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La République Des Livres par Pierre Assouline
Ethique de responsabilité et/ou éthique de conviction

Ethique de responsabilité et/ou éthique de conviction

« Nous en arrivons ainsi au problème décisif. Il est indispensable que nous nous rendions clairement compte du fait suivant : toute activité orientée selon l’éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s’orienter selon l’éthique de la responsabilité [verantwortungsethisch] ou selon l’éthique de la conviction [gesinnungsethisch]. Cela ne veut pas dire que l’éthique de conviction est identique à l’absence de responsabilité et l’éthique de responsabilité à l’absence de conviction. Il n’en est évidemment pas question. Toutefois il y a une opposition abyssale entre l’attitude de celui qui agit selon les maximes de l’éthique de conviction – dans un langage religieux nous dirions :

« Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action il s’en remet à Dieu » -,

et l’attitude de celui qui agit selon l’éthique de responsabilité qui dit :

« Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. »

Vous perdrez votre temps à exposer, de la façon la plus persuasive possible, à un syndicaliste convaincu de la vérité de l’éthique de conviction, que son action n’aura d’autre effet que celui d’accroître les chances de la réaction, de retarder l’ascension de sa classe et de l’asservir davantage, il ne vous croira pas. Lorsque les conséquences d’un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n’attribuera pas la responsabilité à l’agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi.

Au contraire le partisan de l’éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l’homme (car, comme le disait fort justement Fichte, on n’a pas le droit de présupposer la bonté et la perfection de l’homme) et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu’il aura pu les prévoir. Il dira donc :

« Ces conséquences sont imputables à ma propre action. »

Le partisan de l’éthique de conviction ne se sentira « responsable » que de la nécessité de veiller sur la flamme de la pure doctrine afin qu’elle ne s’éteigne pas, par exemple sur la flamme qui anime la protestation contre l’injustice sociale. Ses actes qui ne peuvent et ne doivent avoir qu’une valeur exemplaire mais qui, considérés du point de vue du but éventuel, sont totalement irrationnels, ne peuvent avoir que cette seule fin : ranimer perpétuellement la flamme de sa conviction.

Mais cette analyse n’épuise pas encore le sujet. Il n’existe aucune éthique au monde qui puisse négliger ceci : pour atteindre des fins « bonnes », nous sommes la plupart du temps obligés de compter avec, d’une part des moyens moralement malhonnêtes ou pour le moins dangereux, et d’autre part la possibilité ou encore l’éventualité de conséquences fâcheuses. Aucune éthique au monde ne peut nous dire non plus à quel moment et dans quelle mesure une fin moralement bonne justifie les moyens et les conséquences moralement dangereuses. »

MAX WEBER

(extrait de conférences prononcées en 1917 et 1919 par le sociologue allemand Max Weber à l’université de Munich   sur le thème Wissenschaft als Beruf (La vocation de savant) et Politik als Beruf (La vocation de politique), traduites de l’allemand par Julien Freund et réunies en français dans Le savant et le politique chez Plon en 1959 avec une longue préface de Raymond Aron ; une nouvelle traduction par Catherine Colliot-Thélène a été publiée en 2003 par La Découverte-poche).

(Photo Soizig de la Moissonnière)

Cette entrée a été publiée dans Actualité, sciences humaines.

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804 Réponses pour Ethique de responsabilité et/ou éthique de conviction

renato dit: 12 mai 2017 à 8 h 09 min

Ils ne devinent jamais rien et cela a une mauvaise influence sur l’estomac, à ce rythme ce sera la rupture de stock chez les producteurs de bismuth, peut-être même l’épuisement de la ressource.

renato dit: 12 mai 2017 à 8 h 08 min

Apparement il y en a qui ne savent reconnaître les différences entre règles, critères, restreintes, coutumes, habitudes, actions arbitraires. C’est seulement une carence d’éducation, de civilité, de vitamines, ou il y a un brin de mauvaise foi aussi ? Puisque pour l’escroc intellectuel agir subrepticement est certainement plus facile que se tenir aux faits, je table sur la mauvaise foi — à moins qu’il ne s’agisse banalement de ressentiment, et là c’est un gouffre qui s’ouvre.

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