: 11 mai 2016 à 9 h 27 min

Non Passou signale que, ce qu’il a pris pour un canular d exprime abord sévère être une réalité qu’il va bien falloir regarder en face.
Surtout quand l’on vous dit gentiment « eh ben ma soeur à 33 ans a six enfants c’est mektoub madame ».

Non, c’est pas mektoub : les femmes ne sont pas des ventres. La régulation des naissances pour lutter contre la pauvreté du tiers monde est prégnante plus que jamais.

Je constate dans mon entourage proche : beaucoup de gens font un troisième enfant et, autour, nombre d’autres se lancent dans un prosélytisme échevelé.

Le savoir permet de lutter.

Et contrairement à WdW, je ne pense pas que seuls les juifs soient en première ligne : je pense que nous sommes tous en première ligne.
Me demande si Welbeck est prescient.
Pense au procès des ceux qui ont participé au massacre des Tutsi : j’ai compté, dans ma voiture, en partant travailler : ils avaient 36 et 42 ans il y a 22 ans, ceux qui sont jugés aujourd’hui.

Lorsque l’on commet un massacre, on le porte.

Bloom dit: 11 mai 2016 à 9 h 20 min

Il dévie sur l’Irlande pour donner le change…

Il critique les choix éditoriaux d’une revue à laquelle il est abonné.
Apprenez à lire, et revenez quand vous serez plus présentable, water closet.

rose dit: 11 mai 2016 à 9 h 20 min

Après une nuit d’insomnie, enfin quatre heures de sommeil ou rien c’est kif kif, je me suis dit « il me semble que j’aurais envoyé trois livres d’autres auteurs majeurs à mes yeux, mais pas les miens ».

Cela m’a semblé impudent.
Et aussi outrepasser ce qu’aurait désiré Julien Gracq qui a si soigneusement trié les volumes de sa bibliothèque (il y a un Assouline d’ailleurs dedans).
N’étant pas Annie Ernaux, j’ai laissé courir, comme la Loire en crue sous les fenêtres de Julien Gracq qui courait vite vite vite vers Saint Nazaire et le grand océan.

Bloom dit: 11 mai 2016 à 9 h 18 min

Passou a bien remis ce pauvre Bloom à sa place…

Que nenni, watère closer, apprenez à lire et revenez quand vous serez plus présentable…

rose dit: 11 mai 2016 à 9 h 15 min

Sur Annie Ernaux je peux dire une seconde chose, sans doute de peu d’importance mais qui m’a, toutefois, marquée.
Visitant à Florent le Vieil le grenier à sel qui jouxte la maison de Julien Gracq, au premier &étage il y a une bibliothèque couvrant tous les murs d’un grand rectangle;
Puis, les livres sont classés.
Il y a les livres perso. de Julien Gracq, les seuls intéressant à mes yeux, ou ceux qu’il a gardés parmi ceux qui lui ont été envoyés, puis, les autres.
Ils sont séparés par des pastilles de couleur;
Les responsables de cette maison d’écrivain, la maison de Julien Gracq selon ses voeux testamentaires est devenue une maison d’écrivain, ont écrit à différentes sommités littéraires pour leur demander « quels livres voudriez-vous voir figurer dans la bibliothèque idéale (c’est moi qui connote) de Julien Gracq ?

Et Annie Ernaux a envoyé trois de ses propres bouquins dont La Place.

closer dit: 11 mai 2016 à 9 h 10 min

Passou a bien remis ce pauvre Bloom à sa place…

WG avait parfaitement raison d’attirer notre attention sur ce prosélytisme islamique en plein Londres pendant des semaines. Le rapprochement avec l’antisémitisme des années trente est plus grotesque que jamais.

rose dit: 11 mai 2016 à 9 h 08 min

Sur Annie Ernaux j’ai une honte minime : ai dormi à trois fauteuils d’elle lorsque La place fut lue par Emmanuelle Devos.
Dormi profondément et bien.
A la fin, et au réveil, j’ai vu qu’Emmanuelle Devos pleurait presque. D’avoir lu ce qu’elle avait lu.
Et Annie Ernaux assistait à la lecture de son livre, in situ.

Bloom dit: 11 mai 2016 à 9 h 07 min

Passou, avouez qu’une mise en contexte eut été utile. Relayer sans contextualiser n’est-il pas un peu (beaucoup) reprendre à son compte? A tout le moins n’est-ce pas entretenir une certaine ambiguité?
Quand il est question de politique, il est crucial de citer ses sources, non?

Vous qui êtes au Comité de rédaction de l’Histoire, vous avez certainement constaté que le seul magazine à consacrer un dossier à l’insurrection de Pâques 1916 à Dublin est La Nouvelle revue d’histoire, proche de l’extrême-droite. Quand je lis « l’Irlande rebelle » sous la plume des échotiers de cette revue (P. Joannon excepté), je sais que je vais à la rencontre d’un pamphlet anti-anglois, dans la plus pure tradition collabo…: et comme par hasard Rebatet, Mers-el-Kebir, Jean Moulin « révisité », apparaissent au fil des pages.

