de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Jean Lacouture, des vies dans le siècle

Jean Lacouture, des vies dans le siècle

C’est un phénomène qui ne laisse pas de surprendre, du moins en France, car en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, l’art délicat de la nécrologie est moins consensuel. Le fait est que chez nous, la mort d’une personnalité fait taire l’esprit critique et suscite une unanimité suspecte, surtout quand, de son vivant, le défunt avait été régulièrement attaqué. On dira que c’est une question de respect pour celui qui n’est plus là pour se défendre, mais cette conception du respect, mêlée d’hypocrisie, est elle-même discutable.

De Jean Lacouture, qui s’est laissé mourir à 94 ans, je garderais une forte empreinte peut-être parce que mon admiration fut toujours critique, qu’il s’agisse du journaliste ou du biographe. Je n’ai jamais laissé passer une occasion de dire ou d’écrire que je lui devais en grande partie ma vocation d’ « écrivain de vies ». C’était dans les années 1970 ; je m’ennuyais dans une soirée où mes parents m’avaient trainé pour me sortir des livres ; je m’étais donc éclipsé en trouvant refuge dans le bureau-bibliothèque de nos hôtes pour y fureter ; je tombais sur le Malraux de Lacouture. De cette lecture passionnée naquit l’envie d’en faire autant. Bien sûr, ce ne fut pas la seule influence : il y eut également Citizen Kane de Welles et le Disraeli de Maurois, pour autant que l’on sache ce qui a joué précisément sans trop se laisser aveugler par les pièges de la reconstruction. Mais comme, les premières fois, j’avais essentiellement cité Lacouture, il me dit un jour au cours de l’une de nos conversations : « Pourquoi avoir cité les autres ? ».malrau

Ce n’était qu’un détail mais c’était lui, qui n’oubliait rien. Pour avoir écrit dans une critique que son Mendès France était la moins remarquable de ses biographies en raison de sa complaisance pour son héros, j’eus droit trois ans plus tard à un envoi de son monumental De Gaulle ainsi dédicacé : « En espérant que celle-ci ne vous paraîtra pas trop complaisante, n’est-ce pas… ». Succès, notoriété, magister, influence, rien n’y faisait : le gascon en lui demeurait fier, susceptible, orgueilleux. Ce qui n’empêcha pas l’amitié, souvent teintée de remarques douce-amére. Le croisant un jour dans une rue, il m’engagea à faire un bout de chemin avec lui pour le plaisir de la conversation, un grand balayage de l’actualité culturelle mêlé de potins sur les uns et les autres au cours duquel il me glissa : « A propos, épatant, votre Cartier-Bresson. Et une très bonne idée de biographie ! Je m’étonne de ne pas l’avoir eue avant vous… ».

Il nous arrivait de nous croiser également dans des salons du livre en province ou au théâtre à Paris, l’occasion de reprendre langue et de commenter. Il est vrai que c’était un merveilleux causeur. Non qu’il fut brillant au sens superficiel où on l’entend dans les salons. C’était mieux que cela : un enthousiasme et un allant portés par une érudition, une expérience des hommes et des situations, un instinct, une subjectivité, le tout magnifié par un souffle lyrique et parfois emphatique, un panache, une gourmandise, une verve qui en faisaient un conteur/commentateur unique dans son genre qu’il s’agisse de politique, de littérature, de tauromachie, d’opéra ou de rugby, toutes choses qui lui tenaient à coeur. Tout cela faisait son talent, à l’oral comme à l’écrit, avec une rapidité d’exécution qui suscitait bien des jalousies, et une infatigable curiosité, la vraie marque des grands journalistes.

On aimait parler boutique. Même si son retour en grâce dans la critique et dans le grand public date du Louis XI (1974) de Paul Murray Kendall, la biographie à la française lui doit sa résurrection dans ces années-là avec Jean Orieux, Henri Troyat et quelques autres. Mais Lacouture, ce n’était pas seulement un ton à part : c’était aussi un type de héros. Pour l’essentiel des politiques, des écrivains, des contemporains. Ce qui séparait le plus ? La méthode. Mais c’était une question de fond. Il n’allait jamais aux archives et s’en flattait presque, ce qui, à mon sens le condamnait à un travail de compilation. Il rejetait alors l’objection par le fait qu’il privilégiait les entretiens avec les témoins, souvent les mains dans les poches, pour renifler l’atmosphère, le bonhomme, les événements. Son enquête reposant en grande partie sur des conversations, le biographe s’en faisait l’écho en ce qu’il entretenait au fond une conversation avec le lecteur. D’où le ton très oral de ses livres. Il se laissait volontiers guider par le nez. Il n’allait même pas en bibliothèque : « C’est trop impressionnant ! », préférant confier à une paire d’étudiantes le soin d’y lire à sa place tout sur le sujet et de lui faire des comptes rendus, une fiche par livre.

mauriac« Je suis un bricoleur, un amateur, un artisan » reconnaissait-il lorsque des historiens blanchis sous le harnais lui reprochaient des lacunes, des imprécisions, des erreurs. Voire des contre-vérités ou des maquillages de textes comme ce fut le cas lorsque Jean-Luc Barré révéla dans sa propre biographie de Mauriac que son prédécesseur avait tronqué des pages des carnets de jeunesse du héros afin de dissimuler son homosexualité (de masculine, une liaison amoureuse y était devenue féminine). Ce que Jean Lacouture, dans une vive controverse, reconnut sans regret en expliquant qu’il ne voulait pas lui porter préjudice ni fâcher sa famille qui lui avait ouvert ses vieux papiers. De même avait-il jugé bon dissimuler l’existence d’une maitresse de De Gaulle à Londres et choisi de ne pas embarrasser François Mitterrand, malade, affaibli, en « oubliant » de l’interroger sur ses relations avec René Bousquet.

Qu’il ait eu raison ou tort, sa plume, contrairement à celle de nombre d’historiens, nous emportait pour ne plus nous lâcher et nous faisait apparaître Nasser, Blum, Malraux, Mendès, De Gaulle, Mauriac, Champollion comme si nous ne les connaissions pas humainement. A la fin de sa carrière, il s’était offert le luxe d’un Jacques Rivière, hommage à la Nrf de l’entre-deux-guerres qui l’avait éduqué à la littérature, tout en sachant que « ca ne se vendra pas ». Il avait même pris le risque de renouveler la biographie, genre qui montrait déjà les premiers signes de l’essoufflement, en s’essayant avec succès au portrait de groupe avec les Jésuites.

Bien sûr, j’ai longtemps cherché la clé de Jean Lacouture, le rosebud qui le révélerait mieux que tout. J’en ai trouvé deux qu’il n’a pas reniées lorsque je l’ai poussé à s’exprimer.

Il y a d’abord le catholique en lui. Même s’il avait pris des distances avec la foi de son milieu d’origine, la grande bourgeoisie bordelaise, il ne s’en était jamais dépris tant l’empreinte était forte. Le collège chez les Marianistes à Caudéran, les études secondaires chez les Jésuites du lycée Saint-Joseph de Tivoli, cela laisse des traces plus profondes que SciencesPo, les Lettres et le droit. Elles transparaissent dans son extraordinaire faculté de mea culpa, cette confession publique et médiatique permanente qui fut la sienne chaque fois qu’on opposait à l’ancien correspondant de presse et grand reporter du Monde et du Nouvel observateur, ses erreurs de jugement notamment dans son compagnonnage avec les Vietcongs qui lui fit « orienter » ses articles, et dans sa ferveur lors de la prise du pouvoir au Cambodge par les Khmers rouges.

