de Pierre Assouline

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La République Des Livres par Pierre Assouline
Saurons-nous encore écouter la voix d’un jardin ?

Saurons-nous encore écouter la voix d’un jardin ?

Il est des livres délicats. Entendez le dans la meilleure acception du terme, à supposer que l’autre soit péjorative, ce dont je doute. Un petit monde, un monde parfait (135 pages, 18 euros, Poesis) appartient à cette catégorie par son titre, par sa présentation, par son esprit, par sa facture, par ses illustrations en noir et blanc, par sa maison d’édition (à peine quelques livres au catalogue et l’ambition affichée d’habiter poétiquement le monde avec Hölderlin), par la vision du monde qui s’en dégage. Car on peut envisager le monde à partir de son jardin. L’auteur Marco Martella est écrivain et jardinier, ce qui saute aux yeux dès les premières pages et ne se dément pas jusqu’à la dernière page. C’est vraiment un livre d’écrivain informé, sans cuistrerie ni assaut d’érudition ; on comprend juste entre les lignes qu’il sait de quoi il parle.

Il tient que notre société, bien qu’elle affiche le souci de l’environnement et de l’écologie, a perdu le sens même du jardin. Tout à son souci du progrès, du profit et de l’industrialisation, elle ne s’intéresse au jardin que dans un but de rentabilité touristique. Au titre d’un produit comme un autre susceptible de faire de l’image. Tant et si bien que le surgissement d’un jardin dans le paysage fait hiatus. A croire qu’il offusque la nature alors que ce devrait être l’inverse.

Marco Martella s’est promené et s’est attardé sur quelques lieux qui ont le mérite de chacun illustrer un cas même si tous ont partie lié, consciemment ou pas, avec la matrice, l’origine de tout : le jardin d’Eden. C’était dit avec une grande douceur dans la Nouvelle Héloïse lorsque Saint-Preux, découvrant le jardin de Julie, est pris d’une étrange sensation qui convoque tous ses sens aussi bien que son imagination. Le genre d’endroit qui donne à celui qui s’y trouve l’impression d’être hors du monde tout en sachant la rumeur du monde l’attend au-delà de la grille. Marco Martella hésite entre plusieurs mots : « ambiance », « caractère », « atmosphère », Stimmung, « génie des lieux »… alors qu’il le dit parfaitement juste avant : tout jardin ayant une voix, il exige que l’on soit à son écoute. On dirait que le taux de nostalgie est plus élevé dans les jardins qu’ailleurs, ce qui s’expliquerait par les bouffées de souvenir du bonheur qu’on y a éprouvé auparavant.

Nous voilà donc entrainés dans les pas de ce guide inspiré dans le jardin de l’ïle verte à Chatenay-Malabry, dans le jardin de Ninfa au sud de Rome de la famille Caetani  parmi les monstres de pierre, les animaux mythologiques, les sirènes au sexe béant, les divinités telluriques et les ogres effrayants du Sacro Bosco de Bomarzo au nord de la ville, plus loin dans le village de San Giovanni d’Asso en Toscane où Sheppard Craige a créé son petit monde, au Portugal dans un couvent franciscain. Chacun est en soi un exemplum. Celui des capucins de la Serra de Sintra, à Colares, au nord de Lisbonne, a ceci de particulier que le jardin, les cellules et tout l’édifice ne sont pas séparées de la forêt. Ils font corps avec elle, chacun prolongeant l’autre en d’incessants échos. Leur jardin, c’est la forêt. Il y a aussi le jardin paysan de Saint-Cyr-la-Rosière (Orne) où l’on voue un culte aux graines, aux semences avec le discret Miguel Cordeiro, un ancien du groupe de Tarnac qui s’est réfugié dans le jardin historique du petit château en ruines rongé par les le lierre et les clématites, pour se faire oublier et qui n’en est pas revenu.

arboretum de la vallée aux loupsCelui de la Vallée-aux-Loups est aussi un cas dans la mesure où son plus illustre propriétaire en était un. Chateaubriand n’avait pas la main verte mais en s’installant là, il s’est fait jardinier, et c’est devenu une passion. Avec une fixation sur les arbres. Il a été pris d’une « frénésie de planter ». Tant et si bien qu’ils sont devenus sa vraie famille, chacun le ramenant à l’un de ses livres : Atala (le cèdre de Virginie), Itinéraire de Paris à Jérusalem(le cèdre du Liban) etc Marco Martella y voit la parfaite illustration du jardin conçu comme un ermitage poétique, une fuite romantique hors du monde tel Pétrarque fuyant la cour papale d’Avignon en s’isolant dans son jardin protégé des hommes à Fontaine-de-Vaucluse. On dira que ce sont des écrivains, mais ils sont finalement nombreux à jardiner, même si tous n’atteignent pas le niveau de magnificence des Jardins du Bâtiment du chef d’orchestre des Arts florissants William Christie à Thiré (Vendée). Comment ne pas citer Sissinghurst (Kent) qui doit tout à Vita Sackville-West ou, dans un genre différent, la Casa Rossa dans le village de Montagnola (Tessin) où Hermann Hesse a longtemps bêché après avoir eu une révélation dans le jardin de Jorn de Précy à Greystone.

« Le jardin soigne celui qui le soigne »

Après ces errances qui n’ont rien d’une anthologie, le chapitre « Versailles » survient comme un rappel à l’ordre. Au début, on se dit qu’il est déplacé. Puis on comprend qu’il est là à titre de contre-exemple. Allées au cordeau, grande perspective, vertige du point de fuite… Dans les jardins de Versailles, on est saisi d’admiration mais très vite un malaise nait de cette sidération. Car là la joie est absente où règne la perfection, loin, très loin de l’émotion jaillie d’une halte dans un jardin de curé au fin fond de la Beauce.

« Moi, je rêve aux lumineux patios des jardins andalous, sentant le jasmin et la fleur d’oranger, faits pour être habités, toujours à l’échelle de l’homme. Ou aux petites villas baroques perchées sur les collines de Florence au milieu des oliviers, qui n’ont jamais coupé le lien avec le monde agricole d’où elles sont issues, splendides et modestes. Comme tout dans ces lieux-là semble né d’un accord profond avec le monde qui les entoure ! »

Un chef d’œuvre manqué car trop parfait et trop écrasant que les jardins de Versailles ; il y manque une idée fondamentale, il est vrai bien éloignée du spectacle du pouvoir absolu du roi : la juste mesure ; comment alors ne pas partager la mélancolie de Marco Martella lorsqu’il y perçoit « les prémices de la modernité, les tout premiers signes du naufrage annoncé ». Il y a pourtant bien de la grâce et de la légèreté dans l’art de Le Nôtre et les intuitions de Jean-Baptiste Colbert, Charles Le Brun, Hardouin-Mansart. On peut même trouver de la métaphysique sous les jardins à la française. Le cas d’Allen S. Weiss, professeur à New York University dansMiroirs de l’infini paru en français il y a quelques années au Seuil. Il avait jeté son dévolu sur trois jardins qui font l’orgueil du génie français : Vaux-le-Vicomte, Chantilly et donc Versailles.

Il s’est pris de passion pour l’objet de son étude et s’est mis à tout revisiter sur le mode d’une promenade philosophique, avec une liberté académique à laquelle ne nous habituent guère les historiens de l’art. Mais qu’apporte-t-il donc de plus à ceux qui ont déjà lu et apprécié la somme de Michel Baridon parue chez Bouquins ? Une autre perspective, c’est le cas de le dire. Son prisme : rien moins que la nostalgie théologique de Pascal et la mathématisation métaphysique de Descartes. Il est des outils plus anodins. En s’en armant, telles des légendes et des symboles, il parvient, entre autres conclusions, à l’affirmation selon laquelle, contrairement à une idée reçue, Vaux-le-Vicomte, perfection destinée au surintendant des finances Fouquet et qui signera sa disgrâce et sa fin (un crime de lèse-splendeur à l’endroit du Roi que nul mieux que Paul Morand n’a traité dans son Fouquet ou le Soleil offusqué), ne fut pas le brouillon de Versailles mais l’acmé de l’art de Le Nôtre, parfait point d’équilibre en son temps entre baroque et classique, le premier étant perçu comme synonyme de mouvement et de dynamisme. Ce qui ne va pas de soi. Nous qui avons tant été nourris du regard ironique de Saint-Simon sur la Cour, nous avons du mal à ne pas admettre avec lui que le jardin à la française s’est toujours employé avec plus ou moins de bonheur à tyranniser la nature, contrairement au légendaire jardin anglais. Nature et culture, vieux débat. C’est au cœur du livre d’Alan S. Weiss comme de celui de Marco Martella.

La politique du regard, qui régissait l’étiquette, a bien été explicité par le sociologue Norbert Elias dans son classique La Société de cour (1974). Allen S. Weiss, lui, montre que le jardin à la française s’est construit contre la nature. Il lui suffit de s’appuyer sans s’appesantir sur le travail de jardinier de Le Nôtre, l’oeuvre d’architecte de Le Vau et celle de peintre Le Brun, pour lire dans l’organisation des jardins « des révélateurs métaphysiques des conflits conceptuels de l’époque ». Echafaudée selon des formules mathématiques, la perspective de ces jardins dissimulerait rien moins qu’une métaphysique. Quelque chose de l’ordre d’un palimpseste à qui saurait le lire. Ce n’est pas de l’Histoire pour de l’Histoire car l’auteur veut voir l’origine de notre modernité dans les fantasmes qui naissent de nos promenades dans ces jardins. Qui saura désormais s’y promener sans y penser, écouter la voix  d’un jardin, comprendre ce qu’il a à nous dire ?

(« Parc de la Vallée-aux-Loups, Jardin de curé et Jardins de Versailles », photos D.R.)

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commentaires

836 Réponses pour Saurons-nous encore écouter la voix d’un jardin ?

Lavande dit: 10 août 2018 à 19 h 12 min

rose dit: 10 août 2018 à 18 h 28 min
?!?!
Ne me dites pas que vous persistez à croire que Ed est un homme?

Delaporte dit: 10 août 2018 à 19 h 06 min

« Ed, on sent que vous avez là un vrai personnage ! A creuser ? »

Vous êtes bien optimiste avec Ed, mon cher Jacuzzi. Elle a déjà tout dit en deux phrases. peut-être qu’elle devrait écrire des aphorismes, faire dans la maigreur.
A propos de gastronomie, qu’allez-vous manger comme poisson ce soir, D ?

Delaporte dit: 10 août 2018 à 19 h 02 min

Ed aimerait tant savoir inventer des personnages, se mettre dans leur peau. Mais ce n’est pas si facile. Cela tourne vite au fiasco, surtout avec Ed qui est pleine de sa petite personne, grosse d’elle-même ; bref enceinte du vide absolu. Il lui reste une solution : faire de l’autofiction, ce procédé romanesque pour écrivains impuissants. Il y a des réussites, cependant, dans l’autofiction, qui ne sont pas toujours celles que l’on croit. La plus grande difficulté, aussi bien, c’est de parler de soi-même, comme Montaigne, avec « auto » mais sans « fiction ». Se mettre dans la perspective d’une « fiction », pourquoi pas, mais le plus radical, et sans doute le plus beau, c’est de se présenter « tout nu », comme disait encore Montaigne. – Ceci étant Ed, ne nous faites pas un streap-tease ! Vous seriez encore à côté de la plaque.

rose dit: 10 août 2018 à 18 h 54 min

Mais ce n’est pas pablo qui parle des jumeaux monozygites depuis 48 heures ? (vous m’faites rêver pablo avec vos jumeaux).

Au choix, servez-vous M’sieurs dames

arbre du paradis ou des pygmées, oliviers multicentenaires de Crête ou chênes séculiers
https://krapooarboricole.wordpress.com

christiane dit: 10 août 2018 à 18 h 52 min

De retour. Merci Jazzi pour ce beau film de Nuri Bilge Ceylan que tu m’as conseillé : « Le poirier sauvage ». Beau et long (3 heures…). Beaucoup aimé cette frontière indécelable entre la réalité et les rêves. Celui du cheval de Troie et le bébé dormant paisiblement alors que des fourmis se croisent sur son beau visage me restent en mémoire. En mémoire encore, les paysages de neige et de brume où il excelle (souvenirs de « Winter sleep »). Aimé aussi ces mythes bibliques qui surgissent peu à peu (Le fils prodigue – le retour à Ithaque…).
La filiation difficile est la grande problématique du film ainsi que ce destin qui parfois unit ceux qui voudraient ne pas se ressembler. L’édition difficile d’un premier roman, livres invendus, un seul lecteur et quel lecteur…). Le personnage de Sinan n’est pas très sympathique, j’ai préféré le père, la mère, la possible amoureuse cheveux au vent, le chien fidèle. Mais quand même que de paroles…

Lavande,
ça c’est extra : « Que deux anonymes soient une seule et même personne ON S’EN FOUT ! On les lit comme deux entités différentes et basta. On s’abstient de faire des insinuations sans intérêt et parfois très désobligeantes, j’en sais quelque chose. Ce serait pas mal aussi de respecter les pseudos que les gens se sont choisis, sans les déformer ou les ridiculiser. »

M.Court, merci de m’avoir mis sur la piste du 9h52 de Clopine. Oui, « Éden maudit » !

et enfin, pour la fin, une étrange sensation en lisant le chouette texte de hamlet. Ah, cette main qui ne peut se poser sur ces seins presque dévoilés !
Alors, l’étrangeté c’est que lisant et relisant ce texte, j’entendais la musique d’un autre texte aimé, sans aucun rapport avec celui-ci, un rythme, une légère dérision, une fausse impression d’exactitude scientifique, une analogie avec la première page de L’homme sans qualités de Musil (et une autre un peu plus tard). (dans la traduction de Ph.Jaccottet)
« Les isothermes et les isothères remplissaient leurs obligations. Le rapport de la température de l’air et de la température annuelle moyenne, celle du mois le plus froid et du mois le plus chaud, et ses variations mensuelles apériodiques, était normal (…) La tension de vapeur dans l’air avait atteint son maximum, et l’humidité relative était faible. Autrement dit, si on ne craint pas de recourir à une formule démodée, mais parfaitement judicieuse : c’était (…)
Mais un tel homme est chose fort équivoque. Comme ses idées, dans la mesure où elles ne constituent pas simplement d’oiseuses chimères, ne sont que des réalités non encore nées (…) c’est un sens des réalités possibles, lequel atteint beaucoup plus lentement son but que le sens qu’ont la plupart des hommes de leurs possibilités réelles. »
Eh bien, l’homme du face à face avec la dame au chemisier un peu entrebâillé pourrait être Ulrich ayant traversé le temps et l’espace. (J’espère ne pas vous froisser , hamlet)

Ed dit: 10 août 2018 à 18 h 47 min

Jazzi, quel imposteur !

rose qui n’a rien compris au commentaire de Pablo. Pas évident.

