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La République Des Livres par Pierre Assouline
Ce n’est rien, juste des mots écrits sur l’eau

Ce n’est rien, juste des mots écrits sur l’eau

De Paterson de Jim Jarmusch, on pourrait dire a priori qu’il y a là un certain abus à anticiper sur le label poétique que la critique ciné ne manque pas de lui accoler. Il y a bien une histoire : un jeune chauffeur de bus, sa compagne, leur bouledogue anglais craint comme un pittbull vivent à Paterson, New Jersey. Paterson (car c’est aussi son nom à lui) a un emploi du temps hautement répétitif, ritualisé sans maniaquerie ni ponctualité. Juste que c’est tous les jours pareil : lever à six heures, gare des bus, la ligne toute la journée, retour à la maison, s’assoit dans le canapé, observe le chien (la croisette lui promet déjà la Palme dog) puis le promène après dîner, s’arrête au même bar au coin de la rue boire un verre et bavarder, puis dodo. Parfois, un incident bouscule un peu les travaux et les jours. Une fois, il désarme au péril de sa vie un amoureux éconduit qui veut se suicider avec un pistolet à balles de mousse. Une autre fois, le bus tombe en panne électrique.

J’oubliais l’essentiel : c’est un poète. Entendez qu’il écrit de la poésie sous l’influence de William Carlos Williams, lui-meme de père anglais et de mère portoricaine, poète le plus célèbre de Paterson, New Jersey; il a même publié en cinq volumes un poème épique intitulé Paterson de 1946 à 1958. Allen Ginsberg aussi a vécu là. Une pépinière que ce coin-là. Pas n’importe quelle ville : type même de l’ancienne ville industrielle qui fut un centre textile attirant nombre d’ouvriers italiens et irlandais, un terreau de l’anarchisme syndicaliste américain. On peut être poète et chauffeur de bus. Après tout, comme il le dit lui-même, Jean Dubuffet était bien peintre et météorologue à la Tour Eiffel, du moins en 1922. On voit passer un exemplaire de Dante.paterson-image-1

« La poésie en traduction, c’est comme prendre une douche avec un imperméable ».

Après avoir écouté le babillage des voyageurs toute la journée, il s’assoit face à un torrent et se laisse envahir par l’eau. Même quand un drame survient dans cette vie répétitive comme tant d’autres vies, il ne s’énerve pas. Egal à lui-même. Calme, maître de ses émotions, sous contrôle. A l’image de Jarmusch himself. On n’imagine pas qu’il ait jamais rencontré la colère ailleurs que dans un livre. Ou alors au cinéma. Pourtant, quand on vit secrètement pour la poésie, et qu’elle nous aide à vivre jusqu’à embellir la banalité du quotidien, ca ne doit pas faire plaisir de découvrir en rentrant du cinéma que le bouledogue anglais a réduit en miettes l’unique exemplaire de son carnet à poèmes. Le vrai film d’horreur est là, sur le tapis, et non juste avant sur l’écran. Lui ça l’enferme juste un peu plus dans le silence et la mélancolie. Il n’en sort que pour rassurer sa compagne :

« Ce n’est rien, juste des mots écrits sur l’eau »

Les poèmes du film sont de Ron Padgett. Ainsi raconté, on pourrait croire que Paterson présente une variété inédite de l’ennui cinématographique. Mais toute la magie de Jim Jarmusch est de ce faire de cette accumulation de petits riens (une boîte d’allumettes Ohio Blue Tip, un curieux « Ah, ah » lâché par un japonais rencontré sur un banc) quelque chose de magique, un récit aérien avec des personnages comme en apesanteur, illuminés par le géant à la voix grave Adam Driver et la miniature persane Golshifteh Farahani. La caméra se contente de les caresser avec douceur. Comme dans ses précédents films, de Mystery train à Broken flowers, il s’autorise le grand luxe de la lenteur et de la répétition. Une vraie grâce s’en dégage, vraie en ce sens qu’elle ne doit rien aux artifices, à la sophistication, au calcul.

Les dialogues y sont rares. A peine une pluie de mots. Le film est surtout fait de silences, de soupirs et de pauses, au sens où l’entendent les musiciens. Difficile de ne pas y repenser en apprenant que, pour son inhumation à la suite de la cérémonie religieuse, le grand chef d’orchestre Georges Prêtre a demandé dans ses dernières volontés qu’aucune musique ne soit jouée : juste « un silence total pour permettre la réflexion de chacun ».

(je reprends et actualise ici ce billet à l’occasion de la sortie du film sur les écrans)

(Photo Jean-Pierre Bertin-Maghit et « Adam Driver dans Paterson », photo extraite du film)

Cette entrée a été publiée dans cinéma, Poésie.

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713 Réponses pour Ce n’est rien, juste des mots écrits sur l’eau

la vie dans les bois dit: 13 janvier 2017 à 14 h 56 min

« On se retrouve après la sortie, le 1er février, de Gimme Danger; docu de Jarmusch sur les Stooges, qui fut présenté à Cannes 2016 alongside Paterson ? » L’ombelle

Non merci, Iggy Pop, pas trop mon trip.

Il y a pléthore de sorties en janvier.
Alors, peut-être Harmonium, primé à Cannes 2016.

Jean Langoncet dit: 12 janvier 2017 à 20 h 32 min

une pizza au cheddar et choux de bruxelles qu’il n’en sera rien … il est si agréable de se laisser porter par « quelque chose de magique, un récit aérien avec des personnages comme en apesanteur, illuminés par le géant à la voix grave Adam Driver et la miniature persane Golshifteh Farahani. »

renato dit: 12 janvier 2017 à 8 h 06 min

Je me souviens, la vie, que lorsque quelqu’un demanda à Morton Feldman comment pouvait-il composer sans se prévaloir d’une tradition, il répondit en opposant ses doutes à propos de ces Européens qui composaient en trimbalant le poids d’une tradition. Cela pour dire qu’il ne serait ni utile ni de bon goûts d’attaquer les écrivains français perdus comme ils sont dans les méandres de la littérature — jeu qui trouve son origine dans l’incapacité d’une grande partie des acteurs culturels français (media, éditeurs, artistes, écrivains, spectateurs, etc.) de sortir de la crise de la sensibilité européenne postromantique. Ce qui ne m’empêche pas de regarder le jeu avec un certain intérêt, d’y prendre parfois du plaisir, mais sans en faire une passion.

