de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Quand la vie ressemble au cinéma

Quand la vie ressemble au cinéma

Comment faisons-nous vivre en nous ceux qui ne sont plus là ? A partir de ce qui est moins une question qu’une réflexion, en apparence des plus simples et naturelles, que Philippe Claudel s’est lancé à nouveau dans un roman, six ans après le dernier, dans un registre bien différent de celui du Rapport de Brodeck et des Âmes grises. Cette fois, le titre est tout aussi énigmatique, et plus encore par la touche exotique qu’il suggère : L’arbre du pays Toraja (209 pages, Stock). Car le déclic lui est venu d’une découverte personnelle à l’occasion d’un voyage dans une île de l’archipel indonésien qui a nom Sulawesi ou Célèbes, à quelques 300 kms de Bornéo. Les Toraja y célèbrent la mort des enfants selon un rituel ancestral, en plaçant leur corps dans un jeune arbre, lequel continue de pousser et, ce faisant, l’emmène vers le ciel.

On connaît des gens qui n’ont pas d’amis ; on en connaît aussi qui en ont beaucoup, ce qui revient au même. Philippe Claudel appartient à la troisième catégorie : ceux qui ont quelques amis, ne galvaudent pas le beau mot d’amitié, le chérissent et l’entretiennent jusqu’à le sanctuariser parfois tant ils savent qu’il recouvre quelque chose de rare et de précieux. C’est d’amitié entre hommes qu’il s’agit dans ce roman. Le narrateur, un cinéaste contemporain, a perdu son ami le plus proche qui se trouvait être également son producteur. L’un est un créateur à l’égal de tout artiste, l’autre celui qui permet à la création de toucher ceux à qui elle est destinée, toujours prêt, disponible, attentionné. Le film est d’une certaine manière leur œuvre commune.

 & celui qui souhaitait qu’on l’oublie et qui fut comblé (in « De quelques amoureux des livres »)

Ce cinéaste aime quand la vie ressemble au cinéma. Comme beaucoup de sa génération, il doit sa culture cinéphilique au ciné-club de la télévision d’antan, celui des films d’après Apostrophes du temps de Claude-Jean Philippe, et celui du dimanche soir de Patrick Brion avec une drôle de voix et un générique nostalgique. Aujourd’hui, il se rend compte que le cinéma est partout tant la fiction travaille le monde à l’heure où Daesch met en scène sa barbarie pour le 20h.

 & et cet autre, Maroul el Bahranei, égyptien de 62 ans, qui s’était retranché dans les toilettes du centre culturel copte d’Alexandrie avec dix otages et qui menaçait de tout faire sauter si personne ne publiait son roman, « Reviens petite princesse », et qu’on laissa faire (in « De quelques amoureux des livres »)IMG_5181

Il y a des pages fortes sur la conscience de vieillir, la nécessité d’être solidaire de tous ses âges, l’observation de son propre corps lorsqu’il se fait « inamical », autant dire en voie de trahison, et l’inventaire de ses travers, la maladie quand la mort fait de tous des enfants. Pas de pathos, de solennité, de tristesse, ou de sens du tragique. Rien d’un tombeau. Juste de quoi apprendre non à mourir mais à endurer, supporter, dépasser le désarroi dans lequel nous entraine la perte des plus proches. Le ton est étonnamment allègre quand on l’aurait craint doucement funèbre. L’auteur nous y avait préparé en publiant à la fin de l’année passée, donc hier, un savoureux petit livre fort bien édité De quelques amoureux des livres (113 pages, 13,50 euros, Finitude). Une fantaisie sur ces écrivains qui n’arrêtent pas de ne pas écrire, procrastinateurs compulsifs, allumés du porte-plume. Des gens qui aiment moins écrire qu’avoir écrit et sont souvent le principal obstacle entre eux et leur gloire annoncée. Des victimes pathétiques qui voient un point d’exclamation en état d’ébriété lorsqu’il est inversé.

Les deux personnages principaux flottent entre Kundera et Piccoli, leurs piliers. On imagine que gravir de tels géants sans excès de gravité fut aussi délicat que l’ascension d’un sommet. A chacun ses Everest. Ceux de Claudel (à qui l’on fait régulièrement dédicacer les œuvres d’un certain Paul Claudel dans les salons du livre et qui s’y prête avec le sourire) sont de vraies montagnes ; le goût, la passion la folie peut-être de l’alpinisme dans ce que ce mode de vie, plus qu’un sport, a d’irraisonné est peut-être la clef de cet homme. Il a tout lu et tout vu sur le sujet qu’il connaît de l’intérieur pour le pratiquer de longue date. Sûr que son art poétique doit quelque chose à ce que l’escalade a de démesuré dans l’ivresse qu’elle procure, à égalité avec les vapeurs du Cos d’Estournel 1995. Surtout quand il observe pendant plusieurs pages de la fenêtre de son appartement la femme du 6ème « de l’autre côté du vide » jusqu’à en  faire un personnage. On ne tutoie pas les stratus en vain. Tout le contraire de son ami producteur qui trouvait son ivresse, lui, dans la fumée des Craven A.

On se doute que L’arbre du pays Toraja a permis à l’auteur de faire son deuil. Ceux qui ont en mémoire le bref et émouvant Jean-Bark (2013) du même auront compris que Philippe Claudel a transposé dans son roman le lien indéfectible qui le lie au-delà de la mort il y a près de deux ans, de la disparition et de l’absence à celui qui fut son éditeur et ami, Jean-Marc Roberts. Sa personne est devenue un personnage. Rien ne dit que, d’une manière ou d’une autre, on ne retrouvera pas sa silhouette flottant encore dans ses prochains romans. Car tant qu’on le verra et qu’on en parlera, il vivra. Il n’est pas de plus beau témoignage d’amitié.

 & et celui qui se croyait l’auteur du livre alors qu’il n’en était que le personnage (in « De quelques amoureux des livres »)

 P.S. Un détail : l’épigraphe de Beth Gibbons, probablement des paroles échappées d’une de ses chansons avec le groupe Portishead, est belle mais elle est en anglais, ce qui est bien, non traduit, ce qui est regrettable. Les écrivains sont coutumiers du fait. Ils font confiance à la musique des mots. Pas une raison pour écarter ceux qui n’entendent rien à cette langue. Pourquoi exclure dès l’entame quand on veut rassembler ? Voilà, c’est dit.

« God knows how I adore life/ When the wind turns/ On a shore lies another day/ I cannot ask for more »

(Photos Passou)

Cette entrée a été publiée dans Littérature de langue française.

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commentaires

564 Réponses pour Quand la vie ressemble au cinéma

Sant'Angelo Giovanni dit: 8 février 2016 à 19 h 52 min


…Sombrez,!…sombr-eros,!…tous n’est plus que  » ripoux « , de tailles à strates,!…
…Ah,!Ah,!…
…savoir en imposer de ses titres et prestances,!…collabos toujours,!…
…Bénéfices nets, sur abrutis et consorts,!…
…mes châteaux superflus d’abord,!…
…continuons les droits d’escrocs,!…etc,!…
…suivants,!…s’écrasé en ses églises des charmes et tailles des finances à gérer,!…
…mes dommages et intérêts,!…
sur meurtre financier lier à mon compte bancaire Bnp Paribas Fortis,!…
…échecs et maths,!…aux trusts des banques,!…Go,!…etc,!…

Widergänger dit: 8 février 2016 à 18 h 01 min

Je le pense aussi, Delaporte. D’où ma demande à roland.

Je connaissais très bien le traducteur de Sartre en Allemagne. Et j’ai souvent discuté de ce bouquin de Sartre sur Flaubert avec lui, qui m’a toujours semblé dire plus de choses sur Sartre que sur Flaubert. Comme son bouquin sur Baudelaire, qui est très inutile pour comprendre Baudelaire mais très utile pour comprendre Sartre. Je ne crois pas du tout à la pertinence de ce bouquin de Sartre sur Flaubert.

Delaporte dit: 8 février 2016 à 17 h 31 min

« l’idiot de la famille est un grand livre »

C’est du moins sa réputation. Le génie de Flaubert lui venait-il d’éléments sociologiques externes, ou bien de l’intérieur de lui-même ? On n’est pas obligé, selon moi, d’être aussi catégorique que Sartre.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 16 h 21 min

Oui, parfaitement, le spleen, mes pauvres chéris. Terrible spleen dans un monde foutu qui part en coui.lles.

Eruption dit: 8 février 2016 à 16 h 17 min

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 19 min
Notre époque a vraiment sombré au fond du gouffre de la bêtise.

Voilà, voilà, Mimi nous fait des commentaires sensés et même parfois très intelligents et subitement ses crises le reprennent, incompréhensibles, sans logique.
Le goût du noir dirait Baroz.

Sergio dit: 8 février 2016 à 15 h 47 min

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 19 min
Il faudrait un grand rire sardonique pour balayer tout ça !

On peut être bête et sourd !

A déclamer par Pierre Fresnais, ça vaudrait son pesant…

Delaporte dit: 8 février 2016 à 15 h 30 min

J’ai relu il y a quelque temps « Madame Bovary », et je me disais que tout était déjà dans ce livre, qui annonce « L’Education sentimentale » comme plein épanouissement de la modernité de Flaubert.

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 15 h 25 min

Delaporte dit: 8 février 2016 à 15 h 09 min

Le livre de Flaubert a gardé ce même impact ambigu jusqu’à aujourd’hui, qui fait que la plupart des lecteurs le trouvent encore illisible ou mal écrit

Maxime Du Camp expliquait ainsi l’échec du livre à sa sortie :

 » La masse des lecteurs ne comprend que les situations nettes. Le public écoute quand on lui dit oui ou non ; mais quand on ne lui dit ni oui ni non, il n’entend pas. »

C’est toujours vrai des lecteurs d’aujourd’hui mais je crois aussi que c’est une question d’écriture. Dans « L’Education sentimentale », Flaubert renouvelle considérablement son écriture. Il suffit pour le constater de comparer avec l’écriture de « Madame Bovary ». Or, quoi de plus allègre que l’écriture de Flaubert dans « L’Education sentimentale » ? Il y a dans l’écriture de « Madame Bovary » quelque chose d’un peu lourdement concerté dont Flaubert s’est débarrassé dans « L’Education sentimentale ».

