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La République Des Livres par Pierre Assouline

Avez-vous (vraiment) lu Céline ?

Par Marc Laudelout

UnknownContre Céline tout est désormais permis. Dans un fort volume d’un millier de pages (Céline, la race, le Juif, de Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour, n.d.l.r.), on peut, sans susciter guère de contestations, le faire passer pour un vil délateur et un actif agent de l’Allemagne alors même qu’on n’apporte aucune preuve tangible. Tout ou presque n’y est que suppositions gratuites, insinuations malveillantes, déductions fallacieuses et hypothèses bancales. Le piège est redoutable car réfuter ces calomnies vous fait ipso facto passer pour un personnage suspect. Céline, il est vrai, n’est pas un écrivain facile à défendre tant il s’est mis lui-même dans un mauvais cas. Il ne s’agit d’ailleurs pas de le défendre (son procès se tint il y a plus d’un demi-siècle) mais d’établir les faits, uniquement les faits.

On aurait envie de répondre à ses détracteurs que ce n’est pas la peine d’en rajouter même si l’envie démange certains de le mettre indéfiniment en accusation. Ils n’ont de cesse de faire encore et toujours son procès. L’année du cinquantenaire de sa mort, la chaîne franco-allemande Arte, puis la Télévision suisse romande, ont précisément diffusé un documentaire refaisant Le Procès de Céline, où intervenait déjà le tandem Taguieff-Duraffour. Aujourd’hui, la revue L’Histoire publie un dossier sur le même sujet (« Céline, le procès d’un antisémite », n° 453, novembre 2018) et, au début de ce mois,  le tribunal de la FFDE (Fédération Française de Débat et d’Éloquence)  organise au Palais de Justice de Paris un nouveau “procès Céline” !louisferdinandceline25112012

C’est dire si Avez-vous lu Céline ? (128 pages, 15 euros, Pierre-Guillaume de Roux ) de David Alliot et Éric Mazet vient à point nommé pour remettre les pendules à l’heure. Le lecteur y verra que ni le docteur Joseph Hogarth (Bezons) ni  le docteur Herminée Howyan (Clichy) ne furent victimes des propos de leur confrère Destouches. Et, comme l’a admis l’Association des Amis de Robert Desnos, Céline n’est strictement pour rien dans le sort tragique du poète. Les auteurs démontent aussi l’assertion venimeuse selon laquelle Helmut Knochen aurait désigné Céline comme agent du SD. C’est de la même farine que la mention de son nom sur une note d’Otto Abetz le pressentant pour diriger le Commissariat général aux questions juives. Le premier biographe de Céline évoquait déjà un « document sans aucune valeur de preuve » (Gibault III, p. 257).

Tout le problème réside là, en effet : n’ayant ni l’un ni l’autre de formation historique, Taguieff et Duraffour ne procèdent à aucune critique interne et externe des documents qu’ils exhument.  À partir de là,  c’est la porte ouverte à toutes les allégations, surtout si elles vont dans leur sens. Le plus grotesque dans la démarche de Taguieff est sans doute ailleurs : dénier à Céline toute réelle valeur littéraire.

« Son pavé est conçu comme une entreprise de démolition de l’écrivain. L’intention est bien d’écarter de Céline tout lecteur, tout directeur de thèse, tout acteur, comme autrefois les catholiques jetaient l’opprobre sur Voltaire, les républicains sur Chateaubriand, les féministes sur Sade et les sacristains sur Baudelaire. »

Gageons que la grande presse ne parlera guère de cet opuscule incisif et pugnace. Ce serait mettre en question les articles convenus qui rendirent compte du bouquin de Taguieff. Les céliniens, eux, savent ce qu’il leur reste à faire : lire et faire connaître autour d’eux cet ouvrage qui y répond de si magistrale façon.

MARC LAUDELOUT

(éditorial paru dans le Bulletin célinien)

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Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire, LE COIN DU CRITIQUE SDF.

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commentaires

12 Réponses pour Avez-vous (vraiment) lu Céline ?

Numa dit: 9 décembre 2018 à 21 h 32 min

Je suis d’accord avec Bloom :  » le reste est glauque, enkysté dans sa haine des Juifs et son dégoût de l’humanité, avec des points de suspension comme seule respiration entre deux jets de vomis. »
Quitte à passer pour un fieffé béotien, j’avoue être allergique à cette prose suant le malheur, le mal-être et la haine d’autrui, la détestation de soi-même et le culte du marigot.

Petit Rappel dit: 4 décembre 2018 à 14 h 38 min

Cette défense serait plus solide si Gibault , qu’on cite ici, n’était avocat de Lucette and co. et on peut trouver sa réfutation telle que résumée des plus cavalières. Qu’en disent Alméras et Godard?