@Pablo,
Il ne trouve donc son bonheur qu’à travers son autre moitié. Cela pourrait ne pas paraître triste si l’autre en était au même point. Or, il y a déséquilibre.
Quant à la citation de Michel Tournier, elle explique en quoi j’ai de bonnes raison d’être effrayée par les jumeaux. C’est une monstruosité en soi, sympathique bien sûr, mais si on est un peu sensible, il y a un risque de peur. Et comme je suis ultra sensible parfois…

hamlet dit: 10 août 2018 à 18 h 44 min

MC dit: 10 août 2018 à 16 h 18 min

« merci de rappeler que ce lieu est avant tout littéraire »

qu’est-ce que signifie « littéraire » ?
la somme d’un savoir, une encyclopédie, la totalité de toutes les citations, de tous les livres, de tous les mots qui ont été écrits, tout cela ne tient pas plus de place qu’un grain de sable.
qu’est-ce que ce blog littéraire, les articles de passou que les gens viennent lire ?
ou bien juste un jeu ?
non pas le jeu des citations, où il s’agit de pondre des citations plus ou moins en relation avec le sujet du jour : aujourd’hui les jardins, demain la colonisation, après demain demain la guerre 14, ensuite celle de 39, ensuite la résitance, après la collaboration, et chacun y a va de chercher dans sa collection de citations celles qui seraient le mieux assorties, non il ne s’agit pas de ce jeu, mais un p.tain de jeu sur autre chose, nous ignorons tous ce qu’est cette chose, juste un jeu, un jeu sans perdants, ni gagnants.
combien avons-nous été à jouer à ce jeu ? une centaines au plus ? certains sont sortis du jeu, d’autres sont morts. maintenant il ne reste plus qu’un petite vingtaine de participants à ce jeu, à ce p.tain de jeu.
est-ce l’autre nom donné à ce jeu : « littérature » ?

rose dit: 10 août 2018 à 18 h 30 min

Pablo75

depuis que vous avez écrit cette histoire, moi je rêve d’avoir baigné dans le même liquide amniotique d’un bébé pareil à moi qui aurait été ma moitié. Las, je suis née toute seule.

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 18 h 15 min

@ Ed

Tu t’es trahie: aucun mec aurait écrit « je me TOUCHE entre deux bouteilles d’alcool. »

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 18 h 13 min

@ Ed

Le jumeau célibataire a eu des histoires avec des femmes mais aucune a marché. Ma mère disait que c’était parce qu’il était amoureux de la femme de son jumeau. Moi je ne sais pas. Ce que je sais c’est qu’il a renoncé à une carrière de biochimiste à Madrid ou Barcelone pour ne pas s’éloigner de son frère. Mais je sais aussi que quand ils sont ensemble ils ne sont pas malheureux. Donc?

La seule différence qu’il y a entre eux c’est que l’un (l’avocat) est plus littéraire et l’autre plus scientifique (quoique celui-ci, ayant plus de temps libre, lit beaucoup plus de littérature que l’autre), très probablement parce qu’ils n’ont pas le même ascendant astrologique. Leur naissance se passant très mal en pleine nuit (l’un d’eux a failli mourir) ils sont nés à 30 min d’intervalle « à peu près », mais personne a eu l’idée de regarder l’heure exacte.

“Des jumeaux vrais ne sont qu’un seul être dont la monstruosité est d’occuper deux places différentes dans l’espace.”
(Michel Tournier. Les Météores)

Jazzi dit: 10 août 2018 à 18 h 12 min

« La lande c’est le paysage du mâle »

« Bien sûr que je suis un vieux libidineux. Vous n’allez tout de même pas croire à mon simulacre de féministe expatriée. J’habite à Bergues et je me touche entre deux bouteilles d’alcool. »

Ed, on sent que vous avez là un vrai personnage ! A creuser ?

et alii dit: 10 août 2018 à 18 h 12 min

Depuis 1985, des liens d’amitié unissent les villes d’Itami (Japon) et de Hasselt (chef-lieu du Limbourg belge). En échange d’une tour à carillon, les Japonais ont aménagé ce jardin près d’un grand parc, selon leurs principes : respect et utilisation de l’environnement naturel, maintien des arbres et arbustes présents, passages aérés « sans marquer démesurément les limites » (Guide de la promenade).

et alii dit: 10 août 2018 à 18 h 07 min

unjardin japonais en hommage a CLAUDEL
Accueil › Paul Claudel › Le jardin japonais
Le jardin japonais
En 2001, Takatoshi Takemoto, mécène, a offert la création d’un jardin japonais en hommage à l’admiration que portait le poète pour la culture de ce pays.
Il fut réalisé par Olivier Brière à l’occasion des «Rencontres de Brangues», dédiées cette année-là à
«Paul Claudel et le Japon».
Un petit pont de bois rouge enjambe une rivière imaginaire.
L’amour des japonais pour cet
« ambassadeur poète » se retrouve ainsi dans ce petit coin de parc.

« Creuse
ce jardin
comme une tasse
où tu viendras goûter
l’élixir
de tout ce paysage
aromatique »

Ed dit: 10 août 2018 à 17 h 44 min

Lavande,

Bien sûr que je suis un vieux libidineux. Vous n’allez tout de même pas croire à mon simulacre de féministe expatriée. J’habite à Bergues et je me touche entre deux bouteilles d’alcool.

Ed dit: 10 août 2018 à 17 h 42 min

La lande, c’est l’humanité dans ce qu’elle a de plus tragique. La lande dompte sans jamais se laisser dompter. La lande c’est le paysage du mal.

Claudio Bahia dit: 10 août 2018 à 17 h 42 min

« Suzanne aux yeux noirs »
quel joli nom pour une fleur; c’est bien la même plante, mais la mienne est bleue et le »coeur » est blanc.
Oui Lavande, c’est une plante modeste, pas du tout sophistiquée, mais je l’aime bien, et surtout cette floraison continue au long de l’année.

Phil dit: 10 août 2018 à 17 h 33 min

Baroz cite Chardonne sur le prestigieux blog à passou et personne n’est piqué. La chaleur descelle les moeurs comme les dalles, dirait le bon ami de Chardonne.

de nota dit: 10 août 2018 à 17 h 16 min

Jouer au jardin madame

La substance de ce jeu est que chacun des assistants doit donner un arbre, une beste dessus pour le garder, et un oyseau dessous pour chanter, et il faut qu’il contreface le son ou voix de la beste et le chant de l’oiseau, puis l’on demande à la compagnie s’il a bien fait…

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 17 h 11 min

@ Jazzi

« Paul Valéry, lequel signait alors ses premiers vers sous le prénom d’Ambroise »

Ambroise était son vrai prénom: « Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry naît à Sète d’un père d’origine corse, Barthélemy Valéry, vérificateur principal des douanes, et d’une mère génoise, Fanny Grassi, fille du consul d’Italie Giulio Grassi… » (Wikipédia)

Delaporte dit: 10 août 2018 à 17 h 02 min

Il y a aussi le jardin d’Alice, dont l’original était situé à Oxford :

« Alors que le jardin du doyen est toujours habité par la famille du directeur du collège et donc inaccessible au public, celui qui entoure la cathédrale de Christ Church est ouvert aux visiteurs. Il a été réaménagé: un olivier et de la lavande y sont plantés pour évoquer la Terre Sainte. Celui-ci et d’autres jardins d’Oxford ont été magistralement photographiés et décrits en anglais dans l’ouvrage Oxford College Gardens de Tim Richardson (Frances Lincoln, 2015, GB). » Figaro

Jazzi dit: 10 août 2018 à 17 h 02 min

Je ne suis jamais allé à Madère. Un jardin d’éden et de fleurs selon Jacques Chardonne !

« Cette année, je suis allé à Madère par hasard et tout à coup, parce que je me trouvais à Lisbonne. Pourtant, j’ai hésité à quitter Lisbonne, du moins Cintra près de Lisbonne. C’était la saison où les camélias sont en fleur à Cintra et brillent dans l’ombre des arbres enchevêtrés autour de trois châteaux rococos, délicieusement tarabiscotés.
J’ai quitté Lisbonne quand l’hydravion s’est décidé à partir, glissant quatre heures au-dessus d’une étendue de nuages blancs, percés de trous d’azur ; l’hydravion se pose devant Funchal, capitale de Madère, après une descente dans les airs en beaux méandres qui font tournoyer les côtes rocheuses de l’île, et après quelques ricochets, rudes baisers à l’océan qui répond par un jaillissement de grandes gerbes d’eau.
On sait tout de suite que l’on est arrivé dans l’île des fleurs. Elles sont là, un peu exaltées, épanouies ensemble et toute l’année, celles de France et d’Angleterre, celles de toutes les saisons. Le chrysanthème a oublié qu’il est une fleur de l’automne et se mêle aux roses, aux œillets, aux azalées ; seul le cerisier garde la consigne du continent et attend pour fleurir l’heure de Paris sans céder comme les autres aux séductions de l’atmosphère.
L’océan qui entoure cette île est bien différent du nôtre ; il n’a jamais ces fortes senteurs, cette grande voix que j’ai entendue dans les étés de mon enfance quand il se brise sur les côtes charentaises, dévastant assez loin le rivage où ne fleurit que le chardon aux creux des dunes ; il ne prend pas garde à cet îlot qu’il entoure mollement d’un liseré bleu, à peine marqué, s’étalant un peu sur les berges de sable noir.
Les fleurs sont le culte du pays. Dans les jardins somptueux de Funchal, et leurs aigrettes géantes, les piliers énormes, couleur de peau d’éléphant, qui s’élèvent d’un gazon soyeux ; dans les jardins de la montagne auprès des maisons paysannes ; au bord des routes, partout elles vous accompagnent en guirlandes, en draperies bleues ou pourpres, en rassemblements multicolores sous les nobles palmes africaines qui ont ici beaucoup d’envergure.
Je me suis réservé quelques jours pour des promenades avant de voir Charles ; il me reste encore à découvrir sa maison. On peut suivre n’importe quelle route vers les montagnes ; toutes sont pavées de menus cailloux et en pente raide ; les paysans descendent en traîneaux ces chemins abrupts, sans poussière, ou bien, un bâton en équilibre sur les épaules, deux bidons de lait ou deux corbeilles de pains ronds suspendus aux bouts, ils dévalent de très loin, pieds nus, à tout petits pas, en un léger galop qui a l’air d’une danse. Les femmes marchent lentement, bien droites, toujours quelque panier de fruits ou de légumes sur la tête. On rencontre peu de femmes. L’influence des mœurs arabes, les principes de la religion catholique, stricts à Madère, les confinent à la maison, où elles ont beaucoup d’enfants. Les hommes ont dans les yeux une sombre douceur. »
(« Vivre à Madère »)

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 16 h 55 min

Pat V dit: 10 août 2018 à 14 h 32 min

« Jardinier: pote aux roses » est une définition de Philippe Davis.

Dans le genre, il y a de Raymond Devos « Un jardinier qui sabote une pelouse est un assassin en herbe. »

Jazzi dit: 10 août 2018 à 16 h 49 min

Dans « Les Nourritures terrestres », Gide évoque le jardin botanique de Montpellier, qu’il fréquentait habituellement en compagnie de son jeune ami Paul Valéry, lequel signait alors ses premiers vers sous le prénom d’Ambroise :

« à Montpellier, le jardin botanique. Je me souviens qu’avec Ambroise, un soir, comme aux jardins d’Académus, nous nous assîmes sur une tombe ancienne, qui est tout entourée de cyprès ; et nous causions lentement en mâchant des pétales de roses. Nous avons, une nuit, vu, du [Peyrou], la mer lointaine et que la lune argentait ; auprès de nous s’ébruitaient les cascades du château d’eau de la ville ; des cygnes noirs frangés de blanc nageaient sur le bassin tranquille. »

Clopine dit: 10 août 2018 à 16 h 45 min

Super, l’extrait de Maupassant, Jazzi ! Et géniale, l’idée de transposer la description des ébats amoureux (qui se passent en bas, par terre) en description du chant de l’oiseau (posé en haut, sur une branche). Mais un ornithologue tiquerait, car l’analogie entre les mouvements de l’homme et le chant de l’oiseau a ses limites : aucun piaf ne chante comme ça !!!

Jazzi dit: 10 août 2018 à 16 h 40 min

Pour Clopine et Ed, rudesse de la lande selon Emily Brontë !

« Avant que j’aie eu atteint le fond du jardin, mon propriétaire ma crié de m’arrêter, et a offert de m’accompagner à travers la lande. C’a a été une heureuse inspiration de sa part, car tout le versant de la colline n’était qu’un océan de vagues blanches ; les hauts et les bas n’indiquaient pas d’élévations ou de dépressions correspondantes dans le terrain ; de nombreux trous étaient entièrement comblés par la neige ; et des rangées entières de buttes, formées des résidus de l’extraction des carrières, étaient effacées de la carte que ma promenade de la veille avait laissée peinte dans mon esprit. J’avais remarqué sur un des côtés de la route, à intervalles de six à sept mètres, une lignes de pierres dressées debout, qui se prolongeait sur toute la longueur du terrain dénudé : elles avaient été placées et peintes à la chaux pour servir de repères dans l’obscurité, et aussi quand une chute de neige, comme à présent, ne permettait pas de distinguer la chaussée ferme des profonds marécages qui la bordent des deux côtés. Mais à l’exception d’une tache sombre émergeant çà et là, toute trace de l’existence de ces pierres avait disparu et mon compagnon a dû m’avertir fréquemment d’appuyer à droite ou à gauche alors que je me figurais suivre correctement les sinuosités de la route.
Nous avons échangé peu de paroles, et il s’est arrêté à l’entrée du parc de Thrushcross en me disant que je ne pouvais plus me tromper. Nos adieux se sont bornés à un rapide salut, puis j’ai continué ma marche, réduit à mes seules ressources ; car la loge du portier est inoccupée jusqu’à présent. La distance de la porte du parc à la Grange est de deux milles ; je crois que je suis bien arrivé à en faire quatre, en me perdant au milieu des arbres et enfonçant jusqu’au cou dans la neige : désagrément que seuls peuvent apprécier ceux qui l’ont expérimenté. En tout cas, quels qu’aient été mes tours et détours, midi sonnait comme j’entrais dans la maison, ce qui faisait exactement une heure pour chaque mille du chemin ordinaire depuis les Hauts de Hurle-Vent. 
Ma femme de charge et ses satellites se sont précipitées pour m’accueillir, s’écriant avec volubilité qu’elles me croyaient complètement perdu. Tout le monde croyait que j’avais péri la nuit précédente et elles se demandaient comment s’y prendre pour se mettre à la recherche de mes restes. Je leur ai dit de se calmer, puisqu’elles me voyaient revenu, et transi jusqu’à la moelle, je me suis traîné en haut. Après avoir mis des vêtements secs et marché de long en large pendant trente à quarante minutes, pour restaurer la chaleur animale, je me suis retiré dans mon cabinet de travail, faible comme un petit chat : presque trop faible pour jouir du feu pétillant et du café fumant que la servante m’a préparé pour me remonter. »
(« Les Hauts de Hurle-Vent », traduction de Frédéric Delebecque)

Clopine dit: 10 août 2018 à 16 h 40 min

Eh oui, l’atroce « jardin des supplices » d’Octave Mirbeau… Le propos est double : fustiger l’occident, et d’un. Et de deux : proclamer que le mal assumé (la douleur infligée à autrui) peut être esthétique.