De son côté, depuis ses débuts Jarmusch s’oppose à la stratégie que les tenants du Midcult (politique culturelle camouflée en catégorie esthétique — voir « Masscult & midcult » par Dwight McDonald, 1960) ont mis en œuvre afin de rétablir les privilèges culturels dans les formes actuelles de la démocratie, je suis donc plus exigent et j’attends de sa part une attention soutenue relativement à l’origine et au traitement des images. Je reste de l’opinion que le pont vers l’imaginaire de Padgett n’est pas vraiment jeté. D’un autre côté, malheureusement, ni la poésie de Padgett (incidemment, pour la version italienne du film, Jarmusch a expressément demandé une particulière attention à la traduction de ses poésies — attribuées à Paterson), ni la pizza après le visionnage du film N&B, ni les cadrages fixes et repetitifs des réveils ne valent la photographie de Robby Müller in « Dead man ».

Cela dit, j’ai apprécié l’absence de scènes de sexe : si l’on n’arrive pas à faire mieux que Gaddis in « Carpenter’s Gothic » on se passe de cet exercice.

renato dit: 12 janvier 2017 à 8 h 05 min

Que les problèmes relatifs au sens de la vie puissent vous gêner, hamlet, je peux le comprendre car vous débordez d’ingéniosité mais vous vous obstinez à ne pas en tenir compte — en d’autres mots, vous vous inhibez par le biais d’un moralisme caché derrière un humour angoissé. Je me demande pourquoi vous ne mettrez pas vos problèmes en perspective en les regardant comme une limite dans l’approche du monde qui ne serait que le vôtre, plutôt que comme des problèmes qui ne seraient que de la société contemporaine — faute de mise en perspective un bon anxiolytiques peut faire l’affaire.

Cela dit, puisque vous avez mis sur la table la vieille rengaine « forme & contenu », parlons-en. Avez-vous essayé de boire votre café dans une tasse fort ébréchée, assis à une table branlante, sur une chaise disloquée ? Voyez la séquence et réfléchissez : entre la possibilité que la tasse vous blesse les lèvres et que l’état du mobilier vous fasse tomber, vous attarder sur la qualité du café serait une priorité ou pas ? Tasse, table et chaise bien à part, j’attends toujours que vous arrêtiez d’enfoncer des portes ouvertes — sans m’attendre, naturellement, à que vous en ouvriez des nouvelles.

renato dit: 12 janvier 2017 à 8 h 02 min

berenice, voyez ces tranches du cinema américain (« modèles pré-faits ») construites sur les faiblesses de la société états-unienne et reproduites par Jarmusch en les renversant. Tiens ! pourquoi pas un renversé plutôt que l’habituel ristretto ?

Janssen J-J dit: 11 janvier 2017 à 12 h 28 min

@en matière d’histoire la belgitude produit des modèles discutables

Il est clair que notre regretté ami Hugo Claus en avait donné une illustration historico-romanesque exemplaire.

Pablo75 dit: 11 janvier 2017 à 12 h 21 min

@ Chaloux

« et Gabriel Miro? »

Gabriel Miró est pour moi le plus grand styliste qui a écrit en espagnol. Mais ce n’était que ça. Ses livres sans son style n’ont presque
aucun intérêt. D’ailleurs, il a la réputation d’être ennuyeux, et il l’est si on est insensible au style. Les histoires qui raconte paraissent des prétextes pour écrire des phrases uniques, inimitables, sorties de nulle part. Le « fond », chez lui, ce n’est que le cadre pour une « forme » splendide, éblouissante, dans le sens concret du mot. C’est un écrivain pour des écrivains, plus que pour des lecteurs. On le déguste plus qu’on ne le lit. C’est le Château d’Yquem des écrivains en espagnol.

C’était un type d’une sensibilité pathologique et qui paraissait avoir plus que les 5 sens qu’on a tous. Il voit ce que personne voit (son nom de famille signifie « regarda »), il entend ce que personne entend, il décrit des choses que personne a remarqué. C’est très étonnant.

Son ami Jorge Guillén a dit que « personne l’a dépassé dans la comunication des sensations ». Et il racontait qu’un jour, lui parlant du petit fils qu’il venait d’avoir, il lui avait dit: « ¡Qué suavidad de pulgares! » (quelle douceur des pouces !).

Est-ce que tout cela passe en traduction? Je ne sais pas. Quand je relis des phrases comme celles-ci, prises au hasard entre les soulignées de son livre « Nuestro padre San Daniel », j’en doute:

« Le caía una hebra de sol, desnudándole el delicioso vello de almendra de su nuca ».

« Menudo, rollizo, moreno y pecoso; el cabello amaizado, las cejas anchas y huidas, la piel de la frente en un renovado oleaje de perplejidad. »

« Era una palpitación de generosidades. Su risa, su palabra, la gracia de su paso, toda vibraba en un latido. Así fue la madre: siempre animadora, exaltada por la felicidad de lo sencillo, como si cada día se le ofreciesen las cosas en una pureza de recién nacidas… »

« Paulina bajó a la vera. Sentía un ímpetu gozoso de retozar y derribarse en la hierba cencida, que crujía como una ropa de terciopelo. Acostada escuchó el tumulto de su sangre. Todo el paisaje le latía encima […] Lejos, por el sol de los calveros, pasaban las carretas de garbas. El aire aleteaba oloroso de siega. Las horas doradas de los campos en las vísperas de las fiestas la internaban en una evidencia de sí misma… »

(On attend la traduction de ce grand hispaniste qu’est Widergänger).

Chaloux dit: 11 janvier 2017 à 11 h 51 min

Pablo, et Gabriel Miro? J’ai bien envie de lire la traduction de son petit livre sur Bethléem qui vient de sortir (« éditions jésuites… »).

Pablo75 dit: 11 janvier 2017 à 11 h 46 min

Pablo Neruda recita el Poema 20 de « Veinte poemas de amor y una canción desesperada ».
https://www.youtube.com/watch?v=IT0yRiR3CKo

« La poésie politique de Neruda est lourde, oui. Même le Canto geral mais enfin c’est encyclopédique et poétique. En revanche Hauteur de
Machu Pichu, qui fait partie du Chant général, c’est absolument génial, un chef-d’œuvre, y compris la traduction de Caillois… » (Widergänger)

Traduction: « La poésie politique de Neruda doit être lourde, j’imagine, comme toute la poésie politique. Même le « Canto geral » (sic), qui est poétique, est lourd. Moi de Neruda je ne connais que « Hauteur de Machu Pichu » (sic) dans la traduction de Caillois, mais je peux dire quand même que c’est absolument génial, un chef-d’œuvre. »

Problème: « Alturas de Macchu Picchu », si on le met en prose, personne ne voit que c’est de la poésie:

« Del aire al aire, como una red vacía, iba yo entre las calles y la atmósfera, llegando y despidiendo, en el advenimiento del otoño la moneda extendida de las hojas, y entre la primavera y las espigas, lo que el más grande amor, como dentro de un guante
que cae, nos entrega como una larga luna. (Días de fulgor vivo en la intemperie de los cuerpos: aceros convertidos al silencio del ácido:
noches desdichadas hasta la última harina: estambres agredidos de la patria nupcial). Alguien que me esperó entre los violines encontró un mundo como una torre enterrada hundiendo su espiral más abajo de todas las hojas de color de ronco azufre: más abajo, en el oro de la geología, como una espada envuelta en meteoros, hundí la mano turbulenta y dulce en lo más genital de lo terrestre. »

Et, bien sûr, dans « Canto general » il y a beaucoup de poèmes bien meilleurs que « Alturas de Macchu Picchu ».

