de Pierre Assouline

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La République des livres
Si l’épidémie est cruelle, sa seule menace est perverse

Si l’épidémie est cruelle, sa seule menace est perverse

Pourquoi parle-t-on tout le temps de Camus et pas de Roth depuis quelques semaines ? Trop injuste alors que lui aussi, après tant d’autres il est vrai, a raconté les ravages d’une épidémie. J’y repense alors que l’on peut voir actuellement sur OCS et sur un tout autre sujet (ce que c’est que l’esprit de l’escalier…) l’adaptation en série de son Complot contre l’Amérique (The Plot against America). C’est aussi désespérant que rassurant : on n’invente jamais rien. Ou si peu. En prendre conscience permet de garder la tête froide et de relativiser notre génie. Le cas échéant, Internet se charge de rafraîchir la mémoire des oublieux.

Némésis (traduit de l’anglais étatsunien par Marie-Claire Pasquier, Gallimard et Folio), le trente et unième et dernier roman de Philip Roth paru il y a dix ans en anglais, et deux ans plus tard en France, raconte les tragiques conséquences de la poliomyélite sur une communauté de Newark (New Jersey) au cours de l’été 1944 ; l’espoir, la panique, l’angoisse, la douleur, la souffrance, celles des enfants plus encore que celles des adultes, sont évoquées à travers le dévouement du jeune responsable d’une aire de jeux, ses dilemmes entre désir et devoir, ses cas de conscience face à cette tragédie qui le mène à faire front contre le Mal au moment où une autre guerre décime des hommes (ici on peut lire un extrait).  Une guerre dont ce Bucky Cantor est l’absent résigné et coupable ayant été réformé. Il n’en mêne pas moins « sa » guerre sur place à Newark contre l’ennemi invisible (air connu, depuis…). Non seulement une épidémie mais sa menace. Il en fait son affaire personnelle.

Un temps, impuissant car désarmé, il croit se soustraire au spectacle de l’hécatombe à venir, annoncée par des morts parmi les enfants, en rejoignant sa fiancée au bord d’un lac mais revient vite à sa base et ses compagnons d’infortune. D’autant que, aussi loin qu’il ait cru fuir, il a emporté le virus avec lui en lui, à son insu. Infesté, lui qui a voulu faire le bien se retrouve être l’instrument du Mal. Tel Job en son fumier à l’entrée du village, il accable le ciel et son principal locataire : qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? L’absence de réponse à son exigence d’explication le ronge. Cet innocent au coeur immense, homme de devoir s’il en est, n’admet pas que ses pourquoi restent sans écho. Dans son monde rationnel, pour un homme comme lui, ni scientifique ni religieux, l’absurde n’a pas de place non plus que l’aléatoire. C’est peu dire que dans ce roman, Philip Roth s’en remet plus au hasard et à la chance, qu’à l’inconscient ou à la providence. Némésis dans la pensée grecque était la messagère de la justice qui châtiait ceux qui devaient l’être, sévère mais juste. Elle sanctionnait la démesure, et son coup était perçu comme une vengeance. A Newark, si l’épidémie de polio est déjà cruelle, sa seule menace sur chacun était déjà perçue comme perverse tant elle torturait les esprits.

Une épidémie dans une cité portuaire sur fond de seconde guerre mondiale, cela vous rappelle quelque chose ? La Peste d’Albert Camus et les effets du fléau sur la population d’Oran. De l’histoire ancienne pour Philip Roth. A ses débuts en 1957, il avait soumis à Saul Bellow le premier jet d’une nouvelle marquée par sa lecture éblouie de cette oeuvre ; son maître et ami, qui ne partageait pas son admiration pour Camus, l’avait mis en garde contre la tendance à réduire un roman à une idée et à s’y tenir. N’empêche que cette inspiration inavouée n’aurait pas été remarquée si des blogueurs américains ne l’avaient remarquée. Nemesis n’en est pas moins un roman parfaitement made in Roth.