Jean Langoncet dit: 12 novembre 2018 à 20 h 06 min

Bloom dit : « En 42, Céline écrivait à Doriot: « Volatiliser sa juiverie serait l’affaire d’une semaine pour une nation bien décidée ». »

Doit-on en déduire que Doriot et la nation ont joué petit bras ?

Bloom dit: 12 novembre 2018 à 19 h 46 min

En 42, Céline écrivait à Doriot: « Volatiliser sa juiverie serait l’affaire d’une semaine pour une nation bien décidée ».
On a bien lu, merci.
A part Le voyage (où le jazz est « une musique négro-judéo-saxonne ») et Mort à crédit (où Ferdine déclare que s’il n’a pas accès à « un petit business municipal », c’est qu’il est pas « Zizi, métèque, ni franc-maçon, ni normalien »), le reste est glauque, enkysté dans sa haine des Juifs et son dégoût de l’humanité, avec des points de suspension comme seul respiration entre deux jets de vomis.
L’intégrale Céline est en Pléiade, pamphlets exceptés mais disponibles sur internet & chez les vieilles taupes qui cognent le rance.
Pas de quoi geindre comme Destouches sur le traitement de faveur réservé aujourd’hui à l’un des 175 auteurs compromis avec l’ennemi tels qu’identifiés par le CNE.
Pas beau, la parano.
National indigne, le Ferdine.

Claude Haenggli dit: 12 novembre 2018 à 10 h 24 min

Louis-Ferdinand Céline, considéré comme un des leurs par les idéologues de gauche, dès la parution de son premier roman, Voyage au bout de la Nuit, est détesté par certains d’entre eux parce qu’il n’a pas voulu se ranger à leur côté. Et cela les embête que ses œuvres soient si appréciées de ceux et celles qui en littérature savent séparer le bon grain de l’ivraie. Il faut donc le lire et le relire, ne serait-ce que pour sa préface aux rééditions du « Voyage », dans laquelle il répond superbement à ses minables détracteurs : « Ah mille grâces ! mille grâces ! Je m’enfure ! fuerie ! pantèle ! Tartufes ! Salsifis ! Vous n’errerez pas ! C’est pour le « Voyage » qu’on me cherche ! Sous la hache, je l’hurle ! c’est le compte entre moi et « Eux » ! au tout profond… pas racontable… On est en pétard de Mystique ! Quelle histoire ! »

Mouls Michel dit: 12 novembre 2018 à 9 h 45 min

Un seul s’est dévoué, a tant donné, s’est foutu en croix pour la paix, et quand il était temps encore, bien avant Londres et Genève, et qui s’est fait traiter de plus pire criminel et l’est encore, c’est ton triste serviteur… contre tous les Résistants du monde, ces immondes lâches tartufes ! foireux en chaussons ! désastreux roublards.
(Lettre à Edith, Ed.8, 2018).

Pierre CHALMIN dit: 11 novembre 2018 à 18 h 29 min

La rage des nouveaux collaborateurs de l’ordre « moral » n’est, comme bien souvent, que la vengeance de vilains qui salissent ce qu’ils ne savent admirer. N’empêche, l’ouvrage de MM. Mazet et Alliot est utile en ce qu’il confond les auteurs de mensonges éhontés, révélant les vieux trucs d’une « rigueur universitaire » qui décidément fait rire. La publicité dont a joui leur pensum donne une idée juste de l’ignorance et de la servilité de notre époque.

Alain Lefebvre dit: 11 novembre 2018 à 18 h 18 min

J’ai vraiment lu Céline. Tout ce qu’il a écrit.Enfin presque. Pour ce qui a été écrit sur lui j’en ai lu beaucoup.Mais pas encore le Alliot/Mazet que je vais acheter un de ces prochains jours. Grace au BC dont chaque livraison nous apporte son lot de nouveautés et d’inédits j’en découvre chaque mois. En revanche je n’ai pas l’intention de lire le pavé de Monsieur Taguieff et de Madame Duraffour sur lequel j’ai déjà suffisamment lu pour savoir qu’il serait susceptible de me mettre de fort méchante humeur.

DI MARIA PHILIPPE dit: 11 novembre 2018 à 18 h 10 min

Enfin, un texte documenté, historique, objectif, écrit par de VRAIS connaisseurs de l’hommme et de l’écrivain, qui remet à leur place les approximations, mensonges, contre-vérités, allusions, affirmations non avérées de l’indigeste et partial pavé du duo Duraffour-Taguieff.
Il faut que ce petit livre soit lu de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à Louis Ferdinand Céline !

Christian Durante dit: 11 novembre 2018 à 18 h 04 min

128 pages face à plus 1000, c’est dire la différence entre les faits et les bavardages pour faire passer les bobards. Grâce en soit rendu à Alliot et Mazet et honte à la haine aveuglante de Taguieff- Duraffour…

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