de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Godard, du côté de la littérature plus que du cinéma

Godard, du côté de la littérature plus que du cinéma

En 1997, comme le Festival de Cannes s’apprêtait à célébrer son premier demi-siècle, l’envie m’a pris de marquer le coup en allant rendre visite à Jean-Luc Godard chez lui à Rolle pour une conversation sur sa dette vis à vis de … la littérature. L’éditeur Paul Otchakovsly-Laurens se fit l’intermédiaire. Godard accepta car, disait-il, il avait lu l’un de mes livres (la biographie de Daniel Kahnweiler, je crois) qui lui avait bien plu. Rendez-vous fut pris pour un samedi matin dans sa maison sur les rives du Léman. La veille, alors que tout avait été réservé, il fit savoir qu’il refusait. Stupeur et tremblement. Il m’appela : « Je viens de lire dans Le Temps que vous étiez un ami de Claude Berri et, voyez-vous, je ne peux pas serrer la main de quelqu’un qui a serré la main de Claude Berri. Dommage… ». Au magazine Lire, où la couverture et une dizaine de pages avaient été réservées pour cet entretien, ce fut la consternation trois jours avant le bouclage. Quelques heures après, il m’envoya un fax : « Bon, si vous voulez… ».

Le lendemain, je sonnais à sa porte comme convenu. Rien. Impossible d’escalader car les volets étaient clos. Je tambourinais à la porte du garage. Rien. J’appelais ses numéros ; on les entendait sonner à travers la porte. Mais en vain. Je m’assis par terre en m’adossant au rideau de fer en espérant qu’une idée de génie me vienne. Elle vint lorsque le rideau se leva au bout d’une demi-heure. Godard apparut en me tendant la main : « Je fais souvent ça, c’est un test car si un type veut vraiment me voir, il ne part pas… » Il me fit entrer dans un vaste hangar transformé en studio de montage. Pendant qu’il farfouillait, j’inspectais sa bibliothèque : celle d’un homme nourri dans sa jeunesse à tout ce que la vieille droite littéraire a pu produire (Morand, Rebatet, Montherlant, Mauriac, Bernanos et aussi Nimier, Blondin…), de grands classiques étrangers et d’autres choses plus modernes, plus récentes. Celle d’un grand lecteur qui, comme ses anciens amis de la Nouvelle vague, les Truffaut, Chabrol, Rivette, Rohmer, était fondamentalement un écrivain raté. Puis il m’installa face à un écran de télévision : « Je viens de terminer la partie de mon Histoire du cinéma pour Canal+ sur le néo-réalisme italien, tout ça… Regardez, vous me direz. Moi, je vais faire mes courses à la Migros ». Et il s’en alla en trainant son caddy, me laissant seul et enfermé. Quand il revint, je visionnais encore. Il s’installa derrière l’écran , alluma un cigare et me regarda regardant. Ce que je voyais, ce que j’entendais aussi quand la bande son et le commentaire étaient le film tout autant que les images, tout cela me stupéfiait par sa beauté, sa puissance d’incantation et la mystique du cinéma qui s’en dégageait. Puis on bavarda toute la journée. A table, comme on feuilletait le dernier numéro de Lire, il s’arrêta sur une rare photo de Maurice Blanchot à la fin de sa vie, cadavérique aux longues mains osseuses, prise à la dérobée sur un parking. Il la regarda, se pencha puis : »« Oh , vous avez vu, Nosfératu…. ». Qui d’autre que Godard…

Cette conservation me revient à la lecture d’un débat lancé hier par Paul Edel dans les commentaires de la « République des livres » sur ce chef d’œuvre que demeure Le Mépris, choc visuel inentamé par le temps, et par les interrogations de Pablo75 ce matin quant à la fidélité de Godard à la littérature plus qu’au cinéma… Retour à 1997…

Les cinquante ans du Festival de Cannes, ça vous fait quelque chose?

Je m’en fiche. Je ne lui dois rien. Je n’y ai jamais rien eu. Pourtant, j’y vais souvent. Quand on a un nouveau film, ça peut le faire connaître. Mais, aujourd’hui, les festivals de cinéma sont comme les congrès de dentistes. Discours, cocktails, repas, banquets, le maire, la femme du maire… C’est tellement folklorique que ç’en est déprimant.

De toute façon, pour vous, tout a commencé par des livres plutôt que par des films, non?

Bien sûr. Il n’y a que des gens comme Claude Lelouch pour se souvenir avoir vu Citizen Kane à 5 ans. Moi, c’était plutôt Les nourritures terrestres. On me l’a offert à 14 ans pour mon anniversaire. C’est comme ça que j’ai découvert la littérature. Il faut savoir que ma famille était très stricte. Autant en emporte le vent et Maupassant y étaient interdits.

La littérature, ça venait plutôt du côté Godard ou du côté Monod?

Plutôt Monod. Ma mère lisait beaucoup. Mais le goût du romantisme allemand me venait de mon père, qui était médecin. Entre 13 et 20 ans, grâce à lui j’ai dévoré Musil, Broch, Thomas Mann. Mon grand-père m’a aussi marqué, beaucoup marqué. Il était banquier à Paribas. C’était un ami de Paul Valéry. Il avait tous ses livres. On appelait sa bibliothèque le «valerianum». Pour ses anniversaires de mariage, je devais réciter Le cimetière marin. J’aimais bien son Tel quel aussi. Moins sauvage que Cioran, mais l’époque était différente. Il avait de belles phrases Valéry, lui aussi.

D’autres écrivains ont compté?

Le Gide des Faux-Monnayeurs, le Green de Minuit etLéviathan, presque tout Bernanos, et puis Chardonne et Jouhandeau. Tout ça m’a marqué. J’allais oublier Malraux, son Esquisse d’une psychologie du cinéma, sa Psychologie de l’artLes noyers de l’Altenburg et puis La condition humaine, un type de roman décrié mais qui me paraît inégalé. Ses articles critiques sur Baudelaire sont également inoubliables. Malraux, vraiment…

Il a eu le bon goût de ne tourner qu’un documentaire, lui…

Peu d’écrivains font du cinéma. Parce que c’est fatigant. En général, un bon écrivain n’a aucune raison de faire du cinéma. Il y a des exceptions, Marguerite Duras par exemple, que j’ai connue pendant deux ou trois ans. Mais elle a un peu trop systématiquement tiré sur la corde de l’originalité. Elle a essayé tous les registres. Et puis il y avait son avarice, son besoin de reconnaissance. Mais elle a fait un très bon film, un vrai film avec un peu d’argent, India Song. C’est mon préféré. Un bon film dans une vie, ça suffit, non? Surtout que c’était une pure littéraire, dans le meilleur sens du terme. Ecrire, il n’y avait que ça pour elle. Ça remplissait une fonction fondamentale. Ecrire, pas filmer.

L’échec de Bernard-Henri Lévy vous a surpris?

C’était sûr. Il n’est pas plus cinéaste qu’il n’est écrivain. Ça doit être un éditorialiste.

Finalement, le fameux trio Cocteau-Guitry-Pagnol a été l’exception plutôt que la règle. On ne voit guère d’autres écrivains de ce calibre qui aient été également grands derrière la caméra…

Cocteau exécutait des figures libres dans des exercices imposés. J’admirais encore plus le cinéaste que l’écrivain en lui. Chez Pagnol aussi. C’est le cinéaste en lui qui a découvert le secret du masque de fer en imaginant que le roi était toujours reconnu dans la rue à cause des pièces de monnaie reproduisant son visage.Unknown

Quel souvenir conservez-vous de votre adolescence?

J’ai énormément lu. Après, j’ai vécu. Mais dans ma vie d’adulte, je n’ai jamais retrouvé les émerveillements que Gide m’avait procurés. Il y a bien eu à 20 ans le choc de Dashiell Hammett et de Thomas Hardy. Jude l’Obscur, ce sont les surréalistes qui me l’ont fait découvrir. Mais depuis, je n’ai eu que des émerveillements de spectateur. Il n’y a guère que la relecture de classiques qui puisse m’éblouir encore.

Et les romans récents, vous les lisez?

Aucun. C’est trop nul. Je préfère l’histoire, les Mémoires, les sciences, la philosophie et surtout les biographies littéraires. Ça m’intéresse ce qu’on croit être les petits côtés des gens, l’attitude de Joyce ou de Conrad vis-à-vis de leur famille. Avant de lire la vie de George Eliot, je croyais que c’était un homme… J’aime bien aussi le journalisme d’investigation quand il est pratiqué par des écrivains, le Truman Capote de De sang-froid, le Norman Mailer de Miami et le siège de Chicago. En France, il n’y a guère que Gilles Perrault. Mon préféré, c’est Un homme à part sur la vie de militant d’Henri Curiel.

A propos, vous avez lu les Mémoires de Brigitte Bardot? Elle vous décrit comme «un intello cradingue et gauchisant» qui conservait son chapeau en toutes circonstances pendant le tournage du Mépris…

Non, non, je ne lis pas ça. Surtout maintenant, après ses déclarations… Avant, je la trouvais plutôt sympa avec ses animaux. A l’époque du Mépris, ça s’est très bien passé, il n’y a eu aucune dispute, c’était très agréable. Ce qu’elle écrit aujourd’hui, ça la regarde. Mais les souvenirs de Bardot, non! Autant lire ceux de Nadine de Rothschild. Je préfère lire les Mémoires de Jean-François Revel. Ou le dernier John Le Carré, ça satisfera mon goût de l’agent double. Je me suis toujours senti double. On ne vient pas de la terre et puis quand même, on y est. Le Carré est un sous-maître qui ne vaut pas Graham Greene, lequel ne vaut pas Conrad… J’ai récemment relu Le rocher de Brighton. Les premiers romans sont souvent les meilleurs, on en revient toujours là. Celui-là, je l’aurais bien tourné. Impossible: il était trop bon. Je ne pouvais pas lui faire ça. Il avait beaucoup de force et moi, je n’en ai pas. Il m’en aurait donné. Quand j’ai adapté Moravia, j’avais de la force: je me suis servi de ses faiblesses pour lui prendre sa base.

Mais vous avez au moins essayé d’en lire, des romans français contemporains?

J’ai essayé. A la gare de Lausanne, j’ai souvent pris des poches sur le tourniquet. Bof… Je fais quand même des découvertes, Léon Daudet, Alexandre Vialatte, Fernando Pessoa, des gens que j’ai lus sur le tard. En fait, je vais peu dans les librairies.

Mais Truismes alors, vous l’avez trouvé comment?

