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La République Des Livres par Pierre Assouline

Gabriel Calderón, “l’enfant terrible” du théâtre uruguayen

Par FRANCOISE THANAS

Traduire, on le sait, ce n’est pas aligner une suite de mots avec, à ses côtés, un dictionnaire prêt à être consulté. Traduire, c’est entrer dans un monde, s’y baigner, le sentir, le ressentir. C’est s’approprier les mots de l’auteur pour y mettre les siens.

Traduire du théâtre, c’est aussi faire de la dramaturgie. Un texte théâtral, c’est une partition. On travaille avec des rythmes, des sonorités, des cadences, des tons avec, parfois, des arrêts dans le flux des mots… pour ensuite laisser mieux redémarrer ce flux, avec plus de force. Si la construction des phrases n’est pas conventionnelle, elle ne le sera pas dans la traduction. L’ordre des mots ne collera peut-être pas à celui de la langue de départ… mais il sera bousculé. Comme il l’est dans la langue de départ. S’il y a des références à une situation historique ou politique, appréhendées immédiatement par les spectateurs de la langue d’origine, on n’expliquera pas, on suggérera, on indiquera une piste, on laissera planer un certain mystère, pour laisser au spectateur le choix d’interpréter, d’imaginer. On mettra, éventuellement, une note en bas de page – donc “hors texte théâtral” – destinée au metteur en scène et aux comédiens. Après une première lecture, à voix haute, pour s’imprégner du monde et de l’écriture de l’auteur, on tentera d’en savoir un peu plus sur lui avant d’engager un dialogue.

TROIS PIECES DE CALDERON

La première lecture d’une pièce de Gabriel Calderón, ça ne s’oublie pas. On reçoit ses mots, son univers, en pleine figure, en plein coeur, en pleine conscience. Émotion, réflexion et rire, simultanément, face à des situations invraisemblables, excessives, frisant la caricature, et excès en tous genres. Les trois pièces dont j’ai assuré la traduction: Mi muñequita (Ma petite poupée), Uz (Ouz) et Ex, me l’ont confirmé, elles m’avaient déconcertée, amusée, tout autant que perturbée.

Dans “Ma petite poupée”, la fillette se met brusquement à mal parler, à un moment donné, et on ne sait pas pourquoi. Elle est dans une phase de régression, s’adressant surtout à sa “Petite Poupée”, ce qui est insupportable pour sa famille qui, d’ailleurs, ne le supportera pas. Chacun, excédé, optera pour des solutions extrêmes. Un jour, dans le village d’“Ouz”, Grace, mère de famille exemplaire, entend la voix de Dieu qui lui demande, comme preuve de sa foi et de son obéissance, de tuer un de ses enfants. Elle tentera de s’exécuter et tous, la famille, le curé, les voisins et les voisines, perdront peu à peu tout contrôle, et opteront, là aussi; pour des solutions extrêmes. Dans “Ex”, une jeune fille, qui n’a pas connu la dictature, ne supporte plus le silence installé dans la famille, et exige des comptes, autour de cette période. Elle veut savoir et pour cela, fera revenir des membres de sa famille, grâce à une “machine à remonter le temps”… De cette “rencontre” surgiront des secrets de famille qui seront, ou pas, éclaircis… Des moments de vie passée apparaîtront et disparaîtront…

Le dialogue avec Gabriel Calderón, indispensable, avant et pendant la traduction, s’est installé sans difficulté. L’auteur s’est montré spontanément disponible pour répondre à mes questions, mais aussi, et surtout, pour livrer quelques commentaires. Pour les traducteurs, les commentaires se révèlent souvent plus utiles et révélateurs que les explications. Que veut-il dire dans ce qu’il dit ? Ce qu’il dit, le dit-il avec passion, engagement, ou avec une certaine distance ? Qu’y a-t-il derrière et au-delà de ses mots ? Est-il rationnel, ou introduit-il une dose de causticité ? Quand le traducteur se trouve face à un choix entre des synonymes, le choix se portera sur celui qui correspond le mieux à ce qu’il sait, et à la perception qu’il a de l’auteur.