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 19 min

Notre époque a vraiment sombré au fond du gouffre de la bêtise. Il faudrait un grand rire sardonique pour balayer tout ça !

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 18 min

Ah bah voui, mon cher Court, faut ben vivre avec son temps, qu’il a dit l’éditeur du grand Nanard…

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 17 min

De toute façon, le grand Gracq est un grand crac quand il a quelqu’un dans le nez… Et même un crac boum huuu…

Court dit: 8 février 2016 à 15 h 16 min

Gracq peut avoir des trésors d’incompréhension…
La littérature contre le mal? Je vois d’ici le rire d’Hugo et de Milton…Sans parler de celui de Bernanos.
en tous cas, la moraline à la Enard nourrit son homme…
MC

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 16 min

C’est bien possible, notre Gustave ayant aimé diablement voyagé…!

C’est comme le début du Rouge et le Noir, le guide qui nous introduit à Verrières est censé être un « touriste ». Stendhal a même écrit là-dessus. C’est dire comme Stendhal et Flaubert sont des écrivains de seconde zone, qui se complaisent dans les fiacres, à la manière peut-être même de Madame Bovary, grand fantasme flaubertien…

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 15 h 14 min

Delaporte dit: 8 février 2016 à 15 h 09 min

Le livre de Flaubert a gardé ce même impact ambigu jusqu’à aujourd’hui, qui fait que la plupart des lecteurs le trouvent encore illisible ou mal écrit

Lors de la publica

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 13 min

@Court
Ce qui donne quand même une tout autre lecture de l’épisode révolutionnaire au Château des Tuileries. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Delaporte dit: 8 février 2016 à 15 h 09 min

« L’éducation sentimentale » et la critique en 1869.

Le livre de Flaubert a gardé ce même impact ambigu jusqu’à aujourd’hui, qui fait que la plupart des lecteurs le trouvent encore illisible ou mal écrit. Ainsi, bizarrement, de Julien Gracq, qui cite même, dans « En lisant, en écrivant », un passage du roman pour le comparer à un guide touristique !

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 15 h 06 min

 » Le Mâle pour les Nuls » sur les presses de l’Université Catholique de Louvain ? J’y crois pas. Et pourtant, je crois. Enfin, je crois croire.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 15 h 05 min

‘Fectivement, je souscrit pleinement à la comparaison entre une quiche et une burne…

Et vive la quiche parisienne !

JC..... dit: 8 février 2016 à 15 h 04 min

gardel dit: 8 février 2016 à 14 h 55 min

Bien entendu, cher gardel ! Vous êtes tout pardonné …

Un homme de votre race, entouré de quelques blondes récentes, même artificielles, ne peut qu’être mon ami pour toujours.

Ceci dit, si vous avez quelques beurettes ou quelques délicates asiatiques, ce sera tout aussi bon : nous devons nous ouvrir au monde !

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 15 h 04 min

J’ai même publié un : « Le Mal pour les Nuls » (JC)

En fait, vu mes difficultés d’érection, j’aurais besoin de trouver un « Le Mâle pour les Nuls ».

JC..... dit: 8 février 2016 à 14 h 58 min

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 14 h 35 min
« Le « Magazine littéraire » titre fièrement : La littérature contre le Mal . Mais lequel? Est-ce que tu sais cexé, toi, que le Mal ? »

Je sais ce que c’est que le mal, pardon le Mal ! J’ai même publié un : « Le Mal pour les Nuls », préfacé par Enard Balzac001, qui s’est bien vendu.

Actuellement, j’occupe la chaire du Mal à l’Université Catholique de Louvain et donne quelques cours particuliers.

Vous disposeriez de quel budget, au plus juste ?

gardel dit: 8 février 2016 à 14 h 55 min

Illustre JC, mes excuses tardives pour avoir écrit à votre intention (5 février, à 21h 59m) quelques lignes qui, par inadvertance, ont été adressées à « cher D ». A ma décharge la retransmission simultanée du Barça de Messi et Suárez, mes compatriotes (7 buts à eux deux). Par rapport a cela, les excuses de Jérôme Cahuzac sont une autre paire de manches, vous en conviendrez. De toute façon, j’appelle à votre légendaire tolérance.

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 14 h 40 min

 » La littérature contre le Mal  » : il paraît que, du côté des tombeaux de Sade et de Baudelaire, on a entendu de sataniques glapissements de rire.

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 14 h 37 min

Avec une couverture aussi con, pas de danger que j’achète le « Magazine littéraire ». Y a pas de petites économies.

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 14 h 35 min

Le « Magazine littéraire » titre fièrement :  » La littérature contre le Mal « . Mais lequel? Est-ce que tu sais cexé, toi, que le Mal ?  » (surtout avec un grand M) Est-ce que quelqu’un sait cexé que le Mal ? Ah là là, tout ça, tout ça, c’est du bidon.

Court dit: 8 février 2016 à 14 h 32 min

Oui, Wiederganger.je crois qu’il à pleinement conscience de tirer le roman vers l’intime. Au rebours du réalisme à la Champfleury ou de l’idéalisation relative de la Bohème qui a cours ces années-là…
MC

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 14 h 14 min

L intelligence littéraire et l intelligence de la nouvelle époque c est tellement bluffant dans tout ce qu’ écrit Baudelaire; plus on le lot plus on est scotché

Vue l’ortograf fonétik, Popol a dû en effet abuser du scotch avant d’écrire ça.

Lucy dit: 8 février 2016 à 14 h 13 min

D’un blog à l’autre, Verlaine parlant de Barbey d’Aurevilly : « Critique ? Détestablement personnel, adorablement méchant, spirituel comme un mauvais diable, au fond bon diable avec d’immenses erreurs, d’énormes paralogismes, des préjugés sans nombre d’idées et de personnes, aussi des engouements d’hommes et de théories, mais formidables, ô que non pas ! Tous ceux qu’il a tués se portent assez bien et plusieurs d’entre eux l’adorent écrivain et l’estiment littérateur, – et ceux qui l’approchent aiment la personne, raffolent du causeur, répètent ses mots toujours colorés, parfois coloriés…C’est cependant un catholique littératurant d’un sérieux exceptionnel, et un écrivain intensément original.[…]Il a jadis égratigné les poètes et je ne pense pas qu’il les prise fort encore aujourd’hui, quelque réel progrès qui se soit opéré, vrai miracle intellectuel !, dans cet esprit mûr depuis longtemps et pour cause. Mais qu’importe et aux poètes et au mérite éclatant de cet homme extraordinaire ! Les poètes l’apprécient hautement, les poètes le lisent avec ferveur, et c’est encore le plus beau fleuron de sa couronne ! (merci Christiane)

Widergänger dit: 8 février 2016 à 13 h 43 min

C’est intéressant d’ailleurs que Flaubert dise ça à propos de son roman et de Sainte-Beuve. Il fait là une interprétation de son roman, comme roman intimiste, roman de l’intime. Et pas du tout comme un roman historique. C’est une façon de le lire toute particulière, qui était peut-être justement celle de Flaubert, contrairement à la nôtre aujourd’hui.

Court dit: 8 février 2016 à 13 h 03 min

il y a cette phrase de Flaubert:
« J’avas écrit L ‘education pour Sainte-Beuve, mais il est mort.. »
Hommage ou rosserie,?
Quant à Allais et Sarcey, le plus joli texte demeure le pastiche à la Sarcey ou Allais s’amuse à expliquer ce que c’est que la vapeur…
MC

Paul edel dit: 8 février 2016 à 12 h 41 min

L intelligence littéraire et l intelligence de la nouvelle époque c est tellement bluffant dans tout ce qu’ écrit Baudelaire; plus on le lot plus on est scotché

Antonio Corrado dit: 8 février 2016 à 12 h 31 min

« Francisque Sarcey, grand critique de l’époque »

« du prochain volume de notre éminent confrère M. Francisque Sarcey : Souvenirs d’enfance, de jeunesse, d’âge mûr et de décrépitude.
M. Sarcey n’est pas seulement l’esthète au jugement sûr et toujours novateur………… »
Alphonse A.

de nota dit: 8 février 2016 à 12 h 07 min

Oui, Paul Edel, Sand a été un peu dépassée…le plus drôle, peut-être, ce sont les propos de Francisque Sarcey, grand critique de l’époque, et notamment quand il fustige le comportement de Frédéric envers les femmes: « Mais c’est là le marivaudage du Marquis de Sade » Sade, qu’il avoue n’avoir pas lu!

bernadette dit: 8 février 2016 à 11 h 58 min

haloux dit: 8 février 2016 à 11 h 45 min
Injustice et bêtise de la critique.

exemple d’injustice et de bêtise de la part des critiques (socialos ) : le Racine Nouveau n’est pas universellement encensé comme il mériterait de l’être

Chaloux dit: 8 février 2016 à 11 h 58 min

J’ai lu L’Education très tard, vers l’âge de trente ans. Un beau matin, je me suis dit qu’il fallait le lire, et je l’ai lu dans la journée. Un choc, mais un choc plutôt repoussant tout en convenant qu’il s’agit d’un très grand livre. Un sorte d’anti-Dickens, en ce sens que l’écrivain ne cherche à établir aucune complicité avec le lecteur bien au contraire. Je crois que la nouveauté du livre est plutôt à chercher de ce côté-là. Ensuite, Flaubert a au contraire cultivé cette complicité, avec beaucoup de variations, dans les Trois Contes et Bouvard et Pécuchet.

