de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

Littérature étrangères

L’ombre de Zweig

L’ombre de Zweig

LAURENT SEKSIK

5

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La vie d’un écrivain est faite de hasards minuscules qui s’enchaînent dans la solitude de sa chambre ou près des étals des libraires. En cette fin d’après- midi-là, j’hésitais encore sur le sujet de ma chronique. Depuis que j’avais cessé l’activité de critique littéraire, des années auparavant, je n’étais plus totalement au faîte de l’actualité du livre. Je ne recevais plus comme autrefois, par dizaines, et avant leur sortie, les livres sur mon palier. Les maisons d’édition avaient fort justement oublié mon adresse comme les lecteurs des journaux dans lesquels j’avais écrit, mes articles. Je suivais donc avec retard les […]

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De la dignité d’un grand majordome

414

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Un mot suffit parfois à engager et gouverner une vie. Un seul mot mais généralement porteur d’une telle charge de sens et de valeur qu’il vaut bien toute une œuvre. Pour Stevens, majordome de Lord Darlington dans les années 30, ce mot fut « dignité ». Kazuo Ishiguro, écrivain britannique d’origine japonaise, a fait de cet homme le narrateur et de ce mot le leitmotiv de son roman Les Vestiges du jour (The Remains of the day, traduit de l’anglais par Sophie Mayoux), couronné du Booker Prize en 1989, publié en français par Calmann-Lévy en 2011 et repris en poche chez Folio […]

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Un repentir sur « Crime et châtiment »

Un repentir sur « Crime et châtiment »

André Markowicz

12

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J’ai traduit Crime et Châtiment en 1995, dans une espèce de hâte, avec le souci constant de rendre sensible ce que Dostoïevski considérait comme essentiel, ce à quoi il passait, de son propre aveu, la majeure partie de son temps en écrivant un livre, la mise en place de l’image, du noyau poétique. Cette image, elle est invisible à la première lecture, et bouleversante d’évidence une fois qu’on l’a vue. Dans Crime et châtiment, c’est la résurrection de Lazare, présente non seulement à chaque page du livre, mais, littéralement, à chaque phrase, par la déclinaison des trois moments du récit […]

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Une rustine sur le cul d’un cheval

Une rustine sur le cul d’un cheval

Bernanrd Hoeppfner

8

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Si Louis et Celia Zukovsky sont parvenus à faire entrer le Brooklyn des années 30-40 dans les vers de Catulle lorsqu’ils l’ont traduit, est-il possible de faire entrer dans la langue française ce même Brooklyn, tel qu’il a été entendu, utilisé et transformé par Gilbert Sorrentino ? Seuls les lecteurs pourront le dire. Mais j’espère cependant qu’un peu de la langue de Sorrentino se retrouvera un jour dans le français de ses trop rares admirateurs de ce côté de l’Atlantique. Genre — « C’est pas un homme, mais une rustine sur le cul d’un homme », que j’aimerais entendre un jour, dans le […]

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Des femmes disparaissent

Des femmes disparaissent

255

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Une découverte ? Sans aucun doute. Une révélation ? Probablement. Avec le recul des quelques mois écoulés depuis sa parution, Certaines n’avaient jamais vu la mer (The Buddha in the Attic, traduit de l’anglais par Carine Chichereau, 144 pages, 15 euros, Phébus) a tout du petit livre inattendu d’une parfaite inconnue qui a réussi à discrètement s’imposer par sa force tranquille, sinon par l’évidence de ses qualités : originalité du thème, puissance du récit, maîtrise de la prose poétique, parfaite adéquation de l’une aux autres. On ne peut même pas dire que Julie Otsuka, californienne d’origine japonaise née en 1962, nous était arrivée […]

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Traduction et tra-diction d’un roman d’Enrique Vila-Matas

15

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Vilnius, le jeune héros du roman d’Enrique Vila-Matas, Air de Dylan, ressemble au chanteur Bob Dylan et cultive cette ressemblance. Le problème, c’est que Bob Dylan ressemble à tout le monde et à personne car, protéiforme, il change sans arrêt d’apparence. D’où l’évanescence physique de Vilnius qui ne peut ressembler à quelqu’un qui ne se ressemble pas. Dans cet ordre d’idées, la version française aurait pu très bien s’intituler « Faux air de Dylan », mais c’était négliger une autre piste, la voie duchampienne. Air de Dylan est aussi un hommage à Marcel Duchamp évoqué, entre autres, à la page 205 : « Une […]

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Dire « presque » la même chose

Dire « presque » la même chose

Jean-Luc Allouche

23

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Recevoir, fût-ce par procuration, deux prix, coup sur coup, a de quoi flatter l’ego généralement souterrain d’un traducteur. Avraham « Bulli » Yehoshua s’est vu distinguer par le Médicis étranger et prix du Meilleur Livre étranger, pour Rétrospective. Et, pour faire bonne mesure, un autre de « mes » auteurs traduits, Sayed Kashua (Deuxième personne, éditions de l’Olivier) vient de recevoir le prix des lecteurs du Var. Des trois écrivains composant la « sainte Trinité » de la littérature israélienne (avec Amos Oz et David Grossman), je confesse une inclination particulière pour Yehoshua. D’abord, à cause de sa bonhomie, de sa juvénile ardeur de taurillon à rompre des […]

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Thomas Mann n’a pas écrit que des chefs d’oeuvre

293

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On entend souvent dire que le moins réussi des livres d’un grand écrivain est encore supérieur à ce qui est porté aux nues par ailleurs sous la signature d’auteurs de moindre importance. Oublions la compétition, la littérature ne relevant pas encore des Jeux olympiques et considérons l’ensemble des productions artistiques : pourquoi ce qui est couramment admis pour un cinéaste, un peintre ou un dramaturge, dont l’œuvre est segmentée en tendances et en périodes, en hauts et en bas, ne le serait-il pas pour un écrivain ? Si on pu le dire de Fellini ou de Picasso, pourquoi s’interdirait-on de l’écrire de […]

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La lettre écarlate de Salman Rushdie

322

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C’était en 1987. Comme je me trouvais à Londres, j’en profitai pour rencontrer un écrivain, histoire d’écrire son portrait ; le magazine pour lequel je travaillais alors n’y était pas opposé, même si son dernier livre, récit de voyage dans le Nicaragua sandiniste, lui paraissait aussi faible littérairement que politiquement. Ce qui n’était pas faux. Mais l’homme valait le détour ; son premier roman avait laissé une puissante empreinte. Il m’avait dit : « Rappelez-moi le matin même pour confirmer ». Une certaine Marianne, sa femme, décrocha le téléphone ; j’eus droit à une bordée de sarcasmes agressifs et nerveux ; c’est tout juste si elle ne me […]

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