Dans les pièces de Gabriel Calderón, se détachent quelques thèmes récurrents: le poids de la famille, de l’église, la violence, l’intolérance, la frustration, la quête d’amour, la quête de vérité… Comment ces thèmes sont-ils agencés, présentés, développés ? Comment sont-ils traités, avec quels mots ? La traduction engage donc le traducteur, tant en ce qui concerne le fond que la forme. L’exemple que je choisis de mettre en exergue ci- dessous, portera plus particulièrement sur la famille et ce qu’elle induit, et sur la quête d’amour et de vérité.

EN CE QUE CONCERNE LE FOND

Constats. La famille, thème central des trois pièces, n’est jamais source de bien-être, de tendresse, ni d’attention. Au contraire, elle constitue une sorte de carcan insupportable, insoutenable, que les personnages décideront de faire voler en éclats et de détruire. Dès le prologue de “Ma petite poupée”, les personnages parlent mais ne s’entendent pas, ne se répondent pas, suivent le fil de leurs pensées et sont absorbés par leurs préoccupations, sans se soucier de ce que dit l’autre, ni de ce qu’il demande, ni de ce dont il aurait besoin. « La Petite Fille » tente de nouer le dialogue avec son Oncle, qui répond à côté… avec sa Mère, qui ne s’occupe que de ses recettes de cuisine… Cette “non conversation”, est scandée d’adresses au public, de monologues et de pseudo-dialogues. Dans “Ouz” la Mère va se soumettre aux volontés de Dieu, obéir à ses ordres, accomplir la mission qu’Il lui a, non pas confiée mais ordonnée. Elle ira jusqu’au bout. Peu importent les conséquences subies sur ceux qui l’entourent. Dans “Ex”, la famille a caché des pans de son passé sous la dictature en Uruguay. La jeune Ana, qui ne supporte plus ces secrets, se rebelle, et imaginera l’invraisemblable, pour obtenir des réponses. Tous ces personnages ont mal… Quelles solutions inventeront-ils pour tenter d’effacer leur souffrance ?

Solutions. Dans “Ma petite Poupée”, la solution sera le meurtre ! Le Père tue l’Oncle qui a abusé de sa fille, la Mère tue le Père qui l’a frappée pendant dix ans, le Majordome tue la mère qui veut faire disparaître la Petite Poupée, seule interlocutrice de sa Fille… ! Des meurtres, il y en a, en veux-tu en voilà ! Sans que personne ne s’en émeuve, c’est normal. On trouve la situation parfaitement normale. Le problème qui se pose ensuite est de savoir comment faire disparaître les corps. Et quoi de plus simple ! En les découpant, en enterrant chaque morceau dans une fosse et… comble de l’élégance, en mettant une plante sur chaque fosse !

Dans “Ouz”, les choix mettront l’accent sur la sexualité. Sexualité de Jack qui n’hésitera pas, pour reconquérir sa femme, à se transformer en celui qui, l’imagine-t-il, est son rival, à savoir le boucher. Puis, en “femme” quand il supposera que sa femme est amoureuse de la fille du boucher…

Dans “Ex”, la seule solution pour obtenir des informations sur la famille consiste à inventer “une machine à remonter le temps”. Et elle est inventée ! Des lambeaux de secrets se feront jour, mais jusqu’où ?

De ces trois pièces, on peut retenir un désir de libération, d’émancipation, de liberté de choisir sa vie.