Comme l’éditeur est un ami, j’ai pensé que ce serait bien de prendre une option sur les droits cinématographiques pour deux ans, en ne payant pas trop cher tout en étant correct. Et je me disais qu’un jour, peut-être, je m’y intéresserais…

Mais vous l’aviez lu?

A peine. Ça m’a paru difficile. J’ai essayé de le revendre à d’autres mais ça n’intéressait personne. Dommage que Marie Darrieussecq ne soit pas une cinéaste. Son idée était originale. Elle aurait dû en faire un film plutôt qu’un roman.

godardMais toute la presse a annoncé que vous alliez incessamment tourner le film!

Pas pour l’instant. J’ai relu le roman trois ou quatre fois en tant que producteur et non plus seulement comme réalisateur. Et là, ça m’est apparu non seulement difficile, mais cher. Peut-être qu’il faudrait en faire une pièce de théâtre. Ou une fable. J’ai quelques vagues idées de forme, de mouvement, de moments de scène. C’est trop particulier. A la réflexion, il vaudrait peut-être mieux en faire un dessin animé.

A cause de la métamorphose?

Même pas. Il suffirait de dire que la femme se change en truie. Mais est-ce que ça tiendra une heure avec un récitant? C’est le point commun entre le cinéma et le théâtre: le souci du regard de l’autre, des conditions dans lesquelles il s’exerce. On n’a pas le droit de se moquer.

De se moquer du monde?

De se moquer de soi.

Truismes vous paraît donc inadaptable?

Finalement, c’est peut-être la preuve que c’est un bon livre.

C’est votre théorie générale sur la transposition des romans à l’écran?

C’est ma théorie.

Pas un grand roman qui ait donné un grand film?

Je cherche… non, je ne vois pas.

Lolita, de Stanley Kubrick?

Moyen. De toute façon, Nabokov n’est pas un grand romancier.

Mais qu’est-ce que c’est, un grand romancier?

C’est Mme de La Fayette. En ce moment, je relis La princesse de Clèves pour un projet de film sur l’amour et l’Occident. Balzac, Stendhal, Flaubert, Tolstoï, Dostoïevski, Dickens, Thomas Hardy, Meredith, Virginia Woolf, les grands Américains… Voilà des écrivains, il y en a vingt à tout casser. Ils ont un style, c’est-à-dire un endroit où se pose l’âme, tandis que Günter Grass ou John Le Carré n’ont que du talent.

En vous suivant, on se dit que si Le mépris de Godard a été un grand film, c’est que Le mépris de Moravia n’était pas un très bon roman…

Son seul bon livre, c’était le premier, Les indifférents. Il annonce tout le cinéma d’Antonioni. Alors pourquoi Le mépris? Parce que le producteur Carlo Ponti avait les droits.

C’était un film de commande?

J’ai suscité la commande, comme pour tous mes films. J’avais été moyennement emballé par le roman. Je pouvais donc en faire quelque chose. Quand c’est très bon, on ne peut rien en faire. La preuve: ce que Schlondorff a fait avec Un amour de Swann, ou ce que James Ivory a fait de Henry James avec les Bostoniens ou de E.M. Forster avec Chambre avec vue, c’est nul. Les chefs-d’oeuvre, il faut les lire, pas les tourner. Faire un film avec le Voyage au bout de la nuit, ça n’a pas de sens. Quand on a des romans moyens tels que ceux de Hammett ou de Chandler, on peut tout juste en faire un film. Les rapaces d’Erich von Stroheim est un bon film parce que le roman de Frank Norris ne vaut pas grand-chose. John Ford s’est emparé de La route du tabac d’Erskine Caldwell mais ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux. A une époque, un King Vidor pouvait s’inspirer de Babbitt parce que Sinclair Lewis n’était pas Faulkner.

Pour autant, le cinéma ne s’est toujours pas émancipé de la littérature…

C’est vrai. Mais on peut dire aussi que la littérature, c’est souvent du cinéma. J’entends bien… je vois… c’est clair… Quand les romans disent ça, qui s’exprime? Le juge d’instruction, le savant, le journaliste d’investigation, saint Paul sur le chemin de Damas… C’est la légende d’un film intérieur.

Mais vous n’avez jamais été tenté de porter à l’écran ce que vous admiriez?

Justement, Les palmiers sauvages de Faulkner. J’y ai souvent pensé. J’ai renoncé parce que ça n’aurait pas été bon. Il ne faudrait prendre que l’histoire d’amour fou de ce couple qui sacrifie tout pour sa quête d’absolu, et laisser tomber l’histoire du vieux forçat.

Mais d’où vous vient votre théorie?

J’ai lu des livres et j’ai vu des films. Et puis c’est logique. Quand le travail d’écriture romanesque n’est pas très poussé, quand il souffre d’un défaut d’invention, le cinéma peut s’en emparer et s’en servir comme structure de base sans lui faire de mal. Alors Le rouge et le noir, on ne touche pas.tumblr_monntbV5WL1qkt34fo2_500

Quand vous lisez un roman, vous voyez des images?

Rarement. Si c’était le cas, je serais un mauvais cinéaste. Quel intérêt de voir une jeune fille penchée sur l’oreiller quand on lit Albertine disparue? Si je voyais des images, au sens où Paris Match l’entend, je serais aussi un mauvais lecteur. Il n’y a que Lelouch pour imaginer des plans en lisant Les misérables. Remarquez, il a éliminé le nom de Victor Hugo de l’affiche. Il a dû avoir peur que ça lui enlève des spectateurs, alors qu’on est en pleine médiatisation des noms! Il a dû craindre que ça fasse vieillot. C’est triste d’en arriver là.

Le dilemme trahison/fidélité qui a longtemps agité les adaptateurs doit vous sembler caduc?

On fait ce qu’on veut. Pour Le mépris, Moravia a été gentil. Il m’a dit: «Ça ne ressemble pas, ça va bien.» De toute façon, son avis, je m’en fichais. Je n’allais pas travailler avec lui.

Mais plusieurs de vos films sont des adaptations puisqu’on y trouve, à l’origine, des romans de Benjamin Joppolo, Dolorès Hitchens, Lionel White…

Que des livres quelconques, vous voyez bien…

Vous n’en diriez pas autant de Je vous salue Marie, puisqu’il s’agissait d’un livre de Françoise Dolto…

Mais L’Evangile au risque de la psychanalyse n’était pas un roman! Et je ne lui ai pris que l’idée. De même, pour mon dernier film For ever Mozart, je suis parti d’un article du Monde des livres dans lequel Philippe Sollers disait qu’à Sarajevo sous les bombes, tant qu’à y faire du théâtre, on aurait dû jouer Le triomphe de l’amour de Marivaux plutôt qu’En attendant Godotde Beckett.

Et les deux petits livres que vous venez de publier, c’est quoi au juste?

Pas des livres. Plutôt des souvenirs de films, sans les photos et les détails sans intérêt: «La voiture arrive…» Que des phrases prononcées. Ça donne un petit prolongement. On y trouve même des choses qui ne sont pas dans le film, ce qui est assez fort pour un souvenir. Ces livres ne sont ni de la littérature ni du cinéma. Des traces d’un film, proches de certains textes de Duras.

N’êtes-vous pas un écrivain raté comme tous vos amis de la nouvelle vague?

Truffaut était plutôt un libraire raté et un critique dans la lignée des grands critiques d’art français de Diderot à Malraux, des gens qui avaient un style. C’est vrai que Rohmer et Astruc ont écrit. Mais quand on a vu des films, on s’est sentis enfin délivrés de la terreur de l’écriture. On n’était plus écrasés par le spectre des grands écrivains. Ecrire, j’y songeais au début. C’était une idée mais elle n’était pas sérieuse. Je voulais publier un premier roman chez Gallimard. J’ai essayé: «Il fait nuit…» Je n’ai même pas fini la première phrase. Alors j’ai voulu être peintre. Et voilà, j’ai fait du cinéma.

En passant par l’écriture, tout de même?

C’est vrai, puisque j’ai commencé à écrire sur les films avant d’en faire. Beaucoup de critiques dans les Cahiers du cinéma et dans Arts. Mais je n’envisageais pas le cinéma comme une forme d’écriture. C’était quand même une vision.

Et les scénarios alors?

Il fallait bien prendre des notes pour guider la fabrication du film, mais ce n’était pas écrire. Les scripts américains d’avant-guerre, écrits par des romanciers, avaient une forme qui les rendait dignes d’être publiés. Aujourd’hui, ce n’est pas ça. Ce ne sont plus que des dialogues de théâtre avec de temps en temps «intérieur jour» et «extérieur nuit». Aucun intérêt. On montre ça à des gens pour qu’ils investissent de l’argent dans un film. On se demande ce qu’ils voient quand ils lisent un script. D’ailleurs, ils ne le lisent pas.

En d’autres temps, vous auriez été nettement plus véhément! A 66 ans, la haine culturelle ne s’atténue-t-elle pas un peu?

Elle se manifeste plus rarement, moins violemment, mais elle est toujours là. Vous savez, la nouvelle vague n’avait jamais dit du mal des personnes. Uniquement des oeuvres, et preuves à l’appui.

C’est la lecture de Cioran qui vous a assagi?

Elle correspond à mon penchant pour l’aphorisme, la synthèse, les proverbes. Ce goût me vient peut-être des formules scientifiques. L’aphorisme résume quelque chose tout en permettant d’autres développements. Comme un noeud: il pourrait être fait dans d’autres sens, n’empêche que quand il est fait, le soulier tient aussi. Ce n’est pas la pensée mais une trace de la pensée. Alors Cioran, je le lis tout le temps dans tous les sens. C’est très bien écrit. Avec lui, l’esprit transforme la matière. Cioran me donne une matière dont l’esprit tire sa nourriture.

Mais qu’est-ce qui vous séduit tant dans les aphorismes?

Le côté gare de triage. On y entre, on en sort, on y revient. Si on trouve une bonne pensée, on peut y rester longtemps. Puis on l’emporte avec soi. Pas besoin de tout lire. Pessoa, que j’aime beaucoup aussi, est tout de même très noir alors que Cioran aide à vivre. C’est une autre forme de pensée que la pensée avec un début, un milieu et une fin. Ça ne raconte pas d’histoire, c’est un moment de l’histoire.

On peut voir ce que vous avez coché dans le volume d’?uvres complètes de Cioran?