Ce deuxième point est évidemment un paradoxe, comme est paradoxale la position d’ Hamlet de mettre à même niveau la victime et l’agresseur ; et cette position, sous forme de fausse interrogation (qui est le plus bête ? Le troll ou sa victime qui s’interroge ?), renforce évidemment mon soupçon, comme le fait que Bergeret n’est jamais loin quand Hamlet est présent, par exemple, et que nul n’a jamais entendu Hamlet condamner réellement les pratiques trollesques !

Mais désormais, (et malgré les apparence), je m’en fiche : ce problème est celui d’ Hamlet, pas le mien, et la vengeance n’est pas mon fait : elle a trop mauvais goût.

Jazzi dit: 10 août 2018 à 16 h 32 min

Pour rose, qui doit aimer batifoler dans les foins, cet extrait érotique de Guy de Maupassant !

« La yole semblait glisser. Des arbres se montrèrent sur l’île, dont la berge était si basse que les yeux plongeaient dans l’épaisseur des fourrés. On s’arrêta ; le bateau fut attaché ; et, Henriette s’appuyant sur le bras de Henri, ils s’avancèrent entre les branches. “ Courbez-vous ”, dit-il. Elle se courba, et ils pénétrèrent dans un inextricable fouillis de lianes, de feuilles et de roseaux, dans un asile introuvable qu’il fallait connaître et que le jeune homme appelait en riant “ son cabinet particulier ”.
Juste au-dessus de leur tête, perché dans un des arbres qui les abritaient, l’oiseau s’égosillait toujours. Il lançait des trilles et des roulades, puis filait de grands sons vibrants qui emplissaient l’air et semblaient se perdre à l’horizon, se déroulant le long du fleuve et s’envolant au-dessus des plaines à travers le silence de feu qui appesantissait la campagne.
Ils ne parlaient pas de peur de le faire fuir. Ils étaient assis l’un près de l’autre, et, lentement, le bras de Henri fit le tour de la taille de Henriette et l’enserra d’une pression douce. Elle prit, sans colère, cette main audacieuse, et elle l’éloignait sans cesse à mesure qu’il la rapprochait n’éprouvant du reste aucun embarras de cette caresse, comme si c’eût été une chose toute naturelle qu’elle repoussait aussi naturellement.
Elle écoutait l’oiseau, perdue dans une extase. Elle avait des désirs infinis de bonheur, des tendresses brusques qui la traversaient, des révélations de poésies surhumaines, et un tel amollissement des nerfs et du cœur, qu’elle pleurait sans savoir pourquoi. Le jeune homme la serrait contre lui maintenant ; elle ne le repoussait plus, n’y pensant plus.
Le rossignol se tut soudain. […]
La jeune fille pleurait toujours, pénétrée de sensations très douces, la peau chaude et piquée partout de chatouillements inconnus. La tête de Henri était sur son épaule ; et, brusquement, il la baisa sur les lèvres. Elle eut une révolte furieuse et, pour l’éviter, se rejeta sur le dos. Mais il s’abattit sur elle, la couvrant de tout son corps. Il poursuivit longtemps cette bouche qui le fuyait, puis, la joignant, y attacha la sienne. Alors, affolée par un désir formidable, elle lui rendit son baiser en l’étreignant sur sa poitrine, et toute sa résistance tomba comme écrasée par un poids trop lourd.
 Tout était calme aux environs. L’oiseau se mit à chanter. Il jeta d’abord trois notes pénétrantes qui semblaient un appel d’amour, puis, après un silence d’un moment, il commença d’une voix affaiblie des modulations très lentes.
 Une brise molle glissa, soulevant un murmure de feuilles, et dans la profondeur des branches passaient deux soupirs ardents qui se mêlaient au chant du rossignol et au souffle léger du bois.
Une ivresse envahissait l’oiseau, et sa voix s’accélérant peu à peu comme un incendie qui s’allume ou une passion qui grandit, semblait accompagner sous l’arbre un crépitement de baisers. Puis le délire de son gosier se déchaînait éperdument. Il avait des pâmoisons prolongées sur un trait, de grands spasmes mélodieux.
Quelquefois il se reposait un peu, filant seulement deux ou trois sons légers qu’il terminait soudain par une note suraiguë. Ou bien il partait d’une course affolée, avec des jaillissements de gammes, des frémissements, des saccades, comme un chant d’amour furieux, suivi par des cris de triomphe.
Mais il se tut, écoutant sous lui un gémissement tellement profond qu’on l’eût pris pour l’adieu d’une âme. Le bruit s’en prolongea quelque temps et s’acheva dans un sanglot. »
(« Une partie de campagne »)

MC dit: 10 août 2018 à 16 h 18 min

X, pour construire Vaux, il a fallu raser près de cinq hameaux que personne ne regrette vraiment…
JB
Je pense qu’il y a au moins un montage. Le doute exprimé est celui des Sévignistes devant cette phrase finale parfaitement anachronique. Pour le reste, il y a de beaux faux, tels l ‘Homme au Casque d’Or ou des Poussin peints par Dufresnoy…
Le phénomène des faux littéraires, dont l’affaire Vrain-Lucas constitue la partie la plus visible mais la moins documentée, ne doit pas faire négliger de plus sérieux,qui ont abusés jusqu’à Mommerqué pour Madame de Sévigné ou Régnier et Les Grands écrivains de la France pour Corneille. Il y figure une belle fausse lettre de Corneille à Rotrou censée être écrite au moment de la Querelle du Cid et que Georges Couton a très justement écartée de la Pléiade: la formule initiale évoque beaucoup plus le néo-classique que tout ce qui est connu des Lettres de Corneille: « La Raison, mon cher Ami, n’a point d’empire sur les sots. »
Merci, Lavande, de ces Remarques de bons sens qui font souvenir que ce lieu est d’abord littéraire.
Sur cette époque: Le Parfait Secrétaire des Gens de Lettres, consacré intégralement à Vrain-Lucas, réédité par Emmanuel Pierrat.
Et un Alphonse de Fortia ou l’Age d’or de la Mystification d’un auteur dpontle nom m’échappe.
Une pensée pour Clotilde de Surville, fausse poétesse médiévale et canular réussi dans le Paris romantique.
Comme quoi la création de l’Ecole des Chartes n’a pas été une mauvaise chose!
Bien à vous.
MC

Jazzi dit: 10 août 2018 à 16 h 10 min

Pour D., qui aime tant Anna de Noailles (le correcteur automatique avait écrit Nouilles) !

VERSAILLES

Au centre du profond et du secret palais,
Quand parfois en juillet on ouvre les volets,
L’air, chargé des parfums que les brises entraînent,
S’élance, Éros joyeux, dans les chambres des reines,
Et, comme on éveillait la Belle au bois dormant,
Met des baisers d’azur sur ce délaissement…
Alors, ce qui dans l’ombre et dans l’oubli repose
Reprend son clair parfum et sa rondeur de rose,
Tout ce qui fut chargé de soie et de couleurs
Sent revivre sa grâce et ses secrètes fleurs.
– Immense chevelure experte et délicate
L’or, sur la boiserie, afflue, ondule, éclate ;
La cornemuse, un jet d’églantine, un râteau,
Un beau dauphin gonflé qui fait jaillir de l’eau
Suspendent leur divin dessin à la muraille :
Or plus tendre que l’ambre heureux et que la paille !
Et voici qu’un rayon de soleil vif et doux
Allume brusquement le parquet de miel roux
Dans la chambre où marchait Madame Adélaïde…
Ah ! comme l’air est las, comme le monde est vide,
Comme la jeune aurore a perdu ses amants,
Depuis que tous ces fronts frivoles et charmants
Accourus à l’appel de la funèbre chasse
Ont quitté la maison, le parc et la terrasse !…
Hélas ! les eaux, les bois semblent disgraciés !
Qu’importe, beaux massifs, que vous refleurissiez ?
Vous ne rendrez jamais, si clair que le jour naisse,
Au tendre Trianon sa luisante jeunesse,
Les brillants orangers d’un vert vif et verni
Ne peuvent empêcher que le temps soit fini
Où le parterre ardent riait sous ses abeilles,
Où les femmes étaient de vivantes corbeilles,
Et leurs cheveux la source au reflet argentin ;
Le temps où, quand sonnaient neuf heures du matin,
On voyait, sur un banc, tenant un bol de crème,
Cette enfant qui sera duchesse d’Angoulême ;
Le temps où, quand le soir semble soudain trop doux,
Si bien qu’un corps charmant étouffe tout à coup,
La reine brusquement entrouvrait sa fenêtre,
Et voyant s’obscurcir la nuit qui vient de naître,
Entendant frissonner la rose et le lézard,
Chantant pour soi des airs que lui montra Mozart,
Rêvait à des amours secrètes et sereines…
Ah ! ce divin besoin qu’ont sans doute les reines
À l’heure où vont languir les rossignols, les geais,
De mourir sur le cœur de leurs tendres sujets,
De sentir défaillir leur beau front en désordre
Sous des doigts suppliants dont l’ardeur est un ordre,
D’attirer sur leur chaud, leur humble cœur humain,
Le frôlement profond et lent d’une autre main,
Et de laisser jaillir d’un sein qui se soulève
Les lamentations du désir et du rêve !…
Là-bas un bassin noir, écrasé de chaleur,
Semble un vase voilé qui recèle des pleurs.
Ah ! comme ce jardin empli de paix dormante
Au lieu de m’apaiser m’effraye et me tourmente.
Moi qui ne vis jamais un parterre enchanté
Sans me sentir la nymphe heureuse de l’Été,
Sans jeter sur les beaux buissons fleuris de joie
Des regards plus pressants que des filets de soie,
Sans courir tout auprès du luisant oranger
Pour mêler mes deux mains à son geste léger,
Sans m’appuyer au tronc d’un hêtre qui s’élance,
Sans m’unir à son cœur par mon tendre silence,
Je suis ici timide et mourante d’émoi…
Ce jardin sommeillant et lourd n’est pas à moi.
Voici les résédas de la petite fille
Qui dut avoir si peur le jour où la Bastille
Tremblait dans la chaleur au son noir du canon.
Voici le phlox sensible et sa fleur de linon.
Voici le rosier blanc dont la rose est moins vive
Que ne fut le doux sein de la Jeune Captive,
Voici la fin du jour, hélas ! voici le soir,
Voici d’immenses flots de glissant désespoir,
Voici des pas, des voix et des âmes sans nombre,
Des cœurs blessés, jaloux, et qui pourraient nous voir.
Quels visages déjà sont là, si froids, si sombres ?
Ah ! cette reine avec au front un bandeau noir !
– Allons-nous-en d’ici, laissons la place aux ombres…

Lavande dit: 10 août 2018 à 15 h 51 min

Jacques R: des bisons? non, mais des sangliers ça arrive.
Ma nièce et sa fille ont voulu dormir à la belle étoile la semaine dernière dans le Vercors. Elles ont été réveillées par des grattements énergiques et des bruits de branchages cassés. C’était un sanglier. Elles ont terminé la nuit dans la voiture.

Jazzi dit: 10 août 2018 à 15 h 45 min

Tiens, Pablo, un extrait de mon goût de Versailles !

LOUIS XIV

Le jardin c’est Moi !

Plus que le château, c’est la magnificence des jardins dessinés par Le Nôtre à Vaux-le-Vicomte pour Nicolas Fouquet, et le faste des festivités données par celui-ci lors de la visite de son jeune roi, en août 1661, qui entraînèrent la disgrâce définitive du surintendant. Louis XIV, piqué au vif dans son orgueil, voulut des jardins encore plus beaux. Les travaux du parc et des jardins de Versailles, sans cesse remodelés, durèrent près d’un demi-siècle. Le roi en supervisa chaque détail. Organisés autour d’un axe central s’étendant à perte de vue, les jardins de Versailles, expression du pouvoir absolu du monarque, étaient un théâtre, ouvert à de certaines occasions au public, et dont les acteurs n’étaient autres que les personnages de la cour. Entre 1689 et 1705, Louis XIV rédigea six versions différentes de Manière de montrer les jardins de Versailles. La première, donnée ici, avait été écrite en l’honneur de la visite de la Reine d’Angleterre, Marie-Béatrix d’Este.

« En sortant des bains, aller sur le milieu de l’Orangerie ; après du costé du labirinte, y faire une pause pour considérer les oranges et le chasteau.
Passer sur le haut de Latonne, y faire une pause, aller au Marais, où il y aura du fruit et des glaces.
Descendre à Cérès et à Flore.
Entrer aux bains d’Apollon, en faire le tour.
Aller à l’Ancellade, sortir par en bas pour aller à la salle du Conseil.
Revenir passer à Flore.
Entrer à la Montagne.
Aller au Théâtre passant par Cérès.
Venir repasser devant le marais sans y entrer.
Aller aux trois fontaines par le haut, y faire trouver des glaces.
Descendre pour aller à Neptune, faire le tour du Dragon.
Entrer à l’arc de triomphe.
Repasser à Neptune, faire le tour en dehors, faire trouver les carosses à la grille qui va à Trianon. »
(Manière de montrer les jardins de Versailles, le 19 juillet 1689, à 6 heures du soir)

Texte de circonstance, cette version sera suivie de plusieurs itinéraires détaillés, proposés aux promeneurs par Louis XIV, qui faisait de ses jardins une affaire toute personnelle. Aujourd’hui, de nombreux guides tentent encore d’expliquer le plus complètement possible, aux visiteurs contemporains, la complexité des jardins de Versailles, véritable labyrinthe de verdure, de fontaines et de sculptures, où les œuvres des plus fameux artistes du grand siècle renvoient toutes à une symbolique qui prend sa source dans la mythologie grecque.

