de Pierre Assouline

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La République des livres
André Markowicz dans la forêt sauvage

André Markowicz dans la forêt sauvage

On le dit un peu à l’ouest quand tout le situe plutôt à l’est. Difficile d’échapper à ce tropisme quand on est de mère russe et de père d’origine polonaise. Tout cela fait d’excellents français et, en l’espèce, André Markowicz (1960), un traducteur hors pair qui ne s’est pas contenté de retraduire tout Dostoïevski, de se colleter à Shakespeare à ses heures perdues et, tant qu’à faire, d’attaquer la montagne magique de la poésie chinoise par la face nord sans connaître un mot de chinois. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Sa poésie chinoise, il l’a lue traduite de nombreuses langues. Du russe surtout. Une traduction de traductions en quelque sorte. Ce qui paraît farfelu à plus d’un traducteur. Il s’en défend en arguant que le mot à mot n’y est jamais le même. Les experts divergent déjà sur le sens littéral ; alors le sens poétique, métaphorique, allégorique, vous imaginez ! Tout son travail est construit sur l’idée d’équivalence, de correspondance des formes entre une langue et le français, de manière à ce qu’une strophe d’Eugène Onéguine se dise à la même vitesse en russe et dans notre langue ; pareillement pour le travail qu’il a fait avec Françoise Morvan sur les pièces de Tchékhov :

« Et s’il y a un décalage de dix secondes entre les deux, alors c’est faux et on recommence ! »

L‘équivalence est possible entre le russe et le français car il s’agit de la même sphère culturelle, ce qui n’est pas le cas du chinois. Inutile dans ce cas de chercher une équivalence. Tant pis si la musique du chinois, langue de monosyllabes, lui échappe. Il affiche avoir réalisé un « travail d’ignorance » résumé en une proposition qui sonne comme un défi : comment un occidental n’étant pas né dans cette civilisation peut-il se rapprocher de l’incommunicable ? D’où le titre Ombres de Chine (26,90 euros, Inculte). Autrement dit un écho. De quoi peindre le regard d’un étranger sur cette poésie qui relève du domaine des ombres puisqu’elle lui demeurera à jamais insaisissable. Alors sautant s’en tenir à un halo de sens.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, demandant à des experts chinois de relire sa traduction, il recueillit autant d’opinions qu’il y avait d’experts. Aucun ne s’accordait sur le sens des idéogrammes. « Je me suis retrouvé dans une forêt sauvage » se souvient-il. Un second choc s’ensuivit relatif au contenu de ce qu’il traduisait : il découvrit que le plus grand massacre de guerre avant la seconde guerre mondiale avait eu lieu en Chine avec la révolte d’An Lu-shan. Trente millions de morts au VIIIème siècle.

Traduction ? Même pas. Markowicz réfute jusqu’au mot s’agissant de son travail sur ces poèmes.  Alors disons que ce sont des poèmes traduits, recomposés, réimaginés mais accompagnés de suffisamment de sources pour que le lecteur puisse se faire une idée. Un travail d’autant plus nécessaire que bon nombre de ces poèmes n’avaient jamais été traduits en français. Tout « pourquoi ? » opposé à son activité lui semble une question raciste ou totalitaire tant elle met en cause l’intimité. Il ne veut répondre qu’à ce qu’il estime être la vraie question : « comment ? ». D’où les notes et sources.

Dans Le Soleil d’Alexandre, il avait peint autour de Pouchkine la confrontation de la première génération de poètes et d’écrivains russes avec l’Histoire ; il s’en souvient comme d’un « livre de traducteur » dans la mesure où il faisait partager ce qu’il savait ; pareillement Ombres de Chine avec ce qu’il ignorait mais qu’il a découvert. Une trace strictement personnelle. Poètes russes et poètes chinois ont été confrontés aux mêmes problèmes : l’exil, la guerre… Il a utilisé le décasyllabe blanc car c’est un vers qui impose la calme, un pas mesuré, un rythme constant, quand on vit avec. Dans la poésie chinoise du VIIIème siècle, on trouve des vers de cinq idéogrammes et des vers de sept, soit dans des quatrains ou des huitains, soit dans de la poésie libre qui tient du récit sans strophe. Son choix est donc totalement subjectif.

 « La traduction ne sert pas à dire une présence mais à la désigner. Elle ne doit jamais se mettre à la place de l’original. Un traducteur, c’est quelque qui aime quelque chose que les autres ne connaissent pas et qui le partage » dit-il.IMG_5128 (1)

Il s’agit de rendre par écrit la voix, dans son intonation, dans sa signification, dans son non-dit. Tel est le principe de base de l’écriture de Dostoïevski, vu et lu par Markowicz : « une écriture de la mauvaise foi ». Quel autre écrivain avant lui a montré explicitement que le narrateur ne dit pas la vérité ? C’est sa grande nouveauté. La traduction d’Eugène Onéguine est, à ses yeux, ce qu’il a fait de plus important.  Et d’affirmer non sans fierté : « Si je n’avais fait que cela, de toute ma vie, cela aurait suffi ». Manière indirecte de dire qu’il n’a plus à prouver, ni à se prouver, quoi que ce soit puisque c’est déjà fait. Alors il a fait Ombres de Chine par goût du danger. Au risque de détruire sa réputation de grand-traducteur-du-russe, sa langue maternelle. Déjà, pour s’être colleté à Shakespeare, chasse gardée de quelques uns, il avait senti le danger. On ne marche pas impunément sur d’autres plates-bandes. Alors les Chinois… « Je n’ai pas pu résister : c’était tellement beau ! »

Un tempérament, Markowicz. Cela ne lui vaut pas que des amis. Il semble même qu’il ait le goût de se faire des ennemis. A croire qu’il a le don d’exaspérer. Le Centre national du livre s’est toujours refusé à subventionner sa retraduction des Œuvres complètes de Dostoïevski. L’aide lui était systématiquement refusée pour chacun des livres. Pour L’Idiot, le premier, les notes et appréciations des membres de la commission ad hoc que l’éditeur Hubert Nyssen avait demandé à voir, étaient quasi insultantes. Il fallut une intervention personnelle du directeur du CNL dix ans plus tard pour que la traduction du dernier volume, Les Frères Karamazov , soit aidée.

Markowicz est du genre à respecter non ses prédécesseurs, car il ne s’inscrit dans aucun courant, mais ses collègues anciens, les Gustave et Michel Aucouturier et quelques autres, dans la mesure où Dostoïevski leur doit sa situation actuelle en France. Pour autant, il ne se reconnaît pas de maîtres, hormis le grand linguiste russe Efim Etkind qui l’avait pris son aile avant qu’ils ne se brouillent :

« Ce qu’ils ont traduit ne correspond pas à ce que moi je lis, mais cela ne fait-il pas partie du débat intellectuel normal ? »

Fils d’un journaliste communiste travaillant pour la presse du PCF qui collabora ensuite aux éditions du Progrès. Ce qui explique une enfance à Prague puis Moscou avant la France et, à partir de 1985, la Bretagne du centre, celle de sa complice en traduction Françoise Morvan. C’est peu dire que ces deux-là sont tricards au pays. Il est vrai que cette dernière a publié Le Monde comme si. Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne (2002, Actes sud puis Babel), une réflexion sur l’instrumentalisation de la langue et de la culture bretonnes à des fins politiques et commerciales qui fait régulièrement scandale lorsqu’ils en parlent dans les débats. D’ailleurs, ils n’y sont plus invités tant ils sont devenus la bête noire du nationalisme breton. Pendant des années, des gens sont venus tous les jours en déchirer un exemplaire chez Virgin à Rennes. C’est dire la haine qui les entoure parfois.

« Je ne comprends pas qu’on puisse être fier de quelque chose, breton comme elle ou juif comme moi, car on n’a rien fait pour. On peut l’aimer, le respecter, mais en être fier quand on n’y est pour rien ! »

Quand il traduit une pièce, c’est pour qu’elle soit jouée et non pour qu’elle soit lue. Pour Tchékhov, avec Françoise Morvan, ils s’emploient à mettre d’abord en valeur le mouvement de l’énergie et de la parole, l’intonation puis les motifs, les structures, les répétitions de mots. Par exemple : « Peu importe » ou « quelle importance » dans les Trois sœurs car elle y est fondatrice : « Un lieutenant de plus ou de moins, quelle importance … ». Tout cela est pris en compte par le metteur en scène dont les réactions, ainsi que celles des acteurs, leur font parfois modifier leur texte. Grâce à Alain Françon, qui leur demanda s’il existait des variantes de La Mouette, ils se sont mis à leur recherche dans les manuscrits originaux. Pareillement avec Braunschweig, Langhoff et autres passionnés qui construisent leur travail sur l’étude de la structure du texte.

 « Pour un lecteur moyen en anglais, c’est plus facile de comprendre Shakespeare que le journal d’aujourd’hui car on dispose de quantités de dictionnaires et d’essais lexicaux qui expliquent tout »

Il n’a pas tant travaillé sur la langue que sur le pentamètre iambique, variante d’un vers européen. Le premier monologue d’Hamlet, sur la chair : est-ce « solide » ou sulid » ? Il y a des variantes parce qu’on n’a pas de texte écrit : il était destiné à être joué et non lu ; chaque comédien avait son rouleau de texte, lequel était changeant. Hamlet n’était pas destiné à durer. Pour le Shakespeare de La Nuit des rois, Comme il vous plaira ou Beaucoup de bruit pour rien, il s’est attaché à respecter la structure et la forme :

« Ca rime quand ça rime, c’est en prose quand c’est en prose et en vers quand c’est en vers etc On répète un mot quand il est répété »

Même s’il revendique la traduction comme un exercice de gratitude et de reconnaissance, quasiment un exercice d’admiration, ses manières ne vont pas sans réactions. Des critiques officielles, d’autres plus feutrées. Et internet. Avec son compte Facebook, qu’il alimente tous les deux jours, il reçoit des échos directs des lecteurs. Partages (21,90 euros, Inculte), journal de traduction qui paraît en même temps qu’Ombres de Chine, résonne de ces échanges aussi banals que la vie. Ah, les digressions sur les chaises longues nationalistes observées au Centre Leclerc de Rostrenen… Le terrain est commun ; le ton, celui de la conversation. Même lorsqu’il consacre une quarantaine de chroniques (passionnantes !) à Hamlet (elles seront recueillies bientôt en un volume par Les Solitaires intempestifs). Le mouvement absorbe la violence des propos. Il parle de politique, de travail, de choses personnelles qui présentent un intérêt collectif mais s’interdit toute intrusion dans la vie privée ; c’est la limite de ce journal extime qui n’est pas écrit comme on parle mais dont l’écriture n’en relève pas moins de l’entretien.

« Et puis ce que j’aime dans la vie, c’est apprendre ! » Voilà, c’est dit et cela suffit. Et André Markowicz de retourner à ses écritures qui sont d’abord des lectures, celles des Russes, des Anglais, des Bretons (mais oui !) et des Chinois aussi, puisque leur poésie est décidemment celle qui l’aide à remettre les choses, les hommes et le monde en perspective lorsqu’il se sent impuissant à exprimer sa distance par rapport à l’Histoire. Alors ne fût-ce qu’à ce titre, louée soit-elle !

 (Photos Passou)

 

 

Cette entrée a été publiée dans Essais, Littérature étrangères.

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commentaires

738 Réponses pour André Markowicz dans la forêt sauvage

coup de froid dit: à

à geo : Perico Légasse est bien comme sa femme Polony, accablant Valls, oubliant le bilan Sarko et attendant la grosse blonde impatiemment… du Figaro mâtiné de Valeurs dites Actuelles… un mauvais coup de fourchette qui n’y va pas avec le dos de la cuillère et va ravir la fachosphère présente ici

Phil dit: à

radioscopie dit:
Souffrances il y a bien eu ! Cela transpire de toutes parts

les vraies souffrances de Berlin n’ont pas de mémoriaux: la trique de Frédéric II et l’arrivée des sauveurs russes.
Vous transpirez à Berlin car vous êtes probablement un voyageur à l’esthétisme italien.

D. dit: à

DHH, vouloir trouver des bases scientifiques dans la cabbale, c’est se prendre une première porte (de chambre forte) en pleine figure. Ensuite je vous réponds avec ce texte de Marc Haven :

Un Kabbaliste doit pouvoir lire à livre ouvert un ouvrage rabbinique
quelconque, en donner l’explication dans la langue même
de la mystique juive, c’est-à-dire en l’appuyant de textes pris aux
oeuvres qui font autorité en ces matières, y apporter les lumières
personnelles et de sa réflexion et de ses recherches. L’étudiant aurait
donc quatre-vingt-dix ans, puisqu’une existence suffirait à
peine à ce labeur, à cette évolution. Et le maître? Où serait-il?
Cette grande et noble science qu’est la science dela Kabbale ne
doit pas être profanée et ridiculisée par l’ignorance orgueilleuse, et
il est tout aussi pitoyable de voir des ignorants réciter quelques
mots de Molitor, répéter quelques formules de Franck, qu’il le serait
de voir des enfants ajouter bout à bout une fraction, un cercle
et une équation trigonométrique, et de les entendre crier qu’ils
savent les mathématiques.
Que faire alors? Est-il donc une autre Kabbale? Oui, et je
veux le démontrer ici. Il est une autre science théologique que celle
de l’école officielle puisqu’il a toujours été des hérétiques et des
mystiques il est une autre mystique que celle du Talmud et
d’autres interprétations de la Torah puisqu’il y eut parmi les
Kabbalistes même tant de maîtres proscrits, persécutés et qui finalement
passèrent au christianisme. De part et d’autre du monde
chrétien et du monde juif, sont sortis des hommes qui ont rompu
tout charme et se sont dégagés de toute contrainte pour rechercher
individuellement la vérité de leur mieux. Les Guillaume Postel,
les Keuchlin, les Khunrath, les Nicolas FIamel, les Saint-Martin,
les Fabre d’Olivet, que sont-ils? Voilà les maîtres de la Kabbale
telle que la voyait Stanislas de Guaïta, telle qu’il sutvraiment
la faire connaître et enseigner. Ces hommes furent d’âpres conquérants
en quête de la toison d’or, refusant tout titre, toute sanction
de leurs contemporains, parlant de haut parce qu’ils étaient haut
situés et ne comptant que sur les titres qu’on obtient de ses propres
descendants. Ces titres-là sont les seuls, puisque, comme l’enseignent
la tradition et la symbolique égyptienne, c’est nous-mêmes
qui devrons nous juger. Le fleuve passé, nous apparaissons nus,
ayant laissé nos vêtements de mort avec nos rêves, et alors à chacun
selon ses oeuvres vives Notre Dieu est celui des vivants et non celui des morts.

D. dit: à

Écoutez Géo, je vous aime bien.
Pourquoi ne me laissez-vous pas terminer ?

D. dit: à

Sauf à les mettre en opposition de phase, mais c’est déjà plus pointu.

