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La République Des Livres par Pierre Assouline
Peut-on encore découper l’Histoire en tranches ?

Peut-on encore découper l’Histoire en tranches ?

Parfois, poser la question c’est déjà y répondre. Surtout dans un titre de couverture comme c’est le cas avec Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ? (Seuil). Car on n’imagine pas que l’on pourrait se passer d’un outil chronologique aussi pratique que le siècle. Jacques Le Goff y revient sur ce long Moyen Âge occidental qui lui est cher et qui court de l’Antiquité tardive (IIIème-VIIIème siècle) jusqu’au milieu du XVIIIème siècle.

C’était avant la mondialisation des histoires. La centralité de la Renaissance, ou plutôt de la « Renaissance », idée médiévalissime, est au cœur de ce bref essai assez pédagogique dans la présentation de la bibliographie de référence, plutôt pragmatique, touchant par son côté testamentaire. Ne faisons pas durer le suspens plus longtemps : l’auteur convient que la périodisation doit être conservée, que ce soit dans la longue durée comme dans l’histoire globale. Simplement, il appelle à davantage de souplesse, en insufflant ce qu’il faut de sous-périodes, de manière à permettre une réactivation des contenus et des concepts.

Ne fût-ce que pour des raisons de confort académique, les périodes doivent continuer à exister, quitte à réduire le Moyen Age à sa valeur d’usage. C’est à se demander si au fond, pour le grand médiéviste au soir de sa vie, le long Moyen Âge n’est pas tout simplement ce que Stefan Zweig appelait le monde d’hier, autant dire le monde d’avant, celui dont nos grands-parents aperçurent les dernières lueurs et dont nous n’avons plus idée.stephen doyle

Denys le Petit, écrivain scythe installé à Rome, a institué la coupure fondamentale avant et après l’incarnation de Jésus-Christ. Mais la périodisation se conçoit en continuités et ruptures, depuis Daniel, prophète de l’Ancien Testament et modèle princeps du genre, et à sa suite saint Augustin dans la Cité de Dieu, l’un et l’autre modelant leurs divisions du temps sur les cycles de la nature (quatre saisons, six jours de la création, six âges de la vie). Ce qui trouve une résonnance inattendue à une époque où le temps du citoyen-téléspectateur, livré à l’addiction aux séries, se découpe en saisons.

Nul historien ne songe à faire débuter le XXème siècle le 1er janvier 1901 ; mais le principe de 1914 désormais acquis, on se demande si 1918 ne serait pas préférable non sans avoir rappelé que 1913 ayant été jugée comme une année admirable et décisive,  comme le fut 1492 à d’autres égards, elle pourrait également être une balise. Et la guerre d’Algérie ? Elle commence encore officiellement avec la « Toussaint rouge » qui a vu le FLN perpétrer des attentats meurtriers contre des Français le 1er novembre 1954, même si l’on convient que son premier acte est le massacre de Sétif à l’issue des manifestations du 8 mai 1945. Eric Hobsbawm a modifié notre vision du XIXème siècle en le prolongeant en un « long XIXème siècle » courant de 1789 à 1914 ; on se souviendra d’ailleurs que l’historien britannique usa de « ères » pour sa trilogie sur le long XIXème siècle (L’Ere des révolutions, l’Ere du capital, l’Ere des empires) , et de « âge » s’agissant du court XXème siècle (L’Âge des extrêmes) qui va du début de la première guerre mondiale à la dissolution du bloc soviétique. « Une « vraie » période historique est habituellement longue » rappelle d’ailleurs Jacques Le Goff. Mais longue comment ? Le séminaire que l’historien Patrick Boucheron consacre à la Sorbonne jusqu’en mai à la périodisation en histoire y répond ; il a pour ambition d’aborder de front l’hypothèse d’une consistance historique de la période médiévale, à condition de l’organiser autour d’un nouvel axe au tournant des XIIe et XIIIe siècles.

Dans les « Travaux pratiques » de Un mot pour un autre (1951), Jean Tardieu invitait à mesurer en dixièmes de seconde le temps qu’il faut pour prononcer le mot « éternité ». Ce qui relativise le débat. Le poète a toujours raison. Le romancier n’est pas en reste. Rappelons-nous cette réflexion du prince Salina dans le Guépard de Lampedusa : « Ca ne devrait pas durer mais ca durera toujours. Le toujours humain, naturellement, un siècle ou deux… »

(« Dans un rue de Dresde » photo Passou ; illustration de Stephen Doyle)

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commentaires

632 Réponses pour Peut-on encore découper l’Histoire en tranches ?

would prefer not dit: 8 février 2014 à 12 h 26 min

la question, ou du moins l’une de questions qu me semble posée par la thémtasisation et l’argumentation du billet est :qu’est ce qui fait événement ,une mort, une naissance, une éclipse, leur coïncidence ?