A ce propos, permettez-moi, en tant que lecteur historique de l’Histoire dont j’ai acheté le 1er numéro en 78, de m’étonner de l’absence d’un dossier complet sur le soulèvement de Pâques 1916 en Irlande; l’article de C. Gillissen est bien sympathique (n’est pas Goldring, Brennan, ou Sorj, qui veut, hélas), mais il me semble que l’importance de l’événement requérait un traitement un peu plus solide. Au lieu de cela, ce sont les crypto-fafs tendance Venner qui s’emparent de cet épisode dont l’influence sur les mouvements de libération des peuples colonisés (et sur les gauches européennes) fut absolument déterminant. N’est-il pas dommage de laisser le champ libre à l’histoire version « Blut und Boden »? (« …la renaissance d’un peuple passe aussi par le prix du sang versé et par le courage de ceux qui, tels un Patrick Pearse ou un Michael Collins, ont tout sacrifié à la cause qui commandait leur existence. » Edito de la revue citée – qui annexe un peu facilement Collins au martyrologe pearsien & se garde bien de citer le rôle clé joué par le marxiste James Connolly & son Irish Citizen Army, sorte d’armée rouge irlandaise formée pendant le lockout de 1913…)
Beaucoup trop de terrain cédé, à mon goût.

rose dit: 11 mai 2016 à 9 h 03 min

De plus, chez nous, la vie politique règne à coups de 49-3 et au boulot c’est déjà comme cela que cela se passe. C’est à dire ukase sur ukase; Lorsque tu n’es pas un prestataire de service, tu souffres incessamment ou tu es excédée incessamment ce qui revient au même. Tu tentes de protéger tes abattis mais t’as bien du mal.
Quand tu vois de qui cela vient Macron et Valls tu trembles. Deux o^pportubistes dont le destin politique personnel semble prééminent sur l’évolution nécessaire d cela France.
L’école d’aujourd’hui, je l’ai dit hier à mes élèves – ils ne furent pas contents- prépare à la loi El Khonnerie de demain : je leur ai dit « demain vous serez jetés. Vous ne travaillez pas, Vous ne pensez pas. »
Ne pas donner le goût du travail bien accompli à la jeunesse c’est préparer le servage de demain.

Admettre que dans « les petitent filles » il y ait marque du pluriel, c’est ouvrir la porte au grand n’importe quoi.

rose dit: 11 mai 2016 à 8 h 57 min

Bien évidemment qu’il faut se poser des questions ; surtout lorsque l’on entend que le directeur de campagne de l’élection remportée a axé toute son argumentation sur le communautarisme et ailleurs on apprend que le fait d’être musulman n’est pas important pour lui, le nouveau maire : néanmoins, ce fait là est incessamment mis en avant.

Front Nutritionniste du Salut..... dit: 11 mai 2016 à 8 h 57 min

Nous avons l’intention de faire circuler partout en France des bus  » Gloire au Saucisson Gros Rouge » !

Envoyez vos dons à notre association : l’argent est notre dieu.

Phil dit: 11 mai 2016 à 8 h 49 min

Madame Orban qui cause de la reine autrichienne est la soeur du dictateur hongrois ? Depuis l’annonce des bus londoniens tagués avec le prophète, il ne faut s’étonner de rien.

renato dit: 11 mai 2016 à 8 h 41 min

« C’est à peine si j’ose avouer que j’ai toujours préféré Virginia Woolf à Robert Louis Stevenson, et une Chambre à soi àL’ïle au trésor, mais j’arrête là pour ne pas déclencher une polémique chromosomique. »

Il y a des moments Stevenson et des moments Woolf; par contre Ernaux ennuyeuse donc livre fatiguant, mais l’environnement étant délétère, ce n’est pas sa faute.

renato dit: 11 mai 2016 à 8 h 27 min

Si j’ai bien compris, il s’agit d’une campagne publicitaire. On peut donc, sans peine, déduire que quelqu’un l’a payée. Dans cette perspective, personne n’empêche que quelqu’un d’autre paye une campagne afin de promouvoir une autre superstition.

radioscopie dit: 11 mai 2016 à 7 h 38 min

Il faudrait surtout démêler qui dit vrai entre le Figaro (pub d’une ONG « qui ne fait pas de prosélytisme ») et l’info dreuz relayée par Alba (« une organisation liée au djihadisme international »). Mais qu’importe : à la City, comme en tout paradis fiscal, l’argent n’a pas d’odeur.

Passou dit: 11 mai 2016 à 7 h 04 min

Bloom, en vous lisant, j’ai cru que cette information était une fausse rumeur propagée par un site d’extreme droite. Et en lisant Le Figaro, je m’aperçois que c’est un communiqué d’une ONG islamique. Tout ce qu’il y a de plus vrai. N’est-ce pas plutôt cette information, bien réelle, qu’il faudrait commenter plutôt que se demander sélectivement qui la propage et de qui elle ferait le jeu ?

Bloom dit: 11 mai 2016 à 4 h 37 min

Juste après l’élection du nouveau maire de Londres, l’embrigadement des londoniens a commencé :

Les bus londoniens afficheront ‘Gloire à Allah’ pendant le Ramadan

Pendant 2 mois, les bus de Londres rouleront avec une affiche publicitaire portant ‘Gloire à Allah’.

==

ML, vous ne pouvez pas écrire des choses pareilles: c’est exactement la rhétorique de l’extrême-droite européenne dans les années 30 à l’égard des Juifs. « Ils prennent nos plus belles femmes » en plus.
Vous n’êtes pas Wellbeck et ne votez pas FN (j’espère): ce débat au niveau du caniveau n’est pas digne de vous.