Et comme les nouvelles vont de plus en plus vite, avant que quiconque ne se risque à exiger de l’Américain qu’il paie clairement sa dette au Français, le romancier J.M. Coetzee, qui consacrait un long article à son livre dans The New York Review of Books, rappelle celle contractée par le Camus de La Peste (1947) à l’égard du Daniel Defoe du Journal de l’année de la peste (1722)…       Tout se ligue pour nous faire comprendre qu’en littérature, dès lors qu’une idée et non une forme gouverne la naissance d’un roman, on n’invente jamais rien. Et même une forme, parfois… Savez-vous pourquoi Montaigne est soudainement revenu dans l’air du temps il y a une quinzaine d’années aux Etats-Unis ? Parce qu’on a voulu voir dans les Essais (1580), exploration à sauts et à gambades d’un moi face au monde, la géniale préfiguration des blogs, sites personnels, affichages au Mur et autres journaux intimes en ligne, ainsi que l’écrit Sarah Bakewell un peu partout sur la Toile après l’avoir exposé dans son livre How to live or A life of Montaigne in one question and twenty attempts of an answer (400 pages !) encensé par les meilleurs journaux.

A quoi tient un regain de popularité littéraire ! à une récupération abusive au profit d’une conception assez extensive du simple narcissisme dans tous ses étals (Montaigne en saint-patron de Facebook, on aura tout lu…). Ce n’est d’ailleurs pas la première tentative puisque Twitter a fait de Félix Fénéon (1861-1944) son pionnier au motif que ce grand critique absolu (livres, art, théâtre) est également l’auteur de nouvelles en trois lignes qu’il publia dans une rubrique à elles dédiée en 1906 dans Le Matin ; réunies en volumes (Le petit Mercure), ces brèves bien dans sa manière, issues de simples dépêches relatant des faits divers, demeurent un classique du haïku à la française :

« Rattrapé par un tramway qui venait de le lancer à dix mètres, l’herboriste Jean Désille, de Vannes, a été coupé en deux[] ». Ou encore : «Allumé par son fils, 5 ans, un pétard à signaux de train éclata sous les jupes de Mme Roger, à Clichy : le ravage y fut considérable. »

Las ! S’étant aperçu qu’elles étaient longues chacune de cent à cent trente signes, un éditeur américain avisé les fit traduire, les publia et les lança, devinez comment ? En créant un compte Twitter Novelsin3lines qui expédie chaque jour à ses correspondants un fragment de Fénéon.

(« Philip Roth in 1968 visiting his home town of Newark, New Jersey ; Philip Roth, at rear of table, at his Weequahic High School prom. » photos D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Littérature étrangères.

2031

commentaires

2 031 Réponses pour Si l’épidémie est cruelle, sa seule menace est perverse

rose dit: à

Janssen J-J

Magnifique description de jardin en work in progress.
Beaucoup de rêverie et envie de le dessiner.
Chez nous on dit la cytise dont j’aime.les grappes pendantes jaune ; chez moi elle a mouru.
L’arbre à papillons on l’appelle le budléia.
Je ne connais pas le plumbago ni le nom compliqué du lagerstroénia.
J’m bcp seringa si blanc et odoriférant et tamaris rose, vieux rose, si aérien.
J’m bcp aussi les roses.
Et les pâquerettes.

Chez moi, sous les conifères, pas grand chose ne pousse. Colonisent les pervenches et un peu plus loin des millepertuis aussi. Belle association de couleurs.
Cette année, qui s’est fait beau ? C’est l’oranger du Mexique.
Vais le tailler en boule lorsque la floraison sera terminée et l’odeur subtile qui l’accompagne.

Merci de ce tour de jardin.

Janssen J-J dit: à

Chères amies confinées
(+ chères rôz et votre maman de la rdl),
… un peu de verdure et de printemps pour vous garder le moral…,

