de Pierre Assouline

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La République des livres

Littérature étrangères

Quand Paul Celan perçait déjà sous Paul Antschel

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Généralement, lorsque surgissent des inédits de jeunesse signés à d’auteur de renom, ce n’est pas très bon signe. L’exhumation est toujours douteuse et le fond de tiroir, suspecté. Raison de plus pour saluer une exception lorsqu’elle se présente. Bien sûr, l’édition bilingue des Poèmes de Czernowitz 1938-1945 de Paul Celan (24 euros, 325 pages, Seuil) qui parait ces jours-ci attirera en priorité les fidèles lecteurs du grand poète- et ils sont de plus en plus nombreux en France. Mais ce sera peut-être l’occasion d’élargir le cercle davantage encore car ces poèmes de jeunesse sont plus accessibles que ceux de la […]

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Ce qu’annonçait Thomas Mann

Ce qu’annonçait Thomas Mann

Jean-François Marchi

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La Montagne magique (1924) n’est ni un roman de la guerre, ni un roman de la décadence, ni même un roman des idées. Elle est l’analyse patiente d’un symptôme historique : celui d’un monde qui a déjà été atteint dans son principe, mais qui continue de vivre par la forme, par l’intelligence, par le rite, et qui confond cette survie avec la vie même. L’erreur la plus commune consiste à faire de 1914 l’origine du mal. Or 1914 n’est pas une origine, mais une issue. La catastrophe finale ne fait que révéler un processus plus ancien, déjà engagé, déjà irréversible. […]

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De Federico l’esseulé à Lorca le glorieux

De Federico l’esseulé à Lorca le glorieux

Albert Bensoussan

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Federico García Lorca est mort en 1936, il y a quatre-vingt-dix ans, l’âge même de celui qui trace ces lignes aujourd’hui. La vie si courte – trente-huit années – de ce poète et dramaturge qui, s’il n’avait pas été assassiné, aurait pu et dû devenir centenaire, voire super-centenaire tant sa voix était forte et son talent suprême, nous voulons la prolonger et lui donner forme d’éternité. En 1972, lors de la foire du livre de Nice qui vit se constituer l’Association des Traducteurs Littéraires de France, un très joli monde des Lettres monta sur l’estrade pour proclamer la fin de […]

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En 2026, soyez héroïques !

En 2026, soyez héroïques !

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La cause est d’ores et déjà entendue : 2026 sera encore pire que 2025. On nous l’annonce partout : ce sera l’année de tous les dangers. Mais ce n’est pas parce qu’on nous le répète à tous propos qu’il faut y consentir et s’y résigner. Comme d’habitude, on s’aidera de livres. Pour moi, ce sera Méditations sur Don Quichotte (Meditaciones del Quijote, traduit de l’espagnol par Mikaël Gomez Guthart, 150 pages, 17,50 euros, fario) paru ces temps-ci. Parce que son auteur José Ortega y Gasset (Madrid, 1883-1955), un grand esprit au prestige, à l’autorité, à l’empreinte sur le débat d’idées […]

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Jane Austen forever

Jane Austen forever

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C’est devenu un marronnier à l’approche des fêtes : la rediffusion à la télévision de films et de séries adaptés de l’œuvre de Jane Austen (1775-1817). Même Bollywood s’y est mis ! c’est dire si son langage est universel- et son succès increvable.  Elle n’avait pourtant écrit « que » six romans mais manifestement, on ne s’en lasse pas, Orgueil et préjugés en tête suivi par Raison et sentiments (les autres s’intitulent Emma, l’Abbaye de Northanger, Mansfield Park, Persuasion). Et cette fois, la librairie en ses nouveautés n’est pas en reste qui propose Ma chère Cassandra (traduit de l’anglais par Constance […]

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Un (re)traducteur, ça s’autorise autant que ça s’empêche.

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Gardons-nous d’en faire un phénomène révélateur de la météo éditoriale. N’empêche qu’à la charnière de 2025/2026, il y a embouteillage du côté des retraductions littéraires. De quoi cet air du temps est-il le nom ? Un fois passées les réactions d’instinct hésitant entre un « encore ? », un « à quoi bon ? » et un « quel intérêt ? », on évoquera bien sûr une raison technique, à savoir le renouvellement de droits étrangers sur certains romans classiques, voire la chute de ceux-ci dans le domaine public (mais oui, il est dit généralement que l’on y tombe…). Mais […]

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Le « Je » sans pareil de Joan Didion

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On a tellement identifié le « nouveau journalisme » des années 60 à ses plus bruyants représentants, Tom Wolfe et Hunter S. Thomson, qu’on en a oublié quelques autres sur le bas-côté de la route traversant la scène américaine, dans les colonnes ou en dehors du magazine Rolling Stone. Il a donc fallu que Grasset publie son puissant récit L’Année de la pensée magique et qu’il soit couronné du prix Médicis de l’essai, pour que les Français s’avisent que Joan Didion (1934-2021) avait une voix singulière. Ses Notes à John (traduit de l’anglais par Josée Kamoun, 304 pages, 23 euros, Grasset) qui […]

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Bricoler Faulkner

Bricoler Faulkner

Charles Recoursé

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Lire Le bruit et la fureur, de William Faulkner, c’est avancer dans un brouillard qui se dissipe un peu avec chaque narrateur ; c’est progresser dans un chahut, un brouhaha qui s’éclaire progressivement. La première partie, racontée par le prisme faussement objectif de Ben, l’« idiot » de la famille Compson, nous confronte à un déluge de voix qui nous ballottent d’un temps et d’un événement à l’autre (le présent dans lequel il fête son trente-troisième anniversaire, l’enterrement de la grand-mère quand il était enfant, et le mariage de sa sœur Caddy, en avril 1910), au gré des associations libres qui s’opèrent dans […]

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L’Amérique de Philip Roth n’existe plus

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Si l’on osait, on relirait les livres de Philip Roth à l’égal de romans historiques. Déjà ? Déjà. Pourtant les derniers sont parus au début des années 2000. Tel est le sentiment effaré, incrédule, attristé que l’on retire de la lecture du puissant essai de Marc Weitzmann La part sauvage (374 pages, 24 euros, Grasset). Autant un livre sur son ami Philip Roth que sur leur Amérique à eux bien qu’une génération les sépare. Rien du rêve américain, tout d’une Amérique rêvée, idéalisée., newyorkisée. En ce sens, la publication simultanée du Tome 3 de son œuvre sous le titre Romans dans […]

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Le traducteur amoureux d’un roman d’amour

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  (Le grand traducteur et germaniste Bernard Lortholary vient de nous quitter à 89 ans. En hommage à sa personne et à son oeuvre, nous publions à nouveau sa contribution à la République des livres parue en 2013) Faut-il aimer un livre pour bien le traduire ? J’ai plus d’une fois pensé que non. Qu’un peu de distance rendait plus lucide, plus exact, plus précis. Qu’à trop s’identifier l’on risquait au contraire de s’aveugler, de s’emballer en suivant la pente, et de finir par trébucher. I would prefer not to. Plutôt être un traducteur brechtien, distancié, qui joue le rôle […]

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