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La République Des Livres par Pierre Assouline

Petites théories de philosophe-mélomane

Par PHILIPPE CASSARD

Plus d’angoisse, au moment de Noël, pour les cadeaux de Maman ! Elle qui ne manquait aucun chapitre de la « Contre-histoire de la philosophie » présentée par Michel Onfray à l’Université Populaire de Caen et diffusée sur France Culture, nous lui fournissons, coffret de 10 CD après coffret, la somme gigantesque éditée par les éditions Frémaux & Associés. On frise le vingtième, mais au moins Maman a de quoi meubler sa retraite. Trêve d’ironie, pour avoir plus d’une fois prêté l’oreille à ses émissions radiophoniques, j’ai été souvent bluffé par le brio de Michel Onfray, son aisance, sa pédagogie joyeuse et accessible. En creux apparaissent sa boulimie de lectures, sa curiosité illimitée, sa soif de comprendre et de penser autrement que dans le cadre des conventions et de ce qui serait établi une fois pour toutes. J’ai écrit « bluffé », car si le fond prête à discussion dans bien des cas, le charisme du passeur est indéniable.

On ne doute pas que des conversations sur la musique classique entre un philosophe très médiatisé et un connaisseur aussi avisé, sensible et passionné que Jean-Yves Clément, soient plaisantes et fécondes à l’heure du café. Mais que cet échange devienne un livre est révélateur des moeurs actuelles : les figures connues du petit barnum audio-visuel se doivent désormais d’émettre un avis (on n’écrira pas : une pensée) sur tout et de le diffuser à la multitude. Cela pourrait être la gastronomie parce que l’on va au restaurant tous les jours, la peinture rupestre depuis qu’on a fêté sa vingtième visite aux Grottes de Lascaux, la Toscane où l’on aime passer ses vacances etc. Là, c’est de musique classique que l’on papote sur près de 200 pages, parce que Michel Onfray en a jadis écouté à s’en goinfrer (il se définit lui-même comme un « ogre ») sans pratiquer aucun instrument ni savoir lire une partition. Cela suffit-il à la matière d’un livre ? Quelle mouche l’a donc piqué pour qu’il imagine que ses considérations présenteraient un intérêt quelconque pour d’autres lecteurs que sa cohorte d’admirateurs ? Eric-Emmanuel Schmitt (« Ma vie avec Mozart ») et Philippe Sollers (« Mystérieux Mozart ») nous avaient infligé d’insipides bavardages où le contentement de soi étalé sur chaque page rivalisait avec la banalité, voire le néant des idées. Michel Onfray se situe, certes, à un autre niveau, mais il est très loin de nous convaincre que ce livre d’entretiens valait la peine d’être publié.

A son crédit, une intéressante revue de détail de la gente philosophe dans son rapport à la musique : Descartes visionnaire « Il aborde le sujet en acousticien et en philosophe. Le son devient un objet philosophique qu’il analyse en se contentant de lui ». Esthétique romantique de Schopenhauer. Vernis convenu de Sartre masquant mal l’indifférence à la musique contemporaine, pour ne pas dire la méconnaissance. Kierkegaard : « Lire Kierkegaard, c’est un peu entendre Berlioz ».  Gêne de Bergson, hommage nuancé à Jankelevitch. Deux pages savoureuses sont consacrées à Clément Rosset, philosophe tout imbibé de musique. Détestations attendues de Platon et de Kant. Nombreux paragraphes et digressions célébrant Nietzsche, héros de Michel Onfray jusqu’à l’aveuglement (en l’occurrence, ici, la surdité) : l’indulgence dont il fait preuve pour le nullissime compositeur qu’a été Nietzsche le conduit à s’en prendre à Brahms et à Hans von Bülow qui, eux, avaient vu juste dès le début, et tenté de décourager Nietzsche de composer. Pourquoi ne pas dire la vérité quand elle est utile et aurait épargné à l’intéressé, en la circonstance, de faire fausse route et de se cantonner ensuite dans une médiocrité menant tout droit à l’amertume et au ressentiment ? « Le plus ridicule, quand on voit les misérables essais de Nietzsche en musique : il n’y entend rien » avait justement écrit André Suarès…