Widergänger dit: 11 mai 2016 à 0 h 13 min

bérénice dit: 10 mai 2016 à 23 h 38 min
__________

« Mémoire de fille » est un titre ambigu. Interpréter « fille » dans le sens de « putain » serait excessif, même si elle est parfois qualifiée de « putain » dans le récit.

Vous avez au moins le mérite de poser la question du sens énigmatique de ce titre.

Peut-être ce titre ne se comprend, comme le soulignait Janssen J-J, que par rapport et par contraste avec le titre de Simone de Beauvoir « Mémoire d’une jeune fille rangée ». Ainsi « fille » s’opposerait à « jeune fille rangée »; elle souligne par là la différence de classe sociale et connote son aspect dévergondée, un peu rebelle, un peu putain aussi. À mon avis, Janssen a eu une excellente intuition.

Sergio dit: 11 mai 2016 à 0 h 08 min

D. dit: 10 mai 2016 à 23 h 55 min
Peut-être Sergio lui-même ?

Unmöglich ! Depuis que j’ai vu ma hure, je me cause plus ! C’est vraiment effroyable… Les rétros se cassent comme havec Günter ! Tous les rétros de Nancy en même temps…

D. dit: 11 mai 2016 à 0 h 04 min

Et en plus c’est passablement mal écrit quant on compare à presque n’importe quel contemporain du XXème ayant laissé des traces substantielles, prenons Duhamel par exemple. Oh… l’écriture de Duhamel n’est jamais que 10 fois plus brillante.
Maintenant, c’était un académicien, me direz-vous, donc ne vaut pas qu’on s’y attarde trop etc..
Allez-y, continuez à lire vos merdouilles, c’est comme regarder TF1 en continu, il y a toujours un moment où on finit par trouver ça pas si mal que ça, à force d’avoir perdu ses repères.

D. dit: 10 mai 2016 à 23 h 58 min

« J’ai vu, un soir de novembre, ma mère rentrer à la maison, toute nue, les cheveux coupés ras, hurlant des injures et des mots orduriers à des jeunes gens qui formaient cortège derrière elle.
J’avais dix ans. Nous habitions le centre, à un premier étage. On entendait partout des cris, des musiques, des pétards.
Elle s’est habillée sans me regarder, l’air d’une folle, disant toujours des mots que je ne lui avais jamais entendu prononcer, et soudain, toute prête, un châle autour de la tête, elle a paru se souvenir de ma présence.
– Mme Jamais s’occupera de toi jusqu’à ce que ton père revienne.
Mme Jamais était notre propriétaire et habitait le rez-de-chaussée. j’étais trop terrorisé pour pleurer. Elle ne m’a pas embrassé. A la porte, elle a hésité, puis elle est partie sans rien ajouter et la porte de la rue a claqué.
Je n’essaie pas d’expliquer. Je veux dire que ceci n’a sans doute rien à voir avec mes sentiments de 1939 ou de 1940. Je rapporte les faits comme ils me reviennent, honnêtement. »

–> imaginer ces choses sur la base des documentaires de la 5 ou d’Arte, c’est d’une telle facilité et devenu d’une telle banalité.
Je pourrais vous en faire des kilomètres.
Pour moi ce n’est pas cela, la littérature, certainement pas cela.

D. dit: 10 mai 2016 à 23 h 55 min

Je ne sais pas qui a fait état en premier ici de l’expression « mémère à Sergio » ? Peut-être Sergio lui-même ?

D. dit: 10 mai 2016 à 23 h 53 min

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 20 h 01 min

Bérénice, ce qu’on ne dit pas n’est pas nécessairement inavouable ni repérable dans la biographie, ça n’a rien à voir.

Bérénice ne pige pas toujours comme il faut, Chaloux, il faut se faire une raison. Mais elle n’est pas une personne désagréable.

bérénice dit: 10 mai 2016 à 23 h 38 min

mais les connotations du titre d’Ernaux la comblent amplement, notamment dans le cas de « fille » (Elisa, Elisa, cherche-moi des poux…).

le lien filial si l’on écarte la connotation ambiguë du mot « fille » qui renverrait plutôt à mauvaise vie ou à des moeurs réprouvées par la bonne société normative conformiste et conservatrice est d’ailleurs amusant car cette fille qu’elle n’attend pas et dont elle assemble le souvenir survient dans son oeuvre à un âge où il n’est pas extraordinaire de devenir grand-mère.

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 23 h 24 min

“Islamic Relief”, une organisation islamique basée en Grande-Bretagne, a décidé de financer une campagne de promotion de l’islam en affichant le message “Gloire à allah” sur les bus londoniens (source).

Collectes de fonds pour le djihad en Syrie

L’organisation entend solliciter des donateurs pour aider les zones de Syrie sous contrôle des milices proches des Frères Musulmans.
La campagne de publicité a été lancée un jour après l’élection du premier maire musulman de Londres, Sadiq Khan. L’organisation islamique à l’origine de la campagne a qualifié cette coïncidence “de jolie ironie”.
http://www.dreuz.info/2016/05/09/londres-les-bus-affichent-une-publicite-a-la-gloire-dallah-lancee-par-une-organisation-liee-au-djihadisme-international/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+drzz%2FPxvu+%28Dreuz%29

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 23 h 21 min

Après l’élection du maire musulman de Londres, La BBC adopte sans transition la loi de l’islam, et fait le point sur l’avancée de la Sharia dans la société britannique.

