Simenon, une oeuvre cousue de fil rouge
De quelle couleur est votre univers intérieur ? C’est le genre de question que l’on n’ose jamais poser à un écrivain tant et si bien qu’on ne la pose pas. Pour autant, cela ne devrait pas dispenser les exégètes, les essayistes, les commentateurs de la creuser. Et quand bien même ne possèderaient-ils pas les clés analytiques pour en décrypter les signes, l’historien Michel Pastoureau a suffisamment labouré ce champ pour qu’on puisse y recourir avec profit. L’exercice est d’autant plus incertain qu’en littérature, une œuvre dans son ensemble n’est pas nécessairement uniforme. Son rythme, sa cadence, sa musique intérieure peuvent aussi bien se conjuguer au singulier qu’au pluriel. Simenon, c’est le rouge. Tout Simenon : les romans durs comme les enquêtes de Maigret. Étrange pour un romancier atmosphérique unanimement associé au gris, à la grisaille, à la brume du Nord, à la pluie. Jusqu’au cliché et au lieu commun. Le petit saint est son seul roman lumineux ; un hapax au sein des 199 autres ; il est vrai que son héros en est un peintre. Sous sa plume, le rouge charrie une violence et une radicalité qui cadrent bien avec la dimension binaire et hyperbolique de son monde ; elle en renforce le tragique mieux que les tonalités lugubres telles que Simenon les avaient observées non seulement chez les Flamands du XVIIème siècle mais aussi chez ses amis Vlaminck et Buffet. En y regardant de plus près au fil des romans, on se rend compte que maintes descriptions doivent beaucoup à l’impressionnisme sinon au pointillisme. Point commun avec le peintre Mondrian, Simenon détestait le vert, couleur jugée négative associée à la mort et à la décomposition, tonalité du glauque qui enveloppe souvent ses ambiances. Mais l’importance accordée par le romancier aux couleurs, et en premier lieu aux vibrations de la lumière et à […]
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