de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

« Après Sainte-Beuve » : vous permettez, Proust ?

Un livre doit porter un titre pour le meilleur et pour le pire. Il arrive si souvent qu’il en soit rehaussé qu’on oublie trop les occasions où il en est accablé. Chaque lecteur peut en dresser sa liste personnelle, subjective, et nécessairement arbitraire. Encore ces titres ont-ils été choisis par leurs auteurs, ce qui limite les reproches qu’on peut leur adresser. Mais qu’un titre appliqué à titre posthume vienne à s’abattre sur un livre inachevé, et que le nom de Marcel Proust vienne couronner le tout sans qu’il l’ait vraiment voulu, voilà qui pose problème. L’affaire n’est pas d’aujourd’hui puisqu’elle remonte à 1954, date de la parution de son fameux Contre Sainte-Beuve. On sait qu’en fouillant dans les papiers de famille de Suzy Mante-Proust, Bernard de Fallois, qui n’était pas encore le grand éditeur qu’il devînt mais un professeur de Lettres de Stanislas préparant une thèse sur la Recherche, mit par hasard la main sur un trésor : les manuscrits inédits de Jean Santeuil et d’un ensemble hétéroclite de textes critiques qu’il rassembla sous le titre Contre Sainte-Beuve ; Gallimard le publia avant de le canoniser dans la collection de La Pléiade, sanctuaire fort bien fréquenté où l’on délivre un passeport pour l’éternité littéraire. Ce qui n’était peut-être pas un livre a donc accédé à ce statut par la seule vertu de sa publication. Nombre de ceux qui ne le connaissent que par son titre (certes tiré d’une lettre mais portant sur la préfiguration du roman et non sur ces textes précisément) en ont acquis la conviction que Proust était contre Sainte-Beuve, tout simplement ; elle a été il est vrai renforcée par l’analyse de ceux qui l’avaient lu et en ont déduit le syllogisme suivant : Proust distingue et oppose radicalement le Moi social du Moi créateur, l’un étant superficiel et l’autre profond ; il reprochait à Sainte-Beuve d’expliquer une œuvre par la biographie de son auteur ; Proust était donc contre la biographie. Ce qui a découragé des vocations de biographes, et singulièrement de biographes de Proust qui l’ont lu comme un bref traité de disqualification par anticipation. Il n’aurait pas aimé qu’un inconnu fouillât dans ses papiers, établît des concordances entre sa vie privée telle que exposée par sa correspondance et des pages de son roman, révélât son homosexualité, inventa ses serrures à une cathédrale de prose qui est tout sauf un roman-à-clés etc

C’est dire si l’essai de Donatien Grau vient à point. Ce jeune normalien, qui doit son prénom à l’admiration de ses parents pour un marquis qui n’était pas de ces salons-là, consacre son Tout contre Sainte-Beuve (401 pages, 24 euros, Grasset) à un démontage brillant, méthodique, parfois un peu naïf (il faut oser, par exemple, affirmer que « Rares sont les romans au XXème siècle à pouvoir afficher une issue heureuse » ; que de lectures cela suppose…) mais le plus souvent habile, de l’immarcescible doxa, du lieu commun et de la tarte à la crème qu’elle a enfanté dans tout commentaire proustifiant selon lesquels Proust a osé s’en prendre au grand Sainte-Beuve et le rejeter en même temps que le principe biographique.

Donatien Grau a eu des prédécesseurs, et comment en serait-il autrement si l’on considère l’immensité de la bibliographie proustienne. Jean-François Revel pour ne citer que lui : « La thèse de Proust sur la création littéraire est le retournement exact de celle de Sainte-Beuve, et elle est du même niveau. A la thèse que l’œuvre procède du moi des dîners en ville, Proust réplique qu’elle procède d’un moi qui ne mange jamais. » Et de défier Proust d’avoir eu plutôt le courage de se lancer dans un « Contre Taine », qui eut été d’une tout autre envergure et d’un tout autre intérêt eu égard à la qualité de grand historien des lettres, et d’une tout autre difficulté. Dans le sillage de Revel, Donatien Grau montre que si Proust a tant insisté sur son inimité pour Sainte-Beuve, ce sceptique absolu, c’est qu’il lui importait vraiment : il admirait l’historien de la littérature qui l’avait grandement influencé. Et l’essayiste de reprendre les textes d’Emile Faguet, des frères Goncourt, d’Eudore Soulié, de Gustave Lanson, Jules Lemaître, Léon Séché. Ce qu’il tire de sa relecture ? Rien moins que ceci : contrairement à une idée reçue, la critique de ladite méthode de Sainte-Beuve était monnaie courante plusieurs années avant que Proust ne s’y mette ; il n’a pas, comme on l’a souvent écrit, fait figure de subversif en s’en prenant au maître ; son point de vue sur la dualité des Moi n’était en rien une innovation puisqu’elle se trouvait déjà formulée dans le Journal des Goncourt que Proust avait lu passionnément. Et Donatien Grau, porté par son élan démystificateur, de s’interroger : « Proust ne serait-il pas un autre Sainte-Beuve ? Ne se serait-il pas identifié à l’écrivain ? En ce cas, l’examen de la matière beuvienne serait comme un moyen pour lui d’éprouver sa singularité. »

Dans sa quête des affinités électives, il établit des proximités entre Proust et Sainte-Beuve, entre la Recherche et Volupté, dresse des parallèles jugés troublants entre le jeune Proust et le grand Sainte-Beuve, à commencer par l’érudition. Sauf que, comme il le reconnaît, celle de l’auteur de ce chef d’œuvre qu’est Port-Royal (Donatien Grau en fait même l’équivalent monumental de la Recherche dans le versant de la connaissance positive et du savoir historique, et dans un même souci de la totalité,) était sans limites, alors que celle de Proust n’est impressionnante que pour les lecteurs du XXIè siècle ; elle l’était moins en son temps pour qui sortait des bonnes écoles.