JC..... dit: 8 février 2014 à 6 h 00 min

Il faudrait vraiment ne rien à voir à glander pour faire, des cancans de la RdL, un « objet d’études »…! Le CNRS le fait couramment sur bien des sujets, mais ça va se calmer avec 50 milliards à trouver, fissa.

Au fond, tant est sérieuse la vie nouvelle qu’il est nécessaire de s’amuser sur un blog par des futilités sans la moindre importance ni la moindre valeur réelle.

D. dit: 8 février 2014 à 0 h 42 min

D’ailleurs je fais beaucoup de yoga et je suis capable de contrôler mon rythme cardiaque par la pensée. Cela n’a pas été facile mais j’y suis arrivé.
Je peux descendre à 20 battements/minute les doigts dans le nez. Je ne suis pas sûr que Chaloux sache en faire autant.

Sergio dit: 8 février 2014 à 0 h 33 min

bérénice dit: 8 février 2014 à 0 h 25 min
un Ashram

Oui mais si c’est à vie ? Après on est coffré empaqueté… Comme ici, quoi ! Enfin au moins déjà le climat…

bérénice dit: 8 février 2014 à 0 h 25 min

Sergio il serait surprenant que dans de tels parages vous ne trouviez un Ashram pour accueillir une ou deux de vos nuits de voyageur.

Jacques Barozzi dit: 7 février 2014 à 23 h 46 min

« « Le poulailler qui s’ébat au pied des articles de presse est un objet sociologique qui n’a pas encore été étudié » notait un chercheur lors des dernières rencontres de la presse en ligne. »

Quel mépris porté sur l’objet de son étude par ce soi-disant « chercheur » !
Il serait intéressant que l’on ait un compte-rendu sur ces rencontres, ta culotte de velours, y étiez-vous ?

Sergio dit: 7 février 2014 à 23 h 45 min

FLASH INFO dit: 7 février 2014 à 21 h 52 min
Prochain lieu de rencontre des erdéliens.

C’est beau ; mais, finalement, le Prince of Wales… Si on peut pas payer on dort dehors ! Comme la mendiante…

bérénice dit: 7 février 2014 à 22 h 36 min

ur décrypter les petits jeux entre les uns et les autres, les inimitiés qui se nouent, se dénouent entre Chaloux, Bloom ou Daphnée (ta culotte de velours)
N’y voyez pas d’inimitiés, il est de notoriété publique que Daphnée fait commerce de ses charmes ce dont elle enorgueillit à grand renfort du pub et provocations, elle ne fait que ce pourquoi on la paie,possible d’y voir de la légitime militance si elle s’en satisfaisait cependant ce n’est pas son cas, à ces besoins charnels s’ajoute un désir pervers d’obtenir de l’ours la peau, c’est une tueuse qui ne s’affiche pas en tant que telle mais qui a besoin pour son ultime contentement de cette dimension du mal comme exposant à sa jouissance, pour résumer elle n’est jamais plus heureuse que quand ça casse, trépasse, souffre au moral comme au physique chez un de ses partenaires, après je ne sais n’étant pas des surprises parties si l’un de ses nombreux amants prend le dessus après visionnage de ses falbalas sexy emperlés , j’imagine que oui, que ces parties de stratégies n’ont pas seulement pour but de produire du viens ici que je te grimpe dessus ou laisse toi aller ma jolie à ce cunilingus. Que voulez-vous on a des soutiens unanimes ou pas…

L'honneur perdu de Clopina Trouille. dit: 7 février 2014 à 21 h 41 min

et tiens, d’ailleurs, j’y pense : « à la recherche du temps perdU… » ; bon on m’appelle grave. Aïe. Dire que je vais louper les quolibets qui vont suivre mon intervention (ahahah). . Au moins, elle (mon intervention) aura servi à réveiller l’assoupissement (attention : je n’ai pas dit l’assouplissement, ahaha) de ce blog. Je me sauve.

L'honneur perdu de Clopina Trouille. dit: 7 février 2014 à 21 h 27 min

.. et d’ailleurs, Jacques, le petit bonheur que ce texte m’aura apporté sera de finir en « u ». Quel bonheur, pour un plumitif, de finir un texte en « u » ! Songez au « a », rempli de flates satisfactions, au « e », qui ferait hésiter le texte, au « o », qui remplirait le lecteur d’une pavide stupéfaction. Non, franchement, je ne vois que le « u », précis, rapide et fermé comme un coffret à secrets, pour conclure un récit comme le mien. Et c’est précisément ce que j’ai fait (des fois, pas tout le temps of course, mais des fois, je m’aime.)

