de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Les ténèbres au coeur de l’univers de Joseph Conrad

Les ténèbres au coeur de l’univers de Joseph Conrad

Le rituel des célébrations a parfois du bon. Une fois lambris, flonflons et autres salamalecs mis de côté, il engage à revisiter une œuvre et un écrivain. A la fin de l’année, à l’occasion du 160 ème anniversaire de sa naissance, hommage sera rendu à Joseph Conrad. La Pléiade ne pouvait laisser passer pareille occasion. Un volume est annoncé pour le 28 septembre intitulé Au Cœur des ténèbres et autres écrits, ceux-ci regroupant sous un titre désinvolte rien moins que Le Nègre du « Narcisse », Lord Jim, Typhon, Amy Foster, Le Duel et la Ligne d’ombre, excusez du peu. Des œuvres composées dans une grande audace narrative entre 1897 (le manifeste artistique du Nègre) et 1917 (sa confession de la Ligne) à une période de sa vie où, terrifié par la perspective d’avoir stérilisé sa plume, il se méfiait de ce qu’il appelait « les obscures impulsions » de l’imagination. Cette édition, dirigée par Marc Porée qui la préface, reprend notamment des anciennes traductions de Sylvère Monod, G. Jean-Aubry, André Gide…

J’avoue un attachement personnel pour celle d’Odette Lamolle paru il y a une quinzaine d’années chez Autrement, surtout si on la complète par la lecture de deux courts textes de Conrad qu’Olivier Frébourg avait eu l’idée d’exhumer et de réunir en un volume en 2007 Du goût des voyages suivi de Carnets du Congo (traduits de l’anglais et présentés par Claudine Lesage, 121 pages, 12 euros, Equateurs). Je ne suis pas convaincu qu’ils soient vraiment la matrice de Coeur des ténèbres comme annoncé ; en tout cas, ça ne m’a pas sauté aux yeux. Le second, journal de voyage de l’année 1890, est assez pauvre et décevant de par sa sécheresse factuelle. En revanche, le premier est emballant car l’auteur y montre en 1924, soit un an avant sa mort, à quel point une vie de renoncements manifestes (à la langue natale, à un destin de grand voyageur, à une carrière d’officier de marine, à des femmes) a été en fait tenue du début à la fin par le point fixe de la littérature considérée comme un absolu indépassable, et à « cette oisiveté apparente d’un homme hanté par la quête des mots ».joseph-conrad-9255343-1-402

Conrad n’a jamais cessé d’être écrivain, même lorsqu’il était capitaine de l’Otago ou qu’il remontait le fleuve Congo à bord du steamer Roi-des-Belges. L’éditrice du texte Claudine Lesage a bien raison d’insister sur le « J’irai là ! » (en Afrique, au Congo, au fleuve) qui a secrètement rythmé sa vie. Ce que je retiens de ce petit livre inconnu ? Un passage sur la mer « qui garde le sens de son passé, le souvenir des exploits accomplis par sagesse ou par audace… » Et puis, in fine, cette reconnaissance de dettes aux récits des explorateurs et des géographes qui ont bercé sa jeunesse, et qui est la vraie justification d’un texte écrit par un grand écrivain gagné par le sentiment de l’ultime départ :

« C’est ainsi que, grâce aux livres de voyages et de découvertes, tous peuplés des ombres inoubliables des maîtres d’une pratique qui, en toute humilité, devait être un jour la mienne, la mer a été un endroit sacré pour moi… »

De toute façon, de quels moyens dispose un traducteur s’il veut se distinguer de ses prédécesseurs lorsqu’il s’attaque à classique ? Soit il les dézingue, soit il innove en revisitant le chef d’oeuvre, soit il découvre une autre voie révélant une autre voix, soit il annonce le rétablissement du texte dans toute sa vérité, soit il réussit une version exceptionnelle qui s’impose d’évidence, … La traduction de Coeur des ténèbres (c’est le titre choisi) parue aux éditions des Equateurs offre la particularité d’être un bouquet d’un peu de chacune de ces options. On la doit justement à Claudine Lesage. Si toute nouvelle traduction est un coup d’Etat, il doit opérer, s’il veut s’inscrire durablement dans les esprits, un subtil mélange d’orgueil et d’humilité. C’est le cas puisque dès la présentation, dès la première ligne de la première page, la traductrice décrète que « l’ennui » régnait jusqu’à ce jour dans la lecture française de Coeur des ténèbres toutes éditions confondues. Il ne nous avait pourtant pas semblé que l’ennui nous gagnait en lisant le chef d’oeuvre de Conrad tel qu’il nous a été transmis, d’André Ruyters (1925) à Odette Lamolle (1995) en passant par Georges-Jean Aubry, Sylvère Monod et Jacques Darras. Sinon comment Coeur des ténèbres aurait-il acquis depuis si longtemps chez nous le statut de livre-culte, même s’il s’est longtemps intitulé Au coeur des ténèbres, ce qui n’est pas tout à fait pareil (mais c’était fidèle au titre originel The Heart of Darkness dans Blackwood’s Magazine en 1899 ?

