de Pierre Assouline

en savoir plus

La République Des Livres par Pierre Assouline

Philosophie

Le sens de la fête chez Rousseau

Le sens de la fête chez Rousseau

Roméo Fratti

4

commentaires

Reflet d’une société diminuée par la disparition des valeurs communautaires, remplacées par les échanges économiques, la primauté des besoins et de la consommation, l’environnement urbain tel que Jean-Jacques Rousseau le conçoit n’en est pas moins, paradoxalement, le révélateur de la fête publique. Arrêtons-nous quelques instants sur cette évocation du peuple genevois à la fin de la Lettre à d’Alembert sur les spectacles : « Il est vif, gai, caressant ; son cœur est alors dans ses yeux, comme il est toujours sur ses lèvres ; il cherche à communiquer sa joie et ses plaisirs ; (…) Toutes les sociétés n’en font qu’une, tout devient commun […]

lire la suite .../ ...
Pour saluer Jean Starobinski

881

commentaires

La disparition d’Yves Bonnefoy au cours de l’été 2016 ne m’avait pas seulement ramené du côté de ses livres mais de ses amis. Parmi eux, Jean Starobinski avec qui il avait composé Goya, Baudelaire et la poésie (107 pages), publié avec un soin extrême (couverture des plus subtiles dans la discrétion, et typographie assortie) par un petit éditeur suisse à l’enseigne vénitienne (La Dogana). A les suivre dans leur échange loin de toute cuistrerie médiatique mais si près de ce que Bonnefoy appelle « l’Arrière-pays », on se laissait convaincre que, ce qui importe à la poésie comme à la peinture, c’est « un […]

lire la suite .../ ...
Heidegger contre les notaires du passé

1612

commentaires

Voilà un billet qui ne risque pas d’atteindre le fameux « point Godwin » au centième commentaire car il y sera dès le premier, et pour cause ! Le point Godwin ? Juste un constat établi au début des années 1990 sur le réseau Usenet par l’avocat américain Mike Godwin (1956), lequel, restons simple, préfère parler de « loi de Godwin ». Il tient en ceci : plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler se rapproche de 1. Il désigne donc le cap d’un échange d’arguments dans lequel l’une des parties invoque une référence à la […]

lire la suite .../ ...
La chancelante équivocité du monde

La chancelante équivocité du monde

Barbara Cassin

3

commentaires

Je veux d’abord remercier le CNRS, cette institution magique que l’on envie à la France. Il m’a donné cette chose inappréciable, la plus introuvable de toutes : le temps de travailler. Permettez-moi cependant, puisque nous sommes dans un cadre institutionnel, une remarque d’institution : dans le CNRS d’aujourd’hui, je ne serais pas là. J’ai été recrutée comme professeure du secondaire, sur un « poste d’accueil », et cela n’existe plus. Or cette perméabilité secondaire-supérieur-recherche tirait magnifiquement parti de la forte singularité française qu’est la classe de philosophie. Quel dommage de se priver d’une circulation si féconde, qu’elle soit longue comme au CNRS, […]

lire la suite .../ ...
Aristote nous tend un miroir

Aristote nous tend un miroir

Jean Clausel

12

commentaires

Le premier intérêt à lire les Anciens, et notamment le volume d’Oeuvres (1664, pages, 69 euros) d’Aristote dans la collection de la Pléiade présenté par Richard Bodéïs, consiste à y chercher ce que nous avons encore en commun avec eux et en quoi ils nous enseignent à affronter les événements de notre vie. Le second, presque accessoire, est d’apprendre par quels hasards ces textes sont parvenus jusqu’à nous et combien d’altérations ils ont subies de la part des divers disciples et copistes qui nous en transmettent souvent seulement des fragments -qui nous deviennent essentiels. Ainsi, ce n’est qu’en 1871 et 1890 que […]

lire la suite .../ ...
Où va la philosophie médiévale ?