Cela valait également pour le débat franco-français, lorsque le biographe admiratif de De Gaulle reniait en lui le journaliste qui n’avait cessé de dénoncer le Général dans les années 50 et 60. De quoi désarmer toute critique – et ce n’était pas une tactique de sa part pour justifier ses errements en se colletant à « l’histoire immédiate », expression qu’il avait inventée pour baptiser la collection qu’il dirigeait aux éditions du Seuil. Dans le meilleur des cas, de la naïveté ; dans le pire…

 « J’ai pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l’impérialisme américain était profondément juste et qu’il serait toujours temps, après la guerre, de s’interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j’ai péché par ignorance et par naïveté. Je n’avais aucun moyen de contrôler mes informations. J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique.»blum

Appelons cela ainsi… Peut-être le reporter aurait-il mieux senti certaines choses si, sur le terrain, au cœur de l’événement, il avait moins fréquenté les chancelleries, les excellences, les ministres et les chefs, et davantage les vrais gens, comme on ne disait pas encore.

L’autre clé, plus enfouie et plus inavouable, c’était l’Occupation. Non pour ce qu’il a fait mais pour ce qu’il n’a pas fait. Sa famille était gaulliste de la première heure et lui, rien. Ni d’un côté ni de l’autre. Quand on a 20 ans en 1941 et qu’on se contente de poursuivre ses études alors que ses propres parents prennent des risques et montrent la voie, on le vit après comme une faute. Qu’importe si à la fin, il gagna le maquis en Dordogne pour échapper au STO avant de devenir l’attaché de presse du général Leclerc en Indochine. Tout son engagement intellectuel et journalistique à gauche, dans les guerres de décolonisation notamment, et contre l’impérialisme américain sous toutes les latitudes, peut se lire à l’aune de cette prise de conscience : son absence des événements à un moment de la vie de la France où, comme me l’avait dit Fernand Braudel, « il eut été indigne de ne pas s’engager ».

Et là, le mea culpa ne pouvait être que privé, intime, seul face à sa conscience. Sa mère écoutait la radio de Londres tous les jours, mais lui ne l’entendait pas. Longtemps il s’en fit le reproche muet avant de s’en ouvrir à ses proches. De la honte et du remords qu’il en conçut est né et a vécu Jean Lacouture.

 (« Jean Lacouture et ses personnages Mauriac, Malraux, Blum » photos D.R. et Georgette Chadourne)

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commentaires

692 Réponses pour Jean Lacouture, des vies dans le siècle

christiane dit: 27 juillet 2015 à 11 h 23 min

Je ne suis pas certaine, W., que ce soit une bonne idée de mettre en ligne une part si intime de votre roman. Cette scène est douloureuse, plantée comme une écharde dans vos pensées vagabondes. Je crois qu’il vous faudrait le sacrifice du total secret. Ne montrez votre manuscrit à personne tant qu’il est en travail.
Enfin, c’est ma réaction… Faites comme il vous plaira.

la vie dans les bois dit: 25 juillet 2015 à 20 h 21 min

Sergio, quand je vous cause j’ai comme l’impression d’avoir un truc dans la machine qui essaie vainement de se prendre pour hal et affiche des messages tous plus automatiques les une que les autres. C’est l’effet hall ?

la vie dans les bois dit: 25 juillet 2015 à 20 h 10 min

Et ceux qui dépassent les résultats machine, en en connaissant les limites, surtout les entrées, hein, et savent prendre les bonnes décisions au bon moment, ça , ça s’apparente à un truc, qui va plus loin que le Kairos. C’est comme le talent, assez rares. Mais il y a des personnes, comme ça, qui comprennent.

Et ça me fait plaisir, en plus, de la mettre sur ce billet, ce commentaire.

la vie dans les bois dit: 25 juillet 2015 à 20 h 04 min

« On a commencé par le rêver, et puis maintenant on le fait. Et cela, c’est rien du tout, simplement une somme de travail, avec beaucoup d’organisation. »

C’est énorme, Sergio. Maintenant c’est évident. On n’est pas sur la même longueur d’onde.
Vous êtes un créationniste.

Sergio dit: 25 juillet 2015 à 19 h 11 min

la vie dans les bois dit: 25 juillet 2015 à 9 h 27 min
Vous imaginez pouvoir mettre la nature dans la machine, dans le temps et dans l’espace ? Non mais vous rêvez là.

On a commencé par le rêver, et puis maintenant on le fait. Et cela, c’est rien du tout, simplement une somme de travail, avec beaucoup d’organisation.

Parce que après, il va y avoir des ordinateurs biologiques, c’est-à-dire vivants ; ils s’adapteront, au bout d’un certain temps, peut-être plus vite que nous à la réalité !

Attila dit: 25 juillet 2015 à 10 h 34 min

Je retrouve la note juste dans cet extrait particulièrement sombre, et probablement nodal dans le roman, WGG.
Cette phrase cependant me heurte : « tu tends l’oreille à l’espagnolette »
Et ne faut-il pas remplacer celle-ci : « un reste de la maison de haute-couture du grand salon du boulevard Haussmann » par celle-là : « un reste du grand salon de la maison de haute-couture du boulevard Haussmann » ?
Bonnes vacances et/ou bonne rentrée !

la vie dans les bois dit: 25 juillet 2015 à 9 h 36 min

non, ça me revient, cette histoire de l’écrivaine- sauf son nom- partie en Russie. Une fois qu’elle a eu retrouvé son père, dont elle avait été séparée dès l’enfance,et passé un petit moment ensemble, elle s’est rendue à la bibliothèque municipale. Pour connaître son histoire, et finalement faire un livre.

la vie dans les bois dit: 25 juillet 2015 à 9 h 27 min

Sergio, à 22 h 25 min
Oh, pour ça, Sergio, l’outil informatique fonctionne à merveille. Vous imaginez pouvoir mettre la nature dans la machine, dans le temps et dans l’espace ? Non mais vous rêvez là.
Philosophiquement, vous avez encore un bout de chemin à faire, que je vous laisse faire seul. C’est humain.
Politiquement, on dira qu’au XXI ème siècle, la machine à calculer, dans laquelle on a fourgué une bonne dose de probabilisme, sous l’entière responsabilité de technocrates, supplante l’acte décisionnaire politique,ici politique, au sens grec.
Dans ces conditions, ne reste alors qu’à faire dans l’emphase psycho-mélodramatique, au sommet de l’Etat, à grands renfort médiatique.
_______________________

Dire « bonnes vacances » au Poltergeist, en espérant que son auditoire de « petits chéris » ne lui épargnera pas, à son retour, ce : « Je ne connais quasiment rien de mon père, il ne parle jamais de lui. Il ne parle jamais non plus de sa mère ni de son père. »

Je repense à cette écrivain partie bien loin, en Russie ? chroniquée ici, à la recherche du passé de son père, scientifique, alors que de son vivant, elle l’avait ignoré, son père. Un autre mea culpa, indeed.

rose dit: 25 juillet 2015 à 4 h 15 min

Grand merci Sergio
Bonnes vacances W. avec vos souvenirs d’enfance, en vélo dans la campagne solognote ou saintongeoise ?

Widergänger dit: 25 juillet 2015 à 0 h 41 min

Je vous quitte pour une quinzaine. Pas d’ordi, pas de rdl pendant quinze jours. Quel bonheur ! Un peu de vélo (électrique…) en rêvassant sur les petites routes de Sologne. La solitude, l’écriture, la lecture, le grand vide, le bonheur. La vraie vie, quoi, la vie sauvage.