Dans son émission d’hier BBC Radio 4 Sunday (émission de radio de BBC dimanche, consacrée aux sujets religieux et éthiques présentée par Edward Stourton), la BBC a cherché à savoir comment se situent ses auditeurs sur la question suivante :

« Les femmes musulmanes doivent-elles être autorisées à se déplacer à plus de 80 km de chez elle sans un chaperon homme ? »
http://www.dreuz.info/2016/05/09/grande-bretagne-apres-le-maire-musulman-de-londres-la-bbc-adopte-la-sharia/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+drzz%2FPxvu+%28Dreuz%29

christiane dit: 10 mai 2016 à 23 h 12 min

@Delaporte dit: 10 mai 2016 à 17 h 54 min
les guillemets s’arrêtent avant. (là, je résume :
Elle ne l’a pas embrassé. Il ne la reverra jamais. )
Voici le texte exact :
« J’ai vu, un soir de novembre, ma mère rentrer à la maison, toute nue, les cheveux coupés ras, hurlant des injures et des mots orduriers à des jeunes gens qui formaient cortège derrière elle.
J’avais dix ans. Nous habitions le centre, à un premier étage. On entendait partout des cris, des musiques, des pétards.
Elle s’est habillée sans me regarder, l’air d’une folle, disant toujours des mots que je ne lui avais jamais entendu prononcer, et soudain, toute prête, un châle autour de la tête, elle a paru se souvenir de ma présence.
– Mme Jamais s’occupera de toi jusqu’à ce que ton père revienne.
Mme Jamais était notre propriétaire et habitait le rez-de-chaussée. j’étais trop terrorisé pour pleurer. Elle ne m’a pas embrassé. A la porte, elle a hésité, puis elle est partie sans rien ajouter et la porte de la rue a claqué.
Je n’essaie pas d’expliquer. Je veux dire que ceci n’a sans doute rien à voir avec mes sentiments de 1939 ou de 1940. Je rapporte les faits comme ils me reviennent, honnêtement. »

Pierre Assouline, dans son adaptation, n’a pas gardé ce passage, ni les maladies de l’enfant qui suivent. Je trouve cela bien. Il a centré la lecture sur la suite, enchaînant, je crois , sur sa femme qui met la table « dans le heurt des faïences » puis les nouvelles de l’avancée des allemands qu’ils se donnent entre voisins, jusqu’à la décision de faire comme tout le monde : partir.
Suivent de très belles pages où Marcel se sent projeté loin de ses habitudes, vivant au rythme de la radio, de la rue, de la ville… délesté de ses soucis quotidiens.
Oui, ce passage est mystérieux. Pourquoi l’a-t-il placé au début du roman (chap.2) ?

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 23 h 01 min

En relisant plus de vingt ans après, comme Dumas…, le bouquin de Chaunu sur l’histoire d ela décadence, on peut y trouver quelque clef qui peuvent expliquer l’islamisation de l’Europe. Chaunu explique très bien l’importance de la religion dans la préservation des familles nombreuses, donc de la transmission de la vie et corrélativement de la transmission de la culture. Il parle des fratries de 4 à 6 enfants en Amérique, « le modèle de l’Amérique heureuse des années cinquante et d’une partie de l’Europe d’après la Seconde Guerre mondiale. » Il ajoute : « On sait que 10% seulement des familles de cette nature suffisent à assurer 50% de la descendance. » Il souligne ensuite la totale disparition en Europe des familles de 3 enfants. Disparition corrélée au collapsus démographique et, ce faisant, à l’effondrement de la culture et du modèle des Lumières (« Le pacte des Lumières suppose que subsiste, fertile et profond, le terreau judéo-chrétien. André Siegfried l’avait bien vu. En Amérique, plus encore qu’en Europe, les clés, vous les trouverez dans les Eglises. ». Or, ce sont les Eglises qui permettent de préserver les familles nombreuses (les Eglises contre lesquelles a bataillé ferme évidemment la Beauvoir avec son Deuxième sexe, et toute la génération des féministes qui lui emboîta le pas).

Tout se passe donc comme si, face au danger mortel du collapsus démographique de l’Europe occidentale et de l’effondrement de la culture, l’Europe était en train de choisir, à travers son islamisation, les moyens de redresser la barre en ouvrant, tragiquement et comme un dernier soubresaut avant la mort programmée, la possibilité de retrouver l’encadrement religieux qui irait produire les descendants qui nous manquent pour ne pas mourir.

Déjà, en Angleterre, à la BBC, sont posées des questions troublantes sur la permission ou non des femmes de voyager seules à quelque 70 kilomètres de leur lieu de résidence, la publicité sur les bus va s’afficher pour la « Gloire d’Allah » pendant deux mois pendant le Ramadan, et il semble qu’on ne soit qu’au début d’une vague propre à emporter les fondements judéo-chrétiens du monde industriel occidental et le modèle des Lumières.

