de Pierre Assouline

en savoir plus

La République Des Livres par Pierre Assouline

Essais

Milad Doueihi : l’humaniste d’aujourd’hui est un geek éclairé

687

commentaires

Auteur notamment de La grande conversion numérique ( Seuil, 2011) et de Qu’est-ce que le numérique ? (Hermann, 2013), Milad Doueihi, chercheur américain d’origine libanaise, se distingue facilement dans le désert conceptuel, du moins en français, au sein duquel s’inscrit la réflexion sur l’internet (plus sociologique que philosophique, elle est le plus souvent orientée vers des questions du type « L’internet est-il une chance ou une menace pour la démocratie ? »).  L’auteur, qui n’est pas un numéricien, reconnait avoir d’abord fait l’apprentissage de l’amitié et de la convivialité en découvrant le réseau. Puis il s’est mis à réfléchir aux analogies et aux […]

lire la suite .../ ...
L’usage de la beauté du monde

722

commentaires

La récente disparition d’Yves Bonnefoy ne m’a pas seulement ramené du côté de ses livres mais de ses amis. Parmi eux, Jean Starobinski avec qui il avait composé Goya, Baudelaire et la poésie (107 pages), publié avec un soin extrême (couverture des plus subtiles dans la discrétion, et typographie assortie) par un petit éditeur suisse à l’enseigne vénitienne (La Dogana). A les suivre dans leur échange loin de toute cuistrerie médiatique mais si près de ce que Bonnefoy appelle « l’Arrière-pays », on se laisse convaincre que, ce qui importe à la poésie comme à la peinture, c’est « un acquiescement à la terre, […]

lire la suite .../ ...
Denis Tillinac, le dernier mousquetaire

539

commentaires

En voilà un au moins qui annonce la couleur. Non que Denis Tillinac, tant l’écrivain que l’ancien éditeur de la Table ronde, ait jamais mis son drapeau dans sa poche. Mais cette fois, c’est on ne peut plus clair : sous le titre L’âme française (246 pages, 18,90 euros, Albin Michel), la bande rouge et blanche qui ceint le livre claque comme un étendard : « A la recherche de notre honneur perdu ». Eu égard à l’air du temps et à la direction du vent, c’était bien le moins pour qui suit l’évolution de ce sympathique néo-hussard des Lettres après son Dictionnaire amoureux […]

lire la suite .../ ...
Antoine Blondin ne nous quitte pas

575

commentaires

Une phrase me pose problème dans le nouveau livre que consacre Alain Cresciucci à l’un de mes écrivains de chevet Le monde (imaginaire) d’Antoine Blondin (204 pages, 21 euros, Pierre-Guillaume de Roux) douze ans après sa biographie du même. Une seule phrase car pour le reste, c’est du solide dans l’ordre de l’essai littéraire, mais … essai transformé ! commenterait l’ancienne plume de L’Equipe. C’est précis, documenté, argumenté. Chacun des cinq romans, toutes les nouvelles et préfaces, et le moindre de ses articles, sont habilement décortiqués sans jargon universitaire. Pas une citation qui ne soit contextualisée. Les rapprochements ne sont jamais […]

lire la suite .../ ...
Le rêve d’impuissance des Portugais selon Eduardo Lourenço

396

commentaires

Y a-t-il un essayisme heureux ? On mettra certainement sur le compte de la saudade, variante de la mélancolie mais dans ce qu’elle a de plus heureuse et blason de la sensibilité portugaise, le fait qu’Eduardo Lourenço ne voit dans cette pratique exclusive de son métier d’écrivain que désastre personnel et vision tragique de la vie. Moins connu que George Steiner, Claudio Magris, Roberto Calasso ou le regretté Simon Leys, il est pourtant de la même famille. Cela n’a rien de politique. Juste qu’ils ont en commun une intelligence du cours des choses littéraires et poétiques, assise sur une fascinante érudition […]

lire la suite .../ ...
André Markowicz dans la forêt sauvage

738

commentaires

On le dit un peu à l’ouest quand tout le situe plutôt à l’est. Difficile d’échapper à ce tropisme quand on est de mère russe et de père d’origine polonaise. Tout cela fait d’excellents français et, en l’espèce, André Markowicz (1960), un traducteur hors pair qui ne s’est pas contenté de retraduire tout Dostoïevski, de se colleter à Shakespeare à ses heures perdues et, tant qu’à faire, d’attaquer la montagne magique de la poésie chinoise par la face nord sans connaître un mot de chinois. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Sa poésie chinoise, il l’a lue traduite de nombreuses langues. […]

lire la suite .../ ...
L’adieu à l’Histoire de Régis Debray

879

commentaires

A propos, comment va l’Histoire ? Pas très fort. A lire Régis Debray dans l’essai qu’il vient de lui consacrer Madame H. (157 pages, 14 euros, Gallimard), et à l’écouter en parler, on s’inquièterait pour elle. Le titre même rappelle la Folle de Chaillot et les figures de furie, de mégère, de fouetteuses et autres allégories féminines avec lesquelles certains entretiennent un rapport fantasmatique. A tout le moins une emmerderesse mais fascinante, captivante. L’Histoire, il l’a bien connue. Dites Debray et aussitôt se profilent les ombres portées du Che et de Castro, la prison bolivienne et l’Elysée sous Mitterrand. Pourtant, […]

lire la suite .../ ...
L’homme qui hésitait entre toutes les morts possibles

445

commentaires

Il y a des livres que l’on ne sait où ranger. Echappant à la tyrannie des genres, inclassables au propre comme au figuré, ils résistent et demeurent au seuil de notre bibliothèque en attendant qu’une géniale intuition les assigne à un rayon, jusqu’au prochain déménagement. Le philosophe Walter Benjamin a évoqué ses affres de lecteur compulsif dans Je déballe ma bibliothèque (traduit de l’allemand par Philippe Ivernel, 210 pages, 9 euros, Rivages poche), recueil où il médite sur sa pratique de la collection de livres. J’espérais y trouver une solution à mon problème : où ranger Ancien malade des hôpitaux de […]

lire la suite .../ ...
Moïse et Jude, des hommes, rien que des hommes

406

commentaires

« …s’il a d’ailleurs jamais existé…  si Moïse il y eut jamais…». On trouve ces phrases dans Moïse fragile (276 pages, 22 euros, Alma).  « …peut-être… pourquoi pas… » figurent dans Vie de Jude, frère de Jésus (386 pages, 22,90 euros, Albin Michel). N’y voyez ni excès de prudence, ni principe de précaution, ni facilité rhétorique, ni stratégie pour ratisser au plus large vers un public que la foi a déserté si elle l’a jamais habité. C’est simplement que Jean-Christophe Attias et Françoise Chandernagor, chacun avec les moyens qui lui sont propres, ont avancé dans l’inconnu avec des repères éblouissants. L’un et l’autre […]

lire la suite .../ ...
Le livre de Thomas Piketty est-il vraiment capital ?

503

commentaires

On connaît bien désormais les phénomènes d’emballement médiatiques. Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils peuvent s’exercer dans les deux sens. Etrangement, ce sont les mêmes qui ont rapidement et panurgiquement élevé une statue à un auteur qui sont souvent les plus prompts et les plus radicaux pour la mettre à bas. Il fallait s’y attendre dans un village planétaire souffrant d’économisme aiguë : après un engouement exceptionnel pour Le capital au XXIème siècle (Seuil) de Thomas Piketty (Clichy, 1971), livre de théorie économique de quelque 700 pages (1,5 millions d’exemplaires vendus en tout, des droits cédés dans une quarantaine de […]

lire la suite .../ ...