Où va la philosophie médiévale ?

Alain de Libera

7

commentaires

Quand commence la philosophie médiévale ? Quand finit-elle ? On dira : cela va de soi, elle commence et finit avec le Moyen Âge. C’est faux. Ou plutôt, cela dépend de la réponse que l’on fait à d’autres questions. Le Moyen Âge de l’historien a, si j’ose dire, longtemps commencé à la chute de Rome, en 476, avec l’abdication de Romulus Augustule, dernier empereur romain d’Occident, pour s’achever en 1453 avec la prise de Constantinople par Mehmed II et la chute de l’Empire romain d’Orient. Cette fin du Moyen Âge, événement politique et religieux interne à la fois à la romanité (Romanitas) et à […]

lire la suite .../ ...
Jusqu’où les transhumanistes augmenteront-ils l’humain ?

398

commentaires

L’humanisme, on connaît, les humanités aussi, même si l’un et les autres sont si galvaudés qu’on ne sait plus trop de quoi ils sont le nom au XXIème siècle. Mais le transhumanisme ? Moins voire pas du tout, sauf à fréquenter assidûment les réseaux friands de nouvelles technologies et de leurs applications. C’est pourtant une tendance qui se déploie discrètement, s’affirme et suscite le débat. Le sociologue Dominique Wolton a bien eu raison de publier dans la collection « Essentiels » de sa revue Hermès un recueil de textes inspirés par le colloque qui s’était tenu à Paris en 2012 sur L’humain augmenté […]

lire la suite .../ ...
Comment ranger le corpus aristotélicien

Comment ranger le corpus aristotélicien

Pierre Pellegrin

3

commentaires

Il y a deux façons d’analyser les textes d’un corpus en vue de les ranger dans un ordre chronologique. On peut d’abord s’appuyer sur des critères doctrinaux, en déclarant des passages porteurs d’une doctrine plus « archaïque », et plus anciens que des textes plus « avancés ». On est évidemment grandement aidé dans cette entreprise si l’auteur lui-même a fourni des indications en ce sens, ce qui n’est malheureusement pas le cas d’Aristote. On peut aussi prendre en compte des critères stylistiques, parce que, au cours de sa vie, tout écrivain évolue dans ses manières de s’exprimer. C’est cette dernière […]

lire la suite .../ ...
Pour redécouvrir Epictète

Pour redécouvrir Epictète

OLIVIER D’JERANIAN

3

commentaires

Nous pensions avoir tout lu d’Épictète, tout connu de ses maximes si profitables à la conduite de nos vies, tout entendu de ses Entretiens, ravis par leur style percutant, n’ayant d’égal que les dialogues du grand Platon. Mais s’il est bien un sort partagé par bon nombre de philosophes antiques, et singulièrement les moralistes, c’est d’être, sinon tout bonnement passés dans l’oubli, du moins résumés au titre d’un seul de leurs livres, quand la loi du marché ne les a pas déjà condamnés pas au rayon des sciences occultes ou du développement personnel. Pour celui d’entre eux, Épictète, que l’on peut considérer […]

lire la suite .../ ...
Penser à neuf avec Heidegger en dictionnaire

625

commentaires

Est-ce de l’honnêteté mâtinée de conscience professionnelle, une manière de désamorcer la critique du projet même, ou la manifestation d’un certain masochisme ? Toujours est-il que, dès leur avant-propos au Dictionnaire Martin Heidegger (1440 pages, 30 euros, cerf), ses maîtres d’œuvre Philippe Arjakovsky, François Fédier et Hadrien France-Lanord tendent des verges pour se faire battre. Ils y expliquent à quel point le philosophe auquel ils consacrent cette somme remarquable n’aurait pas apprécié. Non en raison du résultat mais à cause de son principe même. Il est vrai qu’il était du genre à veiller à ce que le prix de ses livres […]

lire la suite .../ ...