Jacques R. dit: 10 août 2018 à 15 h 42 min

Le plus modeste jardin peut pourtant réserver de ces surprises qu’on pourrait croire réservées à quelque tribu indienne en quête de bisons. Descendu aux aurores dans son potager pour fournir au potage ( à l’époque, c’était vital ), mon père en eut une de ce genre ; humant la fraîcheur matinale dans ce clos situé à quelques 200 km des plages du Cotentin, le 6 juin 44, il crut entendre un vague murmure, qui lui sembla monter du sol ; il y colla son oreille : c’était bien ça ; un grondement continu venu du Nord-Ouest ; un grand troupeau de bisons ? Non : c’était le bombardement et la canonnade, sur Utah Beach et Omaha Beach. Mais on ne le sut que plus tard. N’empêche : que de modestes carottes et radis en aient tremblé d’émotion, comme l’aile de cet autre papillon, ça vous fait méditer sur l’unité de ce vaste monde, le grand et le petit, etc. etc.

Lavande dit: 10 août 2018 à 15 h 41 min

Moi c’est surtout du « batifoler  » que je me souvenais:
« Il faut que je vous l’explique : faner est la plus jolie chose du monde, c’est retourner du foin en batifolant dans une prairie ; dès qu’on en sait tant, on sait faner. »

Lucien Bergeret dit: 10 août 2018 à 15 h 37 min

@ Clopine à 15 h 09 min

(pour introduire au moins une dissonance dans l’harmonie de ce blog !)

Mirbeau

Jazzi dit: 10 août 2018 à 15 h 34 min

« Jazzi, la Lettre des Foins pretée à Madame de Sévigné est peut-être apocryphe »

C’est pourtant la plus célèbre lettre de la marquise de Sévigné, M. Court ! Moi aussi, la chute m’a surpris. Elle m’a fait penser à Ed venant dire ici, benoîtement, qu’elle était la plus modeste de ce blog ! Tant d’ingénuité m’étonne chez la marquise (pas chez Ed). Mais pourquoi pas. Car de fait, sa narration est parfaite. Et elle peut en être fière. Elle mêle étroitement deux thèmes et crée même un suspens autour du lien entre les deux : donner de ses nouvelles et demander à son cousin de ne pas accueillir le domestique qu’elle a renvoyé. C’est parce qu’ici, le fond est au service de la forme, que l’on se souviens tous de son « faner est la plus jolie chose du monde » !

hamlet dit: 10 août 2018 à 15 h 34 min

oui, très drôle la façon dont fonctionne notre esprit :

on passe du « soupçon de trollisme »

au « je le crois parfaitement capable de… »

pour conclure « si cela n’était pas mis au service de quelques penchants moralement méprisables : la calomnie, le harcèlement, le mépris… »

sans que notre conscience s’en rende compte, cette conclusion, qui exprime une certitude, alors qu’elle n’est née que d’un soupçon, se trouve incarner exactement ce qu’elle était sensée dénoncer, à savoir la calomnie, le harcèlement et le mépris.

sauf que nous pourrons dire que cette calomnie provient d’une erreur de jugement, elle n’est pas volontaire, elle provient de la bêtise, contrairement à l’autre qui vient d’une volonté de calomnier.

sauf que la volonté de calomnier, de mépriser et de harceler provient aussi de la bêtise, comme toutes nos intentions « négatives » destinées à nuire à autrui.

comment distinguer alors entre ces deux bêtises laquelle serait condamnable et l’autre pardonnable ?

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 15 h 29 min

« Dans les jardins de Versailles, on est saisi d’admiration mais très vite un malaise nait de cette sidération. »

Dans les jardins de Versailles, il faut suivre le bon guide:

« Dans son ouvrage « Manière de montrer les jardins de Versailles », Louis XIV a conçu un guide à travers les bosquets et bassins des jardins du Château. Sept versions sont rédigées entre 1689 et 1705, dont quelques-unes écrites de sa propre main. »

http://www.chateauversailles.fr/louis-xiv-guide-jardins-versailles

Jacques R. dit: 10 août 2018 à 15 h 23 min

Les jardins qu’évoque le billet sont des jardins d’agrément, lieux de promenade, de repos, de contemplation. Pour le jardinier lambda, de ceux qu’évoquent les fables de La Fontaine, le jardin est avant tout un lieu de production : il s’agit de fournir de quoi préparer le potage, d’où son nom de potager. Mais la poésie des carottes et des navets, on repassera. Le charme poétique du jardin commence à ses limites, dans le verger, où il fait bon faire de la chaise longue, l’été, à l’ombre des arbres fruitiers. Pendant que mon père ahanait à désherber ses plates-bandes, je lisais Proust à l’ombre du pommier : image de l’ascenseur social qui, à l’époque, paraît-il, fonctionnait.

Clopine dit: 10 août 2018 à 15 h 09 min

Jazzi, merci des extraits, et pourquoi ne pas jouer un peu dans tous les jardins littéraires ?

Cache-cache ?

Chiche ?

De qui, celui-ci ? (pour introduire au moins une dissonance dans l’harmonie de ce blog !) :

« Là, sont réunies les essences les plus
rares de leur flore, les plus délicates, comme les plus robustes, celles qui viennent des névés de la montagne, celles qui croissent
dans l’ardente fournaise des plaines, celles aussi, mystérieuses et farouches, qui se dissimulent au plus impénétrable des forêts et
auxquelles les superstitions populaires prêtent des âmes de génies malfaisants. Depuis le palétuvier jusqu’à l’azalée saxatile,
la violette cornue et biflore jusqu’au népenthès distillatoire, l’hibiscus volubile jusqu’à l’hélianthe stolonifère, depuis l’androsace, invisible dans sa fissure de roc, jusqu’aux lianes les plus follement enlaçantes, chaque espèce est représentée par des
spécimens nombreux qui, gorgés de nourritures organiques et traités selon les rites par de savants jardiniers, prennent des développements anormaux, des colorations dont nous avons peine,sous nos climats moroses et dans nos jardins sans génie, à imaginer la prodigieuse intensité.

Un vaste bassin que traverse l’arc d’un pont de bois, peint en vert vif, marque le milieu du jardin au creux d’un vallonnement où aboutissent quantité d’allées sinueuses et de sentes fleuries d’un dessin souple et d’une harmonieuse ondulation. Des ymphéas, des nélumbiums animent l’eau de leurs feuilles processionnelles et de leurs corolles errantes jaunes, mauves,blanches, roses, pourprées ; des touffes d’iris dressent leurs hampes fines, au haut desquelles semblent percher d’étranges oiseaux symboliques, des butomes panachés, des cypérus, pareils à des chevelures, des luzules géantes, mêlent leurs feuillages
disparates aux inflorescences phalliformes et vulvoïdes des plus stupéfiantes aroïdées. Par une combinaison géniale, sur les bords du bassin, entre les scolopendres godronnés, les trolles et les inules, des glycines artistement taillées s’élèvent et se penchent,
en voûte, au-dessus de l’eau qui reflète le bleu de leurs grappes retombantes et balancées. Et des grues, en manteau gris perle,
aux aigrettes soyeuses, aux caroncules écarlates, des hérons blancs, des cigognes blanches à nuque bleue de la Mandchourie,promènent parmi l’herbe haute leur grâce indolente et leur
majesté sacerdotale. Ici et là, sur des éminences de terre et de rocs rouges tapissés
de fougères naines, d’androsaces , de saxifrages et d’arbustes rampants, de sveltes et gracieux kiosques lancent, au-dessus des
bambous et des cedrèles, le cône pointu de leurs toits ramagés d’or et les délicates nervures de leurs charpentes dont les extré-
mités s’incurvent et se retroussent dans un mouvement hardi. Le long des pentes, les espèces pullulent épimèdes issant d’entre les pierres, avec leurs fleurs graciles, remuantes et voletantes comme des insectes ; hémérocalles orangées offrant aux sphinx leur
calice d’un jour, œnothères blancs, leur coupe d’une heure ; opuntias charnus, éomecons, morées, et des nappes, des coulées,
des ruissellements de primevères, ces primevères de la Chine, si abondamment polymorphes et do
nt nous n’avons, dans nos serres, que des images appauvries ; et tant de formes charmantes
et bizarres, et tant de couleurs fondues!… Et tout autour des kiosques, entre des fuites de pelouses, dans des perspectives fris-
sonnantes, c’est comme une pluie rose, mauve, blanche, un fourmillement nuancé, une
palpitation nacrée, carnée, lactée, et si
tendre et si changeante qu’il est impossible d’en rendre avec des mots la douceur infinie, la poésie inexprimablement édénique. »

Bon d’accord, je ne devrais peut-être pas… M’enfin, faisons-lui place tout de même, à celui-là !!!

x dit: 10 août 2018 à 15 h 08 min

Sous nos climats, Claude Bahia, nous cultivons plutôt la grimpante volubile « Thunbergia alata », dite « Suzanne aux yeux noirs », comme une annuelle.

Jacques R. dit: 10 août 2018 à 15 h 02 min

La poésie du jardin se niche dans ses limites. Plutôt que les assommantes plates-bandes écrasées de soleil où mon père s’échinait à faire pousser ses légumes, mon domaine, c’était le lavoir au bord de la rivière d’où je tirais force vairons — j’en tirai une fois mon chat par l’échine :le bouchon s’étant enfoncé, n’y tenant plus, il avait plongé ; c’était le haut du mur ombragé de ramures où j’avais aménagé des coins pour jouer aux cartes, lire ou rêver ; c’était, à la limite de la cour, sous les frondaisons des grands arbres, la chaise longue où j’attendais que se guérisse une décalcification ; le chat venait aligner à mes pieds, en guise de trophée ou d’hommage, les musaraignes qu’il avait tuées dans le jardin ; c’est la seule fois que j’ai vu des musaraignes ; c’était la murette près de laquelle, il faisait bon, le soir, converser avec la voisine, plutôt gironde, ma foi.

x dit: 10 août 2018 à 14 h 56 min

Giovanni Sant’Angelo 10 août 2018 à 12 h 21 min
À propos des dimensions politique et sociale du jardin « clos », morceau de nature privatisée, dont les ouvertures sont soigneusement étudiées :
Au tournant des 18ème et 19ème siècles en Angleterre, créer ou réaménager (« améliorer ») de magnifiques parcs autour des grandes demeures, c’était aussi se débarrasser du petit peuple qui faisait tache dans le paysage, raser éventuellement un hameau pour ne pas gâcher la vue, ou lorsque c’était tout à fait impossible, créer des écrans (en partie végétaux) pour dissimuler ce que l’on préfèrait ignorer.
Les « Red Books » de Humphry Repton, comportent d’ingénieuses images à rabats, qui permettent de présenter les scènes avant et après : le client peut ainsi imaginer ce que donneront les aménagements proposés (à maturité des plantations)
S’agissant de la vue depuis son propre cottage, voici l’avant, les choses telles qu’elles étaient :
http://www.rc.umd.edu/gallery/view-my-own-cottage-essex
(Si vous passez le pointeur sur l’image vous verrez les détails agrandis)

Petit Rappel dit: 10 août 2018 à 14 h 53 min

Jazzi, la Lettre des Foins pretée à Madame de Sévigné est peut-être apocryphe, ne serait ce que par la phrase finale, qui traduit une ambition littéraire jamais exprimée par la Marquise. « Pour moi, je crois que voici le modèle des narrations agréables ». Cela sonne faux, et quand on sait combien ses textes ont été trafiqués de Perrin à Capmas, on se méfie.Cela dit, il y a de beaux faux.
Bien à vous.

closer dit: 10 août 2018 à 14 h 51 min

 » Je croirais même que je me suis amélioré ! »

Content de lui le Jacounet!

Clopine, je compatis, mais il serait tellement plus sage d’ignorer totalement les attaques (ou supposées telles). Elles disparaîtraient, tout simplement…

Delaporte dit: 10 août 2018 à 14 h 44 min

Le chef-d’oeuvre, selon moi, dans la Curée, est la description de la serre tropicale, où Maxime et Renée cachent leurs amours incestueuses. Inépuisable Zola, trouvant dans la sève des fleurs et l’herbe grasse des motifs à un univers précis et complexe, dans un moment crucial du roman.

Jazzi dit: 10 août 2018 à 14 h 36 min

Si c’est comme ça, Claude Bahia, partons faire un petit tour à Majorque avec George Sand !

« La chaîne de Valldemosa s’élève de plateaux en plateaux resserrés jusqu’à une sorte d’entonnoir entouré de hautes montagnes et fermé au nord par le versant d’un dernier plateau à l’entrée duquel repose le monastère.
Les chartreux ont adouci, par un travail immense, l’âpreté de ce lieu romantique. Ils ont fait du vallon qui termine la chaîne un vaste jardin ceint de murailles qui ne gênent point la vue, et auquel une bordure de cyprès à forme pyramidale, disposés deux à deux sur divers plans, donne l’aspect arrangé d’un cimetière d’opéra.
Ce jardin, planté de palmiers et d’amandiers, occupe tout le fond incliné du vallon, et s’élève en vastes gradins sur les premiers plans de la montagne. Au clair de la lune, et lorsque l’irrégularité de ces gradins est dissimulée par les ombres, on dirait d’un amphithéâtre taillé pour des combats de géants. Au centre et sous un groupe de beaux palmiers, un réservoir en pierre reçoit les eaux de source de la montagne, et les déverse aux plateaux inférieurs par des canaux en dalles, tout semblables à ceux qui arrosent les alentours de Barcelone. Ces ouvrages sont trop considérables et ingénieux pour n’être pas, à Majorque comme en Catalogne, un travail des Maures. Ils parcourent tout l’intérieur de l’île, et ceux qui partent du jardin des chartreux, côtoyant le lit du torrent, portent à Palma une eau vive en toute saison.
La Chartreuse, située au dernier plan de ce col de montagnes, s’ouvre au nord sur une vallée spacieuse qui s’élargit et s’élève en pente douce jusqu’à la côte escarpée dont la mer frappe et ronge la base. Un des bras de la chaîne s’en va vers l’Espagne, et l’autre vers l’orient. De cette chartreuse pittoresque on domine donc la mer des deux côtés. Tandis qu’on l’entend gronder au nord, on l’aperçoit comme une faible ligne brillante au-delà des montagnes qui s’abaissent, et de l’immense plaine qui se déroule au midi ; tableau sublime, encadré au premier plan par de noirs rochers couverts de sapins, au second par des montagnes au profil hardiment découpé et frangé d’arbres superbes, au troisième et au quatrième par des mamelons arrondis que le soleil couchant dore des nuances les plus chaudes, et sur la croupe desquels l’œil distingue encore, à une lieue de distance, la silhouette microscopique des arbres, fine comme l’antenne des papillons, noire et nette comme un trait de plume à l’encre de Chine sur un fond d’or étincelant. Ce fond lumineux, c’est la plaine ; et à cette distance, lorsque les vapeurs de la montagne commencent à s’exhaler et à jeter un voile transparent sur l’abîme, on croirait que c’est déjà la mer. Mais la mer est encore plus loin, et, au retour du soleil, quand la plaine est comme un lac bleu, la Méditerranée trace une bande d’argent vif aux confins de cette perspective éblouissante.
C’est une de ces vues qui accablent parce qu’elles ne laissent rien à désirer, rien à imaginer. Tout ce que le poète et le peintre peuvent rêver, la nature l’a créé en cet endroit. Ensemble immense, détails infinis, variété inépuisable, formes confuses, contours accusés, vagues profondeurs, tout est là, et l’art n’y peut rien ajouter. »
(« Un hiver à Majorque »)

Delaporte dit: 10 août 2018 à 14 h 36 min

Zola multipliait les descriptions de jardins, avec un talent particulier. Il y en a plusieurs, dans la Curée, qui se passe dans la haute bourgeoisie. Un exemple :
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Depuis un instant, la vue de Maxime et de Louise, comme elle traversait une allée, avait brusquement arrêté la jeune femme derrière un arbuste. Autour d’elle, la serre chaude, pareille à une nef d’église, et dont de minces colonnettes de fer montaient d’un jet soutenir le vitrail cintré, étalait ses végétations grasses, ses nappes de feuilles puissantes, ses fusées épanouies de verdure.