Mais pourquoi continue-t-on à disputer de la dimension autobiographique ou non de la Recherche, de la dissociation du moi social et du moi qui écrit quand il apparaît désormais évident que l’œuvre de Proust se nourrit de sa vie, mais que dans le processus de création, rien ni personne ne s’y trouve intégralement transporté, tous les éléments y étant amalgamés, fondus et confondus ? De la contiguïté entre l’auteur et le Narrateur se dégage une ambiguïté qui ajoute à son mystère, et qui s’en plaindrait. Gardons-nous de trop les confondre tout en nous gardant de les distinguer systématiquement. Le débat paraît aussi vain que l’on écoute les partisans de l’un ou l’autre bord alors que Proust, malgré le postulat exposé dans sa philippique contre Sainte-Beuve, a de longue date souterrainement opéré la jonction entre les deux, comme le font tant de romanciers sans même que la question théorique ne les effleure. Alors ni Proust ni Sainte-Beuve, dans la mesure où l’on en a fait deux absolus de la critique littéraire exclusifs l’un de l’autre. Combien de fois Proust lui-même est-il sorti du texte seul, du texte nu, pour s’aventurer dans les dédales de la vie et en tirer une information, qu’il s’agisse de Balzac, Thomas Hardy, John Ruskin, Baudelaire ! Il brûle de savoir quels modèles de la vraie vie ont inspiré à George Eliot, Maggie et Tom Tulliver, les personnages du Moulin sur la Floss. Ses lettres regorgent de cette curiosité restée rarement inemployée. Et dans le Contre Sainte-Beuve même, ne remarque-t-il pas que le grand critique du XIXe siècle s’était bien gardé de s’en prendre à Chateaubriand du vivant de Mme Récamier ; mais Proust, lui, s’en prend à l’homme privé en Sainte-Beuve, le guignolisant comme peu de caricaturistes oseraient le faire et l’anecdotisant comme peu de biographes l’ont fait, pour mieux dénoncer le critique.

Quel plus bel exemple d’unité de l’œuvre à la vie et réciproquement que l’édification de cette grande machine romanesque qu’est la Recherche ! Elle est la négation même du principe exposé, succinctement mais radicalement, dans sa critique de l’esprit Sainte-Beuve ; mais à force de l’étirer en théorie, les glosateurs en ont fait un axiome de nature à terroriser des générations de biographes. Car si Proust l’a dit, n’est-ce pas, il n’y a plus qu’à ranger les instruments de l’enquête et à changer de genre. Après tout, Flaubert a cruellement méconnu, sinon méprisé, Stendhal, qui lui-même se moquait de Balzac ; mais chez Sainte-Beuve, l’erreur de jugement est impardonnable, parce qu’il a vocation de critiquer, c’est à dire mettre à leur rang les auteurs dont il est le contemporain. En fait, Proust le caricature, comme l’on fait d’ordinaire quand on veut discréditer une thèse adverse. Il en fait le critique incapable de démarquer la création littéraire, qui a partie liée avec la solitude et le face à face avec soi-même, de la conversation mondaine.

On verra bien si un jour, son « tout contre Sainte-Beuve », probablement inspiré par un mot de Sacha Guitry (« Je suis contre les femmes, tout contre »), en vient à replacer le « contre Sainte-Beuve » dans l’esprit public. Car à suivre Donatien Grau dans ses analyses, on se dit que Proust n’avait pas l’intention d’écrire « contre » mais « sur » Sainte-Beuve. Et que, si on voulait être fidèle à l’esprit en réinterprétant la lettre, quitte à faire parler Proust à notre tour, c’est « Après Sainte-Beuve » que son non-livre devrait être réintitulé… Vous permettez ?

(Illustration de Jean-François Martin ; « Sainte-Beuve vers 1860 »  et « Marcel Proust », D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire.

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commentaires

491 Réponses pour « Après Sainte-Beuve » : vous permettez, Proust ?

si milly 2013 dit: 19 avril 2013 à 4 h 30 min

encore un mot d’un psy professionnel évoquant Proust pour nourrir lA question Proust et le francopsy
 » Le jour où ils redescendent sur terre et réalisent que concrétiser son désir suppose surtout du travail et des efforts, ils parviennent à s’y mettre. Mais ils saisissent du même coup qu’ils ne sont pas Victor Hugo ou Marcel Proust, seulement eux-mêmes ! »
J.P Winter sur psychologies (article culpabilité ! )

guillaume dit: 4 mars 2013 à 8 h 35 min

links of evidence are now complete connecting her father Robert Arden with the great Warwickshire family of Arden, whose members had more than once filled the posts of high-sheriff and lord-lieutenant of the county. She was thus descended from an old county family, the oldest in Warwickshire, and had inherited the traditions of gentle birth and good breeding. http://www.1902encyclopedia.com/…/william-shakespeare

will dit: 4 mars 2013 à 8 h 27 min

l’origine sociale de WS: il était loin d’être de la plèbe (populace!)contrairement à ce que dit Abdel
Son père était un riche commerçant riche et sa mère d’une famille de grand renom dans la région Il a étudié le latin et le grec, rien à voir avec un analphabète ou quasi analphabète issu de la plèbe

Bloom dit: 4 mars 2013 à 3 h 25 min

Pas faux Abdelkader, pour l’origine sociale. Son père était gantier et membre du conseil municipal. Un artisan-commerçant débrouillard qui travaillait pour les grands et petits nobles. C’est Ws lui-même qui fut un businessman avisé, et devint confortable proprio terrien, pour la retraite.
L’important, c’est d’avoir la possibilité de pouvoir s’éclater encore et toujours avec ses pièces, aujourd’hui comme hier, et tomorrow, tomorrow, tomorrow…

Giovanni Sant'Angelo dit: 3 mars 2013 à 23 h 55 min


…jamais,…je ne me prend par pour Céline,…
…je fais des réflexions de moi-même,…
…maintenant,…
…toute ressemblance avec d’autres,…n’est que pure coïncidence,…j’en est rien à foutre de Céline ou du pape ou de la mort,…
…advienne ce qui doit,…advenir,…j’y suis pour rien,…
…etc,…bonne soirée,…

jonathan dit: 3 mars 2013 à 23 h 51 min

« mere etait fille de proprietaires terriens et son pere queke chose ou autre sa …ca n’en fait pas des aristos…pas un Earl d’Oxford en tous cas…mais ceci n’a pas d’importance, a mon humble avis…the play is the thing, dixit William S… »

sa mère était la fille d’un genthilhomme propriétaire, aristocrate, son père un homme d’affaires avisé, ça importe parce qu’à l’époque pour les fils de notables l’instruction était gratuite jusqu’à l’âge de seize, et sa ville avait les meilleures écoles de la région – il a certainement étudié le latin, les grands classiques

Simon dit: 3 mars 2013 à 21 h 20 min

vous avez beau vous prendre ostentatoirement pour Céline, mais ce dernier faisait moins dans le cucul-money-money-zizi-panpan et savait voir d’autres misères

Paquerette dit: 3 mars 2013 à 21 h 17 min

je t’aime
un peu
passionnément
à la folie
pas du tout
un peu
passionnément
à la folie
zzzzzronronpataponzzzzzz

Giovanni Sant'Angelo dit: 3 mars 2013 à 21 h 09 min


…@,…Simon,…à 20 h 51 mn,…

…pourquoi il roule facilement,…au ras des pâquerettes,…malgré ses prétentions à sainte bave,…

