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La République des livres
Barbarie des « Misérables »

Barbarie des « Misérables »

Par Roméo Fratti

roméo-1Dans l’Antiquité, le terme ‘barbare’ est utilisé par les Grecs, puis par les Romains. Le barbaros ou barbarus désigne alors l’étranger, celui qui se situe à l’extérieur de la civilisation, entendue comme société ou communauté aux mœurs civilisées. Cet attribut de la barbarie implique, par définition, une exclusion, une non-participation à la vie politique. Or, dans Les Misérables, certains personnages se situent d’emblée ou se retrouvent dans un état de marginalisation. C’est le cas notamment de Thénardier, figure du ‘mauvais pauvre’, dont les actes sont en net contraste avec les mœurs a priori policées de la société ; de Fantine, que la prostitution désintègre progressivement de la communauté politique et, bien entendu, de Jean Valjean, constamment menacé d’exclusion de la société par la loi humaine. Celle-ci, incarnée par l’inspecteur de police Javert, ne peut être conçue comme une force malfaisante dont la volonté première est d’agir au détriment de l’autre.

Toutefois, intransigeant et sans scrupules, Javert se fait barbare malgré lui : cette dernière considération conduit à préciser la valeur de la barbarie, qui recouvre inévitablement des actions cruelles et destructrices : elle désigne un recul, un décalage par rapport au raffinement des mœurs de la civilisation. Il semblerait que cet état de régression passe par un étouffement de la conscience et de la faculté de juger, lui-même dû à un défaut d’instruction ; cette instruction qui a précisément pour objectif de polir l’esprit, de l’éveiller, de le civiliser, et à laquelle les démunis n’ont pas accès jusqu’à l’institution de l’école gratuite, laïque et obligatoire en 1880.

C’est donc dans la misère matérielle et intellectuelle que la barbarie trouve son terreau nourricier. Et c’est bien sur ce lien intrinsèque entre pauvreté et barbarie que se fonde le constat de Victor Hugo dans Les Misérables, pour réfléchir sur une société institutionnalisée qui engendre la barbarie, alors qu’elle prétend la freiner, la juguler. Cette société est-elle en mesure de réguler la barbarie qu’elle contribue à alimenter ?

Le couple Thénardier est caractérisé par un accroissement de son état de barbarie tout au long du roman. Cependant, à cette montée progressive de la barbarie correspond une descente radicale de la famille dans la misère matérielle. Les Thénardier finissent par connaître le sort sinistre qu’ils avaient réservé à Fantine et à Cosette. Alors qu’à la gargote Cosette enviait les deux filles Thénardier toujours bien vêtues, ce sont à présent les deux sœurs devenues « Jondrette » qui jalousent la beauté et l’élégance de Cosette :

« La Jondrette aînée s’était retirée derrière la porte et regardait d’un œil sombre ce chapeau de velours, cette mante de soie, et ce charmant visage heureux. »

L’évolution de la mère Thénardier peut rappeler celle de Fantine ; elle n’est vêtue en effet :

« (…) que d’une chemise et d’un jupon de tricot rapiécé avec des morceaux de vieux draps. »

Gavroche Leading a Demonstration, illustration from 'Les Miserables' by Victor Hugo (oil on canvas) (b/w photo) by Jeanniot, Pierre Georges (1848-1934) oil on canvas Bibliotheque Nationale, Paris, France Lauros / Giraudon French, out of copyright

Après avoir elle-même connu le dénuement et le froid, la mère Thénardier, arrêtée dans le galetas, finit par mourir en prison. Les barbares semblent, en quelque sorte, rattrapés par le malheur qu’ils créent. Décimés et disséminés, les Thénardier disparaissent dans l’obscurité de leur sauvagerie, sans éprouver un seul remords, à la différence de Javert, qui meurt dans la conscience du mal qu’il a fait.

