de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

« J’habite le phare des Sanguinaires, là-bas, sur la côte corse… »

Les nouveaux sites littéraires se suivent et se ressemblent. Mais celui-ci a la palme de l’originalité : une cartographie participative de la France. Mais encore ? Il s’agit rien moins que parcourir le pays, à travers des textes rares ou connus, d’écrivains oubliés ou célèbres. Près de 400 textes sont déjà en ligne et ce n’est qu’un début.

Jean-Benoît Guinot est à l’origine de cette initiative qui se veut collective. Après avoir passé près de trente ans dans une grande société d’équipements de télécommunications, il s’est fait virer, l’occasion de se consacrer à sa passion des livres. Fort de ses indemnités de licenciements, il a d’abord fait un tour dans l’édition ; il en est vite revenu. Non pour y renoncer mais pour ne pas s’y limiter. Il s’est alors établi libraire-éditeur à Strasbourg, à l’ancienne et à l’enseigne de « Ivres de livres » ; parallèlement, fort de sa collaboration à l’édition de la correspondance de Gustave dans la Pléiade (il en assura l’indispensable index), il a concocté à base d’extraits de son œuvre un copieux Dictionnaire Flaubert (1500 entrées, 39 euros, éditions du CNRS) préfacé par Pierre-Marc de Biasi.

La confection de ce florilège lui a-t-elle donné le goût de pousser plus loin encore l’exercice de la citation ? C’est alors qu’il a eu l’idée de ce site « La France des écrivains », mis en ligne il y a une dizaine de jours après trois mois de préparation. Hébergé par OVH, il est construit sur Joomlà Bamboo (modèle Responsive), logiciel open source de gestion de contenu, augmenté de quelques modules additionnels, en particulier le module de cartographie. L’ensemble est une fabrication maison pour un coût d’une centaine d’euros. Et des centaines d’heures à revisiter sa bibliothèque pour lui soutirer des extraits idoines.

 « Ce qui me tient à coeur, ce sont non seulement les découvertes que pourront faire les internautes, mais aussi (et surtout ?) leur participation pour enrichir le corpus de textes – le sujet est presque infini… » 

Textes les plus récemment publiés : un extrait de La Règle du jeu de Michel Leiris pour Boulogne Point-du-Jour, un extrait des Yeux d’Elsa d’Aragon pour Ponts-de-Cé (… Ô ma France ô ma délaissée/ J’ai traversé les ponts de Cé), un bout de Lettrines de Gracq pour Lyon et, naturellement, du Proust pour le porche de la cathédrale d’Amiens. Quant aux textes les plus consultés, la liste réserve quelques surprises : en tête un morceau de La Cité radieuse de Didier Daenninckx pour Briey, Amiens vu d’un ballon par Jules Verne… Beaucoup de textes relevant du domaine public, ou d’autres plus contemporains à raison de quinze lignes maximum. A propos, le phare des Sanguinaires, c’est dans les Lettres de mon moulin...

(Photo D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire, web/tech.

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commentaires

455 Réponses pour « J’habite le phare des Sanguinaires, là-bas, sur la côte corse… »

Richard85 dit: 20 août 2013 à 17 h 35 min

Hello, J’aimerais concevoir un film pour ma boite mais c’est un domaine trop flou pour moi. Des potes ont travaillé avec profil design qui est justement spécialisé dans les videos corporate et me conseille grandement cette entreprise. Sur leur site je ne vois pas leur réalisation donc ça me rassurerais d’ avoir votre opinion pour poser les bonnes question si je les contactes. Ce domaine m’étant encore inconnu est ce qu’il y a des « arnaques » à éviter ? est ce que toutes les boites font capture + montage ? pareil pour la narration ? j’avoue que c’est encore vague pour moi et cela a un coût ça serait cool de pas gaspiller d’argent. Merci d’avance =)

La mauvaise langue dit: 11 février 2013 à 0 h 45 min

Et « leicht » peut se traduire tout à fait par « délicat » dans certains contextes. Le dictionnaire le donne.

