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La République Des Livres par Pierre Assouline

Le fantôme de Churchill a vaincu son biographe

On dit parfois que rien n’est triste comme un best-seller qui ne se vend pas. En fait, il y a plu triste encore : un cycle inachevé, une série laissée en suspens, une trilogie interrompue. Frustrant, non ? Reste à savoir qui l’est le plus, de l’auteur ou du lecteur ou de l’auteur. Pour ce dernier, c’est un au-delà de la déception car, quelles que soient les explications avancées, la reconnaissance de son échec à finir est interprétée comme un aveu d’impuissance. Laissée en plan pendant de longues années, une biographie en plusieurs tomes dont la suite se fait attendre est aussi mélancolique qu’un pont inachevé. Le bec dans l’eau. Les amateurs français de Graham Greene désespèrent de ne jamais lire la suite de sa biographie par Norman Sherry : les éditions Robert Laffont ont renoncé après le premier tome car les deux suivants, que l’auteur a mis des années à terminer, ont été éreintés par la critique anglaise à leur parution (il est vrai que c’était franchement mauvais à tous points de vue). Pire encore : l’angoisse dans laquelle sont plongés depuis plus de dix ans les admirateurs de Winston Churchill.

On sait que William Manchester est un vieux routier de la biographie au long cours, auteur à grand succès d’une vie du général MacArthur (American Caesar), d’une mort de John F. Kennedy (The Death of a President) et d’un portrait de groupe d’une grande dynastie (The Arms of Krupp, 1587-1968) et d’un autre de la famille Rockfeller.  Or malgré son expérience, et sa touche inimitable dans sa capacité à faire reposer un récit très littéraire sur une documentation absolument rigoureuse, il lui est arrivé un sale coup : la panne, assortie d’une dépression devant la perspective de l’achèvement. Le spectre du point final l’a paralysé. Il n’y arrivait plus. Non qu’il ait été paralysé par l’existence des 650 autres biographies sur le même, ni que l’accueil à son « The Last Lion » ait été décourageant, il fut au contraire excellent, tant sur le plan critique que public.

Quoi alors ? Etait-ce que les lecteurs attendaient trop de lui ? C’est possible. Il est vrai aussi que ce dernier volume couvrait la période courant de 1940 à sa mort et que la guerre, à elle seule, était un morceau des plus complexes et des plus riches à traiter. En plusieurs années, il ne réussit à écrire qu’une centaine de pages… Pour rassurer ses lecteurs et son éditeur, autant que pour se rassurer lui-même, Manchester écrivit entre temps un essai sur le Moyen-Age et la renaissance. Histoire de (se) prouver qu’il n’avait pas perdu la main. Mais ce n’était qu’une pathétique illusion. James Andrew Miller, qui a consacré une analyse au phénomène, l’a opportunément intitulé « Un problème aux proportions churchilliennes ». C’est tout à fait cela. Car le problème en question ne pouvait être petit ou mesquin eu égard à la personnalité du héros, à l’empathie du biographe pour son sujet, et à l’inévitable débordement de l’un par l’autre. Avec un personnage tel que Churchill, ce ne pouvait être que dans l’excès et la démesure. Qui sait si le black dog dont il a souffert toute sa vie, ses crises de mélancolie récurrentes qui lui ôtaient toute son énergie et annihilaient tout désir pendant des jours et des nuits, n’a pas déteint sur son biographe. C’est toute la question du syndrome de l’inachèvement chez les créateurs qui est ici en question. Bonnard hantait les musées pour y « continuer » ses propres tableaux en cachette des gardiens… Des oeuvres inachevées, comme Le Serment du Jeu de paume, Le Concert, L’Adoration des mages, La Lectrice à la table jaune mais aussi L’Homme sans qualités, Le Château, Platonov, Les Ames mortes, Bouvard et Pécuchet, La Vie de Marianne et Le Paysan parvenu, Le Dernier nabab, L’Eneide... Une oeuvre d’art n’est jamais terminée : elle est juste abandonnée. Et si sa vocation était de demeurer définitivement inachevée ?

A propos, si l’on en reparle aujourd’hui, c’est que le dernier volume de cette triologie churchillienne lancée en librairie en 1984 paraît finalement ces temps-ci en langue anglaise ; or l’auteur est mort en 2004… L’inconnu Paul Reid a été choisi par l’éditeur Little, Brown & company pour remplacer le grand Manchester, alors qu’il n’avait encore jamais écrit de livre et qu’il n’avait publié que des reportages dans le Palm Beach Post… Manchester ne voulait pas d’historiens professionnels pour lui succéder, mais un écrivain. C’est lui qui a élu Reid, lui fournissant toutes ses archives pour mener à bien l’écriture en deux ans. Finalement, cela lui en a pris huit. Pas sûr que chez Robert Laffont, la biographie inachevée de Churchill ne connaisse le même sort que celle de Greene. L’oubli, et un blanc dans le catalogue.

 (Illustrations Thomas Porostocky et Denise Nestor and Shout)

Cette entrée a été publiée dans Histoire.