Touchant est le récit que fait Michel Onfray de sa découverte de la musique « Je crois que j’ai appris à écrire non pas en lisant, mais en écoutant de la musique », de sa fringale inextinguible : « Mon éducation fut donc sauvage, éducation d’un ogre qui prend tout, mange tout, avale des quantités d’informations ». Mais comme toujours avec lui, issu d’un milieu ouvrier, la fierté de s’être distingué du lot s’affiche un peu trop crânement. Il se trouve que mon père, fils de paysans durs au travail et totalement refermés sur eux-mêmes, a eu accès à la musique classique grâce à l’école publique. Pour autant, je ne l’ai jamais entendu fanfaronner des connaissances fort nombreuses qu’il avait acquises au fil des ans, et il ne serait pas venu à l’idée du brillant agrégé d’allemand et du mélomane passionné et cultivé qu’il était devenu d’écrire une ligne qui étalât ses goûts musicaux.

Et puis, chez Michel Onfray, grand pourfendeur du système éducatif français devant l’éternel, quelle manière scolaire et saugrenue d’ingurgiter la musique par chapitres, par tranches monochromes pseudo-historiques, par compositeur : d’abord les « baroques », puis les « classiques », suivis par les « romantiques », et des années plus tard par la musique du XXème siècle. Comme s’il fallait connaître les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach pour appréhender Les Troyens d’Hector Berlioz et Répons de Pierre Boulez ! Au bout du bout de ces quantités de musiques absorbées à marche forcée, on entend presque Michel Onfray s’écrier : « Voilà, c’est fait, je connais la musique, je peux en parler en connaissance de cause, passons à autre chose ! ». Repu, vaguement blasé, il avoue ne plus réécouter (à rebours de tout amour de la musique qui se respecte et se cultive), ne plus aller au concert (c’est pourtant là que la musique se fait, se joue, se créé, est et existe, et sûrement pas dans les séances de gavage d’enregistrements).

Vladimir Jankelevitch, auquel Michel Onfray se réfère souvent, avait pour lui de jouer admirablement du piano, de connaître la « cuisine » de l’intérieur, le langage et la syntaxe de la musique en profondeur, de pouvoir décortiquer, sans tomber dans l’abscons ni la pédanterie, la moindre phrase musicale, d’en discerner le sens et la place dans l’ensemble. Ses essais sur Debussy, Ravel, Liszt et Fauré demeurent des références pour les musiciens eux-mêmes, qu’ils soient compositeurs ou interprètes. Aucun musicologue patenté, aucun historien de la musique n’est allé aussi loin que Jankelevitch dans la quête de sens, la perception la plus fine qui soit de l’imaginaire du compositeur, et la poétisation de la musique à partir de l’examen fanatique et jouissif de la partition. André Gide, bon pianiste lui-même, avait écrit un formidable petit essai sur Chopin, qui révélait une connaissance intime du langage musical en général et celui de Chopin en particulier. Egalement pianistes amateurs de bon niveau, André Suarès et Romain Rolland ont admirablement écrit, qui sur Debussy, qui sur Beethoven, et restent aujourd’hui encore des sources d’inspiration familières des musiciens et des mélomanes.

