de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Virginia Woolf à la folie

Virginia Woolf à la folie

A la folie, c’est aussi une manière pour un lecteur d’aimer un écrivain. Mon cas depuis longtemps avec celle que notre intimité m’autorise à appeler simplement Virginia. Elle pour moi, c’est dans l’ordre de l’écriture, au XXème siècle littéraire de langue anglaise, une sensibilité absolue alliée à une intelligence remarquable. Son œuvre en témoigne. On pourrait revenir à loisir sur Mrs Dalloway, la Promenade au phare, une Chambre à soi, les Années, les Vagues bien que dans ce dernier cas l’abstraction des sentiments m’ait laissé désemparé sur les rivages. L’admiration critique me pousse également à juger sévèrement la biographie du peintre Roger Fry et certaines de ses chroniques qui, dès qu’elles sortent du champ littéraire pour déployer leur acuité dans le champ politique, font preuve de courte vue.

Cela dit, ceux qui n’avaient pas fréquenté son œuvre et n’avaient pas eu recours aux biographies à elle consacrées (elles ne manquent pas) ne la connaissaient que par deux biais : soit son fascinant Journal d’un écrivain, soit l’adaptation au cinéma de The Hours, la roman de Michael Cunningham entrelaçant sa propre vie et l’effet que produisait la lecture de Mrs Dalloway sur le destin de trois femmes à trois époques différentes, film admirable et tant pis pour les spécialistes de la spécialité s’il leur hérisse le poil par ce qu’ils estiment être des contre-sens. A ces deux sources, le lecteur français pourra en ajouter désormais une troisième : Ma vie avec Virginia (traduit de l’anglais et préfacé par Micha Venaille, 148 pages, 13,50 euros, Les Belles Lettres) de Leonard Woolf. Il s’agit d’une sélection d’extraits de l’autobiographie en cinq volumes du mari-de-Virginia parue sous le titre Sowing, Growing, Beginning Again, Downhill all the Way, The Journey, not the Arrival Matters.vir

 Ce petit livre est passionnant, parfois même bouleversant, à bien des égards. Littéraire d’abord parce qu’en livrant nombre de détails, de choses vues, d’anecdotes jamais gratuites sur leur vie commune de 1912 à 1941, il fournit un utile arrière-plan à notre intelligence de certains des dix-sept livres de Virginia (oui, on sait, Proust versus Sainte-Beuve, le moi qui écrit n’est pas le moi social etc). Historique également car on revisite certains événements de l’époque du point de vue de ce couple qui a fait un pas de côté en vivant le plus souvent à la campagne, en observant l’actualité de manière décalée.

Fils d’avocat, formé à Cambridge avant de partir comme fonctionnaire de l’administration britannique à Ceylan, Leonard Woolf en est revenu fermement anti-colonialiste, travaillant à un livre sur un projet de gouvernement international pour la Fabian Society. C’est lui qui aura l’idée de monter chez eux, au départ pour la détendre un peu, la distraire et lui accorder une autre respiration, une imprimerie et une maison d’édition à l’enseigne de Hogarth Press laquelle, outre les livres de sa femme (La Chambre de Jacob), publiera ceux de Gorki, E.M. Forster, Katherine Mansfield, Gertrude Stein, Rilke, Garcia Lorca, T.S. Eliot, Sigmund Freud, Vita Sackville-West (amante de Virginia qui était bisexuelle), W.H. Auden, Christopher Isherwood et toute la bande de Bloomsbury, excusez du peu.

Mais s’il y a un point sur lequel Ma Vie avec Virginia est sans égal, et aucun biographe ne saurait le rendre comme Leonard Woolf l’a rendu, c’est sa lente descente dans les affres de ce qu’il faut bien appeler la folie, surtout après l’avoir lu attentivement. Bien sûr, la chose n’est pas une nouveauté, mais la relation de l’intérieur de ce vécu, de cette manière-là, l’est assurément. Il l’a amenée chez un grand nombre de médecins. La plupart les rassuraient : migraine… stress… neurasthénie… ca va s’arranger. Alors Leonard Woolf insistait : vous savez, il lui arrive souvent de délirer ; elle est intimement persuadée que les oiseaux parlent dans le jardin… Ah bon ? Et alors ? François d’Assise lui-même tenait conférence avec les oiseaux…. Oui mais ma femme, elle, est convaincue que les oiseaux parlent grec entre eux, toujours des moineaux et le plus souvent sous ses fenêtres… Ah… revenez nous voir si ça continue…