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commentaires

434 Réponses pour Le fantôme de Churchill a vaincu son biographe

edmond dit: 18 mars 2014 à 8 h 58 min

Je suis fort étonné de la façon dont vous évoquez le pseudo-mystère Churchill. Il a laissé quelques indices embarrassants sur sa vie intime au Maroc…

vav dit: 5 janvier 2013 à 18 h 09 min

Après m’être gratté la mémoire dans tous les recoins pour retrouver le fil inachevé SANS demander à google , j’en attrape le bout pour y rapporter que , dans sa non hitoire des, mathématiques, Villani raconte que Carleman , « le premier mathématicien à s’attaquer à l’équation de Boltzmann » A sa mort Carleman laissait un manuscrit inachevé sur cette équation et c’est à Carleson qu’avait échu la tâche de le compléter , et de le corriger; ; il a ainsi appris la notion d’entropie , et maintenant il peut en faire profiter Nash »

Sôter dit: 25 décembre 2012 à 7 h 25 min

> La fantôme de Chruchill a vaincu

— Et ton Sir ?

— Elle bat la bûche

Joyeuses parties universelles oecuméniques à toutes et à tous.

D. dit: 24 décembre 2012 à 17 h 19 min

Mon cousin me dit que le faux D. de 16:00 est Pierre. Joyeuses fêtes Pierre, mes meilleurs voeux à votre famille.

Message personnel à mon cousin : si tu m’as induit en erreur, gare à tes fesses ! J’ai des relations dans le Marais.

D. dit: 24 décembre 2012 à 16 h 44 min

renato dit: 24 décembre 2012 à 16 h 00 min
on peut dire « plus raz que le pâquerettes » ?

Non, on ne peut pas. Il faudra vous y faire.

JC, vous avez oublié Clopine. Je l’imagine en Marie-Madeleine : pour la madeleine, pour la Marie ( anagramme d’aimer dirait Bobin ) qui couche sur le papier ses plus beaux champs, pour mes pieds, et parce qu’on lui prête une relation tendre avec le doux Jésus, la s…ainte femme !

Joyonne Annoël à tous ! Sauf à l’un d’entre vous ( pour le suspens ).

JC dit: 24 décembre 2012 à 16 h 04 min

On a reçu des autorités compétentes le casting de la crèche 2012 de la RdL :

Reines Mages : Taubiroute, Marisoleil, Duflotte, chameaux fournis par le Parti

Boeuf : Bouguereau
Âne : renato
Vierge Marie : Daaphnée
Joseph : ueda
Enfant Jésus : D.

Sainte Anne : christiane
Judas : John Brown
Innocent de Bethleem : Ozzy
Pêcheurs au bar : Pitalugue, Bouffarigue, Popaul
Maire du village : Guérini
Âme damnée : Tapie
Starlette : W

Archanges : de nota, Régniez, Bloom, HR, alec
Chroniqueur historique : Court
Caviste : Henri

Maître d’armes littéraire : Passou

Foule émerveillée : tous les autres

D. dit: 24 décembre 2012 à 16 h 02 min

Je n’ai pas compris pourquoi Renato nous parlait des bûches du Nicaragua, mais c’est peut-être un message politique.

D. dit: 24 décembre 2012 à 16 h 00 min

Bon, puisque c’est comme ça, renato, puisque vous avez choisi Noël pour me tourner en ridicule, je m’en vais.
Mais à votre place, je serais pas fier de moi.
Adieu. Cette fois-ci c’est terminé et bien terminé. Et ça tombe un 24/12. Bravo, renato.
Réjouissez-vous, Soyez content de vous.

renato dit: 24 décembre 2012 à 16 h 00 min

On me dit que bouguereau et D. sont des « grands écrivains » français… pauvre de moi que j’ai tant aimé la littérature française… enfin, la voir si mal représentée fait du mal… on peut dire « plus raz que le pâquerettes » ?

D. dit: 24 décembre 2012 à 16 h 00 min

Bon, puisque c’est comme ça, renato, puisque vous avez choisi Noël pour me tourner en ridicule, je m’en vais.
Mais à votre place, je serais pas fier de moi.
Adieu. Cette fois-ci c’est terminé et bien terminé. Et ça tombe un 24/12. Bravo, renato.
Réjouissez-vous, Soyez content de vous.

D. dit: 24 décembre 2012 à 15 h 54 min

Ils essaient de me soigner le pied, en s’attaquant à la narine dont je vous ai parlé. Je ne manquerai pas de vous informer.

D. dit: 24 décembre 2012 à 15 h 51 min

Je n’aurais jamais imaginé qu’un infirmière, pourtant très occupée, puisse manifester plus de sensibilité que Renato, qui est un artiste.

D. dit: 24 décembre 2012 à 15 h 51 min

sont pas de moi.
Je suis en train de manger une bûche avec les collègues du boulot, l’Iphone à la main. C’est as pratique et je me suis mis de la crème au beurre pralinée sur ma chemise blanche. Merde.

D. dit: 24 décembre 2012 à 15 h 50 min

Je n’aurais jamais imaginé qu’un infirmière, pourtant très occupée, puisse manifester plus de sensibilité que Renato, qui est un artiste.

D. dit: 24 décembre 2012 à 15 h 49 min

15h 46 et bien d’autres encore ne ont évidemment pas de moi.
Je regrette que vous ne l’ayez pas compris, vrai renato, je suis même déçu.

D. dit: 24 décembre 2012 à 15 h 46 min

La dureté de Renato m’affecte particulièrement en ce jour quand même particulier. Je m’efforce patiemment pas seulement de répondre: d’anticiper les questions de mes prochains.
Et pourtant je pourrais bien être dans un refuge ou une chambre d’hôpital mais Renato ne se préoccupe pas de ses frères humains.

D. dit: 24 décembre 2012 à 15 h 45 min

Il ne peut s’agir du vrai renato, que j’ai appris à bien connaître depuis le temps. Il abhorre la grossièreté. Nous avons eu là un faux renato, ce qui est exceptionnellement rare.

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