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La République Des Livres par Pierre Assouline
Nicolas Mathieu en proie à l’effroyable douceur d’appartenir

Nicolas Mathieu en proie à l’effroyable douceur d’appartenir

Donner un titre énigmatique à son roman, il faut oser. Un risque autant qu’un pari. Car l’introuvable « grand public » risque de passer à côté pour n’y avoir rien compris, voir même rien perçu, au premier coup d’œil. A quoi pense-t-on et que déchiffre-t-on en apercevant au milieu de la couverture du livre de Nicolas Mathieu, lauréat du prix Goncourt 2018, le titre : leurs enfants après eux (425 pages, 21,80 euros, Actes sud) ? Rien de moins évident. On peut toujours traduire la pensée de l’auteur, lui-même donne sa clé dès l’épigraphe, tirée du Siracide (44, 9), l’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament :

« Il en est dont il n’y a plus de souvenirs,/ Ils ont péri comme s’ils n’avaient jamais existé ;/ Ils sont devenus comme s’ils n’étaient jamais nés,/ Et, de même, leurs enfants après eux. »

De telles lignes, placées en avant du texte pour en être l’ambassadeur, disent bien sa double ambition aussi bien poétique que politique. On ne saurait mieux annoncer une intention, une vision et un projet : la dénonciation du déterminisme social dans lequel s’engluent les invisibles de nos sociétés, la résignation à cet indémêlable fatum, le sentiment d’abandon ressenti par les habitants de régions qui se vivent comme des provinces, les ravages du chômage et de la désindustrialisation. Demain ne sera pas un autre jour mais le même. Il ne suffit pas de traverser la rue pour trouver du travail, message reçu cinq sur cinq.

C’est l’histoire d’une petite vallée de Lorraine (son comté de Yoknapatawpha, dette payée à son maître Faulkner) dont les jeunes habitants n’ont qu’une idée en tête, fixe comme une obsession : partir. Car dans ce monde où les hauts-fourneaux appartiennent déjà à l’Histoire alors qu’il en vivait hier encore, cet imaginaire sidérurgique qui héroïsait ses travailleurs en hommes de fer, il faut se tirer si on veut s’en tirer. Nous sommes à la fin des années 1990 durant quatre étés consécutifs à Heillange, ville imaginaire qui sonne comme Hayange et ce n’est pas un hasard. La France est alors championne du monde, mais que de football. L’ennui suinte dans le quotidien de ses adolescents désoeuvrés. Un noyau d’ennui massif, sourd, poisseux qui les persuade que leur plafond de verre est en réalité fait de béton armé. Ils le trompent en buvant, en clopant, fumant, en baisouillant, en chapardant, en jouant à la vidéo, en tentant des petits coups tordus.

On s’attache très vite à ces personnages si français jusque dans leurs immigrés. Ils parlent juste et vrai. Car le souci de la langue prime sur celui du message. Ils écoutent Nirvana comme Nicolas Mathieu à leur âge écoutait les Ramones. Ca ne fait pas oublier leur désenchantement mais ça lui donne des couleurs, du rythme, l’illusion d’une évasion. De quoi cimenter un complot de solitudes. On en a vues et lues bien d’autres, le plus souvent dans des nombrils de l’autofiction ou des regards jetés vers le grand ailleurs. Mais combien de jeunes romanciers ont-ils mis l’esprit de la fresque, ordinairement réservé à la restitution historique,  au service de la question sociale en France ?

Parfois, une simple incise suffit à marquer le temps : « A Berlin, un mur était tombé ». Il s’en trouvera toujours pour réduire et ramener cette chronique sociale à un roman de camping, avec short et birkenstock. Sans en appeler aux mânes de Zola, en évitant tant l’écueil du misérabilisme que celui du regret du monde d’avant, convenons plutôt que sa grande réussite aura été de fixer dans cette histoire et dans ces pages l’image sombre et lumineuse d’une France en voie de disparition. Non que cette réalité s’estompe, tout au contraire puisque c’est sa contemporanéité même qui nous parle et nous touche. Mais tout se déroule dans une certaine mélancolie née du passage du temps sur les êtres.

Inutile de chercher des clés ou des autoportraits, il n’y en a pas et s’il en demeure un reflet à travers tel personnage, peu importe. Dans son grand souci de restitution du réel, fut-il suffocant, ce roman de formation s’attache à parler des gens tout simplement, mais sans cette démagogie politicienne qui consiste à les interpeller comme étant « les gens », le peuple authentique. On les sent tragiquement soumis et résignés à leur statut d’invisibles, d’abandonnés, de laissés-pour-compte. Tel est l’état des choses et pourquoi changerait-il ? Ne reste pas grand chose du mérite républicain quand les dés sont pipés dès le début. Nicolas Mathieu a aussi raconté cette histoire pour se réconcilier avec cet état-là quitte à régler ses propres comptes avec son adolescence.

D’où parle-t-il ? Né en  1978 à Epinal (Vosges), nancéen depuis plusieurs années après avoir été parisien le temps de ses études d’histoire de l’art et de théorie du cinéma (mémoire de maitrise sur Terence Malick en philosophe),  il vient des classes moyennes. Il a grandi dans un quartier pavillonnaire dit de la Jeanne d’Arc à Golbey, une commune implantée sur la rive gauche de la Moselle ; père électro-mécanicien, mère comptable ; mais c’est en poursuivant sa scolarité dans une école privée qu’il a pris conscience de la différence sociale dont il dit qu’elle le définit aujourd’hui encore (cette trahison de classe le hante plus encore depuis la découverte d’Annie Ernaux). Plus tard, ce sera une suite de petits boulots, des essais d’écriture avant Aux animaux la guerre (Actes sud noir), le premier vrai roman il y a quatre ans, un pur polar très bien accueilli, primé et bientôt porté à l’écran. Un monde imaginaire nourri de rencontres, d’observations, biberonné aux polars de Jean-Patrick Manchette, aux romans de Georges Pelecanos, décillé par le Voyage du au bout de la nuit à 17 ans, et gouverné par le principe de Joe Louis :

« J’ai fait du mieux que j’ai pu avec ce que j’avais ».