Des choses comme ça: «Chaque pensée devrait rappeler la ruine d’un sourire»; «Nous sommes tous des farceurs, nous survivons à nos problèmes»; «Tout problème profane un mystère; à son tour, le mystère est profané par sa solution»; «La pâleur nous montre jusqu’où le corps peut comprendre l’âme»; «Tôt ou tard, chaque désir doit rencontrer sa lassitude, sa vérité…» Et puis il y a celui-ci aussi qui me plaît beaucoup: «Objection contre la science; ce monde ne mérite pas d’être connu.» C’est autre chose que les conneries de Georges Charpak. Les scientifiques qui se permettent d’écrire sans savoir écrire, ça non! La logique du vivant de François Jacob, c’était écrit. J’en suis resté à Buffon: le style est l’homme même. Levinas avait de belles idées mais il était incapable de les faire passer à cause du problème de la langue. Popper et Einstein pareil. Il y a une déperdition du savoir-écrire. Alors Cioran… J’avais oublié celle-là: «J’ai perdu au contact des hommes toute la fraîcheur de mes névroses.»

Vous êtes mélancolique?

Rêveur, plutôt. Et solitaire. Trop.

Avec quels créateurs vous sentez-vous une communauté de destin?

Novalis, Nicolas de Staël… Des gens qui sont morts jeunes. Et tragiquement. Aujourd’hui, je me sens surtout proche d’Antonin Artaud. Je l’ai toujours aimé. Quand j’étais étudiant, je louais une chambre rue d’Assas à Paris, à Jean Schlumberger. Un soir, en 1947, André Gide est venu le chercher pour l’emmener à une soirée. «Vous permettez que je vous suive? …» Je me suis retrouvé au théâtre du Vieux-Colombier où j’ai assisté à la fameuse conférence «Tête à tête» d’Antonin Artaud. Il disait qu’il ne savait pas écrire mais qu’il écrivait quand même et qu’il fallait le délivrer en le publiant. Or, j’ai toujours pensé que je ne savais pas filmer. On ne me croit pas parce que j’ai connu le succès une ou deux fois. Or c’est pareil qu’Artaud. La différence, c’est l’argent.

Mais vous souffrez de la solitude?

a solitude n’est pas l’isolement. On est toujours deux en un. Il y a les autres en soi. Quand la solitude devient isolement, c’est dur à supporter.

C’est votre cas?

Un peu.

Mais vous en souffrez?

Un peu…

Mais vous l’avez voulu!

Ben oui. Je trouve peu de partenaires à mon niveau pour jouer au tennis et pour parler après. J’ai besoin de sport, mais pas sous l’angle volontariste. L’important, c’est le mental. Dès qu’on pense qu’on joue, on joue mal. C’est comme la mort de Porthos dans Le vicomte de Bragelonne, quand il a posé son explosif et qu’il revient dans le souterrain. Dès lors qu’il pense qu’il met un pied devant l’autre, il ne peut plus bouger. Parce qu’il a conscience de ce qu’il fait. Le château s’écroule. Comme il est costaud, il résiste plusieurs jours avant de succomber, écrasé par des rochers.

Alexandre Dumas, ça aide pour le tennis?

Heureusement qu’on a les livres et les films. Et encore, les films, on ne les trouve pas, ils sont mal distribués. Le livre, c’est un véritable ami. C’est très seul. Alors que le film n’est un compagnon qu’en pensée. Il faut aller vers lui et passer par une machine. Les livres sont disséminés autour de vous, vous pouvez les toucher.

Que vous donne la littérature que ne vous donnera jamais le cinéma?

Le livre, justement. On peut revenir en arrière. En littérature, il y a beaucoup de passé et un peu de futur, mais il n’y a pas de présent. Au cinéma, il n’y a que du présent qui ne fait que passer. A l’écran, le présent, c’est ce qui vous est présenté au moment où il s’en va. Tout ça, c’est frère et soeur. Ecrire, peindre, penser…: dans cette famille de l’art, le cinéma reste un étranger, un immigré, le serviteur. Il devient l’ami de la famille. J’en suis. Pourtant, je me sens inférieur à tous les créateurs que j’aime. Ça ne me gêne pas. Je sais que je suis dans ce monde-là. Eux ont droit au salon, moi à l’antichambre. Pas parce que je fais des films. Le cinéma est seul alors que les autres sont ensemble. Il vient d’un endroit qu’ils n’avaient pas vu.

C’est pour ça qu’un film et un livre n’auront jamais le même statut?

Je ne sais pas. Un film moyen, un film modeste sera toujours dans le même domaine que les plus grands films. Tout ça, c’est du cinéma. Alors qu’un roman moyen ne relève pas de la même littérature que les grands romans. Je ne me l’explique pas, mais c’est ce que je ressens.

Mais, finalement, que vous aura apporté la littérature?

Une façon de penser plus expérimentale. Le cinéaste pense avec les yeux et les oreilles, le peintre avec les mains. La littérature est un refuge. Elle a approfondi ma vision du monde. Les livres m’ont dit des choses que ne me disaient pas les vivants. La littérature a enquêté sur le monde. En ce sens, elle m’a donné une leçon de morale artistique. Je lui dois ça, une conscience morale. Contre la parole d’Etat, de gouvernement ou de pouvoir, elle est une parole. Non celle des partis mais celle des hommes un à un. Les livres sont écrits un à un. Aussi je fais des films un à un, parce que Kafka nous a demandé de faire du positif avec le négatif. La littérature a été ma marraine. Je la retrouve depuis que je me suis remis intensément à lire. Les films n’apportent plus ce contact avec le réel.

Depuis quand?

Le cinéma a annoncé les camps de concentration, rappelez-vous La règle du jeuLe dictateur… Mais il ne les a pas montrés. C’est la littérature qui l’a fait. Le cinéma a manqué à son devoir, il a failli à sa mission.

Et pour exprimer le bonheur, lequel des deux est le mieux placé?

Aujourd’hui, le cinéma plonge les gens dans l’erreur, dans la satisfaction. Il y a peu à en attendre. Les gens n’en ont pas vraiment besoin. Ils vont au cinéma parce que ça les fait sortir de chez eux. Ça leur donne du romanesque sans effort, très loin et très en dessous de Graham Greene.

A force d’être dans la marge, vous n’avez pas peur de sortir de la page?

Marginal, je le suis. C’est une constatation. Le risque, ce n’est pas de sortir mais de tomber de la page. Avoir le choix entre le suicide et l’ultrapauvreté. Ce n’est pas le cas, mais je n’en suis pas si loin. Car tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Que je sois reconnu comme marge ou comme page pleine, je suis toujours dans le cahier. Pour l’instant…

(« Image extraite du « Mépris » et photos de Godard D.R.)

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commentaires

984 Réponses pour Godard, du côté de la littérature plus que du cinéma

hamlet dit: 21 mai 2018 à 12 h 55 min

comme me le disait Jazzi : Joseph Roth est fun et Musil est barbant.

un bon livre est un livre fun et sympa !

même quand l’auteur y parle de tous ses malheurs personnels : deuil, maladie, guerre, massacre en tous genres, l’aspect fun et sympa doit toujours l’emporter.

pourquoi ? pour que la lecture reste un plaisir !

pas rare d’assister à des conversation du genre :
– tu as lu le livre du type qui raconte la mort de fils ?
– oui c’est un livre génial, j’ai pris un plaisr fou à le lire !
– et l’Homme sans Qualités
– non, comme livre c’est plutôt barbant.

et la critique insiste sur ce fameux « plaisir de la lecture », élément central de la production littéraire, voire de la production culturelle.

qui plus est un plaisir destiné à faire oublier tous ses malheurs, qu’on entre dans un e salle de cinéma, dans un musée ou une librairie le but est de laisser ses petits soucis quotidiens à la porte… d’ailleurs il suffit de voir le visage de ceux qui sont à l’intérieur pour voir de suite qu’ils ont laissé leurs petits soucis à la porte. à tel point que la porte des musées, des librairies et des cinémas est devenue une immense déchetterie, on est obligé de raser le bord des murs pour ne pas marcher sur tous ces détritus, c’est hyper dégueu !

hamlet dit: 21 mai 2018 à 12 h 39 min

le savoir sans connaissance est aussi un thème très présent chez Lévinas et aussi chez Lichtenberg.

c’est aussi la raison pour laquelle l’HSQ ne pouvait aboutir.

élément central de la conscience malheureuse telle que d’emblée définie par Hegel, et telle qu’on la retrouve ensuite chez Proust, Svevo, Musil etc… et reprise par Fondane autour de la question religieuse.

mais hélas une question totalement ignorée de nos jours, j’aimerais bien savoir les auteurs français qui s’y sont penchés, qui même en connaisse l’existence.

c’est sans doute ce qui caractérise le plus notre littérature : la paresse intellectuelle et l’abyssale ignorance.

il faut dire que le niveau actuelle de la critique ne fait rien pour aider.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 12 h 38 min

Alors lâ vous flirtez avec le petit chaperon rouge et ressemblez fort à lvdlb, est-ce un autre de vos alias, une parenté, une amie. Commune mentalité et communauté sinon ressemblance des procédures dans la communication.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 12 h 30 min

Juré jury festival sont dans mes cordes, je vous remercie de votre patience et sollicitude. Je sors pour repriser les chaussettes, merci encore de vos efforts à civiliser un public ignorant.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 12 h 26 min

Je doute car tout le monde ici pourrait mettre en lien une pub pour une mozzarella ou cinzano , qu’est-ce ce que cela prouverait de son statut ou de son installation.

Chantal dit: 21 mai 2018 à 12 h 22 min

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alias

et juré.e signifie que je vois les films avant la projection publique et que je remets un avis en commission avant la proclamation. Il y a aussi un vote du public. Je fais çà chaque année dans un ou deux festivals, j’aime bien échanger avec des gens de ma profession. Ici très rares sont les experts, donc le dialogue tourne sur des chicaneries de personnes frustrées qui veulent la science infuse sans codex préalable.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 12 h 21 min

Chantal, côté noise vous pourriez projeter ce qualificatif sur d’autres qui se reconnaîtraient dans votre miroir. Pour ma part, j’ai assez vécu dans le conflit pour faire en sorte de ne pas en générer sauf quand en face campe l’insdmissible malhonnêteté , l’abjection et bien qu’il soit souhaitable pour en venir à bout de préférer la stratégie au rentre dedans.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 12 h 10 min

Le sens unique avec un alias, ça signifie quoi exactement? Je ne connais pas ce terme_ alias_. Svp.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 12 h 07 min

Chantal, suspicieuse, ironique,. Autoritaire, non, j ai toujours échoué sûrement parce que je n’en détiens aucune. Ensuite vous pourriez me taxer d autoritarisme, je pourrais protester.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 11 h 55 min

11h44 connais pas, si vous pouviez apporter précisions sur le lieu, la date et l’heure pour idée moins évasive ou plus précise Delon qu’on s’attache à la version du verre à moitié vide ou à moitié plein. Rose, j’étais convaincue d’une légende qui accorde au fleuve des milliers de sources infimes, des travaux récents ont résolu l’énigme, vous soutenez la version anglaise.

rose dit: 21 mai 2018 à 11 h 47 min

hors sujet
Le nœud d’Almaguer, également appelé massif colombien, est un massif montagneux situé dans la cordillère des Andes, en Colombie. Wiki

source du Cauca.