(extrait du journal Covid19, du 21 avril 2020, J+34).
Lors de mes 15 tours du jardin quotidiens (5 tours dans le sens des aiguilles de la montre, à main gauche, à partir de l’entrée de la maison en « longère », puis 5 tours en sens inverse, puis 5 tours comme au départ)…. Voici ce que je vois et traverse, au départ du portail blanc fermé de l’entrée, par l’allée Nord :
Dans le jardin d’agrément : un petit massif de fusains, un forsythia jaune fané et un lilas blanc rachitique et une récente floraison de géraniums sauvages ; un figuier déjà chargés de fruits dont une des branches gêne mon passage, m’obligeant à baisser le chef ; d’autres lilas roses, bordés par des iris violets – Au passage dans le jardin potager, je longe la haie délimitant la Route du désert après avoir dépassé le grand cytise avec ses grappes jaunes ; je parviens aux deux cabanes à outils (l’une en plastique transparent, l’autre en bois), également bordées d’iris mauves et blancs, sous les branches des deux immenses noyers à l’angle.
Côté Est : je longe le potager de Laurent devant une autre haie mitoyenne, délimitant la propriété de celle de la voisine. Un vieux prunier à quetsches encore fécond. Je continue ma marche débouchant sur la vaste grande pelouse bordée de hauts frênes. A l’anglée E/S : l’abricotier et le sapin récemment dégagés des ronces, ont été sauvés de leur asphyxie progressive. Je crois bien les avoir sauvés, surtout le premier bien mal en point. L’une de ses branches est morte, mais les autres sont désormais verdoyantes sur le fond du ciel bleu.
La marche au Sud suit une haie de millepertuis envahie par les ronces qui cachent un champ cultivé à l’arrière. Cette haie insupportable sera bientôt détruite en dépit des nombreuses mûres qu’elle donne en septembre, dont nous faisions une douzaine de gelées chaque année avec un zeste de peptides de pomme. Devant cette haie envahissante (un faux coupe-vent), dix arbres fruitiers sont alignés sur cinquante mètres, dont un merisier et deux cerisiers. L’un d’entre eux, greffé, est énorme et déjà couvert de fruits verts. A quoi il faut ajouter trois pommiers, deux pêchers, un arbre à brugnons et un autre abricotier.
A l’Ouest du circuit, il faut bifurquer à droite devant les stères de bois de Laurent, abrités par une arboleda d’immenses frênes désormais verdoyants. Puis continuer le tour de piste par une parcelle située dans l’annexe Ouest, en longeant d’autres stères de bois à l’abri de sureaux qui cachent la vilaine maison neuve du voisin. A l’anglée S/O, se situe le coin des détritus végétaux. On achève la boucle par le Nord derrière la longère flanquée des anciennes dépendances de la ferme (étable et poulailler). Ces dépendances ouest/nord sont elles-mêmes à l’abri des vents, protégées par un petit bois de 15 arbres ratissés. Ces dépendances ont vocation à être bientôt détruites. Le petit bois de frênes et de noyers servira encore d’enclos à la basse-cour, l’hiver prochain et par temps de pluie. Mais bientôt disparaitra dans la foulée des bâtiments dépourvus d’utilité, le vilain grillage effacé par des sumacs (ou vinaigriers) proliférants par effets de rhizomes. Ils coiffent en outre de vieux engins agricoles au rebut, envahis par les herbes folles, des ombellifères et des orties. Le retour de ma boucle à son point de départ me permet de noter la progression journalière du feuillage de jeunes figuiers sur un vieux mur de pierres, la fin de la floraison d’un lilas d’angle, la persistance du vaillant petit camélia en fleurs, de l’ombre de l’immense tilleul du gîte dont j’ai taillé les branches basses il y a un mois déjà, et la bouillée des huit hauts cytises en fleurs jaunes et blanches dont les troncs sont cachés par un taillis de fusains et de thuyas où les poules aiment à s’ébrouer sous fortes chaleurs. Et, pour en finir avec le clou du tour, le passage obligé sous la magnifique tonnelle de roses appuyée sur la façade Sud-Est de longère. La pluie de ces derniers jours à recouvert la piste et les feuilles d’acanthes au sol, d’un immense tapis de pétales blancs.
Durant mes 5 tours à l’envers des aiguilles, je vois en outre beaucoup mieux, à main droite, les végétaux arbustifs de la petite pelouse d’agrément : je longe la bordure des jonquilles et de clochettes bleues désormais fanées qui vont être bientôt remplacées par des pivoines dont on voit déjà poindre les boutons, des phlox et de nouvelles roses jaunes ; puis, dans le prolongement, devant l’olivier des noces d’argent des beaux parents, dans une autre bordure, les boutons de petits rosiers rouges dans l’épingle à cheveux du circuit. Les pampres des lilas commencent à faner, mais sont progressivement remplacés par de blancs seringas aux parfums entêtants. Il faut compter avec la floraison du jasmin sous le hangar, qui sera lui-même cet été remplacé par l’increvable touffe de chèvrefeuilles, à l’entrée gauche du portail… Lilas, seringas, jasmins et chèvrefeuilles sont assurément les fleurs les plus