Il est clair — et on le voit déjà apparaître — que dans cet emportement, ceux qui risquent le plus d’être en danger, ce sont les Juifs, le monde juif, les valeurs juives qui sont à l’origine du modèle des Lumières, et la culture juive que la Shoah n’a pas réussi à détruire. La relecture de Chaunu suggère de telles perspectives pour l’avenir et de telles angoisses.

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 22 h 16 min

La question ne se pose pas seulement s’il s’agit d’autobiographie. Elle concerne tout le tissu de la prose. Ce n’est pas uniquement une affaire « de moi », c’est en quelque sorte « ce qui se passe ». D’ailleurs Proust a noté avec raison que même ce qui est « autobiographie » cesse de l’être avec le temps. Il y a aussi une phrase magnifique sur le sujet dans la fin de La Mort en Été de Mishima : d’abord un souvenir, ensuite une métaphore. (Si quelqu’un a le volume sous la main et peut citer la phrase exacte…).

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 22 h 13 min

Juste après l’élection du nouveau maire de Londres, l’embrigadement des londoniens a commencé :

Les bus londoniens afficheront ‘Gloire à Allah’ pendant le Ramadan

Pendant 2 mois, les bus de Londres rouleront avec une affiche publicitaire portant ‘Gloire à Allah’.

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 22 h 09 min

Qu’une autobiographie puisse travestir la vérité n’est vraiment pas le problème. Le seul problème pertinent, c’est ce que Philippe Lejeune a appelé le « pacte » de vérité que conclut l’auteur avec le lecteur. Les mensonges, les travestissements, les oublis, etc. font eux-mêmes partie de la vérité de l’autobiographie qui les subsume en quelque façon. Ils disent quelque chose de celui qui les commet.

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 22 h 08 min

cette curiosité

Pas de curiosité (ou alors au degré zéro). Des révélations.

Mais en gros, tout est dans la familiarité. Par exemple on peut prendre Léautaud pour « un obsédé du nichon ». C’est la lecture de Gaston Gallimard – qui aurait plutôt dû réagir à ce moment-là sur l’antisémitisme, – et peut-être l’a-t-il fait, P. Assouline sait- – et de quelques autres. Trente ans de lecture mènent ailleurs -pas nécessairement d’ailleurs vers l’explication psychanalytique liée à l’enfance qui n’est qu’un point de départ. Il y a autre chose qui ne se dévoile qu’avec le temps, avec les temps, temps de la vie et temps de la lecture.

Il existe d’ailleurs de remarquables tentatives de décryptage publiées, comme le titre ci-dessous, consacré aux chroniques familiales de Marguerite Yourcenar. (Mme Proust a travaillé avec J. Kristeva).

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=7311

Giovanni Sant'Angelo dit: 10 mai 2016 à 21 h 54 min


…Droopy Family,!…

…faire peaux neuves,!…nos saintes nitouches,!…c’est pas l’occasion qui manque,;…du sel du poivre,!…garder la main active,!…
…des omelettes aux fromages,!…
…etc,!…écrire avec ses …

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 21 h 50 min

st-elle plutôt située chez le lecteur empathique qui cherche à la trouver en lui-même ?

Non, surtout pas. Le lecteur apprend à lire l’écrivain, à décrypter ce qui n’est pas dit. Dubliners, par exemple, initiatique sur ce point.

Janssen J-J dit: 10 mai 2016 à 21 h 38 min

@Lire c’est apprendre à déduire cette part manquante, où presque tout l’essentiel est retiré.
Remarque profonde… mais cette « part manquante », est-elle plutôt située chez le lecteur empathique qui cherche à la trouver en lui-même ? ou bien plutôt une traque poursuivie chez l’écrivain que l’on aime ou déteste et que l’on cherche à vouloir expliquer ? Dans le cas où on l’aime a priori (et que l’on veut défendre, pour ou contre la lecture de Passou), je me demande de quoi procède cette curiosité, à supposer que la prose de l’écrit recensé ne nous concernait pas vraiment ? Je pense, à vrai dire, qu’il n’y a aucune lecture innocente de ce point de vue, le bouquin étant pas définition un objet transitionnel qui fait « dialoguer » des inconnus et permet de libérer tout et n’importe quoi sous le couvert de l’anonymat. Quand on s’empoigne sur ce qu’un écrivain a voulu dire ou pas, parce qu’on l’aurait étudié à fond dans son contexte ou son intertextualité, par exemple, l’entreprise est toujours digne d’intérêt, quoique j’aie toujours pensé que la démarche restait un peu veine. Ce que j’ai toujours apprécié chez Passou quand il rend compte d’une actualité, plus ou moins savamment, c’est qu’il mélange toujours -consciemment ou non- le
ses différentes dimensions constitutives de lecteur, le lu et de lectant… car cela permet aux internautes d’entrer dans so piège, c’est à dire de réagir sur n’importe laquelle de ces trois dimensions… comme s’il permettait à un besoin collectif de s’éployer sans mesure. Évidemment, cela provoque dans 98% des cas des dérapages incontrôlés entre les uns et les autres, on le voit bien, mais l’important me parait plutôt tenir dans le miracle de ce qu’il peut provoquer parfois… des réflexions vertigineuses dans les 2% des cas (qui proviennent parfois de plumes tout à fait inattendues).

sse ? dit: 10 mai 2016 à 21 h 04 min

Janssen J-J dit: 10 mai 2016 à 19 h 24 min

y-a-t-il un lien explicite dans l’opus d’ernaux 2016 ?

