de Pierre Assouline

en savoir plus

La République Des Livres par Pierre Assouline
Triomphe du roman sans fiction

Triomphe du roman sans fiction

Ce qui compte, c’est de placer la barre à une certaine hauteur et de sauter juste un peu au-dessus. A la placer trop haut, on ne risque pas seulement de s’étaler ; on passe pour celui qui n’a pas les moyens de ses ambitions. Le cas d’Emmanuel Carrère pour son dernier livre. Voilà pourquoi (j’entends déjà les cris d’orfraie) on peut détester le Royaume et louer les livres de Christophe Donner et Frédéric Beigbeder. Leur ambition est certes plus limitée qu’un réexamen des Evangiles à la lumière de leur moi profond ; mais l’un et l’autre ont parfaitement réalisé leur projet car ils ne se prennent pas pour ce qu’ils ne sont pas. L’analogie entre les trois tient aussi à ce qu’ils sont représentatifs d’une tendance qui se manifeste, du moins en France, depuis quelques années : le roman sans fiction, qui n’est pas qu’un récit très documenté mais une enquête dans laquelle l’auteur/enquêteur est l’un des principaux personnages.  Christophe Donner a emprunté le titre de son livre Quiconque exerce ce métier stupide mérite avant tout ce qui lui arrive (368 pages, 19,50 euros, Grasset) à Orson Welles. Ayant bien connu certains de ses personnages et la manière de l’auteur, je craignais le pire. J’ai été surpris en bien. Il a réuni trois biographies françaises (le réalisateur Maurice Pialat, le producteur Jean-Pierre Rassam et celui-qui-a-tout-fait-au-cinéma-sauf-ouvreuse Claude Berri) pour en faire une tragédie grecque avec sœurs et relations virtuellement incestueuses. Car chacun est le beau-frère de l’autre, l’ami aussi selon les périodes, puis l’ex-beau-frère. Ca se lit d’un trait comme une contre-histoire du cinéma français des quarante dernières années. Le livre regorge des petits secrets de ce petit monde, alimenté notamment par la correspondance électronique que l’auteur a entretenu avec Arlette Langmann, sœur de Claude Berri et ex-épouse de Maurice Pialat. On suppose que tout […]

lire la suite .../ ...

11

commentaires

Les 10 Articles les plus récents

Sade, ce fin rhétoricien

Par Michèle Vallenthini

Si la rhétorique classique préconise le modèle idéal d’une parole efficace et claire fondée sur des valeurs politiques, morales et spirituelles, les caractéristiques de l’« ars bene dicendi » sadien […]

lire la suite .../ ...

Le cauchemar du traducteur de russe

Par Anne-Marie Tatsis-Botton

L’irruption d’une langue étrangère ou régionale, ou encore d’un parler spécifique qui tranche sur la langue classique, est un des cauchemars du traducteur – et celui qui traduit du russe […]

lire la suite .../ ...