de Pierre Assouline

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La République des livres
Dénazification des merles moqueurs et inconscient des rivières

Dénazification des merles moqueurs et inconscient des rivières

On rencontre rarement des nouveaux livres qui nous bousculent dans l’instant de leur découverte et nous troublent au point de modifier notre regard. Durablement, qui sait, on verra bien. Car justement, il s’agit bien de cela : voir autrement avant de regarder vraiment. Impossible après de conserver intact, inentamé le regard posé sur le monde à commencer par sa manifestation la plus immédiate, la nature. Il s’agit de deux minces livres, deux pépites non dépourvues d’humour et de sens de la litote que les fées invisibles de la seconde rentrée littéraire font se côtoyer à la vitrine des libres, l’un prolongeant l’autre réciproquement tant ils se font écho, allez comprendre. Une manière de romans et une sorte d’essai les deux nous poussant à admettre que lorsque la nature reprend ses droits, ne feignons même pas d’en être les organisateurs, ce serait vain, dérisoire. Contentons-nous d’observer et de donner acte. Une fois encore, la citation placée en épigraphe d’Une forêt (108 pages, 16,90 euros, Albin Michel), tout sauf ornementale ou cuistre, est parfaitement choisie. On n’en attendait pas moins d’un écrivain de la qualité de Jean-Yves Jouannais. Il l’a trouvée chez Chateaubriand et, même s’il ne le précise pas, on se doute que c’est dans les Mémoires d’outre-tombe : « Des peuplades de l’Orénoque n’existent plus ; il n’est resté de leur dialecte qu’une douzaine de mots prononcés dans la cime des arbres par des perroquets redevenus libres. » L’histoire que raconte ce bref roman, dans une langue somptueuse et précise que l’on croirait échappée des pages de Julien Gracq, se déroule en 1947. Le capitaine Lentz vient d’arriver au QG des forces d’occupation américaines à Brème. Dans son New Jersey, tout est debout ; ici, dans cette ville hanséatique enclavée, tout n’est qu’effondrements, monticules, gravats, décombres. Comme d’autres villes bombardées, elle se […]

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