En vous quittant, je vous donne à lire une partie de mon roman familial et fantomatique. Vous aurez ainsi tout loisir de vous aiguiser les dents pour me mordre à belles dents à mon retour et me manger tout cru…

À bientôt, mes petits chéris !
_____

Et maintenant c’est en moi que son cri descend, il s’amenuise, s’étouffe dans la nuit… Qui parle dans ses prières, dans ces cris ? Ces voix ici qui s’interposent, toujours semblables avec ce regard aux yeux brûlés des morts qu’on ne reconnaît pas ? Celles qui viennent nous hanter alors qu’on ne les a pas même connues comme si on avait mémoire de ce qu’on n’a pas vécu. Rien ne semble à sa place, les morts reviennent quand on ne les attend pas, les commencements sont des fins. Mon père n’en parlait jamais…

Quelqu’un respire mal… Qui respire mal ?… Cette vie hallucinée… Est-ce ton père ? … Est-ce toi ?… Tu es assis dans un fauteuil du salon près d’une fenêtre qui donne sur la cour. Tu es seul avec ta mère. C’est peut-être elle qui a un malaise, tu te précipites dans la salle à manger. Non, ce n’est pas elle. Est-ce que tu rêves ? Tu entends pourtant quelqu’un qui respire mal, tu entends des rafales de mitraillettes, quelqu’un qui court dans une forêt. Quelle forêt ? C’est peut-être au dehors, dans la cour. Tu te lèves, tu tends l’oreille à l’espagnolette. Tu ouvres en grand la fenêtre du salon, rien. La cour vide, le silence d’une belle journée d’été. Est-ce toi qui respires mal ? Tu te rassois, tu t’apaises. Tu le revois dans sa chambre d’hôpital. Il est là, allongé sur son lit, le regard dans le vide. Il a demandé à voir son fils aîné, qui ne viendra jamais le voir, son père lui reste un étranger, il ne sait pas lui parler, il n’arrive pas à lui parler, les mots ne viennent pas, étrange malaise. On a opéré mon père sans rien lui dire, sans rien nous dire. Un cancer, fulgurant. Les médecins ont peur de lui, il leur semble si farouche qu’ils n’ont pas osé lui dire qu’il avait un cancer, muré dans le silence : Il aurait attrapé un virus dans le métro, ils lui avaient arraché presque toutes les dents, pourries, pour prévenir toute infection sans doute. Un poumon en moins maintenant. Il respire mal. Il souffle comme un bœuf. Il est tout édenté. Il ne dit rien. Il ne dira plus jamais rien.

Mon père est un mystère. Il est assis dans l’entrée comme chaque soir dans un fauteuil défoncé de velours bleu, un bleu passé, devenu presque noir, ce noir du temps qui ne passe pas. Il est assis dans l’entrée de l’appartement du 35 rue Godot de Mauroy où il vivait avec sa mère avant la guerre. Dans cet immeuble, jadis, a habité l’héritier testamentaire de Stendhal, Romain Colomb. Où vivait-il, Romain Colomb, dans quel appartement ? Question incongrue. Je ne connais quasiment rien de mon père, il ne parle jamais de lui. Il ne parle jamais non plus de sa mère ni de son père. Il est interdit de parler de sa mère, pas un portrait, comme il est interdit de prononcer des mots en allemand. Mon père est né Russe à Paris. Il est devenu Français par la loi de 1927, né en France de parents étrangers, Russes, sa mère d’Odessa, son père de Raciąż, dans l’actuelle Pologne, indiqué sur son passeport Ratchoum, qui était peut-être le nom de cette bourgade en russe, à moins que ce ne soit une erreur du fonctionnaire qui l’a simplement mal transcrit ou mal entendu, un nom à coucher dehors de toute façon, une petite bourgade légèrement au sud de l’ancienne frontière avec la Prusse orientale, un stetl.

Certains meubles de l’appartement venaient de son père quand il vivait avec sa famille, dans son enfance, au 63 boulevard Haussmann, un somptueux appartement de dix pièces où son père avait installé la maison de haute couture qu’il avait fondée avec la mère de mon père, ainsi que deux autres étages dans le même immeuble pour les ateliers, une boutique en bas sur la rue, là où se trouve une banque à présent. Il existe encore deux articles que mon père avait conservés, découpés dans Le Figaro de 1924 et de 1927 qui en parlent, des chroniques mondaines à propos de ses collections de mode.

Je n’ai jamais appris à dire mon grand-père, j’ai parfois peur de dire ma grand-mère. Il faut que je me force à le dire, je me force à le dire. Ils me sont si proches et si éloignés. Je ne les ai jamais connus, ils sont morts bien avant ma naissance. Sa mère pourtant me hante sans que je le sache durant des années, son fantôme, mais quand je le saurai il n’y aura personne à qui le confier à part un psychiatre, les autres en sourient comme d’une incongruité. Marusa ne me croit pas quand je lui dis que la mère de mon père m’a hanté durant des années sans que je le sache, que ça m’a empêché de vivre pendant des années sans que je sache de quoi il était question, je n’arrive pas à dire ma grand-mère ; elle sourit incrédule quand j’essaie de lui parler de ces choses. Je ne sais pas en parler, tout me semble toujours faux quand j’en parle, il n’y a peut-être pas de mots pour en parler.

Les meubles de l’appartement ont eux aussi quelque chose d’incongru. Ils lui donnent comme une apparence de garde-meubles perpétuel parce que trop luxueux pour mon père qui est un simple ouvrier et qu’on n’imagine pas vivre dans un tel appartement dans un tel cadre et un tel quartier quand il se lève chaque matin à six heures pour aller à l’usine de Courbevoie et rentre le soir, où il se déshabille et reste là dans une tenue indécente, presque nu, en caleçon, assis durant des heures jusqu’au dîner parfois, les coudes sur les genoux, dans l’entrée de l’appartement sur son fauteuil Louis XVI tout défoncé, aux boudins de crin qui débordent par les fentes du velours brûlé par le temps. Mon père est seul dans sa propre famille, il n’a d’ailleurs aucun ami à l’usine où il travaille, à Courbevoie, l’usine Orega-C.I.F.T.E (Compagnie Industrielle Française de tubes électroniques), qui fabrique des tubes pour la radio et la télévision, ce que je n’ai découvert que beaucoup plus tard, longtemps après sa mort. Il ne parlait jamais de son travail.

Le soir, une fois rentré de l’usine et fait les courses, il se déshabille dans la petite entrée de l’appartement, reste presque nu pendant des heures. Puis il se réfugie dans son atelier, qui ouvre sur l’entrée. Il s’habille d’une cote d’ouvrier, semblable à celle qu’il porte à l’usine. C’est un cagibis resté dans l’état où il était depuis la construction de l’immeuble, datant d’un peu avant l’époque de Romain Colomb, dans les années 1820 probablement, avec un vieux papier peint au mur de couleur jaune pisseux qui restera là jusqu’à sa mort, et des pavés en mauvais état de grès beige par terre, qu’il a transformé en atelier de bricolage quand il a emménagé avec sa mère au printemps de 1936. Après son mariage, il n’a pas pu le transformer en salle de bain, faute d’argent. Il y passe toutes ses soirées après le dîner à bricoler, à confectionner des appareils électroniques qui ne fonctionnent jamais, et à écouter de la musique classique à la radio sur un vieux crin-crin qu’il a rafistolé, tandis que ma mère est à ses robes pour les clientes sur la table de la salle à manger.