Paul edel dit: 8 février 2016 à 11 h 56 min

De nota merci pour le lien.ce qui fut terrible pour Gustave c est que même g sand défendit l éducation sentimentale avec de curieux arguments qui faisaient l impasse sur l apport si neuf du roman

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 49 min

Le grand Meaulnes d’Alain Fournier, c’est déjà une sensibilité à la Proust. C’est déjà un écrivain proustien qui joue des mêmes ressorts littéraire, où le rêve et le souvenir viennent s’entremêler. On voit bien que Proust n’est pas descendu d’un ciel éthéré mais participe pleinement de l’esprit et de la sensibilité de son temps, c’est-à-dire la Belle époque.

Chaloux dit: 8 février 2016 à 11 h 45 min

Injustice et bêtise de la critique. Je me souviens encore de ce qui est arrivé à Tournier au moment de la parution de La Goutte d’Or. Tout la critique lui est tombée dessus, comme s’il y avait eu un mot d’ordre : abattons-le. Une véritable exécution. Or c’est un très bon livre après lequel Tournier n’a plus écrit de roman mis à part un petit récit de cent pages (et un pour la jeunesse). J’avais un peu correspondu avec lui à cette époque : »Il faut se blinder le cœur et l’estomac, c’est plus sûr ».
Ensuite je n’ai plus jamais lu une critique en la prenant au sérieux.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 41 min

Chacun a sa sensibilité, frédé. Vous pouvez le trouver ennuyeux. Mais il faut pénétrer la subtilité de son écriture, et vous le trouverez beaucoup moins ennuyeux qu’il n’y paraît de prime abord à un lecteur non prévenu. RG est manifestement un grand écrivain, l’analyse de ses textes le montre. C’est un travail d’orfèvre, je vous assure. Il travaille sur les mots comme il devait travailler en tant que chercheur en biologie. C’est très minutieux, très bien organisé dans une grille infernale qui enserre le réel.

Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’il s’appelle Robbe et Grillet…! Il y a de la robe et de la grille des grands névrosés dans tous ses romans et bien sûr dans ses films où il pousse le bouchon de la perversité encore plus loin. Il faut bien comprendre que Robbe_grillet est un grand pervers génial certes mais d’abord et avant tout un grand pervers. Mais sa grandeur est d’avoir fait ce qui aurait pu faired e lui un grand criminel, un grand écrivain. Et là, on ne peut que saluer bien bas le bonhomme. Même si on ne sent pas comme lui !

Paul edel dit: 8 février 2016 à 11 h 36 min

De nota, bien sur il y a toujours dans une génération de bons critiques et même s ils se trompent c est souvent avec des arguments intéressants par exemple Edmond jaloux sur Proust
je cite Barthes et blanchot comme exemplaires!et c est vrai que la critique entière à raté l éducation sentimentale, cas assez rare car regardez Proust il a eu de grands critiques de son côté :daudet,Jacques rivière ,etc dans une carrière de critique il y a 4 ou 5 noms à ne pas rater qui surgissent avec leur originalité et qui bouleversent le paysage et là ce sont des boussoles rares,le reste on expédie les affaires courantes avec sa subjectivité. Mais il faut bien comprendre que certains arguments sont faux pour défendre un auteur ou l enfoncer.la mauvaise foi.?plus rare qu’ on croit car le pire danger c est la certitude. Enfin certains critiques qui n aiment pas Proust représentent tout un lectorat qui ne peut lire ce tricot trop serré de phrases à rallonges, et c est respectable.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 35 min

C’est facile à dire quand on n’est pas journaliste. Mais ce n’est pas si simple ! On ne peut pas comprendre et juger de la critique littéraire de toute façon sans l’intégrer dans tout l’appareil de ce que le théoricien Dominique Maingueneau appelle la paratopie ou le scène d’énonciation, c’est-à-dire tout le système social qui en toure la création littéraire, visible même dans les textes littéraires eux-même à toute époque, qui prend en charge, oriente et encadre la création littéraire. C’est une branche moderne et nouvelle de la critique universitaire très prometteuse pour mieux comprendre ce qu’on entend par « littérature ». C’est ce qui va au-delà de la philologie et met en œuvre « l’institution littéraire » qui inclut les éditeurs, les journalistes, les lecteurs de blog, etc. et toute la sociologie du champ littéraire.

Je vous recommande à ce sujet :
Dominique Maingueneau, Le discours littéraire Paratopie et scène d’énonciation, Armand Colin.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 22 min

frédé, vous pouvez voir sur le site de l’ina je crois l’entretien de Breton où il parle de RG. C’est intéressant à tout point de vue dans la mesure même où Breton raconte là n’importe quoi, ou plus exactement se trompe mais en nous faisant comprendre beaucoup de choses de l’époque.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 20 min

Mais ça existe bel et bien, mon cher de nota !

Notamment sur RG. Et vous verrez que ceux qui « sentent » correctement les romans de RG sont extrêmement rares à leur sortie. Mais c’est normal, je dirai. Il ne pouvait en être autrement. On ne peut demander à un journaliste d’avoir la sensibilité d’un authentique créateur deforme nouvelle pour dire le monde nouveau et encore inédit qui se trouve sous nos yeux. Les journalistes qui se trompent sont honnêtes. Simplement ils n’ont pas la bonne paire de lunettes. Et ils ne sont pas payés pour changer de lunettes mais pour bien se servir de celles qu’ils portent. Et on ne peut pas leur demander de passer chez l’occuliste régulièrement, ça ne se fait pas;

roland dit: 8 février 2016 à 11 h 19 min

Quand le jazz est là à 10:58 : associer Hadrien/William Legrand/Anna Fort et Pseudo Multiple (?) prouve que vous ne savez pas lire

frédé dit: 8 février 2016 à 11 h 18 min

« un roman qui est très très proche de sa sensibilité politique à lui, André Breton ! »

il devait le trouver statique, sans envergure

Paul edel dit: 8 février 2016 à 11 h 16 min

Il y a dès romans assez traditionnels très intéressants .je prends le cas d elena ferrante qui est née en 1944; elle pratique un roman tolstoien avec naissances mariages, enfants,morts,généalogies familiales arborescentes et sens des existences entremêlées, mais elle a subi l influence d elsa Morante et introduit une analyse féminine emancipatrice passionnante. Je vous conseille de lire les 2 volumes de « l´amie prodigieuse. . »pour comprendre comment les familles populaires napolitains vivent l après guerre. Grande fresque riche sur le plan sociologique et belle maîtrise dans la construction mais aucune rupture avec le roman réaliste

de nota dit: 8 février 2016 à 11 h 15 min

Une critique ( littéraire) injuste serait une critique qui n’est pas fondée, et si l’on s’accorde sur cette définition, on peut constater que bien des critiques sont sans fondements quand elles se réduisent à un simple et paresseux résumé du livre et n’évoquent le style de l’auteur qu’avec des phrases toutes faîtes et interchangeables.

Paul Edel, tous les critiques n’ont pas loupé Flaubert, Baudelaire, Robbe-Grillet, etc, je crains que l’on ne retienne plus volontiers le manque de discernement des critiques que pour mieux les déconsidérer, il faudrait faire une anthologie des critiques qui ont su, à toutes les époques, reconnaître l’importance de ces oeuvres littéraires qui initièrent « une nouvelle sensibilité ».
Bien sûr, on constaterait que ces critiques furent, bien souvent, minoritaires, et alors? Les bons écrivains, les bons lecteurs, les bons critiques, tous sont rares, et c’est très bien comme ça.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 09 min

Oui frédé, c’est ce que je voulais dire. Mais RG n’est guère autocentré.

André Breton ne comprend guère que La Jalousie c’est aussi un roman qui dénonce le colonialisme, c’est-à-dire au fond un roman qui est très très proche de sa sensibilité politique à lui, André Breton !

Il y a là d’ailleurs des dysfonctionnements de lecture qui sont passionnants à analyser.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 07 min

Si vous y voyez de l’injustice, Clopine, c’est que vous êtes une mauvaise lectrice, après avoir usé de mauvaise foi… Vous devriez aller à confesse pour vous ôter tant de mauvaiseté du cœur. Ça va finir par y sentir le ranci, comme dirait Baudelaire dans sa chambre double.

Pour Baudelaire c’est le ranci, pour Flaubert, le moisi ! C’est quand même très proche et très intéressant pour dire l’essentiel de leur époque. Il faut imaginer ce que ça implique.

frédé dit: 8 février 2016 à 11 h 06 min

WG 10 h 38 min
Breton et Robbe-G ne sont pas du tout de la même génération – l’histoire de RG est autocentrée

ça nous ferait des vacances dit: 8 février 2016 à 11 h 00 min

Clopine, définitivement un cas à part dit: 8 février 2016 à 10 h 55 min
l’ego du critique,

Et si vous tentiez de vous pencher sur le votre.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 11 h 00 min

C’est clair, Paul Edel !

Le roman de Flaubert initie une nouvelle sensibilité aussi. Aujourd’hui, on lit L’Education sentimentale comme une sorte d’évidence alors qu’à l’époque, ce fut un choc. Les lecteurs n’avaient pas la fibre intérieure pour y être sensibles. Ou trop peu. C’était trop « moderne », trop « d’avant-garde », trop « réaliste » au fond.

Quand le jazz est là dit: 8 février 2016 à 10 h 58 min

William Legrand dit: 8 février 2016 à 10 h 47 min

Hadrien/William/Anna Fort/Pseudo Multiple se demande pourquoi il est « modéré ».
Est-il bête !

Clopine, définitivement un cas à part dit: 8 février 2016 à 10 h 55 min

en quoi « mauvaise foi » et « faux sens » ? Parce que je tente de discerner, parmi les sources d’erreur, celles qui relèvent de l’ego du critique, plus que d’une analyse erronée ?

Euh…

Ne seriez-vous pas en train de commettre ici une sorte d’injustice à la lecture de mon post, ahaha ?