La Petite, dans “Ma petite Poupée”, Dorotea, la petite fille dans “Ouz”, Ana dans “Ex”… représentent une jeunesse qui aspire à autre chose. Et, hasard ou pas, elles sont de sexe féminin. Le thème est très contemporain, il ouvre sur cette volonté d’être soi- même, de secouer le poids des traditions. Gabriel Calderón le traite avec force, et même excès, parfois, en forçant les barrières, aussi solides et résistantes soient-elles…

AU-DELA DU BURLESQUE, LA QUETE D’AMOUR ET DE VERITE

Dans “Ouz”, Dorotea n’est pas autiste, elle joue à l’autiste, elle invente un stratagème pour que sa mère, enfin, la regarde. Les deux soeurs, Fiona et Leona, vieilles filles en mal de sexe, n’hésitent pas à faire des avances, ouvertement et sans aucune retenue, au père, au fils, au curé… dévoilant ainsi non seulement leur frustration, mais aussi leur extrême solitude. Quant au curé, il n’a d’yeux que pour Tomás, et n’hésite pas à lui faire “le bouche à bouche” quand ce dernier s’évanouit. Au grand dam des deux soeurs qui se chamaillent pour avoir ce privilège. Mais le pouvoir du curé ne saurait être contesté… !

Dans “Ex”, la jeune Ana veut connaître la vérité sur la dictature, sur l’implication, ou non, des membres de sa famille. “Je traîne des blessures profondes, très anciennes” dit-elle. Au cours de la réunion familiale “imaginée”, on découvre l’appétit de savoir des plus jeunes, et la volonté d’enterrer le passé des plus anciens. Le grand-père d’Ana, mort en 2001, lui dit: “Oublie-moi, oublie tout ce qu’on t’a dit, efface le passé, brûle-le, jette-le, crache-le, parce que ce qui grandit en toi ça n’est pas l’idée, c’est un mensonge, et si tu ne le chasses pas, tu vas crever”. Idées, convictions, engagements contraires se heurtent. Délations, trahisons surgissent. À la fin, y a t-il eu une réponse à cette quête de vérité ?

EN CE QUI CONCERNE LA FORME

Par quelle magie des sujets aussi graves nous réjouissent-ils ? Ils sont dit, transmis, dans une langue libre, spontanée et forte, avec des dialogues vifs et un humour grinçant. Le rythme est endiablé et le style rentre dedans. Les personnages ont une grande force de persuasion, un allant, un sens de la répartie. Ils sont prodigues en réflexions inattendues, hors du commun et pleines d’humour. Tout est excessif. Drôle. Énorme. Et en tant que traducteur, on accepte tout. Pourquoi ? Avant d’écrire ses propres mots, il a en tête une seule pensée: l’oralité. Alors, il joue à fond le dit, qui conduit au senti et à l’hilarant… Les mots de la traduction auront-ils le même impact que ceux du texte original ? Non seulement on se doit de prendre en compte tous les excès, mais on les accentuera au besoin, lorsque les sonorités de la langue française n’auront pas la même portée que celles de la langue d’origine. Et c’est là que réside le plaisir de la traduction.

Pour exemple, ces quelques aspects de la langue débridée de Calderón.

UN LANGAGE CRU, DES GROS MOTS

Dans “Ouz”, le langage évolue vite. Au début, il y a de la retenue, du respect pour Dieu, pour la religion… Puis la tension monte. Chacun a un but à atteindre : Grace doit tuer un de ses enfants pour plaire à Dieu, Jack veut reconquérir sa femme à n’importe quel prix, le curé conquérir le jeune Tomás, les deux soeurs… n’importe quel homme et à n’importe quel prix…. On entendra la très pieuse et respectueuse Grace dire au Curé: “Déconnez pas”. “Me gonflez pas.”, et Tomás entendra son père Jack, son modèle, lui dire: “On t’a pas appris à respecter la parole de tes aînés ? Quelles conneries on t’apprend dans ton Centre de tantouzes”. Dans “Ma petite Poupée”, le Père s’exprime dans le monologue suivant, sous une forme plutôt triviale:

« J’ouvre la porte
J’entre rapidement
Je la ferme rapidement
Je m’assieds rapidement
Quelle paix !
Alors je pousse
Je pousse encore
La merde est à la porte
Une demi-crotte est sortie
Lorsque je me rends compte que… J’ai rien apporté à lire !
Mais bordel, c’est pas possible !
Tout ce que je souhaite dans la vie
Se limite à chier… en lisant le journal ! C’est trop demander ? 