…des idées préconçues naturelles du terroir,…
…et comme d’habitudes prendre des vessies pour des lanternes  » panachées « ,…

…au ras des pâquerettes,…Comment la jeunesse d’aujourd’hui et d’hier,…veut garder un esprit critique,…sans bibliothèque personnelle,…
…juste une formation à en découdre les zizanies par exemple,…et en accélérer leurs chutes,…aux pâquerettes,…
…etc,…

Simon dit: 3 mars 2013 à 20 h 51 min

D, Giovanni est très sainte bave, et comme il est au ras des pâquerettes malgré ses prétentions, vous trouvez facilement pour quoi il roule

W dit: 3 mars 2013 à 20 h 51 min

18h34 sur ce point rien n’est certain mais que nous importent ses origines ,le résultat est toujours là ,n’est-ce pas? faudrait-il discréditer et nier son génie ,fouiller dans une basse cours à la recherche hypothétique de ses premiers pas? Je n’en vois pas l’intérêt sauf à admettre que la bourgeoisie n’a pas donné naissance à tous ces esprits qui illuminent encore nos jours les plus sombres .

C.P. dit: 3 mars 2013 à 20 h 45 min

renato, à la vérité, non. Mais j’avais noté cette présence par le biais de Linkedin, et dès que j’aurai un peu de temps, j’irai y voir de plus près. Merci pour le lien.

abdelkader dit: 3 mars 2013 à 20 h 44 min

jonathan dit: 3 mars 2013 à 18 h 34 min
« WS, qui a l’évidence était un membre de la plèbe Il était fils de notables, sa mère était d’une famille noble et son père un homme d’affaires habile »
euh non…sa mere etait fille de proprietaires terriens et son pere queke chose ou autre…ca n’en fait pas des aristos…pas un Earl d’Oxford en tous cas…mais ceci n’a pas d’importance, a mon humble avis…the play is the thing, dixit William S…

Giovanni Sant'Angelo dit: 3 mars 2013 à 18 h 48 min


…mais,…D,…mes commentaires sont très clairs,…je ne vais pas en faire un roman,…pour me sucrer en variables,…c’est pas des hiéroglyphes égyptiens,…
…à vous de lire, comprendre ou interpréter,…sans plus,…le plaisir d’être concis,…un autre genre à Pépin le bref,…
…etc,…

jonathan dit: 3 mars 2013 à 18 h 34 min

« WS, qui a l’évidence était un membre de la plèbe  »

Il était fils de notables, sa mère était d’une famille noble et son père un homme d’affaires habile

D dit: 3 mars 2013 à 18 h 32 min

Giovanni Sant’Angelo, je trouve que vos commentaires manquent trop souvent de clarté, permettez-moi de vous le dire. Franchement, cela devient presque désagréable.

Giovanni Sant'Angelo dit: 3 mars 2013 à 18 h 28 min


…j’aime laisser le champ large aux variables,…

…un roman,…que je ne trouve pas,…l’amour de vivre et se protéger de tout,…

…Oui,…je crois encore que l’éducation des femmes est pour en faciliter leurs rapports avec leurs conjoints,…
…( un sens tactique des connivences en place ),…liberté,…liberté,…un leurre d’esclave occidentale une autre version d’autres prophètes,…

…pour ma part,…j’ai toujours éviter de prendre la réalité pour un roman,…
…j’ai tout de même une autre sensibilité,…que je ne retrouve pas dans toutes ces histoires,…
…entre autre,…le libre-choix,…de ne pas me faire aboutir a des liaisons,…somme toutes banales,…le refus c’est un signe de liberté et d’amour,…

… » suis ton chemin, y a rien à voir « ,…c’est grand,…sobre,…monumental,…

…alors, qu’une présence qui se fait très proche pertinemment,…çà sent le gaz,…
…le choix,…tourner comme des planètes,…autour du roi soleil,…une option exagérer,…entre l’oeil candide,…et l’oeil couguard de la sucette à l’anis,…
…des romans d’expériences,…la vie en casting de dégrossissage à corps perdus,…un steak à point et un rôti d’enfer,…
…nos bêtes en christs,…l’analogie pour ne pas en avoir le diable au corps,…
…vient  » banane « ,…vient me raconter ton catéchisme,…masse -moi le dos,…cinq minutes,…j’ai un train d’enfer à prendre,…

…enfin,…en trouver des prétextes paradoxales,…etc,…pour s’éclipser avant la lune,…des prophètes,…

C.P. dit: 3 mars 2013 à 17 h 50 min

Abdelkader, je ne crois pas que Bloom « refuse »…

Je m’amusais un peu à propos de Marlowe mauvais-garçon. Mais j’adore, dans MdO-T, I, 5, le jeune Chateaubriand revenant avec une oreille pendant sur l’épaule (!), et se faisant engueuler pour sa fréquentation complice du bagarreur Gesril (plus tard fusillé à Quiberon).

C’est dimanche : toutes proportions gardées, Marcel et Bloch ? Je me demande si Proust n’a pas songé, de loin, à la relation adolescente Chateaubriand-Gesril, et ne sais pas si quelqu’un n’y a pas songé avant moi. Sans tout de même imaginer un « Bloch » foutant la beigne au lycée Condorcet, tout en parlant de Leconte de Lisle…

Grassouilla dit: 3 mars 2013 à 16 h 47 min

« Le vendredi 22 avril, un peu plus d’une semaine après William Shakespeare, Miguel de Cervantès rend le dernier soupir. Le lendemain son décès est consigné sur les registres de San Sebastian, sa paroisse comme étant survenu le samedi 23, conformément à l’usage du temps, qui ne voulait retenir que la date de l’enterrement ».
Cervantès, Jean Canavaggio, Fayard. Page 342.

Grassouilla dit: 3 mars 2013 à 16 h 38 min

Shakespeare et Cervantès ne sont pas morts le même jour. Il y a une histoire de calendrier différent.

abdelkader dit: 3 mars 2013 à 16 h 36 min

bien sur, une autre explication toute aussi valable serait que Shakespeare et Cervantes étaient en fait la même personne…ils sont nés et morts le même jour et après tout, personne ne les a jamais vu ensemble dans un pub…perso, je trouve cette logique très convaincante et la préfère de loin aux autres, bien plus farfelues…

abdelkader dit: 3 mars 2013 à 16 h 30 min

Bloom dit: 3 mars 2013 à 12 h 43 min
C.P., hélas Shakespeare ne peut être Marlowe car ce dernier périt dans d’obscures circonstances en 1593…Will meurt 23 ans plus tard, le même jour que Cervantes, le 16 avril 1616 (ils étaient d’ailleurs nées le même jour, le 16 avril 1564)…’
Bloom, je pense que cette histoire sur l’appropriation de l’œuvre de SHakeshpeare est motivee par le refus de c
@Bloom, cette controverse autour de l’œuvre de Shakespeare, qui n’en finit pas, est du au fait que certains ‘critiques’ refusent d’accepter que quelqu’un comme WS, qui a l’évidence était un membre de la plèbe et qui n’avait jamais mis les pieds en dehors de l’Angleterre, ait pu produire tous ces chefs-d’œuvre…non, il fallait qu’il fut un aristo (comme the Earl of Oxford), ou un auteur établi (comme Marlowe, par ex) qui eut fréquenté Oxbridge…il y a un relent de snobisme dans cette histoire, qui j’avoue me met mal a l’aise et parfois meme me fait marrer…en fin de compte, qu’importe le flacon ?