C’est donc dans cette dernière catégorie, le mélomane (espèce fort respectable au demeurant, puisqu’elle remplit les salles de concerts, achète des disques, aime les musiciens et écoute France Musique), que se présente Michel Onfray, qui « propose une lecture subjective de mélomane, rien d’autre », qui ne croit pas « inutile de parler en mélomane, un registre souvent écarté au nom de la hauteur de vue du discours du spécialiste » et qui confesse, deux lignes plus haut, n’être pas musicologue et ne pas savoir lire de partition. Sa fréquentation de quelques interprètes et compositeurs le conforte probablement dans son projet de cours magistral de musique déguisé en entretien. Car c’est bien à cela qu’on a droit : le mélomane Michel Onfray décrète, indique, professe, compare, disserte, affirme, tonne, incrimine, désigne, distribue bons et mauvais points et surtout, dégaine une litanie de poncifs indignes de son intelligence, qui font sourire les musiciens eux-mêmes. Haro sur le prétendu système mafieux des critiques, « une véritable oligarchie (…) qui organise la terreur, distribue les quartiers, abat froidement, partage les bénéfices et jouit des variations qu’elle effectue sur la pulsion de mort ». On attend avec gourmandise la liste des noms de ce syndicat armé qui n’a jamais, à notre connaissance, vidé ou rempli quelque salle de concert que ce soit ni dissuadé d’acheter des disques… Haro sur l’incurie de l’éducation nationale en matière artistique, au moyen d’une description assez pathétique de ce qui pouvait éventuellement être pratiqué il y quarante ans au fin fond des campagnes : « On n’apprend pas la musique avec un QCM, ni avec des dictées musicales d’A la claire fontaine ou deux minutes d’Au clair de la lune massacré au pipeau ». Remisé aux oubliettes, Marcel Landowsky, qui est à l’origine du réseau des conservatoires régionaux et supérieurs de musique entièrement gratuits (Michel Onfray le sait-il ?) que le monde entier nous envie et qui produit depuis une quarantaine d’années un nombre, jamais aussi considérable qu’aujourd’hui, de magnifiques musiciens professionnels. Ils sont solistes, chanteurs d’opéra, chefs d’orchestre aux carrières unanimement saluées, font partie des orchestres français et étrangers les plus prestigieux, ou bien encore se forment en quatuors à cordes invités sur toutes les scènes internationales. Sus aux compositeurs vivants forcément corrompus par la courtisanerie régnante et les arcanes des subventions publiques ! Michel Onfray n’hésite pas, en revanche, à nous vanter sur trois pages le génie injustement méconnu, selon lui, de Pierre Thilloy, l’exemple même du compositeur néo-pompier assommant par son verbiage et sa mégalomanie sonores. Et à le lire, c’est à l’Université Populaire de Caen que la transmission de la musique classique au plus grand nombre est la plus formidablement assurée de tout le pays. Heureux public caennais !

Plutôt banales, les phrases sur Bach et sur Mozart. Pour le Cantor de Leipzig : « Ecouter Bach, c’est sentir et ressentir son corps se mettre à son diapason ». Et pour le compositeur de Don Giovanni, le style de Philippe Sollers n’est plus très loin :

« Mozart parce que c’est la grâce, l’élégance, le génie, la simplicité biblique de l’expression musicale comme quintessence de la joie, de la sérénité, ce qui n’exclut pas la pointe sombre, l’infime pointe sombre, qui dit que le plaisir digne de ce nom s’accompagne toujours du tragique ».

Dans sa hargne anti-religieuse bien connue (et qui ne nous choque pas), Michel Onfray affirme que les Pères de l’Eglise s’en sont pris à la voix de la femme « voilà l’ennemie, la voix de la séduction, la voix libidinale, la voix du pêché ». Il ignore sans-doute que  François Couperin a destiné ses sublimes Leçons de Ténèbres aux Clarisses de l’Abbaye de Longchamp, et que Marc-Antoine Charpentier a composé des Répons pour les religieuses de l’Abbaye-aux-Bois. Deux exemples fameux parmi des dizaines d’autres demeurés dans l’ombre.

« La musique n’exprime rien », ainsi en avait avait décidé le rogue Stravinsky, boutade lapidaire demeurée célèbre, destinée à repousser les incessantes demandes d’explications sur sa musique. Las, Michel Onfray la saisit au vol et disserte, glose, ressasse à n’en plus finir sur l’inexpression de la musique  (il en est certain !) :

« La musique n’exprime pas, elle est. (…) Elle n’exprime rien, elle est une forme libre et flottante; elle est sans rapport avec le texte qui l’accompagne parfois; elle constitue un réel de toutes pièces; elle est un réel inassignable; elle présente un réel comme tel; elle épuise sa réalité dans son épiphanie; elle n’a pas de modèle; elle n’est pas une image du réel, mais un exemple du réel ».

Déconnecter la musique à ce point de l’être humain, de l’artiste (et non du théoricien) qui l’a créée, portée en lui, fait passer par toutes les strates de son imaginaire, disposé des kyrielles d’indications expressives et de mots suggestifs sur sa partition, sans oublier l’interprète qui ensuite la restitue et parfois la sublime, voilà qui laisse, si l’on ose dire, sans voix.