La mauvaise langue dit: 11 février 2013 à 0 h 39 min

Mais voyons Tkt, vous n’avez aucune conscience de ce qu’est une traduction ? D’abord on ne fait pas ce qu’on veut. Ce n’est nullement une œuvre de création. Ce sont des idées modernes et absurdes. Il faut être fidèle au texte d’origine, c’est ça qui est difficile. Inventer, créer c’est à la portée de n’importe qui en matière de traduction. Ensuite, on ne peut pas traduire dans une langue qui ne soit pas sa langue maternelle. Seul un allemand peut traduire VH en allemand. Pas moi.

TKT dit: 10 février 2013 à 23 h 41 min

@ La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 19 h 11:
« Tkt où diable voulez-vous encore mettre une bon dieu de virgule…? ». Voyons, ML, le message signé tékaté n’était pas de moi. Et puis le traducteur, qui est quand même dans un travail de création, est libre de faire ce qu’il veut.

Bunt, me semble être chamarré, plein de couleurs vives.

TKT dit: 10 février 2013 à 23 h 23 min

Chaloux dit: 10 février 2013 à 19 h 43 min
« Quant à la délicatesse des fleurs, il y en a de très vilaines et qui puent. »: C ‘est parfaitement vrai, mais il y a aussi des fleurs qui sont des merveilles esthétiquement parlant, qui sentent extrêmement mauvais (il faut quand même mettre le nez dessus pour s’en rendre compte) et qui laissent tomber sur le sol, quand elles commencent à vieillir, de la poussière jaune difficile à nettoyer.
Blumenleicht ne peut pas être traduit par délicat, mais par « légèreté de fleur ».
Berf, en fait, Mauvaise Langue, quand on lira votre traduction, ce qui compte c’est que cela semble tenir tant en musicalité, qu’en sens. Peu importe que le texte de Frisch soit différent.
Je suis très étonné, que ce livre « Dein Namen sei Gantenbein », un des livres les plus célèbres de Max Frisch, ne soit pas encore traduit en français.
PS: Les textes journalistiques de Victor Hugo, ne sont pas non plus traduits en allemand. Voyez vous, ML, ce serait plus intéressant, de traduire « Choses Vues ».

rose dit: 10 février 2013 à 21 h 05 min

je le connais ce fabliau
mais non : une vache comme un cheval et d’autres retourne à l’écurie
ce qui semble miraculeux ne l’est en rien

alors que le miracle est ce qui est sans explication

mais si on n’y croit pas certes autant ne pas y songer

c’est comme on ne perd rien pour attendre
je sais pas si tu vois le lien renato ?

Tenon et mortaise dit: 10 février 2013 à 20 h 30 min

Mais si c’est tout à fait possible que quelque chose attrape un trou.

Comme se prendre un gnon, à l’envers.

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 19 h 46 min

Mais il s’attend à ce que la chaussure pue justement, si vous avez compris le texte. Pue des pieds. Et malheureusement elle ne pue pas. Elle ne sent que le cuir.

Comme quoi il faut se garer des préjugés quand on lit.

renato dit: 10 février 2013 à 19 h 43 min

Jean Bodel

De Brunain la vache au prestre

fin XIIe siècle

Version en français moderne

C’est d’un vilain et de sa femme
que je veux vous raconter l’histoire.
Pour la fête de Notre-Dame, ils
allaient prier à l’église. Avant
de commencer l’office, le curé
vint faire son sermon ; il dit
qu’il était bon de donner
de tout son cœur au Bon Dieu et que celui-ci vous rendait le double.
« Entends-tu, belle sœur, ce qu’a dit le
fou ? » fait le vilain à sa femme.
« Qui pour Dieu donne de bon cœur
recevra de Dieu deux fois plus.
Nous ne pourrions pas mieux employer
notre vache, si bon te semble,
que de la donner au curé.
Elle a d’ailleurs si peu de lait.
— Oui, sire, je veux bien qu’il l’ait,
dit-elle, de cette façon. »
Ils regagnent donc leur maison,
et sans en dire davantage.
Le vilain va dans son étable ;
prenant la vache par la corde,
il la présente à son curé.
Le prêtre était fin et madré :
« Beau sire, dit l’autre, mains jointes,
pour Dieu je vous donne Blérain. »
Il lui a mis la corde au poing,
et jure qu’elle n’est plus sienne.
« Ami, tu viens d’agir en sage,
répond le curé dom Constant
qui toujours est d’humeur à prendre;
Retourne en paix, tu as bien fait ton
devoir: si tous mes paroissiens étaient
aussi avisés que toi, j’aurais du bétail
en abondance. » Le vilain prend congé
du prêtre qui commande aussitôt
qu’on fasse, pour l’accoutumer, lier
Blérain avec Brunain, sa propre vache.