Dans une lettre qu’il écrit à sa mère le samedi 30 septembre 1939, alors qu’il est mobilisé à Miserey-Salines au nord de Besançon comme infirmier durant la « drôle de guerre », il écrit : « Au colis que tu vas envoyer, tu mettras un étui à cigarettes qui se trouve sur une étagère de mon atelier ainsi que mon appareil photo (bien emballé) ; pour les pellicules, je les achèterai ici. » Sa mère lui répond le vendredi 6 octobre sur une feuille de papier à en-tête de la maison de haute couture R. Alba, qui n’existe plus depuis 1931 : « Je t’ai expédié hier un paquet dans lequel tu trouveras le chandail, les cigarettes avec ton étui. » Elle ajoute :  » J’ai cherché partout ton appareil photographique et je n’ai pas pu le trouver et je regrette de ne pouvoir te l’envoyer dans le paquet. Veux-tu me dire où je pourrais le trouver ? Je te l’enverrai avec le passe-montagne, les semelles et d’autres choses. » Sur une carte postale officielle des Forces Militaires en date du samedi 7 octobre, elle déclare : « Dans le paquet que j’ai expédié jeudi, je n’ai pas mis l’appareil. » Sa mère exerce le métier de couturière et utilise pour les essayages, comme ma mère le fera plus tard après la guerre comme si elle avait remplacé sa belle-mère, un grand miroir Bro à trois faces dans le salon, un reste de la maison de haute-couture du grand salon du boulevard Haussmann, qu’on voit sur une photo prise sans doute à la fin des « années folles ».

Mon père tient à ces meubles comme à la prunelle de ses yeux. Si on les avait abîmés, il aurait été capable de devenir fou furieux jusqu’au meurtre. Il a failli devenir fou un jour quand l’un de mes frères a fait tomber de la bibliothèque Louis XVI, elle aussi héritée de son père, une bonbonnière en cristal, qui lui venait du temps de sa mère, qui s’est brisée en deux. Trois fauteuils classiques de style Louis XVI pareils à celui de l’entrée, tous défoncés, se trouvent dans le salon, posés sur un vieux tapis tout râpé avec un trou au milieu, un cinquième fauteuil d’une autre forme mais du même style n’est pas en meilleur état. Les boudins de crin dépassent aussi des déchirures du velours brûlé par le temps, avec le devant tout affaissé. Le tapis doit dater du début du siècle, des années 1910, c’est probablement son père qu’il l’a acheté et qu’on mettra à la poubelle dans les années 1970 pour le remplacer par un neuf. Mes parents n’ont pas d’argent pour faire refaire les fauteuils par un tapissier ; il y a également une console Louis XV aux pieds fins joliment galbés surmontée d’une lampe splendide en porcelaine de Bohème bleu turquoise ornée de dessins de fleurs blanches et bleu marine, placée devant le miroir Bro à trois faces dans lequel je prends parfois plaisir à me mirer en me plaçant juste au milieu et en rabattant les deux pans latéraux sur moi pour voir mon image se démultiplier à l’infini dans les mille et un reflets des glaces ; également un secrétaire Louis Philippe en acajou massif recouvert sur le dessus d’une plaque de marbre noir tacheté de gris, qu’il est quasiment interdit d’ouvrir ou alors avec mille précautions pour ne pas abîmer la porte fendillée dans sa largeur, qu’on abaisse pour l’ouvrir, et qui contient sur le côté, confondus avec les bois intérieur du meuble en cerisier, de couleur beige clair, deux tiroirs étroits, verticaux, qu’on a rendus de la sorte invisibles, un de chaque côté, qui contiennent on ne sait quel secret bien gardé que je découvrirai pourtant un jour : ma grand-mère nue en train de faire une gâterie à mon grand-père également nu, que ma mère fera disparaître avec le secret éventé ; encore une grande armoire dans la salle à manger, où on range le linge de toute la famille, de style troubadour ornée d’une multitude de sculptures en bois, des grappes de raisin, une équerre, un compas ; des bibelots, la bonbonnière en cristal que mon père a recollée avec peine et amour avec une colle spéciale qu’il est allé chercher au Bazar de la rue d’Amsterdam qui existait à cette époque face à la gare Saint-Lazare ; une statuette en bronze sur un petit socle de marbre blanc datant du XVIIIè siècle ; des vases bleus en porcelaine de Chine que son père a certainement dû acheter aux Tortues, un magasin qui venait alors de s’orner en 1910 de son décor unique à Paris de tortues et de têtes d’éléphant qui fait encore le coin du boulevard Haussmann et de la rue Tronchet, devenu aujourd’hui une boulangerie, et quelques livres de prière en hébreu, et d’autres, écrits en yiddish, qu’il croyait écrits en hébreu, des livres d’histoire du peuple juif par un historien juif allemand du XIXè siècle, Heinrich Graetz, qui s’est rendu célèbre pour avoir été le premier à avoir écrit une histoire complète du peuple juif, dont mon père ignore toute l’importance, dans l’édition populaire en yiddish dans une édition de New York, Canal Street, Manhattan, arrivée là on ne sait comment, je suppose envoyée par un cousin par la poste, émigré de Pologne dont j’apprendrai le nom et l’adresse à New York beaucoup plus tard en déchiffrant une lettre écrite de New York en yiddish en janvier 1908 que son père avait conservée sans doute parce qu’elle lui indiquait, plusieurs années après leur séparation, que son frère s’était installé à Pskov, en Russie, près de Saint-Pétersbourg alors que lui avait pris racine à Paris en 1905 sans savoir ce que son propre frère était devenu après les pogroms de 1905 en Pologne, une lettre écrite en mauvais yiddish, d’un certain M. Morris Levy, couturier de son état, 124-6-8-E 107 St. New York City, près de Central Park dans le quartier juif. Levy, mon nom, avant de devenir Alba.

Sergio dit: 24 juillet 2015 à 22 h 25 min

la vie dans les bois dit: 24 juillet 2015 à 20 h 34 min
Ces modélisations numériques donnent un résultat random

Ben ça c’est pas normand… Une modélisation c’est fait pour marcher… Faut tous les embastiller dans la roche tarpéienne qu’ils recommencent toute l’analyse… Tout vérifier pire que le mec avec son fouet dans la galère de Ben-Hur…

Widergänger dit: 24 juillet 2015 à 20 h 59 min

C’est marrant le mal qu’on a à se faire comprendre ici. Bon, vous me direz, y a pas qu’ici ! Certes. Mais quand même. Y a de l’abus…!

la vie dans les bois dit: 24 juillet 2015 à 20 h 34 min

Puisqu’il est question de tauromachie.

Si vous comptiez passer des vacances dans le massif de la Grave, c’est rapé.

Je viens de lire que Picador 1er place une population en cellule de soutien psychologique.
Tout ça à cause de la divination des modèles de calcul numérique de commis de l’Etat, Sergio.
Ces modélisations numériques donnent un résultat random, un peu aléatoire, quant aux prédictions du comportement de la nature dans le massif de la Grave.
A tel point qu’une dame se demande, à la radio, si la population ne ferait pas mieux de dynamiter la montagne elle-même, plutôt que de passer encore un long hiver sans moyen de communication, routière.

hamlet dit: 24 juillet 2015 à 20 h 30 min

« Victor H dit: 24 juillet 2015 à 17 h 21 min
Les pièces de Shakespeare ont cartonné tout de suite en Allemagne, en France il a fallu attendre »

pas que Shakespeare : les Beatles aussi…

Attila dit: 24 juillet 2015 à 20 h 28 min

Mais je ne hais point la Mairie de Paris, geotrouvetout, elle fut ma mère nourricière durant plus de 20 ans ! Disons que j’aime moins les élus, de tous bords, qui s’en estiment les légitimes propriétaires de droit divin…

la vie dans les bois dit: 24 juillet 2015 à 19 h 45 min

suite de mon 19h26,
Cette pub, Sergio, comme il le dit p.13, ( du récit  » Le chemin des morts ») c’était l’époque où  » (il) écoutait des radios libres, qu’un gouvernement bien pourvu en vieux staliniens venait d’autoriser ».

la vie dans les bois dit: 24 juillet 2015 à 19 h 26 min

Sergio à 19 h 03 min

C’est vrai Sergio, cette pub El gringo, elle est évoquée dans une histoire magnifique  » le chemin des morts ». Son auteur, François Sureau, s’est également intéressé aux jésuites, à leur chef historique.

