de Pierre Assouline

en savoir plus

La République des livres
N° 49 Le vrai genre d’Emmanuel Berl

N° 49 Le vrai genre d’Emmanuel Berl

Par Jacques Drillon

Le torchon, qui brûle entre les lesbiennes et les transsexuels – autrefois unis comme les doigts de la main dans une même série de consonnes : LGBT et la suite. Les lesbiennes reprochent aux hommes devenus femmes de se jeter sur le maquillage, les jupes moulantes, les cheveux permanentés, les talons aiguilles, autrement dit d’entretenir les pires stéréotypes sexistes. Si c’est pour rester hommes, répliquent-ils·elles, c’était pas la peine de se faire opérer.
En sorte que le torchon brûle aussi entre transsexuels : il y a ceux qui font tout pour avoir l’air de femmes, et ceux qui revendiquent une apparence de transsexuels : mâchoire carrée, rasage approximatif…
La question est : doit-on, peut-on, admettre des femmes trans dans les réunions de féministes femmes ? C’est un dilemme atroce. Il avive la querelle des féministes universalistes et des féministes intersectionnels…
Peut-on, doit-on, admettre les anges dans ce type de réunion, alors qu’on ne sait toujours pas de quel sexe ils sont ? Créons dans les universités, pour répondre à cette question, les angel studies.

*

Les dispositifs anti clochards, devant les façades d’immeubles et les devantures de magasins : des clous, des champignons, des barres de métal en relief, des sols ondulés, des galets, des cactus, des poteaux, des sphères, des plans inclinés. Les bancs publics sont coupés par des accoudoirs, ou dessinés en courbe. À Nantes on les a entourés de grilles pendant la nuit de Noël… À Biarritz, il y a des arrêts de bus avec un unique siège.

*

Les gens qui consacrent leur vie à un seul auteur, un seul compositeur, un seul peintre. Lassants pour leur entourage. Le collectionneur Henry-Louis de La Grange, terne et tassé tant qu’on parlait de Hugo, de Napoléon ou de Couperin, mais qui, dès qu’il entendait le mot « Mahler », se dépliait, s’épanouissait comme une pivoine. Sa tête se faisait mobile, son œil brillait, sa diction précieuse aux dentales brittanicoïdes déroulait un tapis rouge à sa pensée, mahlérisée jusqu’à l’os.

*

(Suite)
Personne ne va jamais voir Jean-Yves Tadié pour le faire parler de Dumas, Malraux ou Sarraute, qu’il connaît pourtant comme personne; Henri Godard, pour l’interroger sur Giono ou Guilloux. Enfermés, le premier dans Proust, le second dans Céline.
(Peut-être ont-ils à dire sur Mahler ?)

*

Le patron : « Mes amis, pour fêter le départ de M*, je vous propose de nous retrouver tous autour d’un verre interprofessionnel, à l’heure de la pause méridienne. »

*

« Officiellement, le délit d’outrage à une machine n’existe pas dans le droit français. Pour autant, le procureur de la République avait requis deux à quatre mois de prison  contre un automobiliste habitant à Régny (Loire), accusé d’avoir, le 22 mai 2015, adressé un doigt d’honneur à deux reprises à des radars automatiques.
Le tribunal a finalement choisi de relaxer l’intéressé. « L’outrage à une machine n’existe pas en droit, donc l’outrage à une  personne par extension n’existe pas non plus », a déclaré à l’AFP l’avocat du  prévenu, Me Jamel Mallem, qui avait plaidé la relaxe.
Le tribunal n’a donc pas suivi les réquisitions du parquet qui avait considéré que le chauffard avait outragé par extension les fonctionnaires chargés de visualiser les images au centre d’identification de Rennes. »

*

 Le lit : enfer/paradis.

*

Le gang des anti-trottinettes électriques, qui rendent inutilisables ces engins de mort en taguant le QR code :

*

Personne ne sait
Où Schopenhauer, jouant la partita pour flûte seule de J. S. Bach, plaçait les respirations, dans cette suite ininterrompue de doubles-croches ?

*

Qui sait si « Milo », dans « Vénus de Milo », est un nom de personnage ou de lieu ? Si « Caracalla », dans « Thermes de Caracalla », est un nom de personnage ou de lieu ? Et « Laocoon », dans « Groupe du Laocoon » ? Et le Discobole de « Myron » ? Et l’Aphrodite de « Doidalsas » ? Et Milon de « Crotone » ? Et « tanagra » ?