D. dit: 8 février 2016 à 10 h 53 min

William, si votre commentaire est en modération c’est qu’il est potentiellement susceptible de poser un problème. Et ici nous ne voulons pas de problèmes.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 10 h 48 min

Oui, mais Clopine, ne déformez pas arbitrairement le sens de l’expression que vous reprenez de mon commentaire. C’est inconscient chez le journaliste de l’époque de Robbe-Grillet. C’est involontairement qu’il se trompe et en dit plus sur lui. Vous pratiquez la mauvaise foi et le faux sens, ce qui n’est pas très honnête intellectuellement et vous reproduisez ainsi ce que précisément vous reprochez à ces journalistes…!

D. dit: 8 février 2016 à 10 h 46 min

Le génie est forcément celui qui est à l’écart de la doxa, à l’écart des idées reçues. Il est forcément non pas « anormal » mais « anomal ». Il dépasse d’une tête tout le monde. Les autres doivent se dresser sur leurs ergots pour regarder ce qu’il voit mieux que tout le monde.

Absolument. Non seulement il sait beaucoup, mais il comprend différemment. Ainsi il i maginera et conserva de façon originale et inédite.
Autant rappeler qu’en dehors de vous, Michel, et moi, il n’y a personne ici.
Ueda est quand même assez balaise mais il lui manque toujours le petit quelque chose audacieux qui fait qu’il se prend les pieds dans l’élastique.
Clopine à un certain génie, mais est très conformiste à sa façon. Ça la bloque complètement.

Clopine, définitivement un cas à part dit: 8 février 2016 à 10 h 44 min

Wgg : « (…)qui en disent plus longs sur eux que sur les romans (…) »

Ca, je trouve que c’est une annotation juste : quand une critique en dit plus long sur l’auteur de la critique que sur le bouquin, l’injustice n’est pas loin.

Non qu’il faille adopter un ton de fausse objectivité, bien sûr : le critique doit accepter sa subjectivité (qu’il le veuille ou non, de toute façon, il n’a pas le choix, alors !) Mais le problème est bien, encore une fois, dans le but recherché : dans la motivation de la critique.

Qu’est-ce qui nous pousse, tous autant que nous sommes, professionnels ou amateurs, à vouloir tant donner notre point de vue sur un texte ? Si l’on exclut les margoulins ou les « en mission commandée », les universitaires et les timides, il n’en reste pas moins que tout ça, ça relève des voleurs de feu.

Paul edel dit: 8 février 2016 à 10 h 44 min

Il y a des romans qui changent la sensibilité d une époque-genre Houellebecq ou littell -et tant d autres qui recopient plus ou moins bien des époques précédentes et Édouardlouis n est pas loin de la hargne des premiers Hervé Bazin ..

Widergänger dit: 8 février 2016 à 10 h 38 min

Oui, Popaul a tout à fait raison de voir, de ce point de vue, les Barthes et les Blanchots, comme des pédagogues qui ont appris à lire correctement les romans du Nouveau Roman.

Et on voit que ce n’était pas gagné d’avance quand on se souvient du petit film où on voit André Breton dans un entretien tourné chez lui, rue Fontaine, où il parle des romans de Robbe-Grillet qu’il rattache à l’idéologie capitaliste venue des Etats-Unis polluer la rande culture européenne…! Là, ce n’est même plus un contre-sens, c’est du délire pur ! Mais qui en dit long sur l’abîme qui sépare toute l’histoire de Breton et l’histoire de Robbe-Grillet. Ils sont contemporains mais ne vivent pas du tout sur la même planète mentale. Breton, lit avec en tête toutes ses luttes, tout l’appareil idéologique de son temps, les repères de l’avant-guerre, tandis que Robbe-Grillet a de tout autres repères pour lire le mode. Et cette différence entre eux deux est tout à fait intéressante et même passionnante à analyser.

Lucy dit: 8 février 2016 à 10 h 33 min

« je ne crois pas non plus qu’on EST une légitimité à dire que la critique littéraire… »

Bon sang WGG, vos élèves ont déteint sur vous ?

D. dit: 8 février 2016 à 10 h 33 min

Il y a toujours un peu de poux dans le pouls de l’époque

Je ne saisis pas ce que vous voulez dire par là, Michel. Pourriez-vous le dire en d’autres termes ?

Paul edel dit: 8 février 2016 à 10 h 32 min

La critique cherchait encore un roman romantique en lisant flaubert d où erreur comme une partie de la critique littéraire cherchait encore du Balzac ou du mauriac en lisant Robbe grillet ou pinget d où l importance d un Baudelaire – relire sa splendide critique de madame bovary-et l importance d un Barthes pour faire la pédagogie du nouveau roman ou celle d un blanchot.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 10 h 29 min

Non, je ne crois pas non plus qu’on est une légitimité à dire que la critique littéraire journalistique se trompe. Elle ne se trompe pas. Les journalistes qui ont écrits les premiers articles sur les romans de Robbe-Grillet ne se trompaient pas. Simplement ils n’avaient pas les bonnes lunettes pour le lire sans commettre de ridicules contre-sens qui en disent plus longs sur eux que sur les romans de Robbe-Grillet. Mais qui disent aussi tout ce qui, à son époque, dépasse les habitudes de lecture, la perception du monde de l’après-guerre, que traite précisément Robbe-Grillet avec une rare pertinence.

William Legrand dit: 8 février 2016 à 10 h 28 min

Madame Verniglia est plus que contente ce matin, JC lui a dit bonjour avec un grand sourire, elle l’a trouvé pire que mâle avec sa pancarte pour le général et toute sa troupe d’admiratrices énamourées ; les gens rigolent.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 10 h 26 min

@Jupiter
Non, ce n’est si aberrant que ça ! Par exemple aujourd’hui, un écrivain comme Richard Millet, crie perpétuellement à l’injustice dans les jugements des journalistes à son égard dans la critique littéraire. Il y a une vérité dans ce cri du cœur. Mais ce n’est pas pour autant, je vous l’accorde volontiers, que lesdits journalistes seraient injustes.

Clopine, définitivement un cas à part dit: 8 février 2016 à 10 h 25 min

Gérard Jean, je vous entends, certes, mais dans ce cas la critique littéraire n’est pas « injuste » : elle se trompe, tout simplement.

La preuve en est que l’erreur peut être par la suite reconnue, dans ce cas. Tel critique qui aura dit pis que pendre de la Recherche pourra changer d’avis, parce qu’il se sera « honnêtement » trompé, voilà tout.

Par contre, la critique « injuste » parce que poursuivant un autre but que l’appréciation -ou non- d’un texte littéraire n’a pas d’échappatoire : on ne pourra pas revenir dessus en disant « je me suis peut-être trompé », parce qu’il ne s’agit pas de littérature, mais de règlement de comptes. D’où les haines qui peuvent en résulter, d’ailleurs.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 10 h 23 min

Il y a toujours un peu de poux dans le pouls de l’époque surtout avec Flaubert qui voulait écrire des livres qui sentent le moisi de son temps…

Widergänger dit: 8 février 2016 à 10 h 22 min

Un truc pour vous, Passou :

Villa Bleuler Gespräche: Eine Kooperation von SIK-ISEA und Kunstbulletin

Programm 2016

Die Villa Bleuler Gespräche eröffnen ein breites Spektrum des zeitgenössischen Schweizer Kunstschaffens über alle Generationen und Medien hinweg. Fachleute befragen Schweizer Künstlerinnen und Künstler zu ihrer Vorgehens- und Denkweise. Anhand konkreter Werkbeispiele werden die wissenschaftlichen und gesellschaftlichen Herausforderungen der Kunstgeschichte der Gegenwart thematisiert. Ausgangspunkt für diese neue Veranstaltungsreihe ist die Grundlagenarbeit des SIKART Lexikons und des Schweizerischen Kunstarchivs sowie des Kunstbulletins. Die Veranstaltungsreihe wird von SIK-ISEA (Katharina Ammann) und dem Kunstbulletin (Claudia Jolles) organisiert.

Eugénie Rebetez und Pipilotti Rist
Eugénie Rebetez und Pipilotti Rist werden zu Zusammenhängen und Unterschieden von Videokunst und Performance befragt von Daniel Baumann (Kunsthalle Zürich) und Katharina Ammann (SIK-ISEA), Begrüssung Roger Fayet (SIK-ISEA)

Wann: 8. März 2016, 18.00–19.30 Uhr, anschliessend Aperitif
Wo: SIK-ISEA, Zollikerstrasse 32 (Nähe Kreuzplatz), CH-8032 Zürich
Die Teilnahme an der Veranstaltung ist kostenlos. Es ist keine Anmeldung erforderlich.
Programm

Christian Ratti und Katharina Anna Wieser
Christian Ratti und Katharina Anna Wieser werden zu formgebenden und formsprengenden Installationen befragt von Pablo Müller (Hochschule Luzern / Autor Kunstbulletin) und Katharina Dunst (SIK-ISEA), Begrüssung Katharina Ammann (SIK-ISEA)

Wann: 5. April 2016, 18.00–19.30 Uhr, anschliessend Aperitif
Wo: SIK-ISEA, Zollikerstrasse 32 (Nähe Kreuzplatz), CH-8032 Zürich
Die Teilnahme an der Veranstaltung ist kostenlos. Es ist keine Anmeldung erforderlich.
Programm

Patrick Hari und Sandra Senn
Patrick Hari und Sandra Senn werden zum Wirklichkeitsbezug von Kunst befragt von Daniel Morgenthaler (Helmhaus Zürich / Autor Kunstbulletin) und Monika Schäfer (SIK-ISEA), Begrüssung Claudia Jolles (Kunstbulletin)

Wann: 10. Mai 2016, 18.00–19.30 Uhr, anschliessend Aperitif
Wo: SIK-ISEA, Zollikerstrasse 32 (Nähe Kreuzplatz), CH-8032 Zürich
Die Teilnahme an der Veranstaltung ist kostenlos. Es ist keine Anmeldung erforderlich.
Programm

Le programme :

Warum willst du unsere Gehirne zusammennähen?
Villa Bleuler Gespräch
mit Eugénie Rebetez
und Pipilotti Rist

DHH dit: 8 février 2016 à 10 h 17 min

@WGG
délicieux lapsus dans votre magnifique post « prendre le POUX d’une génération »
Ceci dit bravo à Lola qui par ses encouragements vous amène à évacuer le fatras érudit et pédant pour ne plus donner que le meilleur de vous- même, qui vaut la peine d’etre lu

ZEUS..... dit: 8 février 2016 à 10 h 05 min

Nous ne comprenons pas, ici, que vous ne compreniez pas, au niveau intellectuel où vous semblez voleter, que le jugement de n’importe quel critique littéraire étant purement subjectif parler de critique « juste » ou « injuste » est totalement aberrant …

Widergänger dit: 8 février 2016 à 10 h 03 min

De toute façon, mes petits chéris, je vais vous dire le fond de ma pensée en matière de critique littéraire, et vous savez combien ici mon point de vue de génie de la critique littéraire compte…

Il est rare dans l’histoire littéraire qu’on ne se trompe pas à l’apparition d’un authentique génie littéraire. Je dirai même que c’est presque dans la nature des choses. Pourquoi ? Eh bien parce qu’un grand écrivain est précisément celui qui saisit de son temps son esprit, que les autres peinent à sentir, le nez sur le guidon qu’ils sont. Voilà pourquoi ! Les talents fourmillent, riches et variés, mais le génie c’est autre chose.

