Nagez vos vies !
Autant vous l’avouer à ma courte honte : je n’avais jamais entendu parler de Al Alvarez. J’ignorais même qu’il fut un écrivain. On m’aurait assuré qu’il devait sa gloire à son coup de batte légendaire dans la ligue cubaine de base-ball exilée à Miami que je me serais précipité sur youtube pour en attraper quelques parties d’anthologie. Aussi il m’a fallu découvrir la version de française de Nager sa vie (Poundlife, traduit de l’anglais par Anatole Pons-Reumaux, 266 pages, 21 euros, Métailié) pour apprendre que deux autres de ses livres avaient été traduits chez nous par le même éditeur il y a quelques années, Nourrir la bête et Le plus gros jeu. Et cette fois donc ce journal d’un nageur de 2002 à 2011. A la fois ou successivement poète, critique littéraire et universitaire, Al Alvarez (1929-2019) nous propose donc ses notes à leurs dates en sa qualité de nageur. Une addiction chez lui qu’il prétend ranger sur le même plan que les quelques autres qu’il chérissait de longue date : le poker, le suicide, l’alpinisme, le divorce… Mais surtout nager. Un besoin vital physiologique, spirituel, intellectuel, social pour cet homme qui aura sa vie dans une quête infinie de l’adrénaline. Inutile de préciser qu’il n’a jamais rien fait pour se désintoxiquer. On ne l’aurait jamais vu à une réunion en slip de bain et en cercle fermé des Nageurs Anonymes. Tant d’écrivains ont chanté sa louange, de J.M. Coetzee à Sylvia Plath et de John le Carré à Philip Roth (qui signe la préface, on ne se refuse rien) qu’ils ne pouvaient tous être mus par l’amour exclusif de la natation. Le fait est que son Journal est un bijou de prose poétique enchâssé dans un récit de narrative non-fiction. Notre Alfred a jeté l’éponge le jour où son corps l’a […]
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