Des goûts et des couleurs de Michel Onfray, on ne contestera avec véhémence que l’aberrante définition appliquée à Debussy : « Un hédonisme du minimal. Un musicien pour musicologue (sic !), bien vu par la corporation des professionnels de la musique, une immense aspiration nihiliste vers le silence, le rien, le néant, la disparition… ». Et plus loin : « Le caractère diaphane, éthéré, transparent de Debussy s’arrange bien, même pour une oeuvre orchestrale, voire pour le sublime Pelléas, du modeste volume du salon ». Assurément une vision de Claude-Achille qui nous ramène à Marguerite Long et consorts. Car Jeux, Ibéria, Les Etudes pour piano, La Mer, L’Isle Joyeuse, les troisième et quatrième actes de Pelléas et Mélisande, une bonne moitié des Préludes n’ont rien à voir avec l’éther, mais convoquent Dionysos, célèbrent la chair, le corps de la femme, la virilité de l’amant, dans un lyrisme parfois effréné jusqu’à l’ivresse. On relèvera à l’opposé le beau portrait de Berlioz, d’un enthousiasme communicatif : « Une musique d’écorché qui sublime ses aventures existentielles, amoureuses, ses démêlés avec le monde, qui affirme la prééminence de l’artiste sur le bourgeois, qui raconte le monde sans Dieu, qui ne s’embarrasse pas des convenances, qui parle à la totalité du corps, la peau et les muscles, les nerfs, et le ventre… « . Pourquoi dès lors, dans la suite de la phrase, opposer à Berlioz « le petit monde des pisse-froid apolliniens qui ne chérissent que le chiffre, le nombre, le code, le cérébral, l’idée, la combinaison numérique » ? Qui vise-t-il parmi les contemporains de Berlioz ? Gounod, Meyerbeer, Rossini, Chopin, Schumann, Liszt, Wagner, Bizet ? On n’en voit aucun à qui les épithètes sus-nommées correspondent…

« Les choses sont plus croisées que dans ma cartographie en noir et blanc » écrit Michel Onfray à la page 59. Plus subtiles aussi, moins manichéennes. Il lui faut des ennemis, des méchants, des comploteurs, des contradicteurs et des gens de pouvoir, de toutes époques, qu’il terrassera par la force de son verbe et de ses raisonnements. Tout le livre est plein de ces nuisibles à qui il oppose le Beau, le Juste et le Vrai de sa pensée. Voilà qui rend fastidieuse, à la longue, la lecture de ces pages, au demeurant brillantes, pleines de formules qui font mouche, de culture tous azimuts, de plaisir à partager et d’allégresse à se remémorer les découvertes musicales de l’adolescence. Que ne l’enregistre-t-il sur CD, ce livre, afin qu’on n’ait pas à se triturer les méninges pour le prochain cadeau de Noël de Maman !

PHILIPPE CASSARD

 

 

Michel Onfray

La raison des sortilèges

Entretiens sur la musique avec Jean-Yves Clément

éditions « autrement »

188 pages, 16€

Cette entrée a été publiée dans LE COIN DU CRITIQUE SDF, Musique, Philosophie.

25

commentaires

25 Réponses pour Petites théories de philosophe-mélomane

un après, je prends connaissance de cet article ... dit: 16 décembre 2014 à 17 h 15 min

1. félicitations sincères à Dexter qui dit: 1 juin 2013 à 16 h 20 min : à lire dans son intégralité !
2. côté lecture, ai souvenir de Gide (dans « journal » ?)de la description qu’il fait de son (d’un de ses) prof de piano (sur une page de droite, dans la Pléïade, ça, j’en suis sûr); après l’avoir lue mentalement, je l’ai relue oralement, puis encore relue à voix plus haute en m’accompagnant de je ne-sais-plus-quel objet, histoire d’ébaucher une rythmique – un marque-page spécial à ladite page – j’ai du la lire une bonne dizaine de fois, et j’ai oublié de la photocopier ! Faut que je la retrouve, yep !
3. Excellent article, et merci à Assouline de l’avoir mis en lien ce jour.

plombier 93 dit: 28 novembre 2014 à 15 h 25 min

Dans votre article, vous parlez de musique des sphères, qu’est-ce que selon vous cela représente, la musique que font les astres ? La musique n’est pas un concept proprement humain et intentionnel ?