Le génie est forcément celui qui est à l’écart de la doxa, à l’écart des idées reçues. Il est forcément non pas « anormal » mais « anomal ». Il dépasse d’une tête tout le monde. Les autres doivent se dresser sur leurs ergots pour regarder ce qu’il voit mieux que tout le monde.

Qui était capable de prendre le poux de leur génération sinon Flaubert et Baudelaire qui appartiennent à la même génération, sont nés à la même époque et ont vécu les mêmes grands soubressauts de leur siècle. Mais eux seuls en étaient en fin de compte les sismographes en raison de leur particulière sensibilité qui faisaient d’eux presque des écorchés vifs.

Qui d’autres que Baudelaire aurait été capable de son temps de posséder cette extraordinaire sensibilité et sa prodigieuse capacité stylistique si variée, si riche, si appropriée à l’objet de son étude pour dire une expérience de la vie quasiment ineffable et en même temps terrible, tragique qu’il est à même d’élever à la dimension quasiment d’une histoire mythique qui bouleverse le monde tant le commun des mortels s’y retrouve, et en même temps de supporter l’horrible vie de forçat du travail qu’a été la sienne pour vivre et pouvoir manger tous les jours ? Que d’amertumes cache pudiquement Baudelaire dans « La chambre double » quand il nous parle des saute-ruisseau lui réclamant un article en retard pour un journal. Que de chagrins rentrés, de terribles angoisses au quotidien, qui en auraient tué plus d’un ! Il fallait être Baudelaire avec son tempérament bien trempé, son infini courage devant l’adversité, sa profonde modestie native, son sens de la grandeur, et connaître une vie intérieure d’une rare intensité, pour réussir malgré tout à produire les chefs-d’œuvre que nous lisons aujourd’hui sans souci.

Lucy dit: 8 février 2016 à 10 h 02 min

La critique en anglais d’Alice Gregory me semble aller dans le bon sens :

« I don’t think I was unfair to those books, but I do think I was unfair to the people who wrote them. » Je ne pense pas avoir été injuste avec ces livres, mais je pense avoir été injuste avec ceux qui les écrivaient.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 9 h 42 min

Clopine, si les critiques littéraires en parlent tant de ce que vous soulignez à propos d’Edouard Louis, c’est, me semble-t-il, précisémnt parce que c’est le contenu littéraire de ses bouquins, non ? On ne peut pas leur reprocher de parler d’Edouard Louis alors que le dénommé Edouard Louis est précisément l’objet de son livre…! Ceci dit, ils sont peut-être injustes, mais pas pour les raisons que vous invoquez. D’ailleurs, les critiques littéraires ne sont pas seulement injustes quand ils dénigrent un bon bouquin, mais aussi quand ils gonfle artificiellement la valeur d’un mauvais bouquin, je pense à Boussole de l’inénarrable Enard…dont la promotion ressortit plus au domaine du marketing éditorial et littéraire avec tout un discours hypocrite de gauche pour le justifier que d’une valeur littéraire qui ne manquera pas de se dégonfler une fois la tempête marketingogo-macabre passée…

La Gazette dit: 8 février 2016 à 9 h 14 min

Edouard Louis commençait à nous manquer, heureusement que l’infirmière clopinante est venue faire une piqûre de rappel.

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 9 h 11 min

une critique littéraire est injuste quand elle poursuit un autre but qu’un jugement littéraire.

Une critique littéraire peut être parfaitement injuste quand elle poursuit un but exclusivement littéraire. Voyez les premières critiques adressées au roman de Marcel Proust.

gérard-Jean dit: 8 février 2016 à 9 h 08 min

Crapule ou victime, le romancier Howard Jacobson entend bien célébrer la grandeur du personnage de Shylock.

Grandeur de Shylock ? A condition de le tirer fortement par les cheveux, peut-être. En revanche, le Juif de Malte, de Marlowe, possède, lui, une vraie grandeur, en dépit d’un solide cynisme (ce qui n’est pas forcément un défaut) et de pratiques parfois contestables. Dommage que cette admirable pièce soit bien moins connue (et bien moins jouée) que « le Marchand de Venise ».
Evitons de réhabiliter, au nom d’une anachronique lutte contre l’antisémitisme, des personnages qui ne sont que des personnages de théâtre, personnages contrastés et complexes au demeurant, et qui n’ont (et n’avaient à l’époque de leur création) aucun titre sérieux à représenter leur communauté. Ni Shakespeare ni Marlowe n’étaient antisémites au sens où nous l’entendons aujourd’hui, même si leurs pièces se font l’écho des préjugés de leur temps. Shylock ou le Juif de Malte sont bien loin d’être des anticipations du Juif Süss !

Clopine, définitivement un cas à part dit: 8 février 2016 à 8 h 55 min

« Quand et selon quels critères peut-on juger qu’une critique littéraire a été injuste ?  »

je n’ai pas pu lire l’article tweeté (il est en anglais), m’enfin il me semble que la réponse est évidente : une critique littéraire est injuste quand elle poursuit un autre but qu’un jugement littéraire.

par exemple, quand, pour critiquer un livre d’Edouard Louis, le but n’est pas d’apprécier littérairement le texte, mais de « faire un sort » à celui qui a osé
– vouloir censurer Gauchet,
– déboulonner le mythe du peuple juste « par essence »,
– appliquer les théories bourdieusiennes en partant de sa propre réalité
– changer d’état-civil
– changer de classe sociale sans céder aux vertiges de l’élitisme

ce qui, vous en conviendrez, n’a rien de « littéraire ».

La même chose pourrait d’ailleurs être appliquée à Houellebecq, en opposé symétrique, notez…

mais il y a aussi d’authentiques critiques littéraires négatives de ces deux auteurs, qui ne sont pas injustes bien que négatives, parce qu’elles ne sont pas contaminées par des procès montés en a priori.

Et ce que je reproche au Magaeine Littéraire, ce n’est pas son avis négatif, mais le but recherché : nuire à l’auteur, pour se réparer du succès obtenu, et parce que sa conduite apparaît scandaleuse. Ce but est tellement sous-jacent à la soi-disant « critique littéraire  » qu’il dynamite l’article, et devient donc totalement improductif, sans compter l’aspect « injustice » qui est ici flagrant.

JC..... dit: 8 février 2016 à 8 h 41 min

Quittons nous sur une sympathique comparaison, à des années d’intervalle !

JEROME CAHUZAC, nous affirmant « les yeux dans les yeux » qu’il n’avait pas de compte en Suisse, ne vous fait-il pas songer à BILL CLINTON, une main sur le cœur, l’autre sur la braguette, jurant qu’il est innocent …et sans tache ?

Cette humanité là n’a pas de prix à mes yeux. Deux Pater, trois Ave Maria, et on en parle plus !

JC..... dit: 8 février 2016 à 8 h 18 min

Retenons le nom d’un nouveau grand comique, ABDELKADER ABDERRAHMANE, consultant géopolitique, qui s’exprime ainsi dans le Monde, le torchon que vous connaissez de nom.

« Il est important de rappeler qu’aujourd’hui le symbole par excellence de la France à New York, Tokyo, Londres, Cape Town ou Berlin n’est plus le camembert ou la baguette mais Zinédine Zidane, un homme de confession musulmane.

En ces temps de musulmanophobie et d’arabophobie nauséabondes, il serait bon de se souvenir aussi que c’est sa tête qui a permis à la France de remporter ce qui demeure à ce jour sa seule et unique Coupe du monde de football, un soir de juillet 1998.

Oui, sans hésitation aucune, la France sans les musulmans ne serait pas la France.

A cet égard, il ne faut pas oublier qu’il coule très probablement dans les veines de beaucoup de Français, hommes politiques y compris, quelques gouttes de sang de Boabdil le musulman, qui capitula sous les coups de boutoir de la Reconquista. »

… n’y a t il pas là un nouveau Coluche en attente de succès ?!… Bonne chance, Abdel !

JC..... dit: 8 février 2016 à 7 h 58 min

bonnet d’âne dit: 8 février 2016 à 7 h 23 min
« JE SUIS PIS QUE MAL »

…. Exact ! Sans l’ombre d’un doute !…

JC..... dit: 8 février 2016 à 7 h 49 min

Autant aller sur la mer à la voile me parait un acte de bon goût, de simplicité de bon aloi, de communion avec une nature qui se fout bien de l’écologie boboïde, autant l’alpinisme de grande hauteur me tente autant qu’une conversation bas de plafond avec la poudreuse Cécile Duflot, à la terrasse d’un café kafir …

la vie dans les bois dit: 8 février 2016 à 7 h 29 min

Philippe Claudel,

J’ai retrouvé pour vous une définition de l’alpinisme, auquel vous ne pourrez qu’être sensible.
Cela s’appelle: le chamonisme.

