de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Pierre Herbart, une biographie plus grande que lui

Pierre Herbart, une biographie plus grande que lui

Le paradoxe est assez rare pour être examiné : on peut admirer le travail d’un biographe tout en se demandant si l’objet de ses recherches valaient que tant de talent, d’opiniâtreté, d’efforts fussent déployés. Un cas d’espèce que ce Pierre Herbart (616 pages, 29 euros, Grasset) de Jean-Luc Moreau, auteur d’essais autour de Camus, Sartre, Beauvoir, Dominique de Roux. On chemine agréablement dans la lecture de cette enquête fouillée, dense et fluide. Mais plus on avance, plus le doute nous envahit sur la personnalité du héros. N’eût été la curiosité persévérante et nostalgique de quelques éditeurs parisiens, autrefois celle de Guégan & Sorin (ce dernier juge toujours l’ensemble de son oeuvre « inoubliable ») et désormais celle essentielle de Patrick Mauriès en son cabinet des Lettrés du Promeneur, seuls de rares historiens de la littérature du côté de Cuverville se souviendraient que Pierre Herbart a écrit. Longtemps, il  a vécu couché. Non qu’il fût prématurément grabataire, mais il avait conservé le goût de vivre allongé le plus souvent possible depuis que, tout enfant, les bombes pleuvaient sur Dunkerque (il est né en 1903). On ne peut rêver meilleur tropisme pour un littéraire qui ne place rien au-dessus de la littérature, pas même la politique, en dépit de ses engagements antifascistes. L’amitié, peut-être, mais lorsqu’elle lie avant tout à des écrivains, elle est encore littérature. Après cela le Bœuf sur le toit de Moysés rue Boissy d’Anglas, la petite dame Van Rysselbergue en sa propriété, ces messieurs de la Nrf du côté de Sébastien-Bottin et tournez manège ! Cocteau et Gide furent si déterminants dans sa vie que le biographe peut aisément chapitrer « Les années Cocteau » (1924-1929) et « Les années Gide » (1929 à sa mort). L’influence fut telle que certains critiques de son Rôdeur (1931) le clouèrent comme un « sous-Cocteau » et que son Âge d’or (1953) semble n’exister […]

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