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La République Des Livres par Pierre Assouline

Le charme trop discret du judéo-espagnol

Par François Azar

azarAlors que la littérature en langue yiddish est aujourd’hui universellement célébrée bien au-delà du monde juif, la littérature en judéo-espagnol n’a jamais été reconnue au-delà du cercle étroit des linguistes et des philologues. Faire connaître au plus grand nombre les classiques de cette langue et à travers eux, la culture et l’histoire des judéo-espagnols, c’est le défi que se lance Lior éditions qui vient de publier coup sur coup deux albums de contes et trois autobiographies[1].

Qui sont ces Judéo-espagnols qui cultivent la discrétion mais dont l’influence, de Spinoza à Elias Canetti, va bien au-delà de leur faible nombre ? Ce sont avant tout des Méditerranéens, héritiers d’une longue tradition qui remonte à leur arrivée dans la péninsule ibérique sous l’Empire romain. Pendant plus d’un millénaire, ils se sont imprégnés des langues et cultures du monde ibérique : l’arabe d’Al-Andalus, le castillan, le catalan, le portugais sans jamais renoncer à l’hébreu biblique. Le judaïsme espagnol, relativement à l’abri des persécutions jusqu’en 1391, pourra ainsi rayonner durablement sur le monde juif. L’édit de l’Alhambra de 1492 qui chasse les Juifs du royaume d’Espagne ou les force à la conversion a donc été vécu comme une tragédie. Mais cet épisode dramatique est aussi l’acte fondateur d’une culture originale.

Beaucoup de Juifs espagnols contraints à l’exil choisiront de s’installer au Maroc ou dans l’Empire ottoman alors en pleine expansion. Ils y apportent les sciences et techniques de la Renaissance comme l’imprimerie, la médecine ou la cartographie. Leurs communautés prospèrent dans les mines ou l’industrie de la laine. Une ville en particulier devient un centre intellectuel remarquable, abritant une majorité de Juifs : Salonique, la Jérusalem des Balkans. De cette dernière et de Constantinople, les Judéo-espagnols essaimeront dans les principales villes des Balkans, de la mer Egée, de la Palestine et de l’Egypte formant ainsi un vaste réseau d’échanges et de solidarité.

Les judéo-espagnols installés dans l’Empire ottoman conserveront jalousement la mémoire de leur origine espagnole et, avec elle, l’usage du castillan. Celui-ci évolue différemment de celui en usage en Espagne. Il se métisse de termes empruntés au turc, au grec, à l’italien et plus tardivement au français. Beaucoup de ces emprunts sont hispanisés et à partir du XVIIIe siècle, le judéo-espagnol apparaît à l’écrit, transcrit en caractères hébraïques rachi.

L’œuvre fondatrice de la littérature judéo-espagnole est sans conteste le Me’am Lo’ez (en hébreu littéralement D’un peuple étranger). L’auteur de ce commentaire de la Génèse et de l’Exode, publié en 1730, est le rabbin Jacob Rouli. Le Me’am Lo’ez est bien plus qu’un texte para-liturgique. Il est conçu comme une encyclopédie populaire du judaïsme adaptée à tous ceux qui ne maîtrisent pas l’hébreu. Son immense succès – c’est le livre que chaque foyer judéo-espagnol se doit de posséder – encourage plusieurs rabbins à en écrire des suites.Famille d'Avraam et Joia Shaul Istanbul vers 1900

A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, sous l’effet de l’œuvre émancipatrice de l’Alliance israélite universelle, apparaît une littérature judéo-espagnole à caractère profane. De nombreux journaux, plus ou moins éphémères, voient le jour dans les métropoles de l’Empire ottoman. Ces publications proposent sous la forme de feuilletons des titres de la littérature européenne traduits en judéo-espagnol ainsi que des œuvres originales, contes, drames, comédies sentimentales, pièces de théâtre. La vie des patrons de presse qui jonglent avec la censure, les déboires financiers et les désordres communautaires est souvent aussi haute en couleurs que les fictions dramatiques qu’ils publient.

Deux d’entre eux nous ont laissé leurs mémoires : Saadi Besalel Ha Lévi[2] patron du journal La Epoka de Salonique et Eliya Karmona, fondateur du journal satirique El Djugueton d’Istanbul dont Lior éditions publie le texte sous le titre La vie picaresque d’Eliya Karmona dans une édition bilingue français/judéo-espagnol.

Picaresque est le terme qui convient le mieux au récit des jeunes années de ce journaliste. Né dans l’une des familles les plus prestigieuses de l’Empire ottoman – son grand-oncle en a été le fermier général – il n’en est pas moins désargenté et doit très tôt apprendre à gagner sa vie. D’un métier à l’autre, d’un maître à l’autre, il découvre à ses dépens les dures lois de l’existence dans un Empire où les opportunités de carrière sont rares et où les anciens veillent jalousement sur l’honneur du clan. Ses revers l’amènent à entreprendre une série de voyages à Salonique, Smyrne, Edirne, Alexandrie, Le Caire d’où il nous rapporte des aperçus saisissants sur les milieux et les personnages qu’il côtoie. Mais Eliya Karmona est d’abord un humoriste qui prend la vie au tragique pour mieux nous en faire rire. C’est à lui-même qu’il réserve ses traits les plus cinglants. Sa dépendance à l’égard des femmes semble totale même si, de toutes celles qu’il aime et écoute si mal, sa mère occupe toujours le premier rang. La persévérance de Karmona sera finalement récompensée puisqu’en 1908, lors de la révolution des Jeunes Turcs, il parviendra à son but suprême : fonder un journal satirique en judéo-espagnol. Ce sera El Djugueton [Le Jouet] (1908-1931). De ces années d’errances et de souffrances, il transparaît une indéniable nostalgie pour le monde ottoman, ses fastes et ses grands personnages, sa convivialité et son savoir-vivre. Lorsque Eliya Karmona rédige ses mémoires en 1926, il sait que ce monde-là est révolu et avec lui les conditions dans lesquelles sa communauté pouvait s’épanouir.