Le curé les mène en son clos,
trouve sa vache, ce me semble,
les laisse attachées l’une à l’autre.
La vache du prêtre se baisse,
car elle voulait pâturer.
Mais Blérain ne veut l’endurer
et tire la corde si fort
qu’elle entraîne l’autre dehors
et la mène tant par maison,
par chènevières et par prés
qu’elle revient enfin chez elle,
avec la vache du curé
qu’elle avait bien de la peine à mener.
Le vilain regarde, la voit ;
il en a grande joie au cœur.
« Ah ! dit-il alors, chère sœur,
il est vrai que Dieu donne au double.
Blérain revient avec une autre:
c’est une belle vache brune.
Nous en avons donc deux pour une.
Notre étable sera petite ! »

Par cet exemple, ce fabliau nous montre
que fol est qui ne se résigne.
Le bien est à qui Dieu le donne
et non à celui qui le cache et enfouit.
Nul ne doublera son avoir
sans grande chance, pour le moins.
C’est par chance que le vilain
eut deux vaches, et le prêtre aucune.
Tel croit avancer qui recule.

Chaloux dit: 10 février 2013 à 19 h 43 min

quelque vêtement de femme qu’on ne mettrait plus dans sa valise ou passé de mode ???

Le singulier à cet endroit est un peu précieux.

Quant à la délicatesse des fleurs, il y en a de très vilaines et qui puent.

renato dit: 10 février 2013 à 19 h 39 min

Il sont drôles ces gars qui pensent qu’on vient ici pour montrer on ne sait quoi et du haut de leur plénitude observent la vacuité des autres.

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 19 h 38 min

Mais si c’est tout à fait possible que quelque chose attrape un trou.

En allemand : bekommt ein Loch

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 19 h 29 min

Voilà ce que ça donne, la page en entier :