Ca a continué pendant des années. Avec des hauts et des bas. Ce qu’on appellerait aujourd’hui des troubles bipolaires typiques de la maniaco-dépression. Sauf que chez elle, le mutisme comme la parlerie étaient exacerbés, rapidement portés au paroxysme avec une violence qui rendait les rapports difficiles lorsqu’elle insultait les infirmières ou le personnel. Même le docteur Savage, un neurologue réputé qui plus est ami de la famille de longue date, traitait la chose en homme du monde 

« Faites-lui tout le bien possible, mon cher ami, faites-lui du bien ! »

En rentrant de la consultation à Londres, Leonard eut toutes les peines du monde à empêcher Virginia (antisémite mariée à un Juif et portant son nom…) de sauter du train en marche. Faites-lui du bien… Elle était en train de perdre le contact avec le monde réel pour passer de l’autre côté. En 1913, on en savait certes beaucoup moins sur les mécanismes des maladies mentales qu’aujourd’hui. Il n’empêche. En la voyant s’enfermer dans l’hexamètre de Virgile Sunt lacrimae rerum, ils devaient tous se dire qu’après tout, on avait toujours versé des larmes pour des choses et que les médicaments n’y pouvaient rien.

virAlors Virginia retournait écrire dans sa tête et sur les papiers posés à même ses genoux plutôt qu’à une table, analysant comme personne la fluctuation des sentiments, explorant sa sensation du monde avec un toucher d’impressionniste, s’enveloppant dans une seconde peau qui la mettait à l’abri de la rumeur du monde, se laissant envahir par ses vibrations de pensées pour les traduire en mots ; et quand elle n’y arrivait pas, on la retrouvait prostrée, puis folle furieuse, puis anorexique, puis houspillant des médecins qu’elle imaginait comploter contre elle, alternant un silence total avec une saoulerie de mots qui pouvait durer trois jours sans une seule interruption.

Terrifiée à l’idée de devenir folle, ses crises de mélancolie l’avaient poussée à se jeter par la fenêtre, une autre fois à absorber de fortes doses de Véronal et enfin, deux mois avant d’en finir, ayant perdu toute maîtrise de sa personne, plus que jamais borderline, à s’emplir les poches de pierres avant de s’immerger dans la rivière devant sa maison et de s’y noyer. Nul doute que, pour Mr Woolf, sa femme relevait du génie. D’ailleurs, il emploie le mot. Mais il est le premier à reconnaître que dès le début de leur rencontre, il avait remarqué qu’elle avait quelque chose de spécial, une manière de s’habiller, de déambuler, de regarder ailleurs qui fait que, même dans des villes étrangères où nul ne la connaissait, les gens de la rue se retournaient sur son comportement étrange.

Au vrai, Virginia Woolf était tellement hantée par ce qu’elle avait à écrire qu’elle s’absentait tout en abandonnant aux autres sa présence physique. Là sans y être, mais tout le temps, dehors comme chez elle et particulièrement en société. Une évadée permanente, hypersensible et désespérée (on imagine ses réactions face à la critique de ses livres) qui mettait à distance les modes ordinaires, ne cessait de courir après sa propre voix et après d’autres voix qui volaient autour d’elle.

« Je n’ai jamais connu un écrivain qui, comme elle, pensait, réfléchissait continuellement et consciemment à son écriture, cherchant sans cesse une solution à tous les problèmes, qu’elle soit assise, qu’elle soit assise près du feu en hiver ou qu’elle sorte pour sa promenade quotidienne le long de la rive de l’Ouse »

Cette tension, et l’intensité qui en découle, ont rythmé leur vie. Il lui avait promis que, selon son vœu, lors de son incinération, il ferait jouer la cavatine du quatuor en si majeur opus 130 de Beethoven. A la suite d’une erreur de manipulation, ce fut plutôt« La danse des ombres heureuses » de l’Orphée de Gluck. Regrets éternels. Comme convenu, Leonard dispersa ses cendres dans leur jardin, à la racine de deux ormes entrelacés qu’ils appelaient « Leonard et Virginia ». Peu après, l’un des deux fut abattu par une tempête.

Au fond, même ceux qui ne goûtent pas cette littérature, pourront mettre à profit la lecture de Ma Vie avec Virginia en ce qu’ils se retrouveront, comme tout le monde, dans l’observation inquiète de ce fil invisible qui sépare le normal du pathologique. L’immense majorité de l’humanité souffrante n’en saurait rien faire. Virginia Woolf, celle qui n’arrivait pas à vivre, elle, en a fait une œuvre qui aide à vivre.