Le journaliste ici épitaphé, semble avoir fait un redear’s digest pour la compagnie. Un peu comme écrire un scénario, après avoir vu un film.
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/23812

Sergio dit: 24 juillet 2015 à 19 h 03 min

Ha c’est vrai, cela ! A un moment il y avait des gus qui préféraient le Jacques Vabre au Grand-mère… Il faut les passer à la question !

christiane dit: 24 juillet 2015 à 19 h 03 min

@radioscopie dit: 24 juillet 2015 à 17 h 12 min
effectivement , très beau billet de Jean Daniel mais pourquoi comparer avec celui de Pierre Assouline, très émouvant aussi.
Accepter ce que l’on doit au hasard dans chaque vie…
Accepter aussi les erreurs de jugement…
Plus facile de critiquer que d’appliquer à soi-même cette rigueur.

@W.
Ah oui, relisant votre approche sur la folie, dans la nuit, il m’a semblé qu’il y avait idéalisation (trop d’intelligence….) et omission de ce qui gêne. Je pense aux réactions face aux toiles de Rustin qui osait montrer le désir et l’exhibitionnisme involontaire d’êtres vulnérables… Certaines pages du livre cité hier Cours, Hölderlin ! de J. Teboul ne font pas l’impasse de ces comportements de Friedrich Hölderlin, fou, coupé du monde, « enfermé durant 37 années, écrivant tous les jours et pour rien, dialoguant à voix haute avec lui-même, martelant furieusement son piano au grand dam de ses hôtes, la famille du menuisier Zimmer. »

coup de froid dit: 24 juillet 2015 à 18 h 49 min

au PQ de Benitoto/JC : comme si la qualité d’un blog dépendant du nombre de commentaires (sombre andouille)

nadette dit: 24 juillet 2015 à 18 h 32 min

JC….. dit: 24 juillet 2015 à 18 h 14 min

vous êtes naïf – ils faisaient très fort et n’ont rien remboursé

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 18 h 14 min

Parce que vous imaginez, Nadette, que les embrouilles, les détournements, les arrangements entre copains, ne sont pas généralement pratiqués en Mairie ?… dans toutes les Mairies !!! Tranquillement.

Vous venez de naître ?

nadette dit: 24 juillet 2015 à 18 h 06 min

geotrouvetout dit: 24 juillet 2015 à 17 h 58 min

on regrette les emplois fictifs, frais de bouche et autres gentilles attentions

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 18 h 04 min

Hécatombe, ici, chez les cigales insouciantes qui crèvent de niquade saisonnière. Par contre, bonne nouvelle, les fourmis laborieuses se portent à merveille….

(Non ! ce n’est pas un message politique … vous pensez bien !)

geotrouvetout dit: 24 juillet 2015 à 17 h 58 min

Barozzi, vous qui n’aimez pas beaucoup la Mairie de Paris, je vous recommande la lecture du Canard de cette semaine qui expose les bonnes affaires d’Unibail dans la capitale…la plus récente étant la Tour Triangle.

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 17 h 37 min

Nous n’avons pas eu de chance avec nos Présidents socialistes, nous sommes passé du Cafard mitterrandien à la Limace hollandaise !

Sergio dit: 24 juillet 2015 à 17 h 37 min

D. dit: 24 juillet 2015 à 17 h 04 min
pour la musculation, il faut disposer à la base d’une plastique acceptable

Ha mais la voilà l’idée ! Le Bullworker… Dans la pub dans Sélection c’est bien stipulé qu’il faut être un gringalet ! C’est lui qui voit les petites étoiles l’autre le balèze il encage les filles avec ses bras énormes… Haprès lui le gringalet donc il remplit le bon de commande le facteur s’amène avec un paquet oblong… Mais c’est pas un olisbos comme dirait Boug c’est un Bullworker ! Il s’entraîne férocement ; cent ans, deux cents ans ! Après il retourne sur la plage l’autre est toujours là comme un gland il lui en colle une… C’est lui le gros qui se met à voir les petites étoiles pendant ce temps le gringalet il l’est plus, gringalet, il embarque les taupes ! Elles ont pas trop vieilli… C’est éducatif, quoi…

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 17 h 32 min

Jean Daniel « minimise les erreurs de jugement » de Lacouture.

Pourquoi pas ? Après tout, la Libération de Phnom Pen par les hordes sauvages khmers rouges, ça n’est qu’un détail de l’Histoire. Et puis, le Jeannot, l’a bien le droit d’aimer les Vietcongs, non ? Ou d’aimer les Nazis … c’est la même engeance…

Broutilles, ces petites erreurs de jugement ! Jean Daniel est un brave ami.

arthur dit: 24 juillet 2015 à 17 h 29 min

JC….. dit: 24 juillet 2015 à 12 h 47 min
 » la BnF, l’entrepôt livresque, le truc de la Mitte le cafard socialiste »

JC compare un ancien Président à un cafard
ueda va encore se pâmer

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 17 h 24 min

cqfd dit: 24 juillet 2015 à 17 h 16 min
« ciel ma nouvelle souris fait des siennes ! »

Moi, les ennuis, je les vois plutôt arriver en provenance d’anciennes souris ….

cqfd dit: 24 juillet 2015 à 17 h 15 min

Bloom « C’est la qualité du français qui pose problème. Ça « sent » la trado… »

Il faudrait déjà bien connaître la langue de départ pour l’ affirmer !
Vous n’avez pas accroché au texte, qui vous a entraîné trop loin de votre monde vos repères
Il faudrait déjà bien connaître la langue de départ pour l’ affirmer !
Le texte vous a entraîné trop loin de votre monde vos repères épicétout

D. dit: 24 juillet 2015 à 17 h 12 min

On dit que l’habit ne fait pas le moine, eh bien je me suis livré a des petites statistiques et en fait dans 80 % des cas l’habit fait le moine, et c’est pareil avec le physique : les Grands hommes sont généralement grands et les autres petits, ce n’est pas moi qui invente, ce sont les chiffres et on ne peut pas falsifier ceux-ci. Donc ces petits collègues rats de salles de sport ne sont pour la plus part que des esprits étroits à l’intelligence faible et ils ont tous une forme de rectangle posé sur le petit côté, au leu de présenter ce joli triangle.

radioscopie dit: 24 juillet 2015 à 17 h 12 min

Très bel édito de Jean Daniel dans l’Obs : « Le départ d’un ami ». Il y est notamment question de la passion de Lacouture pour la tauromachie ainsi décrite « c’est le double sentiment de la beauté et de l’angoisse ». Formule magnifiquement juste.
Contrairement à P.A. qui laisse entendre que des « historiens blanchis sous le harnais lui reprochaient des lacunes, des imprécisions, des erreurs », J. Daniel assure « je ne sache pas qu’aucun expert, universitaire ou historien lui ait jamais cherché querelle sur une faute, un manque ou une ignorance ». Qui croire ?
Enfin, au chapitre des « erreurs de jugement » dont P. A. fait grand cas, Jean Daniel les minimise quant à lui, pas seulement du fait de leur amitié. « Je n’oublierai pas que, comme chacun d’entre nous, il lui est arrivé de se tromper » écrit J. Daniel. Plus loin : « Mais il y avait une chose que les autres ne font jamais ou rarement : écrire un livre tout entier pour expliquer son erreur ! ».

