de Pierre Assouline

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La République des livres

Histoire Littéraire

Le (premier) centenaire d’un grand poème

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Notre pays a-t-il jamais fêté l’anniversaire d’un grand poème en langue française ? Moi non plus, je ne vois pas, aucune date qui s’impose à l’esprit. Oh certes, en fouillant dans les catalogues annuels des célébrations et commémorations nationales (avant qu’une stérile querelle sémantique ne les enterre), on y trouverait probablement un hommage de la nation à la Balade des pendus ou Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ou L’Albatros ou encore au Bateau ivre. Mais un grand poème unanimement tenu pour un classique moderne et qui ait dominé le XXème siècle dont il est issu ? On a […]

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Grâce et disgrâce de la langue française

Grâce et disgrâce de la langue française

JOSÉ ORTEGA Y GASSET

L’exemple illustrant peut-être le mieux les vertus et les limites d’une langue est celui de la lutte opposant un écrivain à son traducteur. Du point de vue du premier, la caractéristique qu’il décèlera de prime abord dans chaque langue sera naturellement sa souplesse ou sa rudesse, sa malléabilité ou sa rigidité. Il est en effet des langues inhospitalières, ne tolérant pas la moindre infraction : c’est le cas, peut-être plus qu’aucune autre, du français. On aurait peine à le croire si l’on envisage, pour le dire ainsi, cette langue de l’extérieur : tout en elle ne semble a priori que […]

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Vie de Carmen, « Mamá grande » des écrivains

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Sachant que « le Chacal » est le surnom amplement mérité du redouté agent littéraire new yorkais Andrew Wylie, quel en est le féminin ? Il n’y en a pas. Car fut-elle redoutable, il ne serait jamais venu à l’esprit de quiconque d’évoquer la non moins légendaire barcelonaise Carmen Balcells (1930-2015) comme un chacal (la femelle s’appelle comme le mâle). Et encore moins de hyène. C’est surtout que nul n’aurait osé de crainte de s’en prendre une. La Catalane avait le caractère trempé et ne s’en laissait pas compter. C’est peu dire qu’elle était en position de force et de pouvoir dans le […]

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Buzzati et le désert de Saint-Exupéry

Buzzati et le désert de Saint-Exupéry

Jean-Pierre Pisetta

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Dino Buzzati connaissait-il le français ? Né dans une riche famille de Vénétie, devenu dès les années 1930 journaliste au Corriere della Sera dont il sera par la suite un des envoyés spéciaux à l’étranger, il a sans doute été en contact, pour le moins, avec la langue du grand pays voisin, bien que ses biographes ne s’attardent pas sur la question. Lorsqu’on lui demanda d’où lui était venue l’idée « fantastique » de son Désert des Tartares, ce roman de l’attente, par des militaires isolés, d’un ennemi invisible ou, plus simplement, d’une raison de vivre, Buzzati répondit qu’elle lui avait été inspirée […]

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Louise Labé : le choix de la Pléiade est une « momerie » !

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Suite à votre chronique « Du rififi chez les seiziémistes » qui me tombe sous les yeux ce jour, il me vient un certain nombre de réflexions à adresser à l’écrivain et au journaliste que vous êtes. « À l’examen, il apparait bien que des poètes humanistes s’étaient réunis autour du grand Maurice Scève pour concocter ce canular nourri de Sappho, Ovide, Catulle… » écrivez-vous. Peut-être devriez-vous, avant d’écrire une telle phrase, vous appuyer sur les textes, rien que les textes.  Je vous invite à comparer la poésie de Louise Labé, d’une simplicité raffinée, à celle de Maurice Scève, obscure, hermétique et qui, malgré sa position de […]

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Au-delà de cette limite votre ticket…

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Le nom de Teresa Juvé ne vous dira probablement rien et celui de Jaume Plagumà, le personnage qu’elle a créé, pas davantage. Ce qui n’est pas étonnant : malgré le succès de sa série de romans historiques policiers dont cet enquêteur et héros récurrent est une sorte de gouverneur du XVIème siècle qui travaille à la cour de Felipe II, cette romancière n’a guère été traduite en français en dehors d’Un marécage dans la ville, ses mémoires d’exil. Et vous n’auriez jamais découvert son existence si la presse catalane ne nous avait appris ces jours-ci la parution de son nouveau roman sous […]

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De l’éloquence muette des « bibliothèques créatrices »

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Tout écrivain a commencé par être un lecteur. Souvent il le demeure jusqu’à ses derniers jours. Les livres l’ont fait écrivain, ils ont façonné son imaginaire, son expérience de la vie a fait le reste en se frottant à ses lectures. Or rien ne nous renseigne mieux sur ses lectures que l’exploration de sa propre bibliothèque. Non pas tant l’examen de son inventaire que celui de ses livres-mêmes tels qu’il les a annotés, rangés et dérangés. Qualifiée de « bibliothèque créatrice » lorsqu’elle a appartenu à un écrivain, un poète ou un intellectuel, elle se révèle être une source documentaire sans pareille […]

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Georges Perec autre que nous le savons

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Si le cinéma ne s’est guère émancipé de la littérature, nombre d’adaptation de romans en témoignent cette année encore, c’est peu dire que le documentaire l’ignore. Cela se comprend lorsqu’il se veut en prise directe avec le réel très contemporain. Mais comment expliquer cette indifférence lorsqu’il se tourne vers le passé ? Cet hiver à Biarritz, à l’occasion de l’édition 2022 du Fipadoc (Festival international documentaire), il n’y avait guère qu’un documentaire consacré à un écrivain parmi des dizaines d’autres axés le plus souvent sur des guerres, des conflits et des sujets de société. Un seul aussi exceptionnel que l’était son […]

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Du rififi chez les seiziémistes

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Cela vous a peut-être échappé mais il y a un sérieux problème avec Louise Labé. Ce n’est pas d’aujourd’hui. N’était-elle qu’une « créature de papier » comme le soutient depuis des années Mireille Huchon, professeur à la Sorbonne ? La longue notice que lui consacre Wikipédia la traite comme une grande poétesse née vers 1524 à Lyon et morte en 1566, entendez une vraie femme de chair, de sang et de mots ; l’encyclopédie en ligne ne réserve qu’une faible place au doute et à la contestation sous le titre « Une imposture poétique ? » et se garde bien de citer Mireille Huchon dans sa bibliographie. […]

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Terrifiantes intuitions de Simenon

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Depuis le temps que des romanciers racontent la fin du monde ou presque, elle finira bien par arriver. Ce jour-là, on dira que la science-fiction avait bien anticipé. En attendant, il n’est pas une catastrophe naturelle (incendies de forêts, tremblements de terre, fonte des glaciers etc) qui n’ait pas déjà été écrite et décrite dans sa forme la plus massive par un roman il y a des années. Sauf que certaines prémonitions sont plus troublantes que d’autres : lorsque l’écrivain est le seul à annoncer à l’avance ce qui a va se passer précisément en un lieu donné. Dans son premier […]

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