de Pierre Assouline

en savoir plus

La République des livres

Littérature étrangères

Mario Vargas Llosa au doigt et à l’œil

Mario Vargas Llosa au doigt et à l’œil

Albert Bensoussan

4

commentaires

Dans les riches heures de cette année de silence et de retenue, l’écrivain hispano-péruvien Mario Vargas Llosa a cogné trois fois son bâton de magicien sur la scène des Lettres, nous donnant en début d’année l’essai La littérature est ma vengeance,  yeux croisés et voix échangée avec Claudio Magris, suivi de cette somme de pensée libérale, L’appel de la tribu, présentée comme une autobiographie intellectuelle, et maintenant, dans les feux de l’été finissant, Temps sauvages (traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan & Daniel Lefort, Galllimard,  août 2021 , 390 p., 23€) un roman totalisant dans le droit fil de La Fête […]

lire la suite .../ ...
Traduire la langue de Camilleri

Traduire la langue de Camilleri

Bernard Alavoine

En lisant pour la première fois une enquête de Montalbano, le lecteur français est surpris par la traduction de Serge Quadruppani qui est certes plaisante mais s’éloigne sensiblement de ce qu’on appelle « le bon français ». Comme il le rappelle dans la préface des éditions en français, le traducteur explique la spécificité de la langue de Camilleri et les difficultés rencontrées pour traduire ses romans. L’auteur de la série des Montalbano qui s’est mis à écrire tardivement des romans, a choisi d’utiliser une langue originale composée de trois niveaux. Le premier est l’italien classique employé par la majorité des Italiens, niveau […]

lire la suite .../ ...
Javier Cercas aux prises avec la bonté à coups de fusil

1101

commentaires

Inutile de le chercher le nom de Javier Cercas dans le si précieux, si informé, si riche Dictionnaire amoureux du polar (804 pages, 27 euros, Plon) de Pierre Lemaitre pourtant si ouvert aux auteurs étrangers et malgré l’allusion à la novela negra espagnole dès l’incipit : c’est là qu’on a le plus de chance de le trouver absent. Et pour cause ! L’un des plus grands écrivains espagnols s’est fait connaitre et plébisciter, tant par la critique que par le public, pour ses novelas sin ficción, des « romans sans fiction » ainsi qu’il nomme ce genre hybride qui entremêle l’histoire, la littérature, le […]

lire la suite .../ ...
Spadolini ou l’amitié

Spadolini ou l’amitié

Jacques-Émile Miriel

2

commentaires

Extinction, sous-titré « Un effondrement », est le dernier roman de Thomas Bernhard, disparu soudainement en 1989. C’est une œuvre imposante, d’une richesse extrême, un monologue en deux longs paragraphes, « Le télégramme » et « Le testament », qui s’étendent, dans la traduction française, sur plus de 400 pages écrites serrées. Le tout forme une sorte de bloc compact, dans lequel on a peine à reprendre son souffle, tant la prose tournoyante et obsessionnelle de Bernhard nous entraîne, sur un rythme vif et envoûtant. Pour décrypter ce labyrinthe romanesque étonnant, je m’arrêterai plus précisément sur l’un des personnages les plus importants de cette Extinction (Auslöschung, […]

lire la suite .../ ...
Philip Roth ou la terrible ambiguïté du « je »

1512

commentaires

Les réseaux sociaux vont-ils instrumentaliser sa biographie pour faire de Philip Roth (1933-2018) le Harvey Weinstein des Lettres américaines ? C’est à craindre et ce serait la pire des méprises. Cela abîmerait inutilement et abusivement le livre de Blake Bailey et son héros. Encore que le pire n’est jamais sûr. Ainsi vient-on d’apprendre que ce livre tant attendu par les lecteurs de Roth vient de voir sa commercialisation « suspendue«  par son éditeur même, WW Norton. Pourquoi, grands dieux, alors qu’il vient à peine de paraitre, qu’il connait un succès public et critique mérité (ici et là) ? Parce que près d’un quart […]

