de Pierre Assouline

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La République des livres
Les libraires ont-ils une conscience ?

Les libraires ont-ils une conscience ?

Au fond, les libraires ont ceci de commun avec les éditeurs qu’eux aussi pourraient faire leurs la formule de Gaston Gallimard : « Nous ne sommes pas des commerçants comme les autres : nous avons passé un pacte avec l’esprit ». Sinon les livres seraient des produits comme les autres et ça en serait fini de cette fameuse exception culturelle que le monde entier (ou presque) nous envie. Les uns et les autres exercent une responsabilité. Pour être libraires, ils n’en sont pas moins humains, avec ce que cela suppose de dilemmes. Non pas : être ou ne pas être, mais dans une variante un peu moins existentielle : vendre ou ne pas vendre. En ce moment, c’est de La France n’a pas dit son dernier mot (Rubempré) d’un certain Eric Zemmour qu’il s’agit. Il est des libraires un peu partout en France qui ne peuvent pas vendre « ça » ; c’est au-dessus de leurs forces ; leur conscience le leur interdit. Question de morale, de civisme ou parfois d’engagement politique. Le problème, c’est qu’ils n’en ont pas le droit. Le refus de vente est puni par la loi. Ce n’est certes plus un délit depuis 1986 mais ça n’en est pas moins condamné par le Code de la consommation. Rien n’oblige un libraire à l’exposer en vitrine ou sur un présentoir. On en connait qui le gardent dans leur réserve et ne l’en sorte qu’à la demande du client ; il en est d’autres qui louvoient en plaidant la rupture de stock, ce qui risque d’être lassant lorsque le livre en question se trouve être le plus demandé, et les place dans une situation paradoxale car cela fait le jeu d’Amazon dont ils sont souvent les premiers à dénoncer la domination et les pratiques. Le débat est récurrent. Face aux menaces d’attentat et le danger qu’ils faisaient courir à leurs […]

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