Sinon, je parlais ici-même, il y a quelques temps, de la fameuse série de la BBC Radio 4, the Reith Lectures et en particulier, de celle d’Edward Saïd – Representations of the Intellectual …je suis heureux d’annoncer que la BBC a maintenant mis toute la série, remontant a l’an 40, en ligne et gratuite en podcast…
Pour ceux que cela pourrait intéresser, le lien est ci-dessous…

http://www.bbc.co.uk/programmes/p00gxr1s

capric ornementaliste dit: 3 mars 2013 à 15 h 38 min

Sainte Beuve a été évoqué assez récemment sous un billet de traducteur :comme l’homme qui ne voulait pas recevoir Francisque Michel, l’auteur à cheval des « races maudites » .
la plus excellente journée entre les bonnes et les meilleures pour le pire à un pas du père :

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 15 h 05 min

JB, c’est la limite de Sainte Beuve. Je suppose que ceci ne t’aura pas échappé:
« Parfaitement honnête homme et homme d’honneur dans son procédé et ses actions, il n’avait pas, en écrivant, la même mesure morale que nous; il voyait de l’hypocrisie là où il n’y a qu’un sentiment de convenance légitime et une observation de la nature raisonnable et honnête, telle que nous la voulons retrouver même à travers les passions ».
CL IX P.330.
Il est clair que nous ne voulons plus « retrouver » rien de tel. On passe là-dessus et on prend ce qui dure. C’est un apprentissage. Entre le moment où j’ai acheté les Lundi et aujourd’hui où je les lis vraiment et avec tout le profit dont je suis capable (donc peu de profit), il s’est passé cinq ans…
Cette fois, j’y vais.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 14 h 57 min

« Le peuple français, ne pouvant mieux faire, se vengeait par une chanson ».
Nerval, Les Illuminés.

John Brown dit: 3 mars 2013 à 14 h 53 min

« Sainte Beuve, en dépit de toutes ses restrictions, m’inciterait plutôt à en lire davantage qu’à m’en détourner. »( rédigé par chaloux)

Un bon point pour lui. Mais s’il est vrai que le rôle le plus éminent d’un critique, c’est d’être un passeur, et si la forme de critique la plus efficace pour cela, c’est la critique fondée sur l’empathie avec ce dont on parle, autant être en empathie avec ce qui en vaut vraiment la peine. Encore une fois, Sainte-Beuve lui-même le démontre brillamment, avec son article plutôt époustouflant sur « Madame Bovary ». Mais parler avec si peu de passion d’oeuvres passionnées qui nous ont passionnés, qui se sont inscrites dans notre mémoire en traits de feu, c’est un peu triste. Des années après les avoir lues, les pages où Balzac peint le désespoir de Lucien après la mort de Coralie me bouleversent rien que de les relire, dans ma tête. Le détail des mots et des phrases s’est perdu, leur accent inoubliable, leur musique et l’impression profonde qu’ils ont suscitée sont restés intacts. Exigeons des critiques le feu sacré, sans quoi la critique reste un exercice un peu froid, sinon vain.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 14 h 48 min

Renato, je m’en vais, il fait un temps merveilleux, je n’ai pas le temps de continuer. Vos propos me rappellent Gavoty tempêtant contre les critiques musicaux qui ne sauraient pas même jouer la Lettre à Elise. Non, ce n’est pas la même chose. Je ne vois pas très bien à quoi se rapporte l’expression « eau tiède » mais je vous relirai avec attention dès que cela me sera possible, et je suis persuadé que je le découvrirai.
Quant au fait que l’argent soit la pente structurelle (et l’accélérateur de pente, extraordinaire, je le veux bien)de la plupart des roman de Balzac,il faudrait vraiment n’en avoir jamais lu une ligne pour ne pas s’en apercevoir. Nous n’y pouvons rien, ni vous ni moi. ce déplacement de la pente après Balzac est même tout un pan de l’histoire du roman au XIXe siècle.
Juste le temps faire chauffer (bouillir !) un peu d’eau…pour le café.
Bonne journée,
Chaloux.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 14 h 36 min

Tu n’as pas tort, JB, ce que je voulais te dire, c’est n’étant pas grand lecteur de Stendhal (sauf le Rouge, lu à dix-sept ans comme une initiation et quelques autres textes, -je n’ai jamais pu venir à bout de La Chartreuse), Sainte Beuve, en dépit de toutes ses restrictions, m’inciterait plutôt à en lire davantage qu’à m’en détourner. Tant d’éloges inconditionnels d’ouvrages que nous n’aurons jamais l’envie de feuilleter, et des réserves (d’époque !)qui ouvrent la route.

renato dit: 3 mars 2013 à 14 h 29 min

« Surtout si le lecteur est un con. »

Le lecteur con, comme le spectateur con, c’est une catégorie qui n’existe pas. Il faut voir le point de vue de chacun… La perception sensible d’un concert quelconque par le spectateur qui ne possède aucune notion de musique est autant intéressante que celle du gars qui s’est tapé l’apprentissage, le fait que l’un sache lui donner corps et l’autre pas ne change rien à la qualité de la perception sensible de ce dernier. L’affaire se gâte lorsque c’est le spectateur cultivé qui découvre l’eau tiède.