odoriférantes de la propriété. Leurs effluves persistants se mêlent à mes endorphines et me soulent chaque matin dans un vertige étourdissant. Pour en rester au circuit à contre sens, il faut encore noter dans la grande pelouse centrale au large de l’ex-gite : outre le tilleul à l’instant évoqué, un cèdre de Nordman ayant beaucoup souffert de la canicule de l’été dernier, qui se remplume ; un magnifique cognassier proche des 4 autres fils à linge, taillé à l’automne dernier ; l’immense pin parasol central qui abrite les amours peu discrètes de deux tourterelles roucouleuses ; un jeune noyer à la croissance annuelle vertigineuse (il est plein de chatons) ; l’arbre à papillons abritant à la fois la petite sépulture de Paul et Yvonne (petit lieu de culte symbolique avec un croix de pierre et un persistant bouquet de primevères blanches) et le moteur extrayant l’eau du puisard pour arroser les potagers ; l’immense laurier-sauce également taillé cet hiver, et surtout, surtout « mon » olivier, – celui que j’avais dépoté au bout de quatre ans et replanté, marquant ainsi de mon empreinte personnelle le désir de m’enraciner dans ce domaine pour notre retraire. Il a donné cet hiver des olives que personne n’a récoltées. Chaque année, je le vois grandir avec la plus extrême satisfaction. A ses pieds, fraisiers et framboisiers à l’ouest de notre petit potager, ont l’air de vouloir « donner » cette année, si nos poules malicieuses en liberté n’en ravagent pas les fruits auparavant. Délimitant les deux potagers, une haie un peu anarchique d’aubépines et de fusains abritant côté ouest quelques simples et aromatiques surveillés par Dom avec dévotion. Et j’ajoute un autre pêcher et les deux sapins du flanc septentrional, dont j’ai taillé les branches basses il y a quelques jours, leur redonnant une jeunesse dont ils m’ont abondamment remercié. Sur la pelouse de la maison où est dressée la table à nappe blanche des grands jours, le sumac-vinaigrier protecteur. En ce moment, sur l’une des basses branches, pend un bol de graines pour les petits passereaux affamés (mésanges, rouges-gorges, hoche-queue, moineaux).
Une fois achevés les 5 derniers tours (au total 6 km environ), je peux enfin m’asseoir sur la pelouse truffée de pâquerettes et de boutons d’or qui s’ouvrent par milliers au fur et à mesure de l’avancée matinale du soleil. Boy Georges, Viviane et Monique, libérés avant mon tour de piste, ont reçu leur ration de miettes de pain et de riz. Ils restent dans mes parages, voire dans mes pattes le temps de ma lecture en chaise longue, à l’abri du soleil sous les branches des deux immenses sapins sexagénaires que l’écureuil Prestio parcourt successivement du haut en bas et de bas en haut. Jouant avec la course du soleil, je fais alors évoluer mon transat, lève fréquemment les yeux de mes pages pour contempler qui, un autre olivier, qui, la branche restante d’un vieux prunier de reines-claudes s’obstinant à ne pas mourir, qui les forsythias jaunes et le lagerstroénia en attendant sa floraison plus tardive, qui les deux arbres de Judée devant le barbecue, les pommiers du Japon aux fleurs rouges, le grand prunus marron et le bouleau blanc, enfin, le tamaris rose. Quant aux deux boules de buis empotées, elles ont l’air de vouloir renaître, enfin débarrassées de leur piérale.
Hélas, je ne retrouverai pas ici les muguets et plumbagos bleutés tels qu’ils courent toujours à profusion à P. Je vois bien les velléités de pousse de quelques corbeilles d’argent et de petits cyclamens sous l’humus asséchant des deux grands sapins… Je crains que leurs espoirs de vivre leur maturité ne soient un peu vains. Mais qu’importe : les senteurs et les couleurs décrites suffisent à notre bonheur de confinés. Je crois avoir épuisé à votre intention l’observation du bel espace de la maison de Bl., à travers ma marche quotidienne pour garder la forme. Cette grande et superbe pelouse arborée nous sauve de la tristesse du monde actuel, nous aide à garder confiance et espoir dans la vie. Qu’aurions-nous besoin de plus ? De nombreux oiseaux nidifient à l’entour, c’est la saison des amours bucoliques. Le soir…, d’inoffensives chauves-souris nous supplient de les épargner. Dieu merci, pour elles, on ne voit ni pangolins, ni taupes, ni hérissons les effrayer à l’horizon de la terre. Quelques surmulots et imprudents passereaux, certes…, mais le chat gris, Gilles, moitié sauvage-moitié domestiqué veille au grain. Et par temps dégagé, la voie lactée dans la nuit tombée est toujours aussi splendide et lumineuse. Vénus reste incandescente, depuis quinze jours.
Voilà notre ambiance, le ressenti du jardin, où nous confinons, et où vous invitons à séjourner bientôt, quand son portrait sera encore transformé durant l’été à venir… Je ne doute pas que vous saurez y retrouver une sérénité pour l’instant mise à mal. J’espère vous avoir mis un brin en appétit… ?
Bon courage ! on va s’en sortir tous ensemble, plus forts, plus sains et moins bêtas…

