de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Saurons-nous encore écouter la voix d’un jardin ?

Saurons-nous encore écouter la voix d’un jardin ?

Il est des livres délicats. Entendez le dans la meilleure acception du terme, à supposer que l’autre soit péjorative, ce dont je doute. Un petit monde, un monde parfait (135 pages, 18 euros, Poesis) appartient à cette catégorie par son titre, par sa présentation, par son esprit, par sa facture, par ses illustrations en noir et blanc, par sa maison d’édition (à peine quelques livres au catalogue et l’ambition affichée d’habiter poétiquement le monde avec Hölderlin), par la vision du monde qui s’en dégage. Car on peut envisager le monde à partir de son jardin. L’auteur Marco Martella est écrivain et jardinier, ce qui saute aux yeux dès les premières pages et ne se dément pas jusqu’à la dernière page. C’est vraiment un livre d’écrivain informé, sans cuistrerie ni assaut d’érudition ; on comprend juste entre les lignes qu’il sait de quoi il parle.

Il tient que notre société, bien qu’elle affiche le souci de l’environnement et de l’écologie, a perdu le sens même du jardin. Tout à son souci du progrès, du profit et de l’industrialisation, elle ne s’intéresse au jardin que dans un but de rentabilité touristique. Au titre d’un produit comme un autre susceptible de faire de l’image. Tant et si bien que le surgissement d’un jardin dans le paysage fait hiatus. A croire qu’il offusque la nature alors que ce devrait être l’inverse.

Marco Martella s’est promené et s’est attardé sur quelques lieux qui ont le mérite de chacun illustrer un cas même si tous ont partie lié, consciemment ou pas, avec la matrice, l’origine de tout : le jardin d’Eden. C’était dit avec une grande douceur dans la Nouvelle Héloïse lorsque Saint-Preux, découvrant le jardin de Julie, est pris d’une étrange sensation qui convoque tous ses sens aussi bien que son imagination. Le genre d’endroit qui donne à celui qui s’y trouve l’impression d’être hors du monde tout en sachant la rumeur du monde l’attend au-delà de la grille. Marco Martella hésite entre plusieurs mots : « ambiance », « caractère », « atmosphère », Stimmung, « génie des lieux »… alors qu’il le dit parfaitement juste avant : tout jardin ayant une voix, il exige que l’on soit à son écoute. On dirait que le taux de nostalgie est plus élevé dans les jardins qu’ailleurs, ce qui s’expliquerait par les bouffées de souvenir du bonheur qu’on y a éprouvé auparavant.

Nous voilà donc entrainés dans les pas de ce guide inspiré dans le jardin de l’ïle verte à Chatenay-Malabry, dans le jardin de Ninfa au sud de Rome de la famille Caetani  parmi les monstres de pierre, les animaux mythologiques, les sirènes au sexe béant, les divinités telluriques et les ogres effrayants du Sacro Bosco de Bomarzo au nord de la ville, plus loin dans le village de San Giovanni d’Asso en Toscane où Sheppard Craige a créé son petit monde, au Portugal dans un couvent franciscain. Chacun est en soi un exemplum. Celui des capucins de la Serra de Sintra, à Colares, au nord de Lisbonne, a ceci de particulier que le jardin, les cellules et tout l’édifice ne sont pas séparées de la forêt. Ils font corps avec elle, chacun prolongeant l’autre en d’incessants échos. Leur jardin, c’est la forêt. Il y a aussi le jardin paysan de Saint-Cyr-la-Rosière (Orne) où l’on voue un culte aux graines, aux semences avec le discret Miguel Cordeiro, un ancien du groupe de Tarnac qui s’est réfugié dans le jardin historique du petit château en ruines rongé par les le lierre et les clématites, pour se faire oublier et qui n’en est pas revenu.