John Brown dit: 3 mars 2013 à 14 h 27 min

« JB, je viens de lire les deux articles sur Stendhal (CL IX), critiques c’est vrai, mais qui donnent plutôt envie de se plonger dans Stendhal que le contraire. »

Je m’en suis expliqué dans un post précédent : les pages que Sainte-Beuve a consacrées à Stendhal, à Balzac, à Hugo ou à Musset contiennent beaucoup d’éloges, mais significativement ceux-ci sont adressés à des oeuvres mineures; quand il en vient aux oeuvres essentielles, la critique est sévère et l’emporte largement sur les compliments qui ne concernent que des passages limités ou des aspects secondaires. c’est ainsi qu’après s’être dit charmé par le début du « Rouge » ou de « la Chartreuse », il montre ensuite qu’il n’a rien compris de l’essentiel ni du comportement d’un Julien ou d’un Fabrice. De même, l’article de synthèse qu’il consacre à Balzac à la mort de celui-ci est souvent élogieux, certes, mais à propos d’oeuvres ou de thèmes relativement mineurs, et se termine par des pages sur le thème : « Ah! si seulement Balzac avait pu jouir des conseils d’un aristarque (sous-entendu : tel que moi) apte à l’aider à améliorer son style et son art du roman ! ». Sainte-Beuve est un spécialiste de ce style de critique fielleuse et faux-cul.
Si j’avais été, entre 1840 et 1850, un lecteur confiant dans le discernement de Sainte-Beuve, j’aurais lu « la Femme de trente ans », mais sûrement pas « le Père Goriot », ni « Illusions perdues », ni « Béatrix », « Barberine », mais sûrement pas « Lorenzaccio », les « Mémoires d’un touriste », mais sûrement pas « le Rouge et le noir », et ma connaissance de Hugo se serait limitée aux « Odes et ballades ».

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 14 h 18 min

« Ce dernier ennui me dégoûta de la fête. Il était impossible de sortir ; je me réfugiai dans un coin, où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur ».
Balzac, Le Lys dans la Vallée.

C’est vrai que c’est dimanche…Bon dimanche.

Béatrice d'anjou dit: 3 mars 2013 à 14 h 06 min

Vous avez l’air au bord de la crise de nerfs John .Chut, sourire, silence, nuance .. Vous faites un boucan du diable contre ce méchant vilain vilain critique que Hugo et Flaubert fréquentaient .On ne s’entend plus bloguer à la fin.. Vous avez l’air mal , au bord de la crise de nerfs . Une sainte- beuvrite aigue ?deux jours de repos suffisent.
Vous ne voulez pas aller aux Baléares avec ses œuvres complètes? ok . c’est assez rigolo votre acharnement contre un critique que vous dites anti- romantique et qui se reconnut dans les « méditations » de Lamartine.. Un de ses descendants vous a fait du mal ? Vous avez raté l’agrég à propos de Sainte- Beuve ? un prof vous a inoculé sa rage contre sainte-Beuve ? Votre mère peut-être ,? Expliquez vous.

C.P. dit: 3 mars 2013 à 14 h 04 min

Bloom, je me suis peut-être gouré : n’est-ce pas « Hotson » ? A retrouver…

Puisque c’est dimanche :

« C’est un mauvais garçon
Il a des façons
Pas très catholiques
On a peur de lui
Quand on le rencontre la nuit
C’est un méchant p’tit gars
Qui fait du dégât
Chaqu’ fois qu’il s’explique
Ca joue d’la tête du poing et du chausson
Un mauvais garçon… »

Pas le genre de Sainte-Beuve… Mais Chateaubriand gamin avec Gesril, oui ! « A l’eau, les canards ! »

capric ornementaliste dit: 3 mars 2013 à 14 h 01 min

aux relations qu’il entraient
aux relations qu’il entretient , ou qu’il a entretenues, ou qu’il entretint ?
bonne journée

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 13 h 44 min

Surtout si le lecteur est un con. Nous avions tous compris.
Excusez-moi, renato, je suis à table.

renato dit: 3 mars 2013 à 13 h 39 min

La présence plus ou moins importante d’un sujet dans un auteur est relative à la présence de ce même sujet dans la société qu’il regarde et aux relations qu’il entraient avec cette société.

Puis, comme on regarde — lit — c’est autre chose. Par exemple, dans ‘‘L’homme sans qualités’’ l’influence de Nietzche l’emporte sur la veine émersonienne même si par l’affirmation de l’importance de la ‘‘possibilité’’ (ce qui peut très bien ne pas être, ou être autrement que comme il est), l’influence d’Emerson est plus importante que celle de Nietzche. On peut donc se demander si ce n’est que par le ressenti du lecteur lors de l’apparition de Moosbrugger que l’influence de Nietzche l’emporte. Je parle de ‘‘ressenti’’ car le ton pathétique exagéré sous-jacent à la figure du délinquant est plus une invention-interprétation du lecteur qu’un fait objectivé par Musil.

On peut prendre la question de l’argent chez Balzac par un bout analogue et se demander si ce n’est le lecteur qui prend le prétexte — ‘‘le haut ou le bas des fortunes’’ — pour la réalité de la matière élaborée.

C.P. dit: 3 mars 2013 à 13 h 23 min

Bloom, je le sais, et je plaisantais à moitié, voulant dire : « C’est QUAND MÊME ce que l’on sait… ». Je connais assez bien le théâtre attesté de Marlowe,- qui lui suffit. Mon savoir est ordinaire sur sa vie, y compris sur ses activités d' »agent », et les curieux procès… Il y a bien longtemps, j’ai lu avec intérêt un certain Leslie Holston, sur ses activités et sa mort.
Touchant l’homme PAR l’oeuvre, j’ai bien aimé votre citation située, et sa part d’humour je crois, d’où ma réaction.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 12 h 52 min

JB, je viens de lire les deux articles sur Stendhal (CL IX), critiques c’est vrai, mais qui donnent plutôt envie de se plonger dans Stendhal que le contraire.

Bloom dit: 3 mars 2013 à 12 h 43 min

C.P., hélas Shakespeare ne peut être Marlowe car ce dernier périt dans d’obscures circonstances en 1593…Will meurt 23 ans plus tard, le même jour que Cervantes, le 16 avril 1616 (ils étaient d’ailleurs nées le même jour, le 16 avril 1564).
Une chose est sûre: « Sa main allait de pair avec son esprit, ce qu’il pensait et ce qu’il énonçait, il l’écrivait sans rature ».

Daaphnée dit: 3 mars 2013 à 12 h 12 min

mmm .. il serait plus intéressant de voir ce que dit Sainte-Beuve du style, pour nuancer ce que l’on veut bien retenir de lui ..
Le roman est un genre « fourre tout », c’est assez évident aujourd’hui; le roman de moeurs en particulier pour en revenir au XIX°.
On ne devrait pas oublier que Balzac est infiniment déçu à la réception de sa « Recherche de l’absolu », l’ouvrage est d’abord classé dans les Etudes de moeurs, certes, mais pour ensuite trouver sa place dans les « Études philosophiques « .

Au delà, certaines écritures produisent des objets esthétiques, d’autres non. Que l’appréciation de ces objets esthétiques, au delà du j’aime/j’aime pas ou du c’est choquant/c’est recevable, nécessite une initiation pour être en mesure d’en parler .. C’est probable mais c’est quand même vers ce cette appréciation-là qu’il faut tendre, non ?