jconradOn ne se livrera pas ici à un charcutage des différentes versions afin de comparer la valeur des points-virgule, les allitérations et la concordance des temps. Le simple lecteur, entendez par là celui qui n’est pas prêt à substituer la technique de traduction au plaisir du texte, accorde sa confiance à toute nouvelle version, par principe, quitte à la lui retirer si la traversée n’a pas été bonne. Seul compte le texte. Voilà pourquoi l’analyse d’Apocalypse now que Claudine Lesage juge nécessaire d’exposer dans sa présentation ne nous paraît pas indispensable; d’autant que, tout de même, Francis Coppola n’a fait que s’inspirer de la trame de la nouvelle, la déshumanisation de l’homme au fur et à mesure de la remontée initiatique du fleuve, la débarrassant de sa dénonciation du colonialisme, de l’esclavage et de la brutalité de l’Administration pour lui substituer une charge contre la folie barbare de la guerre. Coppola a signé le scénario de son film avec John Millius, et Michaël Herr le récit, mais Coeur des ténèbres n’est même pas crédité au générique du script tant l' »adaptation » s’est voulue libre, alors pourquoi y revenir ? Voudrait-on nous obliger à constamment superposer le film au livre, et un chef d’oeuvre à l’autre, que l’on n’y prendrait pas autrement.

Plus stimulante et novatrice nous paraît être la volonté de la traductrice d’ancrer sa version du roman dans une dimension philosophique, Conrad étant alors soupçonné d’avoir récrit et détourné la notion d’Idée chère à Platon pour l’appliquer au colonialisme et en faire « matière à romance ». Platon plutôt que Platoon, La République et Le Banquet à l’appui. Le pointage lexical opéré par la traductrice, et destiné à relever les coïncidences entre le Polonais et le Grec, englobe des mots tels que « l’âme », « la croyance », « la retenue », « le mystère », « la connaissance », « l’ignorance », « l’éducation », « la folie », « la vertu »,, « la réminiscence », « l’obscurité », « le bourbier », « la lumière », « le fleuve »…

« Sans doute faut-il simplement en retenir que Conrad adapte Platon à des fins littéraires… » écrit-elle en conclusion, après nous avoir promis que sa traduction dépoussiérante rendait enfin justice à la modernité du texte. On n’a alors qu’une envie, se glisser dans le récit, se laisser envelopper dans le filet de sensations sur les rives de la forêt obscure, les battements du tam-tam pareils aux battements d’un coeur, puis se laisser emporter par le fleuve, simplement. …

« Ici même, régnaient autrefois les ténèbres » dit soudain Marlow. Seul parmi nous à « prendre » encore la mer, le moins que l’on pût dire de lui, c’est qu’il était atypique. c’était un marin, mais un marin qui avait le goût de l’aventure, contrairement à la plupart de ses congénère qui, leur bateau pour maison et la mer pour patrie, sont d’un naturel plutôt casanier. Tous les bateaux ne se ressemblent-ils pas et la mer n’est-elle pas toujours la même? Si bien que dans un environnement aussi immuable, les rivages inconnus comme les visages étrangers, la vie même dans son immensité toujours changeante, tout glisse devant leurs yeux, non pas tant voilé d’un sentiment de mystère que d’une indifférence légèrement dédaigneuse puisque le seul vrai mystère pour un marin c’est la mer elle-même qui, telle l’imprévisible Destinée, règle sa vie. Pour le reste, le labeur du jour achevé, une balade à terre ou une bordée occasionnelle ont tôt fait de dévoiler pour lui les secrets de tout un continent; après quoi, il en tire généralement la conclusion que cela n’en valait pas la peine » » (le texte original anglais se trouve ici, et l’extrait à partir de « And this also, » said Marlow suddenly, « has been one of the dark places of the earth…)


On y est enfin, l’heure de gloire de la sauvagerie au coeur de la wilderness. On n’en a pas fini avec Conrad.

(« Kotya libaya » Photo Leonora Baumann ; portraits de Joseph Conrad, photos D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire, Littérature étrangères.

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1 080 Réponses pour Les ténèbres au coeur de l’univers de Joseph Conrad

Petit Rappel dit: 10 août 2017 à 16 h 44 min

St Simon l’autre titre son texte la Parabole. Les talents y sont concernés, mais ne figurent pas dans le titre…
MC

Jean Langoncet dit: 9 août 2017 à 23 h 06 min

Voudriez-vous répertorier et hiérarchiser les différents interprètes de cette parabole si parfaitement bordélique, où chacun quitte sa qualité initiale pour mieux duper son semblable ?
Calvin a mes faveurs de novice

la vie dans les bois dit: 9 août 2017 à 22 h 56 min

Langoncet, le tout est de savoir de quoi on cause. La bavasserie, pour ne rien dire, c’est justement ce que pourfend Saint-Simon, descendant de l’autre, dans sa parabole des talents.

christiane dit: 9 août 2017 à 22 h 24 min

@Widergänger dit: 9 août 2017 à 22 h 10 min
Mépris qui ne passera pas. Ne vous épuisez pas à me lire. Vous aussi vous êtes creux, vous aussi vous gâchez votre voix dans la h.aine et la boursouflure. Ne m’importunez plus.

christiane dit: 9 août 2017 à 21 h 57 min

@Jean Langoncet dit: 9 août 2017 à 21 h 06 min
Je ne me berce pas d’addiction comme certain : « Le réel »… C.Rosset est passé par là, il repasse ici comme le furet.
Je pense que Kurtz a gouté à la fascination d’une âme vouée au mal, le monstre de Conrad. Il ne reste que le bruit de sa parole frauduleuse, à vide, son visage grimaçant. Un homme creux. Il a versé dans l’horreur absolue, mis les mains dans le sang sans vergogne, s’est laissé possédé par le vertige de la puissance absolue sans être entravé par la morale, avec volupté. Un carnage au milieu de l’idolâtrie des indigènes, valeurs occidentales oubliées… enfin, l’équivalent et le pire suivront dans l’Histoire en occident. C’est devenu un tyran sanguinaire et fou, un personnage maléfique, corrompu, un être perdu bredouillant une litanie, fragile, faible et minable face à la mort qui le rejoint au bout de sa nuit. Qu’a-t-il fait de ses dons, de sa voix venue du fond des ténèbres ? Qu’est-il devenu ? un fantôme… Il est l’image décadente de l’occident.