« Voici la définition même du Chamonisme : une ligne de 4 longueurs à 2 pas de l’Aiguille, des photos impressionnantes sorties de leur contexte, un retour à ski par la vallée blanche. La queue aux pieds des goulottes modica, gabarrou, pellissier, supercouloir, M6 solar…

Au fond cela ressemble t il à de l’alpinisme ou à une commercialisation de ce massif si magnifique?  »

http://morganbaduel.fr/

la vie dans les bois dit: 8 février 2016 à 7 h 14 min

« Sa personne est devenue un personnage »

Cette projection mentale est emblématique de ce livre de Ph. Claudel.

Il apporte une réponse, bien personnelle, à la question: comment devient-on réalisateur ciné.
« comment » se transformer en œil de caméra.
Voilà un nouveau Golem.

Il se l’explique- le narrateur de ce roman est indissociable de l’auteur- après avoir eu , ce qu’il faut appeler sa première « expérience » Sergio Leone à l’écran : les « yeux immense » du héros à l’écran.
C’est une drôle d’introspection indeed.

Dommage que peu de contributeurs aient donné ici leur avis sur ce livre, dont on ressort énervé.

https://www.youtube.com/watch?v=ZNGe7iK1O-4

JC..... dit: 8 février 2016 à 7 h 12 min

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« Quand et selon quels critères peut-on juger qu’une critique littéraire a été injuste ?  »

Question sans objet ! Elles sont toutes subjectives : aucune n’est juste ou injuste !…

JC..... dit: 8 février 2016 à 5 h 18 min

« JE SUIS PIQUEMAL » me parait aussi justifié que tant d’autres calicots brandis avec force, pour d’excellentes raisons …

Chaloux dit: 8 février 2016 à 0 h 34 min

pas trop mal, Alba, sauf qu’on ne peut pas faire d’histoire littéraire uniquement avec le premier rayon. Il faut bien connaître le deuxième et même le troisième.

Widergänger dit: 8 février 2016 à 0 h 27 min

L’article de Leslie Jamison ne pose seulement le problème de l’injustice/justice de la critique, mais plus profondément le rapport entre les drogues et la création littéraire.

Le critère de justice/injustice de la critique littéraire ne me semble pas, comme elle le souligne bien d’ailleurs, avoir grand sens dès lors que la critique s’efforce d’être sincère. La journaliste a raison de dire que toute critique ressortit au fond à l’émotion. Dès lors que l’émotion devant une œuvre littéraire est sincère, elle est intéressante, quand bien même elle se révèlerait injuste. Pourquoi ? Parce qu’elle révèle quelque chose de l’époque où cette œuvre est lue.

Les erreurs, les injustices à l’égard des premiers romans de Robbe-Grillet, par exemple, en disent long sur la grille de lecture de ses premiers lecteurs qui ne comprenaient guère ce qu’ils lisaient. On pourrait encore citer les premières lectures de L’Education sentimentale de Flaubert, le fait même qu’ils la considèrent comme un roman raté. C’est ça au fond qui en dit le plus sur ce roman et son inventivité propre, qui échappe complètement à ses premiers lecteurs qui ont comme horizon de lecture les grands romans de Balzac ou de Stendhal, fondés sur la montée en puissance d’un drame, alors que Flaubert invente la platitude d’une vie sans réel drame, sans même réelle action romanesque, où le romanesque lui-même est toujours plus ou moins tourné en dérision parce que ressenti comme faux, et de manière ironique comme expression même de l’ironie de l’histoire et de la vacuité de l’existence humaine.

Il y a déjà dans ce roman de Flaubert, par l’absence de structure dramatique et par la platitude de la vie organisée sous forme de tableaux successifs mis les uns à la suite de autres, comme posés là les uns à côté des autres toute une vision du monde qui traduit l’absurde même de l’existence que Flaubert souhaite nous amener à ressentir, une certaine forme d’existentialisme avant la lettre, qui correspond au caractère désabusé devant l’existence de la génération des Flaubert/Baudelaire, avec la grande faille de 1848 qui dessine dans le siècle un avant et un après, où il devient impossible de croire comme Hugo à l’Histoire, au progrès et à l’idéal comme dans La Légende des siècles.

Il me semble d’ailleurs qu’il y a à cet égard de profondes et souterraines affinités entre Flaubert et Baudelaire qui s’appréciaient réciproquement. Flaubert est le grand prosateur de la cassure de 1848 tandis que Baudelaire en est le poète, le grand prophète de la catastrophe qui s’en est suivie pour l’Esprit occidental dans son ensemble.

Cet Esprit se traduit chez Baudelaire dans un poème central de toute la poétique baudelairienne, je veux parler de cet immense poème en prose qui est d’une rare richesse d’invention de toutes sortes et d’une portée considérable pour comprendre son œuvre, « La chambre double ».

Il y a là l’opposition entre le Spleen et l’Idéal et l’expression quasiment miraculeuse tellement les moyens mis en œuvres sont ceux d’un très grand écrivain, c’est-à-dire une expérience fondamentale pour Baudelaire d’où tout découle, une expérience naturelle chez lui, une expérience de la rêverie, qui renvoie à ce qu’il appelle lui-même dans ce grand poème, une expérience de la « béatitude » (« Ô béatitude ! »), cette expérience d’une vie supérieure que jamais les paradis artificiels ne permettront d’atteindre. Mais une expérience qui, en même temps, est structurée comme celle que procure la drogue, avec une retombée, une chute vertigineuse dans le réel si dur à étreindre, vécu comme une descente aux enfers, une expérience démoniaque et infernale.

Dans cet immense poème, c’est tout l’idéalisme romantique d’avant 1848 qui passe à la trappe sous les feux d’une critique acerbe de tout idéalisme, critique qu’il commente lui-même dans son poème pour le rattacher à une « impression non analysée » qu’il oppose à l’art « positif ».

Au fond, la structure même de ce poème suit la même courbe que toute expérience des paradis artificiels mais il en mesure du même coup l’écart entre une béatitude qui vient de la nature dans une forme d’inspiration naturaliste à coloration pseudo-chrétienne et la descente aux enfers qui la suit, vécue comme la conséquence du Mal, du Péché originel.

Là où la poétique de Baudelaire est plus conservatrice que celle de Flaubert, c’est qu’il y a encore chez celui-là des effets dramatiques, dont le second a presque totalement fait le deuil pour inventer une poétique de la banalité et de la platitude, qui fonctionne comme une nature. Et à comparer les deux, on mesure toute l’inventivité et l’audace de Flaubert devant son époque, qu’il traduit mieux que personne, et que pourtant personne ne comprend, sauf Baudelaire précisément.

lola dit: 7 février 2016 à 21 h 20 min

@Daaaphnée 20h 43 . Mais ne vous gênez pas. Envoyez la paire de claques en exprès, chère Daaphnée.Il y a une solution moins chère: ne me lisez pas !!
Nous savons tous, sur ce blog, que sous les Tropiques ou sous l’Equateur, vous représentez l’excellence de la Culture et de l’Esprit Français. J’ignore si vous dépendez de l’Education Nationale ou du Quai d’Orsay,j’en connais qui sont singulièrement étonnés des prestations que vous livrez sur ce blog.
Ne vous précipitez pas, laissez lever toute la pâte de ces gifles que vous me promettez, elles n’en seront que plus savoureuses, pour moi, ça va de soi.A mon retour.Je pars vers les Tropiques, la plus belle et la plus intelligente jeune femme que nous rencontrerons, ce sera vous, Daphnée, sans aucun doute…

lola dit: 7 février 2016 à 21 h 04 min

WGG 19h39 Merci d’avoir répondu; toutes les souris vertes font « clap clap clap ». Elles n’ont l’air de rien, mais elles savent lire, écrire,porter haut leurs préférences; elles aiment l’art, certaines ont des connaissances incroyables; elles attendent beaucoup d’un blog littéraire, même si elles restent cachées redoutant les dents de chat de quelque blogueur qui s’égare…Nous ne mettons en doute ni vos connaissances ni vos lectures. Envoyez donc paître pour un temps tout l’arsenal des vieux parchemins , votre avis , de maintenant, est intéressant; votre goût pour la traduction…
Sur l’un des rayons chez moi il y a un grand livre , avec images originales, de « la guirlande de Julie » (expo à la BNF il y a quelque temps) Pour les autres souris, ce sont les palais dorés de de la musique, de la peinture, de la littérature.Toutes, nous vous lirons. Clap clap clap.

Daaphnée dit: 7 février 2016 à 20 h 43 min

Mais quel stupide moulin à paroles, cette « Lola »!
On n’a qu’une envie en la lisant, lui mettre une paire de claques pour qu’elle la boucle comme à un mouflet turbulent..
Pfff !

Chaloux dit: 7 février 2016 à 20 h 32 min

Phil dit: 7 février 2016 à 15 h 03 min
Il arrive tout de même au gros Widergänger

C’est vrai. On ne sait pas ce que réserve la postérité à Alba mais il a déjà une grosse postériorité!

Chaloux dit: 7 février 2016 à 20 h 24 min

Evidemment, ceux qui apprécient les sottises d’Amette, le vieillard en culotte courte qui tomberait amoureux d’une chaise, et d’Alba l’intarissable mythomane sont des « gens bien ».
Bien meubles?

Bonne soirée,

Chaloux dit: 7 février 2016 à 20 h 21 min

Lu Le Vielleur au Chien de Philippe Beaussant, un texte très court et dans le genre une réussite. Un très beau texte.