Saint Doux dit: 30 août 2013 à 21 h 48 min

Bravo Dexter! Je voudrais ajouter une chose: infra y est le Pierre Bellemarre de la philosophie, même talent de raconteurs et mêmes défauts. Et gros vendeurs tous les deux. Chez mon libraire de province au rayon philo, il n’y à plus que du onfray, il doit les recevoir par caisses entières. Mais les gros vendeurs c’est un truc a part: qui voudrait critiquer Harry Potter ? Onfray c’est pareil. Un truc a part. Qui peut parler de la philosophie d’ onfray? Très peu a dire sauf qu’il vent beaucoup.
En ce qui concerne les propos sur la musique et la compétence, je ne serais pas aussi tranché. On entend souvent des gens qui analysent des partitions dire des choses parfois banales. De même qu’il n’est pas nécessaire d’être grammairien stylisticien pour dire des choses intéressantes sur la littérature, on peut parler de la musique et l’entendre sans être musicien. Bien sur si on lit la partition on dispose du texte mais la musique est aussi a ceux qui l’entendent avec leurs oreilles. Le jugement est alors esthétique ce qui n’est en rien insignifiant…

suzonne dit: 17 juin 2013 à 15 h 13 min

Je ne doute pas du brio de Michel Onfray pour nous parler de l’esthétique des plats et nous aider à retrouver la substance de la philosophie antique, cette pensée artisanale et concrète. J’ai en revanche quelques résistances (si je puis dire) sur ces anathèmes et notamment ses diatribes contre Sartre et Simone de Beauvoir qui ont été depuis remises en question http://www.huffingtonpost.fr/ingrid-galster/beauvoir-michel-onfray-polemique_b_2709362.html

vassail michel dit: 4 juin 2013 à 19 h 55 min

brillante critique qui donne à préférer Jankelevtch à Onfray, pourtant 188 pages contre 16€ c’était tentant, bon, écouter d’abord, comprendre si possible, lire la critique et étudier quand on en a le temps, merci !

xlew.m dit: 4 juin 2013 à 1 h 49 min

Ravel avait écrit dans les années vingt « L’Enfant et les sortilèges », le titre du livre d’entretiens publié par Onfray lui fait-il signe ? Le choeur d’un philosophe a ses raisons que le canon du solfège de la raison du plus fort en enfantillages sonores ignore, Onfray n’est plus un enfant et peut-être a-t-il lui-même une maman (les philosophes contemporains les moins geeks favorisent toujours le recours à l’humaine parturition pour venir « au monde » commenter sa marche) qui se rend certains jeudi en début d’après midi au studio 105 de la Maison de la Radio. Mais rien n’est sûr ni simple. On jurerait entendre dans l’article, sous la plume du pianiste-critique, le gentil son de la râpe à fromage qui servit à Ravel pour percuter quelques rythmes bien sentis de sa fantaisie, ce bruit semble frotter de très près la tête du philosophe en herbe Onfray (qui est, rétablissons la vérité, un instrumentiste puisqu’il est un soliste reconnu de l’éoliphone dans plusieurs orchestres de renom). Michel serait-il alors l’enfant du conte et Philippe son petit écureuil ?
« Maman ! », est l’ultime parole du petit Fauntleroy ravélien.
La question maternelle revient nous hanter, de tout son poids, papa Léopold n’y pourra rien, sa Symphonie des jouets ne s’entendra guère, le Carnaval de Saint-Saëns, pas beaucoup plus.
Car sans doute est-il juste et bon de penser aussi à la maman de Michel Onfray. Elle collecte peut-être ses « matins des magiciens » sur CD enregistrables tous les mercredi que le Dieu des mugissants fait, pour se les repasser en boucle lors de la séance hebdomadaire de repassage, de scrapbooking, ou d’écriture de commentaires sur internet.
Mesdames Onfray et Cassard mères sans le savoir ont bien des points communs avec leur génie de fils respectifs, ce sont deux cadeaux qu’elles se sont offerts puis qu’elles ont donné en gage à la France dans un pur désintéressement, lesquels cadeaux croisent les chemins de leurs oeuvres, sans en avoir conscience, au moment de la distribution des présents que chaque rejeton digne doit à sa maman lorsque l’époque de la Nativité est à nouveau là, dans un maternel retour proprement nietzschéen.
Onfray/Cassard, un duo miaulé, feutré, comme on aimerait en caresser plus souvent dans ces colonnes-mêmes.
« Maman, maman, quand je lis cette chanson, maman, maman, je r’deviens petit garçon… » (vous connaissez la musique…)