D. dit: à

Merci, x.

Janssen J-J dit: à

@ Cela dit le visqueux, c’est le pré carré de Sartre. Faut-il considérer comme un hommage littéraire le fait de le lui emprunter pour l’adresser à « Gigi »/JJ ?
———
Vous m’offenseriez avec votre phénomènologie du buvard… avoir la bénédiction de chalumeau par Sartre interposé !… Frinchemin !…
Si vous voulez me complaire, rendez-moi plutôt hommage via la grande Colette. Un rien moins historiquement compromise que Jean-Solp… Merci.

Janssen J-J dit: à

@ Hélas je n’ai pas encore rencontré un lecteur qui m’ait dit ne pas s’être profondément ennuyé à « l’Arbre-monde ». En dehors de qques écolos enragés sévissant sur les réseaux sociaux…. Y compris dans mon propre cercle, à qui j’avais essayé de les passionner. Cela m’avait vexé car je n’avais réussi à convaincre personne… La plupart des gens qui ont essayé n’ont pas dépassé 200 pages. Même Ch. avoue n’être pas allée jusqu’au bout, c’est dire !…
Je dois pas être normal.
Mais alors TTLT, pourquoi persistez-vous ? Laissez tomber !
Ch. vous a convaincue, elle a gagné haut la main. Moi, je vous renonce.
Bonne nuit. Et vos chattes pétomanes, quid au fait ?

Ed dit: à

Non Chaloux c’est du délire. Je n’ai jamais dit ça pour la simple et bonne raison que je ne te connais pas et sans vouloir te vexer, je me fiche bien de savoir si des personnages virtuels sont alcooliques ou pas. De toutes façons tout le monde l’est devenu avec le confinement, ce que je trouve affolant. Mais c’est un autre débat.

@christiane
Je n’en suis qu’au milieu des racines si je puis dire, et ce n’est pas dingue non plus, alors je n’ose imaginer l’ennui qui m’attend une fois arrivée au tronc. Mon entourage (les copines de book club) a exactement le même ressenti que vous.
Par contre mon « nouveau » blog existe depuis 2013;)

x dit: à

@ D :
Dans le roman Monsieur Paul, le narrateur quitte sa femme « Esther » (personnage calqué sur la bien réelle Marthe Klein) pour « Émilienne », personnage dans lequel tout un chacun pouvait reconnaître Antoinette Nordmann, mère « dans la vraie vie » du fils de H. Calet. C’est peu de dire que son portrait, y compris physique, est peu flatté.