« Je suis assis dans un appartement : — mon appartement… Il n’y a pas bien longtemps, il était encore habité ; je vois le fond d’une bouteille de Bourgogne, des masques de lie sur le rouge velouté du vin, plus loin des restes de pain mais durs comme de la brique. Dans le frigo (j’y ai jeté un œil, non que j’aie faim) le jambon est tout racorni, desséché par le froid et presque noir, il y a aussi encore un peu de fromage avec des crevasses comme de l’écorce, verdâtres, un verre avec de la crème, mais qui ne coule plus, et dans un bol nage encore un reste trouble de compote, de la boue d’abricot. Plus loin une boîte avec du foie gras. Viatique pour une momie ? Je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas jeté aux ordures… Je suis accroupi en manteau et casquette, parce qu’il pleut dehors. Je suis accroupi, adossé à un fauteuil rembourré, et je joue avec le tire-bouchon, un tire-bouchon reste un tire-bouchon, standard, appareil ménager dans le style de l’époque. Je vois : quelqu’un a roulé nos tapis, des tapis bénis au camphre et roulés, une corde tout autour, les volets fermés contre la pluie et le soleil et le vent, contre l’été et l’hiver ; je ne les ouvre pas. Tous les fauteuils rembourrés sont couverts d’un drap blanc. Comique à voir : comme s’ils jouaient aux justiciers. Ou comme une célébration des morts dans un pays aux coutumes étrangères. Même les cendriers ont été vidés, à ce que je vois, non seulement vidés mais lavés, pour que ça ne sente pas la putréfaction… Je suis toujours accroupi en manteau et casquette, les mains dans les poches de mon pantalon. Ça sent la poussière et l’encaustique. Des personnes qui ont habité ici autrefois, un constat : un homme, une femme. Je vois des chemisiers dans l’armoire, quelque vêtement de femme qu’on ne mettrait plus dans sa valise ou passé de mode, des cravates de l’autre côté, trois vestes fatiguées pour le monsieur en hiver, deux pour l’été, et en bas se trouvent les chaussures, rangées comme à l’appel, parfois avec leurs embauchoirs. Pourquoi des chaussures vides sont-elles si terribles à voir ? Je prends une chaussure de dame dans la main, chamarrée et délicate comme une fleur, oui je la sens. Ça sent le cuir, rien de plus. Je retiens mon souffle, effrayé comme un cambrioleur, et je reste aux aguets. Qui peut bien venir ? Après tout on pourrait sonner à la porte, un colporteur peut-être, qui ne peut pas savoir qu’ici la maison n’est plus habitée. Je tends l’oreille, une chaussure à la main ; je voudrais ne pas être à la maison. À part l’eau du robinet dans la cuisine, qui continue toujours de tomber goutte à goutte, tout est silencieux. Comme à Pompei. Le téléphone aussi est silencieux. Je vois: elle a retiré la prise. Hélas, je n’ai pas d’allumettes. Comme c’est silencieux quand on ne fume pas ! Dehors le tramway, entre deux klaxons, mais ici derrière les volets fermés, où je suis accroupi en manteau et casquette, appuyé sur le dossier d’un fauteuil rembourré couvert d’un drap blanc, tandis que dehors il pleut, ici c’est comme à Pompei : tout existe encore, seul le temps a filé. Comme à Pompei : on peut flâner d’une pièce à l’autre, les mains dans les poches du pantalon, et s’imaginer la vie telle qu’elle fut ici autrefois, avant que les cendres chaudes ne l’aient ensevelie. Et ça résonne aussi (parce que les tapis sont roulés) comme à Pompéi —
En fait, on sonne.
Je n’ouvre pas —
Le monsieur qui porte mon nom est parti en voyage.
Je suis accroupi pour rien en manteau et casquette, ma pipe éteinte dans la bouche ; je suis incapable de m’imaginer comment on a vécu ici, moins encore qu’à Pompei, bien que son peignoir bleu soit encore pendu dans la salle de bain… Peut-être vaut-il mieux que je n’aie pas d’allumettes ; de s’en faire une idée est bien suffisant : comment l’homme qui a habité ici allume une allumette, comment il la maintient dans le creux de sa main, la petite flamme, jusqu’à ce qu’elle soit assez grande pour l’approcher du rideau, une première, une deuxième, une troisième et une quatrième et une cinquième, le rideau ne brûle pas, pas de trace de flammes, seulement pour les mites, pour le feu qui couve, pour la puanteur, l’abat-jour non plus ne brûle pas bien, il ne sent que le roussi et attrape un trou aux bords noircis, ridicule, on devrait avoir de l’essence, de l’essence sur les rideaux pour qu’ils prennent vraiment feu, les fauteuils rembourrés, les tapis, les livres, les vêtements, on ne peut pas le faire avec de simples allumettes, ce serait tout simplement ridicule. » (Max Frisch, Que ton nom soit Gantenbein)

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 19 h 26 min

Oui, ok, Chaloux, vous avez raison là. Je me suis conformé à la ponctuation en allemand. Mais ça ne correspond pas à celle du français. Ok.

ueda dit: 10 février 2013 à 19 h 24 min

@ ML

Attention aux disparates!
Ainsi:
« Peut-être vaut-il mieux que je n’aie pas d’allumettes ; de s’en faire une idée est bien suffisant »

DE s’en faire une idée: supprimez vite le DE, langage de clerc!
Attention au relâché excessif, mais aussi à la sur-correction, mais.. « vous le savez bien » (CP est parti à cheval, il faut bien qu’un écuyer le remplace… Mais seulement UN jour, eh oh).