John Brown dit: 3 juin 2013 à 22 h 52 min

Peut-on parler de musique avec quelque pertinence si l’on ignore à peu près tout des spécificités du langage musical, si l’on ne sait pas lire une partition, si l’on ne pratique aucun instrument ? Votre article oppose clairement ceux qui possèdent ces compétences, un Jankélévitch, un André Suarès, un Gide, aux beaux esprits de l’espèce des Sollers et des Onfray, qui en sont réduits le plus souvent aux généralités dont le faux brillant masque mal la vacuité. Un simple mélomane dont les connaissances techniques sont rudimentaires et qui ne pratique aucun instrument peut-il cependant parler de musique avec pertinence (sans pour autant tomber dans les lieux communs) ? Il me semble que oui, mais à la condition d’être extrêmement précis et exigeant à l’égard de lui-même. Le plus sûr pour lui, cependant, ce serait de s’efforcer d’acquérir les connaissances qui lui manquent…

jmg dit: 2 juin 2013 à 17 h 44 min

Un plaisir de vous lire comme de vous entendre. Mais c’est la montagne qui parle de la souris !

kardo dit: 2 juin 2013 à 8 h 36 min

ah monsieur, méfiez-vous de l’hamlet erdélien c’est cet hamlet qui a volé « le crâne de Mozart enfant » et voudrait que cela soit dit sur F.MusiqueS!

Dexter dit: 1 juin 2013 à 16 h 20 min

bonjour Monsieur,
très heureux de vous lire ici, permettez-moi de profiter de l’occasion pour vous féliciter pour votre travail et vos émissions toujours passionnantes à écouter.

par contre, il me semble que vous abordez le « phénomène » Onfray sous un pas très bon angle.
n’y voyez pas une critique mais il me semble qu’il aurait fallu profiter de cette occasion, de le voir ainsi blablater sur la musique, pour comprendre ce que Monsieur Onfray nous dit de notre époque et de notre rapport au monde.

Il me semble en effet, que s’il fallait trouver un personnage pour incarner toute l’imbécillité de notre époque, le premier nom qui devrait venir à l’esprit serait celui de Michel Onfray.
Avez-vous lu ses livres ? celui sur l’athéisme (moi qui suis athée j’ai failli me mettre à croire en Dieu après l’avoir lu tellement c’est nul) ? ou celui sur Freud (moi qui avais peu d’attirance pour les psychanalystes il me les a fait aimés)? ou sur Camus (j’ai toujours placé Camus au dessus de Sartre jusqu’à ce que je lise son livre où j’ai découvert la grandeur de JP Sartre) ? ou les autres ?
Michel Onfray y montre à peu près autant de subtilité et de délicatesse d’esprit qu’une division de Panzers.
L’avez-vous écouté ? ses émissions ? les plus podcastées de radio France (c’est flippant) c’est une personne qui n’a jamais éprouvé le moindre doute sur ses idées. un jour peut-être, en vieillissant se dira-t-il, au sujet d’une pensée qu’il aura défendue : me suis-je mis le doigt dans l’oeil ? mais pour le moment niet ! Onfray est à la philosophie ce que Staline est la démocratie.

Je me permets de vous poser la question : pourquoi ne peut-il pas se permettre d’émettre le moindre doute ? pour ne pas décevoir son public! Saviez-vous que des gens viennent de très loin, en co voiturage pour écouter ses conférences ? a-t-on déjà vu des individus faire autant de covoiturage pour entendre son idole éprouver le moindre doute ?

Je me permets de vous poser une autre question : pourquoi ce phénomène inédit ? parce que depuis quelques décennies la philosophie est devenue un phénomène de mode, avec l’émergence des techniques de développement personnel et de coaching.
Les immenses qualités de Michel Onfray comme beau parleur et immense bavard, mettant en avant ses pensées philosophiques comme les constructeurs automobiles mettent en avant les accessoires de leur véhicule dans le but unique d’éliminer tous les concurrents (d’où son combat à mort avec les concurrents direct de la philosophie : religion et psychanalyse), comme le dit Edouard Leclerc pour ses supermarchés : il faut pouvoir proposer une offre fiable qui puisse répondre à une demande, Onfray c’est un peu le magasin Leclerc de la pensée philosophique, ou plus exactement le Leader Price, mais bon on pourrait discuter sur le genre de la boutique.

Toujours est-il qu’il a eu le flair de ne pas construire son entreprise sur la vente d’un mauvais produit puisqu’il a choisi comme produit phare, quoi ? quel produit ? je vous le donne en mille : l’hédonisme!
Quel est celu id’entre nous qui refuserait d’acheter de l’hédonisme ? même à prix réduit ?
Croyez-moi, autant le scepticisme, Spinoza, Kant, Husserl ou Wittgenstein… sont des pensées difficiles à mettre sur le marché autant l’hédonisme est un truc qui se vend sans être obligé de dépenser des fortunes pour faire de la pub ou se livrer à des semaines de vente promotionnelle.