Widergänger dit: 7 février 2016 à 19 h 49 min

Ah, ma charmante Lola, ma khâgne, c’était pas au lycée Charlemagne, ce qui serait bien indigne de votre serviteur, mais également à Chaptal. Eh ben, oui, c’est comme ça ! Ah, Lola, vous me chaptalisez, ivre à ma pâmer…

Widergänger dit: 7 février 2016 à 19 h 39 min

Eh ben, ma Lola, si on m’avait dit ça…! Ah Lola, Lola…!!! J’en suis tout tourneboulé…! Mais savez-vous que moi aussi je vous lis avec délice et délectation bien souvent chez Popaul sans le dire à personne… Je trouve même que vous avez des commentaires des plus fleuris et des plus sympathiques… Vos taquineries sont de charmantes gamineries. Ah, c’est Chaloux qui va être jaloux…! Tant pis pour lui, hein…! Il ne sait pas ce que c’est qu’aimer…

Phil dit: 7 février 2016 à 15 h 03 min
Il arrive tout de même au gros Widergänger de dévisser en escaladant le mont blanc. Ceux d’en dessous se prennent des piles de Clément Rosset.
___________
Et pas que, Phil… Pas que… J’ai failli partir sur une plaque-avant avec toute ma bibliothèque sur le dos !

Chaloux dit: 7 février 2016 à 18 h 42 min

D., c’est tout de même vrai qu’on aboie beaucoup dans cet enquiquinnat qui va finir entre la revue gay (les agriculteurs à poil) et le foyer Frolic.

D. dit: 7 février 2016 à 18 h 33 min

Duflot dit ne pas se laisser « impressionner » par les « bouledogues aboyeurs » de Valls.

Boahhh…Qui s’est un jour laisser impressionner par Duflot ?

Miss Tigris dit: 7 février 2016 à 18 h 19 min

pour la souris verte : « l’art de la citation (dont vous abusez) et l’art de ceux (et celles) qui ne savent réfléchir par eux-mêmes » (Voltaire)

DHH dit: 7 février 2016 à 17 h 49 min

Merci de nous avoir révélé cette jeanne d’arc marocaine qu’ apparemment je n’étais pas seule à ne pas connaître .
En revanche il faut rappeler la figure mythique et bien connue de cette femme, la Kahena, qui a pris la tête de la résistance berbère à l(invasion arabe du Maghreb

bêêêêrû dit: 7 février 2016 à 17 h 30 min

« celle ou celui qui signe « quand le jazz est là » »

c’est un des innombrables pseudos de ‘débile profond’qui fait concierge 24h sur 24

2neurones dit: 7 février 2016 à 17 h 16 min

« évoquer au sujet de Proust les deux noms de Saint-Simon et de Montaigne.  »

le Racine nouveau est mieux

Sergio dit: 7 février 2016 à 16 h 50 min

Phil dit: 7 février 2016 à 15 h 03 min
Il arrive tout de même au gros

Ben oui mais il y a les bons gros et les méchants gros ! Ca simplifie pas bien le boulot, passeque comme dirait Perec, avant de casquer faut classer…

D. dit: 7 février 2016 à 15 h 52 min

L’Hôtel de Rambouillet n’est pas trop mal mais les chambres y sont un peu bruyante, Michel.
De là à en faire un exposé…

Quand le jazz est là dit: 7 février 2016 à 15 h 44 min

Hadrien dit: 7 février 2016 à 15 h 38 min

Hadrien/William/Anna Fort/Pseudo Multiple se sent cerné, il tente par désespoir des diversions bien malhabiles.

Hadrien dit: 7 février 2016 à 15 h 38 min

15:12, le commentaire, sans faute, était destiné à celle ou celui qui signe « quand le jazz est là », il s’est reconnu par la taille

lola dit: 7 février 2016 à 15 h 22 min

Hadrien 15h12 ; voudriez-vous avoir l’obligeance de taper ici in extenso le post auquel vous faites allusion et que je ne connais pas; normal, je ne m’appelle pas LOLO.
Je ne suis pas Anna Fort, ni Anaphore.
Ces propos non républicains mais erdéliens n’intéressent que mon secrétaire.

Hadrien dit: 7 février 2016 à 15 h 12 min

ah lolo puisqu’on vous tient : pitoyable cette demande à Paul Edel de dénoncer celle ou celui que vous voulez mouchardé, cela ne vous grandit pas et c’est normal en ce qui vous concerne

Phil dit: 7 février 2016 à 15 h 03 min

Il arrive tout de même au gros Widergänger de dévisser en escaladant le mont blanc. Ceux d’en dessous se prennent des piles de Clément Rosset.
Saint-Simon c’est sept pléiades écrit en tout petit sur du papier fin comme la voix en filet de vinaigre du gremlins de Versailles, alors les commentaires des commentaires peuvent attendre quelques siècles. Même Bastide, à qui une ambassade ne suffisait pas, s’est fendu d’une relecture de SS dont tout le beau monde se fiche bien aujourd’hui.

Quand le jazz est là dit: 7 février 2016 à 15 h 00 min

Ah lola, puisu’on vous tient, seriez-vous comme l’affirme Paul Edel le 6 février 2016 à 13 h 00 la détestable Anna Fort de son blog ?

lola dit: 7 février 2016 à 14 h 49 min

@ WGG 12h34 . Jamais ,depuis Déc 2013 ,je n’ai posté un commentaire à votre adresse. Votre stature de Commentateur Historique de la RdL, votre réputation de Grand Savant me faisaient peur; j’étais éperdue ( et perdue) d’admiration. Je vais prendre mon courage à deux mains pour vous dire, cher WGG,que si vous laissiez dormir en paix dans une malle – point n’est besoin qu’elle sorte de chez Vuitton ou Hermès-, donc ,que si vous laissiez reposer en paix le lycée Chaptal, la Kh¨¨¨¨aaaaagne de Charlemagne, LES CONCOURs,vos brillants travaux sur l’hôtel de Rambouillet, Ph.Hourcade et le Spécialiste Mondialement reconnu de Platon , moi, pauvre Lola, insignifiante Lola, pas Lola-Lola, non !!, pas non plus le Lola-imaginé par Clopine, donc, moi, Lola, je vous lirais avec plaisir, et j’entraînerais avec moi tout le Gang des Souris Vertes- ça en fait des pattes, savez-vous- et ça en fait du bruit quand elles applaudissent…. Nous lirions avec plaisir vos propos tout neufs sur les poëtes allemands ( le tréma c’est pour vous faire plaisir)sur le fantastique au 12°siècle, sur vos dernières découvertes littéraires, avec un plaisir fou; je vous assure de ma totale sympathie, moi Lola,tout petit chef des « deux rats, le Renard et l’oeuf ».Nos fines & fausses moustaches s’inclinent jusqu’à terre devant vous.