Jean Langoncet dit: 9 août 2017 à 21 h 06 min

Une dette perpétuelle
« (…)[Kurtz]finit par incarner le coeur énigmatique des ténèbres : le lieu où se rencontrent l’abjection la plus absolue et l’idéalisme le plus haut. ».
Brrr…

Widergänger dit: 9 août 2017 à 21 h 03 min

Mais c’est une damnation éternelle ! Parce que c’est la figure du réel précisément. Comme l’explique Lacan, l’épreuve du réel est toujours une épreuve de l’horreur. On n’est pas dans l’imaginaire, pas dans le symbolique, mais dans le réel. Je crois que c’est difficile à comprendre pour la plupart d’entre vous. Marlow lui est dans l’imaginaire des idéaux de la civilisation, dans les utopies, à partir desquels il juge Kurtz. Kurtz se juge beaucoup plus cruellement encore que personne. Il sait qu’il n’y a pas de remède au réel, pas de rémission des péchés. Le réel est un, quelles que soient ses déterminations contradictoires. Qui veut assumer pleinement le réel ne peut pas ne pas assumer l’horreur. Voilà ce que veut dire : « Horreur ! Horreur! »

Jean Langoncet dit: 9 août 2017 à 20 h 56 min

la vie dans les bois dit: 8 août 2017 à 21 h 41 min
Langoncet n’a rien compris à la parabole des talents. C’est Sublime, presque.
Comme on me l’a grossierement résumée l’autre jour, en substance : le jour où tu auras trouve un boulot, tu n’auras plus besoin de chercher un travail, pour le reste de tes jours. CoComprenne, pas tout le monde…

http://www.persee.fr/doc/rscir_0035-2217_1991_num_65_4_3182

Convaincus ?

christiane dit: 9 août 2017 à 20 h 48 min

@x dit: 9 août 2017 à 19 h 46 min
Ce qui m’avait plu dans le billet de P.Edel, c’est ce qu’il disait de la nouvelle. En cela (relire les dernières lignes citées, je faisais un lien avec celle de Conrad pour la fascination de « l’abîme » et le coté désespéré de cette littérature. Pour les autres romans cités c’est l’ambiance de l’attente qui étire le temps et cet ennemi invisible qui rôde et crée un climat d’inquiétude. Ce que vous soulignez.
Quant à Kurtz, il ne se laisse pas saisir facilement, il s’efface dans une agonie murmurante avec le mystère de cette répétition que je ne traduis pas du tout comme W. « Horreur ! horreur ! ». Une sorte de damnation éternelle.
Merci pour la qualité de votre réponse.

x dit: 9 août 2017 à 19 h 46 min

Christiane, je ne voix pas très bien d’équivalent au Grand Forestier dans ces deux autres romans que vous citez, mais c’est peut-être ma mémoire défaillante ?
(En revanche ces récits auraient en commun avec Au Cœur des Ténèbres l’attente suscitée par l’évocation et étirée, prolongée)
Je mentionnais Les Falaises de marbre un peu par esprit de contradiction avec l’imaginaire colonial qui résiste (alors que la forêt germanique était depuis Tacite associée à la liberté des peuplades qui y tenaient leurs assemblées) et parce que je me souvenais d’une vision cauchemardesque commune aux livres ; der Oberförster, le Gd Forestier, et Kurtz partagent un goût assez particulier s’agissant de la décoration des cabanes :
Über dem dunklen Tore war am Giebel-Felde ein Schädel festgenagelt, der dort im fahlen Lichte die Zähne bleckte und mit Grinsen zum Eintritt aufzufordern schien. Wie eine Kette im Kleinod endet, so schloß in ihm ein schmaler Giebelfries, der wie aus braunen Spinnen gebildet schien. Doch gleich errieten wir, daß er aus Menschen-Händen an die Mauer geheftet war. Wir sahen das so deutlich, daß wir den kleinen Pflock erkannten, der durch den Teller einer jeden getrieben war.
Auch an den Bäumen, die die Rodung säumten, bleichten die Totenköpfe, von denen mancher, dem in den Augenhöhlen schon Moos gewachsen war, mit dunklem Lächeln uns zu mustern schien.
(Je n’ai pas ici la belle traduction de Henri Thomas, cela se trouve au ch. 19 : en gros, il s’agit d’une grange avec un crâne cloué au-dessus de la porte qui semble vous prier d’entrer, entouré d’une sorte de frise de mains humaines fixées au mur. Et dans les arbres autour de l’espace défriché ce sont des têtes de mort blanchies — la mousse a déjà poussé dans certaines orbites — qui paraissent toiser ceux qui passent par là …)

