de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

arts

Tobie Nathan et Lamia Ziadé en pleine nostalgypte

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Oh, rassurez-vous, on n’invente jamais rien. Il y a toujours quelqu’un qui est passé avant. Mais ce qui est évident s’agissant de formes littéraires que l’on a l’outrecuidante naïveté de croire neuves car légèrement divergentes par rapport au canon, l’est moins lorsqu’on touche à la langue même. C’est la raison pour laquelle lorsque le néologisme « nostalgypte » s’est imposé inconsciemment sous mes doigts puis sur l’écran après la lecture de ces deux livres, je me suis demandé d’où cela venait. De nulle part pour l’instant (d’après le moteur de recherche, une station de radio semble avoir le monopole de la nostalgie […]

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Germaine Krull, la Walkyrie de la pellicule

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A cause des savoureux Mémoires d’un vieux con (1975) du regretté Topor, je n’aborde jamais un volume de mémoires sans méfiance. Je sais, c’est injuste mais si les réflexes étaient animés par un souci de justice, ça se saurait. Le name dropping, quelle plaie ! Autant dire qu’en ouvrant La Vie mène la danse (416 pages, 35 euros, textuel/musée du Jeu de Paume), la suspicion l’emportait. Non que l’auteur y invitait, au contraire ; pour ceux qui s’intéressent à la photographie et à son histoire, Germaine Krull est une référence, d’autant qu’elle est au fond peu connue en dehors du premier cercle […]

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Lydie Dattas dans sa nuit outrenoire

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Ceux qui cherchaient à définir la couleur propre à La Nuit spirituelle (2013) de Lydie Dattas savent désormais qu’elle était non pas noire mais outrenoire. Pierre Soulages n’y était pas nommé alors qu’il éclate cette fois en toutes lettres, comme un aveu comme une confession, dans La Blonde (92 pages, 9,50 euros, Gallimard). Ce court texte ne lui est pas dédié directement mais à Celui qui est au-dessus de lui, et qui gouverne les jours et les nuits « Pour le Maître du maître du noir, in saecula saeculorum ». On sait que Lydie Dattas ne fait pas dans la nuance, le […]

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Lettre ouverte à Robert Paxton

Lettre ouverte à Robert Paxton

François Chaslin

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le 2 mai 2015, Cher Monsieur, Je suis l’auteur d’un gros ouvrage sur Le Corbusier paru début mars dans la collection Fiction & Cie des éditions du Seuil. Il est simplement intitulé Un Corbusier. Il s’agit d’une sorte de « caractère » de l’architecte au ton plutôt littéraire. Un portrait dans le genre cubiste, à multiples facettes, assez bienveillant, mais qui ne dissimule pas ce qu’il fut, ni quels groupes il fréquenta du milieu des années vingt jusqu’à Vichy, notamment ceux qui s’était constitués autour du Faisceau et qui, durant une dizaine d’années, avant d’abandonner ce qualificatif vers 1935, se déclarèrent fascistes. Deux autres […]

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Le Corbusier, lumière et pénombres

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Rien n’exaspérait Le Corbusier comme d’être appelé Charles Le Corbusier, d’autant que pour l’état-civil il était Charles-Edouard Jeanneret. Il fut « Doudou » pour sa famille, et « le fada » pour les Marseillais. A propos, un biographe peut-il appeler son héros par son prénom ?  Il y a là un abîme de réflexion. Tant et si bien que le quotidien The Guardian s’en est récemment ému en lui consacrant une enquête. Il est vrai qu’il y avait péril en la demeure : Robert Crawford n’ose-t-il pas donner du « Tom » à son héros dans sa nouvelle biographie de T.S. Eliot ? Il s’agit certes de l’écrivain dans […]

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Adonis, un sang d’encre

Adonis, un sang d’encre

Donatien Grau

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L’œuvre d’Adonis est la manifestation – et le manifeste – puissants de la pertinence durable de l’idée et de la réalité que recouvre l’expression « avant-garde ». L’œuvre poétique témoigne d’une ambition de dire le monde dans sa pérennité : il est le maître d’une parole mystique qui dépasse largement les frontières de l’actuel, et qui s’accorde à elle-même la légitimité de son ambition. Adonis n’est pas un poète de la crainte, de la peur, ou de la timidité : il est le tenant, face à la menace imposée au Verbe, d’une consolidation et de l’altération de la foi en la capacité pour le langage […]

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Les incertitudes manifestes de Frédéric Pajak

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Un tel projet force l’admiration que ce soit vis à vis de l’auteur Frédéric Pajak comme de l’éditeur, Noir sur blanc ayant pris le relais des PUF. Car il y a là, derrière le risque d’inscrire dans la durée une entreprise littéraire, historique, biographique en l’échelonnant avec un certain nombre de volumes, une vision artistique d’une ténacité et d’une singularité sans égales ni équivalent dans ce qui se publie de nos jours. Ils ne savent pas où ils vont ni le temps que cela prendra mais ils savent qu’ils y vont. C’est d’autant plus remarquable qu’en creusant ce sillon unique, […]

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Chaneliser en équipage pour la plus grande gloire de Coco

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Etrange ce sentiment qui nous prend à la lecture d’un livre lorsqu’on « sent » qu’il a été écrit à la lumière d’un autre. Rien à voir avec le plagiat, la copie, le décalque, ni même l’imitation. On a juste l’impression qu’il en a été secrètement nourri sinon irradié. Le cas en lisant Notre Chanel (276 pages, 20 euros, Bleu autour) de Jean Lebrun. Il en fait d’ailleurs l’aveu à la page 87, sous forme de reconnaissance de dette, en citant l’influence de Misia (1981, repris en poche chez Folio), récit à deux mains qu’Arthur Gold et Robert Fizdale avaient consacré à […]

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La vie de Mark Rothko ou la biographie d’une vibration

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Mon admiration est sans limite pour ceux qui parviennent à consacrer une biographie à un peintre. Ce qui s’appelle une biographie totale, œuvre et vie mêlées, et analysées à égalité. Cela m’a toujours paru inaccessible tant la perception de l’art, et son rendu par les mots de l’écrivain, demeurent inaccessible à la logique du commun Ce qui se joue dans un tableau est irréductible à une explication, encore moins à un raisonnement tel que la logique du commun en produit à foison. Cela se situe au-delà, dans un no man’s land des sens. Pourtant certains auteurs y réussissent, chacun à […]

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Henri Cartier-Bresson, antifasciste, foutugraphe, oeil du siècle

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Si on a pu appeler Henri Cartier-Bresson (1908-2004) « l’œil du siècle », c’est parce qu’il l’avait couvert dans les deux sens du terme : comme reporter en se colletant à l’Histoire immédiate, et comme contemporain d’un XXème qu’il vécut de bout en bout animé du dur désir de durer. Une grande exposition à Beaubourg jusqu’au 9 juin, première rétrospective de cette ampleur en Europe (il était temps !) et l’album qui l’accompagne (400 pages, 500 illustrations, 49,90 euros, éditions du Centre Pompidou), où le texte et l’image sont au diapason de l’exigence, rendent justice tant à l’artiste qu’à l’artisan en lui. A la […]

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