de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

« Père, père, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »

Par Angelo Rinaldi

« Je reste avec vous » peut-on lire sur sa tombe, dans la chapelle de Saint-Blaise-des-Simples, à Milly-la-Forêt. Pari tenu avec le septième tome de son journal posthume où Jean Cocteau jouit de toute la liberté des morts, comme Saint-Simon dans son glacial château du Perche, le derrière rôti par le feu de la cheminée, mais la tête froide. « Claudel, le faux génie ; Giraudoux, le raseur précieux ; Ionesco, le Strindberg des Galeries Lafayette ; Saint-Exupéry, la face sacro-sainte ; le Petit Prince, l’ignoble imbécillité ; Mauriac, nul et sale ; Malraux, illisible. Je suis seul », l’air d’un Atlas qui porte le globe sur ses épaules. Et de nier l’intelligence de Valéry, Léonard de Vinci ravalé au rang d’un informaticien au service d’une chaîne d’épiceries ? Il y a de ça. Quant à Gide, c’est « la vieille professeur de piano ». On n’en finirait pas de ramasser les flèches qui, parfois, ne ratent pas leur cible. Ainsi, de volume en volume, s’exaspèrent une vanité et un désir de gloire, sans doute parce que ses maux, au terme d’une journée qui vaudrait à un garçon de vingt ans un arrêt-maladie pour deux semaines, il les interprète comme un commandement de se hâter. De réclamer ration sur ration d’applaudissements avant que, dans la salle, les spectateurs ne s’en aillent. Mais de quoi a-t-il à se plaindre à ce moment-là ?

Il a tout eu, y compris l’un des plus beaux spécimens de l’espèce masculine, Jean Marais qui lui reste un soutien. Des académies le recrutent, la Française et la Belge, qu’il débine aussitôt qu’il y est entré. Au cinéma et au théâtre, les succès continuent de naître sous ses pas. Le bonnet de docteur honoris causa le coiffe à Oxford. Il s’enorgueillit d’être l’unique citoyen de son pays qui soit invité au mariage d’une princesse d’Angleterre. La Poste commande un timbre au dessinateur qu’il est aussi. Il orne les églises de ses saints qui auraient bien du mérite, s’ils s’animaient, à résister à la tentation. Son arrivée en n’importe quel lieu provoque un attroupement qui flatterait un rocher. Une milliardaire qui se fait un nom sur sa renommée lui assure le gîte et le couvert dans sa villa sur la Côte d’Azur, avec le train de vie qu’elle exige. Plus un yacht qui lève l’ancre pour la moindre promenade. Le facteur lui apporte, chaque matin, des dizaines et des dizaines de lecteurs, et lui de s’en plaindre. Les films élargissent encore son public ; il est fêté jusqu’à l’indigestion quand il voyage en Andalousie, en Suède, en Pologne.

Si l’on excepte Voltaire, Victor Hugo et Zola, et encore dans leur cas comme dans celui de Sartre, la politique s’en est-elle mêlée, faussant la perspective de l’art, agrandissant par ses trompe-l’œil, aucun écrivain n’a été aussi célèbre. En outre, malgré les besognes qui l’accablent mais qu’il recherche en travailleur féroce qu’irrite sa réputation de dilettante, il ne s’est jamais privé de l’usage criminel et délicieux du monde dont parle Pascal. Ce n’est pas assez de cadeaux sous l’arbre de Noël : il veut encore la cravate de la Légion d’honneur, et convoite le titre de Prince des poètes, tombé en désuétude depuis Mallarmé. Il organise de main de maître sa publicité dans Paris-Match pour se plaindre ensuite des approximations de la presse qui le harcèle, ayant oublié l’avertissement d’Oscar Wilde qu’il admire (les défunts ne gênent personne : « Le journalisme est illisible, et la littérature n’est pas lue »). Ce qui sera à jamais exact.