Non, il n’y en a pas. Il est seulement question du « Deuxième sexe ». Mais le croisement entre les deux titres me paraît probablement volontairement suggéré. La différence s’obtient par soustraction, mais les connotations du titre d’Ernaux la comblent amplement, notamment dans le cas de « fille » (Elisa, Elisa, cherche-moi des poux…).

DHH dit: 10 mai 2016 à 20 h 45 min

@JJ jansens 19 h 24
Votre remarque est tout à fait pertinente.
Je n’ai pas encore lu Mémoire de fille mais ce que je peut dire c’est que l’influence de Beauvoir sur ma generation ,celle d’Ernaux egalement, procede initialement des Memoires d’une jeune fille rangée lue dans mon cas à 18 ans , livre qui m’a marquée car j’y voyais le modele inatteignable d’une liberation par rapport à ce que Beauvoir caractérisait comme un destin « fangeux auquel je me croyais assignée que je ne me sentais pas capable comme elle de refuser

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 20 h 42 min

Christiane, mon post n’était nullement « rageur », je me suis plutôt amusé en l’écrivant.

christiane dit: 10 mai 2016 à 20 h 21 min

@Chaloux dit: 10 mai 2016 à 19 h 49 min
Alors, j’ai mal compris ce post un peu rageur ne s’appuyant sur aucun exemple, aucun développement, aucune analyse. Cela ne vous ressemblait guère. Heureuse de lire ce rectificatif.
Le dernier commentaire de JJ.Jansen est très profond. Oui, la littérature porte souvent « nos mots pour le dire »… qu’un écrivain déposent sur une page.

Janssen J-J dit: 10 mai 2016 à 20 h 08 min

des livres qui ont aidé à vivre…
Oui, c’est apparemment ce qui réunit les gens d’ici, essayer de compenser la dose de souffrance personnelle que l’on pressent chez chacun-e. Peut-être est-il incorrect de le relever, d’y sentir une banalité. Je me souviens que charles juliet avait eu l’audace de noter toutes les phrases extraites de ses lectures dans un petit opuscule, celles qui l’avaient « aidé à vivre », à surmonter sa peur et ses souffrances, ce qui lui avait permis un apaisement au soir de sa vie (il n’est pas mort, je vous rassure). Je n’en partageais pas beaucoup, mais j’avais trouvé sa démarche courageuse. L’essentiel était d’en reconnaître quelques unes de communes, la seule manière sans doute d’approcher de la fraternité secrète que l’on peut avec un écrivain, quel qu’il soit.

bérénice dit: 10 mai 2016 à 20 h 07 min

Bérénice, ce qu’on ne dit pas n’est pas nécessairement inavouable ni repérable dans la biographie, ça n’a rien à voir.

Lire c’est apprendre à déduire cette part manquante, où presque tout l’essentiel est retiré.

n’est-ce pas contradictoire?

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 20 h 01 min

Bérénice, ce qu’on ne dit pas n’est pas nécessairement inavouable ni repérable dans la biographie, ça n’a rien à voir.

bérénice dit: 10 mai 2016 à 19 h 59 min

, où presque tout l’essentiel est retiré.

Loin de moi cette drôle d’idée! Sûrement suis-je un peu trop confiante et naïve cependant pas d’accord avec vous, vous le savez, c’est un point essentiel, malhonnête , mais Saint Simon, Sainte beuve vous autorisent vraisemblablement à réduire.

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 19 h 57 min

Janssen J-J dit: 10 mai 2016 à 19 h 24 min

Il y a évidemment un travail sur le titre de Beauvoir. Peut-être la notion de « jeune fille » est-elle avant tout sociale, et ce n’est pas cet aspect-là que raconte Annie Ernaux. Quant à être « rangée », a-t-elle jamais pensé à l’être?
(La notion de « jeune fille dérangée » a été utilisée par Bianca Lamblin qui a raconté son calvaire entre Beauvoir et Sartre).

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 19 h 49 min

L’adaptation du Train n’est pas si mal que ça. (Christiane, je n’ai jamais écrit que Simenon est « sucré »).

Bonne soirée,

Chaloux dit: 10 mai 2016 à 19 h 48 min

Ernaux comme une menteuse

L’occultation, le silence, sont une part de la littérature. Lire c’est apprendre à déduire cette part manquante, où presque tout l’essentiel est retiré.
Un livre digne d’être lu n’est pas un plateau-repas.

bérénice dit: 10 mai 2016 à 19 h 45 min

il y est question de l’inutilité du souci. L’insouciance comme vertu majeure. Rien à voir avec le je-m’en-foutisme. Plutôt le détachement. Souriant.