Il faut reconnaitre qu’il est très fort : il est tellement beau parleur et bavard qu’il peut tenir l’attention du public pendant 4 heures avec seulement 2 idées : en les répétant de 200 manières différentes, comme des variations, à la différence que sa musique ce n’est franchement du Bach.

En ce sens, Monsieur, l’histoire retiendra Michel Onfray comme étant le meilleur symbole de notre époque, je veux dire il suffit de l’étudier sous toutes les coutures pour connaitre les aspirations et les attentes et aussi la crétinerie de notre époque.

Monsieur Cassard, franchement j’ai beaucoup d’admiration pour votre travail, mais vous connaissez les qualités d’oreilles qu’il faut posséder pour être attentif à la musique? qu’est-ce que l’écoute musicale sinon une remise en doute de nos propres convictions à chaque note? alors je vous le demande poliment : comment vouliez-vous qu’un panzer de la pensée, qu’un Bernard Tapie de la philosophie vous dise de la musique ? à quoi vous attendiez-vous ?
et pourquoi écrire un article où vous mêlez le nom d’Onfray avec celui de Jankélévitch : n’est-ce pas là une manière de ternir la mémoire de Jankélévitch ?

Je vous le dis Monsieur, notre époque vit dans la confusion la plus totale, vous pouvez le constatez si vous regardez autour de vous, elle est prête à prendre au sérieux le premier crétin venu sous prétexte qu’il est beau parleur pour tenter de retrouver ses petits, alors de grâce, ne rajoutez pas de la confusion à la confusion, revenez comme vous avez l’habitude, dans vos émissions, de la faire à l’essentiel, triez le bon grain de l’ivraie.
Croyez moi Monsieur, vous faites un travail important, car nous savons bien, vous et moi, que nous sommes en train de transformer notre monde en gigantesque produit culturel mais de grâce ne vous prêtez pas à ce jeu! n’y succombez pas! tenez bon! les Variations Goldberg c’est une chose, Michel Onfray c’en est une autre! sachez rester fidèle à ce qui vous fait aimer la musique, qu’est-ce que le baroque sinon le mélange de voix qui se contredisent, le contrepoint! seul le contrepoint pourra nous sauver!

merci encore pour votre article,
bien à vous.
un fidèle auditeur de vos émissions.

kardo dit: 1 juin 2013 à 14 h 31 min

renseignements que j’avais glanés
et assez de couacs j’ai simplement voulu rendre justice à un pan de l’histoire de la musique et de ses acteurs dignes d’être nommés sans faire les goinfres de gloire à la manière d’Onfray

kardo dit: 1 juin 2013 à 14 h 22 min

les premiers renseignement que j’avis galés sur la toile sur cette pianiste que j’ai tant aimée m’intriguant, j’ai poursuivi les recherches elle n’est pas la Gisèle Kuhn évoquée sur la page de yad vashem , parce qu’un jour que je l’avis accompagnée comme elle me le demandait dans son angoisse , elle évoqua sa vie pendant la guerre et sa conduite héroïque , (sans doute source d’admiration de beaucoup de ceux qui l’apprirent , au moins de la bouche de son mari, parce qu’elle-même était modeste sur elle-même , souffrant assez de son mariage avec un homme qui n’aimait pas le piano, ni la musique en général (et avait joué la comédie pour séduire ses parents à elle et l’épouser .
c’est assez attristant !

kardo dit: 1 juin 2013 à 13 h 44 min

a ce que je lis sur la toile, cette actrice, la fille de la musicienne se serait suicidée !
le mari de celle-ci a par contre une page riche d’éénements clturels dans « l’écriture »
(ce qu’il y a sur la toile concorde assez bien avec ce que j’avais appris de la mère quand elle était au désespoir elle-même,( un tel désespoir qui ne se calmait pas avec un livre d’Onfray ni avec des C.D., ni avec dee l’esbrouffe psy)

kardo dit: 1 juin 2013 à 13 h 35 min

voyez-vous, Monsieur, j’ai retrouvé le patronyme de « jeune fille  » de cette actrice, soit le nom du mari de la pianiste .
il y a s filmographie , mais pas sa biographie !!!
l’un des fims a en titre le préom de l’enfant dont on m’avait parlé dans l’histoire de fureur , equel est dit mort.
le tout sous l’égide de Platon!