arboretum de la vallée aux loupsCelui de la Vallée-aux-Loups est aussi un cas dans la mesure où son plus illustre propriétaire en était un. Chateaubriand n’avait pas la main verte mais en s’installant là, il s’est fait jardinier, et c’est devenu une passion. Avec une fixation sur les arbres. Il a été pris d’une « frénésie de planter ». Tant et si bien qu’ils sont devenus sa vraie famille, chacun le ramenant à l’un de ses livres : Atala (le cèdre de Virginie), Itinéraire de Paris à Jérusalem(le cèdre du Liban) etc Marco Martella y voit la parfaite illustration du jardin conçu comme un ermitage poétique, une fuite romantique hors du monde tel Pétrarque fuyant la cour papale d’Avignon en s’isolant dans son jardin protégé des hommes à Fontaine-de-Vaucluse. On dira que ce sont des écrivains, mais ils sont finalement nombreux à jardiner, même si tous n’atteignent pas le niveau de magnificence des Jardins du Bâtiment du chef d’orchestre des Arts florissants William Christie à Thiré (Vendée). Comment ne pas citer Sissinghurst (Kent) qui doit tout à Vita Sackville-West ou, dans un genre différent, la Casa Rossa dans le village de Montagnola (Tessin) où Hermann Hesse a longtemps bêché après avoir eu une révélation dans le jardin de Jorn de Précy à Greystone.

« Le jardin soigne celui qui le soigne »

Après ces errances qui n’ont rien d’une anthologie, le chapitre « Versailles » survient comme un rappel à l’ordre. Au début, on se dit qu’il est déplacé. Puis on comprend qu’il est là à titre de contre-exemple. Allées au cordeau, grande perspective, vertige du point de fuite… Dans les jardins de Versailles, on est saisi d’admiration mais très vite un malaise nait de cette sidération. Car là la joie est absente où règne la perfection, loin, très loin de l’émotion jaillie d’une halte dans un jardin de curé au fin fond de la Beauce.

« Moi, je rêve aux lumineux patios des jardins andalous, sentant le jasmin et la fleur d’oranger, faits pour être habités, toujours à l’échelle de l’homme. Ou aux petites villas baroques perchées sur les collines de Florence au milieu des oliviers, qui n’ont jamais coupé le lien avec le monde agricole d’où elles sont issues, splendides et modestes. Comme tout dans ces lieux-là semble né d’un accord profond avec le monde qui les entoure ! »

Un chef d’œuvre manqué car trop parfait et trop écrasant que les jardins de Versailles ; il y manque une idée fondamentale, il est vrai bien éloignée du spectacle du pouvoir absolu du roi : la juste mesure ; comment alors ne pas partager la mélancolie de Marco Martella lorsqu’il y perçoit « les prémices de la modernité, les tout premiers signes du naufrage annoncé ». Il y a pourtant bien de la grâce et de la légèreté dans l’art de Le Nôtre et les intuitions de Jean-Baptiste Colbert, Charles Le Brun, Hardouin-Mansart. On peut même trouver de la métaphysique sous les jardins à la française. Le cas d’Allen S. Weiss, professeur à New York University dansMiroirs de l’infini paru en français il y a quelques années au Seuil. Il avait jeté son dévolu sur trois jardins qui font l’orgueil du génie français : Vaux-le-Vicomte, Chantilly et donc Versailles.

Il s’est pris de passion pour l’objet de son étude et s’est mis à tout revisiter sur le mode d’une promenade philosophique, avec une liberté académique à laquelle ne nous habituent guère les historiens de l’art. Mais qu’apporte-t-il donc de plus à ceux qui ont déjà lu et apprécié la somme de Michel Baridon parue chez Bouquins ? Une autre perspective, c’est le cas de le dire. Son prisme : rien moins que la nostalgie théologique de Pascal et la mathématisation métaphysique de Descartes. Il est des outils plus anodins. En s’en armant, telles des légendes et des symboles, il parvient, entre autres conclusions, à l’affirmation selon laquelle, contrairement à une idée reçue, Vaux-le-Vicomte, perfection destinée au surintendant des finances Fouquet et qui signera sa disgrâce et sa fin (un crime de lèse-splendeur à l’endroit du Roi que nul mieux que Paul Morand n’a traité dans son Fouquet ou le Soleil offusqué), ne fut pas le brouillon de Versailles mais l’acmé de l’art de Le Nôtre, parfait point d’équilibre en son temps entre baroque et classique, le premier étant perçu comme synonyme de mouvement et de dynamisme. Ce qui ne va pas de soi. Nous qui avons tant été nourris du regard ironique de Saint-Simon sur la Cour, nous avons du mal à ne pas admettre avec lui que le jardin à la française s’est toujours employé avec plus ou moins de bonheur à tyranniser la nature, contrairement au légendaire jardin anglais. Nature et culture, vieux débat. C’est au cœur du livre d’Alan S. Weiss comme de celui de Marco Martella.