Pablo75 dit: 11 janvier 2017 à 11 h 42 min

@ Jibé

« … le « Neruda » de Pablo Larraín. […] Neruda y apparait grotesque et sa poésie lourdement indigeste… Connaissant plus l’homme que ses poèmes, je serais heureux de connaitre l’avis de Pablo sur l’oeuvre du poète chilien ? »

Si c’est si facile de te rendre heureux, je vais te le donner. Neruda, interdit sous Franco mais qu’on trouvait quand même très facilement
dans les bonnes librairies, était, de ce fait, un poète mythique pour tous les jeunes amateurs de littérature des années 70. C’était en plus un grand poète qui rendait très « vieux jeu » les grands poètes antérieurs à la « generación del 27 », comme Machado, Juan Ramón Jiménez, Unamuno, Rubén Darío, etc. Et il était beaucoup plus clair que Lorca, Aleixandre,J.Guillén, Borges ou Vallejo. Pour des raisons politiques et poétiques, donc, il était le poète à la mode à l’époque, et le plus lu. On connaissait presque par coeur ses « Veinte poemas de amor y una canción desesperada », écrit à 19 ans, et qui est un chef-d’oeuvre (on avait même le disque où Neruda le recitait et celui de Paco Ibáñez où il le chantait). Et on lisait et relisait son autre chef-d’oeuvre « Residencia en la Tierra » (1935).

Après ces deux livres extraordinaires, le reste de son oeuvre paraît très inégal et même souvent pas terrible du tout. Plus que lourde sa poésie est trop prosaïque. Il en a trop écrit, c’est évident. Comme il l’est qu’il restera parce que c’est un grand poète, d’une inspiration directe d’une rare qualité (rien de plus difficile que d’écrire de très beaux vers dans un espagnol très simple).

Après, il y a sa personnalité très antipathique, son stalinisme, son éthique personnelle très discutable (il a laissé crever de faim César Vallejo, par jalousie, ici à Paris), sa mégalomanie, sa pose…

Paco Ibáñez interpreta a Pablo Neruda
https://www.youtube.com/watch?v=o7LcdlB9gug

Boudegras dit: 11 janvier 2017 à 11 h 14 min

10 heures 58, une preuve supplémentaire pour prouver le niveau zéro intellectuel chez l’andouille, normal

Chaloux dit: 11 janvier 2017 à 11 h 09 min

JC, Janssen n’est pas janséniste. Il prend trop de plaisir à étaler sa morale, du point de vue du jansénisme ce serait un péché. C’est un quiétiste. J’apprécie, je l’avoue, cette conscience passive, agréablement ramollie par la bière, les frites et la mayo, même si en matière d’histoire la belgitude produit des modèles discutables.

Phil dit: 11 janvier 2017 à 11 h 02 min

Etonnant, cet hommage officiel tardif et inutile à Déon. Pauledel en avait fait une notule aimablement discutée par son aréopage. qui eut pensé il y a trente ans que Neruda, appellation de choix pour les avenues pourries qui aboutissent aux rond-points Gagarine, serait l’idée d’un film pour la très poitrinaire Fanny Ardant ?

JC..... dit: 11 janvier 2017 à 10 h 58 min

« Je me suis avisé que, sans besoin de les citer, assez rares ici étaient les internautes n’ayant pas renoncé à maîtriser leur destin en faisant d’abord l’effort de contrôler leurs pulsions négatives de haine et d’exclusion… » (JJJ)

Jentil Jénial Janséniste, tu m’as bien fait rire …

Par définition, on perd son temps à essayer de maitriser son Destin ! Mieux vaut renoncer dès l’âge de raison : nous ne sommes que bouchons légers sur un océan de hasards …

En outre, il y a bien du plaisir à attendre à ne pas renoncer à nos pulsions, bonnes et mauvaises… Entretenons joyeusement nos vices et nos vertus !

Et ignorons superbement les donneurs de leçons jansénistes…

dingue dit: 11 janvier 2017 à 10 h 56 min

Assouline est à la dignité des commentaires sur son blog ce que Trump est à twitter. La RDL est un dépotoir hors contrôle

Chaloux dit: 11 janvier 2017 à 10 h 49 min

Staline-Maurras.

Je ne savais pas que Maurras avait exercé pendant trente ans un pouvoir absolu et causé des dizaines de millions de morts. Pas pour défendre l’archaïque Maurras, déjà en son temps.

Janssen J-J dit: 11 janvier 2017 à 10 h 27 min

Pour un dernier hommage à Zygmunt Bauman. On trouve, dans sa dédicace à sa femme Janina, le rappel de ce mot de Gershom Scholem s’opposant à l’exécution d’Eichmann : « Il est de notre intérêt que la grande question sociale et historique…. comment cela a-t-il pu arriver ?…. garde tout son poids, toute sa cruelle nudité, toute son horreur », (Modernité et Holocauste, La fabrique, 2000).

(Rien à voir, ou peut-être que si)… On apprend ce matin qu’Aloïs Brunner se recycla chez Hafez El Assad jusqu’en 2001, pour faire valoir son « expertise » auprès des états-majors du régime damascène. A-t-il souffert jusqu’à sa mort dans une geôle ?… s’est demandé Serge Klarsfled.

Je me suis avisé que, sans besoin de les citer, assez rares ici étaient les internautes n’ayant pas renoncé à maîtriser leur destin en faisant d’abord l’effort de contrôler leurs pulsions négatives de haine et d’exclusion… pour faire profiter leurs collègues de leurs pulsions tempérées, propres à démontrer que le souci de la dignité humaine doit rester au centre de vents contraires, les besoins de sécurité et les aspirations à la liberté (d’après la métaphore météoroloqique d’une de nos grandes juristes).