Si c’est un livre de recette type Zen je cours le lire! Tant de choses nous collent au dedans malgré une farouche volonté de s’en départir et qui sonnent comme la somme de ce qu’on a choisi ou pas y compris avec cette conscience de ne pas se laisser soumettre par les aléas, les vicissitudes, les intempéries, bref les circonstances, faits indépendants de notre volonté et réussissants à distiller des humeurs visitant toute une gamme chromatique qui viennent présider comme un ordre à nos jours. Il y a peu, regardant le paysage, je pensai tristement qu’il ne s’offrait plus sans en être préoccupé et ce pan n’est qu’un des nombreux dont on ne décide pas.

christiane dit: 10 mai 2016 à 19 h 41 min

« Rien. De même que dans l’amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier. De même, j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierais, de même que dans l’amour… Comme toi, j’ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l’oubli, comme toi j’ai oublié … Comme toi j’ai désiré avoir l’inconsolable mémoire, une mémoire d’ombre, de pierre. J’ai lutté pour mon compte, de toutes mes forces, chaque jour, contre l’horreur de ne plus comprendre du tout le pourquoi de ce souvenir. Comme toi, j’ai oublié. Pourquoi nier l’évidente nécessité de la mémoire ? »
« Hiroshima mon amour » – Duras

bérénice dit: 10 mai 2016 à 19 h 32 min

J’ai parfaitement le droit, moi lecteur, de considérer Ernaux comme une menteuse ou une mythomane, mais qui n’avouera jamais qu’elle est l’une ou l’autre, ou les deux. Du reste quand on écrit son autobiographie, même avec les meilleures intentions du monde et un grand souci d’honnêteté, on ne se prémunit jamais totalement contre le risque (et la tentation) de manipuler la vérité

Quoiqu’il en soit vous semblez vous êtes libéré(e?’) d’une suspicion, d’aprioris, du doute en dépit de cette possibilité indissociable d’une oeuvre de voir « manipuler » involontairement une vérité ne serait-ce que par la trahison ou défaillance de notre mémoire qui par ses défauts conduira à une partialité consubstancielle du travail de l’ecrivain à partir du matériel d’une vie dont il rendra possible l’exégèse subjective mais non sans valeur ni sens, loin du désir de falsification. Comment y échapper…

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 19 h 29 min

Janssen J-J dit: 10 mai 2016 à 19 h 24 min
___________
Non, pas de lien explicite. Mais votre rapprochement est intéressante en tout cas, et licite.

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 19 h 27 min

Ah l’insouciance, la légèreté ! c’est réservé aux grandes âmes.

Michaux, oui, quand j’étais jeune, il m’a drôlement aidé à vivre celui-là. Surtout Poteau d’angle. Maintenant tout cela me semble bien étrange et très étranger.

Ce qu’elle écrit à la fin de son livre, Annie Ernaux, l’excipit (cité par Passou ici même) c’est aussi beau que du Shakespeare faut dire ! Ça a même des allures de Shakespeare. C’est profond, c’est vrai, c’est beau, très beau. Tragique.

Janssen J-J dit: 10 mai 2016 à 19 h 24 min

Je voudrais poser une question idiote à celles et ceux (sse?) qui ont lu « mémoire de fille » et en parlent si intelligemment : 1958 c’est l’année de parution des « mémoires d’une jeune fille rangée » ; or, on fait ici beaucoup de cas du 2e sexe, mais le titre d’Ernaux est-il plutôt une allusion directe ou un clin d’oeil au tome de l’autobiog en forme de « mentir-vrai » de beauvoir ?… et si oui, y-a-t-il un lien explicite dans l’opus d’ernaux 2016 ? Merci (pas eu le temps d’aller feuilleter en librairie).

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 19 h 22 min

Je dois avoir une bonne mémoire, visuelle notamment. En vous répondant, je « vois » des pages entières de ce livre à présent refermé.
__________
Plus de doute. C’est bien la mouche tsse tsse. Il a même des hallucinations.

sse ? dit: 10 mai 2016 à 19 h 21 min

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 18 h 57 min

Faites gaffe tout de même. Au bout de la réaction, il y a l’explosion

Je sais. J’ai vécu l’emballement de la réaction en chaîne. Pour le moment, elle est sous contrôle, mais jusqu’à quand ? Prochaine inspection du coeur du réacteur : début août. En attendant, je me répète un texte que j’ai trouvé dans « Poteaux d’angle » et que, vous qui connaissez Michaux, vous devez connaître : il y est question de l’inutilité du souci. L’insouciance comme vertu majeure. Rien à voir avec le je-m’en-foutisme. Plutôt le détachement. Souriant.

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 19 h 20 min

Delaporte dit: 10 mai 2016 à 19 h 05 min
« une seconde lecture de « Mémoire de fille », sans l’appui du livre »

Lire un livre sans le livre lui-même. Il faudrait que vous nous expliquiez ce phénomène nouveau.
_________
Je crois que notre ami a été piqué par la mouche tsse tsse…

sse ? dit: 10 mai 2016 à 19 h 13 min

Delaporte dit: 10 mai 2016 à 19 h 05 min

Lire un livre sans le livre lui-même. Il faudrait que vous nous expliquiez ce phénomène nouveau.

Je dois avoir une bonne mémoire, visuelle notamment. En vous répondant, je « vois » des pages entières de ce livre à présent refermé. Est-ce un signe de sa qualité, de la force de son écriture ? Pour moi, oui. Une première lecture est toujours, en somme, la première étape d’un processus de mémorisation que les acteurs connaissent bien.

Delaporte dit: 10 mai 2016 à 19 h 05 min

« une seconde lecture de « Mémoire de fille », sans l’appui du livre »

Lire un livre sans le livre lui-même. Il faudrait que vous nous expliquiez ce phénomène nouveau.