Quand on lui demande quel écrivain il aurait voulu être s’il n’en avait pas été un lui-même, après mûre réflexion il répond Bonnard. Oui, le peintre, pour son immense talent et pour la qualité de son bonheur avec Marthe. Nicolas Mathieu a de l’empathie et de la tendresse pour ses personnages, tous « car tout le monde a ses raisons » comme il est dit dans La Règle du jeu de Jean Renoir, les jeunes comme les vieux, le petit blanc comme le beur, tous aussi paumés. « Comprendre et  ne pas juger » : c’était la devise de Simenon sur son ex-libris. On dirait que Nicolas Mathieu l’a faite sienne avec une sensibilité qui fait merveille tant dans l’expression de la violence et de la colère que dans la caresse du vent sur la peau. Les trois mots formant l’excipit de ce magnifique roman d’apprentissage formellement classique, sans hiatus, d’une écriture fluide grâce à la note juste trouvée dès l’entame et tenue jusqu’au bout, disent tout :

« L’effroyable douceur d’appartenir »

Un oxymore à première vue, encore que, à y bien réfléchir… A propos, leurs enfants après eux est dédié à un certain Oscar, 5 ans et demi, son fils.  Dans ses remerciements, Nicolas Mathieu commence par exprimer sa gratitude à sa mère pour son aide et il finit ainsi :

« Une pensée pour mon père. Sous les silences, nous n’en pensons pas moins ».

(« Nicolas Mathieu hier chez Drouant et le portrait d’un des frères Goncourt » photo Passou)

Cette entrée a été publiée dans Littérature de langue française.

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commentaires

1 285 Réponses pour Nicolas Mathieu en proie à l’effroyable douceur d’appartenir

christiane dit: 16 novembre 2018 à 17 h 27 min

@x dit: 15 novembre 2018 à 21 h 56 min
Georges Navel – Travaux .
Citations bienvenues pour poser sur le monde un autre regard plein de dignité. Merci.

Janssen J-J dit: 16 novembre 2018 à 17 h 21 min

Super. Je me sens parfaitement entouré d’affection ainsi, un chat et une maman … que demandez de plus ? Je ne sais moi-même pas incruster de coeurs, mais le mien y est, ainsi rendu visible.

rose dit: 16 novembre 2018 à 12 h 58 min

Pourquoi 3 ?

Un pour mon chat Ivy, au milieu pour vous, à droite pour ma maman.

et aussi pour jazzi, si romantique.

rose dit: 16 novembre 2018 à 12 h 57 min

JJJ

virtuelle c’est sûr.
adultère.poitquoi ? Vous êtes célibataire, je suis célibattante.
De ttes manières, pas dispo.
Suis dame de compagnie qui manque d’élégance : cela viendra peit-être, n’y renonce pas.

À Marseille, c’est, à vrai dire, plus une belle bastide qu’un château et c’est au 29 rue Jeanne Jugan.

Depuis que je vous connais, JJJ, je suis seule mais plus jamais seule. ❤❤❤.

Janssen J-J dit: 16 novembre 2018 à 10 h 19 min

merci rhoze : vos messages, même indirects, sont tjs précieux. à PSDP de S., on ne rit pas souvent dans cet établissement qui n’est vraiment pas un château, c’est un bloc de béton construit en 1977 ; il y a une chapelle atroce au milieu, également bétonnée, mais au moins très lumineuse (les châteaux, cela n’existe plus). Heureusement que là sur la rdl, on rit beaucoup et notamment de la dernière saillie de jzzz sur nos amours virtuelles naissantes. Il a ce talent fou de savoir transformer toute tragédie en comédie. Lui aussi, est bien précieux. Parmi ses légersz défauts, il y a beaucoup de qualités, gentillesse, légèreté primesautière, bienveillance, généroisté que l’on ressent, à force. On se forge une convction sur les uns et les autres, peut-être se trompe-t-on, mais peu importe. Souvent, on se sent bien injuste, c’est notre lot.

et alii dit: 16 novembre 2018 à 9 h 39 min

je rappelle ic « le péché originel de la psychanalyse » de G .Haddad selon qui la psychanalyse n’avait pas réussi à délester les survivants de la shoah de la douleur de leur histoire et ses secrets

Jazzi dit: 16 novembre 2018 à 8 h 34 min

Quelle noirceur, Christiane ! Alors que nous assistons à l’éclosion d’un amour virtuel (adultère) : rose, se réveillant aux aurores en pensant à JJJ. C’est beau ! Ceci compensant cela.

rose dit: 16 novembre 2018 à 7 h 37 min

x à 21h56

Germinal de Zola ?

De l’ étude sociologique ?
Le témoignage d’ une époque – celle des haurs fourneaux, qui est derrière nous.

Je retiens deux choses
le père qui sort les seaux de boue toxique. Un si bon soldat pourquoi une tâche aussi dure

et puis l’intempérie

se mettre à l’abri des intempéries.

merci de vos extraits

rose dit: 16 novembre 2018 à 6 h 01 min

JJJ
à 5h15 me réveille en pensant à vous.
Ai compris par rapport à l’intensité de votre réponse, combien était difficile de réagir. Aurai voulu faire comme si je ne vous avais pas lu, eu égard à la pudeur inhérente à la vie de votre maman. Ne voulant vous laisser dans une indifférence coupable, vous ai alors répondu rapidement.
Vous présente mes excuses.
Est ce aussi un château les PSDP à S. ?
Je vous poserais douze questions et vous diriez que je vous soumets à un interrogatoire. J’espère que votre maman a quelque douceur à vivre, qu’elle vous reconnaît et a plaisir à vous voir.
Sur le rire, un bon pote Pierre-Henri, expatrié m’a expliqué comment on peut rire de tout.
Il avait pris.l’exemple de deux personnes qui avaient un matricule gravé sur le bras et qui riaient de l’infâmie subie. Il était lui-même juif, d’une sensibilité à fleur de peau : il est dans mon coeur toujours.
De notre côté, il s’agit d’une outrance sur laquelle nous rebondissons et nous éclatons de rire.
Nous vivons un drame familial de l’ ordre du tragique.
Je vous remercie JJJ d’ avoir partagé l’ amour pour votre maman avec moi.

rose dit: 16 novembre 2018 à 5 h 44 min

JJJ à 23h42.
C’ est ainsi que je l’ avais compris sans connaître l’ oeuvre que vous citez.
Fort étonnée, puis éblouie que  » Des souris et des hommes » de Steinbeck m’ ait permis de comprendre un acte incompréhensible.