Au milieu, dans un bassin ovale, au ras du sol, vivait, de la vie mystérieuse et glauque des plantes d’eau, toute la flore aquatique des pays du soleil. Des Cyclanthus, dressant leurs panaches verts, entouraient, d’une ceinture monumentale, le jet d’eau, qui ressemblait au chapiteau tronqué de quelque colonne cyclopéenne. Puis, aux deux bouts, de grands Tornélias élevaient leurs broussailles étranges au-dessus du bassin, leurs bois secs, dénudés, tordus comme des serpents malades, et laissant tomber des racines aériennes, semblables à des filets de pêcheur pendus au grand air. Près du bord, un Pandanus de Java épanouissait sa gerbe de feuilles verdâtres, striées de blanc, minces comme des épées, épineuses et dentelées comme des poignards malais. Et, à fleur d’eau, dans la tiédeur de la nappe dormante doucement chauffée, des Nymphéas ouvraient leurs étoiles roses, tandis que des Euryales laissaient traîner leurs feuilles rondes, leurs feuilles lépreuses, nageant à plat comme des dos de crapauds monstrueux couverts de pustules.

Pour gazon, une large bande de Sélaginelle entourait le bassin. Cette fougère naine formait un épais tapis de mousse, d’un vert tendre. Et, au-delà de la grande allée circulaire, quatre énormes massifs allaient d’un élan vigoureux jusqu’au cintre : les Palmiers, légèrement penchés dans leur grâce, épanouissaient leurs éventails, étalaient leurs têtes arrondies, laissaient pendre leur palmes, comme des avirons lassés par leur éternel voyage dans le bleu de l’air ; les grands Bambous de l’Inde montaient droits, frêles et durs, faisant tomber de haut leur pluie légère de feuilles ; un Ravenala, l’arbre du voyageur, dressait son bouquet d’immenses écrans chinois ; et, dans un coin, un Bananier, chargé de ses fruits, allongeait de toutes parts ses longues feuilles horizontales, où deux amants pourraient se coucher à l’aise en se serrant l’un contre l’autre. Aux angles, il y avait des Euphorbes d’Abyssinie, ces cierges épineux, contrefaits, pleins de bosses honteuses, suant le poison. Et, sous les arbres, pour couvrir le sol, des fougères basses, les Adiantums, les Ptérides, mettaient leurs dentelles délicates, leurs fines découpures. Les Alsophilas, d’espèce plus haute, étageaient leurs rangs de rameaux symétriques, sexangulaires, si réguliers, qu’on aurait dit de grandes pièces de faïence destinées à contenir les fruits de quelque dessert gigantesque. Puis, une bordure de Bégonias et de Caladiums entourait les massifs ; les Bégonias, à feuilles torses, tachées superbement de vert et de rouge ; les Caladiums, dont les feuilles en fer de lance, blanches et à nervures vertes, ressemblent à de larges ailes de papillon ; plantes bizarres dont le feuillage vit étrangement, avec un éclat sombre ou pâlissant de fleurs malsaines.

Derrière les massifs, une seconde allée, plus étroite, faisait le tour de la serre. Là, sur des gradins, cachant à demi les tuyaux de chauffage, fleurissaient les Marantas, douces au toucher comme du velours, les Gloxinias, aux cloches violettes, les Dracenas, semblables à des lames de vieille laque vernie.

Mais un des charmes de ce jardin d’hiver était, aux quatre coins, des antres de verdure, des berceaux profonds, que recouvraient d’épais rideaux de lianes. Des bouts de forêt vierge avaient bâti, en ces endroits, leurs murs de feuilles, leurs fouillis impénétrables de tiges, de jets souples, s’accrochant aux branches, franchissant le vide d’un vol hardi, retombant de la voûte comme des glands de tentures riches. Un pied de Vanille, dont les gousses mûres exhalaient des senteurs pénétrantes, courait sur la rondeur d’un portique garni de mousse ; les Coques du Levant tapissaient les colonnettes de leurs feuilles rondes ; les Bauhinias, aux grappes rouges, les Quisqualus, dont les fleurs pendaient comme des colliers de verroterie, filaient, se coulaient, se nouaient, ainsi que des couleuvres minces, jouant et s’allongeant sans fin dans le noir des verdures.

Et, sous les arceaux, entre les massifs, çà et là, des chaînettes de fer soutenaient des corbeilles dans lesquelles s’étalaient des Orchidées, les plantes bizarres du plein ciel, qui poussent de toutes parts leurs rejets trapus, noueux et déjetés comme des membres infirmes. Il y avait les Sabots de Vénus, dont la fleur ressemble à une pantoufle merveilleuse, garnie au talon d’ailes de libellule ; les AEridès, si tendrement parfumées ; les Stanhopéas, aux fleurs pâles, tigrées, qui soufflent au loin, comme des gorges amères de convalescent, une haleine âcre et forte.

Mais ce qui, de tous les détours des allées frappait les regards, c’était un grand Hibiscus de la Chine, dont l’immense nappe de verdure et de fleurs couvrait tout le flanc de l’hôtel, auquel la serre était scellée. Les larges fleurs pourpres de cette mauve gigantesque, sans cesse renaissantes, ne vivent que quelques heures. On eût dit des bouches sensuelles de femme qui s’ouvraient, les lèvres rouges, molles et humides, de quelque Messaline géante, que des baisers meurtrissaient, et qui toujours renaissaient avec leur sourire avide et saignant.

Renée, près du bassin, frissonnait au milieu de ces floraisons superbes. Derrière elle, un grand sphinx de marbre noir, accroupi sur un bloc de granit, la tête tournée vers l’aquarium, avait un sourire de chat discret et cruel ; et c’était comme l’Idole sombre, aux cuisses luisantes, de cette terre de feu. A cette heure, des globes de verre dépoli éclairaient les feuillages de nappes laiteuses. Des statues, des têtes de femme dont le cou se renversait, gonflé de rires, blanchissaient au fond des massifs, avec des taches d’ombres qui tordaient leurs rires fous. Dans l’eau épaisse et dormante du bassin, d’étranges rayons se jouaient, éclairant des formes vagues, des masses glauques, pareilles à des ébauches de monstres. Sur les feuilles lisses du Ravenala, sur les éventails vernis des Lataniers, un flot de lueurs blanches coulait ; tandis que, de la dentelle des Fougères, tombaient en pluie fine des gouttes de clarté. En haut, brillaient des reflets de vitre, entre les têtes sombres des hauts Palmiers. Puis, tout autour, du noir s’entassait ; les berceaux, avec leurs draperies de lianes, se noyaient dans les ténèbres, ainsi que des nids de reptiles endormis.

Et, sous la lumière vive, Renée songeait, en regardant de loin Louise et Maxime. Ce n’était plus la rêverie flottante, la grise tentation du crépuscule, dans les allées fraîches du Bois. Ses pensées n’étaient plus bercées et endormies par le trot de ses chevaux, le long des gazons mondains, des taillis où les familles bourgeoises dînent le dimanche. Maintenant un désir net, aigu, l’emplissait.

Un amour immense, un besoin de volupté, flottait dans cette nef close, où bouillait la sève ardente des tropiques. La jeune femme était prise dans ces noces puissantes de la terre, qui engendraient autour d’elle ces verdures noires, ces tiges colossales ; et les couches âcres de cette mer de feu, cet épanouissement de forêt, ce tas de végétations, toutes brûlantes des entrailles qui les nourrissaient, lui jetaient des effluves troublants, chargés d’ivresse. A ses pieds, le bassin, la masse d’eau chaude, épaissie par les sucs des racines flottantes, fumait, mettait à ses épaules un manteau de vapeurs lourdes, une buée qui lui chauffait la peau, comme l’attouchement d’une main moite de volupté. Sur sa tête, elle sentait le jet des Palmiers, les hauts feuillages secouant leur arôme. Et plus que l’étouffement chaud de l’air, plus que les clartés vives, plus que les fleurs larges, éclatantes, pareilles à des visages riant ou grimaçant entre les feuilles, c’étaient surtout les odeurs qui la brisaient. Un parfum indéfinissable, fort, excitant, traînait, fait de mille parfums : sueurs humaines, haleines de femmes, senteurs de chevelures ; et des souffles doux et fades jusqu’à l’évanouissement, étaient coupés par des souffles pestilentiels, rudes, chargés de poisons. Mais, dans cette musique étrange des odeurs, la phrase mélodique qui revenait toujours, dominant, étouffant les tendresses de la Vanille et les acuités des Orchidées, c’était cette odeur humaine, pénétrante, sensuelle, cette odeur d’amour qui s’échappe le matin de la chambre close de deux jeunes époux.

Renée, lentement, s’était adossée au socle de granit. Dans sa robe de satin vert, la gorge et la tête rougissantes, mouillées des gouttes claires de ses diamants, elle ressemblait à une grande fleur, rose et verte, à un des Nymphéas du bassin, pâmé par la chaleur. A cette heure de vision nette, toutes ses bonnes résolutions s’évanouissaient à jamais, l’ivresse du dîner remontait à sa tête, impérieuse, victorieuse, doublée par les flammes de la serre. Elle ne songeait plus aux fraîcheurs de la nuit qui l’avaient calmée, à ces ombres murmurantes du jardin, dont les voix lui avaient conseillé la paix heureuse. Ses sens de femme ardente, ses caprices de femme blasée s’éveillaient. Et, au-dessus d’elle, le grand sphinx de marbre noir riait d’un rire mystérieux, comme s’il avait lu le désir enfin formulé qui galvanisait ce coeur mort, le désir longtemps fuyant, « l’autre chose » vainement cherchée par Renée dans le bercement de sa calèche, dans la cendre fine de la nuit tombante, et que venait brusquement de lui révéler sous la clarté crue, au milieu de ce de feu, la vue de Louise et de Maxime, riant et jouant, les mains dans les mains.

A ce moment, un bruit de voix sortit d’un berceau voisin, dans lequel Aristide Saccard avait conduit les sieurs Mignon et Charrier.
« Non, vrai, monsieur Saccard, disait la voix grasse de celui-ci, nous ne pouvons vous racheter cela à plus de deux cents francs le mètre. » Et la voix aigre de Saccard se récriait :
« Mais, dans ma part, vous m’avez compté le mètre de terrain à deux cent cinquante francs.
– Eh bien, écoutez, nous mettrons deux cent vingt-cinq francs. »

Et les voix continuèrent, brutales, sonnant étrangement sous les palmes tombantes des massifs. Mais elles traversèrent comme un vain bruit le rêve de Renée, devant laquelle se dressait, avec l’appel du vertige, une jouissance inconnue, chaude de crime, plus âpre que toutes celles qu’elle avait déjà épuisées, la dernière qu’elle eût encore à boire. Elle n’était plus lasse.

L’arbuste derrière lequel elle se cachait à demi était une plante maudite, un Tanghin de Madagascar, aux larges feuilles de buis, aux tiges blanchâtres, dont les moindres nervures distillent un lait empoisonné. Et, à un moment, comme Louise et Maxime riaient plus haut, dans le reflet jaune, dans le coucher de soleil du petit salon, Renée, l’esprit perdu, la bouche sèche et irritée, prit entre ses lèvres un rameau du Tanghin, qui lui venait à la hauteur des dents, et mordit une des feuilles amères.

Zola, La Curée

Phil dit: 10 août 2018 à 14 h 34 min

Dear Claudio Bahia, il me semble que Gobineau, bref Consul de France à Rio, aimait aussi cultiver son jardin brésilien. ça le détendait de la fréquentation des Brésiliens qui lui couraient sur la patate.

Claudio Bahia dit: 10 août 2018 à 14 h 29 min

Et bien, parlons jardin: je viens de terminer de tailler (taille légère, on va doucement vers le printemps) mes huit bougainvilliers qui font une cerca viva (clôture verte) du côté de la route; c’est qu’ils sont devenus très grands, certains sont à près de 4 mètres de hauteurs et touchent presque des fils du téléphone qui passe par là. Et j’ai aussi rafraîchi mon tumbérgia (je ne sais pas comment ça s’appelle en français, voir ici https://www.google.com.br/search?q=tumbergia+cerca+viva&oq=tumbergia&aqs=chrome.4.69i57j0l5.15922j0j8&sourceid=chrome&ie=UTF-8
C’est un peu comme une glycine. Ici il fait comme un rideau devant mon quiosque, où se trouve la churrasqueira; ainsi lorsque je fais un churrasco pour la famille et les amis, au soleil couchant ils ne reçoivent pas les rayons du soleil dans les yeux c’est filtré par les feuilles et les fleurs qui retombent en direction du sol; c’est très joli et les fleurs bleu pâle fleurissent toute l’année, se renouvelant continuellement. Au contraire de mon flamboyant (il n’a que 15 ans mais son tronc à 1 mètre su sol fait 2,15 mètres de circonférence) qui forme une boule rouge-feu de 10 mètres de hauteur uniquement en été ( de décembre à fin mars); lorsque les fleurs tombent je demande de ne pas ratisser sous l’arbre et je laisse s’accumuler un véritable tapis de bien 4 cm d’épaisseur et une surface que j’estime à bien 60 mètres carrés.
Voilà, c’était ma petite contribution très peu littéraire sur le thème de ce post de Passou.
Mais le plus important: merci Jazzi pour ces très beaux extraits tirés de Rousseau, Colette et Zola !
Cressier, n’est-ce pas un tout petit village sur la frontière avec la Suisse?

Jacques R. dit: 10 août 2018 à 14 h 28 min

le jardin, les cellules et tout l’édifice ne sont pas séparées de la forêt. Ils font corps avec elle, chacun prolongeant l’autre en d’incessants échos. Leur jardin, c’est la forêt.