La politique du regard, qui régissait l’étiquette, a bien été explicité par le sociologue Norbert Elias dans son classique La Société de cour (1974). Allen S. Weiss, lui, montre que le jardin à la française s’est construit contre la nature. Il lui suffit de s’appuyer sans s’appesantir sur le travail de jardinier de Le Nôtre, l’oeuvre d’architecte de Le Vau et celle de peintre Le Brun, pour lire dans l’organisation des jardins « des révélateurs métaphysiques des conflits conceptuels de l’époque ». Echafaudée selon des formules mathématiques, la perspective de ces jardins dissimulerait rien moins qu’une métaphysique. Quelque chose de l’ordre d’un palimpseste à qui saurait le lire. Ce n’est pas de l’Histoire pour de l’Histoire car l’auteur veut voir l’origine de notre modernité dans les fantasmes qui naissent de nos promenades dans ces jardins. Qui saura désormais s’y promener sans y penser, écouter la voix  d’un jardin, comprendre ce qu’il a à nous dire ?

(« Parc de la Vallée-aux-Loups, Jardin de curé et Jardins de Versailles », photos D.R.)

Cette entrée a été publiée dans Essais.

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commentaires

836 Réponses pour Saurons-nous encore écouter la voix d’un jardin ?

rose dit: 15 août 2018 à 19 h 40 min

Édouard André ambassadeur de l’art des jardins ; entre les jardins à la française et les jardins anglais, les jardins paysagers, ds lesquels la statuaire à grande importance et le regard ne doit jamais porter sur du vide.

in silence ça pousse

château de caradeu (?) parc classé.

P. comme Paris dit: 14 août 2018 à 0 h 26 min

« vous pensez peut-être que c’est passé comme une lettre à la poste ? »

Ben, P’tin,
pour une lettre, ce fut une lettre, une vraie, aussi vraie qu’une rousse peut être rousse, avec enveloppe dernier cri, autocollant et tout le tintoin, enfin une vraie lettre.
Mais sans timbre.
Intelligent et fier de moi, je file vers le premier tabac venu :
– Un demi et un timbre.
– Pas de timbre.
Déconfit, mon bras victorieux se détend, je regarde cette lettre gisant sur le zinc.
Sursaut de parisien, carotte égale boite aux lettres, mais nulle boite à l’horizon.
– Faut aller à la poste.

Depuis quant n’ai-je pas écrit une lettre ?

Jazzi dit: 14 août 2018 à 0 h 19 min

Le paresseux que je suis aime que tous le monde soit au travail : je hais les dimanches, Delaporte.

Giovanni Sant'Angelo dit: 13 août 2018 à 23 h 57 min


…la vivacité, de mes esprits, me suffit,…
…je ne supporte, pas, les situations, qui n’en sont pas,…etc,…trop, de déchets à Pareto,!…

Delaporte dit: 13 août 2018 à 23 h 34 min

« La paresse, c’est tout un travail ! Crois bien que je parle en connaissance de cause… »

Je l’espère, mon cher Jacuzzi. Je vois en vous un allié, mais qu’est-ce qui vous prend de remettre en cause un si bel idéal (celui de l’abolition), alors qu’un vrai et authentique paresseux ne pourrait qu’être séduit par une telle idée ?

Jazzi dit: 13 août 2018 à 23 h 24 min

Tes deux derniers commentaires, Delaporte, semblent être signés de D., sinon d’hamlet !

La paresse, c’est tout un travail ! Crois bien que je parle en connaissance de cause…

Delaporte dit: 13 août 2018 à 23 h 20 min

Heureusement que lorsqu’on a aboli le travail des enfants, il n’y a pas eu des énergumènes comme Jacuzzi pour nous dire : « Paroles, paroles, paroles… » Eh non, il a fallu le faire et on l’a fait ! Un jour, on dira la même chose pour l’abolition universelle, n’en déplaise aux Jacuzzi esclavagistes !