 Un gentleman ottoman, l’autobiographie de Victor Eskenazi, forme un heureux prolongement aux Mémoires d’Eliya Karmona. Pour reprendre le titre de la collection, il s’agit avant tout d’une leçon de vie peu commune. Victor Eskenazi est né à Istanbul en 1906 dans une famille aisée qui a conservé d’un lointain passage à Gibraltar la nationalité britannique. Dans un Empire aussi multiculturel que l’était l’Empire ottoman, les Judéo-espagnols ne vivaient pas en ghetto, mais entretenaient des rapports étroits avec leurs voisins grecs, arméniens ou turcs. De cette mosaïque de communautés propre à Constantinople au début du XXe siècle, Victor Eskenazi dresse un attachant portrait, s’attardant sur les odeurs et les bruits de la rue, les petits métiers, les lieux qu’il affectionne et surtout sur les personnages originaux et excentriques qui peuplent la ville. On y perçoit toutes les vertus d’une éducation cosmopolite qui, dès le plus jeune âge, forme à la souplesse d’esprit et à la maîtrise des langues. Cette capacité d’adaptation, Victor Eskenazi en fera preuve tout au long de sa vie en passant apparemment sans effort d’Istanbul à Vienne, puis de Milan à Londres pendant la seconde Guerre Mondiale où il s’engage comme volontaire dans les services secrets britanniques. Ses Mémoires publiés d’abord en italien, puis en anglais et en turc, trouvent ici dans cette édition française, superbement traduite par Nathalie Bauer, une forme de consécration puisque, de toutes les langues qu’il pratiquait, c’est sans doute le français qu’il chérissait le plus.

2481 Plovdiv 1935 Beka Garty dans le rôle de Carmen.Une langue est d’abord le miroir fidèle d’un peuple. En marge des ouvrages savants, le judéo-espagnol nous a transmis une littérature orale faite de contes et légendes, d’historiettes et d’anecdotes amusantes, de proverbes et de traits d’esprit, à travers lesquels on perçoit le génie d’un peuple et de ses conteurs. Ce patrimoine a fait l’objet de plusieurs collectes entreprises au moment où s’interrompait le fil de la transmission. C’est sans conteste celle réalisée sur plusieurs décennies par Matilda Cohen-Sarano en Israël qui offre aujourd’hui le panorama le plus étendu. C’est à la source de ces recueils que puisent les deux albums bilingues publiés par Lior éditions : Amours et sortilèges illustré par Petros Bouloubasis et Le Perroquet juif illustré par Aude Samama.

Les Judéo-espagnols ont le génie pour amalgamer toutes les traditions avec lesquelles ils ont été en contact. Ainsi du personnage de Djoha, déjà connu dans le monde arabo-andalou sous le vocable de Goha mais que les Judéo-espagnols retrouveront dans l’Empire ottoman avec Nasreddin Hodja. Héros burlesque et paradoxal, il est à la fois un simple d’esprit et un sage capable de dévoiler ce qui demeure invisible aux yeux du vulgaire. Bien qu’il incarne la figure du marginal et, sans doute à sa façon celle du marrane, c’est à lui que la communauté fait appel en désespoir de cause.

Dans ces contes on perçoit très bien la liberté de ton qu’autorise une langue de l’entre-soi. Le judéo-espagnol va droit à l’essentiel et n’hésite pas à grossir le trait. Les thèmes de la nourriture, des rapports de classe et des affres de la vie domestique y sont étroitement associés et offrent, avec une ironie mordante, une victoire symbolique à toutes les victimes de la vie. Ces contes enfin n’ont rien d’enfantin – même lorsqu’ils utilisent des figures infantiles – et malgré leur apparente simplicité, ils réjouiront les amateurs de sens cachés.

Publier aujourd’hui en judéo-espagnol peut paraître une gageure tant il s’agit d’une langue rare et fragile, sérieusement en danger selon la typologie en vigueur à l’Unesco. Les Judéo-espagnols ont souvent été les premiers à vouloir se défaire de leur langue, ce jargon devenu encombrant et qui faisait obstacle au monde moderne. Tout aussi décisive fut la montée des nationalismes modernes qui adoptèrent, de la Turquie à la Grèce, le dogme une langue, une nation, un territoire. Beaucoup de judéo-espagnols renoncèrent alors à rédiger leurs ouvrages dans leur langue maternelle au profit des langues occidentales. Mais même l’usage qu’ils font de ces langues trahit leur origine, comme ce délicieux français d’Orient, truffé de vocables rares, tel le verbe acagnarder qu’emploie Nissim Benezra dans ses Mémoires[3].

Le déclin du judéo-espagnol dans les Balkans aurait pu se prolonger sur plusieurs générations, si des communautés entières, dont celle de Salonique, n’avaient pas été annihilées par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Près de la moitié des quelque 300 000 locuteurs du judéo-espagnol périrent dans les camps. C’est précisément de ce traumatisme que naquirent les premiers signes d’une réévaluation du judéo-espagnol. En 1956, Joseph Nehama, ancien inspecteur général de l’Alliance israélite universelle à Salonique, ancien déporté au camp de Bergen-Belsen, entreprend la rédaction de son dictionnaire du judéo-espagnol[4], œuvre monumentale et encyclopédique, à caractère certainement testamentaire mais également premier pas décisif vers la réappropriation de leur langue par les Judéo-espagnols. Deux décennies plus tard, en 1974, Haïm Vidal-Sephiha fonde l’association Vidas Largas et la première chaire de judéo-espagnol, initiatives prolongées en 1992 par la naissance de La Lettre Sépharade de Jean Carasso et de l’association Aki Estamos.