Avec l’âge, ne déraille-t-il pas un peu, Cocteau ? Au degré que le ridicule atteint vers la fin, et qui risquerait d’écarter le lecteur de tant de pages délicieuses où l’éclair a souvent la continuité de l’ampoule électrique à cent watts, on a essayé de comprendre. Voici : Freud, qui ne connaissait rien de l’homme et de l’œuvre, à qui l’on avait montré les dessins du « Potomak », après examen, déclara dans sa barbe de prophète : « Le père de cet homme s’est suicidé ». En quoi, il ne s’est pas trompé.

Au bout du compte, pour sauver l’admiration, il convient sans doute de trouver de ce côté-là, l’explication de l’inexplicable, l’origine de la rouille qui entache le chef d’œuvre. Le suicide de l’un des parents est ressenti avec une violence de tornade par l’enfant qui l’interprète de la sorte : « Comment, je n’étais pas assez intéressant pour qu’il demeure avec moi, et m’accompagne jusqu’au bout ? ». D’où une quête sans frein de la reconnaissance, mais dès lors que ce ne sera jamais celle du père, le mécanisme au tic-tac d’horloge ne s’arrête qu’avec la disparition de l’inconsolé. On en décèle la variante chez Balzac doté d’une mère certes encore vivante mais qui ne l’aimait pas. Il s’est donc tué à la besogne pour lui prouver qu’il était quelqu’un. Dans ce registre, idem pour Baudelaire puisque l’indifférence de la génitrice assassine provoque le même vide que le suicide, le même trou qu’il est impossible de combler. Ajoutons que l’homophobie générale, à l’époque, qui valut à Cocteau des attaques dont on n’imagine plus la bassesse, a sans doute surexcité le goût de la revanche en réplique, et chez l’écrivain si voltairien dans la rapidité, entretenir ce sentiment de persécution qui le pousse à se comparer à Rousseau. La haine que lui vouaient les surréalistes confinait à la monomanie, mais, observait-il avec malice : « Breton a-t-il jamais écrit un seul poème ? »

Si l’on accepte le bien-fondé d’une pareille thèse, qui vaut ce qu’elle vaut, rien n’empêche plus, l’agacement dominé, de s’abandonner au plaisir –aux rires aussi- que procure le Journal, avec son art du portrait, sa grâce toute française dont il a emporté le secret et qui nettoie une époque des lourdeurs « intellectuelles », sa fantaisie, sans compter la perspicacité qui lui fait dire : « Il y a plus de cons que de femmes ». Nous assistons au survol d’un siècle de littérature, aux dernières retombées en feu d’artifice du monde proustien. Au feuilleton de l’amitié avec un monstre puisque Cocteau s’accroche à l’amitié de Picasso qui lui tient lieu de brevet d’avant-garde, de label de modernité. Presque tout rappelle, ici, que Jean-à-la-houppe a livré dans Plain-chant, par-dessus son bric à brac, quelques uns des plus magnifiques vers que, depuis Ronsard, on ait rédigés en français, distançant Apollinaire. Ils justifient, avec deux romans, que sa signature fût toujours accompagnée d’une étoile. Nous en recevons la lumière à mesure qu’elle s’éloigne.

Cocteau, prestidigitateur à cartes Merveille, va bientôt mourir d’un infarctus. Le corps s’exprime : il avait le cœur brisé, et depuis si longtemps…

Angelo Rinaldi,

de l’Académie française.

Jean Cocteau

Le Passé défini, Journal, tome VII, 1960-1961

édition de Pierre Caizergues

624 pages, 36 euros

Gallimard

(« Angelo Rinaldi » photo D.R.; « Jean Cocteau » photo archives LW (?)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire, LE COIN DU CRITIQUE SDF.

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commentaires

69 Réponses pour « Père, père, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »

axonge dit: 18 décembre 2012 à 13 h 45 min

ce latin, un cauchemar informatique que k’ai sans doute surmonté en reprenant , à mes côtés le livre de Pontalis& Gomez Mango , déjà cité, sur freud et les écrivains: et c’est là que j’ai enfin-ne pas désespérer trop vite, donc,- remarqué la citation de Michelet en exergue au chapitre Heine : » Nous lui appartenons par l’admiration et par le coeur »
Michelet n’a pas écrit en accaparant à lui Il nous appartient, mais « nous lui appartenons »

axonge dit: 17 décembre 2012 à 19 h 21 min

Freud , d’ccord , mais il lui est arrivé de n’être pas si grand prophète en littérature
« De Freud « je ne crois pas que l’œuvre de Proust puisse être durable »
encore s’exprimait-i avec modestie « je ne crois pas »
on ne ‘étonne guère ni d’admire ce quasi- réflexe français d’en appeler à Freud au premier soupir ?