C’est bien cette lueur de la repentance qui creuse le fossé entre la barbarie des Thénardier et celle de Javert. En se suicidant, le policier reconnaît la faillibilité de cette loi humaine qu’il a toujours servie, il réalise que l’inflexibilité qu’il a mise au service de l’autorité est peut-être erronée, qu’elle a peut-être créé de cruelles injustices. Sauvé par Jean Valjean, Javert ne peut se résoudre, dans la Cinquième partie, à arrêter ce forçat auquel il doit la vie. Il est bien forcé de reconnaître qu’il y a de la bonté et des vertus civiques à l’intérieur de ce barbare qui a volé et qui a passé plusieurs années de sa vie enfermé au bagne :

« Un malfaiteur bienfaisant, un forçat compatissant, doux, secourable, clément, rendant le bien pour le mal, rendant le pardon pour la haine, préférant la pitié à la vengeance, sauvant celui qui l’a frappé, agenouillé sur le haut de la vertu, plus voisin de l’ange que de l’homme, Javert était contraint de s’avouer que ce monstre existait. »

C’est dans l’obscurité de la nuit que Javert trouve la lumière, cette vérité monstrueuse, qu’il est contraint d’accepter sans pouvoir la supporter. Javert reconnaît l’injustice de sa barbarie ; il sauve ainsi son âme, mais au prix de sa chute professionnelle et de sa disparition sociale. L’ombre est, par conséquent, un moment propice à la réflexion, à l’éveil de l’esprit. Cet éveil de l’esprit n’est-il pas le premier par vers l’étouffement de la barbarie ?

Dans la Première partie, Jean Valjean, barbarisé par la pauvreté et le bagne, s’apprête à commettre un crime chez Mgr Bienvenu, la seule personne qui tolère sa présence et lui accorde sa confiance. L’évêque endormi apparaît comme un être sanctifié, divinisé : son visage, en contraste avec la pénombre de la pièce, est baigné de clarté lunaire :

« Au moment où Jean Valjean s’arrêta en face du lit, ce nuage se déchira, comme s’il eût fait exprès, et un rayon de lune, traversant la longue fenêtre, vint éclairer subitement le visage pâle de l’évêque. (…) Il y avait sur son front l’inexprimable réverbération d’une lumière qu’on ne voyait pas. »

La figure de l’évêque se fait métaphore de la loi divine, qui s’oppose à la loi humaine. Avant de condamner moralement, cet homme, plus proche du divin que de l’humain, veut aider les âmes obscurcies. Mgr Bienvenu Myriel appelle Jean Valjean « monsieur » : il reconnaît ainsi sa dignité humaine et sa place dans la société. Il instaure un rapport d’égal à égal en l’appelant « mon frère ». Coupable du vol de l’argenterie, Jean Valjean est disculpé par l’évêque qui le délivre des gendarmes grâce au mensonge :

« Ah ! vous voilà ! s’écria-t-il en regardant Jean Valjean. Je suis aise de vous voir. Eh bien mais ! je vous avais donné les chandeliers aussi, qui sont en argent comme le reste et dont vous pourrez bien avoir deux cents francs. Pourquoi ne les avez-vous pas emportés avec vos couverts ? »

Ce mensonge est un acte de charité par lequel l’évêque rachète l’âme de l’ancien forçat. Il lui tient le discours qui suit :

« Jean Valjean, mon frère ; vous n’appartenez plus au mal mais au bien. C’est votre âme que je vous achète ; je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition et je la donne à Dieu. »

La bonté et la générosité de l’évêque permettent à Jean Valjean de grandir spirituellement. En témoigne le passage où l’ancien forçat refuse de rendre à Petit-Gervais sa pièce de quarante sous en gardant son pied dessus. Peu après la fuite de l’enfant, Jean Valjean se met à pleurer pour la première fois depuis dix-neuf ans et crie : « Je suis un misérable ! » : cette « bête qui, par habitude et par instinct avait stupidement posé le pied sur cet argent » prend subitement conscience de la noirceur de son âme et découvre la repentance. La lumière de la conscience est bel et bien en train de freiner la noirceur de la barbarie. Mais cet éveil de la conscience morale ne fait jamais que contrebalancer une « incurable noirceur » qui demeure enfouie au plus profond du moi.