Delaporte dit: 16 novembre 2018 à 2 h 13 min

Cela ressemblait, pour ceux qui connaissent, au squetch de Bénureau sur la belle-mère en folie : « On nous pardonne tout ! »

Delaporte dit: 16 novembre 2018 à 2 h 10 min

Le discours rock’n roll de la (vieille) Reine Elisabeth à l’anniversaire de son fils Charles, qui fêtait ses 70 ans bien sonnés :

« Ma mère m’a vue avoir 70 ans, a poursuivi la souveraine. Et on a pu l’entendre dire que 70, c’est précisément l’âge où le nombre de bougies sur le gâteau finit par surpasser la quantité de souffle qu’on a pour les éteindre. »

Janssen J-J dit: 15 novembre 2018 à 23 h 42 min

(wiki – extrait) – L’œuvre d’Ōe, complexe et dense, occupe une place à part dans la littérature japonaise contemporaine. Deux thèmes marquent ses œuvres : la vie à la campagne, souvent retranscrite grâce au regard désabusé d’un enfant ou évoquée par le biais de révoltes paysannes (Gibier d’élevage, Le Jeu du siècle, Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants) et la naissance puis l’éducation d’un enfant handicapé mental (de Agwîî le monstre des nuages, où apparaît pour la première fois son fils Hikari, à Une existence tranquille en passant par le difficile et poignant Une affaire personnelle). Ses récits mettent souvent en scène des personnages masculins marginaux, hors-normes ou affichant une différence dérangeante : un homme persuadé d’être accompagné d’un kangourou géant dans Agwîî le monstre des nuages, un nourrisson avec une excroissance écarlate sur le crâne dans Une affaire personnelle et Le Jeu du siècle, un adolescent épileptique qui compose de la musique classique dans Une existence tranquille ou encore un garçon très lent et presque aveugle dans Dites-nous comment survivre à notre folie.
___
J’avais juste voulu suggérer que la connaissance de cette œuvre par E de Fontenay l’aurait peut-être aidée et apaisée dans la connaissance de sa propre douleur,
___

christiane dit: 15 novembre 2018 à 23 h 21 min

@Paul Edel dit: 15 novembre 2018 à 19 h 27 min
Cette virée éphémère ne vous a pas empêché de mener une vie bourgeoise dans un quartier charmant, bien à l’abri du monde inquiétant des périphéries des grandes villes. Ne vous prenez pas pour Fajardie qui prenait la plume comme on prend une arme. Votre monde est celui d’un dandy intellectuel et esthète qui a une belle plume et sait rédiger des billets littéraires envoûtants de beauté, entre deux voyages à Rome. Mais avez-vous vécu durablement cette misère ? De tels livres pour qui sont-ils écrits ? Qui les lit ? Pourquoi ce choix du jury Goncourt ? Relisez les remarques de hamlet. Il est dans le vrai. Cette misère-là, elle ne se regarde pas par le petit bout d’une lorgnette, bien à l’abri dans une vie d’écrivain à succès.
Regardez la mer puisque vous l’avez choisie. Là vous êtes plus crédible.
A propos, je vous rappelle que je n’avais jamais dévoilé sur ces pages votre identité et vous le saviez. Cette accusation que je n’ai pas oubliée a montré la vilénie dont vous êtes capable.

P. comme Paris dit: 15 novembre 2018 à 23 h 18 min

« Elle l’aurait délectée d’un immense poids de culpabilité. »

Délestée peut-être JJJ.

En revanche, je me suis délecté de votre délestage.

renato dit: 15 novembre 2018 à 23 h 08 min

Merci Chtimimi. Déjà je suis loin d’une grande partie de me livres, dont Carpenter’s Gothic ; puis, j’aurais dû traduire… au risque de gâcher l’objet.

Delaporte dit: 15 novembre 2018 à 22 h 50 min

Je m’étonne un peu que Tariq Ramadan ne se soit pas adapté à la vie en prison, vie monastique, propice à la pénitence. Lui qui était un musulman farouche et rigide ! Je suis sûr qu’un moine chrétien aurait demandé à y rester, tant cela lui rappelait le chemin monastique de la pénitence ! Ah, les goûts de luxe de Tariq, la vie bourgeoise d’un musulman privilégié, financé par je ne sais plus quel Etat d’Arabie ! Tout ce que cet homme doit au pétrole !

N'IMPORTEQUOI dit: 15 novembre 2018 à 22 h 50 min

Que prévoit la loi coranique en cas d’adultère, est ce que cette faute existe quand il s’agit d’un homme? TR devra s’acquitter d’une caution de 300000euros , d’un contrôle hebdomadaire, jusqu’au procès. Dans tous les cas, ce n’est pas la vertu qui l’ennuie.

N'IMPORTEQUOI dit: 15 novembre 2018 à 22 h 46 min

5 peines de mort requises pour le meurtre du journaliste saoudien, le prince dédouané.Ses collaborateurs vont regretter d’avoir si brillamment exécuté leur tâche.

Delaporte dit: 15 novembre 2018 à 22 h 35 min

Deux nouvelles spectaculaires le même jour : 1° Tron est acquitté, et 2° Tariq Ramadan est libéré. Les ami(e)s des femmes subissent tout de go un énorme choc. Et si #balancetonporc perdait de sa vigueur ? A suivre.

Chtimimi dit: 15 novembre 2018 à 22 h 26 min

Gaddis toujours. Et ça dure dur… Monsieur William, vous manquez de tenue ! (air connu).

