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La République Des Livres par Pierre Assouline

Dona Tartt, l’oiseau rare

Par Marie Tourres

Image 6Donna Tartt affiche une chevelure noire corbeau taillée au cordeau, un mince sourire impénétrable et n’accorde que quelques apparitions choisies dans les media comme sur la scène littéraire. A force de discrétion énigmatique, elle s’est forgée une réputation d’auteur culte. A travers le monde, des fans obsessionnels lui vouent une dévotion vertigineuse, un rien gothique. Ils alimentent via internet les interprétations les plus diverses de ses œuvres, se languissent en attendant de potentielles bribes d’information sur la sortie d’un prochain opus, commentent rumeurs et mystifications au sujet de la Dame : est-ce réellement la voix de TS Eliott sur son répondeur ? Vit-elle recluse sur une ile ? A-t-elle reçu 450 000 de dollars d’à-valoir pour son premier roman ?

En 1992, dès la sortie du Maître des Illusions, soutenue par Brett Easton Ellis, la critique crie au génie, comparant déjà la prodige Tartt à Salinger et plaçant ce premier roman au rang des classiques américains. Le succès public international ne dément pas. Dix ans plus tard, la sortie du Petit Copain n’émousse qu’à peine l’enthousiasme. En 2013, The Goldfinch, tant attendu, ravira sans nul doute les aficionados, et convaincra ceux qui ne le sont pas encore.donna-tartt

On y suit le jeune Théo Decker et sa mère dans les couloirs du Metropolitan museum de New-York. Elle admire les peintres flamants, lui une jolie rouquine qui flâne là. Soufflés dans leur contemplation par une explosion terroriste, il survit, elle pas. Au milieu des gravats, Théo, livré à lui-même, croise un vieil homme qui lui confie subrepticement un minuscule tableau, « The Goldfinch », peint par Carel Faritius, un élève de Rembrandt, dont la plupart des œuvres disparurent dans l’incendie de la poudrière de Delft en 1654. Théo se fera une mission de préserver ce petit chef d’œuvre réaliste envers et contre tout, des quartiers chics de New York aux banlieues sordides de Las Vegas. Erudition, errements et vulnérabilité de la jeunesse, amitiés adolescentes… Donna Tartt reprend les thèmes qui lui sont chers et cisèle en clair obscur des personnalités aussi fascinantes qu’attachantes. Véritable dentelière de l’intime, elle excelle dans la description des tourments de l’âme et du corps, des chagrins, des exaltations, des fils délicats du souvenir de nos défunts, des ivresses embrumées de l’opium.

La palette de Donna Tartt est vaste et infiniment nuancée. Elle esquisse notamment en trompe-l’œil et tout en minutie un atelier de restauration de meubles anciens. On plonge dans ce petit univers où l’on croit sentir les nœuds du bois sous ses doigts, la croûte de la patine, les relents acides du vernis. Elle capture encore le flux versatile de Greenwich Village, l’anonymat de Manhattan, le néant illusoire et climatisé des néons de Végas. Avec le même brio, elle évoque et entremêle l’infime et le palpable, les remous de l’actualité (terrorisme et trafique d’œuvres d’art) et les réflexions philosophiques sur la manière dont l’art peut consoler de la vie. De sa plume toujours instruite et élégante, Donna Tartt nous livre un roman d’aventure qui s’adresse autant au cœur qu’à l’esprit.

Marie Tourres
« Marie Tourres et Dona Tartt » photos D.R.)
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Donna Tartt
The Goldfinch
Little, Brown and Company, Octobre 2013
A paraître chez Plon en janvier 2014.
Cette entrée a été publiée dans LE COIN DU CRITIQUE SDF, Littérature étrangères.

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commentaires

17 Réponses pour Dona Tartt, l’oiseau rare

POURRIER Jean dit: 23 juillet 2015 à 14 h 05 min

cette femme vêtue comme un homme avec une coiffure romantique à la Franz Liszt est fascinante, son imposant roman « Le chardonneret » ne l’est pas moins que je déguste à petites doses pour en apprécier toute la saveur. Il y a longtemps que je n’ai éprouvé un tel engouement pour une oeuvre littéraire américaine.

christol catherine dit: 2 septembre 2014 à 16 h 16 min

je découvre Donna Tartt lors d’une émission litteraire télevisée. Je lis « le maitre des illusions » mais ,par hasard ,je venais de terminer un chef d’œuvre « retour à brideshead » de evelyn Waugh.Je ne puis m’enpecher de trouver d’étranges similitudes entre ses deux livres. E.Waugh 1903-1966.

Marie T dit: 10 janvier 2014 à 12 h 39 min

Mea culpa ! Honte à moi. Je suis habituellement attentive aux fautes orthographiques. Celles-ci sont pourtant grossières. J’ajouterais à votre relevé l’accent de Vegas. A vouloir trop bien faire, on perd le recul nécessaire au plus élémentaire respect de la langue. D’où le précieux travail des correcteurs. Je n’explique toutefois pas les deux l de dentelière que je ne retrouve pas dans mon texte d’origine.

estebe dit: 7 janvier 2014 à 11 h 49 min

Typo ou mauvais usage du correcteur orthographique et méconnaissance de la langue? Les peintres sont flamands, elle s’est forgé quoi ? une réputation donc é et pas ée, la dentellière a deux l pas un seul. Quant au « trafique » d’oeuvres d’art, cela me laisse pantoise! Dommage.

Hélène SG dit: 1 janvier 2014 à 23 h 20 min

Intriguée et divertie par ce club-forum qui semble fermé-ouvert aux habitués de PA, je me risque à livrer une information : Dame Tartt est l’invitée de KE (Kathleen Evin « l’Humeur Vagabonde » France Inter) jeudi 8 janvier. Quand une grande dame accueille une autr´ grande dame, qu’est-ce qu’elles se racontent…

u. dit: 16 décembre 2013 à 15 h 02 min

Ce post n’est pas de moi.
u. dit: 15 décembre 2013 à 10 h 55 min

D’une manière générale, j’apprécie beaucoup les invités de P.A., en tant que critiques et traducteurs.

De plus, les coucous stériles s’y font plus rares!

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