de Pierre Assouline

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De Gaulle, le retour

De Gaulle, le retour

C’est cruel mais c’est ainsi : quel que soit son sujet, son ambition, son budget, le sort d’un film se joue un mercredi, au premier jour de sa sortie. L’angoisse de son réalisateur et de son producteur se situent alors à leur acmé. Le lendemain, les chiffres des entrées parlent d’eux-mêmes et annoncent un succès ou un échec à venir. Rarissimes sont les exceptions à cette règle d’airain. En ce sens, le diptyque d’Antonin Baudry La bataille De Gaulle est déjà un cas d’école. A l’aube du 4 juin dernier, son lent démarrage portant au pessimisme, on avançait déjà les raisons « évidentes » de sa défaite : sa scission en deux épisodes L’Age de fer (1940-1942) et J’écris ton nom (1942-1944), leur durée respective (deux heures et quarante minutes chacun), son académisme de biopic, son lyrisme d’un autre âge, sa distribution (a-t-on idée de confier le rôle du Général à Simon Abkarian !), le dépassement de son budget déjà considérable qui avait culminé autour de 80 millions d’euros, le désintérêt des jeunes pour les sujets historiques… Mais progressivement, on assista à un étrange retournement de situation : tout ce qui plaidait contre le film se révéla être un atout. L’interminable canicule poussa le public à se réfugier le plus longtemps possible dans les salles obscures climatisées ; le grand spectacle des batailles des sables filmé à la Mad Max, le soutien du youtubeur Inoxtag qui organisa des projections privées, une campagne auprès des réseaux sociaux très ciblés sur le thème un-homme-seul-contre-tous, firent la conquête des jeunes ; l’arrogance brutale de De Gaulle fut mise sur son sens du comique, du picaresque ; le souffle de l’épopée balaya les dernières réticences les réticences tandis que la fête du cinéma remplissait opportunément les salles en abaissant le prix du ticket. Le bouche à oreille renvoyait des […]

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