de Pierre Assouline

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La République des livres

traducteur

Henri Meschonnic versus DeepL

Henri Meschonnic versus DeepL

Françoise Wuilmart

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Commençons par Henri Meschonnic. Et nous verrons ensuite si DeepL le fait se retourner dans sa tombe, et si oui, dans quel sens. La réputation de Meschonnic le précède depuis toujours : esprit très clair et novateur, presque révolutionnaire dans la pensée sur le langage, il a recours à un discours que l’extrême précision rend parfois sibyllin. Ce que je tenterai ici est une gageure : le simplifier, le synthétiser,  le « vulgariser », et vous verrez que dans le fond, il est limpide ! Allons-y ! Quelques termes-clés seront les premiers jalons sur la voie de sa découverte : le signe, le discontinu, le binaire, le continu, […]

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Grâce et disgrâce de la langue française

Grâce et disgrâce de la langue française

JOSÉ ORTEGA Y GASSET

L’exemple illustrant peut-être le mieux les vertus et les limites d’une langue est celui de la lutte opposant un écrivain à son traducteur. Du point de vue du premier, la caractéristique qu’il décèlera de prime abord dans chaque langue sera naturellement sa souplesse ou sa rudesse, sa malléabilité ou sa rigidité. Il est en effet des langues inhospitalières, ne tolérant pas la moindre infraction : c’est le cas, peut-être plus qu’aucune autre, du français. On aurait peine à le croire si l’on envisage, pour le dire ainsi, cette langue de l’extérieur : tout en elle ne semble a priori que […]

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Eclats de roman

Eclats de roman

Daniel Lefort

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Il est toujours réconfortant par les temps qui courent, des temps sauvages s’il en est, de saluer l’apparition d’une nouvelle collection chez un éditeur qui a pignon sur rue et le conserve contre vents et marées. C’est le cas des éditions Maurice Nadeau qui lancent non pas une, mais deux collections, À vif et Poche Maurice Nadeau, l’une tournée vers l’avenir, l’autre vers le passé, toutes deux animées par l’inépuisable curiosité dont le père fondateur a fait preuve tout au long de sa vie centenaire. Redoutable héritage et audacieuse entreprise dans l’ombre portée de celui qui fut l’un des grands […]

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« Ulysses » a cent ans

« Ulysses » a cent ans

Bernard-Robert Bloom

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A la mémoire de Maurice Goldring. Le jeudi 2 février 1922, une jeune femme fait les cent pas sur le quai de la Gare de Lyon en attendant l’express de Dijon. A 7h précises, le train arrive, s’immobilise lentement, le contrôleur en descend, cherche des yeux la jeune femme qui se précipite et lui prend des mains un paquet qu’elle sert fortement tout en courant vers le boulevard en contrebas, où elle s’engouffre dans le premier taxi, le cœur battant. Moins de dix minutes plus tard, arrivée au 9 de la rue de l’Université, elle grimpe les escaliers quatre à […]

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Péché de nivellement

Péché de nivellement

Françoise Wuilmart

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Le phénomène de nivellement touche au cœur même du problème de toute traduction littéraire. Nivellement, ou encore « normalisation » », c’est-à-dire action de « raboter » un texte ou de l’aplatir : y supprimer toutes les sortes de reliefs, y tronquer les pointes, y boucher les creux, y aplanir toutes les aspérités qui en font justement un texte littéraire. Une telle approche de la traduction littéraire, poétique surtout, est encore bien trop courante. Le « traducteur-niveleur » ne peut être un grand écrivain, car ce qu’il craint précisément c’est de prendre trop de libertés, alors que l’auteur ne construit sa […]

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Pas si « perché » que ça !

Pas si « perché » que ça !

Jean-Pierre Pisetta

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Les grands noms de la traduction, qu’ils soient grands par leurs compétences ou par la notoriété qu’ils ont acquise dans le milieu, sont des étiquettes commodes pour les éditeurs qui veulent publier, pour des raisons philologiques, littéraires ou simplement commerciales, une nouvelle version d’un classique. Il suffit d’indiquer « nouvelle édition revue par… » ou « traduction revue par… » pour cautionner une parution prétendument remise à neuf. Il y a quelques années, j’avais acheté, en français, Le jour de la chouette, roman de Leonardo Sciascia. Il avait été traduit en 1962 par Juliette Bertrand et Flammarion en avait publié, en 1986, une « Nouvelle […]

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Mario Vargas Llosa au doigt et à l’œil

Mario Vargas Llosa au doigt et à l’œil

Albert Bensoussan

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Dans les riches heures de cette année de silence et de retenue, l’écrivain hispano-péruvien Mario Vargas Llosa a cogné trois fois son bâton de magicien sur la scène des Lettres, nous donnant en début d’année l’essai La littérature est ma vengeance,  yeux croisés et voix échangée avec Claudio Magris, suivi de cette somme de pensée libérale, L’appel de la tribu, présentée comme une autobiographie intellectuelle, et maintenant, dans les feux de l’été finissant, Temps sauvages (traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan & Daniel Lefort, Galllimard,  août 2021 , 390 p., 23€) un roman totalisant dans le droit fil de La Fête […]

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Traduire la langue de Camilleri

Traduire la langue de Camilleri

Bernard Alavoine

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En lisant pour la première fois une enquête de Montalbano, le lecteur français est surpris par la traduction de Serge Quadruppani qui est certes plaisante mais s’éloigne sensiblement de ce qu’on appelle « le bon français ». Comme il le rappelle dans la préface des éditions en français, le traducteur explique la spécificité de la langue de Camilleri et les difficultés rencontrées pour traduire ses romans. L’auteur de la série des Montalbano qui s’est mis à écrire tardivement des romans, a choisi d’utiliser une langue originale composée de trois niveaux. Le premier est l’italien classique employé par la majorité des Italiens, niveau […]

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De quoi en faire une maladie

De quoi en faire une maladie

Jean-Pierre Pisetta

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S’il y a des fléaux qui inspirent, le Covid est bien de ceux-là. J’ai pris l’habitude, depuis un certain temps déjà, de chercher chaque année une nouvelle italienne inédite que je traduis avec ma classe de traduction littéraire de l’Université libre de Bruxelles. Dans le but de la publier, signée par les étudiants, bien sûr. Jusqu’à présent, tous les textes que nous avons tirés de l’oubli ont connu ce sort heureux, grâce aux revues qui les ont acceptés. Il y a environ un an et demi, je découvre, dans un vieux recueil de nouvelles italiennes, le texte d’un auteur dont je […]

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Le même Shakespeare écrit « Hamlet » et les « Sonnets ».

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(…) Entreprendre de retraduire une œuvre majeure, même cent fois traduite, et parfois avec éclat, n’exprime nullement une insatisfaction vis-à-vis des accomplissements antérieurs. La retraduction ne porte pas en soi une critique voilée des poètes traducteurs qui vous ont précédé. Comme l’écrit clairement Jacques Darras, lui-même par deux fois retraducteur récent des Sonnets de Shakespeare : « C’est le propre de l’œuvre accomplie, en musique comme en poésie, que de permettre une infinie quantité de lectures, de traductions. […] Sachant qu’il n’y en aura jamais de version définitive […] traduire les Sonnets de Shakespeare, c’est toucher au principe d’insatisfaction » Il […]

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