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La République Des Livres par Pierre Assouline
N° 3 Les aviateurs israéliens tiennent bon le manche

N° 3 Les aviateurs israéliens tiennent bon le manche

Par Jacques Drillon

Cette très vieille femme, très malade, très mourante, qui ne pouvait plus mastiquer, ni déglutir, et ne se nourrissait plus que de minuscules morceaux de foie gras : meilleur rapport volume en bouche / richesse nutritive ; et cela fond tout seul : il suffit d’attendre. Proust très affaibli, c’était la sole frite ; Bergman, l’omelette.

*

(Bergman, suite)
Il disait que dans une vie, ce qui peut arriver de mieux, c’est d’entrer avec précaution dans un grand théâtre vide, pendant qu’un orchestre au complet répète une symphonie de Beethoven ou la Passion selon saint Matthieu.

*

(Fin)
Vieux et invalide, il prenait des notes au cours de ses insomnies en écrivant au feutre directement sur sa table de chevet, ou sur le mur.

*

La fumée de tabac, qui ne suffit pas à combler le vide d’une existence ; mais qui prétend le faire.

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Charles Trenet tout étonné de voir une jeune fille lui offrir un bouquet de fleurs, au beau milieu de son tour de chant, sous les applaudissements du public. Le lendemain, Charles Trenet tout étonné de voir une jeune fille lui offrir un bouquet de fleurs, au beau milieu de son tour de chant, sous les applaudissements du public. Le lendemain, Charles Trenet tout étonné, etc.

*

Maurice-Quentin de La Tour, qui faisait toujours deux pastels : un, fidèle au modèle, et qu’il conservait ; un autre, amélioré, rajeuni, qu’il livrait au commanditaire.

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Tolstoï et son vélo : 

On note qu’il n’avait pas de double plateau ni de phare. Effet sans doute de son esprit d’économie.

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La thalidomide, absolument proscrite en cas de grossesse. Un pictogramme, destiné aux personnes incapables de lire et de comprendre la notice d’utilisation, représentait une femme enceinte barrée d’une grosse croix. Les femmes prenaient le médicament pour un contraceptif. Elles tombaient enceintes, et l’embryon était malformé.

*

À l’heure qu’il est, Alfred Brendel en a soupé, du piano ; il n’en joue plus. Quand on lui demandait pourquoi il travaillait encore son violoncelle, à quatre-vingt-dix ans, Pablo Casals répondait : « Parce que je progresse. »

*

Roland Dubillard faisait remarquer qu’un chien peut aimer un être humain, mais qu’une chienne ne lui inspire que du désir.

*

Le Viagra, qui aide à supporter la raréfaction de l’oxygène (effet secondaire, cela va sans dire). Haussement de sourcil intéressé des responsables politiques, militaires, notamment en Israël. Les aviateurs israéliens : en pleine forme.

*

La fin dans le monde.

*

(Suite)
La fin introuvable. Ces films dont le scénario montre l’incapacité du scénariste à trouver une fin. Comme Cavale, de Lucas Belvaux. Le révolutionnaire, après moult péripéties, décide de passer à l’étranger, à pied. Il marche, il marche, sa mitraillette au poing, gravit une montagne, enfonce dans la neige. Et tombe dans une crevasse. Hop, fini.

*

Les trois plus mauvais films de l’histoire du cinéma, d’après Claude Chabrol (2009) : Fanny, de Joshua Logan, Le jour et la nuit, de Bernard-Henri Levy, Folies Bourgeoises, de lui-même.

*

Gambetta mort. Treize médecins l’autopsient. L’embaumeur raconte : « Quelle boucherie ! V* désossait le bras, L* coupait l’appendice, Gibier s’empare d’un long morceau d’intestin, Bert empaquetait le cœur dans un vieux journal, Fieuzal s’en allait avec le crâne. » Sa tombe est à Nice, son cœur au Panthéon, son œil unique à Cahors, une main dans le Gers, son cerveau à Paris, et ses artères sont pleines de formol. La tête proprement dite et proprement coupée semble égarée.

j.drillon@orange.fr
(Tous les vendredis à 7h 30)

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Cette entrée a été publiée dans Les petits papiers de Jacques Drillon.

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commentaires

5 Réponses pour N° 3 Les aviateurs israéliens tiennent bon le manche

Laurent Robert dit: 3 mai 2019 à 20 h 47 min

Je suis assez d’accord sur la fin de « Cavale », décevante par rapport à l’ensemble – mais la fin d’une cavale ne peut sans doute qu’être plate, bête, décevante de toute façon.

Marie Sasseur dit: 3 mai 2019 à 20 h 27 min

« Le Viagra, qui aide à supporter la raréfaction de l’oxygène (effet secondaire, cela va sans dire). Haussement de sourcil intéressé des responsables politiques, militaires, notamment en Israël. Les aviateurs israéliens : en pleine forme. »

A dire vrai, je pense que M. Drillon quand il va à l »hopital, en visiteur, en profite pour se brancher sur la prise O2, pour s’euphoriser.
Autre technique utilisée dans les casinos de Vegas, où l’oxygène est diffusé, comme la musique d’ambiance, pour rester en pleine forme, tout le temps…
Les pilotes, n’ont pas besoin de viagra. La prise O2 est dans le cockpit.
C »est l’un d’eux, qui ,après avoir assuré des lignes internationales, et d’autres irrégulières, -et doit maintenant proposer, si ce qu »il m »a raconté etait vrai, quelques vols taxi, du côté de l’ile de Man-, me l’a raconté.

Marie Sasseur dit: 3 mai 2019 à 11 h 39 min

« Il marche, il marche, sa mitraillette au poing, gravit une montagne, enfonce dans la neige. Et tombe dans une crevasse. Hop, fini. »
Oh, comment expédier cette trilogie de Belvaux, ce petit bijou de cinéma, par une mauvaise histoire belge…
Bruno était perdu. Pour tout le monde.

et alii dit: 3 mai 2019 à 9 h 44 min

on m’hospitalisa dans une chambre où une vieille dame avait écrit ses douleurs -surtout ses douleurs, à la colonne vertébrale-sur les murs;j’ai tout déchiffré et montré aux infirmières.Merci

Marie Sasseur dit: 3 mai 2019 à 8 h 04 min

« Le Viagra, qui aide à supporter la raréfaction de l’oxygène (effet secondaire, cela va sans dire). :

Je me disais aussi que pour atteindre les cimes des 8000, les voyageurs devaient en avoir.

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