Elle s’était abaissée avec son visage dans l’oreiller, les deux mains fermées en poings — non ! pour trouver son souffle à son épaule, sur le scintillement de la transpiration faisant un rang de perles au blanc de son cou et sa main au bas de son dos épanouissant largement la crevasse, son poids prenant le dessus quand aussi soudainement que ça elle se tourna le saisissant avec ses bras pour le faire entrer, tête rejetée en arrière et la vague ample de sa gorge s’élevant dans l’arche évidée de sa mâchoire montant à sa rencontre avec des bêlements étouffés tout le temps que cela dura jusqu’à ce qu’il s’allonge, luttant désespérément pour reprendre souffle lui aussi, restant immobile là à côté d’elle quand il l’eut retrouvé et quand, quelques minutes plus tard, il se laissa glisser du bord du lit ramassant pantalon, chaussettes, mettant sa chemise il s’arrêta, la regardant. Elle gisait la tête sur son épaule droite, yeux fermés et sa bouche pendant ouverte sans rien qui trahît la vie sinon le tremblement irrégulier de sa lèvre inférieure aspirée à l’intérieur à chaque effort pour respirer et ensuite tombant répandant le bout apaisé de sa langue et il resta là, la regardant comme si elle n’était personne qu’il eût jamais vu, comme si les années et son identité même avaient fui emportant avec elles toute intelligence ou l’espoir de celle-ci et certainement toute beauté, ou la prétention à celle-ci, jambes largement ouvertes et ses bras lâches à côté d’elle, ses pouces toujours enfoncés dans les paumes de ses mains et comme il se baissait pour tirer le drap sur elle, comme celui-ci tombait entre ses seins et entre ses genoux remontant à l’extrémité de ses doigts de pied, tout à la fois sa poitrine se souleva rapidement, sa langue sortit léchant la transpiration sur sa lèvre supérieure et le bruit dans sa gorge reprenant souffle se fit plus fort, et puis avec un grand soupir elle se tourna sur le côté et elle était immobile, et il s’arrêta pour ramasser ses chaussures et quitta précipitamment la pièce.

Pierre-Marc57 dit: 15 novembre 2018 à 22 h 22 min

Celui qui a perdu en 1911 contre Chateaubriant est Gaston Chérau.
Lui est consacré aujourd’hui un livre autour de son expérience de guerre en Tripolitaine pendant la guerre italo-turque (1911-1912) : « Réveiller l’archive d’une guerre coloniale ».
C’est cette documentation photographique et écrite – qui nous plonge dans la guerre et les tourments de l’écrivain apprenti correspondant de guerre – qui a été l’objet de l’essai d’un autre prix Goncourt Jérôme Ferrari (2012) : « A fendre le cœur le plus dur » (avec Oliver Rohe, Actes Sud, « Babel » 2017) et qui est encore mobilisée dans son dernier roman « A son image » (Actes Sud, 2018).

L’ouvrage consacré à Chérau :
Pierre Schill (et Caroline Recher, Smaranda Olcèse, Mathieu Larnaudie, Quentin Deluermoz), « Réveiller l’archive d’une guerre coloniale. Photographies et écrits de Gaston Chérau, correspondant de guerre lors du conflit italo-turc pour la Libye (1911-1912) », Créaphis, 480 p., 2018.
230 photographies, 35 euros.
http://www.editions-creaphis.com/

Chtimimi dit: 15 novembre 2018 à 22 h 19 min

Toujours Gaddis . C’est curieux, ce besoin de faire des phrases…
ses doigts suivant l’os, — vous avez de si jolies chevilles non, là où il n’y a pas de poils c’est si net et doux jusqu’à là… sur son mollet au-delà du genou fourrageant plus haut, venant sur lui prenant le dessus là où ses doigts s’élevaient amassant les poils radiculaires de la montée emplissant leur encerclement — quand je les ai vues à la télévision un jour et elles étaient si, juste si élégantes… sa main dans son va-et-vient, va et vient comme la lumière du soleil cassée par les feuilles escaladant son épaule, s’en allant comme elle descendait, allant et venant, le bout de son doigt suivant la veine engorgée le long de cette montée durcissant jusqu’à la couronne cruellement fendue où l’extrême bout de sa langue vint tirer un rang de perles scintillant pris dans la lumière du soleil sur son épaule s’arrêtant, le tenant à distance comme l’ajustant à sa vision — qu’est-ce que c’est que ça… et, à la place du bout de sa langue, l’arête acérée de son ongle — regardez, ce petit endroit, c’est comme s’il y avait une petite croûte sur le…

hamlet dit: 15 novembre 2018 à 22 h 12 min

mais tout ça vous le savez déjà Paul Edel, en bon lecteur de Thomas Bernhard je ne vous apprends rien : toute cette mascarade n’est qu’une vaste hypocrisie !

pour permettre à des gens de s’endormir tranquilles, avec l’impression d’avoir accompli leur devoir, alors qu’en vérité ils n’ont rien accompli du tout !

que des faux semblants ! mais en disant ça je ne vous apprends rien Paul Edel, en bon lecteur que vous êtes de Balzac vous le savez déjà, n’est-ce pas ?