(« Virginia Woolf chez eux en 1932 » et avec Leonard Woolf, photos D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire.

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commentaires

1 046 Réponses pour Virginia Woolf à la folie

la vie dans les bois dit: 29 juin 2016 à 19 h 53 min

Pour les substances illicites utilisées par Dantec, celles littéraires, je renvoie à l’époustouflante bibliographie référencée pour « les racines du mal »

JC..... dit: 28 juin 2016 à 20 h 35 min

Pourriez vous, camarades littéraires, rester simples, ….et vous exprimer en conséquence ?
Par Héraclite, merci !

la vie dans les bois dit: 28 juin 2016 à 18 h 43 min

Marre d’attendre, j’ai autre chose à faire.
Court, je maintiens, Richelieu et Machiavel étaient contemporains. J’en ai précisé le sens, dans mon oraison de 0h32.

Les oiseaux qui chantent dans votre jardin chantent trop la messe en latin du « pape de l’époque »( ? cherchez pas vous ôtres ! Court connait tout le la papauté, à toutes les époques, ils sont tous « contemporains »)

Le Cardinal de R. pratiquait donc, une philosophie » de têtes ». Ach, vous m’en direz tant…

Savourez vos « bons » mots, comme disait le grand Victor, des f.i.entes de l’esprit etc.

Je quitte ici Court, et vais m’adonner à la » purgation ». C’est très aristotélicien.

la vie dans les bois dit: 28 juin 2016 à 18 h 39 min

En réponse à MC dit: 28 juin 2016 à 14 h 13 min

Court, je maintiens, Richelieu et Machiavel étaient contemporains. J’en ai précisé le sens, dans mon oraison de 0h32.

Les oiseaux qui chantent dans votre jardin chantent trop la messe en latin du « pape de l’époque »( ? cherchez pas vous ôtres ! Court connait tout le la papauté, à toutes les époques, ils sont tous « contemporains »)

Le Cardinal de R. pratiquait donc, une philosophie  » de têtes ». Ach, vous m’en direz tant…

Savourez vos « bons » mots, comme disait le grand Victor, des fientes de l’esprit etc.

Je quitte ici Court, et vais m’adonner à la  » purgation ». C’est très aristotélicien.

Pablo75 dit: 28 juin 2016 à 14 h 55 min

@ Passou

« Pablo75 dit: 28 juin 2016 à 11 h 52 min
Elle a de la niaque, Martine R., sous le pseudo de lvdb ».

Quelqu’un a utilisé mon pseudo pour écrire un message que je ne comprends même pas.

MC dit: 28 juin 2016 à 14 h 13 min

Outre les déformations pretées à mes propos, Pour résumer: « Machiavel parait fade », devenu sous votre plume Machiavel ne vaut rien, et votre énorme bourde chronologique que vous vous vous employez à minimiser alors que vous avez bel et bien écrit: « Ils sont contemporains » ,votre épithète de « papiste machiavélique » dénote une profonde méconnaissance d’une politique au service de la France qui ne reculait pas devant l’alliance avec les Puissances Protestantes,
au grand scandale de l’Espagne et d’Anne d’Autriche.
Sans parler des tetes demandées et obtenues dans le haut clergé catholique en cour de Rome.
On rappellera pour mémoire l’oraison du Pape de l’époque: « S ‘il n’y a pas de Dieu, quel homme, mais s’il y en a un, il va payer! »
Après, je vous laisse la responsabilité de vos qualificatifs. Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet, disait le regretté Courteline.
MC

a dit: 28 juin 2016 à 14 h 01 min

Indépendamment de toutes les déformations pretées à mes propos Votre épithète de papiste machiavélique illustre une fois encorela méconnaissance du personnage, dont voici l’épitaphe par le Pape Urbain:
« S’il n’y a pas de Dieu, quel homme, mais s’il y en a un, il va payer! »
Je p

Widergänger dit: 28 juin 2016 à 11 h 47 min

Montaigne aussi a commis des plagiats. Il n’était pourtant ni avide, ni mégalomane, mais il était lui aussi bon et génial.

Comme quoi ce brave Pablo doit revoir ses clichés…! Hein, mon Pablo…

la vie dans les bois dit: 28 juin 2016 à 0 h 32 min

A 23h42, mon pauvre Court, bien sûr que le cardinal de Richelieu et Machiavel n’ont pas vécu ensemble en même temps. C’que vous êtes toujours la tête près du trottoir, c’est incroyable.