Bref, là ou Sainte-Beuve n’a rien de ringard tout de même, car le phénomène est criant aujourd’hui où les médias prolifèrent, c’est bien quand il dit:
« Une première restriction est pourtant à poser dans le blâme. Il faut bien se résigner aux habitudes nouvelles, à l’invasion de la démocratie littéraire comme à l’avènement de toutes les autres démocraties. Peu importe que cela semble plus criant en littérature. Ce sera de moins en moins un trait distinctif que d’écrire et de faire imprimer. Avec nos mœurs électorales, industrielles, tout le monde, une fois au moins dans sa vie, aura eu sa page, son discours, son prospectus, son toast, sera auteur. »

Pour la littérature, la prolifération des médias aidant, chacun peut y aller de sa petite page de roman. Le pire étant aujourd’hui dans ce qui se raccroche au « biographique » et, cerise sur le gâteau, à l' »autobiographique ». En revanche pour les autres arts – « art », oui – qu’il faille être initié pour accéder et parler peinture ou musique cela semble assez évident, bien qu’il y ait une part d’indicible propre justement à ces expressions artistiques-là et que, partant, tout un chacun des auditeurs ou spectateurs puisse y trouver son bonheur.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 12 h 11 min

Non renato, ce n’est pas du tout ce que fait balzac. Dans leur majorité, les scénarios des romans sont bâtis sur le haut ou le bas des fortunes.

renato dit: 3 mars 2013 à 12 h 07 min

« Pour le coup, c’est une remarque « nouvelle »!!! »

Comment ça une remarque « nouvelle » ? C’est vrai que vous avez mis des guillemets à nouvelle mais je me souviens que la présence de l’argent chez Balzac ‘‘faisait’’ déjà argument de conversation dans les années 60. C’est aussi vrai que les choses reviennent plus ou moins — autrement — maquillées, mais de là à parler de remarque nouvelle…

La vraie question serait plutôt à poser autour du fait que l’argent est dans le monde avec une fonction et le romancier doit en rendre compte, autrement on se retrouve vite dans ces films ‘‘téléphones-blancs’’ où on se demande de quoi les gens vivent et quand ils travaillent en admettant qu’ils travaillent. Une fois qu’on a rendu compte de la question argent, on peut passer à autre chose avec de bien meilleurs résultats, et c’est ce que fait Balzac.

D’autre part, personne ne songe à se poser la question de l’argent chez Manzoni, par exemple, pourtant quelques poules, une vigne, etc. Ce sont des biens, donc de l’argent : on paye en poules plutôt qu’en deniers sonnant et trébuchants ? peu importe, pourvu que ‘‘le poids requis’’ colle…

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 11 h 44 min

« je crois que l’on peut grandement laisser de côté « l’argent » chez Balzac ».

Qu’il y ait tout « autre chose » chez Balzac, C.P., j’en suis d’accord, mais je trouve que vous y alliez un peu fort. Pour le coup, c’est une remarque « nouvelle »!!!

Eric Symak dit: 3 mars 2013 à 11 h 43 min

> l’étude de l’histoire du droit donne une certaine consistance à son propos.

Ouais c’est ça amusez-vous bien. Salut.

John Brown dit: 3 mars 2013 à 11 h 43 min

Ce qui nous bouleverse aujourd’hui comme au premier jour dans « Le Rouge et le noir », c’est le lien consubstantiel établi par Stendhal entre sa peinture de la passion amoureuse et son idéal politique. Bien avant les surréalistes, Stendhal a compris la force révolutionnaire de la passion. Il faut relire dans « les Causeries du lundi », le chapitre où Sainte-Beuve analyse « le Rouge et le noir » pour prendre la mesure du contresens qu’il commet sur la nature des relations entre Julien et Madame de Rênal.
Entre un adolescent de dix-sept ans inculte qui lit pour la première fois « le Rouge et le noir » et l’académicien, futur dignitaire du Second Empire, lequel, dites-moi, est à même de comprendre le message essentiel du roman de Stendhal ?

C.P. dit: 3 mars 2013 à 11 h 33 min

John Brown, c’est encore sévère et en partie juste. Mais est-ce que nous ne commençons pas à nous répéter, à défaut de lire les commentaires des autres ?

Marc Court et Paul Edel (surtout sur Flaubert) ont fait, à mon sens, les seules remarques nouvelles. Avec eux, avec renato, je crois que l’on peut grandement laisser de côté « l’argent » chez Balzac. Il y a bien autre chose.

John Brown dit: 3 mars 2013 à 11 h 32 min

Ce que se refuse à voir et à comprendre, chez Balzac et Stendhal, le très conservateur Sainte-Beuve, c’est peut-être la lucidité et la profondeur du regard porté sur la société de leur temps. Tous deux montrent des êtres en quête de leur vérité personnelle, se débattant dans les rouages de la mécanique sociale. Les lignes que Sainte-Beuve a consacrées au « Rouge et le noir » et au personnage de Julien Sorel montrent qu’il était incapable de comprendre la valeur exemplaire du dénouement du roman.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 11 h 23 min

En revanche, Sainte Beuve s’est fort bien occupé de Cousin de Courchamps, le génial auteur des « Souvenirs de la Marquise de Créquy ».

John Brown dit: 3 mars 2013 à 11 h 23 min

« Dans mon souvenir, avec Illusions Perdues, Balzac rompt en partie avec lui-même, pour aborder à autre chose. » (rédigé par chaloux)

Peut-être. La question serait de savoir avec quelle partie de lui-même au juste il rompt. La description du salon de Madame de Bargeton, au début d’ « Illusions perdues », c’est déjà… du Flaubert ! La suite, nourrie du souvenir des mécomptes personnels de Balzac et de ses observations dans le monde de l’édition et du journalisme, c’est du très grand Balzac, mais l’acuité et l’amertume de la vision ne diffèrent pas de ce qu’on trouve dans les textes précédents, « le Père Goriot » par exemple.. Balzac est très flaubertien , au fond : il est, aussi férocement que Flaubert plus tard, le peintre de la médiocrité.

Simone ( en voiture..) dit: 3 mars 2013 à 11 h 06 min

C’est sûr, avec ma 2cv, beige gazelle je ne ferai jamais le poids face à la volvo break, certainement que Balzac se serait appuyé sur ce puissant moteur littéraire!

John Brown dit: 3 mars 2013 à 11 h 06 min

Foutue machine. Je termine :

Il n’en était pourtant pas incapable, comme le montrent, dans ses dernières années ses études critiques des romans de Flaubert, « Madame Bovary » et « Salammbô ». Mais l’art romantique n’était décidément pas sa tasse de thé.

