de Pierre Assouline

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La République des livres

Histoire Littéraire

Retour sur le scandale « Batouala »

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Le 14 décembre 1921 au restaurant Drouant, dix écrivains-jurés se retrouvèrent face à un problème : cinq voix pour pour Batouala de René Maran et autant pour L’Epithalame de Jacques Chardonne. La double voix du président Gustave Geffroy, membre fondateur de la société littéraire des Goncourt alors composée notamment de Léon Daudet et des deux frères Rosny, fit pencher la balance en faveur du premier. Pour la première fois depuis sa création dix-huit auparavant, elle couronnait un écrivain noir. Mais les Dix n’en étaient pas à leur coup d’essai puisqu’en 1905 déjà, ils avaient distingué Les Civilisés, roman férocement anticolonial dans […]

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Reductio ad merdam

Reductio ad merdam

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Un colloque a priori peu ragoûtant s’est tenu il y a un peu plus de deux ans sous les auspices du Centre de recherches en Littérature et Poétique Comparées. On l’aurait ignoré n’eut été la formulation mystérieuse et ambiguë de son intitulé : « Saloperies littéraires ! Quand l’ordure entre en représentation ». Ceux qui ne purent hélas assister à ces travaux peuvent désormais se rattraper en se plongeant dans les Actes mis en ligne en libre accès par la revue Silène. Un régal pour l’esprit. Penser la saloperie, identifier le salaud, théoriser le sale, déconstruire l’immonde dans toute leur complexité requiert un certain […]

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Par les mots de Jean Queval

Par les mots de Jean Queval

HERVÉ LE TELLIER

(…) À la lecture d’Animal Farm, on comprend vite qu’une chose fascine et terrifie George Orwell. Cette chose, c’est le langage, et sa capacité de manipulation des foules. Le goret « bien en chair et de petite taille » Brille-Babil parvient à convaincre les autres animaux avec une efficacité désarmante. Il faut dire que les pauvres bêtes, qui pour la plupart ne savent pas lire, croient aussi le corbeau, noir symbole de l’église orthodoxe, qui leur promet (après la mort) la « Montagne de Sucrecandi ». Mais leur sottise et leur crédulité n’expliquent pas tout. Ce que perçoit Orwell, c’est […]

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Pas si « perché » que ça !

Pas si « perché » que ça !

Jean-Pierre Pisetta

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Les grands noms de la traduction, qu’ils soient grands par leurs compétences ou par la notoriété qu’ils ont acquise dans le milieu, sont des étiquettes commodes pour les éditeurs qui veulent publier, pour des raisons philologiques, littéraires ou simplement commerciales, une nouvelle version d’un classique. Il suffit d’indiquer « nouvelle édition revue par… » ou « traduction revue par… » pour cautionner une parution prétendument remise à neuf. Il y a quelques années, j’avais acheté, en français, Le jour de la chouette, roman de Leonardo Sciascia. Il avait été traduit en 1962 par Juliette Bertrand et Flammarion en avait publié, en 1986, une « Nouvelle […]

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Saloperie de métier que le nôtre !

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Si l’envie vous prenait un jour de lancer un mouvement littéraire, il ne faut jurer de rien, songez en tout premier lieu à lui inventer un nom de baptême facile à mémoriser, puis à commander une photo qui immortalise ses membres ; le reste (écrivains, livres, éditeurs, théorie, thèses etc) est secondaire. Un label et une image : voilà du marketing bien senti ! Le « Nouveau roman » est, dans ce registre, une réussite exemplaire. Comme chacun sait, cela n’existe pas ; il n’empêche qu’on lui a consacré depuis des lustres d’innombrables articles, études, ouvrages, doctorats, émissions ; pendant très longtemps, les étudiants américains d’est en ouest […]

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Balzac n’aimait pas le café

Balzac n’aimait pas le café

Pierre Boisard

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« Le café est le parlement du peuple », cette phrase attribuée à Balzac et maintes fois citée est présentée comme une consécration du café et son élévation au rang d’institution démocratique. À la lire aujourd’hui, il semble bien que le grand écrivain exprime ainsi, sans ambiguïté, une grande déférence pour le café. Je confesse que j’ai été tenté de reprendre cette belle formule dans mon livre La vie de bistrot[1]. Un détail m’en a empêché, nulle part je n’ai trouvé sa source exacte. En effet, curieusement, cette formule n’est jamais référencée, comme s’il fallait cacher sa provenance pour mieux en détourner […]

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De la complexité d’« Un cœur simple »

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Il y a longtemps de cela, la première fois que je l’ai lu, le texte était nu. A la relecture peu de temps après, également et je ne cherchais pas à en savoir plus. L’éblouissement, dans lequel l’admiration se mêlait à l’émotion, mettait à distance tout esprit critique. Bien sûr, l’auteur me parvenait précédé par sa légende mais un jeune lecteur n’a pas nécessairement la curiosité d’aller au-delà. Après, lorsqu’il quitte le lycée pour l’Université, ça se gâte. La parution ces jours-ci du dixième et dernier volume des œuvres complètes de Gustave Flaubert dans la collection de la Pléiade, à […]

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Le motif dans le tapis

Le motif dans le tapis

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Pour tout écrivain qui s’intéresse aux écrivains, The Figure in the Carpet devrait être une boussole. Le moyen de ne pas perdre le nord dans le dédale d’une vie et les ombres et replis d’une œuvre. La revue londonienne Cosmopolis avait publié cette nouvelle de Henry James en 1896 mais elle n’a rien perdu de son caractère universel et intemporel. Il ne s’agit pas d’une « image » dans le tapis comme cela été parfois traduit, mais bien d’un « motif ». Quelque chose de complexe, tarabiscoté, indéchiffrable comme il s’en trouve au centre des tapis persans. Le narrateur, lui-même écrivain, cherche dans un […]

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Retour sur la consécration du « syndicat »

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Récemment interrogée dans l’Express sur l’art et la manière d’obtenir les droits d’édition du nouveau livre de Barack Obama, Sophie de Closets, Pdg des éditions Fayard, confiait à Marianne Payot :  « Selon moi, dans le registre des Mémoires de président, comme il y a eu De Gaulle et Churchill au XXe siècle, il y aura Une terre promise au XXIème ». A la réflexion, ce ne sont pas tant les qualités littéraires de « l’écrivain » Obama qui valent d’être discutées : gageons que l’empreinte de l’homme d’Etat les recouvrira bientôt ; c’est plutôt la comparaison avec les deux autres mémorialistes qui fait problème. Que Charles de Gaulle, nourri […]

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Philip Roth ou la terrible ambiguïté du « je »

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Les réseaux sociaux vont-ils instrumentaliser sa biographie pour faire de Philip Roth (1933-2018) le Harvey Weinstein des Lettres américaines ? C’est à craindre et ce serait la pire des méprises. Cela abîmerait inutilement et abusivement le livre de Blake Bailey et son héros. Encore que le pire n’est jamais sûr. Ainsi vient-on d’apprendre que ce livre tant attendu par les lecteurs de Roth vient de voir sa commercialisation « suspendue«  par son éditeur même, WW Norton. Pourquoi, grands dieux, alors qu’il vient à peine de paraitre, qu’il connait un succès public et critique mérité (ici et là) ? Parce que près d’un quart […]

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