D. dit: 24 juillet 2015 à 17 h 04 min

Sergio, pour la musculation, il faut disposer à la base d’une plastique acceptable, sinon le résultat n’en sera que plus ridicule edspectncore. J’ai des collègues de travai qui mesurent 1m 60, le renfort de leur musculation n’a fait que renforcer leur aspect petit nabot méitchant. On dû et que l’habit ne fa

Sergio dit: 24 juillet 2015 à 16 h 26 min

JC….. dit: 24 juillet 2015 à 13 h 31 min
Le Bedonnant hollandais

Pourquoi il installe pas une salle de muscu à l’Elysée ? Le Connétable en avait fait « un mess de garnison » (cité par Passou mais je sais plus qui l’a dit exactement… Malraux ?), Pompidou une sorte de FIAC, justement…

Attila dit: 24 juillet 2015 à 16 h 02 min

D’André Suarès on peut toujours lire, avant un séjour ou pas en Italie, son « Voyage d’un condottière ».

Court dit: 24 juillet 2015 à 15 h 40 min

André Suarès distinct, en dépit d’origines communes, de Georges Suarez, qui commença bien, sa solide Biographie de Clemenceau, et finit si mal…

Court dit: 24 juillet 2015 à 15 h 31 min

Je n’arrive pas à accrocher à Suarès, Bloom. Je trouve que cela ne vit pas, mais je ne dois pas avoir dépassé le Livre d’Emeraude,et j’ignorais l’existence du Shakespeare.
Cela dit, il a en effet commis un peu de celteries; et une très mauvaise Polixène qui prouve que le théatre ne lui aurait pas porté chance…ce n’est pas parce qu’on est appointé par Jacques Doucet qu’on est un génie.
L’ Othello de Ducis s’est joué en pleine Terreur. Cela expliquerait-il l’exorcisme du Démon?!
Bien à vous.
MC

Bloom dit: 24 juillet 2015 à 15 h 12 min

Desdémone, rebaptisée Dieu sait pourquoi Hédelmone!

D’autant plus que le caractère clivé de la belle est explicite dans son nom: deus/demon.
Heldémone est un nom valise otHELLo/desDEMONE qui fait de l’épouse du Maure une transgenre éternelle. Ou tout juste une démone venue de l’enfer: Teufel!

Bloom dit: 24 juillet 2015 à 15 h 08 min

Court, vous ne citez pas le singulier ouvrage d’André Suarez, « Shakespeare, poète tragique », qui fait du grand Will un celte (il est vrai que lui-même rejetait ses origines juives pour s’inventer une filiation bretonne).
Shakespeare a servi de déversoir/repoussoir à fantasmes à pas mal d’écrivains français. Le premier à dire des choses intéressantes sur son théâtre fut Hugo. Quand on pense que pour s’occuper en exil, fiston François Victor se paya le luxe de traduire l’œuvre complète,et pas si mal que cela, tout de même, on ne peut qu’être admiratif.

Bloom dit: 24 juillet 2015 à 14 h 57 min

vous dominez aussi le castillan?

C’est la qualité du français qui pose problème. Ça « sent » la trado…même chose pour le Minuit à Sérampore, de Mircea Eliade, écrit en roumain mais totalement indigeste.
Un ami écrivain me disait qu’il avait lu Claire Keegan pendant les vacances,: beaucoup aimé mais la traduction était mauvaise, ce qui gêne la lecture.

« dominer » le castillan, « plier » Shakespeare: une bande de petites brutes blondes se serait-elle égarée sur ce blog?

Court dit: 24 juillet 2015 à 14 h 43 min

Peut etre, Bloom, mais derrière cette métaphore façon lit de Procuste c’est l’enjeu de cette esthétique hybride qui donne Outre-Manche de plus singuliers résultats encore , avec par exemple le mythe d’un Shakespeare barbare dont Mr de Voltaire est le chantre, quitte à transformer le Jules César du Grand Will en une pièce classique réduite à trois actes. En la matière, Ducis ira beaucoup plus loin en tentant la quadrature du cercle: plier le bonhomme à l’idéologie de la Monarchie française! Et , pour ne pas épouvanter le public, prévoir des « dénouements optimistes » si les horreurs shakespeariennes l’effraient, ce qui sera le cas avec Othello assassinant Desdémone, rebaptisée Dieu sait pourquoi Hédelmone!
La tradition de ces paraphrases en alexandrins aura la vie dure: Sarah Bernhardt et Mounet- Sully joueront encore la vieille version Dumas-Meurice, éditée jusque dans les années 1900;
Bien à vous.
MC

Bloom dit: 24 juillet 2015 à 14 h 07 min

En fait, gout français signifie ici, Bloom, volonté de plier Shakespeare à une certaine décence.

Faire « plier Shakespeare »…tordre le Barde…quelle indécence!

Court dit: 24 juillet 2015 à 14 h 04 min

« Le truc de la Mitte »
Non , par delà cette formule empruntée à Jean Cau vieillissant, il s’agit des réserves de la Rue de Richelieu. Elles remontent à Napoléon III via Labrouste.
MC

Court dit: 24 juillet 2015 à 14 h 00 min

En fait, gout français signifie ici, Bloom, volonté de plier Shakespeare à une certaine décence.
Garrick a preché Shakespeare sur le Continent de Nantes à Paris, et la scène du poignard de Macbeth en a impressionné plus d’un, dont Talma, d’autant qu’elle était toujours jouée sans poignard. Mais Garrick est aussi sensible aux efforts pour plier Shakespeare à l’esthétique française. alors dominante .il apprécie beaucoup Ducis , un adaptateur qui nous parait au mieux aujourd’hui au dessous du médiocre quand il n’est pas involontairement hilarant. Il correspond avec lui, et les coupures qu’il se permet se ressentent de cette esthétique là. Pas trop de barbarie sur le théatre, et des scènes entières encore jouées sous Jacques Ier puis Davenant disparaissent, au nom des memes impératifs que chez Ducis. Cette tradition Garrickienne aura la vie dure , puisque Berlioz dans ses Mémoires note, d’un autre point de vue, l’efficacité du dénouement de Roméo réécrit par Garrick, plus efficace selon lui que celui de Shakespeare. Peut etre l’a-t-il vu lors des représentations parisiennes de 1825, avec Harriet Smith et un plateau de grand luxe . Le retour au texte et la volonté d’assumer tout Shakespeare tel que c’est écrit n’étant pas encore à l’ordre du jour.
Bien à vous.
MCourt

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 13 h 35 min

Avignon est au théâtre ce que la FIAC est à l’art : un supermarché fécal, pour maquignon ayant du nez.

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 13 h 31 min

Rappel utile pour les nouveaux

La Mitte : un cafard socialiste
Le Chichi : un arriviste carriériste nul
Le Sarko : un agité du bocal, au crâne creux
Le Bedonnant hollandais : une couille molle, bonne à jeter

geotrouvetout dit: 24 juillet 2015 à 13 h 28 min

« Le prix du lait sera revalorisé jusqu’en décembre »
(Huffington Post)

Il eut été plus exact d’écrire: « Le prix du lait sera revalorisé jusqu’aux élections régionales ».