Par ailleurs, plus qu’un simple « nom de plume », Henri Calet est une identité d’emprunt pour Raymond Théodore Barthelmess qui avait eu des ennuis avec la justice.
Difficile d’écrire « de son vrai nom » tant son identité est embrouillée : enfant adultérin, il porte le nom du mari de sa mère, Barthelmess, et non celui de son père biologique. Celui-ci ne l’a pas reconnu à la naissance et ne lui a donc pas transmis son patronyme étonnant : Feuilleaubois.
(Suivront encore d’autres chassés-croisés familiaux, avec confusion des générations, dont je vous épargne les complications.
Et H. Calet/Barthelmess/Feuilleaubois ne reconnaîtra pas non plus ce « Monsieur Paul », Louis en réalité, qui portera donc le nom de sa mère, Nordmann.)
Limpide, non ?

Claude Burgelin lui consacre d’ailleurs un chapitre (« Porte-à-faux d’Henri Calet ») dans son ouvrage Les Mal Nommés : « D’avoir été soi-même le produit (ou le déchet ?) d’un roman rend-il sensible aux limites ou impostures du genre ? »)

Janssen J-J dit: à

@ ED et Ch.,
Je lui disais surtout de se concentrer sur le personnage de Pat Westerford, 8e chapitre… qui offre bien des ressemblances et similitudes morales avec nos erdéliennes patentées, CT et MS.
_________
(portrait) Patricia Westerford, née vers 1950, est botaniste, biologiste, thésarde en dendrologie. Son père, conseiller en agriculture a formé à la botanique sa fille malentendante, malparlante, mal appréciée. Il lui offre, pour ses quatorze ans, une version adaptée des Métamorphoses d’Ovide. « Patty-la-Plante », devenue Pat Westerford, docteur en botanique, étudie l’érable à sucre et conclut que le comportement biochimique des arbres individuels ne prend sens que si on les envisage comme les membres d’une communauté (p. 143). Cela suffit pour la discréditer, la faire fuir et découvrir Thoreau : on la retrouve obscure garde forestière, isolée et heureuse, à étudier les interactions forestières.

Chaloux dit: à

Ed; si tu veux bien répondre:

Chaloux dit: à

@Ed, c’est tout simple, il parait (ce serait toi) que tu as écrit à Christiane que tu me connais très bien et que je suis alcoolique.

D. dit: à

Qui c’est, Emilienne ?

christiane dit: à

Ed,
bonjour, je viens de découvrir votre nouveau blog. Très bel écho de votre voyage et jolies photos piégeant la lumière. L’impression que j’ai eue c’est que vous avez tous bien souffert de la chaleur tout en étant émerveillés !
J’ai lu ici votre réserve quant à la lecture de « L’arbre-monde » de Richard Powers. Cela m’a rappelé un très long échange avec Janssen JJ qui avait beaucoup aimé ce livre et moi… pas tellement… Comme vous, je m’étais ennuyée, une fois passés la première partie prometteuse.
La construction en quatre parties correspondant à racines, tronc, cimes et graines m’est apparue factice. roman trop mystique ou tombant dans un activisme ressemblant au terrorisme au final. Trop de citations aussi. Powers est sensible à l’ampleur de la catastrophe écologique actuelle, c’est certain mais le roman est long et ses neuf personnages, neuf échappées étrangères les unes aux autres dans la première partie, même si dans la suite du roman, certains d’entre eux se retrouvent et s’engagent dans l’activisme pour certains… J’ai également trouvé le narrateur trop moralisateur. J’ai eu bien du mal à finir le roman.
Je garde une préférence pour « Le Temps où nous chantions», roman que j’avais tant aimé.

Chaloux dit: à

@Ed, c’est tout simple, il parait (ce serait toi) que tu as écrit à Christiane que tu me connais très bien et que je suis alcoolique.

Ed dit: à

« j’ai demandé Ed en mariage, pour le mauvais et pour le pire. Dédé a fait de même, pour le pénible et l’épouvantable »

J’ai longuement hésité !

Chaloux, je n’ai rien compris à tes histoires de mythomanie et d’alcoolisme- Sur ce, j’ai un bouc club à préparer pour 19h. Souhaitez-moi bien du courage.

Chaloux dit: à

Blabla ne connait toujours pas Proust. Il a peut-être feuilleté et vu le film de Nina Companeez et c’est tout.