Au Cœur des ténèbres :
I directed my glass to the house. There were no signs of life, but there was the ruined roof, the long mud wall peeping above the grass, with three little square window-holes, no two of the same size; all this brought within reach of my hand, as it were. And then I made a brusque movement, and one of the remaining posts of that vanished fence leaped up in the field of my glass. You remember I told you I had been struck at the distance by certain attempts at ornamentation, rather remarkable in the ruinous aspect of the place. Now I had suddenly a nearer view, and its first result was to make me throw my head back as if before a blow. Then I went carefully from post to post with my glass, and I saw my mistake. These round knobs were not ornamental but symbolic; they were expressive and puzzling, striking and disturbing—food for thought and also for vultures if there had been any looking down from the sky; but at all events for such ants as were industrious enough to ascend the pole. They would have been even more impressive, those heads on the stakes, if their faces had not been turned to the house. Only one, the first I had made out, was facing my way. I was not so shocked as you may think. The start back I had given was really nothing but a movement of surprise. I had expected to see a knob of wood there, you know. I returned deliberately to the first I had seen—and there it was, black, dried, sunken, with closed eyelids—a head that seemed to sleep at the top of that pole, and, with the shrunken dry lips showing a narrow white line of the teeth, was smiling, too, smiling continuously at some endless and jocose dream of that eternal slumber.

(Il y a cette fois une certaine distance et un instrument optique entre l’observateur et la chose — d’où le côté peut-être « même pas peur » … Mais il faudrait d’abord que je relise tout le récit pour pouvoir en dire quelque chose ; il y a beaucoup de « filtres » ou d’écrans, ustensiles ou personnes, qui viennent s’interposer tout au long du récit. Je ne me souvenais que des têtes …)

Petit Rappel dit: 9 août 2017 à 15 h 40 min

lu cette belle formule dans un récent et assez mauvais livre de Coatrieux sur Alejo Carpentier:
« Lire n’empeche pas les fantômes »…

Janssen J-J dit: 9 août 2017 à 14 h 56 min

@Et pourtant au départ je n’étais pas fort sur le haricot vert.

C’est bien d’apprendre à tout âge, voire de commencer à 44 ans : on est un bon garçon, il en faut des comme ça !

Janssen J-J dit: 9 août 2017 à 12 h 03 min

Pendant longtemps, je me suis levé de bonne heure, sans avoir jamais compris pourquoi il fallait cultiver son jardin. Je croyais que les bibliothèques étaient mon jardin (secret), jusqu’au moment où j’ai enfin grandi et compris qu’elles n’étaient qu’un pré carré étouffant la vie, alors que les haricots verts ouvraient définitivement sur la beauté du monde… La plupart des livres faisaient pâle figure, qui prétendaient le plus souvent en enfermer et expliquer la laideur.
(« Il arrive souvent en rêve que deux fils narratifs (ou plus) se déroulent en même temps, mais l’un tend à imposer une structure dominante, si bien que l’autre doit suivre »). Un jour, wgg suivra mon fil, mais pour lui, il sera bien trop tard. C’est sa vie après tout… et « les mots ne peuvent pas sortir ».

Widergänger dit: 9 août 2017 à 11 h 49 min

La fin du roman indique que l’embarcation, le « yawl » se dirige vers la pleine mer, à l’horizon assombri de nuages noirs. Mais il ne rourne pas sur ses traces vers l’arrière, vers l’amont. Il file vers le XXè siècle, que Conrad a pressenti tragique alors que son époque est une époque de grande renaissance de la culture (les années 1880-1914 où on réinvente tout : l’art, la science, l’économie, la puissance politique, etc), une époque très semblable à l’enthousiasme de la Renaissance italienne à Florence.

Vicdoria dit: 9 août 2017 à 11 h 40 min

Aimer son haricot, lui apporter de l’attention, à l’instar de Gigi, est très louable. Moi aussi j’ai fait du haricot vert, ça donne unbpeu de travail mais un bon haricot vert fin tendre du jardin bio, bien équeuté cuit à point, c’est absolument divin.
Et pourtant au départ je n’étais pas fort sur le haricot vert.

Widergänger dit: 9 août 2017 à 11 h 39 min

Pour Kurtz, le réel est assumé dans une indiscernabilité de l’enthousiasmant et de l’horrible. C’est bien ça qui est difficile de comprendre à un regard contemporain (de maintenant). Nous sommes dans le discernement de la morale, de la décadence, Kurtz est dans la passion du réel, de la volonté créationiste d’un monde nouveau. C’est ce qui rend la lecture du roman de Conrad difficile et les contre-sens très faciles sur Kurtz.

Marlow d’ailleurs change un peu de position au cours du récit en commentant un mensonge auprès de la veuve, qu’il considérait pourtant comme de l’ordre du démoniaque au milieu du récit.

Vicdoria dit: 9 août 2017 à 11 h 34 min

Ce soir je mange une choucroute garnie. Je n’aime pas beaucoup ni les gens ni la cuisine de l’Est de la France mais je ferai un effort. Les saucisses et le jambonneau, ça va. Je suis plus réservé sur les kartoffels et ce chou en saumure qui il faut bien le dire sont des concepts très germaniques.

Widergänger dit: 9 août 2017 à 11 h 33 min

Eh oui, mon Gigi, mais il y a un autre monde que ton pré carré avec tes haricots mouillés. C’est bien ça que t’as énormément de mal à piger.

