de Pierre Assouline

en savoir plus

La République Des Livres par Pierre Assouline
Vuillard et Boucheron, une fratrie d’écrivains

Vuillard et Boucheron, une fratrie d’écrivains

L’un est un écrivain hanté par l’Histoire, l’autre un historien habité par la littérature. Ils partagent cette double force d’attraction fut-ce en sens inverse. Chacun est aujourd’hui dans sa génération le plus innovateur dans l’ indiscipline de son domaine. Le souci de la langue leur est commun, la sonorité, la voix du texte. On les dirait également faits pour raconter des histoires. Les deux travaillent dans l’épaisseur du temps, s’emploient à en restituer la sensibilité, en héritiers de Pierre Michon. Deux « vrais » livres, au sens où Proust l’entendait, enfants de l’obscurité et du silence. Comme une vraie fratrie d’écrivains au sein d’une famille d’esprit. Et tout ça via deux personnages saisis dans les grandes idéologies de la séparation, un prédicateur anabaptiste radical et un Père de l’Eglise et qui n’étaient même pas leur genre… Avec La guerre des pauvres (125 pages, 8,50 euros, Actes Sud), comme il le fit avec ses précédents récits (Conquistadors, La bataille d’Occident, Congo, Tristesse de la Terre, 14 juillet), jusqu’à l’Ordre du jour qui lui valut le prix Goncourt en 2017, Eric Vuillard (Lyon, 1968) est parti de l’endroit où il se trouvait, c’est à dire des soucis de son temps pour regarder le passé, alternant les focales, passant du panoramique au détail, dans un but bien politique à la seule condition que ce soit fait à partir de la littérature. Il y a bien désormais un ton une manière Vuillard, identifiables dès la première page, conjuguant le temps bref et rapide de l’événement saisi en instantané, avec la longue et lente réflexion mélancolique qu’il suscite en s’inscrivant dans l’histoire d’un homme, d’un groupe, d’une ville, d’un pays. L’écriture est toujours très tenue, dense et serrée, griffue et elliptique, mais d’une élégance assurée. On voit son projet se dessiner de livre en livre comme autant de degrés : épier les mouvements de […]

lire la suite .../ ...

589

commentaires

Les 10 Articles les plus récents

Il faut imaginer Jonas écrivain

Par Kamel Daoud

« Une religion, c’est un livre qui a bien marché ». La boutade d’un ancien ami algérois résume, je pense, le rêve ultime de tout éditeur, de tout écrivain, l’explication brève de nos […]

lire la suite .../ ...