D. dit: à

Pourquoi vouloir faire coïncider des idiots, Bérénice ? Vous risquez ainsi de créer un concentré local difficile à gérer.

D. bishop dit: à

Vous m’excuserez, ueda-zhu-pawn, mais aux Échecs ont cherche d’abord à faire Échec au Roi, puis Mat.
C’est à se demander si vous y avez déjà joué une seule fois.

Marie Nette dit: à

Je la découvre…et j’adore cette Madame Verniglia, quelqu’un la connait-elle vraiment ?

radioscopie dit: à

Phil dit: 12 décembre 2015 à 9 h 18 min
Souffrances il y a bien eu ! Cela transpire de toutes parts (sous le glacis de la guignolade et du business).

Sant'Angelo Giovanni dit: à


…pour faire mouche,!…pourquoi deux tours,!…en plus de rendre le premier tour obligatoire, sinon, 1000 €uro,!…d’amande,!…

…question de voter tout les mois,!…il y a tout de mêmes qui vont restez-bloquer, à leur paradis-fiscal,…
…pas de taxes  » boursières « , pour les lèche-culs du fric,!…
…mais, c’est qu’il faut remplir les caisses des nations,!…toutes ces sécurités, c’est pas gratuit,!…toutes ces vigies à faire les beaux, blancs,!…en-cadrés,!…il en faut de l’instruction,…
…enfin, une des nombreuse voie de sortie,!…un tourisme – gay’s – boy’s – esoort,!…pour réchauffer les saints et Dames patronnesses,!… » en cas de malheurs « , du jambon à l’os,!…un compte vite réglé,!…à la mode de voter pour rien, et pour personne,!…le fermier,sur ses champs vigilent sur sa Stalag 13,!…
…l’immigration un tourisme o’clock,!…of course,!…je revient des paradis fiscaux,…
…sans chemises ni pantalons,!…la ceinture pour meubler le nombril,!…etc,!…
…qu’est ce qu’on s’ennuie, pourvu que l’huile de fois de morue, nous neuronnent nos A.D.N.,!…encore un effort, au fond du tonneau corporatiste,!…
…nos grands maîtres aux abbatiales à lèche-Dieux,!…mais mieux que çà,!…
…etc,!…

William Legrand dit: à

Madame Verniglia, la joyeuse commère de ce blog, nous affirme : « Voulant promouvoir sa chère Marion Maréchal Pétain, JC est resté coincé toute la nuit derrière un panneau électoral à cause d’un faux mouvement d’extrême-droite; les pompiers ont eu du mal à l’extraire, les gens du Camp à Nella de la rue Fournier étaient joyeux, comme nous hhihihihi »

DHH dit: à

@D 23 H 50
Le texte que vous citez à propos de la Kabbale est d’Eliphas Levi. Cette signature suffit à elle seule à le discrerditer.
Ce qu’ a pu écrire sur le sujet cet auteur sous un pseudonyme aux connaitations mêlant occultisme et judaîsme est denoncé comme fantaisiste dépourvu de toute base scientifique par le maître qui represente l’autorité incontestéee en cette matiere:Guershom Scholem dans son livre de reference :Les grands courants de la mystique juive

Phil dit: à

Radioscopie, Berlin n’a jamais été une ville à « lieux de souffrance et de mémoire ». C’est une ville-colonie avec son cortège de plaisirs désordonnés, conquêtes brutales et désintérêts du passé.

la vie dans les bois dit: à

« Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi: “Je suis un homme sérieux! Je suis un homme sérieux!” et ça le fait gonfler d’orgueil. Mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon ! »

Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince.

C’est excellent !
http://parenthese.hypotheses.org/158

Bonne journée, et bonne éternité !

la vie dans les bois dit: à

Et toute ressemblance avec des personnes allant voter, ayant le cas échéant procuration, serait fortuite.

Chaloux dit: à

Mort de l’écrivain japonais Akiyuki Nosaka à l’âge de 85 ans. Je me souviens de son roman Les Pornographes comme d’un grand moment de lecture.

radioscopie dit: à

Le Parisien | 06 Mai 2015
« Le fait que beaucoup d’enfants jouent au milieu des blocs, voire grimpent dessus, ne pose aucun problème, explique le directeur, qui insiste sur l’idée, fondamentale, que le Mémorial demeure un lieu « rempli de vie ». Toutefois, depuis peu, des employés sont présents sur le site afin de décourager certains « comportements inappropriés », comme les bains de soleil à même les blocs… »

radioscopie dit: à

De toute façon, il y a quelque chose de choquant à Berlin : les lieux de souffrance sont devenus, par la grâce du tourisme, du fric et de l’inculture, la scène de spectacles de rue répugnants.

la vie dans les bois dit: à

« (…) Je regarde ces tableaux, et je me dis, oui, c’est vrai, on m’appelle ici loin de moi, loin en avant dans ce lieu qui n’est plus un lieu, ces toiles franchissent bien la barre de l’apparence, elles se couvrent assurément, grandes voiles, de l’écume phosphorescente du non-être, du non-vouloir, je n’ai pas eu tort de caractériser le travail de Zao Wou-Ki par le non-réferentiel, le non-savoir, c’est la leçon de l’Orient que ce peintre écoute. Mais puis-je exclure – non, je ne puis – qu’il y ait chez lui, en son besoin même de délivrance, des pensées, des sentiments, qui résistent, quand se gonfle la grande vague ? Et qui lui disent même, et bien fort, qu’ils ont le droit de le faire ? » (…). »

Yves Bonnefoy, à propos de Zao Wou Ki

http://www.asianart.com/exhibitions/zao/index.html

radioscopie dit: à

rose dit: 11 décembre 2015 à 20 h 44 min
« DHH, je vous l’assure lorsque nous y emmenons des élèves le respect qui en découle est immense. Jamais papiers gras, ni pique nique ni poursuites échevelées dans ce lieu là.
L’aspect minéral, le froid glacial se dégageant de cette oeuvre mémorielle nous permettent de ne pas oublier et de rester vigilants ; ce lieu est porteur de sens à mes yeux. »
Bizarre ! Par trois fois j’ai éprouvé le même dégout vis à vis d’un lieu transformé en cours de récréation.

la vie dans les bois dit: à

Quelques propositions quant aux Sonnets de Shakespeare
Yves Bonnefoy

https://shakespeare.revues.org/1020

LXV
Since brass, nor stone, nor earth, nor boundless sea,
But sad mortality o’ersways their power,
How with this rage shall beauty hold a plea,
Whose action is no stronger than a flower?
O ! how shall summer’s honey breath hold out,
Against the wrackful siege of battering days,
When rocks impregnable are not so stout,
Nor gates of steel so strong but Time decays?
O fearful meditation! where, alack,
Shall Time’s best jewel from Time’s chest lie hid?
Or what strong hand can hold his swift foot back?
Or who his spoil of beauty can forbid?
O ! none, unless this miracle have might,
That in black ink my love may still shine bright.

en chantant dit: à

gardel dit: 11 décembre 2015 à 22 h 05 min
« c’est ça son charme. »
Charme certain, incarné par exemple par la vertueuse envoyée des versaillais, qui traite son rival de parrain du neuf trois et pleurniche criant au scandale s’il se rebiffe, ou les psychopathes décérébrées qui parlent de pourrir le gouv, rétablir l’inquisition…

JC….. dit: 11 décembre 2015 à 20 h 47 min
« Eh ! les mémères … vous allez cesser vos pleurnicheries sur la Shoah ? On en a marre des communautaristes. »
Le vieux beau de pq réclame d’être au centre Il en a marre qu’on pleure pas sur sa vie calamiteuse
(JC garde donc tes forces pour regarder les jeux télévisés)

le choc des images dit: à

masud al-bukhari
« Mme Le Pen lui a dérobé son pantalon. »
« comment faire dame. »

L’approche du 2ème tour rend ueda tout chose

la population reconnaissante dit: à

masud al-bukhari
« La population comprend davantage cela que les militants et les commentateurs. »

c’est grâce à ueda

bérénice dit: à

 » Rien n’est plus laborieux que de faire coïncider ces deux idiomes. Ils semblent destinés à exprimer des choses opposées. L’un est septentrional, l’autre est méridional. L’un confine aux lieux cimmériens, aux bruyères, aux steppes, aux neiges, aux solitudes froides, aux espaces nocturnes, pleins de silhouettes indéterminées, aux régions blêmes ; l’autre confine aux régions claires. Il y a plus de lune dans celui-ci, et plus de soleil dans celui-là. Sud contre Nord, jour contre nuit, rayon contre spleen. Un nuage flotte toujours dans la phrase anglaise. Ce nuage est une beauté. »

https://fr.wikisource.org/wiki/%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_Shakespeare/Hugo,_1865-1872/Pr%C3%A9face_par_Victor_Hugo

JC..... dit: à

Le crétin catalan a tort de ne pas voir une guerre civile en cours : celle qui oppose les hommes aux femmes, les femmes aux hommes dans des relations de violence, de refus de l’égalité entre les sexes, de voile, d’éducation, de coups et blessures.

Là est la guerre civile contre laquelle l’Etat d’urgence n’a jamais été instauré malgré le nombre de morts !

Là, et nulle part ailleurs …

masud al-bukhari dit: à

Sont apparus des « Décodeurs de promesses », aussi loufoques ou poétiques que des personnages de Giraudoux.

masud al-bukhari dit: à

Vous voulez, M. Kobayashi, percevoir le macrocosme français?
Développez le goût des microcosmes, commencez par Calais ou par Lunel!

masud al-bukhari dit: à

M. Mémlanchon est un sans-culotte mécontent.
Mme Le Pen lui a dérobé son pantalon.

masud al-bukhari dit: à

M. Valls emploie des mots trop gros pour lui (« guerre civile », « ennemi intérieur »…).

On dirait un enfant qui convoqué à une partie d’échecs se demanderait comment faire dame.

masud al-bukhari dit: à

Faire barrage.
Barrer la route.
Ne passeront pas.

Les garde-barrières regarderont passer les trains.

masud al-bukhari dit: à

« Vous avez vu ce programme absurde du Front National? »

Aussi vide que celui de M. Hollande, c’est sûr.
« Mon ennemi c’est la Finance. Mon ennemi c’est l’Europe ».
Dans les deux cas, c’est sans importance, ils ne sont pas faits pour être appliqués.

La population comprend davantage cela que les militants et les commentateurs.

masud al-bukhari dit: à

« Rien n’sera plus comme avant! »

Comme c’est vrai, tout est comme avant.

christiane dit: à

@rose dit: 11 décembre 2015 à 21 h 00 min
C’est très beau ce que vous écrivez là. J’avais vraiment besoin de lire ces mots. Merci.

tombstone blues dit: à

dédales et des dalles ; que les principes d’une république française aient simplement pu se poser tient du miracle

D. dit: à

MONSIEUR ET FRÈRE,

La science de la Kabbale rend impossible le doute en matière
de religion, parce que seule elle concilie la raison avec la foi
en montrant que le dogme universel diversement formulé, mais au
fond toujours et partout le même, est l’expression la plus pure des
aspirations de l’esprit humain éclairé par une foi nécessaire. Elle
fait comprendre l’utilité des pratiques religieuses qui, en fixant
l’attention, fortifient la volonté, et jette une lumière supérieure
également sur tous les cultes. Elle prouve que le plus efficace de
tous ces cultes est celui qui par des signes efficaces rapproche en
quelque sorte la divinité de l’homme, la lui fait voir, toucher et
en quelque sorte se l’incorporer. C’est assez dire qu’il s’agit de la
religion catholique.
Cette religion, telle qu’elle apparaît au vulgaire, est la plus
absurde de toutes parce qu’elle est de toutes la mieux révélée. J’emploie
ce mot dans son véritable sens, révéler-revoiler, voiler de
nouveau. Vous savez que, dans l’Évangile, il est dit qu’à la mort
du Christ le voile du temple se déchira tout entier et tout le travail
dogmatique de l’Église à travers les âges a été de tisser et de broder
un nouveau voile.
II est vrai que les chefs du sanctuaire eux-mêmes, pour en avoir
voulu être les princes, ont perdu depuis longtemps les clés de la
haute initiation. Ce qui n’empêche pas la lettre du dogme d’être
sacrée et les sacrements d’être efficaces. J’ai établi dans mes ouvrages
que le culte chrétien-catholique est la haute magie organisée
et régularisée par le symbolisme et la hiérarchie. C’est une
combinaison de secours offerts à la faiblesse humaine pour affermir
sa volonté dans le bien.
Rien n’a été négligé, ni le temple mystérieux et sombre, ni l’encens
qui calme et qui exalte en même temps, ni les chants prolongés
et monotones qui bercent le cerveau dans un demi-somnambulisme.
Le dogme, dont les formules obscures semblent le désespoir
de la raison, sert de barrière aux pétulances d’une critique
inexpérimentée et indiscrète. Ils paraissent insondables pour mieux
représenter l’infini. L’office même, célébré dans une langue que la.
masse du peuple n’entend pas, élargit ainsi la pensée de celui qui
prie et lui laisse trouver dans la prière tout ce qui est en rapport
avec les besoins de son esprit et de son cœur. Voilà pourquoi la religion catholique ressemble à ce sphinx de la fable qui se succède
de siècle en siècle et renaît toujours de sa cendre, et ce grand mystère
de la foi est tout simplement un mystère de la nature.
B On semblerait émettre un paradoxe énorme si l’on disait que la
religion catholique est la seule qui puisse être justement appelée
naturelle, et pourtant cela est vrai, puisque seule elle satisfait
pleinement à ce besoin naturel de l’homme qui est le sens religieux.

Tout à vous en la sainte science.
« ELIPHAS LEVI »

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Münchhausen est incurable, personne ne vous a obligé à en faire un berger je suppute…

gardel dit: à

Pour se remettre de l’époustouflant étalage d’érudition de W, il va falloir revenir à nos pauvres moutons. Parce que, attention, selon Manolito on risque la guerre civile. Ca alors!!! Et ce n’est pas la réponse de Marine qui va nous rassurer (« on entend la voix d’un petit fonctionnaire de sous-préfecture, transformé en porteparole du Parti Républicain »). En tout cas il y a déjà un résistant déclaré. En PACA. Voilà où nous en sommes. Sans compter avec la « race blanche » supposée de Valérie et la certaine « abjection » de l’autre postulant à la tête de la Région. Alors, aux armes citoyens? Du calme, du calme. On va se casser la gueule, bien sûr , mais ce sont les relents malséants d’une joute virile où les cavaliers, après le combat, échangent des amabilités. Cela s’appelle la « démocratie », appliquée au système républicain (ou l’inverse). On aurait aimé la démonstration d’un tel enthousiasme à l’égard des actuelles déconvenues de Platini et de Benzema. On aurait aimé voir la foule dans la rue défier l’état d’urgence pour exprimer sa sympathie et sa solidarité envers ces braves garçons un peu naifs égarés dans un monde plein d’escrocs et de voyous. Voilà un vrai motif de récompense qui nous rembourserait de ces chantages guerriers en nous restituant le sain esprit patriotique de la manif. Une espèce de braquage : – On se voit place de la République.? – On sert à rien. – Mais c’est ça son charme.