Widergänger dit: 9 août 2017 à 11 h 30 min

Pour Marlow (comme pour nous aujourd’hui), l’enthousiasmant est du côté de l’imaginaire, des grandes utopies que lui a léguées le 19è siècle. Pour Kurtz, l’enthousiasmant est du côté du réel : il s’agit de réaliser effectivement dans la réalité ce que le 19è siècle a rêvé. Mais ce faisant la contradiction entre l’enthousiasme et l’horreur cesse d’exister, la passion du réel vient abolir ces contradictions dans le projet grandiose qu’est pour Kurtz et le XXè siècle la création d’un homme nouveau fondé sur la fraternité et la justice : la fraternité est sa valeur suprême là où Marlow est dans le solipsisme et il dit lui-même qu’il ne cherche que « la justice ». Ce sont deux cadres mentaux qui s’affrontent, à la fois historique (le 19è siècle affronté au 20è siècle), épistémiques (la vérité de l’un est le mensonge de l’autre) et axiologiques (la valeur suprême de l’un — la liberté — n’est pas la valeur surême de l’autre — la fraternité).

Widergänger dit: 9 août 2017 à 11 h 20 min

S’il y a une différence entre Marlow et Kurtz, elle est fondamentale en ceci que le premier est encore un homme du 19ème siècle tandis que le second est déjà un homme du XXè siècle.

Marlow voit son siècle, le 19è siècle, comme un siècle rêveur, un siècle d’utopie, de faux progrès (il dénonce la duperie qu’est l’entrerpise coloniale de la Cause du Progrès) ; il ne cesse de voir le monde comme un rêve : « on est prisonnier de l’incroyable, qui est de l’essence même du rêve », déclare-t-il. Ce faisant, il est prisonnier de lui-même, enfermé dans le solipsisme de l’être : « il est impossible de communiquer la sensation vivante d’aucune époque donnée de son existence – ce qui fait sa vérité, son sens – sa subtile et pénétrante essence. C’est impossible. Nous vivons comme nous rêvons – seuls… » La valeur suprême, celle qui subsume toutes les autres, qui guide ce siècle c’est la liberté d’entreprendre, la liberté tout court au détriment des deux autres : l’égalité et la fraternité. Marlow est montré dès le départ comme un marginal de sa classe : « Le pire qu’on pût dire de lui, c’était qu’il n’était pas représentatif de sa classe », et il se retrouve également isolé de ses compagnons à la fin de la nouvelle : « Marlow ceased, and sat apart, indistinct and silent. » La fraternité est absente de la vie de Marlow tandis qu’elle est omniprésente dans la vie de Kurtz, qui a rencontré la fraternité de tout un peuple. Marlow regarde vers le 19è siècle, comme une époque de paradis perdu, d’une civilisation abolie par la décadence et la barbarie, tandis que Kurtz voit le 19è siècle comme le rêve que le 20è siècle tend à rendre réel. Marlow est dans la nostalgie, Kurtz dans la projection et la passion du réel au nom de laquelle les contradiction s’abolissent entre l’enthousiasme et l’horrible.

Ainsi le roman de Conrad se situe bien à la croisée des chemins des deux siècles qu’il soude et sépare en même temps. Et il propose au lecteur de son temps de s’interroger pour savoir de quel côté ils regardent : regardent-ils derrière eux vers la nostalgie de rêves utopiques de liberté qui s’achèvent en cauchemar ou bien regardent-ils vers l’avant vers l’enthousiasme prophétique qui subsume l’horreur et l’enthousiasme sous la passion du réel pour construire l’homme nouveau et l’arracher au vieux monde quitte à user de la violence ?

Le roman me semble beaucoup plus complexe qu’une simple dénonciation des horreurs du colonialisme.

christiane dit: 9 août 2017 à 10 h 50 min

X. 10h20
Si je tire le fil de la mémoire : Le désert des Tartares. de Buzzatti et Le rivage des Syrtes de Julien Gracq… Le Grand Forestier hante tant la littérature avec tous ses pseudos et les mémoires !

christiane dit: 9 août 2017 à 10 h 40 min

@Janssen J-J dit: 9 août 2017 à 10 h 15 min
F.L. et ses « contes et discours bigarrés », aussi. Humour et érudition. Avec un Giuseppe Arcimboldo en couverture !

christiane dit: 9 août 2017 à 10 h 31 min

@x dit: 9 août 2017 à 10 h 21 min
Les abysses de la mémoire, ici. Ce livre que j’ai lu et aimé il y a tant d’années… Comme c’est juste.

x dit: 9 août 2017 à 10 h 21 min

Dans le domaine allemand, Christiane, je penserais surtout à Sur les Falaises de marbre de Jünger et au personnage du Grand Forestier

Janssen J-J dit: 9 août 2017 à 10 h 15 min

Le temps s’est bien rafraîchi ce matin. Les commentaires de la nuit sont plus sereins. Conrad est en effet propice aux ramifications littéraires. Normal quand chacun tente de s’extraire des ténèbres plutôt que d’y rester emprisonné. – Un rebouteux de ma région voit défiler devant sa porte, cet été, des dizaines de malades inguérissables par les voies traditionnelles. Et tous ou à peu près en ressortent guéris. Il ne leur fait jamais payer la moindre consultation car, explique-t-il, il a reçu du bon Dieu le don de guérir le mal. Mais il ne refuse pas un jambon à l’occasion, ou un kilo de fruits. – Il y a des professeurs de littérature qui comptent : au moins deux élèves connaissent FL, c’est rassurant ici. – Le vieux psychothérapeute américain Irvin Yalom explique ceci à l’un de ses patients : « J’ai fait maintes et maintes fois le constat que l’effroi devant la mort était étroitement lié à la vie que l’on n’a pas vécue. Voilà pourquoi je me focalise sur la qualité de votre existence » – Hélas, je ne suis pas amoureux en ce moment. Vous pensez bien que si je l’étais, je ne serais pas là à vous saluer avec les réminiscences du matin, quand tous les deux jours, les haricots verts du jardin appellent à être cueillis et cuisinés dans la foulée. Comme il a beaucoup plu cette nuit, il faut attendre un peu qu’ils s’assèchent. – (de William S. B., cette notation juste : « Les transitions qui s’opèrent dans les rêves ne ressemblent absolument pas aux effets de cinéma, fondus et autres couillonnades. Ils se rapprochent plutôt d’un changement de point de vue »). C’est ce que j’ai compris hier des bribes des propos incohérents de ma pauvre mère qui s’enfonce chaque jour plus avant dans les ténèbres de sa démence sénile. –
C’est la vie, elle est belle, tous les jours, puisqu’elle avance, imperturbable et sourde à la condition humaine et animale. « Un mystère que nous ne pouvons comprendre mais que nous devons croire », disait, je me souviens, le petit catéchisme de mon enfance catholique.