Chtimimi dit: 15 novembre 2018 à 22 h 12 min

Encore du sesque
Mais il l’avait couchée, déployé sa longueur à côté de lui — non non non, sa voix aussi apaisante que la main le long de son dos, tout ça faisait seulement partie de l’éternelle absurdité, de là d’où vient toute l’absurdité des croyances en la résurrection, la transmigration, le paradis, le karma, tout le damné tremblement. — Tout ça n’est que de la peur il dit, — vous pensez aux trois quarts des gens dans ce pays qui croient vraiment que Jésus est vivant au paradis ? et les deux tiers qu’il est leur billet pour la vie éternelle ? bouts des doigts descendant en courant légers comme un souffle contournant le sommet de la fissure, suivant la pente de sa crête, n’est que cette panique à l’idée de ne pas exister de sorte à retrouver la même femme et la même famille mormone dans une autre vie et on revient tous ensemble au jour du jugement dernier, revient avec le Grand Iman, revient comme le Dalaï-Lama qui choisit ses parents dans un tas de fumier tibétain, revient en n’importe quoi — chien, moustique, mieux que de ne pas revenir du tout, la même panique où que vous regardiez, n’importe quelle histoire démente pour passer la nuit et plus elle est tirée par les cheveux mieux c’est, n’importe quel moyen de s’évader de la seule chose dans la vie qui soit absolument inévitable… ses doigts explorant la crête de la fissure et l’intérieur plus profond, histoire désespérée comme l’âme immortelle et tous ces damnés bébés courant dans tous les sens exigeant de naître, ou de renaître, agrandissant doucement la fissure à la largeur humidifiée de sa main, — je reviendrai en busard Faulkner a dit un jour, il n’y a rien pour les haïr, les désirer, avoir besoin d’eux ou les envier…

hamlet dit: 15 novembre 2018 à 22 h 09 min

Paul Edel dit: 15 novembre 2018 à 19 h 27 min

oui bien sûr, Esthétique Éthique et Politique sont sur un bateau, Éthique tombe à l’eau, que font Esthétique et Politique ? ils en profitent pour faire un partie de belote !

Plus sérieusement il faut remettre chaque chose dans son contexte, sociale, politique, historique etc…

pour le dire autrement quel sens faut-il donner à tout ça ?

Je veux dire c’est le genre de livre pour qui aujourd’hui ? comme dans les années 90 votre patron a trouvé plombant votre article sur la misère sociale vous vous réjouissez de contester qu’on peut maintenant en faire un livre ? le problème est qu’on en fait pas qu’un de livres, on en fait des kilos.

et quel utilité ? éveiller la conscience politique ? genre engagement 3ème république ?

Non Paul Edel, c’est fini ces histoires, nous avons tourné la page, des reportages et des témoignages sur la misère on ne sait plus quoi en faire.

l’autre angle d’analyse est de regarder pourquoi on récompense ce genre de livre, déjà définir « qui » récompense, ensuite « qui » va le lire, ensuite « qui’ en dire du bien, qui ? qui est ce petit peuple qui se lamente sur les misères du monde, des misères qui existent bien loin de leur petit arrondissement douillet de Paris, une misère vis à vis de laquelle ils ne peuvent plus faire qu’un chose : récompenser les bouquins qui en parlent ! faute de pouvoir voter pour un parti dont le projet sera d’éradiquer cette misère. Parce que c’est un fait acquis pour tous : la politique c’est fini, nous sommes condamnés à nous lamenter. Cette fatalité de la lamentation, cette espèce de mur des lamentations qui sert à construire nos libraires il provient justement de la reconnaissance de cette impuissance politique.

mais tout ça vous le savez déjà Paul Edel, en bon lecteur de Thomas Bernhard je ne vous apprends rien : toute cette mascarade n’est qu’une vaste hypocrisie !

Chtimimi dit: 15 novembre 2018 à 22 h 05 min

GADDIS W. Gothique Charpentier
Vraiment ? sa main musant sous le drap, revenant invisible et comme d’elle-même pour s’arrêter sur sa poitrine, peut-être ça avait plus à voir avec la déception dit-il, pas d’être déçu mais la peur de décevoir quelqu’un d’autre, ses mots sans précipitation comme l’égarement de sa main, la mesurant, de décevoir quelqu’un de proche, de vivre dans l’attente d’une trahison qui devait arriver tôt ou tard, d’une façon ou d’une autre, le bout de ses doigts manquant ce dur affleurement qu’il cherchait à la surface de la douce élévation régulière sous le drap là et descendant un sentier rugueux jusqu’à la large plaine nichée en contrebas, — même infime. Même un cadeau, comme de faire le mauvais cadeau et vous lui dites que vous ne savez pas qui elle est, ou que vous voulez qu’elle soit quelqu’un d’autre. Ça marche dans les deux sens, cette peur de se décevoir l’un l’autre et ces petites trahisons par inadvertance qui empoisonnent tout le reste, ça n’est pas ça ? Ça n’en fait pas partie ? Et sa main maintenant, s’égara plus bas que la colline vers le monticule resta là en suspens tandis que sa voix musait sur chacun comme pour retrouver ce qui avait été perdu et retrouvé et perdu encore et encore — hier soir, il continua, quand ils avaient parlé de se laisser emprisonner par les espoirs de quelqu’un d’autre, est-ce que ça n’en faisait pas partie ? Le poids de sa main s’enfonça profondément sur le monticule, toute cette présomption de prendre la responsabilité de rendre quelqu’un d’autre heureux, la règle de son doigt mesurant le sillon caché là — et pas seulement la présomption, l’insulte, l’insulte évidente de la chose… il se tourna poussé dur contre la longueur de sa cuisse, — la futilité de la chose, même avec les enfants…

x dit: 15 novembre 2018 à 21 h 56 min

Même lieu, autre époque.
Réalité sociale vécue (personnellement) superbement transformée (transfigurée ?) en œuvre. Et pourtant rien n’est dissimulé de la dureté, de la nature profondément déprimante de cette réalité sociale*.

Incitation aussi à relativiser « le bon vieux temps », celui où l’industrie était présente et le travail ne manquait pas : journées de travail de 10 heures, ouvriers de 70 ans et plus travaillant encore (pensions dérisoires), salaires insuffisants pour nourrir sa famille, les working poor déjà (il fallait un potager pour s’en sortir).

Phil (je crois) l’a mentionné : Georges Navel.

Quelques extraits de Travaux (récit autobiographique, pas du tout déprimant, ni geignard, ni complaisant, ni platement documentaire, resserré (comme le titre l’indique) sur les différentes activités exercées au cours de sa vie: travail d’ajusteur en usine, chez Berliet puis de retour à Pont-à-Mousson, tentative mort-née de devenir berger en Algérie, chez Citroën, saisonnier pour les foins, cueilleur de tilleul, de cerises, de pêches, récolteur de sel aux salins, terrassier en montagne, jardinier à Nice, peintre en bâtiment, vendangeur, coupeur de lavande…)

N.B. Les extraits choisis ne sont pas les plus belles pages, ni les plus représentatives, ni les plus fortes, ni les plus mémorables : ce sont celles qui concernent l’industrie lorraine.