*

Sur les parois de la grotte Chauvet (–36 000), des chevaux, des aurochs. Sur les parois de la grotte de Lascaux (–18 000), des chevaux, des aurochs. En 18 000 ans, les hommes n’ont pas éprouvé le besoin de changer de modèles.

*

Patrick Besson, qui se demande « quel missionnaire a eu l’idée de la position ».

*

Céline à Sigmaringen, s’entraînant à marcher avec des raquettes sur la neige, pour rejoindre la Suisse.

*

Le jour qu’on sut lire en silence – et sans bouger les lèvres. Saint Augustin (354-430) dit que son maître fut le premier qu’il ait vu savoir faire cela.

*

Emmanuel Berl, dont tous les gens qui en parlent disent que personne n’en parle.

*

(Dernière minute)
En solfège, le point d’arrêt, la suspension, est nommé « point d’orgue ». Il est représenté par un gros point surmonté d’un demi cercle. Autrefois, cette suspension, cette inclusion brutale de silence, était nommée « corona ».

(Dernière minute)
Le texte de Moses Farrow, fils adoptif de Mia Farrow et Woody Allen, à propos de l’accusation d’abus sexuel qui a pesé sur le cinéaste – et dont il a été lavé. Pour le lire, cliquer sur:

Moses Farrow 

j.drillon@orange.fr

(Tous les vendredis à 7h 30)

Si vous n’avez pas reçu le lien sur lequel cliquer pour accéder à ces Petits Papiers, c’est que vous n’êtes pas abonné. Vous pouvez le faire en écrivant à j.drillon@orange.fr, en mentionnant « m’abonner » dans le champ « sujet » ou « objet » du message.
Les deuxième et troisième séries (Papiers recollésPapiers découpés) feront l’objet d’une publication en volume et ne sont plus en ligne. La première (Papiers décollés) a été publiée sous le titre Les fausses dents de Berlusconi (Grasset, 2014).

Cette entrée a été publiée dans Les petits papiers de Jacques Drillon.

6

commentaires

6 Réponses pour N° 49 Le vrai genre d’Emmanuel Berl

Clopine dit: à

Au fait, c’est qui, le sage petit garçon sur la photo ?

Clopine dit: à

Chic, on peut commenter… En deux mots (non, un peu plus !) :

– soulagement que Woody Allen soit lavé d’un soupçon qui se révèle faux.
– pourquoi pas une réparation aussi publique que l’accusation ne serait-elle pas demandée à la calomniatrice ?
– quel pouvoir étrange que la gloire, qui place celui qui la reçoit sous les projecteurs si puissants de la curiosité publique à un tel degré de clarté que tous, autour de lui, risquent bien d’être aussi cuits que le papillon trop près de la lampe
– j’espère (à la hauteur de mon soulagement pour Woody Allen), que cette histoire ne va pas servir d’excuse à tous les réfractaires au changement de la condition féminine pour tenter de discréditer le si salutaire mouvement metoo.

et alii dit: à

ayant lu la page sur Proust dans l’obs,(« Pas un de mes personnages ne se lave les mains… » : Proust et le coronavirus)
Par gros temps de confinement, Fabrice Pliskin a lu avec effroi cet auteur subversif et à l’hygiène problématique.
j’ai rebondi sur le plus célèbre postillon (qui rime avec Drillon)
Le Postillon de Lonjumeau1 est un opéra-comique en trois actes d’Adolphe Adam sur un livret d’Adolphe de Leuven2 et Léon-Lévy Brunswick
https://www.youtube.com/watch?v=DThzB2hqaMo

et alii dit: à

bien intéressant, le billet de Drillon (outre qu’il commente ma question sur le lecteur d’un seul livre
croit-on! mais pas moi;àh ces manières de dire, comme elles appellent des interprétations!

Janssen J-J dit: à

Quelle position a eu l’idée d’un missionnaire ?…
Excellent !

Jazzi dit: à

La haine est un virus qui détruit toute forme d’amour !
Voir le témoignage de Moses Farrow dans le dernier papier de Jacques Drillon
Moses Farrow

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*