BJ à toussent.
Je salue

Phil dit: 9 août 2017 à 9 h 45 min

oui Widergänger, sa prose, en moins fleurie mais aussi vive que celle de Léry, nous donne le regret de la « France antarctique »..

Widergänger dit: 9 août 2017 à 9 h 41 min

En tout cas, Phil, il ne revendique pas une part du territoire brésilien… Mais il a écrit des articles fondamentaux sur Jean de Léry.

Widergänger dit: 9 août 2017 à 9 h 39 min

F. Lestringant est surtout celui qui a révélé au public savant l’œuvre d’André Thévey, le cosmographe des derniers Valois. Et pensé l’importance de la perception de l’espace pour l’homme de la Renaissance. Le début d’un grand cycle, à cet égard, qui s’achève à la fin du XIX è siècle avec les conséquences de l’impérialisme des grandes puissances en Afrique suite à la Conférence de Berlin où elles se sont partagées le territoire africain laissant libre cours aux derniers explorateurs pour cartographier les restes de la planète qui ne l’étaient pas encore. C’est ce que raconte Marlow à propos de sa passion d’adolescent (celle de Conra lui-même) pour la géographie et les blancs des cartes qui n’existent plus à présent qu’il parle.

Phil dit: 9 août 2017 à 9 h 35 min

Conrad et Mann dans le même bateau de la décadence, bien vu Christiane. Lestringant tient autant à son huguenotisme que Villegagnon.

Widergänger dit: 9 août 2017 à 9 h 29 min

Lestringant est un prof extra, grand seisiémiste, huguenot (il y tient) : auteur d’une trentaine de livres absolument incontournable pour comprendre la Renaissance, et de plusieurs centaines d’articles tous plus importants les uns que les autres publiés dans des revues savantes. Un savant, un vrai. Il n’a pas qu’écrit une incontournable biographie de Musset mais aussi des articles sur la poétique de Musset.

Petit Rappel dit: 9 août 2017 à 9 h 16 min

Franck Lestringant, auteur d’un remarquable Musset et de divers livres sur la Renaissance publiés souvent chez Chandeigne.

christiane dit: 9 août 2017 à 5 h 51 min

Plus les commentaires s’accumulent, plus la lecture de la nouvelle de Conrad étend ses ramifications sur d’autres livres, d’autres auteurs et c’est passionnant.
Sur le blog de P.Edel, un commentaire a fait ressurgir un billet qu’il avait écrit en novembre 2010 : « La mort à Venise », la nouvelle de T.Mann. Il écrit ces lignes qui, pour moi, ne sont pas sans rapport avec la création du personnage de Kurtz chez Conrad :
« … cette nouvelle sent le phénol, la chair livide, la décomposition sociale ainsi que la décomposition physique et solitaire ; l’ironie ne peut plus rien et ne fait plus rempart philistin. C’est assez sidérant dans le diagnostic abrupt.(…) méditons ce qu’il écrit : « … mensonge et duperie ; notre gloire, les honneurs qu’on nous rend, une farce (…) pour celui que sa nature, incorrigiblement incline vers l’abîme. L’abîme, nous le renierons volontiers pour nous rendre dignes. Mais où que nous nous tournions, il nous attire. »
On découvre que Thomas Mann dynamite toute idée euphorisante de la culture (…) Il nous dévoile le versant sombre, obscur, schopenhauerien de l’art, il rejoint souvent le Freud du malaise dans la civilisation et nous montre à quel point le sur- moi est une fine pellicule, une cellophane qui se déchire, un glacis qui s’écaille très vite…  »
Des pensées bigarrées… comme dans un tapis d’orient tissé de divers fils mais présentant à l’oeil un dessin d’ensemble.

P. comme Paris dit: 9 août 2017 à 3 h 31 min

Fernão Mendes Pinto,

Périgrination.

14 naufrages,
07 fois esclave,
Combattant à l’épée et arquebusier,
Un des premiers européen à fouler le sol du JAPON,

WGG,
Qui est votre Lestringant???

Widergänger dit: 9 août 2017 à 2 h 47 min

La découverte de l’espace commence au XVIè siècle avec la naissance de la cartographie. Frank Lestringant a montré combien l’hommed e la Renaissance se pense comme l’homme de l’espace et des voyages, de André Thévey à Rabelais.

Ce cycle s’achève avec l’exploration de l’Afrique noire que le Conférence de Berlin de 1885 a rendue accéssible aux explorateurs qui en ont rapidement cartographié les espaces.

