de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Le problème avec Jules Ferry

Le problème avec Jules Ferry

Les écrivains sont rares parmi les historiens. Lorsqu’on en repère qui s’inscrit dans la lignée qui va de Michelet à Duby, on ne le lâche pas. Il y en a bien quelques uns parmi nos contemporains. Mona Ozouf en est et des plus brillants. Une plume au service d’une vision. Un vrai charme dans l’écriture, la matière fut-elle rugueuse. Son dernier livre en date en témoigne. Jules Ferry. La liberté et la tradition (112 pages, 12 euros, Gallimard) est un essai particulièrement inspiré sur un homme abhorré de son temps, dont l’action pèse encore sur la vie des Français, mais pour le meilleur. Aussi y entend-on les accents d’une réhabilitation, ce qui ne va pas de soi tant le dossier est plus complexe que l’image d’Epinal qui associe la gloire de l’homme exclusivement à l’école. Un livre bref qui fouette, comme une invitation énergique à revisiter le mythe, avec une autre approche que naguère François Furet et Jean-Michel Gaillard. Mais Dieu qu’il a été détesté ! (voir ses caricatures). J’ignore si, comme l’auteur l’assure, il fut le personnage le plus haï de la vie politique française tant les concurrents sérieux ne manquent pas avec Blum, Laval, Pétain, De Gaulle… D’abord avocat, puis journaliste à la dent dure (son article du Temps sur « Les comptes d’Haussmann » est longtemps resté dans les mémoires), Jules Ferry (1832-1893) s’est vite tourné vers la politique pour ne plus en démordre. Dès la première page, l’auteur actualise le problème Ferry en invoquant le débat  sur le sentiment d’être français et sur l’identité nationale, dont Jules Ferry fut un artisan majeure. Les deux France, aristocratique et démocratique, conservatrice et révolutionnaire, partagée sinon déchirée entre l’héritage reçu et  le travail à réaliser. Il hait non la terreur, où la foule s’adonne d’instinct à des massacres, mais la Terreur,  système de […]

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