de Pierre Assouline

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La République des livres

Les petits papiers de Jacques Drillon

N ° 114 Il y a une madeleine dans le frigidaire

N ° 114 Il y a une madeleine dans le frigidaire

Jacques Drillon

Les obsolètes : les manuels scolaires recouverts de papier bleu marine dans le primaire, de papier journal dans le secondaire. * Les obsolètes : « Aller au cabinet ». * Visite de l’un des deux chez le brocanteur. Ce que l’autre lui dit au retour : « Mon Dieu, mais qu’est-ce qu’on va faire de ça ? » * * Céline, qui se présente comme « infiniment médical, c’est-à-dire bien compréhensif de tout », mais qui s’accuse d’avoir péché « par manque de pessimisme ». * (Suite) « Ah il est arrivé ce Frigidaire ! magnifique, hiératique, mystique ! c’est un Temple ! Tout le monde a mis le nez dedans l’a refermé pas fier, prêt […]

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N° 113 Le klaxon du ministre

Vous êtes d’humeur joyeuse, joviale, enjouée, et puis vous vous mettez à parler. Curieusement, votre voix est rogue, agressive, brutale, et vous ne pouvez pas la redresser : elle vous échappe. * « Covid » : inclusif·ve. * Les enfants, aux yeux desquels rien n’échappe, le moindre travers, le plus léger tic, le geste le plus innocent. * Projet de communication à l’Insee Ministère de l’Intérieur : (01) 49 27 49 27 Ministère des Affaires étrangères : (01) 43 17 53 53 Ministère de la Transition écologique : (01) 40 81 21 22  Ministère des Solidarités : (01) 40 56 60 00 Ministère des Affaires étrangères : (01) 43 […]

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N° 112 Notez ma conduite

N° 112 Notez ma conduite

Jacques Drillon

Les filles portées sur les pulls trop longs, détendus, et qui cachent leurs mains dans l’extrémité de leurs manches. * Le seul endroit de Paris où les flacons de gel hydroalcoolique soient cadenassés : les couloirs de Radio France. * Les très gros, qui jouissent d’un supplément d’âme. Ils ont en plus ce qu’ils ont en trop. En plus d’être, ils sont gros. * La Fontaine : « J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique La ville et la campagne, enfin tout : il n’est rien Qui ne me soit souverain bien, Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique. » * Le bouchon du carter […]

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N° 111 #lama

N° 111 #lama

Jacques Drillon

On va à l’église, cela se passe à l’église, on retrouve quelqu’un à l’église, mais on se marie en l’église. C’est une préposition d’apparat. * Gravement / grièvement. * Les sales gueules, que le port du masque améliore. * Andràs Schiff : un pianiste sans doctrine particulière, ou plutôt un composé de doctrines différentes qui se neutralisent, et dont l’empilement est efficace en toute circonstance. Comme les chambres d’un Hilton : confortables, et résolument, profondément, sincèrement internationales. * La répugnance qu’on éprouve, enfant, à embrasser un vieillard, ridé et malodorant. * Les obsolètes : Les chanteurs des rues, qui poussaient la romance en […]

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N° 110 Les voies du petit Jimbo

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La glorieuse constipation de Luther, coincé, occlus, souffrant mille morts. Poussif. « Tu chieras à la sueur de ton front. » * Reprendre à zéro = reprendre à neuf ! * « Presse le pas, facteur, l’amitié n’attend pas ! » * Cette jeune femme, tous les matins, sur le quai de la gare, à la même heure et au même endroit. Toujours tapant des sms sur son téléphone, le bout du pied droit marchant sur le bout du pied gauche, à quatre-vingt dix degrés, comme si elle avait envie de faire pipi. Très jolie femme, très moche posture. * « C’est tout une histoire », ou « c’est […]

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N° 109 Notre père Désiré

N° 109 Notre père Désiré

Jacques Drillon

Une liste à faire : les rares acteurs qui savent fumer une cigarette, qui l’utilisent pour leur rôle (Jean-Paul Belmondo dans À bout de souffle, Georges Sanders dans All about Eve, Yves Montand dans Sanctuaire, et puis Audrey Hepburn, et puis Jeanne Moreau, et puis Lauren Bacall / Humphrey Bogart…). Leur maître à tous : Jules Berry. Dans L’homme de Londres, de Decoin, pas un mauvais film, mais pas bon non plus, il a une manière positivement ignoble d’avancer un peu la langue avant de tirer une bouffée de son mégot permanent et suçoté, qui dit toute la misère du personnage. Dans […]

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N° 108 Plaisir et soulagement

Les mots du général Westermann, après la bataille de Savenay : « Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles-là n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. » Westermann a sa rue à Pantin. * (Suite) Le massacre perpétré par la République en Vendée. La […]

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N° 107 Le canapé du cyclope

N° 107 Le canapé du cyclope

Jacques Drillon

L’angoisse, qui réduit le volume du monde au volume de son corps. Cette chaise, là, devient invisible, inexistante, et même parfois son propre pied, sa jambe. * Le plaisir éprouvé à laisser croire à l’autre qu’il vous a percé à jour. * Elisabeth de Fontenay, qui rappelle avoir perdu cinq membres de sa famille proche à Auschwitz, et qui ajoute : « Je ne m’en suis pas remise ; je m’en remets de moins en moins. » * Friedrich Gulda, pianiste Ses montres en or, ses poils sur les bras, sa calotte sur la tête (parfois trouée, la calotte), ses pulls en acrylique moulants, […]

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N° 106 Le choco BN et la pure Parisienne

N° 106 Le choco BN et la pure Parisienne

Jacques Drillon

Finkielkraut, qui, au bout de combien d’années, n’a toujours pas compris que la télévision interdit tout second degré, toute ironie, tout mot d’esprit. Toute subtilité, toute finesse. La télévision ne sait accueillir et transmettre que de gros cacas. Si possible plusieurs à la fois. Tout ce qui n’est pas gros caca est renvoyé directement au jugement des réseaux sociaux, sans explication, comme un mot de travers vous envoyait aux galères ou au goulag, selon les pays et les époques. * Les obsolètes : les petites boîtes de jus de fruit qu’on ouvrait en perçant un trou de chaque côté du couvercle. […]

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N° 105 Marguerite Duras, haltérophile professionnelle

L’âge venant, les yeux qui pâlissent. Et cette toute jeune femme, mourante, dont les cheveux blonds étaient devenus jaunes. * Claire Bretécher, qui raconte qu’un admirateur lui a dit : Votre réussite est éclatante, sachant que vous dessinez comme vous dessinez. * Leïla Slimani, à laquelle on a commandé un livre, et qui récuse le terme : « On ne commande pas un livre à un écrivain, on lui fait une proposition. » Elle n’est pas, ajoute-t-elle, un « pâtissier auquel on commande un gâteau » ! Elle s’est d’ailleurs posé la question : devait-elle accepter d’écrire un livre « qui ne venait pas d’une nécessité intérieure » ? Finalement oui. […]

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