Widergänger dit: 10 mai 2016 à 18 h 57 min

vivre n’est sans doute pas autre chose qu’une réaction en chaîne amorcée à la naissance,
_________
Faites gaffe tout de même. Au bout de la réaction, il y a l’explosion, Hiroshima, mon amour…

christiane dit: 10 mai 2016 à 18 h 46 min

@sse ? dit: 10 mai 2016 à 18 h 31 min
Comme un dévoilement progressif, la traversée d’une ligne de perte, un lieu de passage à la rencontre du soi manqué, une identité après la perte d’identité dans le groupe familial ? (l’absence dans le langage du père). Bref, ce n’est pas le « Voyage à Cythère » !

christiane dit: 10 mai 2016 à 18 h 37 min

@DHH
« une certaine capacité à jouir simplement de bonheurs banals »
Je pense là , à un très beau livre de Jacqueline de Romilly « Les Roses de la solitude » (Thucydide -Racine – des objets familiers – sa maison du Luberon… la douceur.)

sse ? dit: 10 mai 2016 à 18 h 31 min

christiane dit: 10 mai 2016 à 17 h 47 min

Qu’y a-t-il en amont de cette nécessité ?

Si vous parlez de la nécessité de se libérer, je doute que ce soit une nécessité : on peut toujours éluder l’effort pour se libérer, et encore est-il besoin d’une préalable prise de conscience. Il n’y a pas, me semble-t-il, la nécessité de se libérer, il y a le désir de se libérer, et, en amont, il y a les contraintes dont le poids le fait naître, ayant déclenché la prise de conscience. Je suis en ce moment dans une seconde lecture de « Mémoire de fille », sans l’appui du livre, qui a rejoint mes étagères, une lecture rétrospective, qui me fait comprendre le livre autrement que je l’ai compris à la première lecture, et il me semble que ce qu’y poursuit l’auteur, ce qu’elle cherche à retrouver, à faire apparaître, c’est la trace, non pas d’une seule libération, mais d’un processus de libérations enchaînées, un peu comme une réaction en chaîne (nous sommes faits d’atomes et après tout, vivre n’est sans doute pas autre chose qu’une réaction en chaîne amorcée à la naissance, et notre destinée le produit d’une dialectique entre contrainte et libération de la contrainte). En somme, je peux résumer ce que je dis par le schéma suivant :
libération < désir < prise de conscience < contrainte

christiane dit: 10 mai 2016 à 18 h 26 min

@DHH dit: 10 mai 2016 à 18 h 13 min
Ah, merci ! il y a un tel gouffre entre l’univers intellectuel de votre pensée et celle de votre interlocuteur que je ne savais que penser. Pas une soumission sexuelle, bien sûr, mais d’autorité. Et je ne sais pourquoi, je vous sens plutôt combative en ce domaine.

DHH dit: 10 mai 2016 à 18 h 13 min

@Christiane
vous écrivez: »Je ne suis pas toujours en accord avec ses réactions littéraires (ex : SdB et la soumission ! »)
j’espère que vous ne vous êtes pas méprise sur le sens que je donnais à ce terme, que je n’envisageais pas par référence à la sexualité mais comme composante d’un certain type équilibre conjugal et familial, celui que S de B rejette aussi , et au nom de quoi je me suis retrouvée flouée un temps; Cela avant de devenir une vraie adulte et de me libérer de l’espèce de pression morale que sa pensée exerçait sur moi ,inhibant une certaine capacité à jouir simplement de bonheurs banals

Delaporte dit: 10 mai 2016 à 17 h 54 min

« Elle ne l’a pas embrassé. Il ne la reverra jamais. »

Toute cette grandiloquence finit par étonner, sous la plume de Simenon. On ne sait trop ce qu’il a voulu faire, avec « Le Train » : du Victor Hugo modernisé ?

christiane dit: 10 mai 2016 à 17 h 47 min

@sse ? dit: 10 mai 2016 à 17 h 26 min
Intéressante votre réflexion sur la place de la « libération » dans son écriture et dans la vie, en général. Qu’y a-t-il en amont de cette nécessité ?

christiane dit: 10 mai 2016 à 17 h 44 min

@D. dit: 10 mai 2016 à 17 h 06 min
Existe-t-elle ? Comme vous, écrivant sous pseudo. Comme vous, reconnaissable à son style et aux contenus. L’adorer ? Comme vous y allez, D ! Je ne suis pas toujours en accord avec ses réactions littéraires (ex : SdB et la soumission !) mais elle est sérieuse, n’écrivant – contrairement à vous- que sur la littérature. Son avis -différent de celui de Clopine- met en valeur « la toile de fond historique », rejoignant par là la première vocation de ce livre quand il portait le titre « La gare ».
Quant à Clopine, elle a flairé le déséquilibre entre le traitement de Marcel et d’Anna. A-t-elle lu le livre ? Y figure -et ce n’est pas rien- un souvenir d’enfance terrible pour l’enfant-Marcel – 10 ans : 1914- sa mère tondue, nue et salie, « hurlant des injures et des mots orduriers à des jeunes gens qui formaient cortège derrière elle. » fait un passage éclair à la maison, s’habille et s’enfuit. Elle ne l’a pas embrassé. Il ne la reverra jamais.

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