Widergänger dit: à

C’que vous pouvez avoir la tête bourrés de clichés, mes pauvres z’éfants…!

À vous lire, les uns les autres, y a des jours où j’me dis : Ben, quelle chance d’être comme je suis…

rose dit: à

je ne suis pas une mémère mais je m’en fous si ça vous fait du bien et je ne suis pas corporatiste pour un sou ; je conçois pour autrui que ce soit difficile que nous fassions le plus beau métier du monde alors que d’autres sont éboueurs ; au même titre que je ne pense pas que tous les journalistes soient pourris.
Et WdG je l’estime comme Jacques B. et comme TKT.
D’ailleurs, en relisant Brèves de blog il y a quelque temps j’ai été stupéfaite des belles interventions de TKT.

Agrippa d’Aubigné
et baste

Et je ne pense pas non plus que DHH sache tout : vous avez l’art et la manière, de votre tabouret bas, de planter un décor autour de quelques uns et de tenter de les faire correspondre à votre idée de personnes que vous n’avez pas le front de rencontrer.

Vous récolterez et de belle manière.
Sachez-le, vous les deux ploucs associés vilainement.
Sècheresse et horde de criquets sur vos récoltes ; comme dans Les raisins de la colère.

rose dit: à

qu’est ce que j’y peux hein si mon fils regarde des films porno en sixième et que le jour de la commission éducative qui précède le conseil de discipline qui précède la pré exclusion qui précède la vraie exclusion qui précède l’inscription dans l’établissement d’à côté, et ben le fils il vient pas.

Quand on les revoit, les mômes, ils nous disent j’entre dans l’armée ou dans la légion des trucs comme ça.

Le corporatisme n'a sûrement rien à voir dans tout ça dit: à

Beau moment d’humanité quand WG défend rose.

rose dit: à

Widergänger dit: 11 décembre 2015 à 21 h 27 min

mouais

vous êtes trop gentil
dangereux souvent ; bien plus que tartignolles à la crème fouettée ; impuissants aussi : style « mais qu’est ce que j’y peux », hein ?

D. dit: à

…parce que j’ai l’immense regret de vous dire que les plus grands kabbalistes ne sont pas juifs, et il y a une raison à cela.
Saurez-vous la trouver ?

D. dit: à

C’est là que sont enterrés les grands kabbalistes juifs exilés d’Espagne au XVIè s.

vous voulez dire les étudiants en kabbale, Widerganger ?

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Futur sujet de bac philo: est-il possible de faire hydrophile sans filer du mauvais coton ?

Widergänger dit: à

Les cités ne sont peut-être pas aussi dangereuses qu’on le dit dit: 11 décembre 2015 à 21 h 20 min
Quand je vois ces grands enfants qui se prennent pour des parents, je dis : sauvons les enfants de tels tartignoles à la crème fouettée !

Les cités ne sont peut-être pas aussi dangereuses qu'on le dit dit: à

Quand on pense que rose est prof.
Sauvons nos enfants.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Oui oui derrière Internet se trouvent les vraies gens, c’est quand même une mémère qui l’a écrit hein…

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Autre choix: tu lis Millet assis mais faut pas t’y sentir poussé seulement entraîné c’est mieux pour rester en selle.

rose dit: à

Qui êtes-vous, vous ?
C’est comme poser la question à Sarah Bernhard.
Vous êtes un homme doux et bon, poète à vos heures, qui dans votre théâtre bruyant ne donnez pas la sensibilité qui est vôtre.
Que parfois vous souffriez de cela montre combien votre réalité est loin de vos artifices.
Vous êtes un arbre planté. Chez moi les hommes les soignent avec amour et tendresse. Puis ils récoltent leurs fruits (de plus en plus tôt c’est vrai : avant c’était janvier maintenant novembre).

rose dit: à

J’irai en Israel.
>DHH j’ai acheté les artichauts et les oranges ; je ferai votre recette; Merci !

>Clopine je suis de ceux qui sont toujours hors sujet ; je le sais je vous l’expliquerai. Je vous dirai de vous aussi.

rose dit: à

J’ai entamé Palmyre; Il le présente non comme un ouvrage d’érudit mais comme un entretien avec un lecteur qu’il considère comme un honnête homme;
In fine, au point où j’en suis, il nous parle de Palmyre comme s’il nous’y emmenait en promenade historique, calmement.
C’est sa manière à lui de compenser l’horreur tragique qui l’a saisi lors de l’assassinat atroce de l’archéologue et lors de la destruction de leur propre patrimoine.
Compenser non.
D’atténuer.
De calmer sa douleur.
De laisser trace.
De garder mémoire du lieu inouï

je vais le finir

Widergänger dit: à

On peut aussi lire les lettres de Mandelstam.

Widergänger dit: à

Il y a un autre cimetière juif très impressionnant également, c’est le cimetière de Safed (Tsefat en hébreu) dans le nord d’Israël, en Galilée. C’est là que sont enterrés les grands kabbalistes juifs exilés d’Espagne au XVIè s. Elles sont peintes en bleu (du bleu du drapeau d’Israël). Certaines sont comme des grottes où il faut descendre et on y trouve des centaines de pages volantes déchirées de la Torah ; c’est très émouvant. Et des Juifs orthodoxes qui y prient presque jour et nuit, à flanc de colline. Vraiment très impressionnant.

rose dit: à

Ensuite sur Enard il a redit « non je ne l’ai pas lu et ne le lirai pas »; il ne s’est pas énervé un iota. On a bien senti qu’il avait autre chose à faire qui le passionnait outre mesure.

rose dit: à

Ensuite, Paul Veynes a parlé de ses lectures :
Phèdre de Racine
Les fleurs du mal de Baudelaire
Souvenirs de Jean Jacques Rousseau

rose dit: à

Je ne suis pas une mémère : loin s’en faut !
DHH non plus, je l’ai vue.

rose dit: à

Sur Paul Veynes quelques notes prises à la va-vite lors de l’entretien qu’il a donné sur france culture. Je ne l’ai pas vu à la grande librairie parce que je n’ai pas la télé.
Il est agrégé de grammaire 🙂
ad-mi-ra-tion !
il a parlé d’effets de réel de Roland Barthes
puis a dit « Enard non, je ne le lis pas, je suis habitué à Virgile »
(c’est moi bibi lolo qui souligne en gras ; j’adore cette phrase : je suis habitué à Virgile, elle me fait de l’effet)

JC..... dit: à

Eh ! les mémères … vous allez cesser vos pleurnicheries sur la Shoah ? On en a marre des communautaristes.

rose dit: à

je vais d’abord me précipiter pour apprendre le grec. Ensuite, on verra.

rose dit: à

>DHH
je l’ai vu comme vous ce mémorial, en plein hiver, sous une température glacée. L’herbe poussait entre les blocs,
raidie par le froid.
Je ne m’y suis pas promenée comme vous ; je suis restée en face avec devant comme des plaques d’ardoises empilées qui portaient les noms des victimes innocentes.
Cela m’a fortement impressionnée.
Tant que la première fois, cela est resté de l’ordre du mystère et je ne l’ai approché que la seconde.
DHH, je vous l’assure lorsque nous y emmenons des élèves le respect qui en découle est immense. Jamais papiers gras, ni pique nique ni poursuites échevelées dans ce lieu là.
L’aspect minéral, le froid glacial se dégageant de cette oeuvre mémorielle nous permettent de ne pas oublier et de rester vigilants ; ce lieu est porteur de sens à mes yeux.
Bien cordialement à vous,

Widergänger dit: à

Je vous conseillerai plutôt de commencer par des récits autobiographiques:
— Voyage en Arménie, traduit par André du Bouchet (qui venait d’une famille russe juive), Mercure de France ;
— Le Bruit du temps, L’Âge d’homme, traduit par Edith Scherrer.
— Le timbre égyptien, traduit par Evelyne Amourski, Actes Sud
— La 4ème prose, traduit par André Markowicz, Christian Bourgois;
— Entretien sur Dante précédé de La Pelisse, traduit par Jean-Claude Schneider, La Dogana ;

Pour la poésie, il y a la fameuse traduction en allemand de Paul Celan mais je ne sais pas si on la trouve encore dans le commerce.

Le problème avec la poésie de Mandelstam, c’est qu’elle est en grande partie intraduisible. Il en existe traduite par Jaccottet. Toutes les traduction à la fois excellente et tout à fait nulle. Je veux dire par là qu’on est forcément très déçu quand on le lit dans une traduction, si géniale soit-elle, parce qu’il est impossible de rendre tout le travail sur la langue qu’elle contient et qui fait le cœur vivant de ses poèmes en tant que travail poétique. Et sans lequel on n’a qu’une bien pâle copie de la beauté extraordinaire de sa poésie. C’est comme si on essayait de traduire Mallarmé sans tous les jeux du sens et du son et des images poétique, les allusion implicite pour la plupart à la poésie russe, à des vers célèbres ou moins connus.

Mais on peut commencer par Tristia et autres poèmes, en Poésie/Gallimard, c’est un moindre mal…

Le mieux à faire évidemment est de se précipiter sur une méthode pour apprendre le russe…

Chaloux dit: à

Bonne nouvelle pour 1) les électeurs socialistes, qui vont aller voter pour Bertrand et Estrosi, 2) les électeurs socialistes qui vont aller voter socialiste : la TVA sur les tampax, dont ils vont avoir grand besoin, passe à 5.5%. A terme, une économie significative pour ces ménages.

geo dit: à

WG, dites nous par quelle traduction disponible faut-il aborder Mandelstam?

Merci.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Ben si les femens pour être bien lèchées à côté des cloches elles doivent faire de la grimpe idéologiquement ça pourrait poser trop de problèmes d’image…

christiane dit: à

@JC….. dit: 11 décembre 2015 à 18 h 55 min
Mais taisez-vous donc ! C’est vraiment moche ce que vous venez d’écrire.

JC..... dit: à

On t’a jamais dit, Ben Hur, que tu étais nul ?

arrête ton char dit: à

18 h 42 min

c’est bonnet blanc et banc bonnet

JC..... dit: à

Felix, change de croquettes ! Ces croquettes colombiennes ne te conviennent pas…

JC..... dit: à

Judith, ne soyez pas trop sensible à ces morts de votre communauté : elle n’est pas la seule à avoir souffert et à souffrir encor, votre communauté !

Ce mémorial n’est là que pour la bonne conscience des descendants des Teutonides ! Combien de Shoah de part ce monde, depuis 70 ans ? Combien ?

Personnellement, ce type de simagrées d’Etat, mémorial de la Shoah, etc etc…, cela me laisse parfaitement froid.

Bien à vous, et bonne soirée.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Couler un bronze c’est vraiment seulement pour pas rester chocolat on dira.

JC..... dit: à

Débarquant sur le Continent, je tombe sur une affichette électorale, rédigée de la façon suivante :

« ESTROSI, RESISTANCE »

Probablement un travail d’énarque … Bonne soirée, mes adorables petits choux imposables !

DHH dit: à

@Radioscopie
Vous vous trompez
,j’ai vu ce memorial ,mais pas dand le meme contecte que vous et je m’y suis sentie écraséee par un sentiment de reverence sacrée
,C’etait un matin froid je crois n’y avoir croisé personne ;En tout cas j’ai eu , a chelminer entre ces blocs noirs et nus, un sentiment de solitude ecrasante ;j’etais petrifiée d’emotion ,je dirais mêm e glacée d’effroi, à progresser le long des alléees; traversant d’abord ce qui resemble à d’interminables alignements de cercueils,, pour arriver ,au bout de ce champ sinistre, à une forêt de steles hautes qui enferme et entenêbre de maniere oppressante
Evidemment, que soleil ,bandes d’enfants, pique nique, et papier gras détruisent la magie austere du lieu

JC..... dit: à

La guerre civile, si elle n’est pas tuée dans l’œuf, elle viendra de l’islam, salafiste, terroriste, et pétrolier !

Pas de nos joyeux amis du FN qui sont respectables, instruits par une vie difficile, et qui copulent lumières éteintes sous le regard de Dieu, le nôtre, le vrai, le seul !

Il était bourré au Cava, le Manuelito avec son Frelon National facteur de troubles …

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

trois boîtes alors

et une quatrième pour les commanditer

daniel dit: à

Lacenaire dit: 11 décembre 2015 à 17 h 40 min

il a pas peur parce que la grosse va faire un rempart de son corps contre l’invasion de l’île

Lacenaire dit: à

ayé, JC a terminé son p’tit boulot de surveillant dans la grande surface et fliqué quelques faucheurs d’oranges

JC..... dit: à

« Manuel Valls a tiré la sonnette d’alarme aujourd’hui en assurant que le Front national pouvait conduire à la « guerre civile », nouvelle escalade verbale à deux jours d’un scrutin où le parti d’extrême droite est en mesure de gagner plusieurs régions, même si des sondages le donnent perdant. » (Figaro)

Respectons le Premier Ministre catalan : ON NE RIT PAS !

Sergio dit: à

D. dit: 11 décembre 2015 à 9 h 52 min
Je préfère les gros V12

Quand on change les bougies faut en prendre trois boîtes alors…

JC..... dit: à

Félix, tes croquettes ne passent pas ?….Goinfre !

Encore bravo dit: à

felix d dit: 11 décembre 2015 à 17 h 04 min

Très belle contribution.
Nous attendions votre avis d’expert et nous ne sommes en rien déçus.

Widergänger dit: à

Oui, Fleuriot, je pourrais y jeter un coup d’œil, je vous l’accorde, mais sans réelle conviction. Il ne sera jamais qu’un plouc au sens propre du terme… Tandis que Mandelstam, c’est la tragédie de l’homme universel. C’est grand, beau et terrible. C’est unique et universel en même temps.

@Bloom
Oui, j’aime aussi le Mandelstam des années 30 mais ce n’est pas le même que celui de sa jeunesse acméiste. Je préfère quant à moi l’acméiste même si sa poésie est très (trop peut-être ?) raffinée, trop savante, trop érudite, trop mallarméenne, trop trop ! Mais si belle, si grandiose, si envoûtante, si merveilleuse, si ludique, si légère dans la gravité, si spirituelle, si enfantine aussi ! Comment un être humin peut-il réussir à créer de pareilles merveilles ? C’est un don, un miracle. Qu’un tel être soit totalement inapte à la vie des autres hommes, aux contraintes de la vie sociale, comment s’en étonner ? Et quel tel être humain soit persécuté jusqu’à l’ignoble par des monstres d’hommes, c’est christique. Ecce homo ! Mandelstam c’est comme une immense prière devant la beauté divine du monde et la tragédie d’exister.