Il n’en est pas moins vrai qu’un Judéo-espagnol sera rarement un militant de sa propre langue. Au contraire il vous dira poliment qu’il s’agit d’une chose du passé, qu’il faut laisser tranquille et accompagner dignement vers sa propre mort. Si intrigué, vous insistez, il vous expliquera que cela est inutile, que de toute façon vous ne pourrez jamais acquérir le bon accent, qu’il aurait fallu pour cela que vous parliez comme lui, dès la prime enfance, le grec, le turc, l’arabe ou l’italien. A quoi bon d’ailleurs, ajoutera-t-il malicieux, se lancer dans l’apprentissage d’une langue dont il n’y aura bientôt plus de locuteurs ?

Ce que veut dire de façon aussi fine que décourageante notre interlocuteur c’est que le judéo-espagnol emporte avec lui tellement de culture, de sens subliminaux, de liens invisibles et immémoriaux qu’il est impossible de se l’approprier de manière académique. Le judéo-espagnol est la langue poétique par excellence, celle de toutes les audaces et de tous les emprunts, une langue encore jeune mais polie par le temps qui relie les langues entre elles (au moins toutes celles de la Méditerranée). Si le judéo-espagnol devait un jour mourir (Ke mal mos kere ! Dieu nous en préserve !) ce serait de cet excès de richesse et d’avoir accumulé depuis trop longtemps, trop de mots et de pensées à l’échelle des hommes.

FRANCOIS AZAR

[1] Victor Eskenazi, Un gentleman ottoman. Lior éditions. Juin 2016. La Vie picaresque d’Eliya Karmona. Lior éditions. Juin 2016. Aventures au Far West de Solomon Nunes Carvalho. Lior éditions. Juin 2016. Amours et sortilèges. Lior éditions. Mai 2016. Le Perroquet juif et autres contes judéo-espagnols. Lior éditions. Juillet 2014, https://lioreditions.com

[2] A Jewish Voice from Ottoman Salonica. The Ladino Memoir of Sa’adi Besalel a-Levi. Stanford University Press. 2012.

[3] Nissim M. Benezra. Une enfance juive à Istanbul (1911-1929). Les éditions Isis. Istanbul. 1996.

[4] Publié à titre posthume en 1977 par l’Institut Arias Montano de Madrid puis réédité par La Lettre Sépharade en 2003.

(« François Azar » photo D.R. ; « Famille d’Avraam et Joia Shaul, Istanbul vers 1900 » et « Beka Garty dans le rôle de Carmen, Plovdiv, 1935 » photos de la photothèque séfarade Enrico Isaaco

Cette entrée a été publiée dans LE COIN DU CRITIQUE SDF, Littérature étrangères.

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commentaires

73 Réponses pour Le charme trop discret du judéo-espagnol

ZUILI Claire dit: 22 septembre 2016 à 19 h 15 min

Pour « La Vie dans les Bois », il y a un livre qu’une amie m’a offert il y a longtemps et qui est intéressant « Les Juifs d’Espagne » Histoire d’une diaspora 1492-1992 dirigé Par Henry Méchoulan chez Liana Levi, et préfacé par Edgard Morin

ZUILI Claire dit: 22 septembre 2016 à 19 h 06 min

bonjour,Widergänger ,en réponse à votre lettre, je pense que cela vient de mes ancêtres qui parlaient l’espagnol courant qui se parlait en Espagne ! celui-ci a été déformé par toutes les places ou ils sont allés ! Je suppose que Moussafir est un mot de Turc, de même que Ach Kul Sun ou Machallah ! Je vous citerai bien des mots de Grec, mais je n’en ai pas en mémoire, et pourtant Maman vivait à Buyukada et elle ne me parlait que de PrinKipo le nom en Grec puisqu’à l’époquei, il y avait plus de Grecs qui habitaient l’Ile des Princes; Il faudrait questionner les Juifs restés à Istambul qui eux ont gardés beaucoup plus d’habitudes que nous !comme le langage)

Widergänger dit: 15 septembre 2016 à 14 h 30 min

Intéressant en effet. Merci Claire. Vous parliez certes le judéo-espganol; mais vos ancêtres le parlait-ils en Espagne quand ils y vivaient ? Telle est ma question…

En catalan, pour dire bonjour, on dit « bom dia » comme en portugais, et pas buenos dias comme en espagnol.

ZUILI Claire dit: 7 septembre 2016 à 20 h 59 min

pour WIdergänger, j’ai plus de 70 ans et je me rappelle avoir parlé uniquement judéo-espagnol avec ma grand’mère qui a vécu chez nous plus de quarante ans ! j’ai toujours pensé que le judéo espagnol était l’espagnol du 14 ème siècle ! Quand j’ai appris l’espagnol au lycée, j’ai retrouvé dans Don Quijote des mots que je connaissais et dont la Prof (Espagnole elle même) m’a dit qu’ils ne s’employaient plus (ex: un mansevo !) aussi des mots qui s’emploient au Portugal (un chapéo !et pas sombrero) Quant à Portocal, on connait sa provenance alors qu’on emploie naranja en Espagne! et pas de jota chez nous !

samoun dit: 1 septembre 2016 à 17 h 49 min

même si je savais beaucoup de cela ,merci aux uns et aux autres pour toutes les infos et apports très intéressants sur cette langue …
bravo à François pour ses contributions à la culture et à l’histoire des minorités sepharades;
marlène samoun

Widergänger dit: 1 septembre 2016 à 1 h 31 min

Les choses sont d’autant plus compliquées qu’il existait un judaïsme byzantin à Andrinople puis à Constatinople doué d’une riche vie intellectuelle juive au Moyen-Âge bien avant l’arrivée des exilés d’Espagne.