Jazzi dit: 13 août 2018 à 23 h 19 min

Phil, j’ai vu une délicieuse viennoiserie, à la Filmothèque du Quartier Latin : « Le lieutenant souriant » (The smiling Lieutenant) d’ Ernst Lubitsch (1931).
Avec Maurice Chevalier et Claudette Colbert. Je ne me souvenais pas combien Chevalier avait été jeune et beau. Emouvant. Dans le genre du jeune Gabin. Décidément, Mistinguett devait aimer ce genre de boy. Trapu et viril, avec une part de féminité sous-jacente. Claudette Colbert incarne une viennoise très émancipée : elle couche dès le premier soir. Elle est violoniste et cheffe-d’orchestre d’un groupe de musiciennes se produisant dans les tavernes de Vienne, devant des mangeurs de saucisses et des buveurs de bière.
Un film enchanté et tonique, tourné entre la crise de 29 et l’arrivée de Hitler au pouvoir : à l’heure où l’Europe dansait au-dessous du volcan…

Delaporte dit: 13 août 2018 à 23 h 02 min

Jacuzzi, vous êtes sans doute de ces paresseux qui ne veulent rien faire et reportent tout l’effort à faire sur les autres. Ce n’est pas très charitable, vous qui passez vos journées à vous tournez les pouces, soit sur ce blog, soit dans des salles obscures. Une fois dans votre vie, au moins, essayez d’avoir une pensée cohérente sur l’existence en général, et la vôtre en particulier. Activez un peu vos neurones !

Delaporte dit: 13 août 2018 à 22 h 59 min

« Des promesses impossibles à réaliser : paroles, paroles, paroles ! »

Mon cher Jacuzzi, vous n’y connaissez rien. Sachez que beaucoup d’intellectuels réfléchissent à la décroissance, qui mènera à l’extinction du travail. Cela vous a échappé, bien sûr. Et pourtant vous avez la prétention de publier bientôt un « goût de la paresse » ! Vous ne croyez donc pas à ce que vous écrivez ? C’est dramatique.

Jean Langoncet dit: 13 août 2018 à 22 h 57 min

Le mur des lamentations a besoin de fortifications (on va pas s’en passer si facilement) et c’est un nouveau prétexte à prise de bec : qui finance les travaux ?

Giovanni Sant'Angelo dit: 13 août 2018 à 22 h 52 min


…Jean Langoncet,…
……………………Bob Dylan, et fait tes prières pour son mur des lamentations, Nobel, des prunes et ses diversions,!…
…etc,…

Jazzi dit: 13 août 2018 à 22 h 46 min

« rien de moins que l’abolition légale du travail. C’est tout de même quelque chose !!! »

Des promesses impossibles à réaliser : paroles, paroles, paroles !

Jazzi dit: 13 août 2018 à 22 h 43 min

« demandez à Jazzi je suis sûr qu’il a une opinion. »

Nenni, hamlet ! Pour le passage de la République à l’Empire, en général, et sur le cas de Néron, en particulier, je ne sais trop quoi en penser ? Normal, je n’y étais pas…
(je crois que tu as le ticket avec Christiane, courage !)

Giovanni Sant'Angelo dit: 13 août 2018 à 22 h 42 min


…la haine, des juifs, une culture difficile, à entretenir, dans son jardin,…etc,…

Jean Langoncet dit: 13 août 2018 à 22 h 42 min

SAG vous débloquez cher ami. Non que ce soit nouveau mais ce soir, je vous invite à regagner vos appartements sans plus tarder (merci de laisser à l’entrée tout ce qui pourrait permettre une pendaison ou une entaille veinale)

Giovanni Sant'Angelo dit: 13 août 2018 à 22 h 34 min


…désolé, Mrs. de modérations à vos flatteries aux juifs,…

…l’Europe, n’en veut pas,…de ces ethnies, exploiteurs des peuples, ou a crédit,…

…bien, vérifier, les A.D.N, avant, les mariages, ou détournements de donneurs de spermes,…pour du dollar/pétrole,…

…pas de sémites, sur le sol d’Europe, on en est, trop loin,…
…merci,!…Hitler,…pour vos démêler, avec ces gens là,!…
…Néron, Caligula,?,…pour ces développements, dans l’Histoire,…Ah,!Ah,!…
…outre les sadismes des finances, aux chiffres du clan des Hollandes, fripouilles,…etc,…
…les Macarons à suivre,…chacun, son continent de débiles,…à la porte,…

Delaporte dit: 13 août 2018 à 22 h 33 min

« Le problème, c’était son alliance avec Montebourg, Delaport ! »

Mon cher Jacuzzi, en quoi fut-ce un problème ? Il était logique que les gens du même camp appellent à voter pour celui qui serait en tête des primaires, exploit réalisé par Hamon. Cela n’a nullement interféré sur la campagne de Hamon, qui proposait, je vous le rappelle, rien de moins que l’abolition légale du travail. C’est tout de même quelque chose !!!

blomm dit: 13 août 2018 à 22 h 29 min

Yorick, c’est le bouffon qui faisait rire Hamlet quand il était gamin et dont il tient le crâne dans la célébre scène où le bon sens populaire des fossoyeurs creusant la tombe d’Ophélie le dispute à la réflexion métaphysique sur la mort & le passage du temps.