Lyapunov dit: à

La chêvre de monsieur Seguin…
Celle qui tente de survivre à la nuit ?

radioscopie dit: à

DHH dit: 11 décembre 2015 à 14 h 22 min
Pour moi cet espace occupé par des blocs de pierre régulièrement alignes me fait penser au monument berlinois dédie aux victimes de l’holocaute ces centaines de blocs noirs parallélépipédiques bien rangés qui occupent des hectares en plein centre de la ville à quelques centaines de mètres du Reichstag.

Vous ne l’avez pas pas vu. C’est un espace minéral où il n’y a pas une pousse d’herbe. Quelques papiers gras laissés par les scolaires internationaux qui y mangent leurs sandwichs après avoir joué à se poursuivre dans les allées ou à sauter de bloc en bloc. Atmosphère de parc d’attraction.

Lyapunov dit: à

Tant que la boite est fermée, le chat est vivant.

Lacenaire dit: à

15 h 56 : JC le Grand non, JC le Gland oui
(et je repars après la fin de la Cop21)

Lyapunov dit: à

Le colonel Kurtz et son assassin ?
Qui tueras l’autre ?

Lyapunov dit: à

Le fou du testament ?

Lyapunov dit: à

Le chat du crabe-tambour

Lyapunov dit: à

Qui suis-je?

Pur délice dit: à

masud al-bukhari dit: 11 décembre 2015 à 15 h 40 min

Ueda adepte du Tea Party, si le ridicule n’existait pas zouzou nous l’inventerait.

Bloom dit: à

ML, vous avez certainement lu la remarquable biographie de Ralph Dutil sur Mandelstam: « Mandelstam: mon temps, mon fauve. »
Sur Staline, qui le hantait et lui fit payer sa poésie de sa vie:

« Au coeur de la montagne, l’idole repose, oisive
Bien gardée dans le cocon de ses salles sans fin,
Mais goutte de son cou, la graisse d’un collier
Veillant sur les flux et les reflux du sommeil
(….)
Squelette qui somnole, attaché dans un noeud,
Genoux, mains, épaule, presque humains,
Il sourit de sa bouche large,
C’est avec l’os qu’il pense, avec le front qu’il sent,
Il peine à se souvenir de son visage humain. »

– Décembre 36

Lacenaire dit: à

14 h 46, à part les Sœurs Lagadec, le Breton n’existe pas, c’est une illusion, surtout MCourt

masud al-bukhari dit: à

Claude Provolone et le discours politique « en creux » sur la race blanche.
Poilant!

Crétin contre crétin, je crois que je préfère la provoc’ parfaitement réussie de M. Trump.

Bonne nuit, chers compatriotes.

masud al-bukhari dit: à

Pierre Bergé mis aux enchères aujourd’hui (journaux français).

Je passe mon tour.

bérénice dit: à

un doute m’habite toute petite

Ne doutez pas, grand JC soutiendra JC le grand.

Lacenaire dit: à

A la réflexion, un doute m’habite toute petite : et si JC n’était qu’un vieux travelo, la petite reine des queer de ce blog plutôt macho chaud, notre Freddy Maréchal blondinet pas net ?

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Il y a un monument dédié à on sait pas qui en plein coeur de Paris, bon, en même temps il a très l’air de s’être f.utu le feu faut dire.

bérénice dit: à

Court 14h06 rien à voir mais votre copine de cheval s’est momentanément éclipsée, seriez-vous à l’origine de cette cuisante absence, je maintiens, vous n’avez pas encore vécu ce commandement en affirmatif, il faudrait y faire un tour comme au sort.

Phil dit: à

dhh, bien vu. notez que le maire de Berlin à l’époque, Eberhard Diepgen, a refusé de se rendre à l’inauguration du monument estimant que la mémoire de l’holocauste était suffisamment honorée dans la capitale allemande.
Il est plus facile au maire de Paris de s’occuper de paris-plage (mais dont les comptes lui sont devenus une « Plage », plaie allemande)

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Sinon il y a aussi un skieur faisant en même temps de la pub pour Visilab et la Subaru avec eyesight si cela peut aider…

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

bérénice demandez à un autre, elle n’était pas assez blanche diront probablement certains

DHH dit: à

Que représente la photo? comment se relie-t-elle au sujet du billet?
Pour moi cet espace occupé par des blocs de pierre régulièrement alignes me fait penser au monument berlinois dédie aux victimes de l’holocaute ces centaines de blocs noirs parallélépipédiques bien rangés qui occupent des hectares en plein centre de la ville à quelques centaines de mètres du Reichstag.
Comme si les allemands avaient voulu exorciser leur mauvaise conscience en consacrant à ce monument expiatoire le plus bel emplacement de leur capitale réunifiée

radioscopie dit: à

ctv17 dit: 11 décembre 2015 à 11 h 39 min
et le coup de la manif pour tous, il passe ça par pertes et profits, du moment que la droite gagne, il est soulagé .

Il n’a pas digéré d’être limogé de la mairie de Paris. C’est un vote de passion, un vote vengeur. Quitte à passer à l’ennemi.

bérénice dit: à

13h30 faut arrêter le délire à moins que ce ne soit une vanne antisémite…, Alice était-elle juive?

MC dit: à

En vérité Wiederganger, votre remarque sur le breton était là pour etre relevée. On s’est dévoué.
consultez, si vous avez le temps, le parcours de Fleuriot.il vaut, je crois, le votre. t, sur un sujet aussi miné par les mythologies celtiques de tous bords, il est d’une grande modération.
MC

D. dit: à

13:32

Au Raincy.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Mais j’ai pas trouvé le lien, un problème de réseau et d’itinérance peut-être.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

faut ce qu’i faut

Oui. Aujourd’hui on peut même poser des questions à ceux qui savent tout des questions qu’on se pose. C’est assez pitoyable…

la fièvre du vendredi après-m dit: à

à 9 h 13 min
inventer la versaillophobie

..alors que le coeur sur la main les versaillais donnent à manger à la populace qui sert chez eux

la fièvre du vendredi après-m dit: à

JC….. dit: 11 décembre 2015 à 12 h 18 min
« Prions …. tous ensemble, ouais « !

Jc courageux et intrépide veut faire des tours de l’île en mobylette avec la maréchale sur le porte-bagages et ueda courant derrière

faut ce qu'i faut dit: à

En cas de victoire en décembre (…) elle a promis de déménager le siège de la région en banlieue, « en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-de-Marne ». (jdd d’avril 2015)

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Et Alice Sapritch s’est éteinte en raison de la multiplication des fours autonettoyants comme dirait closer.

rose dit: à

pour le cannabis dans l’arrière pays, du pays où a lieu la prière, le soleil est utile.
Merci pour le lien tarte à la crème : Godard m’a paru presque sympathique. Surtout dans son soutien à Johnny. Mais avant et après le doc. la pub pour Volkswagen est excellente aussi.

Etna dit: à

JC….. dit: 11 décembre 2015 à 10 h 56 min
missié Bartolone … uhuhu !

C’est le problème des Siciliens,
ils se jalousent.

Une pensée pure dit: à

JC….. dit: 11 décembre 2015 à 9 h 13 min
inventer la versaillophobie

Plus aucun suspens pour le prochain Nobel de la Paix.

IIIème millénaire..... dit: à

rose,
Prier pour la pluie serait ancien ?

« Pas possible ! Pour une surprise, c’est une surprise … Si je m’attendais à ça ! »

Informons lobs dit: à

obs dit: 11 décembre 2015 à 9 h 04 min

Le causeur/closer/obs en plus d’être menteur est un petit pousse-au-crime de la plus basse espèce.

rose dit: à

C’est très ancien d’invoquer les divinités pour endiguer la sécheresse.
Et que la pluie féconde la terre.
Sans eau, pas d’avenir.

rose dit: à

Deux aujourd’hui.
Un antérieurement.
Je pensais après le premier-insoutenable- que je ne lirai pas les autres mais je me suis ravisée.
Je ne sais pas dire encore s’il me semble que cette idée est bonne ou pas.

rose dit: à

J’en ai lu trois. Je vais essayer de faire plus. Je serai incapable d’en lire 130 : portraits en mémoire publiés sur le site du Monde.fr.

JC..... dit: à

Quittons nous sur un sourire COP21-GIEC :

« Le roi du Maroc s’intéresse aux questions climatiques. Et pas seulement à la COP21. Ce vendredi 11 décembre, toutes les mosquées du royaume accomplissent la prière de l’Istisqa pour conjurer la sécheresse. » (Le Monde)

Prions …. tous ensemble, ouais !

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Oui bon, se la pèter comme un poivrot assisté de hall de gare agrippé à sa canette sans se voir dans un miroir… Bref. Bon appétit…

JC..... dit: à

Ce n’est pas parce que la garde suisse papale m’a surpris en 1905 avec une naine lubrique, dans un confessionnal de Saint Pierre de Rome, en position copulatoire que je suis refoulé !

Est ce ma faute à moi si l’essence de ce bois de confessionnal est si érotique, patiné, chargé de péchés innommables … ?

Et puis, relisez Charles Fourier, mdr ! J’ai toujours aimé les naines ! Les grandes, hein, au delà d’un mètre soixante quinze : faut ce qu’il faut

Lacenaire dit: à

11 h 45 : et JC est toujours sur la mauvaise pente, descendante, celle des grands intellectuels refoulés

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Si seulement il restait la possibilité d’écrire dans un cahier sans le sentir puer le sponsoring, déjà que toutes les lettres semblent lues comme invitations à s’enfoncer dans les simagrées…

JC..... dit: à

« Nous sommes les concierges de la lâcheté.
Nous n’accueillons personne.
Nous ne plions devant personne.
Nous sommes fiers de n’être personne. »

Non ! ce n’est pas du rap …
Non ! ce n’est pas bon, c’est même très mauvais …
Oui ! c’est la plainte du Nouveau Balzac !

Retenez ce nom mierdique : c’est du Mathias Enard ! …. Porquerolles a peur.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Ah! L’éloge de L’Éloge chez les mémères à bouteilles de génies…

Lir-Syt dit: à

Ueda et JC (et D.) sont enfin satisfaits de lui, c’était ce qu’il espérait en secret.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Il y avait les sympas comme des portes de prison, il fallait en rajouter des conviviaux comme des murs partout.

Lir-Syt dit: à

On peut descendre d’un prince vénitien et être un en.foiré hypocrite prêt à vendre son âme à la représentante des cathos homophobes.
On a les amitiés qu’on peut — mais il faut reconnaître que là, il fait fort.

JC..... dit: à

Ne racontez pas de bêtises dynastiques :
– Barozzi descend de princes vénitiens
– TKT descend d’un escalier en colimacon
– Abdel descend de sa tringle à hideux

nadine dit: à

11h31 « il a toujours été le roi des benêts. »

c’est ce qui le rend si sympathique et émouvant

ctv17 dit: à

..Attila, il a toujours été le roi des benêts ..(out of order)

il aurait voulu être un héritier comme TKT, c’était son rêve, alors à défaut il tend la croupe à Neuilly-Versailles en espérant faire illusion.
c’est le mec qui s’en prend à JC mais qui est exactement au même niveau idéologique.
et le coup de la manif pour tous, il passe ça par pertes et profits, du moment que la droite gagne, il est soulagé .

JC..... dit: à

C’est écrit dans le ciel : ESTROSI battra cette chère MARECHAL-LE PEN, la maman d’Olympe – quel beau prénom historique plus joli que Rachida, non ?!

Il sera, le motard qui monte au nez, l’élu du peuple de la Région Sud !!! Le Peuple de Gauche … allié au Peuple de Droite …pour échapper aux défenseurs racistes de la race blanche, ces crapules du FN !….. uhuhu !

Pas belle la vie politique des scolo-pique-pendre ? Sacré Bloom !?

out of order dit: à

Attila dit: 10 décembre 2015 à 20 h 02 min
Dimanche, j’irai voter Pécresse, sans hésiter !

Et le mec Barozzi voudrait qu’on le prenne au sérieux ! Et il aurait même voulu succéder à Sophie Avon. Quel pauvre type. Que ce soit sous le pseudo d’Annibal ou d’Attila, il a toujours été le roi des benêts.

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Faire l’éloge de L’Éloge de l’Intimité aux micros d’un service public privatisé vous ferait les ongles de chochottes comme un gant… Bon supplément sponsorisé !

bérénice dit: à

D ma boutade a tout bonnement disparu, scandaleux, honteusement censurée alors que je vous entretenais de prêt à porter. Je reconnais l’incongruité de ma tentative alors que le glas sonne et on ne sait trop pour qui .

Lacenaire dit: à

Marion Maréchal Pétain aura son cadeau dimanche à 20 heures : in the baba !

Bloom dit: à

Elle aura son cadeau Dimanche à 20 heures.

Une grande baffe dans sa mine.
Ils vont tout perdre, les scolopendres.

JC..... dit: à

L’impératrice blonde du Frelon National, ce parti fasciste de racistes crétins, vient d’adresser à Bartolone une carte de Membre d’Honneur pour ses propos racistes ….

C’est pas sa faute si Pécresse est blanche, missié Bartolone … uhuhu !

D. dit: à

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Marion. Elle aura son cadeau Dimanche à 20 heures.

D. dit: à

Je sais pas ce que c’est que le discursif impuissant, B.
Vous employez un drôle de vocabulaire. Ici, les gens sont plus simples que vous ne l’imaginez : regardez JC, Widerganger; il faut leur parler avec simplicité, comme à moi.

b dit: à

9h52 une boutade boutée hors du territoire, comme c’est intrigant!

D. dit: à

renato, Dieu est destiné à durer et en plus il existe hors du temps. Tout cela n’est pas rien.

b dit: à

D pour tout vous dire, c’est juste une façon d’intervenir par amour du discursif impuissant.

JC..... dit: à

Bloom pleure sur les budgets culture, comme je pleure sur la chute au sol de Jacques et William Saurien…

b dit: à

détériorations lors d’une persécution anti-religieuse.

Déjà ils redoutaient. Plus tard fut édité le catalogue où vous figurâtes le mal incarné décomplexé , les études permirent de répertorier selon des critères qui ne sont à ce jour point épuisés pour d’ailleurs rassembler les individus concernés sous différents termes qui s’ils tentent de porter nomination n’en résolvent pour autant pas par dissolution les principes actifs occasionnant les effets perceptibles par tous exceptées les administrations prévues pour collecter les taxes et différentes contributions bénéfiques aux sciences et aux progrès.

D. dit: à

Les cylindres en croix c’est pas terrible. Je préfère les gros V12 ou à la rigueur les turboreacteurs double flux à post-combustion.

b dit: à

La pluie du Sud aidant à mes larmes,
qui l’aurait cru

Bloom difficile de vous imaginer pleurant sur quoi que ce soit aussi inutile de suggérer que vous aussi l’auriez pu, sinon l’André ne mobilise pas des masses, le moteur rutilant de notre république une et invisible peine à faire entendre le rugissement de ses cylindres en croix ( même l’huguenote garde le silence comme s’il en allait de sa vie). What a pity!

jacques ch. dit: à

ça vole haut comme toujours avec clauser et jc , qui se font encore plus c.ns qu’ils ne sont

William Legrand dit: à

La joyeuse commère de ce blog, Madame Verniglia nous communique : « au Camp à Nella au bout de la rue Fournier, JC fait encore des siennes, il court après toutes le blondes en hurlant Marion Marion Marion; il prend tellement de claques qu’il est tout bouffi bouffi »

le garçon qu'on appelait monsieur dit: à

Table des matières table des matières non mais est-ce vous avez vu la tronche du tableau périodique ?

