de Pierre Assouline

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La République des livres

Essais

La puissance du hasard

La puissance du hasard

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On ne se refait pas, et c’est tant mieux. Depuis 1999, Jean-Noël Jeanneney conçoit et anime chaque semaine l’émission Concordance des temps, et depuis des années, tout le ramène à ce double regard sur l’Histoire : pour elle-même en son temps et pour sa résonance dans notre temps. Ce prisme à multiples facettes est au cœur d’Un attentat ( 338 pages, 20 euros, Seuil), document saisissant et neuf sur un épisode de la guerre franco-française aux frontières de la guerre civile, dans l’ombre portée de la guerre d’Algérie. Grâce à ce point de vue particulier de l’historien, son livre va bien […]

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Cravate noire pour Malek Chebel

Cravate noire pour Malek Chebel

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C’était à la fin de l’été, il y a une dizaine d’années. En croisant Malek Chebel sur un plateau de télévision, un détail m’avait frappé non dans son discours mais dans son apparence : il portait une cravate noire. Le port de la cravate est déjà rare de nos jours en dehors des fonctionnaires, des cadres et des banquiers, mais ce noir de jais paraissait si ostentatoire qu’il en était troublant. Le croisant à nouveau peu après pour un débat, je remarquai qu’il était habillé différemment mais portait toujours sa cravate noire. Je n’eus même pas le temps de m’enquérir de […]

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Le Temps retrouvé de Charlotte Delbo

Le Temps retrouvé de Charlotte Delbo

GHISLAINE DUNANT

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Suite à la vive réaction sur de Violaine Gelly, co-auteur avec Paul Gradvohl de la biographie consacrée à Charlotte Delbo et publiée en 2013 chez Fayard, Ghislaine Dunant, auteur de Charlotte Delbo, la vie retrouvée qui vient de paraître chez Grasset et qui a été couronnée du prix Femina essai, celle-ci réagit à son tour. Il faut n’avoir pas lu mon livre pour dire ou relayer les propos diffamatoires qui circulent. Quand est parue la biographie de Violaine Gelly et Paul Gradvohl, il y avait trois ans que je travaillais sur l’œuvre, le contexte historique et intellectuel, la vie de […]

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De la littérature exigeante et de celle qui ne l’est pas

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Quelques temps après l’attribution du prix Goncourt 2016 à Mathias Enard, un écrivain de mes amis mais que je me garderais bien de nommer, déçu de n’avoir pas été lui-même couronné cette année-là, me prit à part au hasard d’une rencontre en province et me tint ce discours : « J’ai crû comprendre que Boussole avait été choisi en raison de son exigence littéraire. Le mot revient dans tous les articles et la plupart des commentaires. Mais ça ne veut strictement rien dire, une littérature exigeante ; ce n’est ni un critère, ni un paradigme, encore moins une catégorie ou même une qualité ; […]

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Vices et vertus de la confusion des genres

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Brouiller les genres littéraires et s’affranchir de leurs frontières, c’est courir le risque d’en subir les conséquences et d’en récolter les fruits. On est à peu près sûr d’être méprisé par les historiens, les sociologues, les journalistes, les romanciers, chacun jugeant à l’aune de sa science ou de son art que c’est trop ceci et pas assez cela ; mais dans le même temps, le public y trouvera son compte si l’auteur a su parasiter et détourner avec talent tous les codes narratifs au profit de son récit. A condition de ne pas se demander si c’est du lard ou du […]

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Milad Doueihi : l’humaniste d’aujourd’hui est un geek éclairé

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Auteur notamment de La grande conversion numérique ( Seuil, 2011) et de Qu’est-ce que le numérique ? (Hermann, 2013), Milad Doueihi, chercheur américain d’origine libanaise, se distingue facilement dans le désert conceptuel, du moins en français, au sein duquel s’inscrit la réflexion sur l’internet (plus sociologique que philosophique, elle est le plus souvent orientée vers des questions du type « L’internet est-il une chance ou une menace pour la démocratie ? »).  L’auteur, qui n’est pas un numéricien, reconnait avoir d’abord fait l’apprentissage de l’amitié et de la convivialité en découvrant le réseau. Puis il s’est mis à réfléchir aux analogies et aux […]

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L’usage de la beauté du monde

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La récente disparition d’Yves Bonnefoy ne m’a pas seulement ramené du côté de ses livres mais de ses amis. Parmi eux, Jean Starobinski avec qui il avait composé Goya, Baudelaire et la poésie (107 pages), publié avec un soin extrême (couverture des plus subtiles dans la discrétion, et typographie assortie) par un petit éditeur suisse à l’enseigne vénitienne (La Dogana). A les suivre dans leur échange loin de toute cuistrerie médiatique mais si près de ce que Bonnefoy appelle « l’Arrière-pays », on se laisse convaincre que, ce qui importe à la poésie comme à la peinture, c’est « un acquiescement à la terre, […]

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Denis Tillinac, le dernier mousquetaire

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En voilà un au moins qui annonce la couleur. Non que Denis Tillinac, tant l’écrivain que l’ancien éditeur de la Table ronde, ait jamais mis son drapeau dans sa poche. Mais cette fois, c’est on ne peut plus clair : sous le titre L’âme française (246 pages, 18,90 euros, Albin Michel), la bande rouge et blanche qui ceint le livre claque comme un étendard : « A la recherche de notre honneur perdu ». Eu égard à l’air du temps et à la direction du vent, c’était bien le moins pour qui suit l’évolution de ce sympathique néo-hussard des Lettres après son Dictionnaire amoureux […]

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Antoine Blondin ne nous quitte pas

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Une phrase me pose problème dans le nouveau livre que consacre Alain Cresciucci à l’un de mes écrivains de chevet Le monde (imaginaire) d’Antoine Blondin (204 pages, 21 euros, Pierre-Guillaume de Roux) douze ans après sa biographie du même. Une seule phrase car pour le reste, c’est du solide dans l’ordre de l’essai littéraire, mais … essai transformé ! commenterait l’ancienne plume de L’Equipe. C’est précis, documenté, argumenté. Chacun des cinq romans, toutes les nouvelles et préfaces, et le moindre de ses articles, sont habilement décortiqués sans jargon universitaire. Pas une citation qui ne soit contextualisée. Les rapprochements ne sont jamais […]

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Le rêve d’impuissance des Portugais selon Eduardo Lourenço

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Y a-t-il un essayisme heureux ? On mettra certainement sur le compte de la saudade, variante de la mélancolie mais dans ce qu’elle a de plus heureuse et blason de la sensibilité portugaise, le fait qu’Eduardo Lourenço ne voit dans cette pratique exclusive de son métier d’écrivain que désastre personnel et vision tragique de la vie. Moins connu que George Steiner, Claudio Magris, Roberto Calasso ou le regretté Simon Leys, il est pourtant de la même famille. Cela n’a rien de politique. Juste qu’ils ont en commun une intelligence du cours des choses littéraires et poétiques, assise sur une fascinante érudition […]

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