 couv-du-livreLa barbarie reste latente chez Jean Valjean. Après avoir éprouvé un sentiment de haine féroce et destructrice envers une société qui lui a ôté sa famille et qui l’a enfermé, l’ancien forçat redécouvre la bestialité enfouie en lui lorsqu’un individu, Marius lui apparaît comme un homme pouvant lui ôter sa Cosette : lorsqu’il apprend que l’amour unit Marius à Cosette, Jean Valjean ne parvient pas à supporter l’idée qu’un autre soit aimé de sa fille. Il perçoit alors en lui-même « un spectre, la Haine. » Lorsqu’il apprend que Marius se meurt, il pousse « un affreux cri de joie intérieure. » Ces pensées accompagnent le resurgissement de la part obscure de Jean Valjean, elles attestent de ses oscillations permanentes entre la barbarie instinctive et la rationalité éveillée vraisemblablement par sa première rencontre ‘spirituelle’ avec l’évêque. Néanmoins, ces sentiments sauvages sont intrinsèquement liés à l’amour profond et sincère d’un père qui craint de perdre tout ce qu’il possède de plus cher. La haine de Jean Valjean est humaine et peut être raisonnablement comprise par le lecteur.

 La barbarie irréductible mais humaine de Jean Valjean s’oppose à l’ « irrémédiable » barbarie de Thénardier. Tout semble indiquer que ce dernier demeure, jusqu’à la fin, un homme qui fait de la malveillance sa raison d’exister, en attendant de retourner dans l’enfer d’où il est sorti :

« Satan devait par moments s’accroupir dans quelque coin du bouge où vivait Thénardier et rêver devant ce chef-d’œuvre hideux. »

Thénardier échappe à la destruction de sa famille : il symbolise en cela un mal inhérent à l’être humain, qu’on ne peut effacer. Il part pour l’Amérique où il se fait « négrier ». Jusqu’à la fin de son existence Thénardier considèrera l’autre comme un ‘moyen’ dont il faut se ‘servir’. La conclusion du romancier quant à Thénardier est irrévocable :

« Il existe des âmes écrevisses reculant continuellement vers les ténèbres, rétrogradant dans la vie plutôt qu’elles n’y avancent, employant l’expérience à augmenter leur difformité, empirant sans cesse, s’empreignant de plus en plus d’une noirceur croissante. »

Le jugement de Victor Hugo est limpide et désenchanté : plus une civilisation est rigide, plus elle s’avère incapable de satisfaire les besoins des hommes qui la composent et plus elle suscite de cruauté en retour. Le roman Les Misérables s’interroge sur l’oppression et la violence qui rongent les sociétés de l’intérieur et empêchent d’accéder à la phronesis, la faculté de penser dont parle Aristote dans son Éthique à Nicomaque. Hugo reconnaît l’omniprésence et la force de la barbarie dans les communautés humaines ; c’est pour cela qu’il fait de « l’abolition de la misère », redoutable matrice de la barbarie, son principal combat ; il mène « une interminable guerre contre la guillotine qui tue, le bagne qui détruit, la prison qui corrompt. »

ROMEO FRATTI

 (Photos « Roméo Fratti », « Gavroche à la tête d’une manifestation, illustration des « Miserables’ de Victor Hugo,  Pierre Georges (1848-1934)

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commentaires

14 Réponses pour Barbarie des « Misérables »

la vie dans les bois dit: à

« Dans l’Antiquité, le terme ‘barbare’ est utilisé par les Grecs, puis par les Romains. Le barbaros ou barbarus désigne alors l’étranger, celui qui se situe à l’extérieur de la civilisation, entendue comme société ou communauté aux mœurs civilisées. »

Mais les Invasions Barbares, sont historiquement la colonisation par des tribus du Nord de l’Europe, en avancée dans la ditection S/SO. Premiers réfugiés climatiques, en quelque sorte.
Clovis et les Francs, par exemple, n’étaient pas du tout des  » marginaux »

Je vais lire votre chronique.

la vie dans les bois dit: à

ah mais Monsieur Fratti, je ne puis qu’agréer: javert est un barbare. Je vais me servir de cette expression très très vite, I mean.
Mais pire : un pervers, un vicieux de la police des moeurs.