JC..... dit: à

Bartolone est un maître de la pensée raciste : inventer la versaillophobie, il fallait le faire !

obs dit: à

On a connu autrefois la tactique « classe contre classe ». Bartolone invente aujourd’hui la tactique « race contre race ».

Espérons qu’il sera sanctionné comme il le mérite.

JC..... dit: à

Renato 8:22
L’Obscur le dit comme vous le dites : « Tout cède et rien ne tient bon » (Traduction Marcel Conche/Fragment 135)

renato dit: à

« Hamlet n’était pas destiné à durer. »

Rien n’est vraiment destiné à durer.

JC..... dit: à

« Pas prendre les gens pour des c.ns: il y a bien autre chose que la poésie du Grand Timonier » (Bloom 7:39)

Pas possible !
Pour une surprise, c’est une surprise … Si je m’attendais à ça !

jacques ch. dit: à

Attila dit: 10 décembre 2015 à 20 h 02 min
la mariechantal versaillaise le veau bien

Bloom dit: à

Pas prendre les gens pur des c.ns: il y a bien autre chose que la poésie du Grand Timonier:

En deuil de Yang Quan
Comment garder l’élan heureux
des anciens jours
Fleurs épanouies ou fleurs fanées,
que m’importe
La pluie du Sud aidant à mes larmes,
qui l’aurait cru

(Lu Xun) 1933

JC..... dit: à

Les Chinois d’aujourd’hui admirent encore l’écriture de Mao Zedong, et ses poèmes, dont Sollers se fit traducteur en ces époques où il était de bon goût d’être populo-totalitaire …

Cliquez sur images !
http://www.pileface.com/sollers/IMG/jpg_mao_nage.jpg

(La Nage, 1956)

Bloom dit: à

le chinois en tant que langue parlée n’est vraiment une langue difficile à apprendre

C’est un poncif, ML. Je ne suis pas sûr que vous maîtrisiez parfaitement les 5 tons (4 + neutre). De plus l’agencement syntaxique est souvent déroutant.
On ne rencontre pas les mêmes difficultés que dans d’autre langues réputées « ardues » (français, russe, hongrois, tamoul), mais d’ici à en faire une langue « facile », il y a un pas qu’il me semble pas très sérieux de franchir.
Le chinois est une langue de très haute culture.

la vie dans les bois dit: à

En voilà une M. Court, qui n’est pas un menhir d’Obelix.

« C’est au début des années 1620 que fut exhumée dans la province du Shaanxi, à proximité d’un temple bouddhiste, une stèle écrite en chinois et en syriaque. La découverte suscita l’intérêt des lettrés ; l’un d’entre eux, Zhang Gengyou, établit qu’elle était d’origine chrétienne et, en 1625, en envoya une copie du texte chinois à son ami Li Zhizao, l’un des trois grands convertis de Matteo Ricci, qui informa les religieux jésuites. En 1907, la stèle fut transférée à Xi’an.

Cette stèle datée de 781 est supposée avoir été enterrée en 845 pour être soustraite aux détériorations lors d’une persécution anti-religieuse. Elle est intitulée « Stèle de la Propagation en Chine de la Religion de la Lumière de l’empire romain » « 

JC..... dit: à

Le billet parle, à ceux que cela intéresse, de forêt sauvage. Soit ! C’est mode !

Toute la politique, la mediatique, qui se contorsionne sous nos yeux effarés comme un ver, un ténia, coupé en deux par le FN devient une forêt sauvage où il ne fait pas bon s’aventurer si l’on raisonne un tant soit peu.

A quoi servent des siècles de culture, si on en est là ? Bartolone/Pécresse, Estrosi/Marion, Le Pen/Bertrand ?! A quoi servent nos intellectuels si la forêt sauvage perdure, peuplée de clans cannibales s’entredévorant en ayant oublié le pourquoi des luttes.

PLUS AUCUNE IDEE ! Le vide total, cette impression de climat délétère, de déjà vu en Allemagne pré-nazie… Il faut le faire !

Elections chez les Nuls !

Fournier dit: à

Widergänger dit: 11 décembre 2015 à 0 h 38 min
Qui connaît Mandelstam ?

En France ?
Ben, à part les étudiants en lettres (et encore), deux à trois mille personnes.
Plus les rdliens, comme quoi c’est quand même bien un blog « littéraire ».

Widergänger dit: à

Qui connaît Mandelstam ?

Le monde entier.

C’est la grande différence entre un patoisant celtique de mes deux et un immense poète, pauvre conn.ard !

Widergänger dit: à

Qui connaît Léon Fleuriot à part les abrutis de patoisants bretonnants ?

MC dit: à

Vie dans les Bois, 19h 56
C’est un poème ou une table des matières?
Je laisse les Mandelstameries, notant que le breton qui, parait-il, « n’est qu’un patois celtique » a tout de meme trouvé un Léon Fleuriot pour écrire son histoire…

Widergänger dit: à

(deuxième partie du commentaire)
II. Le mouvement du poème et le poème comme mouvement :
La physiologie du poème en fait un organisme vivant en mouvement. Son organicité ne le fige pas dans un fusion mythique avec les origines, mais le met en contact avec le temps dans un rapport critique.

1°) La composition du poème :
La composition du poème est organisée de telle sorte qu’elle célébre la création poétique sur le mode du mouvement perpétuel en l’insérant dans le temps, qui apparaît comme son fondement ontologique et son horizon phénoménologique.

La première strophe se situe sur plusieurs axes temporels. Le temps du poème peut d’abord être compris comme celui d’un vécu individuel qu’il est loisible de reconstituer. Mandelstam se trouve sur les côtes du sud de la Crimée, d’abord à Feodossia de janvier à février, avec son frère Alexandre, où il lit ses poèmes au Cercle artistico-littéraire de Feodossia et fait la connaissance de communistes clandestins dans cette partie de la Russie blanche, où il se fera d’ailleurs arrêter par les services de contre-espionnage du général Wrangel, et ensuite à Koktebel, de mars à juin. Le poème date du début de son séjour à Koktebel, le 20 mars. Il repartira au début du mois d’octobre par un train blindé, en qualité de courrier diplomatique, de Tiflis (Tbilissi) à Moscou.

Il se trouve donc sur la côte sud, un lieu enchanteur, qui fait penser à la Grèce, qui imprègne tout le recueil de Tristia. Les abeilles butinent les roses tandis que le sable du midi refroidit. Le soleil se retire à l’horizon sur la mer. Le temps court, la fin de l’été approche. Ce sera bientôt le temps du départ et de la séparation : « Son seul souci, porter le poids du temps ».

Mais à ce temps de l’anecdote, le temps qui s’écoule, vient se greffer un autre temps, le temps du souvenir et de la mémoire collective dans un présent imperfectif, intemporel, qui situe le poème dans ce que Roman Jakobson appelle « une durée pure », en référence à la « statue dans la symbolique de Pouchkine ». C’est aussi la région où Pouchkine fut exilée, et Mandelstam affirmera que ce poème peut être lu comme un poème sur la mort de Pouchkine et un hommage au poète des poèmes épicuriens et du « Tombeau d’Anacréon », celui de la Crimée, de l’adieu à la mer et des « Poèmes du sud », dont c’est justement bientôt le centenaire (1821) à la date de composition du poème. Nombre de symbole utilisés par Mandelstam sont des allusions aux Odes d’Anacréon, notamment l’une intitulée « Sur la rose », où Anacréon célèbre la rose « souffle pur des dieux », « joie des mortels », « ornement des grâces (…) qui fournit de charmantes allégories (…) aux poètes », « et où « la Terre enfanta la rose » que Mandelstam retourne en :

« Le soc a labouré le temps et terre fut la rose ».

De même « l’abeille », qui piqua Cupidon dans Ode XL « Sur l’amour », et référence à Derjavine, au poème « L’abeille » (1796), qui sacra Pouchkine poète :

Abeille dorée,
Abeille bourdonnante !
Je t’entends, tu soupires,
Et tu me dis :
Je boirai le miel
Et mourrai avec lui.

Le temps de la « durée pure » est le temps de l’éternel retour du même, ce principe de l’identité que le poème célèbre, le temps du mythe grec dans cette Crimée qui est une autre Grèce où la poésie est miel et nectar pour le monde, celle d’Anacréon, celle de Derjavine, celle de Pouchkine, celle que Mandelstam a lue durant son voyage en Crimée, à Feodossia, à la Société des artistes de Batoum, au conservatoire de Tiflis (Tbilissi) au côté d’Ilya Ehrenbourg. Mandelstam se pose comme l’héritier d’une tradition qui fait retour avec lui. Pouchkine, et plus généralement le poète, est celui qui butine de fleur en fleur, qui assiste aux banquets comme dans l’Antiquité, dépose ses poèmes « sur les autels de Bacchus » (Odes, Anacréon), qui se gorge de miel transformé de « la pesante rose », qui est l’architecte des temps nouveaux. La mort du poète est mort du soleil : le « soleil de l’Hellade » qui pour les acméistes réchauffe et illumine de l’intérieur toute poésie authentique. La mort du soleil est le symbole cosmique de toute mort. Mais il faut en même temps que les mythes et les symboles du passé meurent, et ceux qui les incarnent, pour que le temps nouveau puisse naître. Il faut au poète « porter le fardeau du temps » qui est pour lui « Un souci d’or » afin de créer une nouvelle tendresse, une nouvelle alliance des mots avec le monde. C’est pourquoi il y a une similitude profonde entre « la pesanteur » et « la tendresse ».

Il faut donc descendre au royaume des ombres, porter le « soleil d’hier » sur « une civière noire » pour en assurer la résurrection à la seconde strophe. La chaleur du soleil s’est retirée du principe vital. Le poème lui organise des funérailles mythiques qui évoquent les rites d’Eleusis de la mort et de la renaissance. D’emblée, la seconde strophe exhale un hymne semblable à la réponse de la « Muse au trône d’or » à Anacréon à travers la bouche de Sapho ; la vie renaît dans un soupir :

« Ah ! Pesants rayons de miel et tendres rets. »

Désormais le langage et ses lois guident les pas du poète. A sóty (les rayons de miel) répond séti (les rets, les réseaux de sens qui tissent le filet du poème chargé de nouer ensemble « pesanteur » et « tendresse ») ; opposition qui n’est pas sans faire quelque allusion à l’opposition platonicienne, d’origine orphico-pythagorique, dans le Cratyle (400 b) justement, qu’il reprend dans Phèdre (250 b) pour définir la Beauté, entre σῆμα (sèma) et σῶμα (soma), entre le « signe » et le « corps », le réseau d’étoiles ou constellation qui est aussi le « sépulcre » (sèma) et le « corps/cadavre » (soma) ; or il se trouve que les Tristes d’Ovide, dont Tristia se veut une réplique, fait allusion au « vieillard de Samos », Pythagore, (« Nam si morte carens uacua volat altus in aura/Spiritus et Samii sunt rata dicta senis,/Inter Sarmaticas Romana uagabitur umbras » : « Car, si l’âme immortelle vole là-haut dans l’espace, et si le vieillard de Samos a dit vrai, mon ombre romaine errera parmi celle des Sarmates et sera toujours étrangère parmi des mânes sauvages », Tristium Liber III, v.61-63). Mais maintenant, l’ordre des voyelles du premier vers qui les représentaient : -e- et -o-, est inversé, dans une structure chiasmique : -e- + -o- / -o- + -e- :

тяжeст и нежнoст / сoты и нежные сeти

De plus, le mot нежнoст (tendresse, douceur) semble justement être nié par le mot нежные, dont la seconde syllabe s’entend à peu près comme le négatif нет. La pesanteur semble prendre le pas sur la tendresse. On aura à s’interroger plus loin sur le sens de ce « souci d’or », — qui est de définir une politique du mythe et de la communauté humaine qui lui corresponde. Mais remarquons d’emblée que Mandelstam lui-même le souligne dans ses écrits théoriques qui en viennent à définir un humanisme, qu’il oppose au « civisme » de ses prédécesseurs, y compris les futuristes : « Le lyrisme civique, écrit Mandelstam dans son essai intitulé « De la nature du mot », ne s’était jusqu’alors élevé que jusqu’au « citoyen ». Mais il est un principe plus haut que le « citoyen », c’est l’ « homme » dans toute sa vertu viril. A la différence de l’ancienne poésie civique, la poésie russe doit aujourd’hui éduquer non plus seulement des citoyens mais des « hommes ». Cet idéal de virilité prend sa source dans le style et les impératifs pratiques de notre époque. Tout est devenu plus lourd (c’est moi qui souligne), plus massif, c’est pourquoi l’être humain doit devenir plus dur, puisqu’il doit être plus dur que toute chose sur terre et lui être ce que le diamant est au verre. Le caractère hiératique, c’est-à-dire sacré, de la poésie, est subordonné à la conviction que rien sur terre n’est plus dur que l’homme. » C’est en ce sens sans doute qu’il faut comprendre le second vers :

« Dire ton nom — soulever une pierre serait plus aisé ! »

(là, vous aurez peut-être une chance d’y comprendre quelque chose, compte tenu de la bêtise inhumaine de ce blog)

Widergänger dit: à

La poésie comme reconstruction du monde

I. La physiologie du poème :

Dès 1912, Mandelstam définit la poésie comme un nouveau logos : « le Logos, écrit-il, est une aussi belle forme que la musique pour les symbolistes ». Le poète vise à créer « l’éloquence muette de la matière » poétique, qui « émeut ». C’est ce qu’il appellera « la pierre », titre de son premier recueil, Камень.

Le poème fait entendre « la voix de la matière », de la matérialité du langage, qui « résonne comme un discours articulé » ; il est animé d’une « capacité potentielle de dynamisme » interne comme un organisme vivant qui s’engendre lui-même grâce à tous les mécanismes du langage poétique, des sons aux métaphores, pour constituer, en fonctionnant, un monde supérieur d’existence, dynamique, à la fois mouvant et inaltérable, spirituel, qui embrasse sur le mode démiurgique l’ensemble des éléments du monde qui ne sont dès lors appréhendés et tangibles qu’à travers les réseaux infinis tissés par le poème, y compris l’actualité politique intensément présente dans l’oeuvre de Mandelstam, tout au long de cette rhapsodie des formes et du sens.

