de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline

traducteur

Gabriel Calderón, “l’enfant terrible” du théâtre uruguayen

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Traduire, on le sait, ce n’est pas aligner une suite de mots avec, à ses côtés, un dictionnaire prêt à être consulté. Traduire, c’est entrer dans un monde, s’y baigner, le sentir, le ressentir. C’est s’approprier les mots de l’auteur pour y mettre les siens. Traduire du théâtre, c’est aussi faire de la dramaturgie. Un texte théâtral, c’est une partition. On travaille avec des rythmes, des sonorités, des cadences, des tons avec, parfois, des arrêts dans le flux des mots… pour ensuite laisser mieux redémarrer ce flux, avec plus de force. Si la construction des phrases n’est pas conventionnelle, elle […]

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Ezra Pound, une « refondation » poétique

Ezra Pound, une « refondation » poétique

YVES DI MANNO

30

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L’entreprise un peu démesurée d’Ezra Pound – que les Cantos résument, certes, mais auxquels elle ne saurait se réduire – est l’une de celles qui auront le plus contribué à modifier la conception et l’exercice même de l’écriture poétique, au cours du siècle dernier: aux Etats-Unis tout d’abord, cela va sans dire, mais aussi dans nombre d’autres pays (elle est désormais très sérieusement considérée en Chine, par exemple). Son irruption en France au milieu des années 1960, grâce aux efforts conjoints de Denis Roche et de Dominique de Roux, ne devait d’ailleurs pas rester sans conséquences, tout en suscitant quelques malentendus […]

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Ne pas renoncer aux difficultés de l’exactitude

Ne pas renoncer aux difficultés de l’exactitude

JEAN-LOUIS BACKES

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Autrefois, quiconque traduisait se donnait pour tâche de plier l’étranger aux lois qui avaient cours en France, lois du langage, lois de la poétique, ou même, simplement, lois de la politesse. Au vers 452 du chant VII, on entend Poséidon dire: «moi et Apollon». L’un des meilleurs représentants du goût classique, et pour cette raison tête de Turc de Victor Hugo, Prosper Bitaubé (1732-1808) corrige sereinement le dieu, lui enseigne les bonnes manières, et traduit: «Apollon et moi». Leconte de Lisle suit cet exemple. Comme ses prédécesseurs, et beaucoup de ceux qui l’ont suivi, Leconte de Lisle a été dressé […]

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Le traducteur amoureux d’un roman d’amour

Le traducteur amoureux d’un roman d’amour

BERNARD LORTHOLARY

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Faut-il aimer un livre pour bien le traduire ? J’ai plus d’une fois pensé que non. Qu’un peu de distance rendait plus lucide, plus exact, plus précis. Qu’à trop s’identifier l’on risquait au contraire de s’aveugler, de s’emballer en suivant la pente, et de finir par trébucher. I would prefer not to. Plutôt être un traducteur brechtien, distancié, qui joue le rôle (de l’auteur) sans se prendre pour lui, qui le mime en l’ayant à l’œil, toujours prêt à s’en méfier tout en l’admirant souvent. J’ai traduit bien des romans ainsi, sans que les auteurs en prennent ombrage. Certains (rarement, j’en […]

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La bataille est merveilleuse et totale

La bataille est merveilleuse et totale

FREDERIC BOYER

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Et si nous devions la naissance de notre langue et celle de notre littérature au souvenir sanglant de batailles perdues, d’affrontements effroyables dans lesquels  « tant de français ont perdu leur jeunesse » ? A la nécessité d’écrire le rappel d’une « bataille merveilleuse et totale » où des milliers de jeunes gens sont morts, et donc au devoir de chanter leurs noms ? La chanson de Roland est la première grande œuvre rédigée en français primitif que nous ayons en notre possession. C’est une longue et magnifique litanie célébrant une obscure défaite de l’arrière-garde de Charlemagne en 778, aux confins […]

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Un repentir sur « Crime et châtiment »

Un repentir sur « Crime et châtiment »

André Markowicz

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J’ai traduit Crime et Châtiment en 1995, dans une espèce de hâte, avec le souci constant de rendre sensible ce que Dostoïevski considérait comme essentiel, ce à quoi il passait, de son propre aveu, la majeure partie de son temps en écrivant un livre, la mise en place de l’image, du noyau poétique. Cette image, elle est invisible à la première lecture, et bouleversante d’évidence une fois qu’on l’a vue. Dans Crime et châtiment, c’est la résurrection de Lazare, présente non seulement à chaque page du livre, mais, littéralement, à chaque phrase, par la déclinaison des trois moments du récit […]

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Une rustine sur le cul d’un cheval

Une rustine sur le cul d’un cheval

Bernanrd Hoeppfner

8

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Si Louis et Celia Zukovsky sont parvenus à faire entrer le Brooklyn des années 30-40 dans les vers de Catulle lorsqu’ils l’ont traduit, est-il possible de faire entrer dans la langue française ce même Brooklyn, tel qu’il a été entendu, utilisé et transformé par Gilbert Sorrentino ? Seuls les lecteurs pourront le dire. Mais j’espère cependant qu’un peu de la langue de Sorrentino se retrouvera un jour dans le français de ses trop rares admirateurs de ce côté de l’Atlantique. Genre — « C’est pas un homme, mais une rustine sur le cul d’un homme », que j’aimerais entendre un jour, dans le […]

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Traduction et tra-diction d’un roman d’Enrique Vila-Matas

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Vilnius, le jeune héros du roman d’Enrique Vila-Matas, Air de Dylan, ressemble au chanteur Bob Dylan et cultive cette ressemblance. Le problème, c’est que Bob Dylan ressemble à tout le monde et à personne car, protéiforme, il change sans arrêt d’apparence. D’où l’évanescence physique de Vilnius qui ne peut ressembler à quelqu’un qui ne se ressemble pas. Dans cet ordre d’idées, la version française aurait pu très bien s’intituler « Faux air de Dylan », mais c’était négliger une autre piste, la voie duchampienne. Air de Dylan est aussi un hommage à Marcel Duchamp évoqué, entre autres, à la page 205 : « Une […]

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Dire « presque » la même chose

Dire « presque » la même chose

Jean-Luc Allouche

23

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Recevoir, fût-ce par procuration, deux prix, coup sur coup, a de quoi flatter l’ego généralement souterrain d’un traducteur. Avraham « Bulli » Yehoshua s’est vu distinguer par le Médicis étranger et prix du Meilleur Livre étranger, pour Rétrospective. Et, pour faire bonne mesure, un autre de « mes » auteurs traduits, Sayed Kashua (Deuxième personne, éditions de l’Olivier) vient de recevoir le prix des lecteurs du Var. Des trois écrivains composant la « sainte Trinité » de la littérature israélienne (avec Amos Oz et David Grossman), je confesse une inclination particulière pour Yehoshua. D’abord, à cause de sa bonhomie, de sa juvénile ardeur de taurillon à rompre des […]

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La vacance de monsieur Bloom

La vacance de monsieur Bloom

Dominique Nédellec

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On connaissait le Gonçalo M. Tavares sémillant agent immobilier, avec un portefeuille clients bien fourni : monsieur Valéry, monsieur Brecht, monsieur Kraus, monsieur Calvino, monsieur Walser. Il les a tous logés dans le Bairro, un quartier de papier en pleine expansion où l’on annonce la venue prochaine de sympathiques voisins : Mme Woolf, M. Breton…

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