Autre chose:
« attrape un trou aux bords noircis, »
Il est impossible « d’attraper » un trou

Le texte allemand?

renato dit: 10 février 2013 à 19 h 23 min

Leggerezza: la capacità di liberare la letteratura dalle cose pesanti.

Rapidità: ritmo, buona concatenazione degli elementi, senza futili ripetizioni.

Esattezza: precisione, trovare le giuste parole per esprimere sensazioni, concetti ed immagini nitide.

Visibilità: il richiamo all’alta fantasia, allo sviluppo delle immagini.

Molteplicità: il romanzo contemporaneo come enciclopedia, ovvero, che raccoglie molteplici informazioni.

Consistency, non fu portata a termine.

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JC dit: 10 février 2013 à 19 h 20 min

« Quand j’aurai un peu de temps pour m’amuser, j’ai l’intention de faire aussi un peu de traduction. »

« Elle aura certainement de la légèreté à revendre ! » s’écria le forgeron qui s’y connaissait en travail d’enclume

Next! dit: 10 février 2013 à 19 h 16 min

Hou la la !! PA vient de poster un nouveau billet; Un truc sur les intellectuels. Ca va donner sur la RDL! Vont pouvoir s’éclater grave les intellos du blogapassou! Je parie sur un score à 3264 coms dans les 24h. C’est parti!

Chaloux dit: 10 février 2013 à 19 h 16 min

« , la petite flamme, jusqu’à ce qu’elle soit assez grande, pour l’approcher du rideau, »

Je retirerais volontiers les deux virgules qui entourent petite flamme (on n’est pas obligé de se conformer à la ponctuation flaubertienne) et j’enlèverais absolument celle qui se trouve après « grande » qui ne sert à rien.

Giovanni Sant'Angelo dit: 10 février 2013 à 19 h 15 min


…de la littérature à se faire du hachis pour saucisse,…
…d’abord coupé en tranches carbonnades,…
…ensuite à la moulinette pour viande hachée,…
…les justes,…à prendre les vessies pour des lanternes,…pour en gober,…du divin à se mettre,…à la croisée des chemins,…
…etc,…

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 19 h 07 min

Après il met le feu à la maison. Et ça donne ça à peu près (il faut que je fasse de petites retouches ici ou là):

« Comme à Pompei : on peut flâner d’une pièce à l’autre, les mains dans les poches du pantalon, et s’imaginer la vie telle qu’elle fut ici autrefois, avant que les cendres chaudes ne l’aient ensevelie. Et ça résonne aussi (parce que les tapis sont roulés) comme à Pompéi —
En fait, on sonne.
Je n’ouvre pas —
Le monsieur qui porte mon nom est parti en voyage.
Je suis accroupi pour rien en manteau et casquette, ma pipe éteinte dans la bouche ; je suis incapable de m’imaginer comment on a vécu ici, moins encore qu’à Pompei, bien que son peignoir bleu soit encore pendu dans la salle de bain… Peut-être vaut-il mieux que je n’aie pas d’allumettes ; de s’en faire une idée est bien suffisant : comment l’homme qui a habité ici allume une allumette, comment il la maintient dans le creux de sa main, la petite flamme, jusqu’à ce qu’elle soit assez grande, pour l’approcher du rideau, une première, une deuxième, une troisième et une quatrième et une cinquième, le rideau ne brûle pas, pas de trace de flammes, seulement pour les mites, pour le feu qui couve, pour la puanteur, l’abat-jour non plus ne brûle pas bien, il ne sent que le roussi et attrape un trou aux bords noircis, ridicule, on devrait avoir de l’essence, de l’essence sur les rideaux pour qu’ils prennent vraiment feu, les fauteuils rembourrés, les tapis, les livres, les vêtements, on ne peut pas le faire avec de simples allumettes, ce serait tout simplement ridicule.

D dit: 10 février 2013 à 19 h 00 min

Attention ce commentaire va disparaître…
Tous mes précédents ont disparu et c’est regrettable, me semble-t-il, pour l’intérêt du débat.