Benjamin de Tudèle, notamment, voyageur bien connu au Moyen-Âge, visite au XIIè siècle trente-cinq villes de l’Empire byzantin et il raconte y avoir découvert 2000 rabinites et 500 karaïtes à Pera, un faubourg de Constantinople. Au XIVè siècle, la kabbale théosophique espagnole (je pense, sans en être sûr, qu’il s’agit des kabbalistes de la ville originaire de Gerone, dont certains se sont exilés après 1492 à Safed en Galilée où l’on peut voir aujourd’hui leurs tombes honorées tous les jours par des prières dans le grand cimetière juif de Safed à flanc de colline) pénètre à Byzance, y installant l’un des centres les plus importants de la mystique juive médiévale. Abraham Ibn Ezra (1089-1140), séfarade, y devient l’un des exégètes bibliques les plus étudiés et commentés en terre byzantine, avant même la première vague d’immigration espagnole, après le pogrome de 1391 à Séville et ailleurs.

Quelle langue parlaient-ils ? L’hébreu ? l’espagnol ? le grec ? On trouve tous ces renseignements dans le bouquin d’Esther Benbassa et Pierre Gisel : L’Europe et les Juifs, Labor et Fides, 2002 (p. 57-60).

Widergänger dit: 1 septembre 2016 à 1 h 03 min

Le mot « séfarade » viendrait du verset 20 du livre du prophète nommé Abdias (en français)/Obadia (en hébreu עובדיה), et c’est un hapax dans l’Ancien Testament :

« Et les exilés de cette légion d’enfants d’Israël, répandus depuis Canaan jusqu’à Carefat, et les exilés de Jérusalem, répandus dans Séfarad, posséderont les villes du Midi. »

en hébreu : ספרד

Widergänger dit: 1 septembre 2016 à 0 h 32 min

Ce que je comprends de ce que dit Haïm Vidal Sephiha dans cette conférence, c’est finalement que le judéo-espagnol n’a jamais existé sinon comme une langue post-exilique.

Donc, le parallélisme avec le yiddish ne vaut pas.

Et je comprends mieux dès lors (enfin, c’est à voir parce que ce n’est pas si simple à comprendre finalement…) que les Juifs yiddishophones aient pu sans barguigner décréter lors du congrès de la langue yiddish de 1909 ( qui a eu lieu à Tchnernowiz, je crois bien, même) que le yiddish était désormais la langue des Juifs, pour lui conférer un statut linguistique équivalent à celui d’une langue nationale. Ce qui à l’époque n’allait pas forcément toujours de soi pour tous les Juifs yiddishophones puisqu’un certain nombre d’entre eux, des sionistes, se réclamaient plutôt de l’hébreu qu’ils revendiquaient comme LA langue propre à la nation juive.

Enfin, je ne sais plus ce qu’il faut en penser finalement. Tout est plus compliqué que je ne croyais avant de lire cet article si intéressant.

Widergänger dit: 1 septembre 2016 à 0 h 18 min

Merci Laurent.
Mais Haïm Vidal Sephiha est bien gentil, mais enfin en Pologne, en Russie les Juifs, la grande pour ne pas dire l’immense majorité des Juifs parlaient entre eux le yiddish. Ça ne veut pas dire qu’ils ne parlaient pas d’autres langues aussi dans leur vie quotidienne comme le Russe en Pologne (la Pologne était alors occupée par la Russie et c’est le russe qu’on parlait à l’école notamment) ou le polonais aussi ou le français parfois comme à Odessa parce que des nounous étaient parfois françaises.

Il semble donc que rien de tel n’ait existé en Espagne. C’est ça que je n’arrive toujours pas à savoir dans toutes vos réponses qui restent très confuses à cet égard.

Est-ce que oui ou non les Juifs sépharades parlaient entre eux une langue à part qui n’était pas le catsillan ? C’est ça que j’aimerais savoir. Et cette langue, qui n’est donc pas le ladino, mais je judéo-espganol, avait quel statut dans l’imaginaire national espagnol ? Le mépris ? Le respect ? L’indifférence ? La curiosité ? L’intérêt ? La passion ? Quelqu’un a-t-il quelque lumière à me fournir à ce sujet sur cette épineuse question…?

Merci d’avance.

jean yves LANEURIE dit: 31 août 2016 à 23 h 08 min

Bravo pour cet apport pertinent , documenté et émouvant !
Comme, me semble-t-il, on dit en Ladino :
« Mersi mucho, karino François »
Jean Yves

berguenzinc dit: 31 août 2016 à 18 h 54 min

pêché dans un manuel de langues sémitiques…ça vaut ce que ça vaut

SFR
L’on sait que zéro est officiellement issu de l’italien dzero lui-même étant une contraction de l’arabe sifr (zéro). En réalité c’est de sémitiques en général qu’il faut parler pour leur racine SFR :
En hébreu sephora = jaune; séfarade = ?
En hébreu sifr = zéro ; safer = voyager; asfar = jaune

La formule de correspondance qui explique tout :
F, P sémitique = T, D en latin et grec
Cette formule a été déjà vérifiée pour le kabyle où ifer (aile, feuille) serait comparable à ider, iter, dTyr (oiseau comme en arabe).
C’est à dire que :
Astron (astre) en grec = Asfron en sémitiques : safir « voyager », 3usfur « oiseau » en arabe. C’est à dire qu’il y a relation :
Astre, Etoile = Voyageur = Oiseau = Jaune (et Or) ?
En kabyle (mazigh en général) ipher (aile, voler/fly, feuille) serait comparable à ither ou ithri (étoile, astre).

DHH dit: 31 août 2016 à 17 h 55 min

@begenzinc 17 h 10
la racine sémitique sfr signifie « de l’est » et le mot Sefarad désigne l’Espagne
On la retrouve dans le nom de famille Serfati très répandu en France et qui en hebreu,y compris moderne, signifie français

j’ai un jour entendu Manitou dire avec humour que se désignant soit comme Sefarad soit comme Ashkenaz ,les juifs faisaient preuve d’un esprit bien tordu pour se placer sous le parrainage des pays responsables des deux grandes catastrophes qui les ont frappés, Sefarad (l’Espagne) pour l’expulsion ,et Ashkenaz (l’Allemagne en hébreu) pour la Shoah

berguenzinc dit: 31 août 2016 à 17 h 11 min

pas le téléphone,sfr, hein ! encore que..le hasard est marrant…téléphoner, c’est fzire VOYAGER sa penser…

berguenzinc dit: 31 août 2016 à 17 h 10 min

Séfarade, cela aurait-il un rapport avec le radical sémitique « sfr » qu’on retrouve en akkadien ,en hébreu et en arabe, voire en kiswahili et qui a le sens de « voyager » , « partir », comme « safari »?