C.P. dit: 14 décembre 2012 à 18 h 24 min

D., merci, mais il y a peu de chances que je me couche : la position allongée est prometteuse de douleurs, « ma » cochonnerie de cruralgie (Dexter a connu l’équivalent, je crois) ayant repris, parce qu’à Paris il pleut comme un salaud depuis hier soir..
Cela n’intéresse personne, mais… humeur massacrante, à ne pas trop déverser sur les enfants, etc. DONC, des remèdes, dont l’humour (assez fréquent, au fond) de
Cocteau, à côté du tramadol, à défaut de l’opium. Bah, le 21 n’est pas loin…

C.P. dit: 14 décembre 2012 à 15 h 51 min

Angelo Rinaldi n’avait pas le temps de parler, dans son hommage équilibré, de la fréquentation des musiciens. Elle est bien connue, et je n’y insiste pas.

Mais j’ai eu, juste pour le plaisir, envie de taper de mémoire -pas trop infidèle, je l’espère- ce TRAIN MUSICALde Cocteau, de tons mêlés, en somme à la fois symboliste, précieux et surréalisant, où le jeu des mots (trop formel ?) et les vers impairs allègent certes l’effroi (un peu facilement obsédant ?) des statues chez lui :

 » (Air : « Douze filles dans un pré… »)

Douze statues dans un pré
D’étoffe rouge drapées
Et qui usent de la ruse
En usage sur les frises
Ah Ah
Après chaque assassinat

Enroulement du profil
Sur une bobine à fil
Linges et fausses vaches
Sous de fausses taches

De ces taches empourprées
Douze statues dans un pré
Se dépeignent baignent plaignent
Saignent et me font des signes
Ah Ah
Avec des moignons de bras

Pour celui qui ne sait voir
Le pré a l’air d’un lavoir
Où des filles tuent
Et noient des statues

Regardez ce pré de près
Il vous livre ses secrets
Ciel ces langes et ces linges
D’anges n’étaient que les singes
Ah Ah
Fuyez vite ce pré-là

Linges lynchés ou pendus
Sang des marbres répandu
Sont votre musique
Fils télégraphiques. »

Bonne soirée à tous !

axonge dit: 14 décembre 2012 à 10 h 11 min

correction : les hommes disent De ceux

Ecrirait-on que Freud fut un homme délicieux ?
peut-on dire qu’il a aussi été fait, qu’il est -un présent- parfois un usage criminel de (l’oeuvre de) Freud ?

axonge dit: 14 décembre 2012 à 9 h 43 min

, il ne s’est jamais privé de l’usage criminel et délicieux du monde dont parle Pascal.
souvent led hommes<< disent ceux auprès desquels ils ont étudié longtemps qu'il étaient des homme …délicieux . délicieux et pas exquis
délicieux sans une faute de frappe qui afficherait " délictueux "
ce "et" doit-il s'interpréter ? ainsi délicieux parce que criminel ? comme si d'avoir écrit délicieux faisait pendre conscience de la part criminelle éventuelle dans cet "usage" (mode d'emploi du temps? du monde ?)
bons réveillons avec farces et attrape à toutes les pages!tous les murs

axonge dit: 13 décembre 2012 à 22 h 50 min

l’expression naître pothume pourra être retrouvée aussi ici sur la toile
 »
 » ? Après-demain L’ANTÉCHRIST

ESSAI D’UNE CRITIQUE DU CHRISTIANISME[1]

PRÉFACEseulement m’appartiendra. Quelques-uns naissent posthumes.