C’est l’option que j’avais choisie, mais j’ai dû y renoncer, les sangliers venant labourer mes carottes et mes radis, les vipères faisant leur nid dans mes plants de salades et les pics verts perforant les troncs de mes arbres fruitiers, sans omettre les incursions des biches, des blaireaux, des grands ducs et des lapins.

Jazzi dit: 10 août 2018 à 14 h 20 min

Tout nouveau tout beau ! Il semble que closer soit nostalgique de l’enfance de la RDL. Pour lui, c’était mieux avant. Certes, de belles voix se sont tues, depuis, hélas ! Pour ma part, signant Annibal ou Jazzi, je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup changé. Je croirais même que je me suis amélioré !

Phil dit: 10 août 2018 à 14 h 14 min

Dear Baroz, la Marquise de Sévigné « remonte dans son mail ». c’est ce qui rend son jardin inaccessible aux fessbouqueux d’aujourd’hui.

Soleil vert dit: 10 août 2018 à 14 h 00 min

On n’est plus dans les jardins mais …
Souvenirs de Smyrne (Izmir) d’André Tubeuf

« Smyrne n’en finit pas de s’étirer sur sa propre rive, dans ses propres odeurs. Les noms turcs n’ont pas réussi à chasser les noms grecs. On continue à dire Cordelio, le nom est si doux, ce sont les Muses qui l’ont trouvé, avec ce quelque chose de roulé et de capiteux qui vient des oléandres et des dattiers de la rive.

Smyrne alors s’éloignait dans des vapeurs dorées, paresseuse, engageante, la douceur même, jusqu’au mauve des collines. Avoir vu le jour ici, avoir ouvert les yeux ici,, avoir commencé à respirer et humer l’air, parmi tant de parfums, c’est trop de privilège, cela se paye. Les tous premiers parents ont connu cela, dans leur jardin à eux, on ne saurait y demeurer toute une vie. Mais où que l’on doive ensuite errer, se fixer, reste à jamais la bénédiction d’avoir connu cela d’abord. Le monde premièrement est beau, le ciel lumineux, les buissons odorants, les gens hospitaliers. Même l’exil en restera illuminé.

Le ciel du jour est plutôt blanc que bleu, grisé d’odeurs à en être ivre et tomber lui aussi de sommeil. Comme il paraîtra différent quand nous aurons gagné une autre Turquie, celle de la mer Noire, pour cinq ans de plus ! Là il se montrera minéralement bleu et pur, profond et épais de couleur. Mais tous mes étés de Smyrne, c’est comme s’il n’ y avait jamais eu au ciel un bleu vraiment bleu, mais adouci ou plutôt efféminé de blanc, comme si un peu de vapeur y était sans cesse en suspend, prête à se changer sous l’effet de la chaleur qui monte du ciel en un scintillement doré, qui fait plisser les yeux, et quand il vire au blanc, ils faut qu’ils se détournent. Cela peut être à quoi les grands voyageurs littéraires en extase ont donné du blond – mais ils ne l’auraient pas soutenu tout un été. La beauté ici fatigue. A Ephèse, tout près, l’Histoire arrêtée, la pierre des statues, les colonnes rafraîchissent. Mais ici l’eau du golfe, au calme plat, ajoute à sa réverbération. On s’enivre mais on succombe. Homère était aveugle. »

Jazzi dit: 10 août 2018 à 13 h 52 min

Et finissons en beauté en Bretagne, avec Chateaubriand et Paul Edel !

« Dieppe, septembre 1812.

Le printemps, en Bretagne, est plus doux qu’aux environs de Paris, et fleurit trois semaines plus tôt. Les cinq oiseaux qui l’annoncent, l’hirondelle, le loriot, le coucou, la caille et le rossignol, arrivent avec des brises qui hébergent dans les golfes de la péninsule armoricaine. La terre se couvre de marguerites, de pensées, de jonquilles, de narcisses, d’hyacinthes, de renoncules, d’anémones, comme les espaces abandonnés qui environnent Saint-Jean-de-Latran et Sainte-Croix-de-Jérusalem, à Rome. Des clairières se panachent d’élégantes et hautes fougères ; des champs de genêts et d’ajoncs resplendissent de leurs fleurs qu’on prendrait pour des papillons d’or. Les haies, au long desquelles abondent la fraise, la framboise et la violette, sont décorées d’aubépines, de chèvrefeuille, de ronces dont les rejets bruns et courbés portent des feuilles et des fruits magnifiques. Tout fourmille d’abeilles et d’oiseaux. Les essaims et les nids arrêtent les enfants à chaque pas. Dans certains abris, le myrte et le laurier-rose croissent en pleine terre, comme en Grèce ; la figue mûrit comme en Provence ; chaque pommier, avec ses fleurs carminées, ressemble à un gros bouquet de fiancée de village.
Au XXe siècle, les cantons de Fougères, Rennes, Bécherel, Dinan, Saint-Malo et Dol, étaient occupés par la forêt de Brécheliant ; elle avait servi de champ de bataille aux Francs et aux peuples de la Dommonée. Wace raconte qu’on y voyait l’homme sauvage, la fontaine de Berenton et un bassin d’or. Un document historique du XVe siècle, les Usemens et coutumes de la forêt de Brécilien, confirme le roman de Rou : elle est, disent les Usemens, de grande et spacieuse étendue ; « il y a quatre châteaux, fort grand nombre de beaux étangs, belles chasses où n’habitent aucunes bêtes vénéneuses, ni nulles mouches, deux cents futaies, autant de fontaines, nommément la fontaine de Belenton , auprès de laquelle le chevalier Pontus fit ses armes ».
Aujourd’hui, le pays conserve des traits de son origine : entrecoupé de fossés boisés, il a de loin l’air d’une forêt et rappelle l’Angleterre : c’était le séjour des fées, et vous allez voir qu’en effet j’y ai rencontré ma sylphide. Des vallons étroits sont arrosés par de petites rivières non navigables. Ces vallons sont séparés par des landes et par des futaies à cépées de houx. Sur les côtes, se succèdent phares, vigies, dolmens, constructions romaines, ruines de châteaux du moyen-âge, clochers de la renaissance : la mer borde le tout. Pline dit de la Bretagne : Péninsule spectatrice de l’Océan.
Entre la mer et la terre s’étendent des campagnes pélagiennes, frontières indécises des deux éléments : l’alouette de champ y vole avec l’alouette marine ; la charrue et la barque à un jet de pierre l’une de l’autre, sillonnent la terre et l’eau. Le navigateur et le berger s’empruntent mutuellement leur langue : le matelot dit les vagues moutonnent, le pâtre dit des flottes de moutons. Des sables de diverses couleurs, des bancs variés de coquillages, des varechs, des franges d’une écume argentée, dessinent la lisière blonde ou verte des blés. Je ne sais plus dans quelle île de la Méditerranée, j’ai vu un bas-relief représentant les Néréides attachant des festons au bas de la robe de Cérès.
Mais ce qu’il faut admirer en Bretagne, c’est la lune se levant sur la terre et se couchant sur la mer. »
(« Les Mémoires d’outre-tombe »)

Clopine dit: 10 août 2018 à 13 h 52 min

Closer, je n’accuse pas, je soupçonne ! Et je suis ainsi faite que je n’aime pas ça du tout, que c’est déjà une sorte de violence de m’être transformée ainsi en soupçonneuse. Les gens soupçonneux,sourcilleux, sont si souvent aigris… Mais il est vrai que je suis (aussi) ainsi faite que je suis bien plus vulnérable qu’il y paraît. Que des internautes comme Jazzi ou vous soient de parfaits petits canards, sur les plumes desquels l’insulte et la calomnie glissent, c’est parfait : et je vous dis « bravo ». Mon malheureux caractère me conduit à prêter le flanc aux moqueries, à en souffrir, et donc à y attacher une importance sans doute exagérée, mais, quand on songe aux nombre d’attaques et de remarques blessantes émises à mon endroit, on peut peut-être comprendre l’étendue de mon désarroi, de mon incompréhension, et y compatir, non ?

Jazzi dit: 10 août 2018 à 13 h 46 min

Mais pour Balzac, le lys sera toujours dans la vallée !

« LE LYS DE CETTE VALLEE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus. L’amour infini, sans autre aliment qu’un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie, je le trouvais exprimé par ce long ruban d’eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d’amour, par les bois de chênes qui s’avancent entre les vignobles sur des coteaux que la rivière arrondit toujours différemment, et par ces horizons estompés qui fuient en se contrariant. Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps, si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ; au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel, en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Le poumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs. En ce moment, les moulins situés sur les chutes de l’Indre donnaient une voix à cette vallée frémissante, les peupliers se balançaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, les cigales criaient, tout y était mélodie. Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. »

Jazzi dit: 10 août 2018 à 13 h 35 min

Incontestablement, pour Rousseau, le Paradis se situe dans le jardin fleuri de madame de Warens !

« Ici commence le court bonheur de ma vie ; ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu. Moments précieux et si regrettés ! ah ! recommencez pour moi votre aimable cours, coulez plus lentement dans mon souvenir, s’il est possible, que vous ne fîtes réellement dans votre fugitive succession. Comment ferai-je pour prolonger à mon gré ce récit si touchant et si simple, pour redire toujours les mêmes choses, et n’ennuyer pas plus mes lecteurs en les répétant, que je ne m’ennuyais moi-même en les recommençant sans cesse ? Encore si tout cela consistait en faits, en actions, en paroles, je pourrais le décrire et le rendre en quelque façon; mais comment dire ce qui n’était ni dit ni fait, ni pensé même, mais goûté, mais senti, sans que je puisse énoncer d’autre objet de mon bonheur que ce sentiment même ? Je me levais avec le soleil, et j’étais heureux ; je me promenais, et j’étais heureux ; je voyais maman, et j’étais heureux ; je la quittais, et j’étais heureux ; je parcourais les bois, les coteaux, j’errais dans les vallons, je lisais, j’étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j’aidais au ménage, et le bonheur me suivait partout : il n’était dans aucune chose assignable, il était tout en moi-même, il ne pouvait me quitter un seul instant.
Rien de tout ce qui m’est arrivé durant cette époque chérie, rien de ce que j’ai fait, dit et pensé tout le temps qu’elle a duré n’est échappé de ma mémoire. Les temps qui précèdent et qui suivent me reviennent par intervalles ; je me les rappelle inégalement et confusément ; mais je me rappelle celui-là tout entier comme s’il durait encore. Mon imagination, qui dans ma jeunesse allait toujours en avant, et maintenant rétrograde, compense par ces doux souvenirs l’espoir que j’ai pour jamais perdu. Je ne vois plus rien dans l’avenir qui me tente ; les seuls retours du passé peuvent me flatter, et ces retours si vifs et si vrais dans l’époque dont je parle me font souvent vivre heureux malgré mes malheurs.
Je donnerai de ces souvenirs un seul exemple qui pourra faire juger de leur force et de leur vérité. Le premier jour que nous allâmes coucher aux Charmettes, maman était en chaise à porteurs, et je la suivais à pied. Le chemin monte : elle était assez pesante, et craignant de trop fatiguer ses porteurs, elle voulut descendre à peu près à moitié chemin, pour faire le reste à pied. En marchant, elle vit quelque chose de bleu dans la haie, et me dit : « Voilà de la pervenche encore en fleur. » Je n’avais jamais vu de la pervenche, je ne me baissai pas pour l’examiner, et j’ai la vue trop courte pour distinguer à terre des plantes de ma hauteur. Je jetai seulement en passant un coup d’œil sur celle-là, et près de trente ans se sont passés sans que j’aie revu de la pervenche ou que j’y aie fait attention. En 1764, étant à Cressier avec mon ami M. du Peyrou, nous montions une petite montagne au sommet de laquelle il a un joli salon qu’il appelle avec raison Belle-Vue. Je commençais alors d’herboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons, je pousse un cri de joie : « Ah! voilà de la pervenche ! » et c’en était en effet. Du Peyrou s’aperçut du transport, mais il en ignorait la cause ; il l’apprendra, je l’espère, lorsqu’un jour il lira ceci. Le lecteur peut juger, par l’impression d’un si petit objet, de celle que m’ont faite tous ceux qui se rapportent à la même époque. »
(« Les Confessions »)

Jazzi dit: 10 août 2018 à 13 h 23 min

Pour Colette, le jardin était nettement plus rustique !

« Ma gaieté n’a pas duré. J’ai eu une brusque rechute de nostalgie fresnoise et scolaire. Et pourquoi ? A cause de Bérillon ; à cause de ce crétin de Bérillon, de cet idiot de Bérillon. J’ai épousseté, dans mon petit bureau, mes livres rapportés de l’école, et j’ai ouvert machinalement La Bonne Ménagère agricole, simples notions d’économie rurale et domestique à l’usage des écoles de jeunes filles, par Louis-Eugène Bérillon. Cet ineffable petit bouquin était, pour toutes les grandes de l’école, une source de joies pures (y en avait déjà pas tant, des joies pures) et nous en redisions des passages à voix haute, la grande Anaïs et moi, sans nous lasser. Les jours de pluie, sous le préau neuf de la cour carrée, alors qu’on ne pouvait jouer ni au pot ni à la grue, nous nous poussions des colles sur La Bonne Ménagère.
« Anaïs, parlez-moi de La Bonne Ménagère agricole et de son ingéniosité en matière de vidanges. »
Le petit doigt en l’air, sa bouche plate serrée en une moue d’extraordinaire distinction, Anaïs récitait avec un sérieux qui me faisait mourir de rire :
«La bonne ménagère a amené son mari à lui construire, où elle a construit elle-même, au nord du jardin, dans un coin retiré, au moyen de quelques perches, de quelques planches et de quelques poignées de glui ou de genêt – une sorte de cabane qui sert de lieu d’aisances » (C’est comme j’ai l’honneur de vous le dire…) « Cette cabane littéralement cachée sous le feuillage et les fleurs de plantes grimpantes et d’arbustes sarmenteux, ressemble moins à des latrines qu’à un joli berceau de verdure. »
– Charmant ! Quelle poésie de conception et de style, et que ne puis-je égarer mes pas rêveurs vers cette tonnelle fleurie, embaumée, et m’y asseoir une minute… Mais, passons au côté pratique. Anaïs, continuez, je vous prie.
– « Comme les déjections de cinq ou six personnes, pendant un an, sont bien suffisantes pour fumer un hectare de terrain, et que rien en matière…
Chut, chut, n’appuyez pas !
… « en matière d’engrais, ne doit être perdu, la fosse d’aisance est, ou
un trou creusé en terre et recouvert de glaise battue, ou une sorte de vase profond en terre cuite, ou tout simplement un vieux tonneau hors de service. »
Adieu, tonneau, vidanges sont faites ! Ma chère enfant, c’est parfait. Je
ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il sied de mélanger intimement l’engrais humain avec deux fois son volume de terre, et que cinq kilos suffisent pour fumer un are, et pour en empoisonner deux cents. En récompense de votre assiduité, je vous autorise à embrasser cinq fois le docteur Dutertre, délégué cantonal.
Tu blagues ! murmurait Anaïs rêveuse, mais s’il ne fallait que ton
autorisation… »
Ô Bérillon, que tu as amusé ces sales petites filles, dont j’étais !  
(« Claudine à Paris »)

Jazzi dit: 10 août 2018 à 13 h 12 min

L’art des jardins de campagne selon la marquise de Sévigné

A COULANGES

Aux Rochers 22e juillet, 167l.