Dans le bureau d’un juge d’instruction, un père de famille, ouvrier sur les chantiers de la rade de Brest, est convié à raconter avec ses mots maladroits, comment il fut amené à commettre un assassinat. Comment il en vint à pousser à l’eau ce promoteur immobilier véreux, un escroc de petite envergure, qui réussit pourtant à provoquer le suicide du maire du village, trop culpabilisé d’avoir entraîné ses concitoyens dans cette affaire glauque. C’est surtout l’histoire d’un père aimant, dépassé par les événements, qui finit par venger son fiston, bien plus pragmatique que lui-même sur ce coup-là. Car ce père, un homme peut-être idéaliste ou trop sentimental (c’est tout l’art du romancier que de le suggérer, sous les aspects taiseux du personnage) est resté englué dans sa condition de perdant (au loto), envoûté et tétanisé par les tactiques de séduction de l’aigrefin, sur lesquelles l’essentiel de son propre récit est bâti. Une histoire à la Simenon, où l’on perçoit bien une dimension de lutte des classes en province, encore très présente dans les années 1990. Le juge, figure neutre, c’est le lecteur muet, à l’écoute en alerte et bienveillante. Ce beau petit roman, raconte sous le cri des mouettes prêtes à la curée, comment ces personnages ont participé à l’élaboration d’une justice humaine assumant ses responsabilités. Bref, une justice encore capable d’entendre le langage d’un homme tout entier engagé dans un passage à l’acte meurtrier (Tanguy Viel, Article 353 du code pénal, Minuit).

Un ben démarrage dans la journée, bon pied bon œil, riche, productif et positif !…

Widergänger dit: 11 janvier 2017 à 10 h 21 min

Après avoir émis des commentaires soi-disant islamophobes en classe, un collégien britannique de souche âgé de 14 ans a été contraint de passer du temps avec un imam, prêcheur d’amour, de tolérance et de paix envers les infidèles, et de visiter une mosquée, lieu de «prière» irradiant la si belle, la si grande, la si profonde spiritualité islamique.
http://www.dreuz.info/2017/01/10/un-ecolier-britannique-condamne-a-etre-deradicalise-pour-ses-propos-islamophobes/

Widergänger dit: 11 janvier 2017 à 10 h 15 min

Le meilleur -ou le pire- pour la fin et l’illustration du processus de crétinisation. Dans un étrange et dernier hommage à Michel Déon, notre ministre de la Culture, Audrey Azoulay a cru devoir étiqueter politiquement et pour l’éternité le dernier des hussards: «Malgré sa proximité avec les thèses de Charles Maurras, il gardait en littérature une totale liberté dans ses choix» (Le Figaro, Bertrand de Saint-Vincent).

Imagine-t-on un seul instant, un ministre de la Culture de droite rendant un hommage mérité à la liberté créatrice de Louis Aragon «malgré sa proximité avec les thèses de Joseph Staline» ?

Tout est là peut-être. La gauche avait Aragon et elle avait Ferrat. Elle avait tort, sans doute, mais elle faisait rêver et chanter. Aujourd’hui, elle a Peillon, Hamon et Azoulay. Elle fait encore pleurer.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel, le Figaro.

Candide dit: 11 janvier 2017 à 10 h 12 min

ROMANCE DE LA LUNA

a Conchita García Lorca

La luna vino a la fragua 
con su polisón de nardos. 
El niño la mira mira. 
El niño la está mirando.

En el aire conmovido 
mueve la luna sus brazos 
y enseña, lúbrica y pura, 
sus senos de duro estaño.

Huye luna, luna, luna. 
Si vinieran los gitanos, 
harían con tu corazón 
collares y anillos blancos.

Niño déjame que baile. 
Cuando vengan los gitanos, 
te encontrarán sobre el yunque 
con los ojillos cerrados.

Huye luna, luna, luna, 
que ya siento sus caballos. 
Niño déjame, no pises, 
mi blancor almidonado.

El jinete se acercaba 
tocando el tambor del llano. 
Dentro de la fragua el niño, 
tiene los ojos cerrados.

Por el olivar venían, 
bronce y sueño, los gitanos. 
Las cabezas levantadas 
y los ojos entornados.

¡Cómo canta la zumaya, 
ay como canta en el árbol! 
Por el cielo va la luna 
con el niño de la mano.

Dentro de la fragua lloran, 
dando gritos, los gitanos. 
El aire la vela, vela. 
el aire la está velando.

JC..... dit: 11 janvier 2017 à 10 h 05 min

Ah le joli cas qu’elle avait
Clopine la belle fermière
Toutes les triques se levaient
Tendues vers sa robe légère

Clopine définitivement un Cas à Part dit: 11 janvier 2017 à 9 h 58 min

Ah oui, le « divan ». Télérama nous dit que Depardieu y est « sublime, une fois de plus ». Voire. Perso j’avais trouvé Dussolier, que j’attendais partout sauf là, particulièrement remarquable face à Hands, alors…

D’un autre côté, Depardieu est sans doute plus « près » des Russes que Dussolier (puisqu’il se tape la vodka du Diable) ; m’enfin, tout ça ne m’empêche pas de ruminer une petite question : pourquoi donc des français (ici, la belle Ardant) prennent-ils Staline pour sujet ? Où sont les russes ???

JC..... dit: 11 janvier 2017 à 9 h 56 min

Sur les dires de Boudegras
Se posent les mouches voraces
A la recherche de l’estrasse
Attirées par ses gros cacas !

JC..... dit: 11 janvier 2017 à 9 h 53 min

Juste des mots écrits sur l’eau
Pour remercier Pierre Assouline
Dont les billets qui nous câlinent
Agitent même les manchots…

Boudegras dit: 11 janvier 2017 à 9 h 49 min

Coucou voici l’andouille
On a reconnu la JCette
Aussi fûtée qu’une nouille
Aussi molle qu’une poire blette

JC..... dit: 11 janvier 2017 à 9 h 40 min

Wiwi, ô très cher Wiwi…
Tu blablates, mais on t’envie
Dans l’erreur clapotant souvent
Ta joie est celle des enfants

JC..... dit: 11 janvier 2017 à 9 h 34 min

Il vole au dessus de nous
Et sa hauteur nous rend jaloux
De ses ailes, il bénit Pablo
Chaloux enrage, le rigolo !

bérénice dit: 11 janvier 2017 à 9 h 27 min

La Poésie n’appartient pas à celui qui l’écrit mais à celui qui s’en sert.

C’est une formule en phase avec le système, le travail n’appartient pas à ceux qui le fournissent mais à ceux qui l’exploitent.

Chaloux dit: 11 janvier 2017 à 9 h 27 min

Nous attendons avec impatience,
La macaronique science
de celui dont le cerveau s’ensabla,
Oui! J’ai nommé Blabla!

bérénice dit: 11 janvier 2017 à 9 h 19 min

enfin une bonne nouvelle
la forme de l’écuelle
rivalise à côté Gargamelle.
Des bidons, des tonneaux et même des jambons
s’en vont rouler du camp, la pente en raidillon
En bas, hisse et haut , enfin des bons lardons.

renato dit: 11 janvier 2017 à 9 h 12 min

« … comme le spectateur qui s’ennuie ferme… »

L’ennui est un moment intéressant de l’expérience esthétique, la vie.