de nota dit: 7 février 2016 à 14 h 45 min

« …Depuis six ans c’est devenu en France un lieu commun que d’évoquer au sujet de Proust les deux noms de Saint-Simon et de Montaigne. Et cela mérite en effet de devenir un lieu commun, de s’incorporer à nos chaînes d’histoire littéraire. Il faut penser à Saint-Simon et à Montaigne pour comprendre les profondeurs françaises qui s’épaississent sous l’œuvre de Proust, les masses de temps perdu que nous ramène ce temps retrouvé.
Saint-Simon, cela ne veut pas dire Saint-Simon tout seul. On sait que son œuvre, bâtie de façon si irrégulière, comporte trois parties. La première n’est pas de lui. C’est le journal de Dangeau, qui tient dans le total du monument une place analogue au petit château de Louis XIII dans l’ensemble de Versailles. Saint-Simon a jeté là-dessus d’abord les additions au journal, puis il a repris et refondu tout cela dans sa grande recherche du temps perdu, dans la première partie des mémoires définitifs. La fadeur courtisanesque, l’extase béate de Dangeau devant la figure du roi écœurent profondément le duc et pair, et n’ayant pas les mêmes raisons d’aplatissement, il secoue Dangeau, ce poirier satisfait, avec quelque rudesse. J’appellerais Proust un Dangeau devenu Saint-Simon. Le monde est pour lui, jusque dans ses verrues, ce qu’était Louis XIV, jusque dans les siennes, pour Dangeau (tout individu qui travaille est rejeté dans Proust à un rang servile. Il n’ en est pas — du monde, j’entends. Cottard tient à la ville le rang d’illustre professeur, mais dans le monde il n’est bon qu’à faire des calembours, comme tous les professeurs des romans écrits dans le XVIe arrondissement). Ce monde, Proust le voit avec l’œil à facettes et le rend avec le style de Saint-Simon. La vie des hommes et la vie du style ne sont chez lui que la vibration et le frémissement d’une même expérience. Cette peinture d’un monde implique un monde dans la phrase elle-même, — cette phrase synthétique qui semble indéfiniment extensible, et où entre déjà, comme dans une homéomérie d’Anaxagore, toute la complexité du livre, ainsi que dans le livre nous est jetée toute la complexité de la vie. Un grand écrivain ne pense pas simple et ne voit pas simple, mais il peut être amené à écrire simple, parce que le style est une interprétation libre en vue d’un effet à produire, et d’un résultat à obtenir, et que cet effet, ce résultat, peuvent consister à mettre dans la conclusion la simplicité qui n’était pas dans les prémisses. Écrire simple (je ne dis pas écrire simplement) c’est procéder par expressions discontinues, la liaison étant faite par l’ordre et le mouvement. Proust comme Saint-Simon est de ces écrivains qui, ne voyant et ne sentant pas simple, se refuseraient comme à une trahison à écrire simple. Il faut que chaque phrase conserve la complexité, l’épaisseur, l’intensité émotionnelle ou la joie descriptive, qui étaient au principe des pensées et des images. Ayant pris à tâche de pousser sous les yeux et dans l’âme du lecteur une marée de temps, une progression de vie, ils répugneraient à diviser en gouttes cette eau massive qui s’avance et avec laquelle s’élance tout leur élan consubstantiel à elle. Dans Saint-Simon c’est un flot historique qui marche, c’est une foule, la cour de France entière, et c’est partout et toujours l’âme vivante et véhémente de Saint-Simon ; avec Proust c’est un flot psychologique, un flot aussi vaste que l’autre, mais qui, pour se donner et progresser tout entier, n’a besoin que d’une âme, soit celle de l’auteur, soit celle d’un personnage qu’il n’a jamais épuisé parce qu’aucun être n’est épuisable. Le mouvement de la phrase est d’accord avec le mouvement de ce flot. Un portrait de Saint-Simon, un portrait de Proust, celui même de Swann en ses centaines de pages, ne nous laissent jamais l’idée qu’ils ont, si riches, si pressés, si divers qu’ils soient, épuisé l’imprévu de leur personnage. Ils se sont arrêtés parce qu’il fallait bien s’arrêter, et non pas parce que la vie indéfinie qu’ils mettent en lumière les forcerait de s’arrêter. Pareillement leur phrase ne s’arrête que pour des raisons négatives, parce qu’elle ne pourrait pas s’allonger indéfiniment. Les phrases donnent à une réalité illimitée des limites de fait, mais ces limites de fait ne répondent pas à des limites de droit ; la résistance intérieure qui en a fait différer le plus longtemps possible l’achèvement avertit le lecteur que cet achèvement n’est pas absolument voulu, et qu’il faut le prendre pour un substitut de fortune à une réalité toujours inachevée, toujours progressive. Le style reste en retard sur la pensée, le mouvement sectionné du style en retard sur le mouvement uniforme, global, indivisible qu’est la vie en marche. Ce retard projette en lumière d’une façon saisissante cela même par rapport à quoi il est en retard. Le style paraît un pis-aller qui nous permet de mesurer à tout moment la puissance de l’aller.
Un tel style est vraiment consubstantiel à la chose pensante et vivante. Trop consubstantiel pour être clair et correct, dira-t-on. Et le fait est qu’il tient plutôt à la main et au corps de l’écrivain, qu’à la pointe déliée de la plume. Ce n’est pas un hasard si on a baptisé le style d’un mot qui signifie l’outil qui écrit et non la main qui le meut. Mais pour un Saint-Simon ou un Proust, le style divisé, discontinu, analytique, ressemble au travail du scribe qui expose plutôt qu’au mouvement de l’homme qui vit. Saint-Simon, en 1750, parle d’un Arouet, « fils d’un notaire de mon père et qui depuis est devenu dans le monde une manière de personnage ». S’il a lu cet Arouet, son style a dû lui paraître le style de quelqu’un qui « note » la vie, en « notaire », plutôt que le style de quelqu’un qui la vit. En quoi il se serait un peu plus qu’à moitié trompé. Comme aimait à dire Voltaire, il y a plusieurs demeures dans la maison du père.
En tout cas, dans l’ensemble des styles français depuis les Provinciales, il faudrait créer pour Saint-Simon et Marcel Proust une catégorie à part, où on ne voit pas qui d’autre pourrait être placé. Il est probable que ce style, descendant de celui du XVIe, n’allait pas dans le sens où son génie portait la prose française. Il reste singulier. Mais il nous suffit de l’existence de Saint-Simon pour que nous puissions amorcer Proust à un point de notre riche diversité littéraire et le constituer dans sa tradition. Et ce style saint-simonien de Proust se rattache à une façon de sentir la vie et d’évoquer le passé qui nous rappellent aussi Saint-Simon. L’analogie d’esprit et l’analogie de style vont de pair. L’auteur des Mémoires et le chercheur du temps perdu ont eu en commun, sous des formes diverses, un style de la mémoire.
Au premier abord le nom de Montaigne s’impose moins que celui de Saint-Simon. Le cas Proust comme le cas Saint-Simon se définirait presque comme un exanthème de mémoire. Montaigne prend soin de nous dire que d’aucune faculté il n’était plus complètement dépourvu que de mémoire, les Essais en donnent de nombreuses preuves. Ce n’est pas sur le monde des hommes et sur les figures de son temps que Montaigne a jeté le filet de son expérience, mais sur lui-même, et sur cette humaine condition dont chaque homme porte la figure. Dans son livre pas d’autre portrait vivant que le sien. Au contraire, dans la partie jusqu’ici publiée d’À la recherche du temps perdu, le portrait de l’auteur apparaît peu et mal, et ne saurait se comparer à ceux de Swann et de Charlus.
Qu’en Proust cependant le portraitiste, le mémorialiste, le romancier ne nous fasse pas oublier le moraliste ! On réunira sans doute un jour en un volume les réflexions psychologiques et morales qu’il a semées dans les pages de son œuvre, et l’on verra à quel point il se relie à la pure lignée des grands moralistes français. Ce sera, pour certains bons esprits qui ne peuvent pas le supporter, une découverte et une confusion. À ce point de vue on peut le considérer comme le représentant actuel de la famille des analystes subtils qui, depuis Montaigne, a si rarement chômé chez nous.
Sa chambre de malade a été sa tour de Montaigne, et, si les esprits de la solitude lui ont parlé et lui ont fait parler un langage différent, il est singulier de voir que ce langage passe par des images sensiblement analogues à celles de Montaigne.
Proust comme Montaigne appartient à la famille des créateurs d’images, et ses images, ainsi que celles de Montaigne, sont en général des images de mouvement. Le plastique, l’écorce des choses ne représentent pour eux que des apparences qu’il s’agit de traverser pour aller chercher le mouvement intérieur qui s’est arrêté ou s’est exprimé par elles.
L’univers de Proust et celui de Montaigne ont une projection de schèmes dynamiques, et c’est avec ces schèmes dynamiques que le style, par l’intermédiaire des images, s’efforce de coïncider. Leur style ne met pas du mouvement dans les pensées, selon la définition classique, mais il met la pensée dans un mouvement qui lui préexiste et qu’elle se contente d’épouser ou d’interrompre.
On aura reconnu dans ces dernières lignes des expressions bergsoniennes, et elles nous amènent à des vues suggestives que j’introduis avec quelque réserve.
Ces analogies entre Proust et Montaigne, leur singulier mobilisme à tous deux, ne seraient-elles pas en liaison avec un autre genre de parenté ? Il est certain que la mère de Montaigne, une Lopez, était juive. Montaigne, voilà le seul de nos grands écrivains chez qui soit présent le sang juif. On connaît l’hérédité analogue de Marcel Proust. Et telle est également l’hérédité mixte du grand philosophe que je viens de nommer, et d’utiliser, le fondateur de cette philosophie de la mobilité qu’il a exprimée en des images de mobiliste, de visuel-moteur, si analogues à celles de Montaigne et de Proust. « Obscur frisson, fièvre royale, quelle histoire on écrirait avec une goutte de sang grec ! » dit M Barrès dans sa dédicace du voyage de Sparte à Madame De Noailles. Instructive histoire, ici, d’une goutte de sang juif dans notre courant littéraire ! Je retrouvais l’autre jour ces images motrices, presque musculaires, dans le style et l’élan de la Judith de M Bernstein (je parle seulement de la première partie, la seule qui soit de premier ordre), mais cette fois hors de toute tradition occidentale autre que la dramatique et que le double feu des planches et de la passion. Je songe à cette mobilité, à cette inquiétude d’Israël, à ces tentes dont Bossuet, dans le sermon sur l’unité de l’Église, fait le symbole du peuple de Dieu : quam pulchra tabernacula tua Jacob, et tentoria tua, Israël ! maison nomade de toile qu’un des grands rythmes de l’histoire oppose à la maison de pierre romaine. Tu es Petrus… Le livre classique de notre civilisation méditerranéenne, celui de l’homme industrieux, de l’homo faber, vainqueur de la mauvaise fortune, artificieux, artisan et artiste, l’Odyssée, a cristallisé, lui-même, comme l’a montré Bérard, autour de doublets gréco-sémitiques. Un Montaigne, un Proust, un Bergson, installent dans notre complexe et riche univers littéraire ce qu’on pourrait appeler le doublet franco-sémitique, comme il y a des doublets littéraires franco-anglais, franco-allemand, franco-italien, comme la France elle-même est un doublet du nord et du midi. Mais ne prenons cela que de biais, et, nous aussi, en une mobilité qui n’appuie pas ! La tradition française à laquelle nous devons rattacher un Marcel Proust, c’est une tradition vivante, imprévisible, singulière, une tradition en mouvement irrégulier, en ligne serpentine, en tours et en retours, qui, comme une phrase même, comme une page de Proust, dépasse toujours sa matière précise par son élasticité intérieure et par la profusion de son débordement. »

Juillet 1923.

Sergio dit: 7 février 2016 à 14 h 33 min

Widergänger dit: 7 février 2016 à 11 h 51 min
C’est que c’est une négresse verte…!

Avec le Soldat Louis c’est tout pour la sono ici alors…

Chaloux dit: 7 février 2016 à 13 h 24 min

Jatoutvert. »histoire d’évaluer ce que vous valez vraiment ».

Bah voyons.

Bon appétit. Si le canard n’attend pas, le co.nnard, lui, peut attendre.

Marie dit: 7 février 2016 à 12 h 58 min

Chaloux dit: 7 février 2016 à 12 h 54 min

JC….. dit: 7 février 2016 à 12 h 34 min

Charles Mauron …………………………. Je trouve que c’est une femme

A force de feuilleter il ne sait plus différencier le recto du verso.

Chaloux dit: 7 février 2016 à 12 h 54 min

JC….. dit: 7 février 2016 à 12 h 34 min

Charles Mauron est aussi l’auteur de la traduction de Tristram toujours au catalogue de GF.

Je trouve que c’est une femme tout à fait extraordinaire et un écrivain digne d’être lu. L’histoire de sa découverte par le groupe de Bloomsbury -ce qui fait qu’elle a été d’abord publiée en anglais chez Oxford- est à la fois amusante et révélatrice. Pour écrire sur les transhumances, elle s’est engagée comme berger pendant quatre mois à 65 ans. etc. Je ne m’en lasse jamais.

Albablabla s’amuse. Après des années passées à parler de livres qu’il n’a pas lus, voila que cet hurluberlu cause de choses qu’il ne connait pas (« la chair »). Une vocation, décidément.

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