Non ! »

Pour qu’il y ait adéquation entre le fond et la forme et ne pas perdre la force des sonorités – qui n’est pas la même dans les deux langues -il a parfois fallu parfois aller plus loin que ce que l’auteur avait écrit, en termes de niveaux de langues. Vayanse (Partez)… devient “Tirez- vous”. Callate (Tais-toi)… devient “La Ferme” (ou “Boucle-la”). “No puedo soportar que su hijo me mire la cola” devient “Je ne peux pas supporter que son fils me mate (au lieu de me regarde) le cul”. “Es un bonbón” (il est beau, séduisant) traduit par “il est beau à croquer”. “Il est craquant” aurait été une option possible, mais finalement, l’idée de “croquer”, plus… physique, a été choisie.

L’INVENTION DE MOTS DOUX ET LEUR EMPLOI

Ils sont, ô combien ridicules, dans la langue de départ, et m’ont conduite à opter pour qu’ils le soient davantage encore dans la langue d’arrivée. Cela a constitué ce qu’on pourrait nommer “une parenthèse jubilatoire.” Comme on l’a vu précédemment, Jack, dans “Ouz”, voit sa femme se détacher de lui. Il s’habillera en femme, se fera poser des implants… la harcèlera de mots doux et l’affublera de surnoms dégoulinants de stupidité… Je me suis donc orientée vers le ridicule. “Ma petite calebasse… le miel de ma vie… ma crêpe aux pommes… ma salade de fruits… mon caramel mou… ma courgette à la crème… mon coeur de melon” avec, en arrière-plan et dans la mesure du possible, des allusions érotiques. Presque automatiquement et parallèlement à ces choix, des chansons ont surgi, comme un prolongement de ma pensée. Pour “salade de fruits”, on aurait pu ajouter ajouter “Joli, joli, joli”… En arrière plan, et pendant le travail de traduction, j’entendais les chansons… “Mon bouquet de violettes”… “Vous les femmes”… “Super Nana”, entre autres… Plus tard, en traduisant “Ex”, j’ai constaté avec plaisir que l’auteur lui-même avait fait une allusion à une chanson “Parole, parole, parole…”. Je ne m’étais donc pas trompée, l’auteur aime la chanson.

Il est fait référence à une comptine dont le sens est: “si tu ne guéris pas aujourd’hui, tu guériras demain”. Comme toute comptine, elle s’adresse à un enfant. J’ai choisi: ”Bobo d’aujourd’hui demain sera guéri”. Toujours obsédée par la chanson, j’ai été tentée par: “Guérir (marquer un temps)… aujourd’hui peut-être, ou alors demain?”, mais cette allusion musicale, m’a semblé trop éloignée du monde de l’enfance…

Quand on écrit “Lève-toi et marche”, ces paroles prononcées par Dieu dans “Ouz”, il est intéressant de les faire résonner, plus loin, dans la bouche de Grace lorsqu’elle dit à son fils: “Tais-toi et mange”. Dans la pièce, on parle beaucoup d’homosexuels, de lesbiennes, de travestis… il était plus riche et varié d’employer chaque fois un mot différent, pour appuyer, insister, renforcer. Homo, pédé, pédale, tantouze… gouine… travelo…

COMPLICITE ET DEPENDANCE

Gabriel Calderón travaille au sein d’un Collectif, la “Compañía Complot” dont les membres sont à la fois complices et indépendants, chacun pouvant émettre un avis, un conseil, sur les projets des autres, sans s’immiscer. Le travail se fait dans le plus grand respect de chacun. On le surnomme “l’enfant terrible du théâtre uruguayen”. C’est un absolument auteur libre dans le choix des sujets, des formes, des mots, briseur des codes de bienséance. Son écriture échevelée est anarchiste, résolument non-conformiste. Il mène intrigues et actions tambour battant… Si le public accepte, souvent avec joie, les situations cocasses et invraisemblables qu’il propose, c’est aussi parce que son théâtre apporte, derrière, le questionnement, questionnement qui n’apparaît pas d’emblée au spectateur pris dans le tourbillon des situations extravagantes. Le talent de Gabriel Calderón est ainsi, de savoir faire coexister le rire et la réflexion.