axonge dit: 13 décembre 2012 à 22 h 22 min

autre remarque sur la « reconnaissance » qui m’est siggérée en lisant l’annonce d’une récompenses à titre posthume à un musicien : ce n’et pas rare, et je crois que Nietzche avait parlé de naître posthume : ceci pour la naissance à soi « origine » et la mort .

axonge dit: 13 décembre 2012 à 22 h 05 min

ne supportant plus non plus de multiplier les fautes de frappe,et puisque je ne veux pas passer de temps sur ce blog ,
je préfère abandonner ses bienheureux à leur discussions , et leurs espérances, pour mieux cerner les voeux qu’ils pourront formuler pour eux, et pour les autres.
et je leur souhaite de ne pas se couper de toute admiration , que ce soit pour des vivants ou pour des morts, pour de grandes choses, ou pour d’infimes, non pas à première vue, mais si infimes qu’elles sont restées invues jusqu’à ce jour .

axonge dit: 13 décembre 2012 à 21 h 53 min

sur l’admiration

dans son livre Freud avec les écrivains,Pontalis écrit « il n’était pas flatteur, mai il avait un besoin presque enfantin d’admirer .  »
l’admiration procède-t-elle toujours d’un a besoin qui comme tel a sa source dans des questions, de moementsurait de l’enfance ?
qu’edt-ce à dire d’utre que de l’étonnement ? tznt il et vrai que nous n’admirons pas au sens positif tout ce et tous ceux qui nous étonnent, et pas forcément par le « dpectaculaire » .
à ce moment de sa vie, ici rapporté, Freud lui, n’edt plus sujet de l’étonnement : ce sont ceux qui entendent une interprétztion si exactement précise qui en sont étonnés : comment y croire ? Cela ne mène-t-il pas à d’autres croyances sur la sorcière psy, ce qui occupe tant notre temps et ses détectives dans l biographie de freud ?
insister sur l’admiration, c’est quand mêmeune sorte d’acharnement à conserver du puéril , à en désirer mais pour qui ? et pour quoi ? peut-on survivre sans ? puisqu’il est ici question d’un suicide , le sucide n’est il pasaussi un effet d’une perte de tout infantilel sans epérance de retrouvaille possible?
ce qui suscite, pour nous lecteurs d’aujourd’hui, une admiration envieuse ?, c’est que l’interprétztion de Freud ait été si exacte . elle ne nous charme pas, elle nous assommerait presque comme une nouvelle terrible et qu’on ne peut dépasser , et qu’on ne dépasse certainement pas en multipliant des noms d’auteurs ,des marathons ou des performances en nombre -s-.

Anastasistas dit: 13 décembre 2012 à 18 h 09 min

 » Bref c’est ça mais c’est pas ça vraiment. »
P.Assouline
encore plus bref : c’est « presque » en souvenir des gorges de la Nesque , et non
les ânons des prés
bye, la bisoucratie !

C.P. dit: 13 décembre 2012 à 12 h 02 min

TH.D., sans doute avez-vous raison.
Ma réaction, c’est aussi qu’aucun des livres qui m’ont intéressé en France cet automne n’a fait l’objet d’un billet. Et inversement… Mais Pierre Assouline est maître chez lui, bien sûr ! En tout cas, l’article d’Angelo Rinaldi, lui, m’a été un rappel heureux (je laisse la question du père et de la »revanche », que je trouve vague et banale telle qu’elle est évoquée ici, après tout axonge l’a noté), et il y a certainement encore à dire sur « Le Passé défini » et sur Cocteau. Par exemple, des commentateurs attentifs (je le sais) aux dessins de Cocteau, bien après « L’Oiseleur », auraient pu intervenir.

axonge dit: 13 décembre 2012 à 11 h 01 min

une photo avec Cocteau( par Kollar , bien moins connu que Cocteau) et S.Solidor :
suzy solidor was born in 1900 in brittany, france under the name suzanne louise marie marion – she changed her name to suzy solidor when she moved to paris in the 1920s. she was a popular singer who owned the chic nightclub « la vie parisienne ». she became known as the « most painted woman in the world » posing for some of the greatest artists of her time including pablo picasso, man ray, tamara lempicka, georges braque, francis picabia and many others. her only stipulation for the sittings was that she would be given the paintings to hang in her club. she died in 1983 in cagnes-sur-mer.
http://reallifeiselsewhere.blogspot.fr/2010/06/icon-suzy-solidor.html

dubois dit: 13 décembre 2012 à 10 h 53 min

HR, une fois de plus, vous venez tout gâcher. On parlait tranquillement de Cocteau, et voilà que vous déblatérez sur tout et n’importe quoi.