John Brown dit: 3 mars 2013 à 11 h 03 min

Faut-il le rappeler ? Entre 1830 et 1860, Sainte-Beuve sera passé à côté de presque tous les grands textes du Romantisme français. En poésie, il a ignoré Nerval, réduit Baudelaire à une caricature, méprisé les grands recueils de Hugo. Dans le domaine du roman, c’est pire encore : il n’a rien compris à l’originalité et à la grandeur de Stendhal,proposé de balzac une approche mesquine et réductrice, passé sous silence les grands romans de Hugo. Le moins bon texte de théâtre écrit par Musset, c’est, à ses yeux « Lorenzaccio »….
Entre 1830 et 1860, il aura manqué aux romantiques français une grande voix critique inspirée par l’empathie. Sainte-Beuve aurait-il pu jouer ce rôle ? Certainement pas. son histoire personnelle, sa culture, l’idée qu’il se faisait de la critique, l’en empêchaient. Il n’en éta

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 10 h 50 min

(Je viens de remettre la main sur « Les Diners Magny » de Robert Baldick, dont il avait été question avec Jacques Barozzi.)

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 10 h 47 min

@Paul Edel
Il n’est pas question de jeter Balzac aux orties ! J’y reviendrai certainement. D’ailleurs, après la Révolution, avec tous les tripatouillages du Directoire et de l’Empire, du genre fournitures aux armées, auxquels il fait souvent allusion, et l’affrontement perpétuel des castes, l’origine des fortunes était certainement un sujet de préoccupation légitime. C’est juste le côté un peu systématique qui peut fatiguer. Dans mon souvenir, avec Illusions Perdues, Balzac rompt en partie avec lui-même, pour aborder à autre chose. N’est-ce pas l’argent magique de l’abbé qui rend ce miracle possible?

Quant à Flaubert, son pouvoir d’aimer est immense (la correspondance avec G. Sand). Et l’argument est de poids: « Le cercle des gens avec lesquels je peux causer se rétrécit ». Qui ne pourrait en dire autant?

Quant à se tromper, il n’est peut-être pas mauvais de se placer de temps en temps dans l’optique de celui qui n’a pas su voir. Que de choses vues par ailleurs ! (Il faut dire que les vers que cite Sainte Beuve pour les louer nous parlent souvent assez peu).

Paul Edel dit: 3 mars 2013 à 10 h 24 min

Chaloux,bonjour
Relisez à petite dose Balzac après votre overdose,tenez relisez « la femme abandonnée » ou « la muse du département » ce sont des coins et des vergers exquis dans la comédie humaine.. je trouve qu’il a la vulgarité dynamique et emballante Honoré .. il ose déballer le linge sale et l’argent,et des physiologies du mariage croustillantes donc cet écrivain me convient!
par ailleurs pourr revenir à s sainte beuve
Dans l’histoire tumultueuse des rapports entre sainte Beuve et Flaubert, il y a toujours du côté de Flaubert une admiration et une estime à l’égard de sainte- beuve. Ils dînent souvent ensemble. Ils sont reçus ensemble chez la princesse Mathilde. Flaubert tient beaucoup à avoir l’opinion de Sainte- Beuve sur tout ce qu’il écrit. Ces deux là se sont bien sûrs querellés à propos de Baudelaire, que sainte- beuve n’appréciait pas tout en comprenant bien le « frisson nouveau » qu’apportait ce Baudelaire qu’il trouvait « exotique ».
Enfin il ne faut pas oublier qu’à la mort de Sainte- Beuve, Flaubert écrit ceci à sa nièce Caroline le 14 octobre 1869:
« Sa disparition de ce monde m’afflige profondément ! Le cercle des gens avec lesquels je peux causer se rétrécit. La petite bande diminue, les rares naufragés du radeau de la Méduse s’anéantissent.
J’avais fait « l’Education sentimentale, » en partie pour Sainte- Beuve.
Il est mort sans en connaitre une ligne(..) je vais donc encore me trimbaler dans les cimetières ».
Quel hommage !vous vous rendez compte Chaloux: avoir écrit « l’Education sentimentale » en partie pour lui.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 10 h 18 min

On est passé à autre chose, qui mènera à Un Coeur Simple, histoire d’une femme qui n’a aucun besoin, et aucune ambition. C’est un contre-Balzac.

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 10 h 09 min

Renato, vous vous méprenez. Ce n’est pas de la morale. J’ai pas mal lu Balzac à une certaine époque, et c’est par ce biais que je m’en suis lassé. Flaubert introduit d’autres ressorts beaucoup plus humains dans le scénario de ses livres. L’argent garde un place importante dans l’action de Madame Bovary, mais L’Education rompt avec cette culture. A la fin du livre, Frédéric, ayant beaucoup dépensé, fera avec ce qui reste, voila tout. On est passé à autre chose.

Jacques Barozzi dit: 3 mars 2013 à 10 h 08 min

L’oignon c’était la Rolex de l’époque, renato, mais le mouchoir de quoi est-il le nom aujourd’hui ?

renato dit: 3 mars 2013 à 10 h 03 min

Je ne comprends pas où serait la vulgarité de Balzac, ‘‘la partita, la fica, la macchina’’, n’est, sociologiquement parlent, si vulgaire qu’on le dit…
D’accords, à l’époque de Balzac la voiture n’a pas eu l’importance qu’elle eut au XXe siècle, déjà il n’y avait la voiture que nous connaissons ; puis, il faillait déjà compter sur une petite écurie avec annexe pour le Calèche (2CV) et grange pour l’avoine.
Faute de cet apparat assez consistent, on pouvait toutefois aboutir à une bonne solution du problème de l’élégance avec un mouchoir brodé et une belle montre de poche : à point donné l’homme au beau mouchoir sortait négligemment son mouchoir (ou son oignon s’il cumulait l’image de l’homme au beau mouchoir et de l’homme à la belle montre) et op, c’était dans le sac…
Il n’est donc pas difficile d’imaginer autour de quoi tournait le discours pop-réaliste — discours que vous pouvez habiller d’haillons ou de ‘‘lin & soie’’, mais reste la base structurante des relations entre individus, en d’autres mots : l’âme de la relation. Et comme même l’âme veut sa nourriture, voilà l’argument ‘‘argent’’ : le top du top de la ‘‘vulgarité’’ selon les gens raffinés. Donc on en parle pas, on les sous-entend : t’as de l’argent, c’est évident, mais elle tourne autour de combien la fortune ? On ne va quand même pas faire dans la vulgarité comme les anglo-saxon qui n’ont pas de problèmes avec les entrées et sorties… même lorsqu’il s’agit de rente… non Monsieur nous y faisons allusion via le mouchoir : « Ah ! le beau mouchoir que vous avez là Monsieur »…