François Azar dit: 31 août 2016 à 16 h 07 min

Réponse à Widergänger : les Juifs parlaient toutes les langues de la péninsule ibérique au Moyen-Age avec bien sûr des variantes spécifiques. Des recherches sont en cours par exemple sur le Judéo-catalan (Il-Il Baum, Université hébraïque de Jérusalem). Je la cite : « (les Juifs catalans) avaient un répertoire distinct qui incluait la langue de tous les jours qui était un catalan tout à fait normal mais qui comprenait des éléments hébraïques non seulement relatifs aux fêtes mais aussi à l’argent, aux proverbes… De plus on s’aperçoit que l’arabe a gardé une place dans la langue. (…) quantitativement, l’arabe est plus présent que le castillan dans le judéo-catalan ». Suite de l’entretien dans la revue « Kaminando i Avlando » d’avril 2016 pp.10-11 https://issuu.com/akiestamos-aals/docs/18_kia-bat2

DHH dit: 31 août 2016 à 14 h 44 min

A preuve que l judeo-espagnol parlé dns l’empire ottoman différait peu de l’espagnol du XX eme siecle cette anecdote que j’ai lue un jour et qui se situe dans les années 30.
Pour les turcs évidemment cette langue parlée par les juifs-par ailleurs tous trilingues ou quadrilingues- dans l’espace domestique signait le caractère juif du locuteur .
D’où l’étonnement d’un quidam à qui un curé espagnol en soutane fraichement débarqué demande son chemin et qui n’en revient pas de voir « un curé juif »

ra dit: 31 août 2016 à 14 h 37 min

Séfarade, cela aurait-il un rapport avec le radical sémitique « sfr » qu’on retrouve en akkadien ,en hébreu et en arabe, voire en kiswahili et qui a le sens de « voyager » , « partir », comme « safari »?

DHH dit: 31 août 2016 à 14 h 32 min

je pense que jusqu’a l’expulsion les juifs d’Espagne parlaient la langue de tout le monde , castillan à madrid ,probablement catalan à Gerone;mais alphabetisés en hébreu ils écrivaient cette langue avec des caracteres hébraïques comme le faisait Rachi avec le français du 11 eme siecle qu »il parlait dans la vie courante
Le judeo espagnol c’est le langage qu’est devenu cet espagnol du 15 eme siecle, avec la vie propre qui a eté la sienne dans les terres d’exil des expulsés , Empire ottoman et Maghreb(emprunts,evolutions phonetiques etc,maintien d’archaîsmes syntaxiques ,prononciation conservée ..) et qui reste tres proche de l’espagnol parlé aujourd’hui

Widergänger dit: 31 août 2016 à 14 h 14 min

Mais DHH, quelle langue parlaient les Juifs de Gerone par exemple, là où vivaient les grands kabbalistes qui sont enterrés à Safed en Galilée ? C’est ça qui m’intéresse. Et de savoir si les Espagnols de l’époque avaient ou pas un certain mépris pour cette langue, le judéo-espagnol, ou pas ? Pour faire simple : Est-ce qu’ils trouvaient que c’est une langue de ploucs ou pas ?

Widergänger dit: 31 août 2016 à 14 h 05 min

ramon dit: 31 août 2016 à 7 h 46 min
Merci de votre commentaire. Mais ce n’était pas la question que je posais.

DHH dit: 31 août 2016 à 14 h 02 min

@WGG
c’est seulement une minorité des sefarads qui parlaient les langues judeo-espagnoles.
la grande majorité vivait en pays arabo-musulman et parlait une langue judeo arabe differente selon les lieux( Maroc Irak Egypte Algerie)
Dans le Maghreb du début du siècle ernier certains, qui formaient un sous-prolétariat ignoraient totalement le français
Sur les juifs en pays arabe un ouvrage somme ,sous ce titre,de Georges Bensoussan ,le même qui sous le pseudo d’Emmanuel Brenner a piloté « les territoires perdus de la république »

Widergänger dit: 31 août 2016 à 14 h 02 min

François Azar dit: 30 août 2016 à 21 h 45 min
Merci de vos précision, cher Françaois Azar. Il me semble donc que le rapport des Espagnols avec la langue judéo-espagnole n’est pas du tout du même ordre que le rapport des Allemands avec les locuteurs du yiddish et des Juifs allemands quasiment déjudaïsés avec les locuteurs du yiddish très souvent venus de Pologne ou de Russie, par exemple à Berlin, où les Juifs allemands des classes aisés ou de la classe moyenne, qui ne parlaient pas du tout yiddish, avaient un rapport sinon de mépris, du moins très distancé comme d’une langue qui ne les aurait pour ainsi dire pas concernés. Ce n’est apparemment pas du tout le cas avec le judéo-espagnol. C’est très intéressant de constater cette différence fondamentale entre les deux langues.

Jibé dit: 31 août 2016 à 10 h 40 min

Comme les choses sont joliment dites par livreshebdo !

« Ce coup de projecteur porté sur le Maroc lors du prochain salon Livre Paris devrait particulièrement intéresser la ministre de la Culture Audrey Azoulay, dont le père est conseiller du roi du Maroc. »

laurent dit: 31 août 2016 à 8 h 20 min

Quelqu’un parlant le castillan peut comprendre le castillan archaïque et mélangé parlé à Istanbul les descendants des Juifs expulsés d’Espagne

ramon dit: 31 août 2016 à 7 h 46 min

Widergänger dit: 30 août 2016 à 20 h 41 min
J’aimerais bien savoir quel était le rapport des Espagnol parlant le castillan avec le judéo-espagnol ?

