de Pierre Assouline

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La République des livres
« Proust sioniste » ou Sion proustien ?

« Proust sioniste » ou Sion proustien ?

« Les temps changent… » Jamais jusqu’à la crise que nous vivons Antoine Compagnon n’aurait imaginé qu’un jour il en viendrait à rendre public son prochain livre chapitre par chapitre, en ligne et gratuitement. Ce ne sont pas ses fidèles auditeurs parisiens du prestigieux Collège de France (à côté de la Sorbonne où il professa, en face du « Vieux Campeur » où il s’équipa) qui s’en plaindront, qu’ils soient étudiants, chercheurs, retraités ou simples lecteurs mus par leur seule curiosité intellectuelle. Depuis quatorze ans qu’il y est titulaire de la chaire  « Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie », austère intitulé qui aurait pu en faire fuir plus d’un, Antoine Compagnon s’y produit chaque mardi après-midi à guichets fermés. Pourtant, discret jusqu’à la neutralité érigée en principe d’enseignement, il n’a rien d’une bête de scène.

Ces dernières années, il n’en pas moins rempli systématiquement le grand amphithéâtre ; beaucoup s’y pressaient une ou deux heures avant pour être sûrs d’avoir un siège, ainsi que dans ses « déversoirs », annexes qui permettent de suivre en direct sur des écrans vidéo ; il y parlait de Proust, sa spécialité, mais aussi de Baudelaire, de la guerre littéraire ou encore des fins de carrière en littérature. Quelque 800 personnes en tout sans compter les milliers d’autres qui le suivent en ligne sur le site du Collège. Un succès des plus rares dans cette enceinte, partagé par Anne Cheng lorsqu’elle y enseigne la réévaluation de Confucius et l’histoire intellectuelle de la Chine, et par Thomas Römer pour son cours sur les « Milieux bibliques ».

On s’en doute, depuis que le confinement est de rigueur et que les cours et conférences ont été annulés, le site du Collège de France a explosé. La demande a été telle qu’il a fallu demander un élargissement de la bande passante. Loin de décourager Antoine Compagnon, la situation l’a au contraire poussé à reprendre un projet de recherche lancé il y a plusieurs années : initialement intitulé « Jeunes juifs lecteurs de Proust », il a été depuis rebaptisé « Proust sioniste ». Ce qui claque presque comme une provocation tant l’adjectif est devenu chargé sinon explosif – et sa polysémie propice aux malentendus. Dans certains milieux et sous certaines plumes, il a même glissé du statut d’opinion à celui d’injure.

Si les Juifs, le judaïsme et l’antisémitisme sont bien présents dans l’ensemble des écrits de Proust, notamment à travers l’affaire Dreyfus, on y chercherait en vain la moindre évocation du sionisme. De quoi peut-il donc bien s’agit sous l’intitulé « Proust sioniste » ? L’historien de la littérature a donc exploré les revues sionistes, orientées vers l’émigration juive en Palestine, publiées en France dans les années 20 dans l’élan à eux donné par la déclaration Balfour en 1917, et pas seulement les revues israélites représentatives d’un judaïsme plus assimilé à la société française.

Cette étude lui a révélé comment de jeunes activistes politiques instrumentalisaient la réussite du lauréat du prix Goncourt 1919 (sa mère était née Jeanne Weil) au nom de la fierté juive ; ils lisaient A la recherche du temps perdu comme un parcours du retour à Israël ; quand les israélites français avaient négligé Proust (de même que les universitaires dans leur ensemble, laissant longtemps le travail aux critiques, aux écrivains et aux mémorialistes), eux en avaient fait un vecteur de propagande au service de ce qu’ils tenaient pour « un nouvel universalisme » destiné à prendre le relais du prophétisme juif ; cet usage de l’écrivain et de son œuvre qui s’interrompit dans les années 30. N’empêche qu’à lire l’enquête très fouillée de Compagnon, on se demande si, plutôt que l’intituler « Proust sioniste », il n’eut pas été plus exact, mais certes moins public, de la présenter comme « Sion proustien »… Qu’il s’agisse des Juifs, des israélites ou des sionistes, il y a là un recueil remarquable de choses lues sur la réception de la Recherche dans ces milieux.

« Personne n’avait fait ce travail avant et si je m’y suis mis, c’est aussi en contrecoup à un air du temps appuyé sur certaines publications qui tendent à faire de Proust un antisémite ! » explique Antoine Compagnon, reconnaissant que son titre « Proust sioniste » lui est venu en réaction à l’essai d’Alessandro Piperno Proust antijuif et à d’autres de la même encre. C’est peu dire qu’il s’inscrit en faux contre ceux qui dénoncent aujourd’hui le traitement par l’auteur de la Recherche de ses personnages juifs (Albert Bloch, Charles Swann, Nissim Bernard, Rachel-quand-du-seigneur) ou se scandalisent d’un passage bien connu de Sodome et Gomorrhe I la comparaison des invertis et des juifs ou de la non moins fameuse page de Sodome et Gomorrhe II sur la transformation de Swann sous le coup de la maladie et de l’affaire Dreyfus.