Mais quel horreur ce Balzac et ce ressort unique de l’argent, et pénible… à la longue, Enfin, mieux vaut jeter un voile de ‘‘commisération’’ sur ces moralismes d’emprunt…

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 10 h 01 min

Cela dit, je ne fais pas de morale. La littérature est ce qu’elle est. Elle est à prendre ou à laisser.
En ce qui concerne Sainte Beuve, il me semble moins un romantique qu’un pré-romantique (je crois qu’il n’a pas beaucoup apprécié les outrances du romantisme pas plus que celles des romantiques,et de moins en moins en vieillissant. Il a considéré le romantisme comme une sorte de vernis posé sur des matières plus ou moins scabreuses. On ne peut pas lui donner complètement tort sur ce point non plus. Flaubert, Maupassant, Huysmans et compagnie ont fait sauter le vernis.
Pour bien le connaître, il faudrait lire les autres critiques du temps, et notamment ce Pontmartin à propos duquel J. Cabanis a écrit un essai (dans un des volumes de « Plaisirs et Lectures »).

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 9 h 48 min

Jacques et W; , je ne parlais pas de la personne de Balzac mais du scénario de ses romans.

Quant à Proust, bien sur, j’en ai cité un échantillon hier soir.

C.P. dit: 3 mars 2013 à 9 h 41 min

Bloom, réjouissante citation. Mais à ce compte, c’est ce que l’on sait à peu près sur Marlowe mauvais-garçon qui emporterait l’adhésion ?

W dit: 3 mars 2013 à 9 h 39 min

Chaloux 7h29
Entre les deux pôles suivant et repérés dans la vie vraie ,pas celle des romans drames tragédies,comédies,tragi-comédies,un aiguillon soit au manque soit à la quête qui indiffère rarement.
1) L’argent,ce n’est rien.
2) Je ne ferai rien qui ne me soit payé.

W dit: 3 mars 2013 à 9 h 29 min

Une pointe d’humour officiel?Que pensez-vous de la remise de décoration à notre immense champion olympique par notre président absolument « out of this kind of norm »?Amusant ce jeu de cache-cache avec la caméra qui de fait ne pouvait couvrir que l’imposante stature de Teddy Riner/2mètres et 3 centimètres ,138 kilos ,multi-médaillés de judo 23 ans, né aux Abymes en Guadeloupe .

Jacques Barozzi dit: 3 mars 2013 à 9 h 07 min

Et le petit Proust, intrigant pour s’introduire dans les salons du faubourg Saint-Germain, ne semblait-il pas quelque peu vulgaire à la caste aristocratique d’alors, sinon ridicule et insignifiant pour celle de la NRF, Chaloux ?

C.P. dit: 3 mars 2013 à 9 h 07 min

Marc Court, merci. Ce que vous proposez pour Balzac ressenti et jugé par Sainte-Beuve est convaincant. Lecteur de « Mes Poisons » vous aussi, je crois que vous êtes bien juste sur ce que l’on peut appeler un « romantisme modéré ». Mais il y a aussi des regrets presque précieux, sur « Adolphe » par exemple, comme si Sainte-Beuve regrettait de s’être fait avoir !

Je reste sensible, sinon à l’auto-accusation, du moins à des aveux sans complaisance, et même sceptiques, comme lorsque Sainte-Beuve dit qu’il n’était pas fait pour le « sublime », et à une sorte de nostalgie sincère. Au fond, ce n’est que cela qu’a retenu Connolly, -en le comparant d’ailleurs plus ou moins à Chamfort-, mais ce n’est pas rien.

Non, je ne crois pas que Chloé vous ait trahi, mais seulement qu’elle s’est exprimée maladroitement.

W dit: 3 mars 2013 à 9 h 07 min

Bloom 5h55
Tant que vous y êtes et puisque vous vous évertuez à communiquer dans la langue du dit Shakespeare qui depuis sa révélation a du subir malgré tout quelques modifications et continuer d’évoluer pour couvrir l’évolution des sociétés qui l’utilisent le génie et la poésie en moins,tentez-vous par son usage récurrent de nous cacher votre véritable origine ou de vous révéler ainsi autrement à vous même et à ceux pour qui cette langue qui n’est ,si j’en crois le référencement du blog toujours pas la langue utilisée le plus majoritairement et couramment en tous cas ici et entre habitués?A la longue j’y décèle comme un snobisme ou une volonté de vous démarquer du lot et si telle était votre volonté point n’en faudrait car votre grande culture en dit long sur votre positionnement au sein de la communauté francophone ,je peux également suivre une autre piste et bien que nous ne soyons des enfants gager que votre démarche s’assortit à une pédagogie polyglotte .

Chaloux dit: 3 mars 2013 à 7 h 29 min

On ne peut tout de même pas attribuer tous les maux de la littérature à Sainte Beuve. Il y a bien un fond de vulgarité chez Balzac. Le ressort unique de l’argent, pénible à la longue, et une sollicitude très étudiée envers la femme (« il y a chez lui de docteur à privautés, qui entre par les derrières de l’alcove »). Modernité, certes mais sonnante et trébuchante dans tous les cas. Quant aux « débuts crapuleux », peut-être faut-il y voir un rappel de la « tentation industrielle » du jeune Horace, des physiologies etc.

Bloom dit: 3 mars 2013 à 5 h 55 min

La vie par l’oeuvre, du SB à rebours?

« As « Contested Will » makes clear, much more than proper attribution of Shakespeare’s plays is at stake in this authorship controversy. Underlying the arguments over whether Christopher Marlowe, Francis Bacon, or the Earl of Oxford wrote Shakespeare’s plays are fundamental questions about literary genius, specifically about the relationship of life and art. Are the plays (and poems) of Shakespeare a sort of hidden autobiography? Do Hamlet, Macbeth, and the other great plays somehow reveal who wrote them? » (Mamazon.fr)

Giovanni Sant'Angelo dit: 3 mars 2013 à 2 h 30 min


…Michel Strogoff,…n’en pense pas moins,…
…zut mon etc,…tiens la typo lisible est revenue,…
…c’est pas de l’onciale,…
…c’est comme le multiplane du marquis d’Ecquevilly 1908,…toujours en rade,…il n’a jamais voler,…au de là de l’état Bio-Vert,…des illusions chevaleresques,…
…des veaux pour les croisades,…il nous reviennent à cheval,…
…le commerce de la croix,…au champ de course pontifical,…
…on attend une fumée noire,…qu’est ce qu’ils mettent dans leurs pipes,…du tabac Mac Baren Black Ambrosia,…
…le vertige holographique de la pucelle d’Orléan,…en passant par Don-Rémy,…
…etc,…tient bon la barre, tient bon le vent,…les voiles,…larguer les amarres,…

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