Na.

Daaphnée dit: 7 février 2014 à 21 h 16 min

Plus avant, où est passé Zhu, qui donnait un peu de hauteur aux débats.

Quel culot!
Vous seriez plus attentif, vous verriez qu’il n’a rien lâché, cela fait partie de lui, de son esprit incisif ..

Daaphnée dit: 7 février 2014 à 21 h 08 min

les inimitiés qui se nouent, se dénouent entre Chaloux, Bloom ou Daphnée.

Pas du tout, j’apprécie beaucoup les deux.

ta culotte de velours dit: 7 février 2014 à 21 h 03 min

« Le poulailler qui s’ébat au pied des articles de presse est un objet sociologique qui n’a pas encore été étudié » notait un chercheur lors des dernières rencontres de la presse en ligne. Dans ce registre – quoique l’on s’écarte légèrement du domaine de la presse stricto sensu – le poulailler du blog littéraire de Pierre Assouline est un objet passionnant, pour peu que l’on ait un peu de temps à y consacrer.
« Moi aussi j’avais mes polynésiens, mes Gitans », nous dit Jean Rouaud dans son dernier opus, en évoquant ses congénères de Loire-Inférieure. « Je n’avais qu’à leur prêter les mêmes vertus que les ethnologues accordent spontanément aux peuples primitifs. Un Sauvage c’est quelqu’un qu’on observe avec distance tout en partageant sa façon de vivre. »
De passage régulier sur la République des livres, après avoir épisodiquement partagé la façon de vivre de ses pensionnaires, je n’ai pas le projet d’en faire une étude – trop fatiguant – mais la lecture en diagonale des derniers échanges me donnent à penser tout haut ce soir.
Comment JC, qui fut un temps, si mes souvenirs ne me trahissent pas, cul et chemise avec Clopine, la charmante pipelette écolo, au point qu’elle lui confie les clefs de son blog, a-t-il à ce point se transformer en réac aussi pitoyable, sinon par une surenchère mortifère dans la provocation ?
Bougereau, ce Céline du dimanche, est-il Rabelais à cheval ?
Comment, dans un individu comme John Brown, sous quelque identité qu’il se présente, peuvent cohabiter de telles qualités de plume et une telle mauvaise foi ? C’est proprement glaçant. Là, il semble qu’une batterie de psychologues chevronnés ne suffiraient pas à l’affaire.
Comment font des gens comme Renato, Phil ou Jacques Barrozzi pour conserver leur sang-froid au milieu de cette pétaudière ? Plus avant, où est passé Zhu, qui donnait un peu de hauteur aux débats. Et Michel Alba, qui fut longtemps le bouc émissaire de la maison, et qui ne méritait pas tant d’indignité, même s’il sait être prodigieusement agaçant.
Je ne suis pas d’assez près les échanges pour décrypter les petits jeux entre les uns et les autres, les inimitiés qui se nouent, se dénouent entre Chaloux, Bloom ou Daphnée. Mais sachez tous qu’en dépit des masques que vous portez tous, vous êtes de charmants gitans, de charmants Polynésiens.

D. dit: 7 février 2014 à 20 h 58 min

Les Normands descendent en partir des Vikings, qui étaient quoique on en dise un peuple évolué tant socialement que techniquement, pour l’époque. Leur défaut était peut-être de ne pas proposer, mais d’imposer. Mais là encore c’est une question d’époque.

D. dit: 7 février 2014 à 20 h 55 min

Le must n’est pas ce que j’ai considéré en premier lieu, Daaphnée, mais la qualité sonore.
Moins de dynamique qu’un CD/SACD certes, mais quelle vérité dans les timbres et l’atmosphère, ce que le meilleur des équipements numériques n’arrive toujours pas à restituer.

Daaphnée dit: 7 février 2014 à 20 h 41 min

Je ne vous dirai pas ce que j’ai comme amplis et enceintes, ce serait indécent.

Alors là, D., avec vinyle ?
Vous ???
Vous prenez le risque que je fantasme – ne le dites pas à Bérénice – le must du must ..

D. dit: 7 février 2014 à 20 h 37 min

J’ai le vinyle, Daaphnée. Une merveille. Lu avec une très bonne cellule Shure et une très bonne platine Rega. Je ne vous dirai pas ce que j’ai comme amplis et enceintes, ce serait indécent.

Daaphnée dit: 7 février 2014 à 20 h 15 min

Bon, D., votre année du cheval ne me déplaisait pas … mais je suis au regret de vous dire que votre ascendance normande, en revanche .. comment dire .. j’hésite ..
Si.
Complètement.

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