Le jour où l’un de mes chiens détruisit à coups de dents quelque chose de Trakl, mon premier souci fut qu’il n’en ait pas avalé des pages ; et si oui, qu’il arrive à les digérer.

bérénice dit: 11 janvier 2017 à 9 h 06 min

si c’est de moi qu’il est question, sortant tout juste de la douche
du manifeste ai achevé la touche!
Et de ce doux parfum qu’une brume légère à vous distribuera
comme un journal qui pourtant vous ignora.

bérénice dit: 11 janvier 2017 à 8 h 53 min

Voyez JC, nos poètes se déchaînent
Pourquoi de vous ces sentiments obscènes
gisent au fond du tiroir sans trouver le miroir
ô triste rostre perdu dans le manoir
ne sachant si le vent si les mots ensemenceront son soir
les étoiles finiront de briller sur tout ce grand fond noir.

Sant'Angelo Giovanni dit: 11 janvier 2017 à 7 h 46 min


…le meilleur renseignement que l’on puisse donner,!…
…est d’être, ou devenir riche pour tout le  » monde « ,!…
…être riche et puissant, pour s’accorder l’estime et la bénédiction des faveurs de tous à continuer son chemin, dans un sens objectif harmonieux, des intérêts de réciprocité à suivre et rendre conseils, à améliorer toute les concurrences évolutives au bien-être commun,!…

…l’humanité, n’est pas une secte de banquiers parvenus à leurs bourses,!…
…les faveurs de l’argent, pour toujours changer le monde, vers l’image de tout les dieux sur terre,!…

…des papes, comme s’il en pleuvaient,!…

…Oui, là, çà me touche l’orteil,…encore un chien, qui me pisse trop près,!…
…qu’est ce que çà bave,!…serrer la ceinture entre dire le bien, et faire son contraire,!…
…les noces d’intérêts fées cons,!…
…pour nos pauvres diables lubriques du sous malin,!…nos Judas d’empire,!…
…Ah,!…Ah,!…Bip,!Bip,!…à cheval et au galop,!…tiens bon le vent,!…etc,!…

Mohawk dit: 11 janvier 2017 à 7 h 21 min

Apportez vos chaudrons, sorcières de Shakespeare,
Sorcières de Macbeth, prenez-moi tout l’empire,
L’ancien et le nouveau ; sur le même réchaud
Mettez le gros Berger et le comte Frochot,
Maupas avec Réal, Hullin sur Espinasse,
La Saint-Napoléon avec la Saint-Ignace,
Fould et Maret, Fouché gâté, Troplong pourri,
Retirez Austerlitz, ajoutez Satory,
Penchez-vous, crins épars, œil ardent, gorge nue,
Soufflez à pleins poumons le feu sous la cornue ;
Regardez le petit se dégager du grand ;
Faites évaporer Baroche et Talleyrand,
Le neveu qui descend pendant que l’oncle monte ;
Que reste-t-il au fond de l’alambic ? La honte.

la vie dans les bois dit: 11 janvier 2017 à 6 h 07 min

La Poésie n’appartient pas à celui qui l’écrit mais à celui qui s’en sert.

-«Metafore, diamine!».
– «E cosa sarebbero?».
– «Per spiegartelo più o meno confusamente, sono modi di dire una cosa paragonandola con un’altra».
– «Mi faccia un esempio».
– «Be’, quando dici che il cielo sta piangendo, cos’è che vuoi dire?».
– «Semplice! Che sta piovendo, no?».
– «Ebbene, questa è una metafora».
– «E perché, se è una cosa così semplice, ha un nome così complicato?».

– «Perché gli uomini non hanno nulla a che vedere con la semplicità o la complessità delle cose. Secondo la tua teoria, una cosa piccola che vola non dovrebbe avere un nome lungo come farfalla. Pensa che elefante ha lo stesso numero di lettere di farfalla, ed è molto più grande e non vola»

-«Cacchio! Come mi piacerebbe essere poeta!».

Le Postman se mit alors à faire des promenades sur la plage, pour trouver la bonne métaphore.

Celle que Mario trouva, lentement,- après une mémorable raclée au babyfoot contre la belle Beatriz,- déclencha alors l’émoi dans le petit village, et dans le coeur de la belle:

« Il tuo sorriso si espande come una farfalle. »

http://www.pierdelune.com/neruda1.htm

D. dit: 11 janvier 2017 à 0 h 33 min

Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d’amour soupirait, infinie ;
Les flots voluptueux ruisselaient d’harmonie
Et des larmes montaient aux yeux des matelots.

Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les rochers,
Une haleine de fleurs alanguissait les voiles ;
Et le ciel reflété dans les flots pleins d’étoiles
Versait tout son azur en l’âme des nochers,

Les Sirènes chantaient… Plus tendres à présent,
Leurs voix d’amour pleuraient des larmes dans la brise,
Et c’était une extase où le cœur plein se brise,
Comme un fruit mûr qui s’ouvre au soir d’un jour pesant !

Vers les lointains, fleuris de jardins vaporeux,
Le vaisseau s’en allait, enveloppé de rêves ;
Et là-bas — visions — sur l’or pâle des grèves
Ondulaient vaguement des torses amoureux.

Diaphanes blancheurs dans la nuit émergeant,
Les Sirènes venaient, lentes, tordant leurs queues
Souples, et sous la lune, au long des vagues bleues,
Roulaient et déroulaient leurs volutes d’argent.

Les nacres de leurs chairs sous un liquide émail
Chatoyaient, ruisselant de perles cristallines,
Et leurs seins nus, cambrant leurs rondeurs opalines,
Tendaient lascivement des pointes de corail.

Leurs bras nus suppliants s’ouvraient, immaculés ;
Leurs cheveux blonds flottaient, emmêlés d’algues vertes,
Et, le col renversé, les narines ouvertes,
Elles offraient le ciel dans leurs yeux étoilés !…

Des lyres se mouraient dans l’air harmonieux ;
Suprême, une langueur s’exhalait des calices,
Et les marins pâmés sentaient, lentes délices,
Des velours de baisers se poser sur leurs yeux…

Jusqu’au bout, aux mortels condamnés par le sort,
Chœur fatal et divin, elles faisaient cortège ;
Et, doucement captif entre leurs bras de neige,
Le vaisseau descendait, radieux, dans la mort !

La nuit tiède embaumait…Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d’amour soupirait, infinie ;
Et la mer, déroulant ses vagues d’harmonie,
Étendait son linceul bleu sur les matelots.

Les Sirènes chantaient… Mais le temps est passé
Des beaux trépas cueillis en les Syrtes sereines,
Où l’on pouvait mourir aux lèvres des Sirènes,
Et pour jamais dormir sur son rêve enlacé.