Votre argumentation en rhétorique pure, je ne saurais la définir. Mais elle s’illustre assez par ce rappel des faits:

Sur le fil de commentaires « Tillinac », vous commençâtes par haranguer vos ouailles, qui lisaient la Comtesse de Ségur pour toute philo politique, signalant que Le Cardinal de Richelieu , vot’ bon maître était bien meilleur que Machiavel.

Et loin de faire la démonstration de votre affirmation vous osâtes réfuter une question, la mienne, vous demandant quelle logique était à l’oeuvre dans vos propos.

Sans attendre votre réponse, j’en déduisis que ces deux hommes, qui bien sûr n’ont pas vécu ensemble, mais ont connu la même époque, sinistre anthropopithèque.
En ce sens l’un n’était pas du moyen âge et l’autre des Lumières, mais bien de l’époque fin Renaissance.
Vous signalant que le système politique de Paris n’était pas celui de Florence. Et pour faire simple, rien de comparable entre votre papiste machiavélique, et Machiavel le Républicain.

Las, mal m’en a pris, avec de grands effets de manche voilà que vous cédez de nouveau à votre passe-temps favori, tenant pour tout système argumentaire, le name dropping, l’élevant au rang des beaux arts de la rhétorique.
C’est donc sans regret que je vous laisse relire la Comtesse de Ségur et accessoirement Oresme.
Car pour Aristote, j’ai « la politique » à portée de main, je vous vous lirai demain à l’aube donc, je en prie, pauvre analphabète diplômé.

Qu’allez-vous me reprocher de ne pas écrire comme Dantec, espèce d’aérolithe. Je ne suis pas écrivain. Je lis, c’est déjà pas mal.

Et si vous ne savez pas par quoi commencer, faites comme moi, -il y a un peu moins de 20 ans, soit des siècle avant vos turpitudes « littéraires » webzéro-, prenez  » les racines du mal », de mémoire un bon polar.

Pablo75 dit: 28 juin 2016 à 0 h 31 min

@ MC

« Quant à Dantec, il écrivait avec ses tripes… »

Et avec l’aide de quelques substances interdites, dont apparemment il abusait un peu trop.

Pablo75 dit: 28 juin 2016 à 0 h 28 min

@ Widergänger

« Attali est un type très généreux. C’est la simple vérité. C’est un type bon. Un génie aussi. Mais c’est aussi un grand naïf, à mes yeux. »

Ses affaires de plagiat, tu les expliques comment? Para sa générosité? Par sa bonté? Par son génie? Par sa naïveté? Ou plus simplement par son manque de scrupules, son avidité et sa mégalomanie?

Charles dit: 28 juin 2016 à 0 h 07 min

Sergio dit: 28 juin 2016 à 0 h 05 min
Je veux dire par là qu’on n’enregistre guère dans ces formats…

Je vous crois volontiers mais vous conviendrez que « quadriphonie », ça fait riche. Et branché.

Sergio dit: 28 juin 2016 à 0 h 05 min

Je me posais la question, avec cette quadriphonie, elle existe toujours ; cela n’a jamais vraiment pris et, j’ai l’impression, le son cinq-un et a fortiori sept-un non plus. Je veux dire par là qu’on n’enregistre guère dans ces formats…

Charles dit: 27 juin 2016 à 23 h 53 min

Sergio dit: 27 juin 2016 à 23 h 45 min

Et toutes manières on n’a que deux oreilles donc donc donc

Et la queue ? Qu’est-ce que vous faites de la queue ? Les deux oreilles sans la queue, c’est comme une corrida sans banda.

Sergio dit: 27 juin 2016 à 23 h 45 min

La quadriphonie c’est pas mieux que le sept-un… Et toutes manières on n’a que deux oreilles donc donc donc…

Y a que l’âne à Clopine qui en a vingt cent mille !

Charles dit: 27 juin 2016 à 23 h 44 min

Dieu merci, les joyeux lurons de l’E.I. ont su s’affranchir de ces frilosités nazies. Je suis personnellement friand de ces scènes d’exécutions, plus ou moins pimentées de tortures, qu’on peut savourer sur des sites que des initiés tels que moi ont coutume de fréquenter. Après tout, nos ancêtres se délectaient bien à regarder les toiles du Caravage et de ses émules, représentant Judith en train de décapiter Holopherne ; représentations sanguinolentes à souhait, où se mêlent de façon délicieusement trouble la volupté de l’amour et celle du meurtre … Je ne vois pas bien la différence avec ce qu’on voit dans les vidéos de l’E.I. En tout cas, le plaisir est le même, du moins pour moi.