JC..... dit: 24 juillet 2015 à 12 h 47 min

Merveilleuse nouvelle en provenance de la BnF, l’entrepôt livresque, le truc de la Mitte le cafard socialiste : un employé, partie émergée de l’iceberg, aurait tapé des Breughel ! Pris la main dans le sac .

BRAVO !

Pour quelle raison ces fidèles serviteurs de l’Etat, et l’Etat c’est nous, seraient-ils plus honnête que les préfets qui piquent dans le Mobilier National ?

Qu’est ce qu’on se marre là…

Bloom dit: 24 juillet 2015 à 11 h 58 min

Jack Ketch, le bourreau anglais le plus célèbre à la fin du 16e et au début du 17e). S’y prenait toujours à 5 ou 6 fois pour terminer sa besogne. Demandez au duc de Monmouth…

Court dit: 24 juillet 2015 à 11 h 57 min

Mais le Kean de Sartre aurait-il existé sans le Kean de Dumas, conçu pour un Frédéric Lemaitre, Jacques Chesnel, c’est à dire un interprète hors-normes?
Le plus piquant, c’est que Kean jouait encore certaines pièces de Shakespeare, et pas des moindres, comme on les jouait sous Garrick, avec de notables coupures dans le gout français 18eme siècle. Ce prototype anglais de l’acteur romanrtique chez nous ne l’était donc pas tant que ça…
MC

Bloom dit: 24 juillet 2015 à 11 h 56 min

une oeuvre littéraire peut gagner en qualité quand elle est traduite. Les traductions baudelairiennes ou mallarméennes de Poe en ont fourni un illustre exemple, mais c’est loin d’être le seul.

C’est vrai, mais les exemples de massacres sont plus nombreux, hélas…Borgès se plaignait des traductions de ses livres en anglais et en allemand, et plus près de nous, la version anglaise de La montagne de l’âme, de Gao Xingjian est réputée pour sa médiocrité, au regard son homologue française, excellente. Cent ans de solitude mériterait d’être retraduit, car là, c’est l’inverse, l’anglais est infiniment supérieur, comme c’est le cas avec plusieurs Mishima.
Chevillard, intraduisible, même en serbo-croate?

Jean-Gérard dit: 24 juillet 2015 à 10 h 28 min

Une pensée du jour d’Eric Chevillard : « Si Minuit n’obtient pas de gros succès de vente avec mes livres, c’est aussi qu’un nombre assez difficile à estimer de lecteurs français préfère les lire en croate »

A sa manière gentiment foutraque et narquoise, cette remarque de Chevillard nous rappelle un fait bien connu : qu’une oeuvre littéraire peut gagner en qualité quand elle est traduite. Les traductions baudelairiennes ou mallarméennes de Poe en ont fourni un illustre exemple, mais c’est loin d’être le seul.

Jean-Gérard dit: 24 juillet 2015 à 10 h 21 min

Comment défendre Le Corbusier ? En enfonçant Balthus ! Le biographe des deux réussit ce tour de force

 » ces deux génies avaient une personnalité à multiples facettes « , écrit le biographe anglais en question. C’est plutôt un beau compliment, non ? Quoi de plus ennuyeux que le monolithisme ?

Jean-Gérard dit: 24 juillet 2015 à 10 h 03 min

Une pensée du jour d’Eric Chevillard : « Si Minuit n’obtient pas de gros succès de vente avec mes livres, c’est aussi qu’un nombre assez difficile à estimer de lecteurs français préfère les lire en croate »

Pertinente remarque, qui dépasse largement le cas de Chevillard. Par exemple, il est certain que les tirages en français des livres de Pierre Assouline pâtissent du choix de nombre de ses lecteurs de les lires en yiddish.

la vie dans les bois dit: 24 juillet 2015 à 8 h 44 min

@8h15

« Que Votre Magnificence accepte donc ce modique présent dans le même esprit que je le lui adresse. Si elle l’examine et le lit avec quelque attention, elle y verra éclater partout l’extrême désir que j’ai de la voir parvenir à cette grandeur que lui promettent la fortune et ses autres qualités. Et si Votre Magnificence, du faîte de son élévation, abaisse quelquefois ses regards sur ce qui est si au-dessous d’elle, elle verra combien peu j’ai mérité d’être la victime continuelle d’une fortune injuste et rigoureuse. »
https://fr.wikisource.org/wiki/Le_D%C3%A9cam%C3%A9ron/Cinqui%C3%A8me_Journ%C3%A9e

renato dit: 24 juillet 2015 à 8 h 27 min

Ah! WWG et les noms! ce n’est pas de « Nastogio » mais de « Nastagio » degli Onesti… mais bon, on ne peut pas beaucoup attendre de ce sac rempli d’arrogance…

Pierre Queriche dit: 24 juillet 2015 à 8 h 15 min

a vie dans les bois dit: 23 juillet 2015 à 23 h 05 min

Il est très intéressant ce lien de 21h43.
Merci Pierre le Goûteux. »

Madame est trop bonne si madame condescendait à m’ appeler par mon vrai nom.
Cela me rappelle les déformations à connotation raciste de certains de mes instituteurs en énonçant/déformant mon nom à consonance pas de chez nous…

radioscopie dit: 24 juillet 2015 à 7 h 39 min

Widergänger dit: 23 juillet 2015 à 17 h 41 min
Le tableau Guernica se trouve aujourd’hui au musée du Prado à Madrid, où j’ai pu l’admirer en 2013.

Ay qué mentiroso ! A su regresso en Espana (1981), la obra fue expuesta en el Casón del Buen Retiro. Despues la trasladaron en el Reina Sofia, cerca de la estacion Atocha.

la plume de ma tante dit: 23 juillet 2015 à 23 h 40 min

je suis sur d’avoir vu Guernica au musée de la Reine Sophia a Madrid, en 2004 ou 2005…en fait l’étage entier était rempli d’essais et de sketches de Picasso sur Guernica…

la vie dans les bois dit: 23 juillet 2015 à 23 h 05 min

Il est très intéressant ce lien de 21h43.
Merci Pierre le Goûteux.
Il permet d’en revenir à l’histoire dont je reprends un extrait relatif aux rapports de Botticelli avec la Florence des Medicis, époques 1434-1464, et 1464-1494, extrait d’un livre d’histoire sur  » Le clan des Medicis » de J. Heers.
« Tout porte à croire que les quatre oeuvres les plus célèbres de Boticelli, le Printemps, la Naissance de Venus, Mars et venus, et Pallas et le Centaure étaient destinées soit aux décors et coffrets de mariage, soit à une chambre nuptiale, soit encore à des panneaux de lit »
Dans ce livre est indiquée la thèse de L. Febvre où est combattue l’idée que la Renaissance ne s’oppose pas au Moyen-Age, illusion de croire que la Renaissance fit des humanistes, hommes libres, lettrés curieux de l’antiquité grecque et romaine, peu préoccupés de religion et de spiritualité.
Après la mort de Côme, la ville a connu des moments d’horreur. Avec des exterminations de lignées, comme celle des Pazzi, des luttes qui se faisaient dresser Rome et Naples, contre Florence et le roi de France. A cette époque, Botticelli fut appointé par la Seigneurie, pour « repeindre » de manière humiliante les murs des palais des Pazzi.

Ce tableau de chasse ressort un peu des légendes du moyen-âge.

Après qu’il soit sujet au délires habituels -et prisés ici !-, ma foi, rien que de très « normal ».