Chantal dit: 21 mai 2018 à 11 h 44 min

Ben oui, béré, je n’en fait pas tout un plat . JP Monky a été très amusant l’autre soir, et le débat technique intéressant.

Quelle pêche à son âge !

rose dit: 21 mai 2018 à 11 h 43 min

Sans ordre chronologique, notes :

La banquet Platon
Le festin chez Trimalcion ds le Satyricon de Pétrone
Le banquet Dante
La peau de chagrin Balzac (le banquet chez le banquier -quelle homophonie !- Taillefer à la fin de la première partie)
L’assommoir Zola ( le festin de l’oie pour fêter Gervaise, acmé du roman).

nota : quel rapport avec Tristam Shandy, Sterne, chp. CC XXII ?

nota bis : Vernant Jean Pierre 1969, Les origines de la pensée grecque (le banquet joue un rôle très important dans les sociétés antiques : il représente une occasion de retrouver la vie collective et d’affirmer une identité culturelle).

pour le banquet du royal wedding et alii.

rose dit: 21 mai 2018 à 11 h 32 min

du lac Victoria quand même naît le Nil.
Et le Cauca, au débit catastrophique et au barrahe fragile ces temps, au nord de la Colombie ?

la vie dans les bois dit: 21 mai 2018 à 11 h 31 min

Merci bas rosis, bonne idée, je vais me renseigner plus précisément sur les lieux où fut aperçu le chevalier.
On dit qu’il a été vu du côté de Gallipienzo en Navarre.
Je vais aller voir le livre d’image de JLG asap, et sans filtre, mais je ne sais pas encore où et quand.

Nicolas dit: 21 mai 2018 à 11 h 28 min

Superbe lettre à Milena : Je me demande continuellement si vous avez compris que ma réponse devait être celle qui a été en raison de tout ce qui me constitue,et même qu’elle a été encore beaucoup trop douce, trop trompeuse, trop enjoliveuse. Continuellement, nuit et jour, je me demande cela,tremblant dans l’attente de votre réponse, je me le demande inutilement, comme si j’étais chargé pendant toute une semaine et sans pause nocturne d’enfoncer un clou dans une pierre, étant à la fois l’ouvrier et le clou. Milena!

Chantal dit: 21 mai 2018 à 11 h 27 min

Et le gai savoir c’est quoi alors …

Un peu de patience et « Girl » sera dans toutes les bonnes salles, moi non plus pas encore vu, je suis juré pour le festival du film italien de l’institut culturel, un tas de films drôles et tous récents, ciao bello !

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 11 h 23 min

Le roman de Proust appelle un lecture sans cesse renouvelée où le JE de Marcel rejoint à l’infini, asymptotiquement le JE de l’auteur, qui lui aussi cherche à naître par l’écriture. C’est là le caractère proprement abyssale de la première phrase du roman, abyssale comme le vide dont parle la Genèse dans la Bible, qu’il suit de près : Longtemps je me suis couché de bonne heure. D’où cette figure absolument poétique au début du marcheur qui se dirige dans la nuit vers une gare pour prendre son train. C’est d’une beauté absolument inouïe.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 11 h 22 min

Wgg, ce matin, ces multiples commencements faisaient ils référence à vos origines? Le Nil n’ait de nulle-part et partout et pourtant c’est un fleuve.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 11 h 18 min

Lv , si cela peut renseigner le question dans avoir à y passer six heures :https://philosciences.com/vocabulaire/208-connaissance-et-savoir et savoir. Celle que je me pose plus fréquemment est celle de l impuissance du savoir face à certains types de mentalité sur lesquels son influence échoue, genre bourgeois qui par sa provenance estimera toujours en dépit des acquis procurés par l’étude qu’elles qu’en soient les modalités être supérieur, avoir droit de jugement, de trier entre ce qui peut lui servir et ce qui le gêne dans son mode de vie , d’action en ne les justifiant pas ni ne les expliquant, en résumé avoir droit â décider de ce qui est vérité ou pas.

Jazzi dit: 21 mai 2018 à 11 h 15 min

« une écriture inaboutie, sans fin. »

Pour le titre de ce roman en prose, je te propose : « Les Mémoires d’une fausse-couche littéraire » ?

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 11 h 12 min

Non, justement, Jazzi, elle n’a pas de fin et reste inaboutie. On voit bien que tu n’a qu’une lecture toute superficielle de Proust. C’est une structure en spirale, qu’on trouve d’ailleurs dans la poétique des Mémoires, selon F. Briot, qui a fait sa thèse sur les Mémoires du Cardinal de Retz. Moi, je crée une structure en ruban de Mœbius.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 11 h 09 min

L’écriture d’André du Bouchet est précisément une écriture inaboutie, sans fin. C’est bien pourquoi d’ailleurs je m’y suis intuitivement intéressé. Et, alors, je ne savais absolument pas qu’il était Juif et d’origine russe comm moi. Mais mon intuition m’a bien guidé, il n’y a pas de hasard dans ce cas. Il faut que je trouve l’équivalent en prose.

Janssen J-J dit: 21 mai 2018 à 11 h 07 min

Eh oui à quoi sert la connaissance quand on n’a pas le savoir ? Vous avez 6 heures
Une seconde me suffirait : à rien.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 11 h 03 min

Certes, Jazzi, mais il n’est pas interdit non plus de le penser pour savoir ce qu’on vit précisément. Nous ne sommes pas des bêtes. Sinon, on passe à côté de la vie, croyant la vivre alors qu’on la manque. C’est pécisément toute la leçon de Proust !

Jazzi dit: 21 mai 2018 à 11 h 03 min

« une écriture inaboutie, qui cherche à naître, à me faire naître à moi-même, asymptotiquement, infiniment, sans fin »

Inaboutie et sans fin, autant te faire avorter directement, WGG, car même en te faisant accoucher aux forceps, ça ne peut rien donner de viable (contraction de vie à la diable) !

Chantal dit: 21 mai 2018 à 11 h 01 min

Elle ne t’a pas plu la camera d’or Belge LGBT, Jazzy, probablement qu’un garçon qui veut devenir une fille c’est trop révolutionnaire pour toi lol !

Bon je retourne à mes moutons, les chinois et l’oedipe ha ha !

https://vimeo.com/19122758

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 10 h 59 min

C’est un film d’autiste, Godard. Il faut rentrer dans son monde si on veut le comprendre ; mais je reste convaincu que son film a sa logique, son sens. Il faut le chercher, c’est tout. Et c’est sûrement passionnant de le chercher. Les critiques veulent des émotions à la portée des caniches, comme dirait Céline. Ce ne sont que des paresseux.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 10 h 55 min

Mais la douleur dont je parle n’a rien de douloureux. C’est simplement la douleur de ne rencontrer qu’un immense désert d’incompréhensions, de malveillances, de sottises et de malentendus dès lors que je parle de ce qu’est le fantôme d’Auschwitz et de ce qu’il implique. Je me rends mieux compte ainsi qu’il constitue une expérience existentielle unique et quasiment incompréhensible à autrui sauf par le biais de l’écriture, une écriture fantomatique, peut-être, et encore ! En tout cas ici, personne ne le comprend. C’est-à-dire une écriture qui en dit l’impossibilité, une sous-écriture, une écriture inaboutie, qui cherche à naître, à me faire naître à moi-même, asymptotiquement, infiniment, sans fin, de cette éternité qui est ce temps suspendu en dhors du temps à la question : st-ce maintenant que je naît ? avec cette tension du je au il irrémédiable, mot qui contient précisément le mot diable.

Jazzi dit: 21 mai 2018 à 10 h 48 min

Critiques mitigées pour le Don Quichotte de Terry Gilliam dans la presse. Le Masque et la plume en parlera la semaine prochaine. Selon eux, les films récompensés à Cannes ne sont pas vraiment à la hauteur. En revanche, des films absents du palmarès étaient bien meilleurs, notamment dans les sélections parallèles…

LVDLB, le film de Terry Gilliam à été tourné en Espagne et aux Canaries, l’été dernier. Sur le livre d’image de Godard, film de montage sans aucuns plans tournés, tout le monde s’accorde à dire que l’on y comprend rien…

Janssen J-J dit: 21 mai 2018 à 10 h 43 min

@ « Voilà deux certitudes majeures de notre époque ».
Est-ce la une opinion, une idée, un doute, une conviction ?
(non, non… vous leur fîtes seigneur, en les croquant beaucoup d’honneur)

Jazzi dit: 21 mai 2018 à 10 h 40 min

« Voilà deux certitudes majeures de notre époque. »

Vérité aujourd’hui, erreur demain…

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 10 h 37 min

Mais dans la vie il n’y a rien d’autre qu’un immense désarroi. C’est à prendre ou à laisser. Mais ce profond désarroi que je fais mien n’est qu’un aspect de la joie tragique. Il n’empêche nullement de vivre heureux. Mais la vraie joie tragique, c’est l’écriture seule qui en procure l raffinement suprême, qui est à ce prix.

ribouldingue dit: 21 mai 2018 à 10 h 36 min

 » c’est où est le commencement et même y a-t-il au fond un commencement ? Est-ce que tout n’a pas été commencé de tout temps par d’autres en notre absence, avant même de naître ? Peut-on seulement naître à soi-même dans ces conditions ? »

‘tain, il est fort le WG!

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 10 h 32 min

La scince contient quelques certitudes qui lui srvnt de fondements même : la vitesse de la lumière est constante d’un rpère galiléen à l’autre et est indépassable. C’est le pilier central de la Relativité générale !

La mécanique quantique repose sur le hasard non reproductible, donc non pensable par la science ni la pensée humaine, c’est le fameux hasard des Pensées de Pascal ou lucrétien, le clinamen, qui n’a rien à voir avec le hasard stochastique des statistiques cher à Musil dans Der Mann ohne igenschaften, qu’il a publié trop tôt, sans connaître la mécanique quantique.

Voilà deux certitudes majeures de notre époque.

rose dit: 21 mai 2018 à 10 h 32 min

Widergänger
on vous fait un procès d’intention. J’ai vécu cela où on m’a dit avec vos meubles ikea. j’en ai deux petits ds les wc du hau et nulle part ailleurs.

ce que j’ai lu, ce matin, de vous, c’est un immense désarroi au niveau de l’amour en y renonçant pck vous n’y comprenez rien.
Si on vous dit que vous n’êtes pas seul, je ne sais si c’est rassurant.
Avec mi-ange, mi-démon vous sembliez plus paisible.
Et aussi une difficulté à vivre avec l’héritage qui vous a été donné, celui de la Shoah, que vous portez avec gravité et lourde peine au coeur.