MC dit: 27 juin 2016 à 23 h 42 min

En quoi voulez-vous, sinistre imbécile, m’avoir mouché lorsque vous me décrivez Richelieu « contemporain de Machiavel »?

Pour la philosophie politique, lire un peu les Oresme, et la naissance de l’Etat pensé sous Charles V en grande partie selon Aristote, et le De Regno de Thomas d’Aquin, pour faire bref.

Quant à Dantec, il écrivait avec ses tripes c’est à dire mieux que vous ne le ferez jamais, et, entre autres pour cela, a retenu mon attention. Mais vous ne prétendez pas controler mes lectures?

Je vous laisse les anges brillantinés et fantasmatiques,issus de la postérité de Rudolf Valentino. C’est la seule aopparence de spiritualité qui vous aille.

Dans le doute de votre identité de foire, vous me permettrez de ne pas vous saluer.
MC

Charles dit: 27 juin 2016 à 23 h 31 min

Widergänger dit: 27 juin 2016 à 23 h 07 min

On en attendait pas moins de vous dans la provocation bon enfant qui mange pas de pain, Charles à la chemin brune…!

Mais où voyez-vous de la provocation là où il n’y a qu’une remarque de bon sens ? A propos de chemise brune justement, j’ai toujours trouvé ridicule et contre-productif le souci des nazis de cacher soigneusement leurs turpitudes d’Auschwitz et d’ailleurs ; alors qu’ils se seraient gagné bien des coeurs et bien des sympathies s’ils les avaient étalées sans vergogne sur la place publique. Pouvoir assister,par exemple, quasiment en direct, grâce à des caméras judicieusement placées, à un gazage collectif, voilà une volupté que des amateurs tels que moi (et ils sont nombreux) n’auraient certainement pas laissé passer. On imagine sans peine quelles orgies réunissant quelques successeurs du divin marquis en auraient été pimentées (sur grand écran et en hifi). C’est la volupté que j’ai savourée en lisant les dernières pages du « Dernier des justes », de Schwarz-Bart ; mais ça ne vaut tout de même pas la caméra en direct et la quadriphonie. Bien à vous.

Widergänger dit: 27 juin 2016 à 23 h 07 min

On en attendait pas moins de vous dans la provocation bon enfant qui mange pas de pain, Charles à la chemin brune…! Faudrait penser à se renouveler quand même de temps en temps, le disque finit par être rayé. Suffit pas de changer de pseudo pour renaître, mon petit chéri…

Chaloux dit: 27 juin 2016 à 23 h 04 min

Phil, à propos de Morand j’aurais pu mettre dans ma liste le Journal Inutile qui est vraiment un grand livre. Pendant des mois ou même davantage, on avait mis dans la vitrine de Corti un article reproduisant des propos de Gracq disant qu’il était en train de le lire, « à la fois fasciné et horrifié » (ou quelque chose d’approchant). Il y a de ça.

Charles dit: 27 juin 2016 à 23 h 03 min

On croit se promener à Fontainebleau et y vivre un bonheur ineffable alors que la classe ouvrière est en train de se faire trouer la peau et gâche la fête.

Je ne comprends pas bien cette remarque de Widergänger. C’est justement le fait que la classe ouvrière soit en train de se faire trouer la peau qui rend incomparable la jouissance du bonheur, à condition d’avoir une pleine conscience de la concomitance des deux expériences. Il est vrai qu’au temps de Flaubert, les amants n’avaient pas la possibilité de pouvoir suivre en direct, à la radio ou à la télé ou sur internet les événements tragiques qui leur eussent procuré une pleine conscience de leur bonheur. Tandis qu’aujourd’hui, on n’a vraiment que l’embarras du choix (twin towers, marché kasher ou bataclan). Personnellement, c’est en regardant en direct quelques uns de mes contemporains se faire déquiller que j’ai connu mes plus intenses orgasmes.