Le poème « Soeurs – pesanteur et tendresse… » en fournit une illustration éloquente. Le premier vers se donne à lire comme un théorème, qui pose, sur le mode assertif, l’équivalence de deux notions apparemment très éloignées, voire contraires selon la norme des « mots de la tribu », à charge pour le poème d’en ad-minist-rer ensuite la démonstration. Le fonctionnement du poème aura dès lors pour ambition de permettre d’en reconnaître pourtant l’identité profonde de leur essence.

La démonstration opérée par Mandelstam met en place un système de signes, qui sont les signes traditionnels de la poésie, notamment symboliste : les abeilles, la rose, le sable, le soleil, le miel, l’or, la pierre, comme autant de représentants singuliers et manifestes dans le monde des notions générales et abstraites de pesanteur et de tendresse. Or, il s’agit de faire jouer autrement ces symboles, en les ramenant d’abord, sur le mode de l’invocation poétique, à l’oeuvre dans le premier vers (« Soeurs (…) vos signes sont semblables »), à leur source originelle de signes linguistiques vierges de toute tradition.

L’invocation est précisément le mode de fonctionnement du langage à l’origine : donner un nom, nommer une chose c’est la faire surgir au monde. C’est le propre du langage. Mais le poète renoue ici en plus avec un mythe du langage, ce que Roland Barthes a défini comme « ce grand mythe séculaire qui veut que le langage imite les idées et que, contrairement aux précisions de la science linguistique, les signes soient motivés » – le cratylisme : le nom et l’objet se ressemblent.

Dès lors c’est dans le langage et par le langage que s’opère cette « alchimie du verbe » — Mandelstam est ici l’héritier de Rimbaud —, qui prend la forme d’une expérience alchimique faite sur la matérialité phonique de la face signifiante du signe. Le poème s’annonce comme une preuve par le langage d’un fonctionnement unitaire mythique du monde. Le mot « odinakovy » vient d’ailleurs du mot désignant le chiffre « un » (« odin »). L’équivalence est mise en évidence grâce au schéma rythmique du premier hémistiche :

Sióstry — tiájest’ i néjnost’…
Soeurs — pesanteur et tendresse…

Les trois mots ont même nombre de syllabes, ils sont pareillement accentués sur la première de ces syllabes, cela au mépris du mètre anapestique présent dans le second hémistiche (fondé sur la cellule rythmique / ⎽ ⎽ ⊻ /). On a au contraire pour le premier hémistiche trois trochées : / ⊻ ⎽/.

Sióstry — tiájest’ i néjnost’…
/ ⊻ ⎽/ / ⊻ ⎽/ / ⊻ ⎽/

Le second hémistiche est régulièrement anapestique :

adiná kovy vá chi primé ty
/ ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⊻ /

Le rythme anapestique du second hémistiche permet de relier les mots ensemble selon un ordre symbolique unitaire, créateur d’un nouvel ordre du monde. L’alliance du rythme trochaïque entre les deux notions est en outre soulignée et renforcée par l’alliance des sons : les suffixes (-est/ost) se retrouvent sous l’accent tonique dans le mot « sióstry » qui s’écrit avec un -e- mais se prononce comme un -o-. Il y a donc bien une sororité sonore dans la matérialité phonique des mots. Cette alliance à la fois rythmique et sonore engendre une alliance entre le concret et l’abstrait : soeurs/pesanteur et tendresse. Le matériau poétique retravaille le langage pour en recréer une version mythique sur le mode à la fois de la matière pure du langage et de l’enchantement poétique.

Ainsi le poème reconstruit-il le monde. Les notions abstraites acquièrent de la chair, la chair même du poème, comme Dieu a créé Adam, d’une équation assurant une identité au monde (A=A). Ensuite le poème procède par contamination et prolifération par tout un système de couplage de signifiants qui se répondent en russe :

-L’homme meurt / le sable refroidit
tcheloviék oumiráet / pesók ostyváet

La correspondance entre « l’homme » et le « sable », outre qu’elle renvoie mythiquement à la création d’Adam, est ici assurée par le parallélisme morphologique et syntaxique des deux syntagmes. Là aussi le rythme anapestique renforce l’analogie en redécoupant les mots, créant ainsi entre eux des liens nouveaux :

tcheloviék / oumirá/ et pesók / ostyvá / et
/ ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎼ /

avec la cellule vide de la fin équivalente à celle omise dans le rythme au milieu qui renforce le caractère tragique du vers : la mort est signifiée dans le rythme même du vers qui la mime.

On peut continuer la liste des oppositions qui structurent le poème et en assurent la construction mythique de l’ordre du monde :

-Lourds rayons et tendres rêts (tiajolye sóty i nejnye séti)

qui fonctionne sur le mode de la déclinaison interne propre au vers en lieu et place de la déclinaison de la langue russe.

– La pierre / le nom (kámen’ / ímia)
– Le temps / le fardeau (vrémia / brémia)
– L’eau / l’air / tourbillon (vódou / vózdoukh / vodovoroté)
– Souci / tressées (zabota / zaplela)
– Abeilles / lent / miel (medounitsy / medlennom / med) ; ces mots sont aussi une évocation sonore du mot russe « med’ » (l’airain : c’est presque le même mot que le mot « miel » – med – à une palatalisation de la dernière lettre « d » près) et une allusion au poème de Pouchkine « mednii vsiadnik » (le Cavalier d’airain) repris d’un conte des Mille et une nuits, « La cité d’airain » ou « La cité de cuivre », qui met en oeuvre une légende touchant le roi Salomon et qui inspirera aussi Baudelaire avec « Palmyre », et surtout Rimbaud avec ses « Villes » fantastiques aux « palmiers de cuivre » et « passerelles de cuivres » dans les Illuminations. Selon le témoignage de Mandelstam, ce poème pouvait d’ailleurs être lu comme un poème sur la mort de Pouchkine et un hommage qui lui est rendu : le Pouchkine des poèmes épicuriens et du « Tombeau d’Anacréon », celui de la Crimée, de l’adieu à la mer et des « Poèmes du sud », lieu d’exil de Pouchkine par le Tsar comme Ovide par l’empereur Auguste, lieu où se trouve également Mandelstam, à Koktebel, au moment d’écrire ce poème. « Poèmes du sud » dont c’était justement, en 1920, bientôt le centenaire (1821). Le poème de Mandelstam semble ici prémonitoire de son propre destin d’exilé.
– et tous les jeux à la rime : nésyut / sosout avec le rappel des deux voyelles /e/ et /o/ du premier vers, des verbes « sosat’ » qui veut dire aussi, plus prosaïquement, « sucer », « téter », renvoyant ainsi à l’image de l’enfant qui tète, et « nosit’ » qui veut dire « porter », mais aussi « pondre », « dire des âneries ». L’humour n’est pas absent des jeux de mots du poème. Le poème est comme traversé d’un rire divin, le rire divin du créateur, assimilé ici au rire de l’enfant heureux et comblé qui tète sa mère.

Ainsi se crée dans tout le poème des réseaux de signifiants et des isotopies qui viennent prendre le sens dans ses filets, dans ses « rets ». C’est ce qu’il appelle dans un de ses grands textes théoriques « De la nature du mot » « le goût pour la représentation globale, pour l’image dans sa nouvelle acception organique ». C’est l’ambition même de l’acméisme telle que le définit Mandelstam dans Le matin de l’acméisme, texte manifeste qui ne fut publié qu’en 1919 à Voronej (le mot « nejnost’ » de notre poème peut aussi faire allusion à ce lieu de naissance de l’acméisme) dans l’almanach « La Sirène », — mais il aurait été écrit dès 1912, et les articles de Goumilev et de Gorodetski auraient été préférés à celui de Mandelstam comme manifestes de l’acméisme : « La pointe acérée de l’acméisme n’est ni le stylet, ni le dard de la décadence. L’acméisme est fait pour ceux qui, pénétrés de l’esprit de construction, ne refusent pas lâchement leur pesanteur, mais l’acceptent gaiement, afin d’éveiller et d’utiliser les forces architecturales qui dorment en elle. Le bâtisseur dit : Je construis, donc j’ai raison. En poésie, nous plaçons avant tout la conscience d’avoir raison, et, rejetant avec mépris les brimborions des futuristes pour qui le comble de la jouissance est de harponner un mot difficile avec une aiguille à tricoter, nous introduisons l’ordre gothique dans les rapports de mots, comme l’a fait Jean-Sébastien Bach ». C’est un poème qui, à tous égards, répond au manifeste acméiste de Mandelstam tel qu’il définit son programme en 1912, et il est là comme pour contredire ce que dit Nietzsche du philosophe dont la pensée est « prise dans les filets du langage » (« Der Philosoph in den Netzen der Sprache eingefangen », Le Livre du philosophe/I, aphorisme 118), qui s’intéresse précisément à la « physiographie du philosophe » ; Mandelstam propose, a contrario, une physiologie du poème et une physiographie du poète.

Widergänger dit: à

Conn.erie de blog !

Widergänger dit: à

Le poème « Soeurs – pesanteur et tendresse… » en fournit une illustration éloquente. Le premier vers se donne à lire comme un théorème, qui pose, sur le mode assertif, l’équivalence de deux notions apparemment très éloignées, voire contraires selon la norme des « mots de la tribu », à charge pour le poème d’en ad;mini-strer ensuite la démonstration. Le fonctionnement du poème aura dès lors pour ambition de permettre d’en reconnaître pourtant l’identité profonde de leur essence.

La démonstration opérée par Mandelstam met en place un système de signes, qui sont les signes traditionnels de la poésie, notamment symboliste : les abeilles, la rose, le sable, le soleil, le miel, l’or, la pierre, comme autant de représentants singuliers et manifestes dans le monde des notions générales et abstraites de pesanteur et de tendresse. Or, il s’agit de faire jouer autrement ces symboles, en les ramenant d’abord, sur le mode de l’invocation poétique, à l’oeuvre dans le premier vers (« Soeurs (…) vos signes sont semblables »), à leur source originelle de signes linguistiques vierges de toute tradition.

L’invocation est précisément le mode de fonctionnement du langage à l’origine : donner un nom, nommer une chose c’est la faire surgir au monde. C’est le propre du langage. Mais le poète renoue ici en plus avec un mythe du langage, ce que Roland Barthes a défini comme « ce grand mythe séculaire qui veut que le langage imite les idées et que, contrairement aux précisions de la science linguistique, les signes soient motivés » – le cratylisme : le nom et l’objet se ressemblent.

Widergänger dit: à

J’abandonne. C’est trop triste !

Widergänger dit: à

Un blog, c’est vraiment la destruction de la culture et de l’amour de la littérature !

Widergänger dit: à

C’est pitoyable un blog !

Widergänger dit: à

La poésie comme reconstruction du monde

I. La physiologie du poème :

Dès 1912, Mandelstam définit la poésie comme un nouveau logos : « le Logos, écrit-il, est une aussi belle forme que la musique pour les symbolistes ». Le poète vise à créer « l’éloquence muette de la matière » poétique, qui « émeut ». C’est ce qu’il appellera « la pierre », titre de son premier recueil, Камень.

Le poème fait entendre « la voix de la matière », de la matérialité du langage, qui « résonne comme un discours articulé » ; il est animé d’une « capacité potentielle de dynamisme » interne comme un organisme vivant qui s’engendre lui-même grâce à tous les mécanismes du langage poétique, des sons aux métaphores, pour constituer, en fonctionnant, un monde supérieur d’existence, dynamique, à la fois mouvant et inaltérable, spirituel, qui embrasse sur le mode démiurgique l’ensemble des éléments du monde qui ne sont dès lors appréhendés et tangibles qu’à travers les réseaux infinis tissés par le poème, y compris l’actualité politique intensément présente dans l’oeuvre de Mandelstam, tout au long de cette rhapsodie des formes et du sens.

la vie dans les bois dit: à

Sergio, il me semble que « l’affaire du réduit breton », s’arrête à la Loire…

Widergänger dit: à

Je relis mon commentaire, écrit il y a bien longtemps. Je le trouve tout à fait remarquable…! Là, on peut vraiment comprendre ce qu’est la très très grande poésie de Mandelstam.

Widergänger dit: à

Non, la modération ne laisse pas passer le début du commentaire sur la physiologie du poème chez Mandelstam. Ce truc est pourri.

Widergänger dit: à

Ah, ben si, finalement. Vous reconstruirez le texte (la modération crée un foutoir du diable pour converser ici à propos de la poésie). Un blog dit littéraire n’est pas fait pour la littérature mais pour le papotage littéraire. Sinistre époque…!

Widergänger dit: à

La partie du commentaire du poème de Mandelstam qui ne passe pas la modération :
Les trois mots ont même nombre de syllabes, ils sont pareillement accentués sur la première de ces syllabes, cela au mépris du mètre anapestique présent dans le second hémistiche (fondé sur la cellule rythmique / ⎽ ⎽ ⊻ /). On a au contraire pour le premier hémistiche trois trochées : / ⊻ ⎽/.

Sióstry — tiájest’ i néjnost’…
/ ⊻ ⎽/ / ⊻ ⎽/ / ⊻ ⎽/

Le second hémistiche est régulièrement anapestique :

adiná kovy vá chi primé ty
/ ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⊻ /

Le rythme anapestique du second hémistiche permet de relier les mots ensemble selon un ordre symbolique unitaire, créateur d’un nouvel ordre du monde. L’alliance du rythme trochaïque entre les deux notions est en outre soulignée et renforcée par l’alliance des sons : les suffixes (-est/ost) se retrouvent sous l’accent tonique dans le mot « sióstry » qui s’écrit avec un -e- mais se prononce comme un -o-. Il y a donc bien une sororité sonore dans la matérialité phonique des mots. Cette alliance à la fois rythmique et sonore engendre une alliance entre le concret et l’abstrait : soeurs/pesanteur et tendresse. Le matériau poétique retravaille le langage pour en recréer une version mythique sur le mode à la fois de la matière pure du langage et de l’enchantement poétique.

Ainsi le poème reconstruit-il le monde. Les notions abstraites acquièrent de la chair, la chair même du poème, comme Dieu a créé Adam, d’une équation assurant une identité au monde (A=A). Ensuite le poème procède par contamination et prolifération par tout un système de couplage de signifiants qui se répondent en russe :

-L’homme meurt / le sable refroidit
tcheloviék oumiráet / pesók ostyváet

La correspondance entre « l’homme » et le « sable », outre qu’elle renvoie mythiquement à la création d’Adam, est ici assurée par le parallélisme morphologique et syntaxique des deux syntagmes. Là aussi le rythme anapestique renforce l’analogie en redécoupant les mots, créant ainsi entre eux des liens nouveaux :

tcheloviék / oumirá/ et pesók / ostyvá / et
/ ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎼ /

avec la cellule vide de la fin équivalente à celle omise dans le rythme au milieu qui renforce le caractère tragique du vers : la mort est signifiée dans le rythme même du vers qui la mime.

Widergänger dit: à

II. Le mouvement du poème et le poème comme mouvement :
La physiologie du poème en fait un organisme vivant en mouvement. Son organicité ne le fige pas dans un fusion mythique avec les origines, mais le met en contact avec le temps dans un rapport critique.