Petit Rappel dit: 11 janvier 2017 à 0 h 26 min

Par l’ample mer, loin des ports et arènes,
S’en vont nageant les plaintives sirènes
En déployant leurs chevelures blondes,
Et de leur voix plaisantes et sereines,
Les plus hauts mats et plus basses carènes
Font arreter aux plus mobiles ondes,
Et souvent perdre en tempetes profondes.
Ainsi la vie, à nous si délectable,
Comme sirene affectée et muable,
En ses douceurs nous enveloppe et plonge,
Tant que la Mort rompe aviron et cable,
Et puis de nous ne reste qu’une fable,
Un moins que rien, ombre, fumée, et songe.

Sant'Angelo Giovanni dit: 11 janvier 2017 à 0 h 17 min


…le roman de la rose renard, çà va passer,!…

…gardons nous, à nos réserves aussi cybernétiques soient t’elles,!…Ah,!Ah,!…
…etc,!…

D. dit: 11 janvier 2017 à 0 h 08 min

Ma maîtresse est toute angelette,
Toute belle fleur nouvelette,
Toute mon gracieux accueil,
Toute ma petite brunette,
Toute ma douce mignonnette,
Toute mon coeur, toute mon oeil.

Toute ma grâce et ma Charite,
Toute belle perle d’élite,
Toute doux parfum indien,
Toute douce odeur d’Assyrie,
Toute ma douce tromperie,
Toute mon mal, toute mon bien.

Toute miel, toute reguelyce,
Toute ma petite malice,
Toute ma joie, et ma langueur,
Toute ma petite Angevine,
Ma toute simple, et toute fine,
Toute mon âme, et tout mon coeur.

Encore un envieux me nie
Que je ne dois aimer m’amie :
Mais quoi ? Si ce bel envieux
Disait que mes yeux je n’aimasse
Penseriez-vous que je laissasse,
Pour son dire, à n’aimer mes yeux ?

D. dit: 11 janvier 2017 à 0 h 05 min

Allons, insoucieuse, ô ma folle compagne,
Voici que l’hiver sombre attriste la campagne,
Rentrons fouler tous deux les splendides coussins ;
C’est le moment de voir le feu briller dans l’âtre ;
La bise vient ; j’ai peur de son baiser bleuâtre
Pour la peau blanche de tes seins.

Allons chercher tous deux la caresse frileuse.
Notre lit est couvert d’une étoffe moelleuse ;
Enroule ma pensée à tes muscles nerveux ;
Ma chère âme ! trésor de la race d’Hélène,
Verse autour de mon corps l’ambre de ton haleine
Et le manteau de tes cheveux.

Que me fait cette glace aux brillantes arêtes,
Cette neige éternelle utile à maints poètes
Et ce vieil ouragan au blasphème hagard ?
Moi, j’aurai l’ouragan dans l’onde où tu te joues,
La glace dans ton cœur, la neige sur tes joues,
Et l’arc-en-ciel dans ton regard.

Il faudrait n’avoir pas de bonnes chambres closes,
Pour chercher en janvier des strophes et des roses.
Les vers en ce temps-là sont de méchants fardeaux.
Si nous ne trouvons plus les roses que tu sèmes,
Au lieu d’user nos voix à chanter des poèmes,
Nous en ferons sous les rideaux.

Tandis que la Naïade interrompt son murmure
Et que ses tristes flots lui prêtent pour armure
Leurs glaçons transparents faits de cristal ouvré,
Échevelés tous deux sur la couche défaite,
Nous puiserons les vins, pleurs du soleil en fête,
Dans un grand cratère doré.

À nous les arbres morts luttant avec la flamme,
Les tapis variés qui réjouissent l’âme,
Et les divans, profonds à nous anéantir !
Nous nous préserverons de toute rude atteinte
Sous des voiles épais de pourpre trois fois teinte
Que signerait l’ancienne Tyr.

À nous les lambris d’or illuminant les salles,
À nous les contes bleus des nuits orientales,
Caprices pailletés que l’on brode en fumant,
Et le loisir sans fin des molles cigarettes
Que le feu caressant pare de collerettes
Où brille un rouge diamant !

Ainsi pour de longs jours suspendons notre lyre ;
Aimons-nous ; oublions que nous avons su lire !
Que le vieux goût romain préside à nos repas !
Apprenons à nous deux comme il est bon de vivre,
Faisons nos plus doux chants et notre plus beau livre,
Le livre que l’on n’écrit pas.

Tressaille mollement sous la main qui te flatte.
Quand le tendre lilas, le vert et l’écarlate,
L’azur délicieux, l’ivoire aux fiers dédains,
Le jaune fleur de soufre aimé de Véronèse
Et le rose du feu qui rougit la fournaise
Éclateront sur les jardins,

Nous irons découvrir aussi notre Amérique !
L’Eldorado rêvé, le pays chimérique
Où l’Ondine aux yeux bleus sort du lac en songeant,
Où pour Titania la perle noire abonde,
Où près d’Hérodiade avec la fée Habonde
Chasse Diane au front d’argent !

Mais pour l’heure qu’il est, sur nos vitres gothiques
Brillent des fleurs de givre et des lys fantastiques ;
Tu soupires des mots qui ne sont pas des chants,
Et tes beaux seins polis, plus blancs que deux étoiles,
Ont l’air, à la façon dont ils tordent leurs voiles,
De vouloir s’en aller aux champs.

Donc, fais la révérence au lecteur qui savoure
Peut-être avec plaisir, mais non pas sans bravoure,
Tes délires de Muse et mes rêves de fou,
Et, comme en te courbant dans un adieu suprême,
Jette-lui, si tu veux, pour ton meilleur poème,
Tes bras de femme autour du cou !

D. dit: 11 janvier 2017 à 0 h 03 min

Songes-tu parfois, bien-aimée,
Assise près du foyer clair,
Lorsque sous la porte fermée
Gémit la bise de l’hiver,

Qu’après cette automne clémente,
Les oiseaux, cher peuple étourdi,
Trop tard, par un jour de tourmente,
Ont pris leur vol vers le Midi ;

Que leurs ailes, blanches de givre,
Sont lasses d’avoir voyagé ;
Que sur le long chemin à suivre
Il a neigé, neigé, neigé ;

Et que, perdus dans la rafale,
Ils sont là, transis et sans voix,
Eux dont la chanson triomphale
Charmait nos courses dans les bois ?

Hélas ! comme il faut qu’il en meure
De ces émigrés grelottants !
Y songes-tu ? Moi, je les pleure,
Nos chanteurs du dernier printemps.

Tu parles, ce soir où tu m’aimes,
Des oiseaux du prochain Avril ;
Mais ce ne seront plus les mêmes,
Et ton amour attendra-t-il ?

D. dit: 11 janvier 2017 à 0 h 00 min

Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
Mille et mille baisers donne-moi je te prie,
Amour veut tout sans nombre, amour n’a point de loi.

Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser (de Pluton ou la femme ou l’amie),
N’ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?

En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes
Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas,
Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.