Paul Edel dit: 27 juin 2016 à 21 h 56 min

ça, Wgg,c’est tout à fait capital!
« il y a aussi, encore plus profondément, il me semble, l’intuition d’une forme moderne de déréliction et de crise générale de l’identité qui s’épanouira avec toute la grande littérature romanesque du XXè siècle, notamment avec Kafka, qui — et ce n’est pas un hasard — avait une sainte vénération pour l’Education sentimentale. »et vortre frencontre à contre courant en 81 est suerbe. bon, je retourne aux angliches contre les islandais qui ont mangé du lion..

Widergänger dit: 27 juin 2016 à 21 h 21 min

Oui, je souscris tout à fait à ce que vous dites, Paul, y compris dans cette différence bien pensée par vous entre Flaubert et Proust.

La question qui se pose immédiatement, c’est : Quel est le sens au fond de ce changement de perspective narrative ? À quoi cela correspond-il pour notre modernité ? Il est clair qu’il y entre, chez Flaubert, une part d’ironie dans le jeu avec l’Histoire et d’ironie de l’Histoire elle-même. Il veut nous faire sentir qu’on ne sait jamais au fond de quoi il est question dans notre existence. On croit se promener à Fontainebleau et y vivre un bonheur ineffable alors que la classe ouvrière est en train de se faire trouer la peau et gâche la fête.

Il veut nous faire sentir aussi sans doute notre profonde et essentielle solitude, celle dont parle Rilke dans les fameuses Lettres à un jeune poète, quand il écrit notamment : Wir sind einsam, qu’il faut traduire en vérité par : Nous sommes solitude, la solitude nous constitue dans notre être essentiellement, elle est de nature métaphysique. Cette dimension métaphysique est essentielle au personnage de Frédéric Moreau, dès le départ elle est soulignée. Et cette solitude métaphysique est au fond ce qui explique que les deux solitudes que sont Frédéric et Mme Arnoux n’arrive jamais à se rencontrer. Cet échec ne dépend pas d’eux, c’est inscrit dans leur être de solitude, solitude produire par une société de plus en plus inhumaine, solitude de la chosification progressive des êtres humains sous l’impulsion de capitalisme qui ne s’occupe que des marchandises, des choses, des êtres en tant qu’ils sont pris dans une logique industrielle comme le mari de Mme Arnoux, et de la société du spectacle avant l’heure puisque son mari est un industriel de l’image et jusqu’aux images pieuses à la fin réduites à des marchandises, à un monde purement matérialiste.

Derrière cette solitude, il y a aussi, encore plus profondément, il me semble, l’intuition d’une forme moderne de déréliction et de crise générale de l’identité qui s’épanouira avec toute la grande littérature romanesque du XXè siècle, notamment avec Kafka, qui — et ce n’est pas un hasard — avait une sainte vénération pour l’Education sentimentale.

Personnellement, une anecdote qui montre combien Flaubert et Frédéric Moreau sont éternels. Je me souviens encore comme si c’était hier — et ça m’avait frappé à l’époque déjà car j’y avais pensé après coup — qu’en 1981, au moment où une foule se pressait boulevard St Michel au début du mois du mois de Mai, je descendais ce même boulevard en contre-sens de la foule dont je me demandais bien de quoi elle était le signe, ne comprenant pas alors qu’elle se rendait au Panthéon pour la cérémonie d’intronisation du nouveau dieu des foules hagardes et flouées : Mitterrand…! En plus, j’étais vraiment sur mon 31, mais ça n’avait aucun rapport avec ladite cérémonie dont je n’étais même pas au courant…

JC..... dit: 27 juin 2016 à 20 h 42 min

Grand Rappel dit: 27 juin 2016 à 17 h 44 min
« JC n’a jamais entendu parler de Maurice G Dantec et de Pierre Pachet… ça vous étonne ? »

Qui a entendu parler de Grand Rappel ? ….

la vie dans les bois dit: 27 juin 2016 à 20 h 36 min

« au conditionnel, de manière interrogative »

allons allons, Lavande. On connait tous les « bonnes intentions » de « jibé »

Lavande dit: 27 juin 2016 à 20 h 34 min

Je ne comprends pas: vous attribuez tous à Jibé une « révélation » qui est de toutes pièces de ROSE (hier à partir de 21h44 et plusieurs autres posts) et que Jibé ne fait que relayer (12h40) au conditionnel, de manière interrogative.

la vie dans les bois dit: 27 juin 2016 à 20 h 32 min

@Jibé dit: 27 juin 2016 à 12 h 40 min

Barozzi, celle dont vous avez donné ici, à la fois la profession et le lieu de résidence, sans que personne ne vous demande rien, a sans doute ses raisons de la perdre la raison.
Mais comme j’ai entendu l’autre jour à la radio qu’une patronne de salon de coiffure n’a finalement pas été poursuivi pour insulte « homophobe », il faut croire que ce type de mentalité de salopard n’appartient qu’à un gender particulier.
Vous reprendrez bien un peu de salade de fenouil, pour le dîner ?