axonge dit: 13 décembre 2012 à 10 h 42 min

un bon plan « scandales » pour relire freud et cherher le père :
 » 100 crimes contre l’art, Karin Müller, préface Jean Lacouture, éditions L’Écailler, novembre 2012″

axonge dit: 13 décembre 2012 à 9 h 50 min

la mise au pas supposé fruedien dans les chaînes de transmission des savoirs
les perfs!
 » les performances en lecture des élèves à la fin de leur quatrième année de scolarité obligatoire – soit le CM1. La France est distancée par la Pologne (526 points), l’Australie (527 points), la Lituanie (528)… loin derrière le « trio gagnant » que constituent Hong Kong (571 points), la Russie et la Finlande (568 points ex-aequo). »

axonge dit: 13 décembre 2012 à 9 h 42 min

lz mise au pas SUPPOSE freudien n’a pas eu des résultats si mirifiqus que l’on soit justifié à s’en féliciter
le monde :Alerte sur le niveau de la France en lecture

Th. D. dit: 13 décembre 2012 à 9 h 35 min

C.P., détrompez-vous, il y a beaucoup de commentaires, au contraire. Une quarantaine de posts en rapport avec le sujet du billet, c’est très rare. Voyez l’article sur Altesse Royale, un exemple parmi tant d’autres : il y a plusieurs centaines d’envois, mais presque aucun ne concerne le roman de Mann.

axonge dit: 13 décembre 2012 à 5 h 07 min

C’est fou ce qu’il est loin sur le clavier le « A » que je rate à tous les coups .
j’ai au moins l’excuse de ne pas avancer publiquement une vision critique d’aucun génie des lettres et des arts .

axonge dit: 13 décembre 2012 à 5 h 01 min

plus je lis des explicitations psychologiques, moins elle me réconcilient avec l’exercice de ommentaire critique enfreudonnant ndont j’ai au loins conscience qu’il devrait lui-même susciter des insights sinon de la qulité , ou du génie delui de freud rapporté ci-dessus, et dont la précision:( père, suicide l) dans le test auquelle père de la sorcière psy a été soumis , comme il l’avait surement subodoré,de même qu’il n’ignorait pas absolument le peu d’estime- et de reconnaissance- qui lui serzit réservé , ni les méprises et jalousies que son oeuvre zutoriserzit, qu’il s’agisse de poètes, d’éducateurs ou de psychanalystes professionnels se réclamant de son nom.

C.P. dit: 12 décembre 2012 à 18 h 55 min

Eh bien, c’est triste, le peu de commentaires pour cet article et pour le JOURNAL de Cocteau, qui valent largement dix « événements littéraires » de l’automne.
Pas de réponses à quelques suggestions (y compris de gevrai chambertain) ? Ni sur la justesse équilibrée de Rinaldi ? Tant pis!

Quant à moi, après avoir daubé comme d’autres sur le « jongleur » et suivi les surréalistes (que j’aime bien) sur une de leurs bêtes noires, j’ai appris avec le temps à trier dans l’inégal d’un décorateur certes médiocre et d’un peintre affligeant (les tableaux de chevalet montrés à la fin du long documentaire sur la villa Santo Sospir), mais aussi d’un poète vivace (je laisse le partage DES héritages d’Apollinaire), d’un bon graphiste de petits formats et de scénographie, d’un humoriste véritable, -à la Jarry-, dans son « Potomak », du romancier des « Enfants terribles », livre remarquable… jusque dans le film de Melville, d’un cinéaste pas du tout dépassé enfin.
Je m’arrête, ce n’est pas grave, mais franchement…

J. S. dit: 12 décembre 2012 à 15 h 40 min

En effet, gevrai chambertain, personne ne semble vous prendre au sérieux, quel que soit le sujet abordé. On se demande pourquoi.

gevrai chambertain dit: 12 décembre 2012 à 10 h 29 min

c’est agréable ici .. on poste un souvenir marquant pour faire honneur au billet, et personne ne vous prend au serieux.

pourtant c’est extrait de la biographie de Cocteau par Claude Arnaud chez Gallimard Biographies NRF P 440 à 442.