Dès lors vers la fin du XIXè siècle, l’exploration n’est plus spatiale mais essentiellement commerciale et propice à l’exploitation du thème de la rencontre avec l’autre. Mais on voit bien dans le roman de Conrad combien cette rencontre est lacunaire et problématique. Même la rencontre avec Kurtz, un Européen, est extrêmement problématique puisque les images qui sont perçues de lui sont des plus contradictoires, comme si l’Afrique jouait un rôle de diffraction de la fraternité.

x dit: 9 août 2017 à 1 h 17 min

Merci Renato pour l’excellent article dans la revue Griselda (qui analyse sans les « forcer » les parallèles avec The Red One de London). Complet (labyrinthe, Moires), structuré et surtout donnant envie de lire ou relire les ouvrages évoqués (qualité de l’écriture et de l’analyse ou une forme de générosité absentes ailleurs ? Question de format aussi, sans doute).
Ce n’est qu’en passant par la case An Outpost Of Progress (mentionné par A. Natale) que j’ai fait le lien avec la partie africaine de Voyage au bout de la nuit.
Bien d’autres y ont pensé depuis longtemps, parlant même de « réécriture française » :
« Dans un article publié dans L’Etudiant socialiste en janvier 1933, Claude Lévi-Strauss, le premier, invitait à établir un rapprochement entre deux récits dont les narrateurs s’enfoncent au cœur de l’Afrique pour y retrouver un autre Européen : « Que de noms surgissent quand on lit cette évocation coloniale [les tribulations africaines de Bardamu] ! On pense à Conrad, mais à un Conrad dont les brumes de poésie et de mystère se seraient coagulées et solidifiées en arêtes coupantes ; où les aventuriers sont plus simplement des exploiteurs et des escrocs, les indigènes secrets, des imbéciles, le cerveau des Européens […], une masse moisissante d’alcool, de vérole et de fièvre »
https://narratologie.revues.org/331#ftn6

Giovanni Sant'Angelo dit: 8 août 2017 à 23 h 59 min


…des sado – maso,!…en littératures,!…

…il n’y a plus que çà,!…depuis le temps,!…
…déjà, avant l’âge des cacahuètes,!…
…façon,  » l’âge du bronze  » a Pampers,!…
…des couches et des strates, pour les bonnes,!…à tout faire, logées, nourries, baisées,…of course,!…
…etc,…
…c’est sur le guidon touristique,!…
…Ah,!Ah,!…après une bonne cuite,!…

Widergänger dit: 8 août 2017 à 23 h 45 min

Frank Lestringant, Une sainte horreur ou le voyage en Eucharistie (XVIe-XVIIIe siècles), préface de Pierre Chaunu,

Widergänger dit: 8 août 2017 à 23 h 37 min

Ne jamais le voir ! Je le voyais assez clairement à cette minute. Je reverrai ce spectre éloquent aussi longtemps que je vivrai, et je la reverrai, elle aussi, une Ombre tragique et familière, ressemblant dans ce geste à une autre, tragique aussi, et ornée d’amulettes impuissantes, tendant la nudité de ses bras bruns par-dessus le scintillement du fleuve infernal, le fleuve des ténèbres.
____________

Conrad reprend une vieille tradition du voyage dans l’Au-delà, très en vogue au Moyen-Âge, et bien sûr la catabase d’Ulysse au chant XI de l’Odyssée.

Widergänger dit: 8 août 2017 à 23 h 30 min

De même, analogie entre les deux femmes de Kurtz dans des gestes très analogues comme des reflets l’un de l’autre :

« Elle ouvrit les bras comme vers une forme qui se dérobait, les tendit, noirs, mains pâles serrées, contre le reflet étroit, qui s’éteignait, de la fenêtre. » (la Promise)

« Soudain elle ouvrit ses bras nus et les lança rigides au-dessus de sa tête comme dans le désir irrésistible de toucher le ciel’ (L’Amazone diabolique de la brousse)

Le Bien, le Mal, l’affrontement de deux mondes, l’Europe, l’Afrique.

Janssen J-J dit: 8 août 2017 à 23 h 15 min

Je prédis que nous allons être confrontés dans les jours à venir au journal des prouesses sexuelles de Marusa en attendant celles de la jeune russe califourchée sur le carrelage qui tardent à venir…
Faites de beaux rêves, les mistoufles !

Widergänger dit: 8 août 2017 à 23 h 12 min

Il y a tout un dispositif narratif qui ne laisse rien au hasard dans son roman.

Au début, quatre personnages se trouve sur une embarcation au miliu de la Tamise : un Directeur, un juriste, un comptable.

Dans le corps du récit, on trouve les quatre analogues au cœur des ténèbres.

À la fin, quatre peronnages aussi : trois lui rendent visite pour récupérer des papiers ayant appartenu à Kurtz, le quatrième est sa « Promise ».

Il y a là évidemment une structure d’ensemble très concertée où les éléments s’emboîtent les uns dans les autres pour suggérer du sens, des parallèles, des analogies entre Londres et le cœur des ténèbres sans ourtant jamais rien dire de précis, laissant tout à charge du lecteur de faire les commentaires appropriés.

rose dit: 8 août 2017 à 23 h 12 min

widergänger

je vous le dis par honnêteté intellectuelle ; mais ne suis pas prête. Trop difficile pour moi.

rose dit: 8 août 2017 à 23 h 06 min

Il est un danseur fabuleux.
Si je déteste sa relation à son corps, autocentrée et délirantissime, toutefois j’admire ce qu’il faisait du même corps, sa souplesse inouïe et sa manière de glisser comme Félicien Marceau.

https://www.youtube.com/watch?v=ouyHqz4_Glo

Être sur le fleuve Congo, à ses racines, en pirogue, rencontrer des pygmées qui se mettent à danser comme lui, c’est absolument fabuleux !