Chaloux dit: à

Le galimatias blablatesque habituel, doublé d’un déni très amusant.

Chaloux dit: à

Ed, je ne savais pas que tu étais mythomane. C’est la Cricri qui le dit…

Hurkhurkhurk!

christiane dit: à

Sur le blog voisin, tenu par Paul Edel, les interventions de « Michel » à propos et de Proust et de « La Recherche » sont remarquables et les questions de Jazzi, très intéressantes.
Jean Langoncet propose un tableau de Hopper « Boy and moon » particulièrement bien choisi pour évoquer « Le trou dans le mur ».

christiane dit: à

« les racontars de la première pisseuse venue » !
Elle va, vous lisant, être ravie…

x dit: à

Apparemment, Émilienne n’avait pas à se plaindre de ce côté-là.

« Qu’est-ce qu’il m’arrivait ? […] Jusque-là, j’avais été un mâle des plus quelconques : un chipotier, un sensitif, un bavard. Et voilà que je me révélais à moi-même, à quarante ans, un fameux lapin […] Peut-être parce que nous n’avions que dix jours devant nous et que nous mettions les bouchées doubles. À moins que, sciemment ou non, j’aie pensé que c’étaient mes dernières années et qu’il n’en fallait rien laisser perdre ».

N’empêche qu’elle a dû « en baver » une deuxième fois à la sortie d’un livre qui ne l’épargnait pas. Dans ces cas-là c’est celui ou celle qui possède comme Calet un grand talent d’écriture et/ou à défaut un nom, une réputation dans le milieu, qui est le mieux placé pour écraser l’autre.

Cela dit le visqueux, c’est le pré carré de Sartre. Faut-il considérer comme un hommage littéraire le fait de le lui emprunter pour l’adresser à « Gigi »/JJ ?
(Il a dû en être question plus tôt, ma remarque fait certainement doublon. De la grande misère d’être sans fiches.)

Chaloux dit: à

christiane dit: à
Dans ce monde sans loi, un personnage secondaire lâche, sans conscience morale, mou est nommé « vieille limace » quand il meurt dans une flaque de boue près du train à l’arrêt.

Cette vieille bouche de cloaque, qui colporte les racontars de la première pisseuse venue, vous parle de morale.

Chaloux dit: à

Le détour par un champ neutre est une manière de détourner l’attention sur le poids véritable du symbole. (Très courant en littérature).

Par exemple : »je te traite de limace parce que j’en ai vu une grosse ce matin dans mon jardin ».

Ceci ne peut tromper que les imbéciles.

J’ai la liste…

christiane dit: à

x dit: « Ah non, pas la limace.
La métaphore appartient à Henri Calet, ou plus exactement à «Émilienne» qui l’adresse au double de l’auteur dans son terrible Monsieur Paul. (Du temps où ce que l’on n’appelait pas encore «autofiction» ne dispensait pas de talent d’écriture.)
Ne la dévaluez pas.
«Elle m’a craché au visage, à bout portant :
— Grosse limace !
Effectivement, je me sentais nu et mou, vulnérable ; j’ai abandonné ma carapace ; on pourrait m’écrabouiller rien qu’en me mettant le pied dessus.»

Merci. C’est excellent.

Ma référence, moins littéraire vient d’un film que j’ai revu récemment : « Il était une fois dans l’Ouest » de Sergio Leone. Un film que j’aime beaucoup pour sa beauté sauvage, ses acteurs et la musique d’Ennio Morricone. Et cette arrivée Train qui traverse l’histoire.

Dans ce monde sans loi, un personnage secondaire lâche, sans conscience morale, mou est nommé « vieille limace » quand il meurt dans une flaque de boue près du train à l’arrêt.
Mais je préfère me souvenir du véritable héros, l’«Homme à l’harmonica», l’homme sans nom qui donne la mort en justicier. Un film intemporel…

Marie Sasseur dit: à

Tres très bon « mes nuits américaines a Puyricard ».