Pour le reste vous défendez ce en quoi vous croyez comme chacun ici habité par la joie tragique donc apaisé dans la douleur.

Quand quelqu’un nous imagine comme ci ou comme ça, c’est l’image qu’il se fait de nous.
Pour moi, christiane « colle » de très près, depuis longtemps. lvdlb est à des années lumière depuis longtemps aussi.
Je pense que si cjristiane me rencontrait, elle verrait la proximité.
lvdlb je renonce tout le temps. J’ai déjà Ivy comme tigre.

closer dit: 21 mai 2018 à 10 h 18 min

Retransmission de plusieurs fabuleux concerts publics donnés par Emil Guilels hier soir sur Radio Classique. Beethoven, Brahms, Schumann, Prokofiev…Malgré mon intention initiale de virée nostalgique en regardant Notre Dame de Paris avec Gina Lollobrigida, Anthony Quinn et Alain Cuny sur Arte, je n’ai pas pu redescendre sur terre et appuyer sur les boutons adéquats…Tant pis pour Quasimodo et Esmeralda.

Settembrini a raison de se méfier de la musique: « la musique seule ne fait pas avancer le monde. La musique seule est dangereuse » (il faut lire tout ce passage de La Montagne Magique). Peut-être, mais je m’en tape…

la vie dans les bois dit: 21 mai 2018 à 10 h 17 min

Eh oui à quoi sert la connaissance quand on n’a pas le savoir?
Vous avez 6 heures.

la vie dans les bois dit: 21 mai 2018 à 10 h 12 min

La démonstration de gasoil 9h25 est par ailleurs ce qui défie la logique mathématique. Utiliser un argument dont on veut démontrer l’existence.
Bref encore un donneur de leçons à 2 balles utilisé comme caution pour faire fermer le clapet, par des ignares qui se poussent du col.

Sant'Angelo Giovanni dit: 21 mai 2018 à 10 h 10 min


…en continue brefs,.!

…tout le monde est aristocrate, même, avec les pourpoints dits  » communistes, fascistes, ou n’importe quoi « ,…
…le tout, est de restez-réglo, avec ses semblables  » aristos « , naturels,…
…sans en faire, une maladie, comparative,…

…en plus, avec tout les héritiers de n’importe quoi,…
…on peut, aujourd’hui, être aristo, et dépourvu, de toutes conciliations intelligentes, en tout,…
…l’évidence même,…pour un champion,…
…l’aristo, des muscles et show-business,!…etc,…

christiane dit: 21 mai 2018 à 10 h 03 min

@Lavande dit: 21 mai 2018 à 9 h 25 min
J’ajouterais bien, Lavande, pour celui qui veut avoir la dernière réplique, qui ne peut y renoncer, ce portrait signé par Borges : « Un écrivain âgé peut se sentir délaissé par son époque ; mais sa douleur ne vient pas de sa solitude ; elle vient d’une sur-puissance assourdie par le bruit du monde qui l’oublie et que cependant il continue de percer avec acuité. « je comprends tout ! » s’écrie-t-il avec ivresse et amertume. »

Bloom dit: 21 mai 2018 à 9 h 46 min

l’apprentissage des langues qui permet de sortir de soi.

Et de réinventer le monde. L’arbitraire du signe est un cadeau des dieux.

la vie dans les bois dit: 21 mai 2018 à 9 h 45 min

Help comment s’appelle cette technique argumentaire dans le registre de la manipulation qui contient et reprend l’argument dénoncé? Selon l’exemple de gasoil a 9h25.

christiane dit: 21 mai 2018 à 9 h 38 min

@hamlet dit: 21 mai 2018 à 9 h 15 min
C’est exact ! et cela rend impossible tout échange durable. Comme l’écrit Lavande, citant R.Benzine : « Le contraire de la connaissance ce n’est pas l’ignorance, ce sont les certitudes »

Lavande dit: 21 mai 2018 à 9 h 25 min

« Le contraire de la connaissance ce n’est pas l’ignorance, ce sont les certitudes » Rachid Benzine

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 9 h 25 min

Mais hamlet, vous seriez bien en peine, vous ne savez même pas ce qu’est un idée, une opinion ou un conviction, ni lur différence.

Tenez, je vous le fais en latin, ce que pense l’inspecteur Harry de votr petit jeu à la con :
Omnes gentes opinionem habent, ut culi foramen.

Vous avez compris ?

hamlet dit: 21 mai 2018 à 9 h 15 min

WGG vous voulez que je recopie tous vos commentaires pour montrer qu’à phrase vous nous pondez qu’idées, opinions et convictions ?

mais vous ne vous en rendez pas compte parce que chez vous, une opinion, une idée, ou une conviction, représente à chaque fois une évidence, voire une vérité absolue.

alors effectivement, vu sous cet angle, vous n’avez ni idées, ni opinions, ni convictions, vous n’avez, non pas des vérités, mais une Vérité, une Grande Vérité que vous êtes bien sûr le seul à détenir, du fait de je ne sais quels pouvoirs magiques qui vous donnent accès à toutes les vérités du monde.

vous savez quoi WGG, vous qui aimez tant les livres, il faut bien vous mettre un truc dans la caboche : la littérature est là pour nous protéger de types comme vous qui prennent leurs idées pour des vérités, et leurs opinions pour des évidences, la littérature existe pour remettre un peu de flou dans des mondes évidents comme le vôtre, et ça ce n’est pas une opinion, c’est une vérité !

Chaloux dit: 21 mai 2018 à 9 h 10 min

Merci Blabla pour ces réflexions en robe de chambre molletonnée 3 Suisses et pieds sales.

hamlet dit: 21 mai 2018 à 9 h 08 min

« Widergänger dit: 21 mai 2018 à 6 h 56 min
Il ne s’agit nullement d’un rêve, il s’agit d’être soi-même. »

ça c’est à la fois une opinion et une conviction.

hamlet dit: 21 mai 2018 à 9 h 07 min

« Widergänger dit: 21 mai 2018 à 7 h 26 min
Mais il n’y a pas de soi fabriqué par la société qui serait en dehors de la société, à part du monde. »

ça c’est une idée, une opinion et une convistion

rose dit: 21 mai 2018 à 8 h 32 min

Anne Wiamensky aussi avait une grande tendresse pour lui. Il l’a laissée tomber pour Anna Karina.

Louis-Ferdinand Lévy dit: 21 mai 2018 à 8 h 18 min

Borges ou Bolano en auraient tiré une nouvelle étrange et inquiétante…

Louis-Ferdinand Lévy dit: 21 mai 2018 à 8 h 17 min

Le plus fascinant à propos de Jean-Luc Godard, c’est qu’il existe deux Jean-Luc Godard.
L’un est cinéaste, l’autre est un poète belge, né en 1946, « président fondateur du club Richelieu de Verviers, chargé de la promotion de la langue et de la culture française, administrateur de l’Association des écrivains belges ».
Il est donc faux de dire que Jean-Luc Godard est unique au monde, qu’il n’y a qu’un Jean-Luc Godard et qu’on n’en verra jamais d’autre.
Si j’étais Jean-Luc Godard (le cinéaste), je ferais un film sur Jean-Luc Godard (l’autre), et je l’intitulerais: « Moi, Jean-Luc Godard », pour déconcerter la critique. Et s’il est d’accord, on enverrait Pierre Assouline faire une interview croisée des deux Jean-Luc Godard…

Sant'Angelo Giovanni dit: 21 mai 2018 à 8 h 12 min


…encore, censuré,…pour hamlet de 1 h 32 min,…

…bref, ai fait,  » la ceinture aux enjeux « , des évidences contrastées, a leurs sensibilités, construites, pour avoir a garder, des sujets, comme des, dans des rituels perpétuels, aux genres, prétextes des Stalag 13,…comme des moulins,…

…les temps simples aux guerres de cent-ans,…des renaissances, aux âges d’or,…aux cycles stabiliser,…modernes,…
…etc,…

la vie dans les bois dit: 21 mai 2018 à 8 h 09 min

« faut se repasser le royal wedding en boucle »
Indeed Phil, vous connaissez la guerre du feu ?

Voilà comment un français fut mis à l’honneur lors de la cérémonie du Royal Dressing, par M. Curry:

«  »Mettez-moi comme un sceau sur votre cœur, comme un sceau sur votre bras; car l’amour est aussi fort que la mort, la passion féroce comme la tombe. Ses éclairs sont des éclairs de feu, une flamme qui fait rage. Beaucoup d’eaux ne peuvent pas éteindre l’amour, les inondations ne peuvent pas non plus l’étouffer.  »
(…)
Et laissez-moi vous dire quelque chose, le vieux Salomon avait raison dans l’Ancien Testament, c’est un feu.
Teilhard de Chardin … et avec ça je m’assoirai. Nous devons nous marier. Le jésuite français Teilhard de Chardin était sans doute l’un des grands esprits du XXe siècle. Jésuite, prêtre catholique romain, scientifique, savant, mystique. Dans certains de ses écrits, il a dit de son passé scientifique et théologique, dans certains de ses écrits, il a dit, comme d’autres, que la découverte ou l’invention du feu était l’une des grandes découvertes scientifiques et technologiques dans tous de l’histoire humaine. Le feu dans une large mesure a rendu la civilisation humaine possible. Le feu permettait de cuisiner et de fournir des moyens d’alimentation hygiéniques qui réduisaient la propagation de la maladie en son temps. Le feu a permis de chauffer, de réchauffer les environnements et de faire ainsi de la migration humaine dans le monde une possibilité, même dans les climats plus froids. Le feu rendait cela possible, il n’y avait pas d’âge du bronze sans feu, pas d’âge de fer sans feu, pas de révolution industrielle sans feu. Les progrès de la science et de la technologie dépendent grandement de la capacité et de la capacité de prendre feu et de l’utiliser pour le bien de l’humanité.
Quelqu’un est-il arrivé dans une voiture aujourd’hui? Une automobile? Je sais qu’il y avait des voitures. Mais ceux d’entre nous qui sont venus dans les voitures, le feu, le feu contrôlé, attelé rendait cela possible. Je sais que la Bible dit, et je le crois, que Jésus a marché sur l’eau. Mais je dois vous dire que je n’ai pas traversé l’océan Atlantique pour arriver ici. Le feu contrôlé dans cet avion m’a amené ici. Le feu nous permet de texter et tweeter et envoyer des e-mails et Instagram et Facebook et socialement sont dysfonctionnels les uns avec les autres. Le feu rend tout cela possible.
Et de Chardin a déclaré que le feu était l’une des plus grandes découvertes de toute l’histoire de l’humanité. Et il a poursuivi en disant que si l’humanité exploite à nouveau l’énergie du feu, si l’humanité capture l’énergie de l’amour, ce sera la deuxième fois dans l’histoire que nous découvrirons le feu. »
Et les plaques à induction.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 7 h 26 min

Mais il n’y a pas de soi fabriqué par la société qui serait en dehors de la société, à part du monde. Le soi est entièrement fabriqué par la société, et il n’y a pas de reste à cette équation. Il n’y aurait aucun problème en soi à laisser s’épanouir son être dans la société.