Huit chapitres de ce nouveau livre sont donc mis en ligne depuis le début du confinement à raison d’un par semaine :

  1. Ultima verba
  2. Menorah
  3. Une question oiseuse ?
  4. « Le même degré d’hérédité que Montaigne
  5. La Revue juive
  6. Le style du rabbin
  7. Se faire un trou dans la bourgeoisie française

Leur lecture en est passionnante car la moisson est riche et son exposé, dense. La décision lui a été dictée par l’événement. Il l’a tweetée ce qui a aussitôt drainé vers le site du Collège de France tant ses habituels auditeurs, surpris et comblés, d’autant que la nécessité l’a poussé à illustrer son texte par des photos, des documents et des reproductions de ces fameuses revues, ce qui ajoute à l’aspect foisonnant de cette étude : « Au fond, je me retrouve dans la situation des feuilletonistes de la fin du XIXème siècle » dit-il, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Le couperet de la retraite est fixé à 70 ans au Collège de France depuis 1936. On imagine sans peine que, dans le cas contraire, ce travail sur Proust y aurait fait la matière d’un prochain séminaire ; au lieu de quoi on se contentera de le lire en ligne ou d’attendre sa publication l’an prochain chez Gallimard sous la houlette de Pierre Nora.

Pour continuer à suivre ses cours à la rentrée, il faudra donc désormais se déplacer à Columbia University où l’on ne disqualifie pas un esprit en fonction de son âge. Heureux newyorkais qui feront bientôt leur miel de ses analyses sur Montaigne et Rabelais. Sur ce plan là, chez nous, les temps ne changent pas.

(« Marcel Proust guitariste en 1892 aux pieds de Jeanne Pouquet au court de tennis du boulevard Bineau à Neuilly » photo D.R.: « Jeanne Proust aux réflecteurs » photographiée par Nadar ; « Conférence d’Albert Cohen »)

Cette entrée a été publiée dans Histoire Littéraire.

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commentaires

1 619 Réponses pour « Proust sioniste » ou Sion proustien ?

B dit: à

Apres Christiane, de nouveau Clopine en ligne de mire, décidément, vous semblez avoir besoin d’une victime pour donner libre cours à votre sadisme ordinaire. Si seulement , cela servait à vous équilibrer. Hélas , je crains que non, des cases en plus, une case en moins.

B dit: à

Croupissez brillamment dans votre jus piteux. (Correction.) Cher petit toutou à ses Memères hypocrites et versatiles du moments que ça paie. ( AJOUT)

B dit: à

Chaloux, votre reponse n’amenuise en rien le dégoût que vous inspirez, je ne pense pas à être seule à le ressentir, continuez ainsi, la réussite ne va pas de paire avec la morale. Vous êtes aussi en outre de vos indéniables et incommensurable qualités . Pourri de la pire espece, de celle qui s’ignore, vous nieriez le nez dans votre merde qu’elle ne vous appartient pas. Recrutez, cher, parmi celles et ceux qui vous vont comme comme une paire de gants, vous m’amusez autant que m’inspirez un dégoût et une colère rarement ressentis jusqu’à vous. Je crains qu’aucun traitement ne puisse vous guérir vous et les psychopathes ou et pervers qui vous tiennent compagnie, pauvres tarés dont je tairai les caractéristiques connaissant votre propension aux menaces, à la procédure et à l’agression qu’elle soit verbale ou physique. Paierez dans votre jus piteuse et votre supériorité d’opérette accompagnée de vos groupies aussi spirituelles que leur modèle vénéré et vénérien. Bien à vous, cher connard.

Chaloux dit: à

Béret naïce, vous vous êtes encore trompée en comptant vos gouttes. Cette légère overdose vos rend extrêmement conventionnelle.

B dit: à

D3s amitiés au long cours. Votre compromission,delisquescent et transgressif, tartuffes savamment habillés, j’en oublie à la correction.