👏👏👏

et alii dit: à

musique a donf, ça dansait, ça picolait, ça fumait, ça baisait, les 70’s dans toute leur splendeur.
ce que vous ne dites pas, c’est que vous alliez aussi,la nuit, dans les piscines (privées) des villas et que ça se savait!

christiane dit: à

Hamlet,
de La recherche à Proust, de Proust à Stendhal. Vos multiplications irrésistibles de la découverte de ce livre dont on parle tant, sautant comme un elfe d’un costume à un autre, m’ont donné envie de copier pour vous, la façon dont Paul Valéry décodait Stendhal (« Variétés II »). Quelques fragments seulement, si non bouguereau va me répéter : « Fais court ! »

« Beyle ne peut se tenir d’animer directement ses ouvrages. Il brûle d’être soi-même en scène, d’y rentrer à tout coup ; il prodigue la fausse confidence, les apartés, le monologue. Il agite en personne ses fantoches, dont il se compose une troupe sociale fort complète, où les emplois sont définis comme dans l’ancien théâtre. […]
Beyle jouait en soi une douzaine de personnages, le dandy, l’homme raisonneur et froid, l’amateur de beaux-arts, le soldat de 1812, l’amant de l’amour, le politique et l’historien. Il se donne à soi-même une centaine de pseudonymes, moins pour se dissimuler que pour se sentir vivre à plusieurs exemplaires. Il transporte dans sa valise, comme un acteur en tournée ses perruques, ses barbes et ses hardes, son Brulard, son Dominique, son marchand de fers… […]
Ce tempérament qui engendrait un scénario perpétuel lui faisait en retour considérer toutes choses humaines sous l’aspect de la comédie. Suprêmement sensible à l’hypocrisie, il flaire à cent lieues, dans l’espace social, la simulation et la dissimulation. […] Il traduisait les gens à livre ouvert, ou se figurait les traduire.[…]
Vivre. plaire. Etre aimé. Aimer. Ecrire. N’être pas dupe. Etre soi. »
Entre les pages 187 et 235 de mon folio/Essais – Gallimard6 Variété I et II
« 

Chaloux dit: à

La « limace » est pour Cricri le symbole du phallus qui la hante. Elle le déprécie en « limace » pour calmer son angoisse.

Il y a beaucoup de gens ici qui feraient bien de lire (ou relire) Le livre du ça de Groddeck afin de mieux pouvoir se déchiffrer eux-mêmes. C’est un conseil de lecture.

x dit: à

hamlet, ces mini-fictions comme illustration à facettes de ma remarque (j’invitais à faire la part des choses « entre ce qui relève du texte, du rapport au texte et des relations interpersonnelles tout à fait extra-littéraires »), c’est bien mieux que mon blabla trop général.
S’il y en a d’autres, je suis preneur !

christiane et chaloux :

Ah non, pas la limace.
La métaphore appartient à Henri Calet, ou plus exactement à « Émilienne » qui l’adresse au double de l’auteur dans son terrible Monsieur Paul. (Du temps où ce que l’on n’appelait pas encore « autofiction* » ne dispensait pas de talent d’écriture.)
Ne la dévaluez pas.

« Elle m’a craché au visage, à bout portant :
— Grosse limace !
Effectivement, je me sentais nu et mou, vulnérable ; j’ai abandonné ma carapace ; on pourrait m’écrabouiller rien qu’en me mettant le pied dessus. »

(* Antoine Blondin à Henri Calet, le 5 octobre 1947 :
« Je viens d’entendre vos Muettes. C’est extraordinaire. […] Je n’aurais pas cru qu’on pouvait, à la radio, rendre la vie en version originale. […] Méfiez-vous, les cloisons de nos cœurs sont si minces. On entend tout ce qui se passe chez vous. »)

Chaloux dit: à

N’oublie pas de nettoyer les traces sur ton carrelage…

Hurkhurkhurk!

Chaloux dit: à

On verra ça, Gigi, je ne perds rien à essayer de te faire mettre une tête au carré… C’est toi qui seras couché, je crois, vieil étroniforme…

Janssen J-J dit: à

Il est déjà prévenu de ta venue, mon gros chalumeau…
Et il t’attend de pief ferme pour t’assommer la gueule, mon copain Philou.
Encore une belle preuve de ton courage, le petit roquet aboyeur de loin. De mieux en mieux, chalumeau ! Couché !

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