Sant'Angelo Giovanni dit: 10 janvier 2017 à 22 h 54 min


…juste, pour dire,!…tout de même,!…

…une Europe, sans frontières,…pour qui,!…
…avec la crise économique, et les lobbyings, pour profiter du moindre profit à se jeter dessus, comme des loups affamés sur des européens  » morts à crédits « ,!…

…le jeux, du profit des gouvernants, sur leurs populations, à ne pas échapper, à la concorde fasciste de concert,…l’Europe des  » nazis « , manipulables pour un Oui, pour un Non,!…
…vous dites des quoi,!…des lobbyings de qui, des sectes d’europe, des chevaliers de l’ordre, ou autre teutonniques, ou de Saint-Jean,!…des églises du cul,!…

…prions et le pain arrive tout seul, à table,!…le concert de la fumée en diversions,!…

…l’Europe du marché commun,!…dans la tourmente des manipulations par les lobbyings, donc écrasons les logiques de vivre mieux,…par des discordes à rétrograder notre civilisation, issue des révolutions précédentes entre stratifications et différences bourgeoises graduées à nos doctrines d’héritiers,!…

…la jalousie, de pouvoir profiter de vacances, comme si les hôtels, doivent rester vides, et ce plein à la Côte d’Azur,!…

…allons voir ailleurs,!…les vacances en Californie,!…

…vivre, contre toute les  » Doxa « , tuer vous tous,!…je reste libre et en vacance dans la joie de  » Vivre « ,!…

…en  » Châteaux « ,!…seigneurs, à domaines,!…sans templiers sur mon  » dos « ,!…Ah,!Ah,!…

…la route de la soie, voir Airbus,!…etc,!…

D. dit: 10 janvier 2017 à 21 h 29 min

A force de silence et de m’émerveiller
je veux croire au plus nu
Garder foi en ce qui naît
Et prendre feu dans l’innocence

D. dit: 10 janvier 2017 à 21 h 24 min

qui par la suite est devenu milliardaire en remportant un procès contre Vivendi qui lui avait piqué le nom de son association d’aide au Sénégal dont il était originaire, ce qui a bien arrangé ses affaires (il était informaticien de formation), je ne sais pas ce qu’il est devenu.

Chais pas. Notaire ?

Jibé dit: 10 janvier 2017 à 20 h 53 min

Je l’ai vu à l’Arlequin cet après-midi, WGG, public vieillissant de Saint-Germain-des-près et de Montparnasse…

Jibé dit: 10 janvier 2017 à 20 h 48 min

« La poésie politique de Neruda est lourde »

Accommodée à la sauce baroque du film, elle devient carrément indigeste, WGG ! Et lui semble un petit cochon rose tout rond. Belles scènes de bordel où Neruda distribue aux putes et même aux travellos, qui l’embrasse sur la bouche, ses recueils de poèmes. On se croirait dans le Satyricon, entre Santiago et Valparaiso et jusques aux confins de la Cordillère des Andes sous la neige. Génial ! Ce dont Ardant, cinéaste, est totalement dépourvue… de génie, hélas. Ce n’est qu’une voix qui a de la gueule la Fanny !

Widergänger dit: 10 janvier 2017 à 20 h 43 min

Oui, je vais aller voir le Neruda. Il passe à l’Apollinaire justement. Je vais sans doute y aller demain.

Widergänger dit: 10 janvier 2017 à 20 h 38 min

La poésie politique de Neruda est lourde, oui. Même le Canto geral mais enfin c’est encyclopédique et poétique.

En revanche Hauteur de Machu Pichu, qui fait partie du Chant général, c’est absolument génial, un chef-d’œuvre, y compris la traduction de Caillois. Celle de Grammont est nulle. J’aime aussi le recueil qu’il a écrit sur les pierres du Chili. L’un des traducteurs de Neruda était prof d’espagnol à Chaptal, il pondu un recueil de nouvelles.

bouguereau dit: 10 janvier 2017 à 20 h 33 min

Dans un cas comme dans l’autre, ce sera l’horreur pour les classes moyennes

..faut henlever la batrie dton vélo et monter les escalier en ptite foulée dracul..le tout havec un tshirt breibart niouz..tu commences demain

Bribesdutemps dit: 10 janvier 2017 à 20 h 29 min

Un film qui tente d’approcher l’écriture poétique. Je n’en avais jamais vu. Ce n’est rien, juste des mots écrits sur l’eau. Et tout d’un coup, cette existence que l’on ne voudrait pas vivre, elle reçoit l’onction de vie.

Jibé dit: 10 janvier 2017 à 20 h 26 min

A signaler, dans le même genre, mais sur un poète bien réel, le « Neruda » de Pablo Larraín. Une Biopic de création, dans lequel le cinéaste « déconstruit » la statue de ce parangon de la mythologie gauchiste. ça change ! Neruda y apparait grotesque et sa poésie lourdement indigeste…
Connaissant plus l’homme que ses poèmes, je serais heureux de connaitre l’avis de Pablo sur l’oeuvre du poète chilien ?

Delaporte dit: 10 janvier 2017 à 20 h 01 min

Ce sera un duel Le Pen/Fillon, oui, mais qui vous dit que le transparent Fillon va gagner ? Les sondages actuels montrent qu’il baisse, et que Marine Le Pen commence à le grignoter dangereusement. En 2017, sans attendre 2022, on risque déjà d’hériter du FN.

Widergänger dit: 10 janvier 2017 à 19 h 42 min

Ce sera un duel Fillon/Marine LP en mai prochain avec victoire de Fillon. Ou alors Macron/Fillon avec victoire de Macron.

Dans un cas comme dans l’autre, ce sera l’horreur pour les classes moyennes.

Widergänger dit: 10 janvier 2017 à 19 h 39 min

Hommage aux quatre victimes de l’attentat de Jérusalem :

Yael Yekutiel
Erez Orbach
Shir Hajaj
Shira Tzur

hamlet dit: 10 janvier 2017 à 18 h 59 min

il y a des moments où ce petit entre soi culturel devient drôlatique que voir des gens sortir d’un music hall à Paris en 1943, la tronche enfarinée et le sourire aux lèvres , on peut au moins dire merci à trump de mettre en évidence cet aspect grotesque du monde.

si jarmush nous apparait dans tout son grotesque et vulgaire c’est un peu grâce à donald trump.

hamlet dit: 10 janvier 2017 à 18 h 49 min

monsieur deladoor ! les nihilistes sont ceux qui continuent de faire comme si rien ne s’était passé.

il vient de sa passer un truc incroyable aux etats unis et on nous enfume avec l’histoire d’un chauffeur de bus qui écrit son nom sur l’eau.

je n’ai rien contre ce chauffeur de bus poète à ses heures, mais j’aimerais bien qu’on me parle de tous ces ploucs qui sont dans le bus et qui pensent que Keats est une marque de céréales !

désolé mais il y a des limites à l’enfumage.

hého : réveillez-vous mes petits chéris !

christiane dit: 10 janvier 2017 à 18 h 44 min

JJJ
Pour le noir : « (NOIR) Non »
J’aime le noir mais dans votre écriture il n’était qu’un « non », pas un Soulages, ni une encre chinoise, c’est pour cela que j’ai parlé d’un couperet.
J’aime les enfants (et les plus grands) capables de dire « Non ! ». On est grand souvent par ce que l’on refuse. Rien de pire que les mous qui ne disent ni oui ni non. Alors un oui, pour ceux qui ont dit « non », c’est comme le soleil !