Ce mot sur la semaine est par-dessus le marché de vous écrire seulement tous les quinze jours, et pour vous donner avis, mon cher cousin, que vous aurez bientôt l’honneur de voir Picard ; et comme il est frère du laquais de Mme de Coulanges, je suis bien aise de vous rendre compte de mon procédé.
Vous savez que Mme la duchesse de Chaulnes est à Vitré ; elle y attend le duc, son mari, dans dix ou quinze jours, avec les états de Bretagne : vous croyez que j’extravague ; elle attend donc son mari avec tous les états ; et en attendant, elle est à Vitré toute seule, mourant d’ennui. Vous ne comprenez pas que cela puisse jamais revenir à Picard ? Elle meurt donc d’ennui ; je suis sa seule consolation, et vous croyez bien que je l’emporte d’une grande hauteur sur Mlles de Kerbone et de Kerqueoison. Voici un grand circuit, mais pourtant nous arriverons au but. Comme je suis donc sa seule consolation, après l’avoir été voir, elle viendra ici, et je veux qu’elle trouve mon parterre net et mes allées nettes, ces grandes allées que vous aimez. Vous ne comprenez pas encore où cela peut aller ? Voici une autre petite proposition incidente : vous savez qu’on fait les foins ; je n’avais pas d’ouvriers ; j’envoie dans cette prairie, que les poètes ont célébrée, prendre tous ceux qui travaillaient, pour venir nettoyer ici : vous n’y voyez encore goutte ? Et, en leur place, j’envoie tous mes gens faner. Savez-vous ce que c’est que faner ? Il faut que je vous l’explique : faner est la plus jolie chose du monde, c’est retourner du foin en batifolant dans une prairie ; dès qu’on en sait tant, on sait faner. Tous mes gens y allèrent gaiement ; le seul Picard me vint dire qu’il n’irait pas, qu’il n’était pas entré à mon service pour cela, que ce n’était pas son métier, et qu’il aimait mieux s’en aller à Paris. Ma foi ! la colère me monte à la tête. Je songeai que c’était la centième sottise qu’il m’avait faite ; qu’il n’avait ni cœur, ni affection ; en un mot, la mesure était comble. Je l’ai pris au mot, et quoi qu’on m’ait pu dire pour lui, je suis demeurée ferme comme un rocher, et il est parti. C’est une justice de traiter les gens selon leurs bons ou mauvais services. Si vous le revoyez, ne le recevez point, ne le protégez point, ne me blâmez point, et songez que c’est le garçon du monde qui aime le moins à faner, et qui est le plus indigne qu’on le traite bien.

Voilà l’histoire en peu de mots. Pour moi, j’aime les narrations où l’on ne dit que ce qui est nécessaire, où l’on ne s’écarte point ni à droite, ni à gauche, où l’on ne reprend point les choses de si loin ; enfin je crois que c’est ici, sans vanité, le modèle des narrations agréables.

Jazzi dit: 10 août 2018 à 13 h 01 min

Les jardins pierreux de Provence de l’enfance de Zola

« Le prêtre, les yeux éblouis, abaissa les regards sur le village, dont les quelques maisons s’en allaient à la débandade, au bas de l’église. Misérables maisons, faites de pierres sèches et de planches maçonnées, jetées le long d’un étroit chemin, sans rues indiquées. Elles étaient au nombre d’une trentaine, les unes tassées dans le fumier, noires de misère, les autres plus vastes, plus gaies, avec leurs tuiles roses. Les bouts de jardin, conquis sur le roc, étalaient des carrés de légumes coupés de haies vives. A cette heure, les Artaud étaient vides : pas une femme aux fenêtres, pas un enfant vautré dans la poussière ; seules, des bandes de poules allaient et venaient, fouillant la paille, quêtant jusqu’au seuil des maisons, dont les portes laissées ouvertes bâillaient complaisamment au soleil. Un grand chien noir, assis sur son derrière, à l’entrée du village, semblait le garder.
Une paresse engourdissait peu à peu l’abbé Mouret. Le soleil montant le baignait d’une telle tiédeur qu’il se laissait aller contre la porte de l’église, envahi par une paix heureuse. Il songeait à ce village des Artaud, poussé là, dans les pierres, ainsi qu’une des végétations noueuses de la vallée. Tous les habitants étaient parents, tous portaient le même nom, si bien qu’ils prenaient des surnoms dès le berceau, pour se distinguer entre eux. Un ancêtre, un Artaud, était venu, qui s’était fixé dans cette lande, comme un paria ; puis sa famille avait grandi, avec la vitalité farouche des herbes suçant la vie des rochers ; sa famille avait fini par être une tribu, une commune, dont les cousinages se perdaient, remontaient à des siècles. Ils se mariaient entre eux, dans une promiscuité éhontée ; on ne citait pas un exemple d’un Artaud ayant amené une femme d’un village voisin ; les filles seules s’en allaient parfois. Ils naissaient, ils mouraient, attachés à ce coin de terre, pullulant sur leur fumier, lentement, avec une simplicité d’arbres qui repoussaient de leur semence, sans avoir une idée nette du vaste monde, au-delà de ces roches jaunes entre lesquelles ils végétaient ; des poules ayant disparu, les poulaillers, la nuit, étaient fermés par de gros cadenas ; un Artaud avait tué un Artaud, un soir, derrière le moulin. C’était, au fond de cette ceinture désolée de collines, un peuple à part, une race née du sol, une humanité de trois cents têtes qui recommençaient les temps. »

et alii dit: 10 août 2018 à 12 h 54 min

Le Jardin solidaire Hérold propose des activités de végétalisation de la rue Francis-Ponge avec le soutien de l’association Paris en fleurs, qui aide l’équipe à construire des protections autour des arbres.

Giovanni Sant'Angelo dit: 10 août 2018 à 12 h 21 min


…comme, la musique, les jardins,!…

…des diversions, ad-hoc,…

…pour freiner, à bloc,…les impulsions  » populistes « ,…

…la littérature, un autre levier, du pouvoir,…du cirque, des fous, et des jongleries,!…

…mêmes, recroqueviller, çà, nous laissent, les banques tranquilles, dormez bonnes gens,…Ah,!Ah,!…ainsi soit t’il,…

…à nos braves moutons, des affaires,…
…etc,…qui, s’y colle pas,!…

christiane dit: 10 août 2018 à 12 h 21 min

@Petit Rappel dit: 10 août 2018 à 10 h 55 min
Vous écrivez : « Je regrette que la remarque de Clopine, très juste, sur la Faute de l’Abbé Mouret n’ait pas eu plus d’écho, car s’il est bien un roman ou un Jardin soit le principal personnage, c’est celui-là. Et quel Jardin: Le Paradou. Tout un programme! »
Quelle remarque ? Je n’ai pas vu ce commentaire. (Il est vrai que je passe rapidement le flux des commentaires et j’en saute !) Oui, magnifique roman de Zola. Ce Paradou est à lui-seul l’équivalent du serpent de la Genèse ! délicieux jardin où Serge Mouret vit enfin une passion charnelle. La faute sera la pauvre Albine délaissée… Le Paradou ? jardin de la tentation ! Mais Les premières pages avec la Teuse et son plumeau sont inoubliables et cette nature est décrite de façon très impressionniste ! Bravo à Clopine pour cette citation. Quelle remarque a-t-elle faite ?

Jazzi dit: 10 août 2018 à 11 h 58 min

Saurons-nous encore écouter la voix d’un jardin ? demande Passou.

Il semble que oui. Voilà un thème fédérateur. La qualité des commentaires, plus lyriques et sans acrimonies, s’en ressent nettement mieux. On a même eu droit à un compliment de M. Court à l’égard de Clopine !

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 11 h 52 min

@ Ed

« Évidemment que la complicité est incomparable avec celle que l’on peut avoir avec sa femme. Quant à votre dernière phrase, sous-entendez-vous que Madame fricotte avec le beau-frère ?  »

Non, du tout. Je sous-entend que s’il devait choisir entre la mort de son frère et celle de sa femme ou de ses enfants, il ne choisirai pas celle de son jumeau.

Lavande dit: 10 août 2018 à 11 h 51 min

Closer 11h29: +1 comme disent les gens branchés.
Incroyable ce blog.
Incroyable l’obsession de tous ces commentateurs anonymes (à 2 ou 3 près dont on connait l’identité), qui cherchent constamment à deviner que Machin, en fait c’est Truc … mais non pas du tout parce que Truc en réalité c’est Bidule qui de toute évidence n’a rien à voir à Machin.
Que deux anonymes soient une seule et même personne ON S’EN FOUT ! On les lit comme deux entités différentes et basta. On s’abstient de faire des insinuations sans intérêt et parfois très désobligeantes, j’en sais quelque chose.
Ce serait pas mal aussi de respecter les pseudos que les gens se sont choisis, sans les déformer ou les ridiculiser.

Paul Edel dit: 10 août 2018 à 11 h 48 min

si on ń accepte pas d’être critiqué,moqué mal compris ,caricaturé ,alors on ne publie pas .. Flaubert
a réglé la question avec sa « race des gladiateurs. »et il a payé le prix maximum avec l incompréhension de la critique de l époque devant l éducation sentimentale. ..
alors nos petits textes de rien du tout face à « l éducation sentimentale « c est de la rigolade

Lavande dit: 10 août 2018 à 11 h 33 min

Incroyable ce blog quand même. Suite au commentaire de Clopine, je relis avec grand plaisir le petit texte de Hamlet, en le savourant jusqu’à la fin et lorsqu’il se termine en nous laissant sur un petit vague à l’âme, un regret, un flou impondérable, on a droit à:
closer dit: 9 août 2018 à 22 h 28 min
Pourquoi t’as pas fait réchauffer le rôti avec la ratatouille, D?

closer dit: 10 août 2018 à 11 h 29 min

 » notez, si cela n’était pas mis au service de quelques penchants moralement méprisables : la calomnie, le harcèlement, le mépris…  »

N’accusez pas sans preuve, Clopine. Vous êtes une obsédée des « trolls » (je ne sais même pas précisément ce que c’est). Moi je m’en f… complètement. Hamlet est très attaqué, il riposte. Je comprend qu’il exaspère beaucoup de monde avec ce que vous appelez son air de faux candide (qui me plaît beaucoup), mais si vous pensez qu’il est derrière des attaques vicieuses contre vous en utilisant d’autres pseudo, apportez au moins un commencement de preuve!

Clopine dit: 10 août 2018 à 11 h 12 min

Ah là là, oui elle est délicieuse la petite nouvelle d’Hamlet de 22h 32 – et elle lui ressemble tant, toujours un peu Buster Keaton, pince sans-rire, faux candide, et n’hésitant devant aucun procédé (ici, la description minutieuse des centimètres, un peu comme dans le film Amélie Poulain, on apprend précisément à quel heure, minute, seconde, se passent simultanément des évènements en réalité parfaitement anodins).

Mon problème avec Hamlet, c’est le soupçon de trollisme. Je le crois parfaitement capable d’endosser de multiples personnalités et d’adopter de multiples styles d’écriture. Ceci serait tout simplement digne d’admiration, notez, si cela n’était pas mis au service de quelques penchants moralement méprisables : la calomnie, le harcèlement, le mépris…

Mais on va dire que son petit texte fonctionne parfaitement, à part la fin, évidemment, qui nous laisse dessus (sur notre faim, quoi, bon !)

Mais si j’étais lui, (et si j’étais moi aussi, parce que je fais la même chose que lui, et j’ai bien tort), je ne laisserais pas mes textes, même les simples pochades ou exercices, traîner par ici.

Je prendrai exemple sur l’immortel Marcel.

Tenez, cet extrait d’une lettre qu’il envoie au Comte Georges de Lauris, à qui il avait fait lire le manuscrit du début de la Recherche :

«  » Ce que je demande c’est que vous ne racontiez pas le sujet ni le titre ni enfin rien qui puisse renseigner (ça n’intéresse d’ailleurs personne) mais de plus je ne veux être ni pressé, ni tourmenté, ni deviné, ni devancé, ni copié, ni commenté, ni critiqué, ni débiné. Ce sera temps quand ma pensée aura fini son oeuvre, de laisser faire la bêtise des autres ».

Ah là là : « Ce sera temps quand ma pensée aura fini son oeuvre, de laisser faire la bêtise des autres »…

Nous devrions tous, ici, en être persuadés, non ?

Petit Rappel dit: 10 août 2018 à 10 h 55 min

Il y a le poème latin de René Rapin sur les Jardins, dont la vogue fut européenne via le latin, au point qu’il en existe fin XVIIIème une traduction anglaise.
Je regrette que la remarque de Clopine, très juste, sur la Faute de l’Abbé Mouret n’ait pas eu plus d’écho, car s’il est bien un roman ou un Jardin soit le principal personnage, c’est celui-là. Et quel Jardin: Le Paradou. Tout un programme!
A y réfléchir, ce n’est peut-être pas un hasard si nombre de nouvelles de Chesterton se passent aussi dans un Jardin…
Bien à vous.
MC

christiane dit: 10 août 2018 à 10 h 54 min

@Petit Rappel dit: 9 août 2018 à 21 h 36 min
Merci. Ces quatre fleuves, donc, qui auraient abreuvé le jardin d’Éden mentionnés dans la Bible : le Gihon , le Pishon le Tigre et l’Euphrate seraient en relation avec les quatre éléments constitutifs du monde dans la vision médiévale, Le Gihon serait lié au monde aquatique, le Fison au monde aérien, l’Euphrate et le Tigre au monde terrestre. Ce jardin d’Eden (en hébreu délices), est le nom donné dans la Genèse au Paradis terrestre. Les périples imaginaires vers ce Paradis terrestre sont un scénario récurrent de la littérature du Moyen âge, des exégètes des mythes, tant religieux que littéraires, des artistes qui ont beaucoup écrit ou créé sur leur localisation. Ce Paradis, On l’a placé dans un lieu caché et éloigné des hommes. On plaça, parfois, la demeure du premier homme dans l’hortus conclusus (le jardin fermé) entre le Tigre et l’Euphrate, parfois en Palestine. Dans la mystique juive, les quatre fleuves qui sortent du jardin d’Éden incarneraient l’idée de l’exil dans un monde gouverné par une pluralité de forces contraires. Au sein des mythologies et des religions, ce jardin merveilleux occupe une place toute particulière, un lieu enchanteur contenant le secret des débuts de la vie et renfermant le mystère des origines. Allégorie encore qui faisait apparaitre une fontaine divine qui rafraîchissait de ses eaux l’Éden depuis l’origine du monde ou un Arbre de Vie où ils prenaient naissance.
« Et au millieu sera posé
L’arbre de vie très précieux,
Sanctifié et composé
De nostre vouloir glorieux.
De ce Paradis vertueux
Seront produitz quatre ruisseaux
Pour arrouser par tous les lieux
Arbres, herbes, fruictz et rainseaux. »
Aujourd’hui,ce « paradis » repose comme au Moyen Age sur l’idée d’une harmonie d’actualité pour que la terre survive à l’effet de serre… Retour au billet de Passou et aux commentaires sur les jardins, tous les jardins…

et alii dit: 10 août 2018 à 10 h 28 min

Fuyant le franquisme, M. Senis arrive à Lyon en 1951 avec sa femme et ses deux fils. Il avait alors 38 ans. Atteint d’un cancer de la gorge, il fait le voeu de réaliser un magnifique jardin s’il sort de l’hôpital. Après des mois de soins, il s’en sort et tient parole en se lançant dans le projet. Il investit le jardin à l’arrière de son immeuble et consacre plus de vingt ans à la réalisation de ce jardin extraordinaire dédié à sa mère, Rosa Mir Mercader, et à la Vierge Marie. Un autel lui est d’ailleurs consacré, tout à fait charmant, dans une petite cavité à gauche de l’entrée.