Chaloux dit: 10 février 2013 à 19 h 00 min

ML, votre traduction se lit bien, on a envie d’en lire davantage.
Je n’ai pas bien suivi le débat sur la phrase, mais « moins lourd qu’un pétale » me semble un peu lourdingue, justement. « Lourd » introduit une notion de poids et mesures, qui m’a tout l’air d’être hors de propos (sauf en ce qui concerne John Brown, bien entendu, puisqu’on n’a pas encore trouvé le moyen de fabriquer des masses suffisamment pesantes pour faire contrepoids à son esprit, – si on peut appeler cela un esprit). La notion de légèreté, elle, reste compatible avec la sensation, l’apparition, la révélation de ce qui est aérien. « Plus légère qu’un pétale » introduit moins de correspondances en français que « moins lourd », d’autant que « moins lourd » prendrait très facilement une connotation légèrement grinçante : « moins lourd qu’une malle pleine », « moins lourd qu’un éléphant », qu’une cloche, que l’humour de JC, que John Brown etc.
Quand j’aurai un peu de temps pour m’amuser, j’ai l’intention de faire aussi un peu de traduction.
Bon courage pour la suite.

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 18 h 54 min

Mais DHH a raison pour « délicate ». Il y a l’idée de délicatesse dans blumenleicht. Et « délicate » ne nie pas la légèreté de la chaussure. Il y a quelque chose de cendrillon là dedans.

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 18 h 50 min

Dans ce cas, il faudrait dire :

« Je prends une chaussure de dame dans la main, chamarrée et délicate comme une fleur, oui, je le sens. »

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 18 h 49 min

la phrase ça donne :

« Je prends une chaussure de dame dans la main, chamarrée et délicate comme une fleur, oui je la renifle. »

Je trouve ça pas mal. Qu’est-ce que vous en pensez ?

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 18 h 47 min

J’ai trouvé aussi pour les peaux de bêtes, le cuir de certaines bêtes : « bringée ». Je ne sais pas si ça peut se dire pour des chaussures et si ça correspond à ce qu’il veut dire par « bunt ».

Par l’adjectif « bunt », je pense qu’il veut dire que les chaussures sont en cuir teint en plusieurs couleurs.

Il y a aussi « chamarré ». Je crois que ça irait mieux que « bigarré » pour des chaussures.

Qu’est-ce que vous en pensez ?

TKT dit: 10 février 2013 à 18 h 45 min

DHH: Voilà en effet, une bonne traduction. Sauf qu’il faudrait mettre une virgule après bigarrée. En effet toutes les fleurs ne sont pas multicolores et ne sont pas toujours délicates. En français on dit léger comme une plume. Bof, en allemand aussi, federleicht. Traduire c’est trahir.

La mauvaise langue dit: 10 février 2013 à 18 h 36 min

Oui, c’est en effet une idée qui ne me paraît pas mauvaise du tout. Faut voir.

Mais je retiens « délicate » pour « légère ».

JC dit: 10 février 2013 à 18 h 36 min

La guerre asymétrique, c’est quand les durs rentrent dans du mou sans résultat : on y est …
« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » Les Fourberies de François/Molière

W dit: 10 février 2013 à 18 h 36 min

renato ne prenez pas mal mon allusion au background qui me rappelle ma jeunesse quand encore j’aimais le hot-dog avec une préférence pour la moutarde,les goûts et les choses évoluent malheureusement et nous font préférer ne rien manger du tout .

DHH dit: 10 février 2013 à 18 h 31 min

@ML
si vous n’avez pas peur d’etre infidele au mot à mot allemand vous pourriez laisser tomber l’idée de legereté et retrouver l’esprit du texte avec la notion de delicatesse;
bigarrée et delicate comme une fleur

renato dit: 10 février 2013 à 18 h 31 min

Comme quoi, tu lui montres une photo intéressante (Taking photo of the Met Museum of Art, New York City) avec plein de détails qui auraient enchanté le Roland Barthes des « Mythologies », et rien… vraiment pas le cas de poser des points de vue.

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