Paul Edel dit: 27 juin 2016 à 20 h 23 min

WWG,comme le remarque de Biasi dans son magnifique volume sur Flaubert , si l’homme Flaubert, éructe et tonne notamment dans ses lettres, et multiplie des phrases sur « la bassesse contemporaine » ou la « hideuse réalité »,(ses scies préférées) ,il n’en va pas de même pour son écriture romanesque. » L‘éducation sentimentale » assume les arrière plans sociaux de son époque avec une grande précision documentaire.Mais..Mais.. le pari étonnant, et même stupéfiant (qui a tant déconcerté le public ou même révolté ,) c’est qu’il y a une « défaite » de l’optimisme balzacien »,une effacement des grandes convulsions historiques devant la relativité des points de vue individuels e leur enlisement dans la monotonie, et une sorte de vertige du vide…finies les grands stéréotypes et clichés sur une époque conquerante.. le bas de plafond..la rumination…l’individu est encalminé dans sa conscience personnelle ;ce dévoilement fracasse tout.
Flaubert impose ce que personne ne veut voir :c’est qu’un baquet de lessive,et son eau bleue, dans sa trivialité, peut exercer dans la chaine des impressions un point nodal que l’annonce d’un héritage ne peut supplanter complètement dans la tête de Frederic Moreau ; une révolution dans la rue, ou les évènements de juin 1848 contre un cigare savuuré en compagnie d’un ami…o’jnstant subjectif contre le fleuve hustrique.. Les grands évènements historiques n’ont plus, dans la conscience du personnage romanesque flaubertien, ce système de hiérarchie attendue. Flaubvert désorganise les habitudes romanesques de ton temps..sciemment. .
La révolution ?les émeutes ? Les fusillades de 1848 ?. moins d’importance dans la trajectoire subjective de son personnage… on fume le cigare à un coin de rue.. et il privilégie, Flaubert, un boudoir avec ces fameux rideaux jaunes que ,déjà, Emma ,dans ses habituelles distorsions subjevctives contemplait dans sa logique exitentielle (qui annonce plus celle de V.Woolf que celle d’un personnage balzacien) dans les pulsions de sa vie émiettée, désolée, mijotant des journées entières dans son hiver normand et ruminant son désespoir érotique.

.ce qui devenait essentiel prémonitoirement, dans l’esprit d’Emma ,la rêverie sur un rideau jaune, va se développer avec Fréderic Moreau puissance dix.. où la logique du « réel » le plus plat l’emporte sur les clichés d’une société..C’est un renversement de valeurs si violent , un coup de force.. que même son amie George Sand en reste sidérée.. et un brin choquée..on lui fait payer cher dans la presse et chez les libraires..comme désormais on fait payer cher les avancées du Nouveau Roman.. dans notre époque réac en littérature.. Proust met, de la même façon la guerre 14-18 en toile de fonds et se livre à des fusions subjectives et labyrinthes suaves , possédé par d ses personnages ..on lui reprochera assez en 1918 de parler plutôt de jeunes filles de Cabourg que des poilus les pieds dans la boue des tranchées…. Notamment à la table des jurés Goncourt
Là, Proust est dans la ligne Flaubert dans les étagements et hiérarchies, perspective renversée entre fonds et premiers plans, entre faits historiques et incrustation des personnages… mais comme la distance du narrateur chez Proust avec chaque personnage est plus rapprochée, souvent délicatement affectueuse même, dans le comique, (à l’opposé de la distance énigmatique flaubertienne) il emporte le morceau..
et garde le lecteur de son côté.. Proust a préservé le minimum vital, un coefficient d’affection pour ses personnages que Flaubert, lui, dans sa radicalité, ignore. Flaubert va plus loin, au risque de casser toute relation avec son lecteur, ce qui lui arriva et ce dont il souffrit longtemps.