« Alas, poor Yorick! I knew him, Horatio: a fellow of infinite jest, of most excellent fancy: he hath borne me on his back a thousand times; and now, how abhorred in my imagination it is! » (Hamlet)

Les bouffons meurent aussi.

Delaporte dit: 13 août 2018 à 22 h 27 min

Points de vue historiques à propos de Néron
(Wikipédia)
__________

Cette notice Wikipédia est atterrante, consternante, scandaleuse, en ce qu’elle méprise abondamment les chrétiens et les persécutions dont ils ont été l’objet, comme si, après tout, c’était une chose normale. Ce qui n’est pas normal, en vérité, c’est de défendre des tyrans comme Néron, des brutes sanguinaires qui préfigurent Hitler et Staline. Les chrétiens de l’époque avaient bien compris qui était Néron : une incarnation du Diable sur Terre, issue du ventre toujours fécond.

Jazzi dit: 13 août 2018 à 22 h 25 min

« le seul candidat honnête, je suis désolé, mais c’était Hamon. »

Le problème, c’était son alliance avec Montebourg, Delaport !

D. dit: 13 août 2018 à 21 h 46 min

Points de vue historiques à propos de Néron
(Wikipédia)

À l’époque moderne, en Occident, Néron est mis par beaucoup en symbole de tout ce que la Rome antique a eu de plus monstrueux. Ils s’appuient sur les textes de Suétone, fréquemment colporteur de ragots, et de Tacite, augmentés des attaques des auteurs chrétiens (Tertullien, repris par Eusèbe de Césarée et d’autres), et couronnés par des œuvres de fiction comme Quo vadis, les « monstruosités » montées en épingle étant, outre les assassinats familiaux, l’incendie de Rome et la persécution des chrétiens. Cependant, la culpabilité réelle de Néron dans le grand incendie de Rome est une accusation à laquelle certains historiens comme Guy Achard ou Claude Aziza ne croient plus guère. De plus, aucune loi anti-chrétienne ne fut promulguée sous son règne de manière officielle : il y a bien eu persécution, mais uniquement localisée à Rome.

À la décharge de Néron, on peut indiquer qu’il se trouvait à Antium lors de l’incendie de Rome en 64. En outre les collections auxquelles il tenait y ont brûlé21. La persécution des chrétiens a peut-être été par la suite un choix politique pour calmer la plèbe romaine qui avait besoin de coupables.

Guy Achard porte un jugement plus mesuré sur Néron. Il constate que l’empire a été bien administré, que les campagnes militaires ont été victorieuses, que l’empereur a inauguré une espèce de théocratie ludique qui avait tout pour séduire une large partie du peuple. Claude Aziza montre comment la réforme monétaire revalorisant le denier a profité aux milieux d’affaires, et combien la politique étrangère a été favorable aux régions orientales de l’Empire (hellénisation de l’Empire, conclusion d’une paix avec les Parthes, ennemis héréditaires), Néron donnant en outre une impulsion importante aux évolutions artistiques dans le domaine de l’architecture et des arts décoratifs (voir la Domus aurea). Ainsi la grande popularité auprès du peuple de son temps prit, dès sa mort, le mythe du « retour de Néron » : caché chez les Parthes, il devait réapparaître à la tête d’une armée pour vaincre les conspirateurs et rentrer victorieux à Rome. Ce mythe fut stimulé par l’attente messianique juive et chrétienne de l’époque et par l’apparition de faux Néron22.

Jean Langoncet dit: 13 août 2018 à 21 h 20 min

@Mais alors, qu’allons-nous devenir sans les Barbares?
Ces gens étaient en somme une solution.
+
Constantin Cavafy (1963-1933)

C’est naître qu’il aurait pas fallu ; Céline c’est de la bombe (plus encore quand on peut pas la saquer)

Lavande dit: 13 août 2018 à 20 h 50 min

Clopine connaissez-vous « En attendant les Barbares  » de Coetzee et « Le désert des Tartares  » de Buzzati?
Je crois que Cavafy a fait des émules.

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