Le problème surgit quand la société vous fabrique à partir d’un fantôme d’Auschwitz. On ne peut pas ni s’en abstraire ni s’en contenter. On ne peut que le mettre en travail par un moyen quelconque, par exemple l’écriture, pour se permettre de ne plus être aliéné, pour se permettre de naître à soi-même, à sa propre histoire désaliénée de l’autre. Le problème, c’est par où commencer, c’est où est le commencement et même y a-t-il au fond un commencement ? Est-ce que tout n’a pas été commencé de tout temps par d’autres en notre absence, avant même de naître ? Peut-on seulement naître à soi-même dans ces conditions ?

Bihoreau duc de Bellerente dit: 21 mai 2018 à 7 h 06 min

Le baume qu’est l’Amour devrait éteindre les feux mauvais qui se sont immiscés dans votre coeur. Laissez-le oeuvrer.

christiane dit: 21 mai 2018 à 7 h 02 min

Oui, Lavande, « Ses textes et sa poésie sont d’une force qui stupéfie », mais que de douleur dans cette vie empêchée, aussi.
En fin de compte, peut-être proche de Godard qui, selon hamlet déclarait « Je suis né Godard ». C’est cette fatalité-là que nous évoquions et cette immense lutte que nous devons mener pour sortir de cette chrysalide. Hamlet écrivait que nous étions tous nés prématurés, une façon de dire qu’il faut toute une vie pour naître à soi, contre le soi fabriqué par l’éducation et la société, pour trouver cette petite voix en nous qui n’ose s’affirmer qu’avec beaucoup de courage, de ténacité (Babouillec), s’autrer (aus-land) en territoire étranger à l’intérieur de soi-même. Comme le dit W., la littérature dont la poésie et l’art sont ces lieux où les silences se brisent, à contre-morale parfois (Pessoa, Pavese, Joyce, Leiris). Un retrait fondateur dans l’espace intime, une projection en soi de cet autre que l’on retrouve avec le temps. Perception fugace que l’on saisit par la lecture et l’écriture, ou l’art. Comme une métamorphose qui dépouille celui qui écrit d’une identité d’écorce qui cache le moi profond, de la mémoire de celui d’avant, un jeu de dédoublement de son seul moi… Tremblement : un s’en va et l’autre vient. Il faut comme se déraciner de sa propre vie et retrouver son pays natal en suspens, lointain, si lointain, un labyrinthe de pur vertige.
Pessoa, cet orphelin de père (oui, Bérénice) a compris qu’il n’y avait pas de père du tout . Nulle part, et, que comme l’écrit si bien W. qu’on est réellement seul. On entre alors dans l’anamnèse, cette tentative d’élaborer son trouble présent à partir d’un oubli initial. Retour des souvenirs, d’éléments psychiques oubliés (Ô Proust, à travers le dédale de son interminable narration), ce quelque chose qui ne se laisse pas rendre présent. La conscience en proie à trop de temps… Comme écrire avant de savoir ce qu’il y a à dire. Être plein de tout ce que l’on a perdu.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 7 h 00 min

Vous voyez bien que les malentendus et les confusions surgissent immédiatement dans la conversation et seule la littérature permet de communiquer à hauteur d’homme. Dans la vie, on n’est jamais à hauteur d’homme. On est dans la mélasse de l’autre qui ne comprend jamais rien.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 6 h 52 min

Adopter de multiples identités mais vous vous rêvez en écrivain, le problème ne se pose pas du commencement, vous n êtes pas un univers .

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 6 h 48 min

6h39 , c est grave de ne pas avoir conscience de ce qui est largué, opinions tranchées, fanatisme, à côté des théories raisonnées et raisonnables.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 6 h 47 min

Ecrire suppose un commencement. Or, comment écrire une histoire qui n’a pas de commencement ? dont les commencements sont multiples ? autrement dit dont l’ordre teste flou, approximatif, qu’on va forcément trahir en instaurant un commencement, qui ne correspondra à rien de vrai. Voilà le simple problème littéraire auquel un écrivain d’aujourd’hui se voit confronter.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 6 h 39 min

Je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir des opinions, encore moins des idées. Ce ne sont que des idées d’hamlet, ça. On n’écrit ni avec des idées et encore moins avec des opinions. On écrit uniquement avec des mots.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 6 h 35 min

Moi, j’ai une tendresse particulière pour Anna Karina que Godard a laissé tomber pour je ne sais quelle raison alors qu’elle était folle de lui. Il y avait une sorte de magie très touchante chez Anna Karina, une fragilité poétique.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 6 h 28 min

6h24, un continent flottant vraisemblablement, un vaisseau dont vous seriez l’amiral. Depuis le temps que vous peignez la toile de vos couleurs, possible d’en avoir pressentir la saveur.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 6 h 24 min

écrire contre vos idées et vos opinions, (hamlet)
_________
Vous m’en apprenez de belles ! Mais c’est quoi au juste mes idées, mes opinions ? Je suis curieux de le savoir.

Bérénice dit: 21 mai 2018 à 5 h 22 min

23h20 Christiane, merci. Après vérification Pessoa perd son père à 6 anos, son frère aîné puis un demi-sœur. Sa mère quant à elle ne meurt pas si tôt mais le confie aux soins de sa propre mère soit la grand mère de l’auteur.

Bloom dit: 21 mai 2018 à 5 h 12 min

je me suis remis au chinois. Là, on respire l’air du large ; on ne se sent plus en prison.

Tout est relatif, ML; vu de Paris, l’exotisme est garanti; vu de Pékin, le laogai est pour certain(e)s à l’échelle du pays et de sa langue; cf. le drame que vit l’épouse de feu Liu XiaoBo:

Le Monde:
Muse et soutien de son époux Prix Nobel de la paix — mort en juillet 2017 —, Liu Xia, 57 ans, est au cœur d’une nouvelle campagne internationale. Une vingtaine d’écrivains, dont Paul Auster, Khaled Hosseini et Ma Jian, ont appelé mercredi 16 mai les autorités chinoises à la laisser quitter le pays, où elle est soumise depuis plus de sept ans à la coercition et à la surveillance policières. (…)

rose dit: 21 mai 2018 à 3 h 26 min

à 9h13, un texte poétique d’une fulgurance inouïe :
« Je suis Babouillec très déclarée sans parole. Seule enfermée dans l’alcôve systémique, nourricière souterraine de la lassitude du silence, j’ai cassé les limites muettes et mon cerveau a décodé votre parole symbolique : l’écriture. »

rose dit: 21 mai 2018 à 3 h 12 min

Delaporte
oui vous parlez de ce mariage depuis trois mois.
est 3h10. je vous lis à 23h. vous me faites hurler de rire.
Va bien que je n’ai pas de voisins. Sinon, j’aurais l’ambulance dans dix minutes.

rose dit: 21 mai 2018 à 3 h 09 min

L’amour c’est un tout, la tête le coeur le q. L’archévêque de Canterbury a souligné l’union sexuelle.
Dans les affinités électives, il y a beaucoup la tête et le coeur. Dieu merci.
N’empêche que je vais prier pour ce pauvre Flaubert.
J’ai besoin de quelques repères stables, moi, sinon, j’en perds mon latin.

rose dit: 21 mai 2018 à 3 h 02 min

étaient des midinettes de supermarché ! Les seules, en tout cas à s’être déclarés. Peut-être y a t-il eu ici des messieurs pareillement émus et émerveillés ? Pas entendus non plus…

Vous jazzi ?
Et vous Delaporte ?

rose dit: 21 mai 2018 à 3 h 00 min

Rose et Lavande midinettes
les seules courageuses peut-être à se déclarer. J’ai pleuré aussi, beaucoup. Ma copine allait chercher les mouchoirs. Mais elle était intéressée par les commentaires de Stefan Bern.
Ai pas encore compris pourquoi.
Ai eu un pote, sensible, qui avait écrit « je suis un coeur d’artichaut ». Moi aussi je suis un coeur d’artichaut.

rose dit: 21 mai 2018 à 2 h 53 min

Tu veux briser les coeurs de Lavande et rose !

Oui, c’est ce qu’il compte.
Après, il arrivera avec une épée, comme Durandal, et son cheval et sa cape noire. Il aime bien ça Durandal, la veuve et l’orphelin. Je ne saurais pas expliquer pourquoi.

rose dit: 21 mai 2018 à 2 h 50 min

je l’ai vue Lavande la recette. Les anglais appellent cela sponge cake. Je pense génoise. Beaucoup d’oeufs dans la génoise. Réfléchis à comment faire un gâteau sans oeufs. Plus besoin de poules alors ?
Faut que je re-regarde pour voir combien d’étages. Moi, j’ai déjà acheté les moules. En Angleterre, ronds, hauts, qui s’ouvrent pour démouler.
Quand faudra y aller, j’irai.

rose dit: 21 mai 2018 à 2 h 44 min

Quel est l’intérêt de jouer à l’amour ?
Madame de Merteuil ?
S’il y a bien un sentiment à prendre au sérieux après la charité chrétienne, c’est bien l’amour.

rose dit: 21 mai 2018 à 2 h 41 min

Quant à Babouillec, Lavande, ce qu’ elle écrit c’ est la magnificence. Je ne savais pas cela des autistes, cette capacité à comprendre le monde avec une clarté lumineuse.
Ai connu- de très loin- deux enfants autistes. Un hurlait, l’ autre vivait collé à sa mère. J’ étais une jeune femme.
Dans les deux cas, ces enfants étaient l’ expression d’ une très grande douleur.

rose dit: 21 mai 2018 à 2 h 35 min

Lavande

ah zut pour les oeufs, vous avez raison.
Mais ai lu ďes recettes de royal wedding cake où ils suppriment les oeufs.Là, 500 oeufs, mazette, et la déco. avec des fleurs fraîches. J’ aurais voulu le goûter, miam

rose dit: 21 mai 2018 à 2 h 26 min

on a besoin de rêver. c’ est le mariage d’ amour qui fait cela.
je crois à l’ amour de manière indéfectible. Ce n’ est pas une notion que l’ on galvaude. L’ archévêque de Canterbury l’ a souligné, l’amour a un pouvoir de rédemption énorme.