En guise de conclusion, écoutons la Fille de “Ma Petite Poupée” qui, après toute une série de meurtres, prend la parole en ces termes: “Pour mourir, il faut avoir été vivant un jour. Et moi, je ne me suis jamais sentie réellement vivante…. Ma mère était morte depuis longtemps, mais je l’ai enterrée

Père, mère, oncle, enterrés…
Eux, morts dans l’obscurité,
Nous mortes dans la lumière.”
Et s’adressant à la Petite Poupée: “J’ai tué leur menace de te tuer et de t’enlever de mes côtés…. J’ai tué la morte qui menaçait notre vie de mortes vivantes.”

FRANCOISE THANAS

 

Gabriel Calderon

Trois pièces

traduit de l’espagnol (Uruguay) par Françoise Thanas et Maryse Aubert

243 pages, 23 euros

Actes-sud/ Papiers

Cette entrée a été publiée dans Théâtre, traducteur.

15

commentaires

15 Réponses pour Gabriel Calderón, “l’enfant terrible” du théâtre uruguayen

Françoise thanas dit: 19 avril 2013 à 9 h 07 min

Merci à « V » pour ses propos plein d’humour… Mais, vous l’aurez compris, je préfère le son des mots à celui des espèces sonnantes et trébuchantes.

DHH dit: 18 avril 2013 à 13 h 36 min

billet tres riche et subtil sur ce qui fait la grandeur du travail de traduction reussi comme quelques exemples s’offrent à nous (berlin alexanderplatz ,Ulysse traduit par Valery larbaud,le grand roman d’emilio gadda)
A contrario il y a des traductions, où l’inadéquation entre le fond et la forme est patente ,et tres dérangeant pour le lecteur surtout dans les œuvres théâtrales ,où le choix d’un ton ,d’un registre pour un personnage est si riche de signification .
Je me souviens par exemple que dans l’ancienne traduction Budé de Lysistrata, celle que je possède ,cette Pasionaria, haranguant avec force ses compagnes pour les persuader avec vigueur de faire la greve de l’amour ,exige d’elles avec autorité qu’elles s’engagent toutes à « s ’abstenir du membre »(sic dans la traduction)
Le ridicule de la formulation tant en ce qui concerne le verbe que le substantif a été corrigé de manière plus crue mais pas vraiment heureuse dans une traduction plus récente que j’ai eue en mains , en remplaçant uniquement « membre » par un mot arabe ,mais là encore le registre n’ était pas le bon
Peut etre une formule comme : engagez vous à vous passer de leur… (grand choix de mots français)…. ,rend- elle mieux la vigueur et la verdeur parlée de la tirade de Lysistrata

christiane dit: 17 avril 2013 à 21 h 07 min

Merci pour votre réponse. C’est très intéressant cet aspect ludique de votre travail de traductrice. « Une parenthèse jubilatoire » : magnifique !