WG
Le judeo espagnol est du castillan de l’époque de l’expulsion, auquel se sont rajouté des termes et expressions locaux avec le temps
Les personnes parlant castillan peuvent comprendre l’espagnol parlé par les descendants des Juifs espagnols réfugiés en Turquie, alors empire ottoman, à la suite de leur expulsion d’Espagne par les rois catholiques

la fille à la voilette dit: 30 août 2016 à 23 h 45 min

Billet passionnant, que je découvre seulement maintenant, donc à relire, demain.Mais,grâces vous soient rendues pour « mireille Gorbatcheuv »,que de doux rêves, cette nuit !

François Azar dit: 30 août 2016 à 21 h 45 min

Réponse à Widergänger : le judéo-espagnol est passé aux caractères latins dans les années 1920 sous l’influence de la réforme du turc imposée par Atatürk.
Les Espagnols ont eu peu de contacts avec des Judéo-espagnols avant la fin du XIXe s. On a cependant quelques témoignages qui montrent que dès le XVIIe s. les voyageurs espagnols visitant l’Orient perçoivent l’espagnol parlé par les Juifs comme archaïque. A l’aube du XXe s. des philologues comme Ramón Menéndez Pidal ou des politiques comme Ángel Pulido Fernández « découvrent » les judéo-espagnols et s’enthousiasment pour ce qui s’apparente à des locuteurs du castillan du siècle d’or. Ils minimisent de fait tout l’apport grec, arabe ou turc. Cette rencontre débouchera sur toute une série de malentendus qui font les délices (et le désespoir) des linguistes. C’est aussi le point de départ d’une intense campagne pour rattacher les Sépharades à l’Espagne qui a connu de nombreux rebondissements jusqu’à aujourd’hui.

Widergänger dit: 30 août 2016 à 20 h 41 min

J’aimerais bien savoir quel était le rapport des Espagnol parlant le castillan avec le judéo-espagnol ?

Les Juifs allemands qui ne parlaient pas le yiddish, c’est-à-dire l’immense majorité des Juifs allemands au XXè siècle, avaient un assez grand mépris pour le yiddish.

Est-ce que tous les Juifs sépharades parlaient le judéo-espagnol ?

Widergänger dit: 30 août 2016 à 20 h 38 min

On ne conçoit pourtant pas le yiddish écrit autrement qu’avec l’alphabet hébraïque. Les profs de la Sorbonne ont voulu l’imposer au grand scandale des profs de yiddish qui ont finalement obtenu gain de cause. Je trouve anormal et regrettable pour ma part qu’il n’en soit pas de même du judéo-espagnol.

DHH dit: 30 août 2016 à 20 h 22 min

Une faute de frappe malheureuse dans mon post de 15 h 06
le neveu de dona Grasia Nasi, auteur du poeme epique ecrit en portugais(consolaçao…) avait pour surnom duc de Naxos et non de Naos

François Azar dit: 30 août 2016 à 19 h 36 min

Cher Edmond, Bocas benditchas comme nous disons. Mersi muncho pour ton juste commentaire.
Concernant Houli/Khouli/Rouli/Couli, c’est l’éternel débat sur la notation des gutturales de l’hébreu qui ne trouve pas de solution satisfaisante avec l’alphabet latin. Tu as raison de souligner toutes les persécutions survenues en Espagne avant 1391. Mon ‘relativement’ concerne les autres pays européens où celles-ci s’abattirent plus tôt (avec des expulsions définitives dès le XIVe s.). Kon todo mi karinyo.

François Azar dit: 30 août 2016 à 19 h 26 min

Réponse à berguenzinc : Toutes les judéo-langues ont des points communs, le yiddish et le judéo-espagnol plus que d’autres sans doute, mais il ne faut pas pousser la comparaison trop loin. Le yiddish est né bien plus tôt (vers le XIIe s.), concerne une aire géographique et un nombre de locuteurs bien plus large (avec des variantes très notables), sans parler de la place de l’hébreu bien plus importante dans le yiddish. Dernière différence notable : la conversion du judéo-espagnol aux caractères latins au début du XXe s. ce qui est somme toute logique pour noter une langue latine.

berguenzinc dit: 30 août 2016 à 19 h 23 min

mais je judéo-espagnol n’a pas le sort peu enviable du burushaski. Cette langue coincée dns le Karakorum ,dans deux vallées quasi inaccessibl est une langue relicte qui ocntient quelques rares structures grecques: la raison, sans doute des soldats perdus d’Alexandre qui s’&tablirent dans ces vallaes du Cachemire.

il ne reste que 1000 locuteurs !

la vie dans les bois dit: 30 août 2016 à 19 h 13 min

L’usage de langue minoritaires en péril est un sujet passionnant.

J’ai lu que Fishman avait établi des niveaux de langage, de 1 à 8, selon l’utilisation.
Dans la thèse, donnée en lien, le chercheur situe de judeo-espagnol entre les niveaux 6 et 8, soit between « orally attained from the older generation » and « spoken by a reduced number of old speakers who cannot recollect much vocabulary or syntactic structures and are at best described as passive or semispeakers »

Un lien interessant sur cette langue vernaculaire, qui a subi de nombreuses mutations:
https://repository.library.georgetown.edu/bitstream/handle/10822/553247/romeroReynaldo.pdf?sequence=1

la vie dans les bois dit: 30 août 2016 à 18 h 53 min

A lire DHH, on dirait que le judeo-espagnol/ladino c’est un patois de fête folklorique. Qui ne sert plus que pour des bacchanales, avec des recettes rares, à base d’oranges amères.