Widergänger dit: à

Aujourd’hui, nombre de « barbares » sont surdiplomés ! V.H. peut aller se rhabiller…

Les responsables nazis à la conférence de Wannsee qui décida du sort des Juifs en Europe étaient en grande majorité des docteurs en droit et ds gens extrêmement cultivés et raffinés qui goûtaient comme Heydrich la grande musique et étaient issus comme lui d’une excellente famille bourgeoise et cultivée.

Les barbares du XXè et du XXIè siècle ont largement balayé les misérables clichés de V. H. .

Il faut réviser vos barbares, cher monsieur !

la vie dans les bois dit: à

@Aujourd’hui, nombre de « barbares » sont surdiplomés ! V.H. peut aller se rhabiller…

Bien sûr, bien sûr, dans cet adoration de l’abjection, et du détournement sémantique, Victor Hugo trouve son maître.

A la fin de la chronique, et de la liste des « combats « contre », contre les injustices et l’oppression, je poursuis, je persiste et je résiste: détermination à promouvoir l’éducation, pour éteindre la misère et l’ignorance.

Jean dit: à

Le terme de « barbare » est, à l’origine, directement corrélé à la langue. Le mot grec « barbaros » désigne celui dont on ne comprend pas la langue. « Barbaros » n’est pas autre chose, en effet, qu’une onomatopée. Le barbare, c’est celui qui « baragouine » (c’est le cas d’employer ce mot) un sabir dont on ne comprend pas le sens et qui évoque les émissions vocales des animaux. Les Thénardier — lui surtout — sont très loin , à cet égard, d’être des barbares.

Jean dit: à

Hugo lui-même emploie-t-il les « mots » barbare » et « barbarie » à propos de Jean-Valjean, des forçats, des Thénardier ou des misérables en général ? J’en doute personnellement. Depuis les crimes nazis, la notion de « barbarie » a retrouvé une actualité, et un contenu. Etre un misérable, au sens où l’entend Hugo, ce n’est pas être un barbare, au sens où nous l’entendons.

la vie dans les bois dit: à

@ »Hugo lui-même emploie-t-il les « mots » barbare » et « barbarie » à propos de Jean-Valjean, des forçats, des Thénardier ou des misérables en général ? »

Non, pas une fois.
Aristote aussi, c’est une erreur de casting…

« Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »
Hugo, Les Misérables.

Jean dit: à

 » Le barbare, écrit Claude Lévi-Strauss dans « Race et histoire » (ouvrage publié peu après 1945), c’est d’abord celui qui croit à la barbarie « . Cette assertion m’a longtemps étonné. Certes, elle s’éclaire par les intentions de l’auteur dans l’ouvrage (dénoncer, notamment, le complexe de supériorité des Occidentaux). Nous utilisons couramment les termes de « barbare » et de « barbarie » pour dénoncer les crimes nazis, les actes de cruauté gratuite sur les humains et les animaux, les assassinats terroristes. Cependant, ces termes suggèrent que ceux qui agissent ainsi s’excluent du genre humain pour rejoindre une sorte de sous-humanité. Les utiliser implique donc qu’on s’expose à de redoutables contradictions. Avons-nous le droit d’exclure — ne serait-ce que symboliquement — de l’humanité d’autres humains pour la raison que leurs actes nous révulsent ? Ce sont nos semblables, nos frères. S’ils portent la « barbarie » en eux, alors nous la portons aussi.

la vie dans les bois dit: à

@Avons-nous le droit d’exclure — ne serait-ce que symboliquement — de l’humanité d’autres humains pour la raison que leurs actes nous révulsent ?

La question est assez mal posée, Jean, pour une réponse objective. On est toujours le barbare d’un autre, ça verse dans la facilité rhétorique.
barbare, au sens contemporain, ça veut dire qu’il porte en lui la destruction, d’une manière ou d’une autre. Mais elle est sciemment voulue, et cela va au-delà de l’oppression ou de l’asservissement.

la vie dans les bois dit: à

il aurait fallu retourner au dico; en fait il faut toujours commencer par là.

les invariants pour le mot barbare, au singulier, nom ou adjectif, chez Larousse, dans plusieurs éditions: cruel; inhumain.

dans l’edition 1957, petit format, il est précisé: par ext. « sauvage »,

et au pluriel, pour les Grecs: les autres peuples; peuples non civilisés.