J’ai en mémoire en vous lisant un autre pan de la vie de Cocteau à la côte d’Azur que le brillant que vous évoquez, celui des soirées chez Marie – Laure de Noailles, les nuits opiomanes passées au Welcome à dessiner l’Oiseleur son portait aux milles fragments en souvenir de Radiguet.

L’ornementation de chapelle Saint Pierre de Villefranche sur mer ornée de dessins de Cocteau en 1957 sera comme une rédemption rêvée depuis si longtemps de faire entrer à l’église avec les pêcheurs rupestres en céramiques sa vision évangélique simplifiée.

Phil dit: 11 décembre 2012 à 13 h 01 min

Et qu’aurait dit Freud en regardant les dessins du « livre blanc » ..sa mère s’est suicidée ?
Belle et saine époque qui fit de Gide et Cocteau des rivaux de même nature.

pierre dit: 11 décembre 2012 à 11 h 24 min

Chaloux dit: 10 décembre 2012 à 22 h 36 min
Dieu et peut-être Pierre Assouline savent à quel point certains de vos jugements ont pu me heurter, mais en vous lisant et avec vingt-cinq ans de distance, je vois quel amour de la littérature et de la langue sous-tendent le tranchant des verdicts.

>c’est sûr qu’au niveau style et analyse c’est autre chose que les torchons niais et autosatisfaits des inrockuptibles. avec rinaldi on sort du café du commerce et des humeurs aigrelettes pour entrer dans la littérature. on peut prendre du plaisir à ne pas être d’accord avec lui là où avec d’autres on ne ressent qu’au mieux de la pitié amusée devant autant d’indigence contreproductive, mais le plus souvent un mépris revigorant quand, pour évoquer Courteline, un imbécile vous traite d’idiot.

le cordeau d'axonge dit: 11 décembre 2012 à 9 h 22 min

quelques uns des plus magnifiques vers que, depuis Ronsard, on ait rédigés en français, distançant Apollinaire
j’aurais préféré un, un seul de ces vers à cette image de course-s- et de star…. ting blocks

axonge dit: 11 décembre 2012 à 8 h 16 min

avc mes excuses pour la frappe aussi inattentive . L’article de Pontalis est particulièrement intéressant par son souci de préciser les contextes !

axonge dit: 11 décembre 2012 à 8 h 12 min

i ne me emble pas inutile de souigner, au moment où la presse glose sur une disertation sur le suicide dnnée à des adolescents que dans le recueil Freud avec les écrivains, Pontalis revient ur sur Freud avec la Gradiva et formule une hypothèse qu’il essaie de fire confirmer par jensen , et d’en déduire : que Freud s’était comporté « dans la circonstance plus en détective qu’en analyste « 

Simon dit: 11 décembre 2012 à 1 h 26 min

Il est un peu pathétique le Marcel quand il la joue « class action » d’amitiés déçues, mais il faut admettre que cela ne dépare pas le reste.

Helmer dit: 11 décembre 2012 à 0 h 17 min

Remarquable texte qui donne envie de lire à nouveau Cocteau.
Merci Monsieur Angelo Rinaldi, le « prestidigitateur à cartes Merveille », c’est vous!

Chaloux dit: 10 décembre 2012 à 22 h 58 min

« Adieu cher Jean, perdez cette lettre « homme de lettres ». Vous êtes un être admirable mais il faut bien se résoudre à voir que vous n’êtes pas un ami véritable. J’espère que nous n’avons tous été que des candidats, insuffisamment qualifiés à votre amitié. Et que pour que ceux à qui elle échoira dans sa beauté, vous saurez vous retrancher l’affectation d’indifférence à l’égard de ceux que vous aimez qui n’est excusable que chez ceux qui croient que cela peut grandir d’avoir l’air de dédaigner. »
Correspondance de Marcel Proust.
Tome XII
Lettre à Jean Cocteau, juillet 1913.