Ne le savais pas cultivé : merci Gonzague Saint Bris.

Widergänger dit: 8 août 2017 à 23 h 05 min

Rose, tu es prête,
il ne tient qu’à toi
de t’arrêter en chemin
où le cœur bat.

Le silence est à ton côté,
il échange avec toi, rose,
couleur et désir,
dans le même matin.

Si un jour
le chant se brise,
tu seras là

Dans cette bouchée de lumière,
rose de nulle part,
au large du temps.

(Lionel Ray, Est-ce ainsi qu’on a vécu… (chansons))

la vie dans les bois dit: 8 août 2017 à 23 h 01 min

Barozzi, pas vraiment . Faudrait vous renseigner auprès des Visconti.
Sur ce, bonne nuit.

Janssen J-J dit: 8 août 2017 à 22 h 56 min

… et pour le carnet de Jean Script, vu que le rdl n’arrive plus à fournir l’actu nécro, cet ultime hommage à Christian Millau, « le dernier des hussards », par un inconnu au bataillon qui n’a pas gardé sa langue dans la poche :
« Par sa plume et par le passé, Millau a rempli plusieurs milliers de restaurants aussi vite et aussi sûrement que Josyane Savigneau a vidé Le Monde des livres de toute saveur littéraire. « La gastronomie n’est pas un dogme, mais, comme l’amour, un plaisir, dont il est normal de discuter » écrivait-il ».

http://eurolibertes.com/evenements/christian-millau-dernier-galop-dun-hussard/

BS à toussent,

Widergänger dit: 8 août 2017 à 22 h 55 min

La grandeur de l’agneau sacrifié au bien de l’humanité :

« Et de tout cela », poursuivit-elle, tristement, « de tout ce qu’il promettait, de toute sa grandeur, de son âme généreuse, de son noble cœur, rien ne reste – rien qu’un souvenir. Vous et moi… »
« « Nous nous souviendrons toujours de lui », dis-je, en hâte.
« « Non ! » s’écria-t-elle. « II est impossible que tout cela soit perdu – qu’une pareille vie soit sacrifiée pour ne rien laisser – que de la tristesse. Vous savez quels vastes plans il avait. J’en étais informée, aussi. Je ne pouvais peut-être pas comprendre – mais d’autres en étaient informés. Quelque chose doit rester. Ses paroles, au moins, ne sont pas mortes. »
« « Ses paroles resteront », dis-je.
« « Et son exemple », murmura-t-elle pour elle-même. « Les regards se levaient vers lui – le bien paraissait dans chacune de ses actions. Son exemple… »

JAZZI dit: 8 août 2017 à 22 h 50 min

« C’est vrai, il avait franchi ce dernier pas, il était passé par-dessus le bord, tandis qu’il m’avait été permis de retirer mon pied hésitant. Et peut-être la seule différence est- elle là ; peut-être toute la sagesse, et toute la vérité, et toute la sincérité, sont-elles strictement comprimées dans ce moment inappréciable de temps dans lequel nous sautons le pas par-dessus le seuil de l’invisible. »

Nous conduisant ainsi, « Au coeur des ténèbres », WGG !

la vie dans les bois dit: 8 août 2017 à 22 h 42 min

Pas sur les îles, Barozzi. Sur les isole, tout est luxe -oublié- calme, et volupté. J’y ai vu une licorne.

rose dit: 8 août 2017 à 22 h 36 min

la vie dans les bois dit: 8 août 2017 à 21 h 24 min
. Les aristocrates, comme Conrad, ont cette délicatesse.

Je ne trouve pas : je les trouve particulièrement brutaux, indifférents et égoïstes.

Un espèce de cauchemar.

Aujourd’hui, ai eu une bouffée inédite de tendresse pour widerg. Je sais pas si c’est à cause du carrelage. Me suis dit, il nous trimballe, il nous fait rêver. J’aime bien ça.

Widergänger dit: 8 août 2017 à 22 h 33 min

C’est pour cela que j’atteste que Kurtz fut un homme remarquable. Il avait quelque chose à dire. Il le dit. Depuis que j’avais moi-même risqué un œil par-dessus le bord, j’ai mieux compris le sens de ce regard fixe, qui ne voyait pas la flamme de la bougie, mais qui était assez ample pour embrasser tout l’univers, assez perçant pour pénétrer tous les cœurs qui battent dans les ténèbres. Il avait résumé – il avait jugé. « L’Horreur ! » C’était un homme remarquable. Après tout, c’était l’expression d’une sorte de croyance ; il y avait de la candeur, de la conviction, une note vibrante de révolte dans ce murmure ; elle avait le visage horrifique d’une vérité entr’aperçue – le singulier mélange du désir et de la haine. Et ce n’est pas ma propre extrémité que je me rappelle le mieux – une vision de grisaille sans forme emplie de douleur physique, et un mépris insoucieux de l’évanescence de toute chose – de cette douleur même. Non ! C’est son extrémité à lui qu’il me paraît avoir vécue. C’est vrai, il avait franchi ce dernier pas, il était passé par-dessus le bord, tandis qu’il m’avait été permis de retirer mon pied hésitant. Et peut-être la seule différence est- elle là ; peut-être toute la sagesse, et toute la vérité, et toute la sincérité, sont-elles strictement comprimées dans ce moment inappréciable de temps dans lequel nous sautons le pas par-dessus le seuil de l’invisible.

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