Il s’agissait pour les Grecs, des peuples qui ne parlaient pas leur langue et- le et est important- qui n’étaient pas de leur Etat. Les peuples barbares étaient bien reconnus comme d’autres « nations ». C’est à dire aussi avec leur système politique, ce qui ne veut pas dire en dehors de la Politique. Comme les idiotès de la Cité grecque.

Mais bon, merci de m’avoir fait revisiter le dico, et, Aristote ( Politique).

Et puis mon barbare préféré c’était Conan, mais c’est vieux.

la vie dans les bois dit: à

On est toujours le barbare d’un autre, ça verse dans la facilité rhétorique. moi

c’est ce que disait Saint Paul, aussi.

Groucho M..... dit: à

Le Barbare, c’est l’autre.
Dans tous les cas de figure …..

Petit Rappel dit: à

C’est intéressant . je note cependant que le roman s’appelle d’abord les Misères, qu’il se traine sous forme de scènes parfois non reliées entre elles, et ne dépasse pas alors le constat.
Les choses changent dans l’exil ou s’effectue la substitution de titre, et la petite histoire veut que ce soit par une Table tournante enthousiaste (l’Anesse de Baalam?) « Grand Homme, termine les Misérables! »
Cela coincide avec la figure christique qu’Hugo est devenu. Charles Hugo, bien placé, dans une lettre de Jersey, je crois; « mon père joue un role biblique » entre « des proscrits qui se mangent en pleine mer. »
le passage de Jean Tréjean, forçat, à Jean Valjean, premier héros de roman russe avant Dostoievski, se joue là. L’exil a élargi Hugo et le rend à meme d’écrire plus qu’un énième roman social ou une autre mouture de Claude Gueux.
Avant de s’extasier sur Myriel, bien voir qu’il évolue. « Modifier l’Evèque, introduire le Conventionnel » dit une note de 1860, quand Hugo relit son texte.
La problématique de la Révolution s’invite donc dans le roman, lequel reste ancré sous Louis-Philippe.
Mais les Thénardier, Cosette, Gavroche,Marius,Gillenormand sont déjà dans le manuscrit existant. Il faut donc les conserver. Le deuil de Léopoldine ravivé par la première séance spirite, la construction ultérieure de pauca meae dans les Contemplations, l’impossible achèvement de La Fin de Satan, va donner à Valjean-Hugo l’occasion de mettre en scène le plus grand sacrifice de sa vie via Valjean interposé . Les préoccupations métaphysiques de Hugo se sont développées pendant l’exil.Elles vont reparaitre ici: agonie de Jean Valjean, Mort de Javert, présence de Myriel au dernier passage. Mixage de Dieu et de la Révolution qu’on retrouvera dans Quatre-vingt-Treize.
La condamnation de Thénardier porte moins sur le Barbare que sur le fait qu’il représente une émanation du monde du Mal, et l’inverse de l’ame hugolienne, si l’on s’en tient à Châtiments:
« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. »
Quand on commence en charognard de champ de bataille de l’Epopée Napoléonienne, on s’inscrit clairement dans le monde de l’irrécupérable. On est dans le camp du Mal plus que de la barbarie, si j’en crois le manichéisme hugolien. On peut survivre . il y aurait d’ailleurs une remarque à faire à cet exil en Amérique, qui fut la terre d’exil de bien des Bonapartistes, malgré la catastrophe de la Colonie du Champ d’Asile.le lieu n’est pas choisi au hasard.
Bien à vous.
MCourt

Myriam dit: à

Je n’avais jamais envisagé ma lecture des Misérables de cette manière mais votre analyse est pointue, éclairante et pertinente. Elle permet de prendre un recul par rapport à l’œuvre et de deviner les intentions d’Hugo. La barbarie présente est tout à fait « incarnée » par les Thénardier qui ne font l’objet d’aucune excuse de la part du lecteur, contrairement à Jean Valjean auprès duquel on peut s’identifier, même dans ses moments les plus sombres.

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