« Le judéo-espagnol a été classé (avec le yiddish) par le Conseil de l’Europe comme langue minoritaire déterritorialisée devant être protégée (1998) et reconnu comme langue de France par la DGLF-LF (2002). En 1998 la National Authority for Ladino a été créée en Israël pour fédérer les contributions à la défense et à la promotion de la langue et de la culture (en même temps que le yiddish). En 2002 le colloque de l’Unesco Le judéo-espagnol / ladino : Patrimoine immatériel a dressé une liste de mesures de conservation dont l’enseignement de la langue et de la culture fait partie. En 2005 la FR TUL (CNRS) en partenariat avec la DGLF-LF a chargé l’INALCO de constituer un inventaire et un corpus du judéo-espagnol parlé à fin de conservation (archives orales). Il est recueilli et mis en ligne par les étudiants de judéo-espagnol. »

http://www.inalco.fr/langue/judeo-espagnol

DHH dit: 30 août 2016 à 15 h 06 min

Widergänger dit: 29 août 2016 à 21 h 48 min

« Ne pas oublier La Signora, par Catherine Clément ».
Soit

mais cette biographie du personnage extraordinaire qu’était dona gracia Nasi est dans sa quasi totalité pillée de l’ouvrage plus serieux que lui consacré le grand historien des marranes Cecil Roth
Et c’est ce qu’il faut lire de preference à l’ouvrage de Catherine Clement sur cette femme et son neveu le poete qu’on appelait le duc de Naos c’est

François Azar dit: 30 août 2016 à 14 h 22 min

Réponse à Jibé : les Judéo-espagnols sont beaucoup moins nombreux en Israël que les Ashkénazes. Ils n’ont jamais formé de partis mais cela n’a pas empêché certains d’entre eux d’atteindre les plus hautes fonctions comme David Elazar « Dado », chef d’état-major (1972-1974) pendant la guerre de kippour ou Ytshak Navon, ancien secrétaire de Ben Gourion et président de l’Etat d’Israël (1978-1983).

François Azar dit: 30 août 2016 à 13 h 46 min

Réponse DHH : Merci d’avoir apporté ce complément aussi juste que nécessaire sur la Haketia, variante du judéo-espagnol parlé au nord du Maroc. Cette tradition (chants & contes) a brillamment été illustrée par Solly Lévy et les membres de l’ensemble Gerineldo (Oro Anahory-Librowicz, Judith Cohen, Kelly Amar) et par Henriette Azen en France.

berguenzinc dit: 30 août 2016 à 13 h 45 min

ce monsieur Azar est un bien vilain coco,même pas daigné répondre à ma petite question d’hier. C’est Alba qui s’y est collé et je l’en remercie, d’ailleurs.

Jibé dit: 30 août 2016 à 13 h 12 min

« Alors que la littérature en langue yiddish est aujourd’hui universellement célébrée bien au-delà du monde juif, la littérature en judéo-espagnol n’a jamais été reconnue au-delà du cercle étroit des linguistes et des philologues. »

Les Séfarades seraient-ils moins appréciés que les ashkénazes en Israël même, François Azar ?

laurent dit: 30 août 2016 à 10 h 46 min

DHH
il me semble qu’il y a ou avait un groupe ou une chanteuse kabyle chantant en espagnol de l’époque/judeo-espagnol donc

DHH dit: 30 août 2016 à 10 h 38 min

Paul Benichou, celui de morales du Grand siècle, qui était issu d’une de ces lignées originaires de Tetouan avait réuni dans un recueil les chansons en judeo espagnol qui avaient bercé son enfance.
Cet ouvrage s’intitule :romances judéo-espagnoles de Marruecos ;il a été publié en 1946 a Buenos Aires, où il s’était refugié quelques annéees plus tôt exclu de l’EN par les lois de Vichy ;j’en ai découvert l’existence dans la Mediterranée de Braudel, où il est cité ;
Je l’ai eu en mains mais je ne le possède pas

Edmond Cohen dit: 30 août 2016 à 10 h 29 min

Excellent travail, cher François. Je fais personnellement partie de ceux qui pensent que le judéo-espagnol va mourir, mais font de l’acharnement thérapeutique pour tenter de retarder la tragique échéance.
Je pense qu’il faut garder l’orthographe traditionnelle Khouli, car la jota espagnole n’a rien à voir avec le r, sauf à écrire berara pour beraha, Rouen Carlos pour Juan Carlos et Mireille Gorbatchev pour Mikhail.
Par ailleurs vous avez eu raison de tempérer d’un « relativement » votre affirmation selon laquelle le judaïsme espagnol a été à l’abri des persécutions avant 1391. Dans ce « relativement » entrent, rappelons-le quand même, les terribles persécutions et expulsions wisigothes s’étageant de 589 (conversions forcées) à 711, arrivée des arabes, mais aussi les épisodes comme le massacre des juifs de Barcelone par Almanzor en 985, de 4.000 juifs à Grenade en 1066, de l’arrivée des Almoravides en 1086 et des Almohades en 1146 (exil de Maïmonide en 1151). Et chez les catholiques, la rouelle en 1231, l’arrivée de l’Inquisition en Aragon en 1233, les massacres de 1328 en Navarre,etc.
Un « relativement » qui, tout compte fait, pèse assez lord, quand même…
Kon muncho karinyo,
Edmond Cohen