Françoise thanas dit: 14 avril 2013 à 8 h 31 min

Oui, la traduction théâtrale, celle que je connais le mieux, est un « jeu ». Jeu de celui (ou de celle) qui transmet ce que dit ou veut dire l’auteur(e). Dans le cas de Gabriel Calderón, traduire ses excès ont constitué ce que j’ai appelé une « parenthèse jubilatoire », car je me suis amusée, sans être ni confuse, ni troublée. Ce n’était pas un « plaisir interdit ». Traduire les propos d’un tortionnaire, ou ceux de ses victimes… l’amour… le désamour… le deuil… c’est aussi se mettre dans la peau du personnage, éprouver du plaisir, ou plutôt de la satisfaction, à trouver, ou à approcher, le ton le plus juste tout en restant fidèle à l’auteur. Oui, quelle que soit la traduction, elle constitue un exercice ludique. Enfin, pour moi.

christiane dit: 2 avril 2013 à 20 h 49 min

@Françoise Thanas
J’essaie de préciser, mais il me faut du temps. C’est comme si vous vous trouviez entre deux idiomes, presque un bilinguisme non à cause de la langue espagnole mais celle plus singulière de Gabriel Calderon, drue, parfois obscène et triviale mais explorant « des nouvelles écritures et des thèmes à la fois actuels et universels ». Il semble que la générosité de ce théâtre vous ait conduite à vous lancer d’une façon presque ludique dans cette façon de parler, qui, assurément n’est pas la vôtre ! sans trébucher sur les expressions de G.C. J’aime quand vous dîtes que vous outrez les expressions pour honorer « la langue débridée de Calderón ». Avez-vous réussi à vous enraciner dans cette langue le temps de la traduction sans être troublée, confuse, perplexe ? un « plaisir » interdit ? J’ai hâte de lire ce livre ! Ces expressions collées sur votre visage ressemblent à une erreur sémantique… mais vous ne vous êtes pas dérobée. Tout cela est passionnant. C’est une sacrée performance… Voilà pour la fêlure !

christiane dit: 2 avril 2013 à 19 h 55 min

Merci. Quel bonheur que votre passage ! La fêlure ? Deux vies qui s’apprivoisent à travers l’écriture avec ce chemin à parcourir d’une langue à l’autre. Comme une fêlure dans la vôtre pour accéder à la vérité de cet « enfant terrible ».

Françoise thanas dit: 2 avril 2013 à 14 h 14 min

Oui, une partition ou un livret… ce qui évoque la présence de la musique.
Au théâtre, ce sont les mots et la voix des comédiens qui composent la musique.
Oui, mes traductions ont été mises en scène. Pas toutes, mais un certain nombre…

Françoise thanas dit: 2 avril 2013 à 14 h 05 min

Merci pour vos mots chaleureux.
Je ne sais pas s’il y a félure… mais si, un grand intérêt pour les nouvelles écritures et la façon de traiter de traiter des thèmes à la fois actuels et universels.

christiane dit: 2 avril 2013 à 8 h 04 min

Ah, merci, Pierre Assouline.
Ces deux photos esquissent une fêlure non explorée dans son billet si fin.F.Thanas a une sacrée expérience de la vie, une certaine gravité, du recul. G.Calderon est d’une jeunesse incroyable, tout neuf, semblant épris de… provocation tendre. Très intéressant.
Je pense aux portraits que vous saisissez dans le feu de l’action, ces visages qui n’ont pas eu le temps de se faire « modèles ». Il y passe souvent, alors, un monde secret de pensées intérieures. Les mots de G.C jaillissent, ceux de F.T apprivoisent une langue indomptée.
Ces petites chroniques du critique SDF me passionnent. (Et puis les grandes marées de commentaires y sont rares…)

John Brown dit: 1 avril 2013 à 19 h 08 min

« Traduire du théâtre, c’est aussi faire de la dramaturgie. Un texte théâtral, c’est une partition. »

Ou un livret… Sûr que traduire un texte de théâtre, c’est faire des choix dramaturgiques, le texte de théâtre étant fait pour être joué . Vos traductions ont-elles affronté l’épreuve de vérité de la représentation ?

christiane dit: 1 avril 2013 à 8 h 13 min

Passionnant, ce dialogue et cet ajustement au niveau du vocabulaire pour rejoindre la force de l’écriture de Calderon. Peut-on avoir une légende pour les deux photos ?

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