lire la suite .../ ...
De quoi en faire une maladie

De quoi en faire une maladie

Jean-Pierre Pisetta

4

commentaires

S’il y a des fléaux qui inspirent, le Covid est bien de ceux-là. J’ai pris l’habitude, depuis un certain temps déjà, de chercher chaque année une nouvelle italienne inédite que je traduis avec ma classe de traduction littéraire de l’Université libre de Bruxelles. Dans le but de la publier, signée par les étudiants, bien sûr. Jusqu’à présent, tous les textes que nous avons tirés de l’oubli ont connu ce sort heureux, grâce aux revues qui les ont acceptés. Il y a environ un an et demi, je découvre, dans un vieux recueil de nouvelles italiennes, le texte d’un auteur dont je […]

lire la suite .../ ...
Du sexe de Moby Dick

Du sexe de Moby Dick

2066

commentaires

Et puisque dans le commentarium tout le monde s’en mêle, raison de plus pour y mettre mon grain de sel… Imagine-t-on le désarroi d’un grand lecteur de Cervantès à qui l’on révélerait que Don Quichotte, chevalier à la triste figure, était en réalité une sorte de chevalier d’Eon ? Ou celui d’un fou de Don Juan apprenant qu’il s’agissait en vérité d’un castrat ? Celui encore d’un hugolâtre convaincu sur le tard que Jean Valjean n’était qu’un travelo brésilien ? Et celui d’un proustien compulsif à l’instant de découvrir qu’Albertine disparue n’était autre qu’Albert, le chauffeur de l’écrivain ? (ce […]

lire la suite .../ ...
Al Dante !

Al Dante !

1582

commentaires

Qu’une langue puisse faire l’objet d’une exposition temporaire dans un musée, cela se conçoit ; mais qu’il y soit exclusivement dédié en permanence, cela fait rêver. Par réflexe, on cherche des précédents, dans l’esprit du Musée de la langue portugaise à Sao Paulo ; en vain, y compris dans la riche histoire mondiale des musées (Gallimard, 2020) de Krzysztof Pomian mais il est vrai qu’il ne s’agit que du premier de trois tomes, s’interrompant en 1789, alors sait-on jamais. Le projet ne sort pourtant pas de l’imagination d’un artiste conceptuel mais bien d’une volonté politique : celles, conjuguées, du maire de Florence […]

lire la suite .../ ...
La merveilleuse démesure d’Alejo Carpentier

La merveilleuse démesure d’Alejo Carpentier

Albert Bensoussan

4

commentaires

Lorsqu’on parle de la littérature latino-américaine, et de ce que l‘on a appelé le « boom », une seule expression suffit à la définir : le réalisme magique. Appliquée de préférence à l’emblématique Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez, cette étiquette procède de l’inventeur d’un style romanesque, Alejo Carpentier (1904-1980) qui, dépassant l’indigénisme fondateur de Miguel Ángel Asturias et de Rómulo Gallegos, découvre, en parcourant l’Orénoque et en pénétrant la jungle amazonienne, ce qu’il qualifie, lui, le tout premier, de « réel merveilleux ». Mais chez celui qui prétendait avoir « besoin de démesure pour écrire », était-ce la réalité ou un rêve ? L’écrivain Jean-Louis […]

lire la suite .../ ...
Pour saluer John le Carré

Pour saluer John le Carré

825

commentaires

D’abord rendre hommage au maitre. Non du roman d’espionnage mais du roman. David Cornwell alias John Le Carré, qui vient de mourir à 89 ans d’une pneumonie, dans les Cornouailles où il vivait une grande partie de l’année, en était un depuis la parution de L’Espion qui venait du froid (1963). En un peu plus d’un demi-siècle, il a construit un monde, un univers, une œuvre qui prolongent ceux de ses propres maitres Joseph Conrad et Graham Greene, et dans un genre différent Dickens et Balzac. A deux reprises ses lecteurs ont pu craindre qu’il ne rangeât définitivement sa machine à […]

lire la suite .../ ...