Ch. I, « Maidières » [l’enfance)
« Durant des années […] ma mère venait me donner le panier du déjeuner du père. Le le lui potais à l’usine. Avant l’usine, au crassier. […] Je mangeais près de lui avec l’équipe de laveurs, assis sur deux briques, le dos appuyé à de gros tuyaux garés là. […] Je le trouvais toujours calme, rarement gai, souvent d’humeur chagrine. Il avait plus de soixante ans, il allait vers sa quarantièrme année de présence à l’usine. […] On l’avait félicité bien souvent […] d’être un ouvrier fidèle. Il avait été bon soldat, il s’étonnait qu’on l’ait mis dans un poste aussi dur, « à l’intempérie », comme il disait, en récompense de sa vie de brave homme. Les beaux messieurs de l’usine et de la République lui paraissaient manquer d’honnêteté des actes aux discours.Quelquefois, je ne trouvais pas mon père à son poste habituel. Un compagnon me disait: « Il est aux Carnot. » […] Je longeais l’énorme machinerie des gazogènes, bruyante, chuintante. L’usine ne me faisait pas peur.
Quand j’arrivais aux fours Carnot, j’étais devant une bouche d’égout, un compagnon de mon père tirait sur une corde pour ramener du fond des grands seaux de boue verte à odeur d’asphyxie. Il criait pour que mon père l’entendît en bas : « Père Navel, c’est bientôt la soupe, ton petiot est là. »
Mon père ne remontait que quand très haut la sirène, que les ouvriers appelaient « le gu.eulard », avait crié lugubrement.
Il sortait boueux, pâle de son trou. D’autres compagnons le suivaient, pareils. Il mangeait sans appétit, respirant fort et presque avec colère.
[…]
Quand il parlait, sa voix était plus plaintive que méchante. La fatigue lui donnait une grande amertume. Ses fils, l’usine, la République, tout l’avait déçu. […] La paye du père qui travaillait à sa tâche et régulièrement ne suffisait pas à faire flotter le budget sans embarras d’argent. Sitôt que mon père touchait sa quinzaine, la propriétaire entreprenait d’obtenir un acompte tant qu’il y avait entre les mains de ma mère un peu d’argent liquide.
Mon père ne touchait jamais sa paye complète, l’usine faisait ses retenues sur les acomptes reçus « en monnaie de singe, en jetons de cuivre contre lesquels sa coopérative nous vendait des produits d’épicerie […]
Mon père était amer mais résigne. Sans cesse il répétait à mon frère Lucien qui […] était devenu révolutionnaire syndicaliste: « Le pot de terre ne brisera jamais le pot de fer. »

Ch. VIII « Adrien »
« J’étais entré à l’usine où mon père avait travaillé quarante ans, lui, Adrien [son frère aîné, qui a 25 ans de plus que lui], déjà plus de trente, et tous mes frères quelques années. Deux enfants d’Adrien y travaillaient eux aussi.
J’étais à l’atelier de réparation et d’entretien comme ajusteur. C’était un bon poste. L’usine payait mal. Je gagnais moins que la moitié du tarif en vigueur à Lyon ou à Paris, autant pourtant qu’Adrien manœuvre […] Quand j’avais payé à ma belle-sœur ma pension très modérée, il ne me restait qu’un peu de monnaie. Une douche, une coupe de cheveux, un livre, et mon avoir disparaissait.
[…] Hier, la veille, j’étais le petiot, j’avais porté la soupe à mon père, aujourd’hui je dépassais Adrien d’une tête. J’avais grandi d’un coup et j’étais à l’usine, désenchanté d’être arrivé déjà dans le monde dur et sans illusion des adultes. Je savais maintenant qu’on est sur la terre pour gagner seulement sa croûte, que la vie ne répond pas à cette attente de merveilleux qui donne aux enfants envie de grandir plus vite. Je fumais l’âpre remède, la cigarette de gris, pensant que j’y trouverais aussi la résignation des camarades, le sourire et la tranquillité d’Adrien.
[…]
Il y avait, sur la colline de Mousson, un château féodal tout en ruine, un château du temps des seigneurs, comme on dit là-bas. En tournant la tête, je le voyais de l’usine, en me demandant parfois si nous n’étions pas mieux en ce temps-là. Pour avoir une paire de brodequins aux pieds, un pardessus, quelques chemises, une paire de souliers fins le dimanche, pour avoir un abri et manger des potées de choux au lard ou des lentilles, voire un peu de vin, élever aussi des enfants qui reproduiraient leur vie, les hommes du feu, des hauts fourneaux, les démons noirs, les mouleurs, les fondeurs, trimaient plus durement que les serfs du passé au profit des barons du fer, nos nouveaux maîtres. Le courage à vivre de toute une lignée de serfs dont j’étais le chaînon aboutissait à cette vie d’usine, tout le sang de la famille était du sang d’usine, et les enfants d’Adrien continuaient là la vie de leur père et de leur grand-père. Jamais je ne voudrais avoir le courage e fabriquer du sang pour l’usine. Je songeais ainsi en démontant une machine en plein air, dans la torture du froid, quand la clef à molette ou le levier gelés brûlaient les doigts. L’hiver est dur chez nous. »

* Il n’est pas question de comparer les deux ouvrages, d’exalter l’un aux dépens de l’autre (que je n’ai pas lu). Je saisis simplement l’occasion de faire connaître Georges Navel.
Un bel article :
https://www.actualitte.com/article/livres/les-ensables-travaux-de-georges-navel-1904-1993-par-francois-ouellet/83790

Janssen J-J dit: 15 novembre 2018 à 21 h 11 min

à 20.06, merci r. de m’avoir un peu rassuré sur vous et sur moi. J’avais besoin, je suis un garçon qui doute beaucoup, voyez, pas sûr de soi, vite destabilisé par les jeunes et vieilles féministes. Mais bon, on s’en fout, c pas le plus important.