Delaporte dit: 10 janvier 2017 à 18 h 37 min

Hamlet, c’est déprimant de vous lire. C’est vous qui êtes un punk nihiliste, qui se complaît à l’être. Essayez d’être moins amer, un jour.

christiane dit: 10 janvier 2017 à 18 h 32 min

@Janssen J-J dit: 10 janvier 2017 à 17 h 51 min
Merci, JJJ, l’humour ne vous quitte pas même pour lire mes élucubrations ! parfois écrire ici donne une telle liberté que l’on regarde les mots dévaler la pente neigeuse !
Ah, les tiers variables de César… et oui, ils renvoient à bien des dialogues ici…
Je ne pouvais aller plus loin. On vient de me piquer mon porte-carte dans le bus sans que je ne m’en rende compte. Cette impression qu’on est entré dans mon intimité. Quelle violence… Alors je retiens la ribambelle des livres lus cette année. Ils me tiennent chaud ! plus tard peut-être… C’est aussi une forme d’identité…
Bonne soirée.

hamlet dit: 10 janvier 2017 à 18 h 29 min

le plus triste dans cette affaire c’est ce pauvre Keats, il doit se dire que c’est dur d’être aimé par des imbéciles.

faire de Keats un produit de consommation par un néo punk post moderne c’est le pire du pire !

pourquoi jarmush ne se contente pas de faire de la musique avec son pote neil young ?

si trump est président c’est bien la faute à neil young.

hamlet dit: 10 janvier 2017 à 18 h 25 min

jarmush est aux états unis ce que sorrentino et paul edel sont à l’italie.

le plus drôle est que les soi disant cultivés ne font que rendre encore plus vulgaires ce monde.

entre un sorrentino, un jarmush et un plouc qui vote pour trump le plus vulgaire n’est pas celui que tu crois mon boubou

hamlet dit: 10 janvier 2017 à 18 h 23 min

y’a qu’un plouc pour comprendre les ploucs ?

même pas : il n’y a personne pour comprendre les ploucs, c’est une fatalité, la malédiction des ploucs, être broyés par le courant de l’histoire.

boubou : on ne rigole pas avec ces histoires de pouvoir.

même les villes qui étaient autrefois le fief de l’anarchisme syndical sont vouées à être transformées en objet culturel et en produit de consommation par les petits malins comme jarmush.

la routine…

hamlet dit: 10 janvier 2017 à 18 h 10 min

@bloom, on connait bien le scénario.
au début du film les ploucs votent pour un débile, il ne restait plus que cette possiblité pour les ploucs, faire d’un débile un président, il fallit que les ploucs soient au bout du rouleau pour en arriver là,
à ce niveau de l’histoire les cultivés s’indignent et se moquent des ploucs,
les ploucs restent sereins même s’ils n’en mènent pas large,
ensuite le débile enfume les ploucs qui ont voté pour lui, et là les cultivés jubilent, genre on vous l’avait bien dit !
on vous l’avait bien dit quoi ? on vous l’avait bien dit qu’il fallait rester à votre place les ploucs et pas faire les malins,
à la fin de l’histoire les cultivés remttent à la présidence un cultivé comme eux, et les choses rentrent dans l’ordre, les ploucs réapprennent à fermer leur g.eule et les cultivés peuvent repartir dans leur beaux discours et clamer haut et fort leur amour du genre humain incluant les ploucs qui se résignent à redevenir les mascottes des cultivés !
et voilà !

Bloom, j’attends donc le moment où vous réjouirez de voir Trump enfulmer les ploucs qui ont voté pour lui, puisque c’est la prochaine étape.

c’est comme les films de Jarmusch : tellement téléphoné et attendu…

Janssen J-J dit: 10 janvier 2017 à 17 h 51 min

@0.15 Même dans un arrosoir, on ne peut mettre que trois tiers. CÉSAR (triomphal) Alors, explique-moi comment j’en ai mis quatre dans ce verre. MARIUS Ça, c’est de l’arithmétique. CÉSAR Oui, quand on ne sait plus quoi dire, on cherche à détourner la conversation. Et la dernière goutte, c’est de l’arithmétique aussi ? »

Je suppose que vous faisiez allusion à l’arithmétique tacticienne de wgg, n’est-ce pas, Ch. ? Très drôle… Merci infiniment de nous avoir donné l’occasion d’expliquer la démarcation de vos ressentis de lectrice assidue, et pour cette chute pour le moins inattendue. Mais le NOIR quand même, dans l’infini nuancier de Soulages, ce n’est jamais sinistre.

bérénice dit: 10 janvier 2017 à 17 h 18 min

J’attendrai le 13 et j’irai voir ce film dans une ville où Molière séjourna, il faut faire honneur à la poésie en rendant hommage au théâtre comme de plus la salle de projection n’a pas été rénovée depuis le velours rouge, la nostalgie s’invitera au côté des âmes solitaires qui vont sans se presser entrelacer leurs rêveries à l’image.

bérénice dit: 10 janvier 2017 à 17 h 14 min

Entre les molécules !

et si vous n’affichez pas le Nobel de chimie, rien à faire, drapeau en berne, la molécule recule.

D. dit: 10 janvier 2017 à 16 h 43 min

Heure par heure, comme une fleur qui s’ouvre,
Les vérités fleuriront,
Car le soleil peut pâlir et nous manquer les étoiles;
La Loi de Dieu demeure;
Sa splendeur éclate, son influence croît
Au lent travail de la nature,
Du menu zoophyte aux Grands Maîtres de Tout,
À travers les millions d’années.

Bloom dit: 10 janvier 2017 à 16 h 27 min

J’étais à Toulon ces derniers jours. Le grand remplacement est passé par là

T’as vu, Baroz, c’est dingue…Le RCT ne compte presque plus de joueurs français…(c’est mes copines qu’ont formé Manonu en français à Auckland, courtesy RCT themselves)…
Autrefois, on disait pareil des Ritals, et puis tu vois, on les aime tellement qu’on leur offre la Coupe du Monde sur un coup de tête…O tempo, o mores, eodem stercore. The way of the world.

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