de Pierre Assouline

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La République des livres

Poésie

Le même Shakespeare écrit « Hamlet » et les « Sonnets ».

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(…) Entreprendre de retraduire une œuvre majeure, même cent fois traduite, et parfois avec éclat, n’exprime nullement une insatisfaction vis-à-vis des accomplissements antérieurs. La retraduction ne porte pas en soi une critique voilée des poètes traducteurs qui vous ont précédé. Comme l’écrit clairement Jacques Darras, lui-même par deux fois retraducteur récent des Sonnets de Shakespeare : « C’est le propre de l’œuvre accomplie, en musique comme en poésie, que de permettre une infinie quantité de lectures, de traductions. […] Sachant qu’il n’y en aura jamais de version définitive […] traduire les Sonnets de Shakespeare, c’est toucher au principe d’insatisfaction » Il […]

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Tout habitable

Tout habitable

Marieke Lucas Rijneveld

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  Jamais perdu la pugnacité, l’originel tumulte pour le meilleur et le pire ni cédé aux prêches, au Verbe qui dit ce qui est bien ce qui est mal jamais été feignasse au point de ne pas te lever, de ne pas affronter toutes les brutes épaisses, de ne pas combattre poings dressés l’esprit d’étiquetage, les émeutes que la méconnaissance déclenche dans ta tête, * tempérant l’impuissance avec le rouge taureau dans tes yeux, ou proclamant toujours ce que tu fais à ta guise avec une fierté à toute épreuve, observant quelqu’un qu’on réduit en bouillie tout en voyant suinter […]

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Pour saluer Philippe Jaccottet

Pour saluer Philippe Jaccottet

Pierre Assouline

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Si le comité Nobel de l’Académie suédoise, régulièrement sollicité en ce sens depuis des années, ne s’était décidé à laurer Philippe Jaccottet qui vient de nous quitter à 95 ans, nul doute que sa consécration en 2014 par la Pléiade sous la forme d’un volume d’Oeuvres (1728 pages, 59 euros) y serait pour beaucoup. Par « Œuvres », il faut entendre l’œuvre poétique. Encore faut-il s’accorder sur ce qui en relève. Il était le quinzième auteur à entrer de son vivant dans le temple, quatrième suisse à y être convié après Rousseau, Cendrars et Ramuz, mais-ceux-là à titre posthume ; encore est-il davantage fêté […]

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Al Dante !

Al Dante !

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Qu’une langue puisse faire l’objet d’une exposition temporaire dans un musée, cela se conçoit ; mais qu’il y soit exclusivement dédié en permanence, cela fait rêver. Par réflexe, on cherche des précédents, dans l’esprit du Musée de la langue portugaise à Sao Paulo ; en vain, y compris dans la riche histoire mondiale des musées (Gallimard, 2020) de Krzysztof Pomian mais il est vrai qu’il ne s’agit que du premier de trois tomes, s’interrompant en 1789, alors sait-on jamais. Le projet ne sort pourtant pas de l’imagination d’un artiste conceptuel mais bien d’une volonté politique : celles, conjuguées, du maire de Florence […]

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Discours du Nobel

Discours du Nobel

LOUISE GLÜCK

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Quand j’étais une enfant de cinq ou six ans, je crois, j’ai organisé une compétition dans ma tête, un concours pour décider quel était le plus grand poème au monde. Il y avait deux finalistes : “Le Petit Garçon Noir” de Blake et “Swanee River” de Stephen Foster. J’ai fait les cent pas dans la chambre d’ami, dans la maison de ma grand-mère, à Cedarhurst, un village sur la rive sud de Long Island, en récitant dans ma tête, car c’est ce que je préférais, plutôt qu’avec la bouche, le poème inoubliable de Blake, puis en fredonnant, toujours dans ma tête, […]

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Pour saluer Claude Vigée

Pour saluer Claude Vigée

Yvon Le Men

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  Je fais confiance à l’homme que je trouve dans vos poèmes (1)  « Survivant, j’apporte ici le témoignage de notre jeunesse brisée ; rescapé, je dis le destin d’une génération vouée tout entière au désastre » « Comme c’est étrange : les morts de l’ancienne saison oublient donc de rentrer ont-ils perdu l’adresse ? différé le retour ? Seraient-ils donc distraits, au point de ne plus vivre ? » Claude Vigée   « Je savais qu’un jour il partirait pour la nuit   Toute vie finit dans la nuit est le titre du livre que nous avons écrit   ensemble   je savais qu’un jour il en serait fini […]

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En hommage à Louise Glück

En hommage à Louise Glück

Marie-Ange Jourdan-Gueyer

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L’IRIS SAUVAGE   Au bout de ma souffrance il y avait une porte.   Ecoute-moi : ce que tu nommes mort je me rappelle.   Au-dessus, des bruits, des branches de pin remuant. Puis rien. Un faible soleil clignotait sur le sol aride.   Il est terrible de survivre conscience ensevelie dans la terre noire.   Puis ce fut fini : ce que tu redoutes, n’être qu’une âme, incapable de parler, se termine abruptement, la terre roide fléchit un peu. Et ce que je prenais pour des oiseaux pointe en arbrisseaux.   A toi qui ne te rappelles pas l’arrivée de l’autre […]

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Irrécupérable Rimbaud !

Irrécupérable Rimbaud !

André Guyaux

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Comme les Romains voulaient du pain et des jeux, nos sociétés modernes veulent des sujets médiatiques. Verlaine et Rimbaud au Panthéon en est un. Les chaînes de télévision et les réseaux sociaux se l’arrachent. Et les positions se radicalisent. L’accusation d’homophobie est lancée à tort et à travers, accablant ceux qui trouvent cette idée de panthéonisation saugrenue. Et parmi les réfractaires à cette idée, il s’en trouve qui en profitent pour mettre au rancart l’inspiration homosexuelle, sensible pourtant chez ces deux grands poètes. Sensible, sans être ce que certains voudraient qu’elle soit : une clef, un passe-partout, qui ouvre toutes les […]

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Rimbaud, poète impressionniste

Rimbaud, poète impressionniste

Roméo Fratti

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Arthur Rimbaud doit beaucoup au romantisme, n’en déplaise au « Voleur de feu » qui se faisait volontiers pourfendeur des mièvreries florales. Diffusé en France après la chute de Napoléon Ier, le romantisme pictural – picturesque – à l’anglaise prépare le terrain à l’impressionnisme, par l’importance accordée à une peinture de paysage qui reflète l’infiniment petit de l’intime. Marcheur infatigable, Arthur Rimbaud s’ouvre au jeu de couleurs du monde, infléchies par les lumières mouvantes de la nature au gré des saisons ; alors même que les peintres ont déjà découvert le bonheur de peindre en plein air, grâce notamment à l’invention du tube […]

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Paul Celan au creux des nuages

Paul Celan au creux des nuages

Marc Benveniste

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L’actuelle pandémie nous privera d’une commémoration internationale in situ du soixante-quinzième anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale. Faut-il y voir le signe de notre détestable insuffisance de maîtrise, à la même échelle mondiale, de la cruauté humaine depuis trois quarts de siècles ? La Shoah marqua de son sceau atroce ce conflit à nul autre pareil, en raison de l’obsession nazie de sélectionner un peuple et d’autres minorités pour les exterminer. Vladimir Jankélévitch avait raison de dénoncer, dans L’imprescriptible, « le monstrueux chef-d’œuvre de la haine. » La poursuite insensée dans le temps des exactions de l’homme contre l’homme fut envisagée comme prégnante […]

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