Phil dit: 15 novembre 2018 à 21 h 06 min

De Châteaubriant, « La Brière » est à lire, ainsi qu’une histoire d’animaux, La meute ?
beaux récits d’une France qui a existé.
Céline retrouvera l’écrivain à Sigmaringen, très échevelé « d’un château l’autre », en route pour finir.

N'IMPORTEQUOI dit: 15 novembre 2018 à 21 h 05 min

On peut aussi se saupoudrer, ed ,avez vous essayé , je pense qu’il ne vous mordrait pas , peut être vous goûterait il , il pourrait aussi vous mélanger à de l’eau dans une baignoire par exemple pour obtenir un sirop. Quel est votre parfum?

Janssen J-J dit: 15 novembre 2018 à 21 h 05 min

@ je ne sais pas ce qu’est PSPD

PSDP = petites soeurs des pauvres, (congrég. fondée pas J. Jugan au 19e s) un réseau de…
https://petitessoeursdespauvres.org/
brefl, voilà un lien de l’idiot pour Cr., qui s’était trompée sur son compte, pas grave. Je sais pas comment qualifier une trop haute estime de soi, en revanche, sans doute un signe de grande intelligence sans doute.
Allez, on se calme pour ce soir, merci, valons mieux que ça tant qu’à faire.
Elisabeth de F. (donc) mentionne p. 28 un ordre appelé « auxiliatrices des âmes du purgatoire »… Incroyab’. Si qqu’un avait des lumières là-dessus, je serais preneur d’en savoir plus. Je ne peux accrocher deux liens, mais le trombinoscope dédié à cet ordre en dit long sur le purgatoire en question (ici, prière d’imaginer une émoticone drôle en clin d’oeil, SVP lol merci).

DHH dit: 15 novembre 2018 à 20 h 52 min

@Chaloux

Chaloux dit: 15 novembre 2018 à 20 h 41 min
Le film est magnifique : »
de quel film parlez vous ?
évidemment je pense de celui de Buñuel en noir et blanc avec jeanne moreau qui est une grande œuvre et non de de son remake récent en couleurs qui enfile platement les chapitres du roman en les démarquant et que pour ma part j’ai trouvé indigne du roman

Ed dit: 15 novembre 2018 à 20 h 39 min

Non Chaloupe, mais je vous remercie pour la recommandation. Ma PAL étant très haute, je regarderai le film. Oui je sais, vous allez râler, comme d’habituuuuu-de.

DHH dit: 15 novembre 2018 à 20 h 35 min

@ED 19 h 12
Si par hasard Aurelie Filipetti passe par ici, je lui présente mes excuses pour avoir déformé l’orthographe de son nom

Chaloux dit: 15 novembre 2018 à 20 h 32 min

Dire qu’on finira tous plus ou moins comme le vieillard amoureux des bottines du Journal d’une femme de chambre… Ed, as-tu lu cet immense chef-d’œuvre?

Chaloux dit: 15 novembre 2018 à 20 h 19 min

Est-ce que Chateaubriant n’était pas le compagnon de la mère d’André Castelot? Celui-ci est fameux pour avoir collaboré à La Gerbe, journal de ce beau père, ce qui lui a valu quelques commentaires désobligeants après Guerre.

rose dit: 15 novembre 2018 à 20 h 06 min

@ r.

je ne sais pas ce qu’est PSPD

avouant alors à ses enfants (merci pour nous, maman)

la générosité maternelle ; vous éloigner vous protège et vous déculpabilise.

que sa vraie vocation à l’adolescence aurait dû être de devenir religieuse

c’est récurrent. un désir monacal, un rêve de paix.

Mais elle dût subir un mariage forcé.

euh ???
à 87 ans, elle assiste à deux offices religieux par jour, et c’est le seul « plaisir » (?) qui lui reste dans ses mornes journées où elle marmonne ses prières, elle trébuche parfois sur le notre père, mais jamais sur le je vous salue marie.

plaisir : je crois que c’est pacifiant ; une m’a dit que c’était anxiogène.

Pas pu m’empêcher d’établir un parallèle avec Gaspard, toujours visiblement heureux d’aller à la messe et de communier, nous dit sa soeur. Et avec d’autres mamans, celle de jazzi, celle de r. qui a sans doute bien raison d’avoir renoncé aux petites soeurs, si elle en a un peu la crainte.

Pas au niveau de ma crainte. Refus absolu d’annexer sa liberté.
Heureux d’apprendre qu’elle aurait encore ses capacités décisionnelles.
Elles ont ri ensemble, et je n’arrive pas à le faire avec la mienne.

Faut trouver le sujet. Je m’énerve aussi rarement mais parfois.
Elle disait ceci quand elle avait encore toutes ses facultés : « ton père voulait toujours aller chez les nus (à Montalivet), mais moi j’aimais pas ça, il me forçait un peu ».
???
Mais pourquoi tu te racontes tout ça, jjj ? Mais parce qu’il y a plein de résonances positives ici, où le mélange des genres et des rebonds divers et variés est la loi du blog de la rdl. Qui cela peut-il bien gêner après tout, voyons donc.

Pas de honte ; il s’agit de tranches de vie. Et comme vous l’avez signalé au sujet d’un japonais sûrement non lu, nombre de réponses sont dans la littérature, la musique, le cinéma. Dans l’art.