1°) La composition du poème :
La composition du poème est organisée de telle sorte qu’elle célébre la création poétique sur le mode du mouvement perpétuel en l’insérant dans le temps, qui apparaît comme son fondement ontologique et son horizon phénoménologique.

1247657112s6wqQQALa première strophe se situe sur plusieurs axes temporels. Le temps du poème peut d’abord être compris comme celui d’un vécu individuel qu’il est loisible de reconstituer. Mandelstam se trouve sur les côtes du sud de la Crimée, d’abord à Feodossia de janvier à février, avec son frère Alexandre, où il lit ses poèmes au Cercle artistico-littéraire de Feodossia et fait la connaissance de communistes clandestins dans cette partie de la Russie blanche, où il se fera d’ailleurs arrêter par les services de contre-espionnage du général Wrangel, et ensuite à Koktebel, de mars à juin. Le poème date du début de son séjour à Koktebel, le 20 mars. Il repartira au début du mois d’octobre par un train blindé, en qualité de courrier diplomatique, de Tiflis (Tbilissi) à Moscou.

Il se trouve donc sur la côte sud, un lieu enchanteur, qui fait penser à la Grèce, qui imprègne tout le recueil de Tristia. Les abeilles butinent les roses tandis que le sable du midi refroidit. Le soleil se retire à l’horizon sur la mer. Le temps court, la fin de l’été approche. Ce sera bientôt le temps du départ et de la séparation : « Son seul souci, porter le poids du temps ».

hameleonMais à ce temps de l’anecdote, le temps qui s’écoule, vient se greffer un autre temps, le temps du souvenir et de la mémoire collective dans un présent imperfectif, intemporel, qui situe le poème dans ce que Roman Jakobson appelle « une durée pure », en référence à la « statue dans la symbolique de Pouchkine ». C’est aussi la région où Pouchkine fut exilée, et Mandelstam affirmera que ce poème peut être lu comme un poème sur la mort de Pouchkine et un hommage au poète des poèmes épicuriens et du « Tombeau d’Anacréon », celui de la Crimée, de l’adieu à la mer et des « Poèmes du sud », dont c’est justement bientôt le centenaire (1821) à la date de composition du poème. Nombre de symbole utilisés par Mandelstam sont des allusions aux Odes d’Anacréon, notamment l’une intitulée « Sur la rose », où Anacréon célèbre la rose « souffle pur des dieux », « joie des mortels », « ornement des grâces (…) qui fournit de charmantes allégories (…) aux poètes », « et où « la Terre enfanta la rose » que Mandelstam retourne en :

« Le soc a labouré le temps et terre fut la rose ».

De même « l’abeille », qui piqua Cupidon dans Ode XL « Sur l’amour », et référence à Derjavine, au poème « L’abeille » (1796), qui sacra Pouchkine poète :

Abeille dorée,
Abeille bourdonnante !
Je t’entends, tu soupires,
Et tu me dis :
Je boirai le miel
Et mourrai avec lui.

Le temps de la « durée pure » est le temps de l’éternel retour du même, ce principe de l’identité que le poème célèbre, le temps du mythe grec dans cette Crimée qui est une autre Grèce où la poésie est miel et nectar pour le monde, celle d’Anacréon, celle de Derjavine, celle de Pouchkine, celle que Mandelstam a lue durant son voyage en Crimée, à Feodossia, à la Société des artistes de Batoum, au conservatoire de Tiflis (Tbilissi) au côté d’Ilya Ehrenbourg. Mandelstam se pose comme l’héritier d’une tradition qui fait retour avec lui. Pouchkine, et plus généralement le poète, est celui qui butine de fleur en fleur, qui assiste aux banquets comme dans l’Antiquité, dépose ses poèmes « sur les autels de Bacchus » (Odes, Anacréon), qui se gorge de miel transformé de « la pesante rose », qui est l’architecte des temps nouveaux. La mort du poète est mort du soleil : le « soleil de l’Hellade » qui pour les acméistes réchauffe et illumine de l’intérieur toute poésie authentique. La mort du soleil est le symbole cosmique de toute mort. Mais il faut en même temps que les mythes et les symboles du passé meurent, et ceux qui les incarnent, pour que le temps nouveau puisse naître. Il faut au poète « porter le fardeau du temps » qui est pour lui « Un souci d’or » afin de créer une nouvelle tendresse, une nouvelle alliance des mots avec le monde. C’est pourquoi il y a une similitude profonde entre « la pesanteur » et « la tendresse ».

Il faut donc descendre au royaume des ombres, porter le « soleil d’hier » sur « une civière noire » pour en assurer la résurrection à la seconde strophe. La chaleur du soleil s’est retirée du principe vital. Le poème lui organise des funérailles mythiques qui évoquent les rites d’Eleusis de la mort et de la renaissance. D’emblée, la seconde strophe exhale un hymne semblable à la réponse de la « Muse au trône d’or » à Anacréon à travers la bouche de Sapho ; la vie renaît dans un soupir :

« Ah ! Pesants rayons de miel et tendres rets. »

Désormais le langage et ses lois guident les pas du poète. A sóty (les rayons de miel) répond séti (les rets, les réseaux de sens qui tissent le filet du poème chargé de nouer ensemble « pesanteur » et « tendresse ») ; opposition qui n’est pas sans faire quelque allusion à l’opposition platonicienne, d’origine orphico-pythagorique, dans le Cratyle (400 b) justement, qu’il reprend dans Phèdre (250 b) pour définir la Beauté, entre σῆμα (sèma) et σῶμα (soma), entre le « signe » et le « corps », le réseau d’étoiles ou constellation qui est aussi le « sépulcre » (sèma) et le « corps/cadavre » (soma) ; or il se trouve que les Tristes d’Ovide, dont Tristia se veut une réplique, fait allusion au « vieillard de Samos », Pythagore, (« Nam si morte carens uacua volat altus in aura/Spiritus et Samii sunt rata dicta senis,/Inter Sarmaticas Romana uagabitur umbras » : « Car, si l’âme immortelle vole là-haut dans l’espace, et si le vieillard de Samos a dit vrai, mon ombre romaine errera parmi celle des Sarmates et sera toujours étrangère parmi des mânes sauvages », Tristium Liber III, v.61-63). Mais maintenant, l’ordre des voyelles du premier vers qui les représentaient : -e- et -o-, est inversé, dans une structure chiasmique : -e- + -o- / -o- + -e- :

тяжeст и нежнoст / сoты и нежные сeти

De plus, le mot нежнoст (tendresse, douceur) semble justement être nié par le mot нежные, dont la seconde syllabe s’entend à peu près comme le négatif нет. La pesanteur semble prendre le pas sur la tendresse. On aura à s’interroger plus loin sur le sens de ce « souci d’or », — qui est de définir une politique du mythe et de la communauté humaine qui lui corresponde. Mais remarquons d’emblée que Mandelstam lui-même le souligne dans ses écrits théoriques qui en viennent à définir un humanisme, qu’il oppose au « civisme » de ses prédécesseurs, y compris les futuristes : « Le lyrisme civique, écrit Mandelstam dans son essai intitulé « De la nature du mot », ne s’était jusqu’alors élevé que jusqu’au « citoyen ». Mais il est un principe plus haut que le « citoyen », c’est l’ « homme » dans toute sa vertu viril. A la différence de l’ancienne poésie civique, la poésie russe doit aujourd’hui éduquer non plus seulement des citoyens mais des « hommes ». Cet idéal de virilité prend sa source dans le style et les impératifs pratiques de notre époque. Tout est devenu plus lourd (c’est moi qui souligne), plus massif, c’est pourquoi l’être humain doit devenir plus dur, puisqu’il doit être plus dur que toute chose sur terre et lui être ce que le diamant est au verre. Le caractère hiératique, c’est-à-dire sacré, de la poésie, est subordonné à la conviction que rien sur terre n’est plus dur que l’homme. » C’est en ce sens sans doute qu’il faut comprendre le second vers :

« Dire ton nom — soulever une pierre serait plus aisé ! »

Widergänger dit: à

On peut continuer la liste des oppositions qui structurent le poème et en assurent la construction mythique de l’ordre du monde :

-Lourds rayons et tendres rêts (tiajolye sóty i nejnye séti)

qui fonctionne sur le mode de la déclinaison interne propre au vers en lieu et place de la déclinaison de la langue russe.

– La pierre / le nom (kámen’ / ímia)
– Le temps / le fardeau (vrémia / brémia)
– L’eau / l’air / tourbillon (vódou / vózdoukh / vodovoroté)
– Souci / tressées (zabota / zaplela)
– Abeilles / lent / miel (medounitsy / medlennom / med) ; ces mots sont aussi une évocation sonore du mot russe « med’ » (l’airain : c’est presque le même mot que le mot « miel » – med – à une palatalisation de la dernière lettre « d » près) et une allusion au poème de Pouchkine « mednii vsiadnik » (le Cavalier d’airain) repris d’un conte des Mille et une nuits, « La cité d’airain » ou « La cité de cuivre », qui met en oeuvre une légende touchant le roi Salomon et qui inspirera aussi Baudelaire avec « Palmyre », et surtout Rimbaud avec ses « Villes » fantastiques aux « palmiers de cuivre » et « passerelles de cuivres » dans les Illuminations. Selon le témoignage de Mandelstam, ce poème pouvait d’ailleurs être lu comme un poème sur la mort de Pouchkine et un hommage qui lui est rendu : le Pouchkine des poèmes épicuriens et du « Tombeau d’Anacréon », celui de la Crimée, de l’adieu à la mer et des « Poèmes du sud », lieu d’exil de Pouchkine par le Tsar comme Ovide par l’empereur Auguste, lieu où se trouve également Mandelstam, à Koktebel, au moment d’écrire ce poème. « Poèmes du sud » dont c’était justement, en 1920, bientôt le centenaire (1821). Le poème de Mandelstam semble ici prémonitoire de son propre destin d’exilé.
– et tous les jeux à la rime : nésyut / sosout avec le rappel des deux voyelles /e/ et /o/ du premier vers, des verbes « sosat’ » qui veut dire aussi, plus prosaïquement, « sucer », « téter », renvoyant ainsi à l’image de l’enfant qui tète, et « nosit’ » qui veut dire « porter », mais aussi « pondre », « dire des âneries ». L’humour n’est pas absent des jeux de mots du poème. Le poème est comme traversé d’un rire divin, le rire divin du créateur, assimilé ici au rire de l’enfant heureux et comblé qui tète sa mère.

Ainsi se crée dans tout le poème des réseaux de signifiants et des isotopies qui viennent prendre le sens dans ses filets, dans ses « rets ». C’est ce qu’il appelle dans un de ses grands textes théoriques « De la nature du mot » « le goût pour la représentation globale, pour l’image dans sa nouvelle acception organique ». C’est l’ambition même de l’acméisme telle que le définit Mandelstam dans Le matin de l’acméisme, texte manifeste qui ne fut publié qu’en 1919 à Voronej (le mot « nejnost’ » de notre poème peut aussi faire allusion à ce lieu de naissance de l’acméisme) dans l’almanach « La Sirène », — mais il aurait été écrit dès 1912, et les articles de Goumilev et de Gorodetski auraient été préférés à celui de Mandelstam comme manifestes de l’acméisme : « La pointe acérée de l’acméisme n’est ni le stylet, ni le dard de la décadence. L’acméisme est fait pour ceux qui, pénétrés de l’esprit de construction, ne refusent pas lâchement leur pesanteur, mais l’acceptent gaiement, afin d’éveiller et d’utiliser les forces architecturales qui dorment en elle. Le bâtisseur dit : Je construis, donc j’ai raison. En poésie, nous plaçons avant tout la conscience d’avoir raison, et, rejetant avec mépris les brimborions des futuristes pour qui le comble de la jouissance est de harponner un mot difficile avec une aiguille à tricoter, nous introduisons l’ordre gothique dans les rapports de mots, comme l’a fait Jean-Sébastien Bach ». C’est un poème qui, à tous égards, répond au manifeste acméiste de Mandelstam tel qu’il définit son programme en 1912, et il est là comme pour contredire ce que dit Nietzsche du philosophe dont la pensée est « prise dans les filets du langage » (« Der Philosoph in den Netzen der Sprache eingefangen », Le Livre du philosophe/I, aphorisme 118), qui s’intéresse précisément à la « physiographie du philosophe » ; Mandelstam propose, a contrario, une physiologie du poème et une physiographie du poète.

Widergänger dit: à

Traduction de Paul Celan :

Ihr Schwestern schwer und zart, ich seh euch — seh dasselbe.
Die Imme und die Wespe taucht in die Rose ein.
Es stirbt der Mensch, und kalt wird der Sand, der glutdurchschwebte,
die gestern helle Sonne — schwarz trägt man sie vorbei.

O Waben, schwere Waben, o Netzwerk, zartgesponnen.
Dein Name — nichts ist schwerer ein zweites mal gesagt !
Mir bleibt nur eine Sorge — die einzige und goldne :
das Joch der Zeit — was tue ich, daß ich dies Joch zerschlag ?

Ich trink die Luft wie Wasser, trink Trübes, Strahlenloses.
Die Zeit — gepflügt, die Rose, die nun zu Erde ward…
Still drehn sich mit den Wassern die schweren zarten Rosen —
zum Doppelkranz geflochten die Rosen Schwer und Zart !

(Ossip Mandelstam, Gedichte, in Tristia, aus dem Russischen übertragen von Paul Celan, Fischer Verlag, 1959, Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt am Main, mai 1983).

Widergänger dit: à

Mandelstam, mon pauvre chéri, mais c’est intraduisible ! Surtout la période acméiste, la plus belle, la période mallarméenne en somme. C’est bourré de jeux de mots en russe, absolument intraduisible. Celan s’y est frotté, a recréé du Celan.

Tiens, un exemple, parmi bien d’autres :
Сёстры — тяжестъ и нежностъ — одинаковы ваши приметы
медуницы и осы тяжёлую розу сосут.
Человек умирает, песок остывает согретый,
И вчерашнее солнце на черных носилках несут.

Ах, тажелые соты и нежные сеты,
Легче камень поднать, чем имя твоё повторить !
У меня остается одна забота на свете :
Золотая забота, как времени бремя избыть.

Словно темную воду я пью помутившийся воздух.
Время вспахано плугом, и роза землею была.
В медленном водовороте тяжелые нежные розы,
Розы тяжесть и нежность в двойные венки заплела.

Осип Эмильевич мандельштам, Коктебель, март 1920, Tristia.

Translitération :

Siostry — tiajest’ i nejnost’, adinakovy vachi priméty.
Medounitsy i osy tiajolouiou rosou sosout.
Tcheloviek oumiraet, pesok ostyvaet sogrétyi,
I vtcherachneie sontsé na tchornykh nosilkakh nésyut.