Chaloux dit: 10 décembre 2012 à 22 h 36 min

Dieu et peut-être Pierre Assouline savent à quel point certains de vos jugements ont pu me heurter, mais en vous lisant et avec vingt-cinq ans de distance, je vois quel amour de la littérature et de la langue sous-tendent le tranchant des verdicts. Je plaisantais il y a quelques jours à propos de votre résurrection ;j’ai l’impression après vous avoir lu de retrouver tout un Paris, celui où l’on croisait Gracq et Green dans les rues, celui d’avant le fantastique plongeon dans le néant du milieu des années 80. J’espère vous lire souvent.
Quant à Cocteau, c’est peut-être le plus grand avaleur de couleuvres de notre littérature. On ne peut pas lui en vouloir d’avoir relevé la tête dans le secret de son Journal.

Libéro dit: 10 décembre 2012 à 21 h 41 min

Merci, Monsieur Rinaldi, de venir à nouveau nous parler de littérature. Grâce soit rendue à Passou de nous permettre, ainsi, de renouer avec un fou de notre si belle langue. (Ma fille me rappelle que je lui avais expliqué le mot “cadastre” parce que, lui apprenant alors à lire, je lui avais fait mémoriser quelques phrases des Roses de Pline : “ Nous avions tous les trois marché en silence le long de la berge du torrent, et dépassé le plateau à partir duquel il y avait des étendues de terrains qui figuraient encore sur les registres du cadastre…”) Quant à moi, la fin de ce passage me fait encore venir les larmes aux yeux. Restez avec nous Monsieur Rinaldi.

Jacques Barozzi dit: 10 décembre 2012 à 18 h 22 min

Bravo, Angelo Rinaldi, ce papier c’est de la haute voltige de funambule marchant sans défaillir sur un fil tendu aux deux bouts par Cocteau et Genet. Académicien-SDF, ça vous réussit plutôt bien. A bientôt pour d’autres anges !

C.P. dit: 10 décembre 2012 à 17 h 53 min

gevrai chambertain, la guerre, entre Breton en tout cas (assisté de Tzara) et Cocteau se poursuit en 1959, à l’occasion de l’inauguration du monument (Picasso) de Guillaume Apollinaire dans le square de Saint-Germain-des-Prés. Ah, les « héritages » ! Cela dit, je trouve assez émouvant que Cocteau ait enregistré en 1963, l’année de sa mort, douze poèmes d’Apollinaire. Il est vrai que ce dernier avait pris soin de ne pas mettre ses oeufs dans le même panier.

Bécam Joël dit: 10 décembre 2012 à 14 h 36 min

 » Je reste avec vous  » : dans le sens,  » Je ne vous abandonne pas « , bien sûr ; mais aussi, et peut-être même surtout,  » Je reste avec vous, car je vous aime « .

C.P. dit: 10 décembre 2012 à 14 h 25 min

Merci pour cet article. Il ne dit pas grand’chose de l’oeuvre graphique (je ne dis pas décorative et peinte) de Cocteau, très intéressante et sur laquelle bouguereau et renato seront en accord avec moi, je crois. Elle est très bien représentée au nouveau musée de Menton.

Et puis, un des poèmes de PLAIN-CHANT que je préfère :

« Mauvaise compagne, espèce de morte,
De quels corridors,
De quels corridors pousses-tu la porte,
Dès que tu t’endors ?

Je te vois quitter ta figure close,
Bien fermée à clé,
Ne laissant ici plus la moindre chose,
Que ton chef bouclé.

Je baise ta joue et serre tes membres,
Mais tu sors de toi,
Sans faire de bruit, comme d’une chambre
On sort par le toit.

Lit d’amour, faites halte. Et sous cette ombre haute,
Reposons-nous : parlons ; laissons là-bas, au bout,
Nos pieds sages, chevaux endormis côte à côte,
Et quelquefois mettant l’un sur l’autre le cou.

Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort ;
Ton rêve est une Egypte et toi c’est la momie
Avec son masque d’or.

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage,
Les siècles et les mers ;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers. »

gevrai chambertain dit: 10 décembre 2012 à 13 h 38 min

c’est une résurrection ?

à propos de la guerre entre cocteau et les surréalistes, un sommet fut atteint je crois lors de la première de la voix humaine après l’échec critique retentissant d’Orphée, soliloque téléphonique de trois quart d’heure , une éternité, où l’actrice n’ayant pour tout partenaire qu’un téléphone en bakélite avec lequel elle essaye de joindre éplorée son ex- amant fut chahuté à la générale
par un homme en chapeau brandissant du papier journal et hurlant « assez assez c’est obscène « ! relayé par un lieutenant au balcon scandant « merde, merde, merde ».
Le parterre d’enflamme, un comédien du français fait la noce au chapeau d’Eluard, les lorgnons volent, ces dames effarées poussent des cris d’orfraie, Eisentein qui lui avait refilé un carton d’invitation se barre en coulisse, la lumière se fait brutale dans la salle !

Eluard, cerné de toute part par les spectateurs réclamant son expulsion, cramé au cou par une cigarette, dépouillé de sa veste. Cocteau voulant éviter un inélégant lynchage public vient « délivrer » Eluard immobile sous les insultes.

L’actrice reprend son texte d’une voix monocorde empreinte de sanglots sous une rafale d’applaudissements.

Confrontation « entre hommes » dans le bureau exige Eluard, avant de lancer « je finirais bien par vous tuer : vous me dégoûtez ! »

Pendant la de la représentation, de téléphone sonne chez la mère de Cocteau annonçant sans ménagement son décès dans un accident de voiture. Simultanément des appels anonymes chez Anna de Noailles, Picasso et Gide ..
Cocteau se serait suicidé dans un bar ..

Pendant ce temps Cocteau au foyer de la Comédie Française savoure son succès.

Giovanni Sant'Angelo dit: 10 décembre 2012 à 13 h 16 min


…pour que l’orphelin,…soit plus rentable par sa naïveté,…sa candeur,…son sans de la démesure à l’état,…
…& comme fit un certain Taylord en Angleterre,…puisque les ouvriers veulent de meilleures conditions de travail,…nous n’emploierons dorénavant que des  » enfants » dans les mines,…
…l’état reste à mes yeux le responsable de tout,…vive l’Utopie,…au lieu de faire du pauvre & d’esprit,…
…etc,…

axonge dit: 10 décembre 2012 à 12 h 47 min

Père , ne vois-tu pas ce brûlot de voyelles ,
au choix
1)ΣΩΖΕΙΝ ΤΑ ΦΑΙΝΟΜΕΝΑ (cf Pierre Duhemsur la toile)
2)Père, ne vois-tu pas que je brûle ». C’est à propos d’un rêve, de ce rêve particulier rapporté par Freud, que Lacan opère, dans le séminaire Xl, les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, un virage par rapport à Freud et comme souvent par un effet de traduction : le Vorstellungs reprasentänz devient le tenant lieu de la représentation.

axonge dit: 10 décembre 2012 à 11 h 41 min

Merci, P.Assouine .
Pour ce qui est de l’admiration que des lecteurs resssentent ce n’est quand même pas toujours un « phénomène*.de société …de cons en temps réels
*( sôzein ta phainomena)

revue de presse dit: 10 décembre 2012 à 11 h 19 min

vitrier se pochetronne au chambertin… odralec dort… Bloom attend son curry… tkt cherche le téléphone de dédé…

AC dit: 9 décembre 2012 à 23 h 59 min

Monsieur,je vous dois des lectures inoubliables:Jean Rhys,Gombrowicz,Satta sont les premiers noms qui me viennent à l’esprit.
Avec toute ma gratitude.

axonge dit: 9 décembre 2012 à 23 h 20 min

qui a choisi le titre du billet avec la substituion d’un vouvoiement au tutoiement habituel dans la traduction du verset biblique ?

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