Sous le soleil de Pialat
Étonnant tout ce que certains sont prêts à pardonner à un individu -grossièreté, violence, obscénité, mépris, goujaterie, perversité-, dès lors qu’il s’agit d’un artiste et plus encore d’un grand artiste. Gérard Depardieu et Claude Lanzmann ont longtemps bénéficié de ce privilège. Du moins, c’était avant. Le premier, qui vient de se prendre frontalement la vague #MeToo, en est occis professionnellement ; le second est mort à temps pour n’avoir pas à affronter une enquête de Mediapart qui s’annonçait destructrice sur sa conduite avec les femmes. Difficile de ne pas avoir ce décalage à l’esprit en lisant Portrait de l’artiste en sale môme (144 pages, 18 euros, POL) du monteur Yann Dedet, l’un des plus respectés du milieu du cinéma. Son récit, écrit et pensé avec une familiarité qui emporte l’enthousiasme dès les premières pages tant il est imagé et vivant, quoique largement consacré au réalisateur Maurice Pialat (1925-2003), déborde naturellement sur son monde dans lequel Depardieu occupe une place de choix, et pour cause. Il fut le monteur de cinq de ses films (Loulou, 1980, A nos amours, 1983, Police, 1985,Sous le soleil de Satan, 1987, Van Gogh, 1991) et il a survécu à cette épreuve. Car travailler pour Pialat, monstrueux imprécateur et créateur habité, signifie en l’espèce travailler avec lui dans la salle de montage en assumant le rôle de punching-ball. Ceux qui le sollicitent savent à quoi s’attendre car sa légende le précède. Un ours mal léché qui se permet tout avec tous, le plus souvent dans la brutalité verbale. Et Yann Dedet n’y a pas échappé mais lui ne lui en a pas voulu. Avant lui, François Truffaut fut son premier père de cinéma. Un autre genre. Tout l’inverse serait-on tenté de dire. Avec le recul, ce compagnonnage devait être reposant. Le monteur voue une telle admiration à […]
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