Les conséquences de cette esthétique romanesque flaubertienne se font sentir chez Proust et chez V .Woolf, bien sûr, avec bien chez ces derniers des effets moirés et des involutions er circonvolutions de mémoire que Flaubert n’a pas exploré comme eux…. Une haie fouettée par l’averse, dans l’esprit d’un personnage de Flaubert ,peut être plus important qu’un changement de gouvernement. N’est-ce pas Clopine ?

la vie dans les bois dit: 27 juin 2016 à 19 h 42 min

en réponse à MC dit: 27 juin 2016 à 14 h 42 min

mondieu, mondieu, Court, c’est bien vous ?
Alors il ne vous suffit point que je vous mouchasse à propos de philo politique, dans les commentaires du billet Tillinac ?,
pour que dans cette errance mentale presque woolfiesque des vieilles grenouilles de bénitier qui oublient le nom des anges,

tout fringant, vous vous repointâtes, luisant de brillantine de la tête au pied.

Ignorant crasse ! d’une époque où votre Paris de Cardinal était plus proche de Rome, que ne l’était Florence.

Et je ne vais pas vous laisser mener à bien cette « superchherie démoniaque » plus loin.
Vous êtes presque le dernier à pouvoir vous exprimer à propos de Dantec.

Laissez-donc la parole à ceux qui savent

Car il me fera du bien de repenser aux  » Racines du mal », dont j’ai égaré mes miens.
http://www.juanasensio.com/archive/2009/10/02/maurice-g-dantec-dans-la-zone.html#more

Gilles dit: 27 juin 2016 à 19 h 29 min

Alors voyons :La Chartreuse ! Ce qu’il y a de mieux.Rose pourquoi vous dites 26/06 à 22.51 que Passou  » ne s’occupe que de lui »?
Si c’est vrai c’est pas glorieux! Comme ces mandarins de médecine qui finissent incompétents dans les mondanités. On espère mieux pour notre Assouline.

Lucien Bergeret dit: 27 juin 2016 à 18 h 54 min

Puis, m’étant posé la question cruciale de mon identité et l’ayant résolue à mon entière satisfaction, je me posai derechef cette autre question « Ne m’égarè-je pas sur le degré auquel on doit lire Jibé? Croit-il vraiment ce qu’il nous dit? Ne se gausserait-il pas de telle personne qui a déjà avancé hier soir cette hypothèse? »
À cette question, je n’ai pas répondu.
Encore une fois, va savoir…

Lucien Bergeret dit: 27 juin 2016 à 18 h 47 min

« Et si c’est vrai, quid de Bergeret ? » (clopine, etc)

Excellente question à n’en pas douter!
Précisément celle que je me pose depuis que j’ai lu Jibé et, me la posant, je me suis répondu « Mais non! Voyons! Que diable! Je n’ai jamais été correcteur au Monde.fr ou autre…
De cela, je suis sûr; pour le reste, va savoir… »

Phil dit: 27 juin 2016 à 18 h 25 min

Rigodon n’était pas achevé quand Céline est mort. Lucette qui ne part jamais en sucette s’est occupée de finir l’ouvrage, peut-être à quatre mains disent les spécialistes. enfin qui c’est que ça intéresse parmi les listeurs..nobody.
Widergänger, vous avez une connaissance intime d’Attali que nous n’avons pas. ne me souvenais plus de ce dîner avec Bousquet. Chardonne a dû y passer aussi (dans le dîner)? tout ça consigné dans le verbatim.

Widergänger dit: 27 juin 2016 à 18 h 25 min

Oui, Paul, mais cette objectivité tant vantée par lui est trompeuse, et on s’y laisse prendre facilement.

En réalité, Flaubert a inventé un réalisme subjectif, dans la mesure où il confronte les points de vue de ses personnages, sans doute sous la pression de ses propres frustrations à dire ce qu’il pense. Il le fait dire aux autres, et c’est plus crédible ainsi. Et il n’a pas l’impression de transgresser sa pudeur native, et, au-delà, un vrai problème littéraire : comment motiver les propos du narrateur ? Sinon, en faisant comme Balzac et le grand Hugo, dont c’est, il faut bien le dire, une faiblesse dans ses grands et moins grands romans.

Ce faisant, il invente non seulement un réalisme nouveau, un réalisme subjectif, mais il va au-delà. Il invente ce sentiment si moderne du relativisme des points de vue et de la crise d’identité qu’il implique au fond. Flaubert va au-delà de Flaubert, et annonce déjà Virginia Woolf !

bouguereau dit: 27 juin 2016 à 18 h 16 min

Et si c’est vrai, quid de Bergeret ?

ça te tient bien plus que « les hauts » bonne clopine..

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