Littérature de langue française
Montaigne en mouvement : le titre que Jean Starobinski a donné à son importante étude des Essais en 1982 est éclairant. Le philosophe y met au jour une pensée tout entière soumise au changement d’attitude par rapport au monde extérieur et à la variation. L’échelle n’en est pas la vie humaine, ni les âges de la vie, mais l’instant, la minute. « Je ne peins pas l’être. Je peins le passage » (III, 2), dit Montaigne dans l’une de ses formules les plus célèbres. Ce mouvement, on l’éprouve en le lisant. Tout bouge, rien ne semble rester à sa place. À chaque fois […]
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Cette traduction des Essais (927 pages, 35 euros, Flammarion) découle de deux choix inhabituels. Elle suit le texte de la première édition (1580), celle qui a valu à Montaigne une célébrité immédiate ; et elle n’a aucune note, comme toutes les éditions parues du vivant de l’auteur, comme la traduction de Plutarque par Amyot qui a enthousiasmé Montaigne et ses contemporains. Très court, très vif, l’ensemble ainsi obtenu invite à une expérience de lecture fondamentale, en fait banale mais dont nous avons perdu l’habitude pour les Essais : il suffit de se laisser porter et emporter, en faisant confiance au texte […]
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Bien qu’un roman ne se réduise surtout pas à son sujet ni à son thème, on ne résiste pas à la manière dont Patrick Modiano le fait lui-même de son roman dans son roman. Ca se trouve à la page 76 de L’Éléphant (112 pages, 16 euros, Gallimard) : « C’est l’histoire d’un homme qui observe avec des jumelles quelques personnes qui habitent dans des appartements voisins du sien… Et le spectacle de ces personnes fait revenir à la surface des bribes de son passé. Voilà. » Voilà. Son personnage principal s’appelle Ludo Van Walle. 1,95 m, 120 kgs. D’où le surnom […]
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Daniel de Roulet, Trois garçons (296 pages, 22,50 euros, Phébus) J’aime beaucoup cet auteur helvétissime j(Genève, 1944), fils de pasteur, aussi romand qu’alémanique, objecteur de conscience, jusque dans sa haine de la Suisse conformiste, traditionnelle, intangible. C’est un authentique anarchiste tendance autonome canal terroriste. Il a eu maille à partir avec la justice pour avoir mis le feu au chalet d’Axel Springer, le magnat allemand de la presse. Il est à la tête d’une œuvre importante et profuse. Un agitateur tant par ses livres que par son activisme politique et social. Cette fois, une histoire d’amitié entre trois garçons soudés […]
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Il est des incendies qui détruisent et d’autres qui renseignent ; celui de Notre-Dame fit les deux. Le 15 avril 2019, lorsque la flèche s’inclina sur le ciel de Paris avant de disparaître dans les flammes, une foule immense, en France et hors de France, crut assister à la destruction d’un morceau du Moyen Âge. L’émotion était véritable ; l’erreur ne l’était pas moins. Cette flèche que l’on croyait presque contemporaine de saint Louis était l’œuvre de Viollet-le-Duc. Elle n’avait guère plus d’un siècle et demi. Mais elle s’était si parfaitement introduite dans notre représentation de Notre-Dame qu’elle nous semblait […]
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Peu de rentrées littéraires échappent à cette double injonction contradictoire : 1. Prendre garde malgré tout à ces quelques livres qui nous parviennent précédés par leur légende. 2. Toujours veiller à séparer un livre du bruit qu’il fait. Dans cette perspective, le roman de Thélyson Orélien C’était ça ou mourir (266 pages, 21,50 euros, Grasset) est un cas d’école- et on se fiche bien de savoir que Grasset en soit l’éditeur : ce livre relève du programme mis en place par Olivier Nora, son dernier dans ce qui fut « sa » maison à la suite des aventures que l’on sait et de toute […]
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Puisque la saison se prête, parait-il, à la déconnexion, si vous aimez la littérature, ce dont nul ne doute dès lors que vous vous trouvez sur le fil de la République des livres, lâchez tout, (re)lisez et (re)précipitez-vous sur Le Roi vient quand il veut (407 pages, 7,50 euros, Le Livre de Poche). Il faut se jeter dessus non parce qu’il est sous-titré « Propos sur la littérature » (ce qui lui donne un côté salonnard à côté de la plaque) mais parce qu’il est de Pierre Michon. Peu d’écrivains français prennent comme lui la peine de réfléchir à ce que lire et […]
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Allez savoir pourquoi, une certaine résonance dans l’actualité m’a fait reprendre Dans la foule (376 pages, 19,50 euros, éditions de Minuit), un livre paru en 2006 dans lequel Laurent Mauvignier, futur prix Goncourt 2025 pour La Maison vide, refaisait le match. A première vue, un roman sur le football dans sa dimension barbare. Dans la forme, un récit choral juxtaposant les monologues intérieurs, qui fait intervenir des voix de groupes venus assister au match du siècle entre les Reds de Liverpool et la Juventus de Turin le 29 mai 1985 au stade du Heysel à Bruxelles. On suit Jeff et […]
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Vous est-il déjà arrivé de tomber sur un hapax d’autant plus énigmatique que vous le rencontrez pour la première fois et que, malgré le contexte, son sens vous échappe encore ? Alors vous baissez les bras et vous consentez à vous reporter vers ceux qui savent : les dictionnaires, les moteurs de recherche, l’IA… Mon cas ces jours-ci en lisant le nouveau roman de Sylvie Germain Murmuration (200 pages, 19,90 euros, Albin Michel), une expérience d’autant plus étonnante que, s’il existe un écrivain qui ne jargonne pas, s’évertue à trouver le mot juste et manifeste un extrême souci de la […]
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On rencontre rarement des nouveaux livres qui nous bousculent dans l’instant de leur découverte et nous troublent au point de modifier notre regard. Durablement, qui sait, on verra bien. Car justement, il s’agit bien de cela : voir autrement avant de regarder vraiment. Impossible après de conserver intact, inentamé le regard posé sur le monde à commencer par sa manifestation la plus immédiate, la nature. Il s’agit de deux minces livres, deux pépites non dépourvues d’humour et de sens de la litote que les fées invisibles de la seconde rentrée littéraire font se côtoyer à la vitrine des libres, l’un […]
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