Sergio dit: 23 juillet 2015 à 22 h 56 min

Rose dit: 23 juillet 2015 à 22 h 20 min

Fanny Stevenson

Elle est américaine, dans les coins de San Francisco. Elle y passe la première partie de sa vie, mariée à un gus normal, joueur etc.

Elle atterrit à Barbizon. Robert Louis, anglais, est le seul non-peintre ; d’ailleurs non-tout, un peu comme Proust, les années passent mais on voit rien venir.

Arrive le fameux voyage dans le Pacifique, à la recherche d’un bon endroit pour la santé de Robert Louis (j’ai oublié quoi). Les îles Samoa font miraculeusement l’affaire ; il s’y installent tous les deux, puis c’est bientôt L’île au trésor et, devant le succès, son oeuvre suit. Sans jamais quitter Samoa ! Sinon c’est simple il retombe malade…

Il est frappé d’une crise cardiaque lors d’un banquet dans leur propriété.

rose dit: 23 juillet 2015 à 22 h 23 min

N’oublie ni les khmers rouges ni passéisme. Trop pour moi ce soir. Préfère rester en mer.
bises.
Gardez le cap.
Bientôt la ligne.
Puis on ira jusqu’aux terres australes.

rose dit: 23 juillet 2015 à 22 h 20 min

Allez je cafte. Historia juillet août 2015. Les seigneurs de la mer. Je kiffe grave. Il manque bcp de choses mais il y en a bcp que je ne connaissait pas ; aux Samoa Slocum.rencontre la.veuve de RLSTEVENSON qui lui remet un volume d’instructions.nautiques de son mari dédicacé « À Joshua Slocum, l’un des marins que Stevenson estimait par dessus tout.
Là, je suis restée sur le Q : qu’est allée faire la.veuve de Robert Louis aux Samoa sachant que ce.dernier, nombre de voyages écoulés, est allé se coller sur la Tamisé et sa femme, lui a collé nombre de mouflets et pendant qu’elle cuisinait, écrivait.
Je vais -un jour lointain mais précis -éclaircir ce point. Lui finit ses.voyages autour du monde & écrit pendant.qu’elle materne. Puis, lui clamse et elle se barre aux Samoa ?

rose dit: 23 juillet 2015 à 22 h 03 min

(Joshua est un ketch je compte l’assimiler cette info.)
> Lavande
Bravo ! 15 jours ds la durée et ds de multiples fonctions dans le théâtre et spectatrice ds le in et ds le off, franchement vous m’épatez…
Effectivement vous avez titillé ma curiosité : j’aimerai bcp voir cette pièce sur Lacan/folie.
Merci pour les renseignements sur l’anonymat préservé des patients.

rose dit: 23 juillet 2015 à 21 h 56 min

1/4 de seconde pour vérifier; la.photo coupe.les deux mâts. Je lis le sous titre et.vous avez raison : c’est un ketch en acier 12 M ( c’est un peu grand).
Dans mes bras moussaillon mon ami mon frère mon amour mon bébé don Juan de première bourreau des coeurs de vieilles acariâtres comme s’il n’y avait pas mieux à faire.
Je n’aurais pas trouvé le sommeil sans cette rectif.capitale. Joshua est un ketch.

Sirius dit: 23 juillet 2015 à 21 h 18 min

Merci WG pour cette série de peintures de Boticelli…Quand on pense que tout cela a été peint au 15ième siècle, jamais nous ne serons assez reconnaissants à l’Italie de nous avoir donné tant de beauté aussi tôt dans l’histoire de l’Europe. La condescendance avec laquelle ce pays est généralement traitée par les français est insupportable.

??? dit: 23 juillet 2015 à 21 h 15 min

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FORBIDDEN DI SPORGERSI

« Je suis arrivée dans ce jeu de quilles comme un boulet de canon, tête la première, pas de corps aligné, des neurones survoltés, une euphorie sensorielle sans limites. Les oreilles stand by à la jacasserie humaine, les mains et pieds sens dessus dessous, les yeux dans les yeux de moi -même.

Modèle dispersé, gratuitement mis au monde par besoin de casser la mécanique culturelle.

La tête comme un ressort sans verrou oscillant vers les quatre points cardinaux.

Bling Blang. Tout s’agite. »

Babouillec

« Je pensais mériter le nom d’« éveillé », quand la lecture de Babouillec me fit réaliser la profondeur de mon sommeil », écrit Pierre Meunier, à propos de sa rencontre avec cette jeune autiste en 2010. Babouillec est privée de parole, mais pas de langage. Car elle écrit en assemblant des lettres de carton disposées sur une page blanche. Sa langue est puissante et physique. Dans un même souffle, recluse et poreuse. Sans filet, elle n’en est pas moins familière à qui entend le fracas des solitudes les plus périlleuses, délivrant la parole visionnaire d’un poème qui pense loin et profond, interrogeant vivement les évidentes conventions avec un humour corrosif.

En ces temps où le besoin croissant d’être rassuré amène à considérer toute prise de risque comme un danger potentiel, l’équipe de la Belle Meunière a vu dans cette aventure à partager un moyen salutaire de tenir à distance l’aligné, le prévisible, l’attendu.

 » Et nous les faiseurs du monde dans ce dédale arbitraire, sommes- nous libres, amicalement reliés, ignorants des autres ou dans la file d’attente des cerveaux débranchés ? »

Babouillec

Photos / Jean-Pierre Estournet

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du 15 au 24 Juillet 2015 – Festival d’AVIGNON – Chartreuse

2 et 3 Novembre 2015 – Festival de Neuchâtel

18 et 19 Novembre 2015 – Culture Commune – Loos-en-Gohelle

25-26-27 Novembre 20015 – TJP Strasbourg

du 10 au 13 Mai 2016 – CDR de Tours

Un projet théâtral de Pierre Meunier,

conçu et imaginé avec Marguerite Bordat
à partir du texte « Algorithme Eponyme » de Babouillec, autiste sans paroles.

Une fabrication collective.

Au plateau :

Fredéric KUNZE

Pierre MEUNIER

Satchie NORO

Jean-François PAUVROS

Bruno GOUBERT – Lumière

Hans KUNZE en collaboration avec Géraldine FOUCAULT – Son

Jean-Marc SABAT – régie Générale

Claudine BOCHER – Production/Diffusion

Caroline TIGEOT- Administration

Coproduction / La Belle Meunière, Comédie de Clermont-Ferrand-Scène Nationale, Le TJP CDN d’Alsace – Strasbourg

Culture Commune – Scène Nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, La Filature- Scène Nationale de Mulhouse, Le Festival d’Avignon, la CCAS.

Avec le soutien de La Manufacture-Centre Dramatique National de Nancy-Lorraine

de la DRAC-Auvergne, du Conseil Régional d’Auvergne et du Conseil Général de l’Allier

Cette oeuvre bénéficie du soutien à la production et à la diffusion du Fond SACD Théâtre.

« Voilà qui justifie qq minutes de lecture du blog, où je constate les mêmes usées tournent dans le cantou, avec de petits moyens. »

la vie dans les bois dit: 23 juillet 2015 à 21 h 08 min

Les créateurs de la bd Largo Winch règlent leur compte, par médias interposés.

J’aime bien la dernière de Ph. Francq. Qui oppose 25 ans de différence dans la balance du dynamisme, à un scénariste tellement fatigué qu’il préfère un petit courrier anodin, quitte à bien balancer dans les journaux ce que ce courrier ne contient pas.

Voilà qui justifie qq minutes de lecture du blog, où je constate les mêmes usées tournent dans le cantou, avec de petits moyens.

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