les puissants ont peu de choses à voir là dedans.

hamlet dit: 21 mai 2018 à 1 h 32 min

qui aurait imaginé que le mariage d’un Prince susciterait autant d’intérêt et d’admiration en 2018 ?

cette admiration indéfectible pour les puissants prouve la persistance d’une immaturité chez les humains. Sans est-ce lié à sa biologie et à cette immaturité originelle.

qu’importe, dans tous les cas il reste évident que le communisme reste le seul avenir possible des sociétés, l’unique option qui les sauvera de la catastrophe en tant que mise en pratique des idées chrétiennes, même que le Pape François qui semble donner le départ.

hamlet dit: 21 mai 2018 à 1 h 13 min

écrire pour remettre en question ses propres convictions : n’est-ce pas l’argument essentiel de la littérature ? ce qui lui confère sa supériorité sur la philosophie ?

hamlet dit: 21 mai 2018 à 1 h 04 min

WGG d’ailleurs je vous prescrirais bien cette exercice : écrire contre vos idées et vos opinions, vous verrez ça fait un bien fou, c’est comme passer son âme au lave vaisselle.

hamlet dit: 21 mai 2018 à 1 h 01 min

x dit: 20 mai 2018 à 19 h 18 min

merci !
Tchekhov et les femmes… avec lui aussi on se demande jusqu’à quel point il écrivait contre ses idées, quand on voit les bataillons d’écrivains aujourd’hui qui écrivent avec eux, et contents de l’être, c’est surprenant de penser qu’à une autre époque d’autres écrivaient contre eux.

Widergänger dit: 21 mai 2018 à 0 h 07 min

Seules deux choses comptent désormais pour moi dans la vie à l’exclusion de tout le reste : la littérature et l’apprentissage des langues anciennes et étrangères. Et sous l’impulsion de mes collègues de chinois, je me suis remis au chinois. Là, on respire l’air du large ; on ne se sent plus en prison.

Widergänger dit: 20 mai 2018 à 23 h 49 min

Pour être hurux, il faudrait simplmnt pouvoir baiser avc une bonn complice quand on en a envie, et le reste du temps pouvoir être seul et tranquille. Le romantisme nous a fourré dans la tête des idées complètement absurdes et fausses au sujet de l’amour, il en a fait un enfer névrotique. Il faudrait une vie sociale qui se dégage de tout ce fatras qui pèse si lourd dans les consciences. L’autre, en général, est un prison pour moi. Je suis totalmnt incapable de m’adapter à l’autre. L’autre est soit un énigme qui me rejette, soit très vite un enfer d’incompréhension et d’incommunicabilité. Les êtres humains n se comprennent quasiment pas; ils restent étrangers les uns aux autres. On ne peut communiquer avec autrui que par la littérature. Là seulement il nous est permis d’être à bonne hauteur et sur un pied d’égalité. Tout le reste n’est que malentendus et confusion pénibles et douloureuses. La vie est trop courte pour perdre son temps à souffrir pour rien.

Widergänger dit: 20 mai 2018 à 23 h 37 min

L’amour c’est toujours deux névroses qui s’emboîtent bien, c’est ça qu’est chhiant. Dans l’amour on est toujours seul avec soi-même, on est jamais si seul que dans l’amour, et non seulement on est seul avec son désir, mais on est complètement aliéné à l’autre. C’est l’enfer.

Tandis qu’un grand roman nous permet de ne plus être seul, on participe d’une grande chose qui est le cosmos. Quand je lis Proust, je suis en communion avec l’Homme, avec mon destin d’être humain, je suis de retour en moi mais dépersonnalisé, objectivé. Et c’est beaucoup plus riche que de baiser où on se dépense beaucoup pour pas grand-chose au finish, on finit même par s’emmerder sec… Quand je lis un roman digne de ce nom, je ne m’ennuie jamais.

Lavande dit: 20 mai 2018 à 23 h 32 min

Christiane, la fatalité de la naissance? Lisez ce qu’en dit Babouillec, jeune femme autiste, que je citais ce matin (9h13)

christiane dit: 20 mai 2018 à 23 h 20 min

@Bérénice dit: 20 mai 2018 à 20 h 26 min
Ce n’est pas si simple, Bérénice, il y a des saisons de l’amour comme le rappelle W. Il est bon, de temps en temps, de relire Proust ou Barthes (le discours amoureux).
L’amour se fane si vite quand il laisse apparaitre des fêlures (jalousie – sensation d’étouffement – rythme et attente différentes pour l’un et l’autre – sensations fugitives de tristesse – attentes pour l’un plus que pour l’autre – difficultés dans les relations intimes – arrivée d’un enfant…). Où ça passe ou ça casse. C’est le temps des questions, dont celle de Pessoa. Ou l’alarme agitée par Gombrowicz. Ou le fantôme d’un amour maternel inégalable, chez Gary, ou encore ce poison distillé par Kierkegaard : partir et laisser l’autre en plan, sans explications…
Ce qui rend ces histoires si complexes c’est qu’elles nous tombent dessus sans avertir. Et c’est enivrant la naissance de l’amour. Le monde est alors si beau. Et on aime aimer et être aimé. Ce que ça fait en nous… Il faut, je crois, beaucoup d’harmonie, de bon sens, de concessions, de sagesse pour que ça dure et là cela peut être une grande force tranquille. Toujours ce charme d’une présence accordée mais une distance à cultiver et des relations amicales pour ne pas se couper du monde.
Mais comme il est facile de se faire des « imaginations » comme l’écrivait savoureusement Pagnol.
Bon, avec tout ça, je ne sais plus où on en était… Je crois que c’était un échange avec hamlet sur le sens de certaines paroles de Godard à propos de la fatalité de la naissance.
Bonne soirée.

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 23 h 09 min

« C’est mon côté féminin. Vous auriez des leçons à apprendre auprès de moi, sans conteste. »

Du côté anal, Delaporte ?

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 23 h 05 min

« Quelle midinette, ce Delaporte. Ce serait pas une femme, par hasard ? »

Mon cher Jacuzzi, je suis excellent en psychologie. C’est mon côté féminin. Vous auriez des leçons à apprendre auprès de moi, sans conteste.

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 23 h 03 min

Cela ne finira quand même pas par un crime passionnel. Dans ce milieu, il y a des choses dont on s’abstient. On prend son mal en patience, on paye… Et zou, on passe à autre chose.

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 23 h 02 min

Quelle midinette, ce Delaporte. Ce serait pas une femme, par hasard ? Une militante exaltée d’un mouvement féministe…

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 23 h 00 min

Harry a fait le genre de mariage qui en règle générale lessive complètement un homme. Harry, peut-être parce qu’il est prince, devrait mieux s’en sortir. Mais il y aura des séquelles. Il va bientôt maudire ce jour où il a pris son engagement vis-à-vis d’une folle à lier, la femme fatale dans toute la progression de son démon. C’est à suivre avec attention. Un désastre passionnant.

Sant'Angelo Giovanni dit: 20 mai 2018 à 22 h 58 min


…j’avais, une, de mes deux, grand-mère, rousse,…
…elle était, très, pointilleuse, sur tout,…
…et, avec, un grand cœur, au delà, d’elle-même,…

…elle savait, bien commander sa famille,…
…une sévérité souple,…qu’on ne revoit plus,…
…etc,…

Widergänger dit: 20 mai 2018 à 22 h 46 min

L’idéal en amour c’est une tendre camaraderie faite de complicité avec de bonnes séances de bite pour se décrasser les neuronnes. Mais autrement l’amour c’est hyperchhiant.

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 22 h 45 min

« Tu n’as pas arrêté de nous les gonfler pendant des semaines avec le mariage d’Harry et de Meghane, Delaporte, et maintenant tu nous annonces déjà leur divorce. »

Mon cher Jacuzzi, j’ai très peu parlé de ce mariage jusqu’à aujourd’hui. C’est d’ailleurs pour dire qu’en effet il ne fera pas long feu. J’en ai le coeur brisé d’avance, Jacuzzi, croyez-moi !

Bérénice dit: 20 mai 2018 à 22 h 44 min

Et puis amour et désir peuvent n être pas associés, aimer sans désirer, désirer sans aimer , que sait on des amours et désirs qu’eprouvaient Proust ou Flaubert, ont ils écrits ?

Widergänger dit: 20 mai 2018 à 22 h 42 min

L’amour fusionnel est une aliénation, qui peut conduire à la folie (voir Paris Texas, de Wim W.). Mais l’amour ne l’est pas. La passion amoureuse l’est toujours, mais ça ne dure pas, heureusement.

P.-M. de Biasi croit avoir trouvé des preuves irréfutables de la bisexualité du divin Flaubert. C’est prêter beaucoup à quelques indices qui ne prouvent à mon avis rien d’autre qu’une amitié viril qui à cette époque n’incluait pas forcément des relations sexuelles. On dit des histoires semblables pour Schubert ; c’était dans les connivences habituelles entre jeunes gens sans prêter à conséquence. Il y avait beaucoup plus de nuances dans les liens affectifs ; c’est notre époque qui a tout sexualisé abusivement.

Bérénice dit: 20 mai 2018 à 22 h 40 min

Chaloux peut on dire que si l amour se pose où il veut qu’il est un sujet autonome et indépendant de notre volonté, de notre définition, de notre moi ?

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 22 h 39 min

Tu n’as pas arrêté de nous les gonfler pendant des semaines avec le mariage d’Harry et de Meghane, Delaporte, et maintenant tu nous annonces déjà leur divorce. Tu vas pas un peu vite en besogne ? Tu veux briser les coeurs de Lavande et rose !

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 22 h 24 min

« C’est pas un peu cher? »

Ne sois pas radin, quand on aime on paye, closer, je les vaut largement ! C’est un bien beau recueil et j’y ai mis tout mon coeur…

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 22 h 20 min

Dans quelques jours, ce sera la première sortie officielle du couple Harry-Meghan. Vous allez voir que cette dernière va prendre de l’assurance, et Harry en perdre. Le cauchemar va déjà commencer…

Chaloux dit: 20 mai 2018 à 22 h 18 min

Je ne milite pour rien du tout, Jazzi, j’ai été aussi étonné que toi, bien que je connaisse depuis la nuit des temps les lettres d’Égypte. J’ai été aussi étonné que toi -et peut-être que notre dear Phil-, mais la parole de Pierre-Marc de Biasi est pour moi d’or. Cela dit, après une bonne trentaine d’années passée à observer mes congénères (« j’observe! »), je serais assez de l’avis de Paul Veyne qui, lui, est insoupçonnable. L’amour se pose où il veut.