DHH dit: 30 août 2016 à 10 h 19 min

Vidal Haim Sephiah distingue trois langues judéo-espagnoles
Le ladino qui est selon son expression de « l’espagnol calque » traduction des textes liturgiques avec des termes espagnols mais une syntaxe hebraïque et dans un mot à mot calqué sur le texte hebraïque
Le Djudaizmo :langue parlée dans l’empire opottoman par les descendants des expulses , à base de castillan du 15 eme siecle et matiné de turc de grec puis de français
L’Haiketia langue parlée par ceux des expulsés installés au Maroc qui vivant dans les enclaves espagnoles de Tétouan et Tanger ont continué à parler espagnol au contraire des autres exiles venus au Maroc qui se sont fondus dans le monde judeoarabe et en ont adopté l langue (les megorashim).
C’est la seconde langue que parlait ma grand mère originaire de Tetouan, celle dont elle mâtinait toujours son français, celle qu’on parlait à la maison quand on ne voulait pas que les enfants comprennent, et c’est la langue qui reste vivace pour moi à travers certains « mots de la tribu » avec lesquels je dis des choses que je ne saurais exprimer en français ,langue que je maîtrise pourtant .
Et qui est bien vivante dans le nom de certains plats hérités que je prépare habituellement avec des ingrédients qui ont pour moi des noms espagnols

DHH dit: 30 août 2016 à 10 h 15 min

Vidal Haim Sephiah distingue trois langues judéo-espagnoles
Le ladino qui est selon son expression de « l’espagnol calque » traduction des textes liturgiques avec des termes espagnols mais une syntaxe hebraïque et dans un mot à mot calqué sur le texte hebraïque
Le Djudaizmo :langue parlée dans l’empire opottoman par les descendants des expulses , à base de castillan du 15 eme siecle et matiné de turc de grec puis de français
L’Haiketia langue parlée par ceux des expulsés installés au Maroc qui vivant dans les enclaves espagnoles de Tétouan et Tanger ont continué à parler espagnol au contraire des autres exiles venus au Maroc qui se sont fondus dans le monde judeoarabe et en ont adopté l langue (les megorashim).
C’est la seconde langue que parlait ma grand mère originaire de Tetouan, celle dont elle mâtinait toujours son français, celle qu’on parlait à la maison quand on ne voulait pas que les enfants comprennent, et c’est la langue qui reste vivace pour moi à travers certains « mots de la tribu » avec lesquels je dis des choses que je ne saurais exprimer en français ,langue que je maîtrise pourtant .
langue qui est bien vivante pour moi dans le nom de certains plats hérités que je prepare habituellement et avec des ingrédients qui ont pour moi des noms espagnols

Deunailles dit: 30 août 2016 à 9 h 58 min

merci pour ce billet clair, documenté et sensible sur une langue chargée d’histoire, de culture et d’émotions. Le monde sépharade est peu connu et ceux qui s’emploient à en transmettre l’histoire et à travailler à sa survie ont bien du mérite.

François Azar dit: 30 août 2016 à 8 h 43 min

Réponse à Nissim : le nom de l’auteur du Me’am Lo’ez peut être translittéré de manière très différente. La plus fréquente n’est pas celle que vous citez mais Jacob Houli. Pour des lecteurs français cela induirait en erreur car le son correct est celui de la jota espagnole. D’où mon choix de translittérer avec un R.
Spinoza est un descendant de marrane. C’est une histoire spécifique mais liée à celle des judéo-espagnols ottomans. Nombre d’entre eux sont venus s’installer dans l’Empire ottoman (les « Francos ») où ils ont soutenu l’occidentalisation des communautés. Une partie de ma famille (les de Chaves) venait ainsi d’Amsterdam (où ils auraient pu côtoyer les Spinoza) et s’est installée au début du XIXe s. à Izmir.

Deunailles dit: 30 août 2016 à 8 h 38 min

Spinoza n’était pas judéo-espagnol? il est issu d’une famille portugaise sépharade de nouveaux convertis et a été excommunié de la communauté juive d’Amsterdam en 1656 pour ses commentaires sur les textes sacrés.

nissim dit: 30 août 2016 à 7 h 24 min

Plein d’erreurs
Spinoza n’était pas « judéo-espagnol ». C’était un fils de Nouveaux-Chrétiens portugais, né aux Provinces Unies, y nada mas !
Jacob Khuli aurait bien ri de voir son nom translittéré Jacob Rouli.

Widergänger dit: 30 août 2016 à 7 h 06 min

Le parallèle que tu fais, Jean-Philippe, me semble très convenable. Mais à une différence près, c’est que par le congrès de la langue yiddish qui eut lieu en 1909, le yiddish a été institué la langue des Juifs. Ce qui exclut à priori le ladino.

berguenzinc dit: 29 août 2016 à 23 h 52 min

François Azar dit: 29 août 2016 à 22 h 45 min

bonsoir, que pensez-vous de ma comparaison entre je judéo)espagnol par rapport au castillan et du yiddish pae rapport à l’allemand?
et puis le ladino? c’est la même chose que ke judéo-espagnol

François Azar dit: 29 août 2016 à 22 h 45 min

Réponse à Widergänger En judéo-espagnol on dirait tout simplement ‘avlo djudyo’. Les formes composées s’utilisent rarement et jamais à l’indicatif. Bienvenue pour prendre des cours de judéo-espagnol chez Aki Estamos !

Widergänger dit: 29 août 2016 à 22 h 23 min

Une partie de ma famille séfarade est allée s’installer d’abord à Istamboul après l’Espagne pour aller ensuite en Russie, revenir en Pologne puis en France dans les années 1920.

la vie dans les bois dit: 29 août 2016 à 22 h 03 min

Il n’y aurait pas un dico du ladino, qu’on puisse se faire une idée de cette langue pour initiés, aux contes et légendes, et tous ces sens cachés ?

Widergänger dit: 29 août 2016 à 21 h 48 min

Ne pas oublier La Signora, par Catherine Clément.

Mais je vais me mettre au judéo-espagnol aussi et commencer par lire ces ouvrages passionnants.

berguenzinc dit: 29 août 2016 à 21 h 12 min

en fait, j’ai lu le papier , et le judeo-espagnol est sans doute au castillan ce que le yiddish est à l’allemand franconien.

berguenzinc dit: 29 août 2016 à 20 h 48 min

vu l’atmosphère du blog, c’est vairament le Azar et la nécéssité. Pas bien ,ça M’sieur Assouline, d’ouvrir l’arène au judéo et à l’espagnol….

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