B dit: à

Chaloux dit: à
Pour le moment, au parking de la gare où je vais récupérer mon tank…

Votre Panzer, si fin si fait. Pauvre Choux, l’expoité et jouet de sa propre obsession de vieux vieillissant en quête d’excitation quoi qu’il lui en coûte , mâtiné d’une certaine dose de naïveté aveugle éblouie par certaines caractéristiques qui ne manquent pas de naufrager une espèce d’intelligence mené qu’il est par son extrémité phallique. Mauvaise langue, escroc, voleur, menteur, malhonnête, sadique, sans foi ni loi. Avidas dollars. Mais cultivé, fils de bonne famille à l’esprit supérieur , virtuose à qui sait l’entendre, mélomane averti. Résultat,
Se laisse mener par le bout de sa queue. Je vous confie que je n’y vois rien de glorieux, de respectable, l’aimable ni d’admirable. Sans faire allusion à ce passé qui nous lie et que vous niez, et pour cause, notre compromission avec des gens de votre espèce Finit de me dégoûter, des aux longs cours. Restez donc dans votre milieu déliquescence et transgression, aussi manipulateur que vous même et qui pour la parade littéraire ne renonce à aucune des bassesses qui vous occupent aussi. Bandes de tartufferie sauvagement habillés quand ils ne sont pas couverts par des concupiscence de toutes nationalités et criminelles.

renato dit: à

Affinez Jacques, affinez.

et alii dit: à

? A review and reconsideration of the debate, » was published in the journal Global Chinese.

The article analyses the language practices, language ideologies and language planning surrounding the Chinese writing system, as well as the characteristics of contemporary global English, to show that Chinese could one day become a global language.

Dr Gil presents four arguments to support the possibility of Chinese one day becoming a global language.

Firstly, he emphasises that universal literacy is not required for global language status.

« There is a flawed assumption that all learners of Chinese must learn to read and write to a native-like level — although this does not reflect the global use of English. People learn as much English as is required for their purposes, and the same would apply if Chinese was a global language. »

Dr Gil notes that computers and mobile phones can now convert Pinyin Romanisation (the Chinese phonetic alphabet) into characters, meaning that learners of the language need only learn Pinyin and character recognition, which saves considerable time and effort in regularly communicating in Chinese.

Dr Gil also points to Chinese having previously been a commonly used in other countries.

« There is a historical precedent for the adoption of characters outside of China, with a long-standing use of written Chinese for scholarly and official purposes in Korea, Japan and Vietnam, » he says. « This occurred due to China’s status as the most powerful country in the region, if not the world, and demonstrates that people in any country will learn and use characters if there is sufficient reason to do so. »

et alii dit: à

With the continuing rise of China as a global economic and trading power, there is no barrier to prevent Chinese from becoming a global language like English, according to Flinders University academic Dr Jeffrey Gil.

Jazzi dit: à

« A qui faut-il faire un dessin ? »

Tu crois qu’elle a couché avec X, Chaloux ?
Mais qui c’est encore ce X-ci ?

Chaloux dit: à

Pour le moment, au parking de la gare où je vais récupérer mon tank…

Jazzi dit: à

« je n’insulte jamais en premier. »

Ce ton de charretier ne vous sied pas, renato.
Ne vous laissez pas contaminé par le coronachaloux.
C’est que c’est une sacrée saloperie que ce virus là !!!

Jazzi dit: à

Pourquoi ce mépris pour les parvenus, renato !
Le parvenu est celui qui a réussi à s’élever dans l’échelle sociale.
Où est le mal ?

Quant à Chaloux, on ne sait pas trop bien à quoi il est parvenu…

Chaloux dit: à

Accessoirement, la Totopine, je t’em… La prochaine fois que je visiterai ton bordel tu n’auras pas de pourboire, mais j’espère que cette fois-ci ton tablier sera propre, et que tu n’auras pas la goutte au nez ni les yeux trop chassieux. Toujours désagréable pour les autres.
Toi, tu en as, du style, c’est évident : celui du parfait crétin, comme il y avait autrefois le parfait secrétaire, que je te laisse bien volontiers.

renato dit: à

Pour incroyable que cela puisse vous paraître, Marie, je sais pourquoi ce n’est pas de la littérature : lu trois pages et remis l’objet sur la table de la librairie où, acteur du Goncourt, il se donnait en spectacle.

renato dit: à

Le Chaloupine ne sait pas conclure, il manque de style et de savoir vivre, comme il est juste qu’il soit pour un parvenu.

Chaloux dit: à

La Totopine, tu racontes n’importe quoi, comme d’habitude. Mais il faut que tu le comprennes, je ne peux pas m’occuper de toi à plein temps. Trouve-toi une nurse.
Quant à Adorno and co, merci je connais mais ce n’est pas du tout la question. L’immense pan de culture qui te manque multiplie pour toi les angles morts.
Pour le reste, pauvre vieille bique, je ne te calomnie pas mais m’en tiens à ce que tu dis. C’est bien plus drôle ainsi. Tu devrais aussi t’en tenir là.

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