de Pierre Assouline

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La République des livres
Le choc Thélyson Orélien

Le choc Thélyson Orélien

Peu de rentrées littéraires échappent à cette double injonction contradictoire : 1. Prendre garde malgré tout à ces quelques livres qui nous parviennent précédés par leur légende. 2. Toujours veiller à séparer un livre du bruit qu’il fait. Dans cette perspective, le roman de Thélyson Orélien C’était ça ou mourir (266 pages, 21,50 euros, Grasset) est un cas d’école- et on se fiche bien de savoir que Grasset en soit l’éditeur : ce livre relève du programme mis en place par Olivier Nora, son dernier dans ce qui fut « sa » maison à la suite des aventures que l’on sait et de toute façon, les auteurs n’ont pas à en être pénalisés pour autant. En général, lorsqu’un éditeur veut bourrer le mou à un critique littéraire ou au membre d’un jury, il l’intoxique en brandissant des arguments imparables : c’est déjà le favori des libraires, ils sont dithyrambiques, les retours sont inouïs, du jamais vu ; les journalistes ne tarissent pas d’éloges, la presse promet d’être remarquable si l’on en juge par les retours (les fameux retours qui font le buzz) ; une vingtaine de traductions sont déjà en route ; les éditeurs de formats de poche se sont livrés à une surenchère démente pour remporter les droits… Une véritable scie devenue inopérante à force d’être actionnée en amont de chaque rentrée. D’autant que, on le sait bien, il n’y a qu’un pas du phénomène à l’énergumène. « Parce que c’est ça le vrai voyage d’un migrant : ce n’est pas le trajet, c’est le retranchement, la dépossession, la lente érosion de soi. Chaque étape t’enlève quelque chose. Avec Thélyson Orélien (1988), ça n’a pas manqué. Tout cela à la fois. Ce qui fait beaucoup pour un seul roman (il est déjà paru il y a quelques mois à Montréal aux éditions du Boréal). De […]

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