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 22 h 17 min

Et puis Harry est un rouquin. Qui a fait des siennes, et qui continue. Avant, dans les peuplades primitives, on tuait à la naissance les enfants qui étaient roux. Harry est donc un survivant symbolique. Il ne faut pas prendre cela à la légère.

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 22 h 15 min

« trois ans de plus vous rigolez, »

C’est d’autant plus affirmé que ça reste symbolique. Si Harry faisait une psychanalyse, cela serait un tournant. D’ailleurs, il risque d’en faire une, quand le divorce sera consommé…

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 22 h 11 min

« faut se repasser le royal wedding en boucle, dear Rose. c’était pareil avec les Sissi, 3 épisodes pour noyer le nazisme dans la crème chantilly. posez la queen qui agite la main sur batterie solaire, la gelly est bientôt cuite »

C’est tout à fait ça, Phil. On savait pas que rose et Lavande étaient des midinettes de supermarché ! Les seules, en tout cas à s’être déclarés. Peut-être y a t-il eu ici des messieurs pareillement émus et émerveillés ? Pas entendus non plus…

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 22 h 05 min

« ce grand spécialiste de Flaubert le présente comme tout à fait bisexuel »

Tu milites pour quelle association de défense homosexuelle, Chaloux, t’es plus militant que moi !

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 22 h 00 min

« j’m bcp Harry ; je crois que c’est son côté rouquin. Facétieux. Sérieux. »

Et c’est un tendre au grand coeur. Elle va lui en faire baver des ronds de chapeaux, sa Méghane… Il est plus sexy que son aîné. Mais ils ont une tendance à devenir vite chauves dans la famille…

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 21 h 56 min

« un sentiment fort qui vous fait prisonnier »

Mais l’amour n’est pas une prison, Bérénice. Rien n’empêche d’ouvrir la cage, et aller, en couple ou seul, vers son bon plaisir…

Jazzi dit: 20 mai 2018 à 21 h 53 min

« Pessoa a été orphelin de mère très tôt, a-t-il aimé ? »

Je ne sais pas s’il a aimé, mais à ma connaissance, il ne s’en est jamais plains, Bérénice.

Phil dit: 20 mai 2018 à 21 h 42 min

Flaubert et Le Poitevin

dear Chaloux, l’aimable présentateur de cette émission à tout de même opposé un compréhensible « en êtes-vous sûr ?  » à M. de Biasi, qui s’est aussitôt répandu en affirmations et preuves en « tout genre ». qui osera dire que la Sévigné épistolait en lesbienne incestueuse ?

rose dit: 20 mai 2018 à 20 h 29 min

oui : les poules c’est une valeur sûre. Et on a des oeufs (même si dans le royal wedding cake, il n’y a pas d’oeufs).

Bérénice dit: 20 mai 2018 à 20 h 26 min

N’avez vous jamais éprouvé un soulagement â n’être plus amoureuse? Seul mais pénard, ne plus éprouver les tourments d un sentiment fort qui vous fait prisonnier.Debarrassée, enfin.

rose dit: 20 mai 2018 à 20 h 25 min

x à 19h18

suis bien dslée que vous et autres, ne sachiez pas encore que le gazon est humide et loin d’être maudit, ni artificiel et que l’amertume est du côté de celui qui joue. Les filles chansent et dansent ce temps et observent attentivement la perversion commise de draguer devant votre ex. Sans foi, ni loi.
Pas inspiré par l’esprit saint vous aujourd’hui hein ?

nota : j’m bcp Harry ; je crois que c’est son côté rouquin. Facétieux. Sérieux.

Bérénice dit: 20 mai 2018 à 20 h 22 min

Oui Christiane , c est tout à fait cela et très éloigné du fardeau â porter pour Pessoa que représente le fait d’être aimé.

christiane dit: 20 mai 2018 à 20 h 17 min

@x dit: 20 mai 2018 à 19 h 18 min
Oh oh vous entrez là sur les pas d’un séducteur ! Dom Juan n’est pas loin…

christiane dit: 20 mai 2018 à 20 h 15 min

@Bérénice dit: 20 mai 2018 à 19 h 35 min
Relisez, si vous le désirez, le roman de Gombrowicz. Je reçois ce passage comme un refus de l’aliénation que représente l’amour fusionnel.

Bérénice dit: 20 mai 2018 à 20 h 14 min

Chaloux tristes nouvelles littéraires , moi qui pensais à l aimer sans réserve et sans risque surtout, c est raté. La marine n est plus ce qu’on a pù rêver qu’elle fut.

Janssen J-J dit: 20 mai 2018 à 20 h 03 min

c’est un bel engagement cette cause, et il faut bien se recycler dans les animaux tout le monde le fait

Chaloux dit: 20 mai 2018 à 20 h 01 min

Jazzi, tu dois encore pouvoir écouter sur France Culture une émission dans laquelle intervient Pierre-Marc de Biasi, dans laquelle ce grand spécialiste de Flaubert le présente comme tout à fait bisexuel. Il pense que lui et son ami Le Poitevin se sont véritablement aimés (et il existe des pages très franches de ce point de vue soit dans le voyage en Égypte soit dans des lettres datant de cette époque). Je dirais même que l’hypothèse si moquée de Proust à propos de Baudelaire ne me parait pas si improbable, au moins partiellement.

la vie dans les bois dit: 20 mai 2018 à 19 h 53 min

Sophie Marceau s’engage pour la cause des poules. La France a les acteurs cinoche qu’elle mérite.

Bérénice dit: 20 mai 2018 à 19 h 35 min

Christiane, dans cet extrait je comprends plus une fatigue d’aimer ou une aliénation à son propre sentiment qu’une fatigue d’être aimé _ arrache moi à Sophie.

x dit: 20 mai 2018 à 19 h 18 min

Version Pessoa, version Gary, version Gombrowicz, on peut ajouter la version Kierkegaard, du moins celle du « Journal d’un séducteur »:
Il savait amener une jeune fille au point culminant où il était sûr qu’elle sacrifierait tout pour lui. Mais les choses ayant été poussées jusque-là, il rompait, sans que de son côté les moindres assiduités aient eu lieu, sans qu’un mot d’amour ait été prononcé et encore moins une déclaration d’amour, une promesse. Et pourtant, une impression avait été créée, et la malheureuse en gardait doublement l’amertume, parce qu’elle n’avait rien sur quoi s’appuyer et parce que des états d’âme de nature très différente devaient continuer à la ballotter … lorsqu’elle se faisait des reproches tantôt à elle-même en lui pardonnant, et tantôt à lui, et qu’alors elle devait toujours se demander si, après tout, il ne s’agissait pas d’une fiction, puisque ce n’était qu’au figuré qu’on pouvait parler de réalité au sujet de ce rapport. Elle n’avait personne à qui s’ouvrir ; car au fond elle n’avait rien à confier … Ce qu’elle avait à raconter n’était pas un rêve, c’était une réalité, et pourtant … elle n’avait rien à dire (pour soulager son esprit inquiet)
Il paraît que Tchekhov, eh oui, aimait aussi jouer à ce petit jeu-là, lui qui fait dire à un personnage de « Zinotchka » « Ce n’est pas une grosse affaire que d’être aimé : les dames ont été créées pour cela. »
Mais que fait la police des mœurs et des sentiments ?

christiane dit: 20 mai 2018 à 18 h 34 min

@hamlet dit: 20 mai 2018 à 18 h 09 min
Délicieux ! j’y ajouterais bien unepincée de Gombrowicz (« Ferdydurke »):
« Oh, une tierce personne ! Au secours, au secours ! Viens, troisième homme, viens vers nous deux, viens me sauver, montre-toi pour que je m’accorde à toi, sauve-moi ! Qu’arrive ici tout de suite, sur-le-champ, un tiers, un inconnu, un autre, objectif et froid, et pur, lointain et neutre, qu’il déferle, comme une vague et frappe en étranger cette familiarité tiède, qu’il m’arrache à Sophie ! Oh, troisième homme, viens, fournis-moi un point d’appui pour résister, permets que je puise en toi des forces, viens inspiration vivifiante, viens, puissance, arrache-moi, détache-moi, éloigne-moi ! Mais Sophie se blottissait de plus en plus tendrement, chaudement et affectueusement.
-Qui appelles-tu ? Pourquoi cries-tu ? Nous sommes seuls… »

@ Rose
Merci pour ces semailles !

Phil dit: 20 mai 2018 à 18 h 32 min

comment tuer le temps ?

faut se repasser le royal wedding en boucle, dear Rose. c’était pareil avec les Sissi, 3 épisodes pour noyer le nazisme dans la crème chantilly. posez la queen qui agite la main sur batterie solaire, la gelly est bientôt cuite

rose dit: 20 mai 2018 à 18 h 21 min

ce soir ce sera tartiflette salade verte.
un gros lit de lardons + un gros lit d’oignons+ un gros lit de pommes de terre + un quart de reblochon.

pas de vin blanc, non, pas de sel, pas de crème fleurette.
nature.
cuite.
il n’est que 18h20.
comment tuer le temps ? Je vais voir la recette du royal wedding cake pour prendre un cours. Long.

hamlet dit: 20 mai 2018 à 18 h 09 min

« christiane dit: 20 mai 2018 à 17 h 34 min
« quelle fatigue que d’être aimé, d’être véritablement aimé ! Quelle fatigue de devenir le fardeau des émotions d’autrui ! «  »

magnifique Pessoa, mon livre de chevet depuis vingt ans.

pour lui trouver une réponse faut la chercher chez Gary :

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivée. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte la-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’Amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est ensuite obligé de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. »

rose dit: 20 mai 2018 à 18 h 08 min

à la recherche d’une mère perdue, Harry a épousé une femme plus âgée que lui,

trois ans de plus vous rigolez,

Delaporte dit: 20 mai 2018 à 18 h 04 min

« Delaporte, j’espère que vous allez tout faire pour que l’on interdise à tous les prêtres pédophiles de fouler le sol terrestre. »

Bien sûr, je me suis déjà exprimé ici sur cette question primordiale.

Bloom dit: 20 mai 2018 à 18 h 01 min

;Delaporte, j’espère que vous allez tout faire pour que l’on interdise à tous les prêtres pédophiles de fouler le sol terrestre.
Je vous donne un allié de poids dans votre croisade pour un monde plus juste – Stephen Fry, homosexuel, juif, anglais, écrivain, acteur et orateur à l’immense talent.
Enjoy!
https://www.youtube.com/watch?v=5G4QoEhFPTI

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