Jazzi dit: 15 novembre 2018 à 19 h 59 min

Si l’on veut du social dans l’art, que celui-ci soit en prise directe avec le réel, il faut aller voir « Les chatouilles » d’Andréa Bescond et Eric Métayer.
C’est l’histoire du viol que la réalisatrice, danseuse et actrice principale du film a subi dans son enfance de la part d’un ami de ses parents, joué par Pierre Deladonchamps, qui s’en tire bien malgré ce mauvais rôle.
J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le film, où l’on est agressé dès le générique par la violence hystérique exprimée en dansant et en parlant par Andréa (Odette dans le film). De plus, les ficelles du scénario, tricotées à l’aune de la cure psychanalytique, me sont apparues énormes. Ce n’est que très tardivement dans sa vie, et donc dans le film, que l’héroïne parviendra à dire à ses parents la cause de son malaise profond. C’est seulement aux deux-tiers du film que l’on commence à décompresser et à se diriger vers une fin apaisante et apaisée. Karin Viard, dans le rôle de la mère, est odieusement imperméable à la souffrance de sa fille, mais heureusement que son père, joué par Clovis Cornillac, vole à son secours, ainsi que son compagnon. Film éprouvant, mais nécessaire, sur le thème de la parole qui se libère, dans la lignée de l’ « Inceste » de Christine Angot !

DHH dit: 15 novembre 2018 à 19 h 56 min

Même le nom de Chateaubriant m’était inconnu. Si cet écrivain est vraiment un classique , c’est une lacune culturelle grave que je voudrais combler.
quels titres peuvent me recommander ceux qui l’ont lu?

rose dit: 15 novembre 2018 à 19 h 53 min

Paul Edel

à vous lire, et hors roman, je pense à Détroit. Comment la déshérence économique, la fin d’une révolution industrielle marque une réalité sociale dramatique.
Les maisons brûlées ; les gens qui souvent ont déserté. Fui.

Delaporte dit: 15 novembre 2018 à 19 h 45 min

C’est vrai que « George Perrec » est resté dans toutes les mémoires. Il va en être de même pour ce pauvre « Châteaubriant ». Un beau tableau de chasse… question bévues.

N'IMPORTEQUOI dit: 15 novembre 2018 à 19 h 40 min

Ed,c’est un mec, moi même il m’arrive d’employer ces mots pour designer l’action, assise, toutefois. Ne seriez vous pas mauvaise perdante?

Delaporte dit: 15 novembre 2018 à 19 h 39 min

« Delaporte ne peut répondre à qqn sans être vulgaire »

Ma chère Ed, vous vous fourvoyez sur mon compte. Je suis un homme très courtois, mais aimant certes les expressions imagées qui correspondent aux gens avec qui je parle. Ce soir, vous avez fait une énorme bévue en montrant que vous ignoriez tout de Châteaubriant, et, qui plus est, en essayant de vous moquer de moi à ce propos. Vraiment, vous allez être la risée de blog pendant des semaines, comme si « George Perrec » n’avait pas suffi. Ce n’est pas ma faute. C’est vous qui vous mettez dans la posture du ridicule achevé. Je suis très triste pour vous, pour votre petite vanité, qui, du coup, en prend un coup…

Ed dit: 15 novembre 2018 à 19 h 31 min

Delaporte ne peut répondre à qqn sans être vulgaire (pisser 2X disons. Il doit avoir un problème de prostate pour en parler autant) et traiter tout le monde de débile. Alors je reprends les bonnes habitudes, ignoré le senile. Bye bye.

Paul Edel dit: 15 novembre 2018 à 19 h 27 min

Une petite anecdote pour Christiane. Dans ces années 90, , j’étais journaliste au Point, j’avais proposé à la rédaction en chef de partir pour sillonner le nord de la France dévasté industriellement, et rendre compte surtout de l’ancien bassin houiller.. J’allais donc à de villes en villages, parlant aux maires, aux habitants, de bourgades, aux jeunes des quartiers en difficulté ,et je constatais l’absolu désespoir de territoires . Les habitants vivaient de chômage, de bières, et de » no future ; je me souviens de parents et grands-parents en terrifiante résignation. Il faut croiser le regard de ces gens pour comprendre… l’asphyxie, l’abandon psychologique malgré les efforts des services sociaux, débordés, des mairies en quête d’initiatives(pour faire manger ou occuper les plus démunis) , des associations sportives ou autres luttant pour que la jeunesse s’intéresse à quelque chose.Je me souviens que pas mal d’adolescents après le collège, devaient vendre quelques produits sur les marchés pour aider à vivre leurs parents. C’était terrible à constater. Pourquoi ? parce que la majorité était sans révolte. Accablée. partout ces gens étaient dans une prison dont les barreaux sont invisibles.La vraie grande fésignagtion intérieure , et surtout intériorisée comme une fatalité . J’étais frappé par le fait que certains villages avaient tellement subi de plein fouet la crise économique que des toits s’effondraient dans les anciennes usines, que des maisons étaient désertées, portes déglinguées, détritus partout, que de batiments vides devenaient des ruines.traces de feu. Les ravages d’une crise économique avaient parfois les mêmes effets spectaculaires et visuels qu’une vraie guerre : maisons et usines sans vitre, herbes qui poussent sur des routes à l’abandon, hangars qui s’effondrent, voitures- épaves, et oui, motos incendiées(comme dans le roman) etc.. Au bout de deux semaines, ayant rédigé une partie du reportage ,je le présentais à la rédaction en chef à paris .la réaction fut nette :arrêter les frais car le reportage était trop « déprimant » pour les lecteurs .On me soupçonna même d’avoir noirci le tableau..
Vous comprendrez mieux, Christiane, pourquoi j’accueille le roman de Nicolas Mathieu comme à la fois un grand témoignage, un document humain, et en même temps une œuvre littéraire importante et parfaitement architecturée avec ses personnages d’origines sociales différentes. la lucidité du constat sociologique est là. Dans ce roman, c’est cru, cruel, choquant. Pas flatteur,(quoique certains dialogues me font rire dans l’intelligence des rapports entre ados….) oui c’est naturaliste. On ne peut pas toujours contourner la réalité sociale. . Vous avez tout à fait le droit Christiane d’affirmer que tel passage vous choque, vous ennuie, vous parait trop long ,que la sexualité vous la trouvez déplaisante ou répétitive car sans emballage et ficelles dorées sentimentales. Il n’empêche : le roman repose sur un socle de vérité sociale. et le transforme en oeuvre.

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