kardo dit: 1 juin 2013 à 13 h 01 min

l’un de mes plus péibles souveirs fut celui d’un vieux professeur , pianiste collectionneur de livre, qui était épris d’un compositeur contemporain . l’un de ses petits fis s’appelait Achille !
Comme je connaissais un epu la famille il aait été proposé que je fasse avec lui du 4 mains . dès la première fois,(il n’y en eut pas de seconde)il me dit que Mozart c’était nul, primitif ! cela ne m’étonna pas outre-mesure d’apprendre que sa fille traversait des périodes aux limites du suicide,et que sa femme, professeur d’anglais sauvait -mal- les apparences.Il ne semble pas que les enfants , et petits enfants aient été accompagnés à aimer la musique ,aimer chanter, danser .

kardo dit: 1 juin 2013 à 12 h 50 min

le prénom de la fille qui fut actrice me revient Arlette .( mais non le patronyme que j’ai connu )
quant aux raisons de cette histoire de fureur dans laquelle une femme si unanimement reconnue taletueuse et bonne pédagogue pour le piano perdit la raison , je les ignore !

kardo dit: 1 juin 2013 à 12 h 27 min

ce professeur que j’ai évoquée (une femme , et mère) avait été l’élève de à Marguerite Long,la passion de son père qui lui allait à tous ses concerts !
que l’histoire de cette famille se soit terminée dans la grande folie,(à la génération de son petit fils , de père grec et metteur en scène) reste pour moi, même si c’est banal très navrant .

kardo dit: 1 juin 2013 à 12 h 02 min

sa famille donc . elle avait été professeur (peut-être) et amie surement de Pierre Sancan qui était toujours aux auditions qu’elle donnait de ses élèves en fin d’année

kardo dit: 1 juin 2013 à 11 h 57 min

ah ça le clavier de l’ordi ne me réussit pas j’ai escmoté des lettres: heureux que je n’y aie pas essayé de trilles , pour que vous me croyez !

kardo dit: 1 juin 2013 à 11 h 54 min

Bonjour , Monsieur .
que plaisir de vous lire, invité ici !
dans ma jeunesse élève d’une pianiste ajourd’hui oubiée , au nom de Gisèle Kuhn , parce qu’elle était une lointaine parente admirée à la passion dans une faille mélomane , et de moi presque adorée (son mari n’allait pas à ses concerts et sa file détesta la musique, sibien que la fin de sa vie fut tragique, , alors qu’elle aait ét liée aux grands compositeurs contemporains ) j’ai aussi commencé de faire écouter « chez moi » france musique , outre la pratique d’un instrument , des « amis musiciens … je ne lirai donc certainement pas Onfray . la chaîne France Musique fit un traail splendide pour les mélomanes
un point de détail vous insistez beaucoup qur la lecture d’une partition alors que je crois que des interprètes renommés de l’occident ne surent jamais lire une partition . disons que votre insistance , dans la perspective « d’écrits » et d’auteurs qui est la vôtre est de bonne guerre !
je me soueins d’aoir un jour dit à un ethnologue que je ne pourrais jamis partir en mission dans un pays lointain et aride , parce que je ne pourrais jamais m’éloigner de la pratique de la musique qui m’était familière(il jouait lui du saxo!)et il se moqua gentiment de moi : je pense à raison aujourd’hui , grâce à France Musique que vous me donnez l’occasion de remercier à travers vous .

bouguereau dit: 1 juin 2013 à 11 h 34 min

Maman ! Elle qui ne manquait aucun chapitre de la « Contre-histoire de la philosophie » présentée par Michel Onfray

clopine apréciera..en tout cas..allez! la charge est intelligente lassouline, et tu as attendu longtemps le moment, comme à laffut, pour lui sauter dessus..ça la rend plus cruelle

Florence Trocmé dit: 1 juin 2013 à 10 h 56 min

Je me demande par ailleurs s’il n’a pas un tantinet « pompé » Santiago Espinosa sur la question de l’inexpressif musical ? (Santiago Espinosa, l’Inexpressif Musical, éditions Encre Marine, 2013)
En tous cas merci pour cet article qui fait beaucoup de bien. Vous ne détruisez pas la possibilité pour un mélomane de faire part de sa passion, mais vous montrez bien les écueils à éviter. Et avant tout l’immense modestie à avoir, devant un monde aussi complexe que celui de la musique.

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