Akh, tiajolyé soty i nejnyé séti !
Lekhtché kamen’ podniat’, tchem imia tvoio povtorit’.
Ou menia octaiotca odna zabota na svete :
Zolotaia zabota, kak vremeni bremia izbyt’.

Slovno tiomnouiou vodou, ia piou pomoutivchiica vozdoukh.
Vremia bspakhano plougom, i rosa zemliou byla.
V medlennom vodovoroté tiajolyé, nejnye rosy,
Rosy tiajest’ i nejnost’ v dvojnyé venki zapléla.

Traduction originale :

Soeurs — pesanteur et tendresse — vos signes sont semblables.
Abeilles et guêpes la rose pesante butinent.
L’homme agonise, brûlante la chaleur reflue du sable,
Le soleil d’hier sur une civière noire s’achemine.

Ah ! Pesants rayons de miel et tendres rets,
Dire ton nom — soulever une pierre serait plus aisé !
Il ne me reste sur terre qu’un seul souci désormais,
Un souci d’or : le fardeau du temps — à porter.

Comme une eau sombre je bois l’air qui se trouble,
Le soc a labouré le temps et terre fut la rose.
Lentement tourbillonnent, tressées en couronnes doubles,
Les roses pesanteur et tendresse, les tendres et pesantes roses.

Ossip Emiliévitch Mandelstam, Koktebel, mars 1920, Tristia.

Widergänger dit: à

Mandelstam, mon pauvre chéri, mais c’est intraduisible ! Surtout la période acméiste, la plus belle, la période mallarméenne en somme. C’est bourré de jeux de mots en russe, absolument intraduisible. Celan s’y est frotté, a recréé du Celan.

Tiens, un exemple, parmi bien d’autres :
Сёстры — тяжестъ и нежностъ — одинаковы ваши приметы
медуницы и осы тяжёлую розу сосут.
Человек умирает, песок остывает согретый,
И вчерашнее солнце на черных носилках несут.

Ах, тажелые соты и нежные сеты,
Легче камень поднать, чем имя твоё повторить !
У меня остается одна забота на свете :
Золотая забота, как времени бремя избыть.

Словно темную воду я пью помутившийся воздух.
Время вспахано плугом, и роза землею была.
В медленном водовороте тяжелые нежные розы,
Розы тяжесть и нежность в двойные венки заплела.

Осип Эмильевич мандельштам, Коктебель, март 1920, Tristia.

Translitération :

Siostry — tiajest’ i nejnost’, adinakovy vachi priméty.
Medounitsy i osy tiajolouiou rosou sosout.
Tcheloviek oumiraet, pesok ostyvaet sogrétyi,
I vtcherachneie sontsé na tchornykh nosilkakh nésyut.

Akh, tiajolyé soty i nejnyé séti !
Lekhtché kamen’ podniat’, tchem imia tvoio povtorit’.
Ou menia octaiotca odna zabota na svete :
Zolotaia zabota, kak vremeni bremia izbyt’.

Slovno tiomnouiou vodou, ia piou pomoutivchiica vozdoukh.
Vremia bspakhano plougom, i rosa zemliou byla.
V medlennom vodovoroté tiajolyé, nejnye rosy,
Rosy tiajest’ i nejnost’ v dvojnyé venki zapléla.

Traduction originale :

Soeurs — pesanteur et tendresse — vos signes sont semblables.
Abeilles et guêpes la rose pesante butinent.
L’homme agonise, brûlante la chaleur reflue du sable,
Le soleil d’hier sur une civière noire s’achemine.

Ah ! Pesants rayons de miel et tendres rets,
Dire ton nom — soulever une pierre serait plus aisé !
Il ne me reste sur terre qu’un seul souci désormais,
Un souci d’or : le fardeau du temps — à porter.

Comme une eau sombre je bois l’air qui se trouble,
Le soc a labouré le temps et terre fut la rose.
Lentement tourbillonnent, tressées en couronnes doubles,
Les roses pesanteur et tendresse, les tendres et pesantes roses.

Ossip Emiliévitch Mandelstam, Koktebel, mars 1920, Tristia.

Traduction de Paul Celan :

Ihr Schwestern schwer und zart, ich seh euch — seh dasselbe.
Die Imme und die Wespe taucht in die Rose ein.
Es stirbt der Mensch, und kalt wird der Sand, der glutdurchschwebte,
die gestern helle Sonne — schwarz trägt man sie vorbei.

O Waben, schwere Waben, o Netzwerk, zartgesponnen.
Dein Name — nichts ist schwerer ein zweites mal gesagt !
Mir bleibt nur eine Sorge — die einzige und goldne :
das Joch der Zeit — was tue ich, daß ich dies Joch zerschlag ?

Ich trink die Luft wie Wasser, trink Trübes, Strahlenloses.
Die Zeit — gepflügt, die Rose, die nun zu Erde ward…
Still drehn sich mit den Wassern die schweren zarten Rosen —
zum Doppelkranz geflochten die Rosen Schwer und Zart !

(Ossip Mandelstam, Gedichte, in Tristia, aus dem Russischen übertragen von Paul Celan, Fischer Verlag, 1959, Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt am Main, mai 1983).

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La poésie comme reconstruction du monde

I. La physiologie du poème :

Dès 1912, Mandelstam définit la poésie comme un nouveau logos : « le Logos, écrit-il, est une aussi belle forme que la musique pour les symbolistes ». Le poète vise à créer « l’éloquence muette de la matière » poétique, qui « émeut ». C’est ce qu’il appellera « la pierre », titre de son premier recueil, Камень.

Le poème fait entendre « la voix de la matière », de la matérialité du langage, qui « résonne comme un discours articulé » ; il est animé d’une « capacité potentielle de dynamisme » interne comme un organisme vivant qui s’engendre lui-même grâce à tous les mécanismes du langage poétique, des sons aux métaphores, pour constituer, en fonctionnant, un monde supérieur d’existence, dynamique, à la fois mouvant et inaltérable, spirituel, qui embrasse sur le mode démiurgique l’ensemble des éléments du monde qui ne sont dès lors appréhendés et tangibles qu’à travers les réseaux infinis tissés par le poème, y compris l’actualité politique intensément présente dans l’oeuvre de Mandelstam, tout au long de cette rhapsodie des formes et du sens.

Le poème « Soeurs – pesanteur et tendresse… » en fournit une illustration éloquente. Le premier vers se donne à lire comme un théorème, qui pose, sur le mode assertif, l’équivalence de deux notions apparemment très éloignées, voire contraires selon la norme des « mots de la tribu », à charge pour le poème d’en administrer ensuite la démonstration. Le fonctionnement du poème aura dès lors pour ambition de permettre d’en reconnaître pourtant l’identité profonde de leur essence.

La démonstration opérée par Mandelstam met en place un système de signes, qui sont les signes traditionnels de la poésie, notamment symboliste : les abeilles, la rose, le sable, le soleil, le miel, l’or, la pierre, comme autant de représentants singuliers et manifestes dans le monde des notions générales et abstraites de pesanteur et de tendresse. Or, il s’agit de faire jouer autrement ces symboles, en les ramenant d’abord, sur le mode de l’invocation poétique, à l’oeuvre dans le premier vers (« Soeurs (…) vos signes sont semblables »), à leur source originelle de signes linguistiques vierges de toute tradition.

L’invocation est précisément le mode de fonctionnement du langage à l’origine : donner un nom, nommer une chose c’est la faire surgir au monde. C’est le propre du langage. Mais le poète renoue ici en plus avec un mythe du langage, ce que Roland Barthes a défini comme « ce grand mythe séculaire qui veut que le langage imite les idées et que, contrairement aux précisions de la science linguistique, les signes soient motivés » – le cratylisme : le nom et l’objet se ressemblent.

Dès lors c’est dans le langage et par le langage que s’opère cette « alchimie du verbe » — Mandelstam est ici l’héritier de Rimbaud —, qui prend la forme d’une expérience alchimique faite sur la matérialité phonique de la face signifiante du signe. Le poème s’annonce comme une preuve par le langage d’un fonctionnement unitaire mythique du monde. Le mot « odinakovy » vient d’ailleurs du mot désignant le chiffre « un » (« odin »). L’équivalence est mise en évidence grâce au schéma rythmique du premier hémistiche :

Sióstry — tiájest’ i néjnost’…
Soeurs — pesanteur et tendresse…

Les trois mots ont même nombre de syllabes, ils sont pareillement accentués sur la première de ces syllabes, cela au mépris du mètre anapestique présent dans le second hémistiche (fondé sur la cellule rythmique / ⎽ ⎽ ⊻ /). On a au contraire pour le premier hémistiche trois trochées : / ⊻ ⎽/.

Sióstry — tiájest’ i néjnost’…
/ ⊻ ⎽/ / ⊻ ⎽/ / ⊻ ⎽/

Le second hémistiche est régulièrement anapestique :

adiná kovy vá chi primé ty
/ ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⊻ /

Le rythme anapestique du second hémistiche permet de relier les mots ensemble selon un ordre symbolique unitaire, créateur d’un nouvel ordre du monde. L’alliance du rythme trochaïque entre les deux notions est en outre soulignée et renforcée par l’alliance des sons : les suffixes (-est/ost) se retrouvent sous l’accent tonique dans le mot « sióstry » qui s’écrit avec un -e- mais se prononce comme un -o-. Il y a donc bien une sororité sonore dans la matérialité phonique des mots. Cette alliance à la fois rythmique et sonore engendre une alliance entre le concret et l’abstrait : soeurs/pesanteur et tendresse. Le matériau poétique retravaille le langage pour en recréer une version mythique sur le mode à la fois de la matière pure du langage et de l’enchantement poétique.

Ainsi le poème reconstruit-il le monde. Les notions abstraites acquièrent de la chair, la chair même du poème, comme Dieu a créé Adam, d’une équation assurant une identité au monde (A=A). Ensuite le poème procède par contamination et prolifération par tout un système de couplage de signifiants qui se répondent en russe :

-L’homme meurt / le sable refroidit
tcheloviék oumiráet / pesók ostyváet

La correspondance entre « l’homme » et le « sable », outre qu’elle renvoie mythiquement à la création d’Adam, est ici assurée par le parallélisme morphologique et syntaxique des deux syntagmes. Là aussi le rythme anapestique renforce l’analogie en redécoupant les mots, créant ainsi entre eux des liens nouveaux :

tcheloviék / oumirá/ et pesók / ostyvá / et
/ ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎽ ⎽ ⊻ / / ⎼ /

avec la cellule vide de la fin équivalente à celle omise dans le rythme au milieu qui renforce le caractère tragique du vers : la mort est signifiée dans le rythme même du vers qui la mime.

On peut continuer la liste des oppositions qui structurent le poème et en assurent la construction mythique de l’ordre du monde :

-Lourds rayons et tendres rêts (tiajolye sóty i nejnye séti)

qui fonctionne sur le mode de la déclinaison interne propre au vers en lieu et place de la déclinaison de la langue russe.

– La pierre / le nom (kámen’ / ímia)
– Le temps / le fardeau (vrémia / brémia)
– L’eau / l’air / tourbillon (vódou / vózdoukh / vodovoroté)
– Souci / tressées (zabota / zaplela)
– Abeilles / lent / miel (medounitsy / medlennom / med) ; ces mots sont aussi une évocation sonore du mot russe « med’  » (l’airain : c’est presque le même mot que le mot « miel » – med – à une palatalisation de la dernière lettre « d » près) et une allusion au poème de Pouchkine « mednii vsiadnik » (le Cavalier d’airain) repris d’un conte des Mille et une nuits, « La cité d’airain » ou « La cité de cuivre », qui met en oeuvre une légende touchant le roi Salomon et qui inspirera aussi Baudelaire avec « Palmyre », et surtout Rimbaud avec ses « Villes » fantastiques aux « palmiers de cuivre » et « passerelles de cuivres » dans les Illuminations. Selon le témoignage de Mandelstam, ce poème pouvait d’ailleurs être lu comme un poème sur la mort de Pouchkine et un hommage qui lui est rendu : le Pouchkine des poèmes épicuriens et du « Tombeau d’Anacréon », celui de la Crimée, de l’adieu à la mer et des « Poèmes du sud », lieu d’exil de Pouchkine par le Tsar comme Ovide par l’empereur Auguste, lieu où se trouve également Mandelstam, à Koktebel, au moment d’écrire ce poème. « Poèmes du sud » dont c’était justement, en 1920, bientôt le centenaire (1821). Le poème de Mandelstam semble ici prémonitoire de son propre destin d’exilé.
– et tous les jeux à la rime : nésyut / sosout avec le rappel des deux voyelles /e/ et /o/ du premier vers, des verbes « sosat’  » qui veut dire aussi, plus prosaïquement, « sucer », « téter », renvoyant ainsi à l’image de l’enfant qui tète, et « nosit’  » qui veut dire « porter », mais aussi « pondre », « dire des âneries ». L’humour n’est pas absent des jeux de mots du poème. Le poème est comme traversé d’un rire divin, le rire divin du créateur, assimilé ici au rire de l’enfant heureux et comblé qui tète sa mère.

Ainsi se crée dans tout le poème des réseaux de signifiants et des isotopies qui viennent prendre le sens dans ses filets, dans ses « rets ». C’est ce qu’il appelle dans un de ses grands textes théoriques « De la nature du mot » « le goût pour la représentation globale, pour l’image dans sa nouvelle acception organique ». C’est l’ambition même de l’acméisme telle que le définit Mandelstam dans Le matin de l’acméisme, texte manifeste qui ne fut publié qu’en 1919 à Voronej (le mot « nejnost' » de notre poème peut aussi faire allusion à ce lieu de naissance de l’acméisme) dans l’almanach « La Sirène », — mais il aurait été écrit dès 1912, et les articles de Goumilev et de Gorodetski auraient été préférés à celui de Mandelstam comme manifestes de l’acméisme : « La pointe acérée de l’acméisme n’est ni le stylet, ni le dard de la décadence. L’acméisme est fait pour ceux qui, pénétrés de l’esprit de construction, ne refusent pas lâchement leur pesanteur, mais l’acceptent gaiement, afin d’éveiller et d’utiliser les forces architecturales qui dorment en elle. Le bâtisseur dit : Je construis, donc j’ai raison. En poésie, nous plaçons avant tout la conscience d’avoir raison, et, rejetant avec mépris les brimborions des futuristes pour qui le comble de la jouissance est de harponner un mot difficile avec une aiguille à tricoter, nous introduisons l’ordre gothique dans les rapports de mots, comme l’a fait Jean-Sébastien Bach ». C’est un poème qui, à tous égards, répond au manifeste acméiste de Mandelstam tel qu’il définit son programme en 1912, et il est là comme pour contredire ce que dit Nietzsche du philosophe dont la pensée est « prise dans les filets du langage » (« Der Philosoph in den Netzen der Sprache eingefangen », Le Livre du philosophe/I, aphorisme 118), qui s’intéresse précisément à la « physiographie du philosophe » ; Mandelstam propose, a contrario, une physiologie du poème et une physiographie du poète.

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