Véritable singularité lyonnaise, le jardin est classé à l’inventaire des monuments historiques et labellisé “Patrimoine du XXe siècle”. Racheté à son créateur en 1983, juste avant sa mort, il est aujourd’hui propriété de la Ville de Lyon.

et alii dit: 10 août 2018 à 10 h 25 min

Le jardin Rosa Mir est un petit miracle aux pieds de l’hôpital de la Croix Rousse à Lyon. La création d’un homme et demi : Mi artiste, mi jardinier, mi maçon carreleur en hommage à sa maman et à la vierge.

et alii dit: 10 août 2018 à 10 h 14 min

La jeune fille grandit et joua avec ses sœurs dans le deanery garden (en anglais «le jardin de la maison du doyen») qui est encore aujourd’hui privé. Le romancier, mordu de photographie, y venait régulièrement prendre des portraits, en particulier d’Alice et de ses sœurs. Il les emmenait aussi dans le prestigieux jardin botanique d’Oxford qui jouxte la propriété et dans lequel, il a puisé également une grande part de son inspiration.
alice au au pays desmerveilles

closer dit: 10 août 2018 à 9 h 46 min

« Je n’avais pas vu le récit d’Hamlet du 9 août 2018 à 22 h 32 min, sinon je n’aurais pas insisté pour placer à tout prix ma petite fable. »

On me rendra cette justice que j’ai toujours défendu hamlet/puck/dexter. Petit x reconnaît aussi son talent, cela l’honore (rassurez-vous petit x, votre texte est aussi plein de qualités)…Une remarque cependant: la production des commentateurs semble soumise à la loi de l’entropie. Autrement dit la qualité de leurs commentaires ou de leurs petits essais littéraires se dégrade au fil du temps et de leurs changements de pseudo…Dexter n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il s’appelait dexter. Opitz 43 était bien meilleur que Paul Edel. Annibal que Zizzi et ainsi de suite…

Les années qui passent, l’âge…?

de nota dit: 10 août 2018 à 9 h 21 min

Hier soir, à 22h10, la modération a bloqué la publication d’un texte que vous pouvez désormais lire, il n’est pas de moi, rassurez-vous, il s’agit de ce que j’ai pu trouver d’étonnant-comme « jouer au jardin madame »- dans le Littré concernant le jardin…

x dit: 10 août 2018 à 8 h 54 min

Pour revenir au sujet, un poème qui évoque merveilleusement à peu près tous les aspects du jardin (et auquel j’avais fait allusion dans mon petit conte)

The Garden
By Andrew Marvell

How vainly men themselves amaze
To win the palm, the oak, or bays,
And their uncessant labours see
Crown’d from some single herb or tree,
Whose short and narrow verged shade
Does prudently their toils upbraid;
While all flow’rs and all trees do close
To weave the garlands of repose.

Fair Quiet, have I found thee here,
And Innocence, thy sister dear!
Mistaken long, I sought you then
In busy companies of men;
Your sacred plants, if here below,
Only among the plants will grow.
Society is all but rude,
To this delicious solitude.

No white nor red was ever seen
So am’rous as this lovely green.
Fond lovers, cruel as their flame,
Cut in these trees their mistress’ name;
Little, alas, they know or heed
How far these beauties hers exceed!
Fair trees! wheres’e’er your barks I wound,
No name shall but your own be found.

When we have run our passion’s heat,
Love hither makes his best retreat.
The gods, that mortal beauty chase,
Still in a tree did end their race:
Apollo hunted Daphne so,
Only that she might laurel grow;
And Pan did after Syrinx speed,
Not as a nymph, but for a reed.

What wond’rous life in this I lead!
Ripe apples drop about my head;
The luscious clusters of the vine
Upon my mouth do crush their wine;
The nectarine and curious peach
Into my hands themselves do reach;
Stumbling on melons as I pass,
Ensnar’d with flow’rs, I fall on grass.
Meanwhile the mind, from pleasure less,
Withdraws into its happiness;
The mind, that ocean where each kind
Does straight its own resemblance find,
Yet it creates, transcending these,
Far other worlds, and other seas;
Annihilating all that’s made
To a green thought in a green shade.

Here at the fountain’s sliding foot,
Or at some fruit tree’s mossy root,
Casting the body’s vest aside,
My soul into the boughs does glide;
There like a bird it sits and sings,
Then whets, and combs its silver wings;
And, till prepar’d for longer flight,
Waves in its plumes the various light.

Such was that happy garden-state,
While man there walk’d without a mate;
After a place so pure and sweet,
What other help could yet be meet!
But ’twas beyond a mortal’s share
To wander solitary there:
Two paradises ’twere in one
To live in paradise alone.

How well the skillful gard’ner drew
Of flow’rs and herbs this dial new,
Where from above the milder sun
Does through a fragrant zodiac run;
And as it works, th’ industrious bee
Computes its time as well as we.
How could such sweet and wholesome hours
Be reckon’d but with herbs and flow’rs!

x dit: 10 août 2018 à 8 h 46 min

Je n’avais pas vu le récit d’Hamlet du 9 août 2018 à 22 h 32 min, sinon je n’aurais pas insisté pour placer à tout prix ma petite fable.
D’un côté un vrai conteur qui sait y faire, de l’autre une espèce de machin lourdingue et pompeux et trop long. Si on pouvait changer de pseudo sur ce blog, je me mettrais à signer Polonius.

(À toutes fins utiles : les personnages des récits peuvent avoir été inspirés par certains détails révélés par les intervenants sans qu’il faille y voir leur portrait puisque certaines caractéristiques sont délibérément différentes).

x dit: 10 août 2018 à 8 h 32 min

Il referma doucement le livre. Pas mal, pas mal du tout.
À vrai dire, il n’en espérait pas tant. Une lecture de vacances, distrayante et facile pour ces jours chauds pendant lesquels il est si difficile de se concentrer, c’était tout ce qu’il demandait. Il voulait être embarqué dans de vraies histoires, absorbé par les péripéties ; il avait envie de s’abstraire de son environnement, de s’oublier pour suivre les personnages dans d’autres décors, d’autres milieux. Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles… Ou des horreurs, après tout. Ailleurs. Ou tout près de chez lui, pourquoi pas, mais vu autrement. C’est toujours un changement d’atmosphère.
Se laisser porter : un peu comme au cinéma, en fin de compte. D’ailleurs, depuis quelques années, il passait beaucoup plus de temps dans les salles obscures que le nez dans un bouquin ! Pas de quoi se mettre martel en tête, encore moins culpabiliser ; de toute façon ce n’était pas son genre. Ses parents l’avaient assez bassiné avec ça… Tiens, ce mot qui lui était venu, un mot d’époque ; est-ce qu’on l’utilisait encore ? Il faudrait le tester sur sa nièce : si elle le regardait avec des yeux ronds ou se mettait à hurler de rire, il serait fixé.
Mais ici, loin de tout, pas moyen d’aller au cinéma. Plus d’une heure de route en lacets jusqu’à la ville la plus proche, où il n’était d’ailleurs pas dit qu’il trouverait un film en anglais sous-titré (quant à un film en français, même pas la peine d’y penser ; en italien, à la rigueur, en cherchant bien, mais il ne parlait pas l’italien). L’an dernier, alléchés par les affiches, ils avaient bien essayé : que des films doublés ! Ce qui lui avait valu une scène carabinée d’Othman et pourri la fin de leurs vacances. Cette année Othman avait d’ailleurs tout bonnement refusé de l’accompagner « chez les sauvages », préférant retrouver sa mère et ses sœurs au pays.
Cette fois-ci il avait donc pris ses précautions : il avait emporté le deuxième tome du Journal des Goncourt et pour changer, sur un coup de tête, il avait commandé ce livre.
Pourtant il n’était pas trop porté habituellement sur les recueils de nouvelles. Enfin, « nouvelles », pas vraiment. Ou alors longues nouvelles. Ou courts romans. Où s’arrêtaient les unes et où commençaient les autres, il se le demandait. Il existait quelque part une règle, des conventions ? À partir de combien de pages on basculait d’une catégorie à l’autre ? Pourquoi n’y avait-il pas d’équivalent du « moyen-métrage » ? À moins qu’il y ait tout de même un mot pour ça, un mot qu’il ne connaîtrait pas ? Il faudrait se renseigner à son retour.
Il se méfiait pourtant un peu de ces auteurs tardifs. Tout le blabla autour de l’origine du livre, ces textes d’abord mis en ligne sur un blog, comme ça, pour rire, et qui avaient rencontré leur public, tant et si bien qu’ils avaient été publiés non plus sur Internet, non pas à compte d’auteur, mais par une véritable maison d’édition, pas terriblement sexy sans doute mais honorablement connue. Ils en avaient fait tout un plat, mais c’était un peu trop beau pour être vrai, non ? Il s’était dit que ça sentait le coup monté par l’éditeur, histoire de faire le buzz. L’énorme succès d’Elena Ferrante avait dû les inspirer, c’était dans l’air du temps. Et puis ils devaient compter que tous les aspirants-écrivains se jetteraient sur le bouquin, ça en faisait des clients en perspective… Et beaucoup de ceux qui fréquentaient ce blog, flattés par association. Bref, en cliquant sur le bouton qui validait sa commande, il s’était vu en pigeon.
D’ailleurs, n’était-il pas retourné sur ce blog où il avait autrefois traîné pendant quelques mois ? (En quelle année déjà ? Voyons, ça remontait à l’époque où il s’était fait éjecter en douceur de chez Delanoy, Chevalier et Manchotte, avant sa reconversion… Ah oui, quand même, ça faisait un certain temps). Histoire de voir si ça avait changé, si c’était crédible d’en faire une pépinière de talents. Toujours un sacré capharnaüm en tout cas, encore pire que de son temps. Les gens avaient l’air beaucoup plus énervés, ça s’insultait dans tous les sens ; est-ce que la violence augmentait ainsi chez toutes les espèces en voie de disparition, est-ce collaboraient ainsi à leur propre anéantissement
ils avaient l’air de mettre beaucoup plus d’énergie dans leurs querelles personnelles (incompréhensibles pour quelqu’un qui débarquait) qu’à parler de livres. Des clans, des animosités qui avaient l’air de remonter au moins à trois ou quatre générations, un peu comme ici en somme, « chez les sauvages » (il revoyait l’expression d’Othman, ce mélange de mépris et d’effarement, la bouche légèrement tordue mais les yeux un peu trop écarquillés pour le dédain dont il s’efforçait de faire preuve). Allons bon, il se mettait à parler comme son père, maintenant. Et à penser aussi comme lui ? En somme, il avait bien l’impression que « le niveau avait baissé »… Et c’était quoi cette manie de mettre des liens partout ? Allez-y voir vous-mêmes, j’ai la flemme de vous expliquer ? Attention, je peux m’appuyer sur des autorités ? Tiens, j’ai vu ça par hasard, faites passer ? Il ne se rappelait pas l’endroit comme une annexe de Y.utube et Wikipédia pourtant. Bon, the times, they are a-changin’… , avec ou sans lui.

Il aurait fallu aller relire les commentaires de début juin, au moment de la sortie du livre ; ils avaient bien dû en parler. Mais il s’y était pris au dernier moment, parce qu’il avait découvert l’article du magazine Le P.int chez le barbier juste avant de partir en vacances. Et évidemment ici, pas question de se connecter. Il imaginait les réactions, ceux qui devaient se vanter d’avoir décelé son talent avant tout le monde… Un mois et demi plus tard il n’en était plus question, apparemment.

Le livre était toujours sur ses genoux, retourné, quatrième de couverture visible. Pas de photo bien sûr, et un nom qui ne lui disait strictement rien : un nom de plume, évidemment, un pseudo supplémentaire. C’était par curiosité qu’il avait épluché les fils les plus récents, par curiosité qu’il avait décidé d’acheter le livre ; et il avait retrouvé une version exacerbée mais aussi soupçonneuse, hostile, de cette curiosité dans les échanges du blog. Commentateurs, vos papiers ! Vos empruntes digitales, votre A.D.N. Écrivains, vos bulletins de vote, votre livret militaire, votre jugement de divorce, votre quittance de loyer, votre feuille d’impôts !
Mais curieusement sa propre curiosité l’avait quitté à la lecture du livre, parce qu’il avait oublié l’auteur ; l’origine ne comptait plus pour lui à ce moment-là. Sa quête avait été réorientée vers la mélancolie des personnages, leurs perplexités, leurs chagrins, leurs espoirs fragiles, les secrets qu’ils s’efforçaient de déchiffrer. C’était cela qui l’aimantait.

L’orage le réveilla en sursaut ; il aurait peut-être eu le temps d’atteindre la maison sans être trempé s’il n’était pas revenu sur ses pas pour récupérer le livre qui était tombé à côté de la chaise-longue quand il s’était levé brusquement. On pouvait le suivre à la trace, aux flaques laissées sur les dalles de la cuisine. C’était drôle : avant même d’aller chercher un drap de bain pour s’essuyer il avait d’abord mis le livre à sécher sur un torchon. Et il se rendait compte a posteriori qu’il avait dû courir sous la pluie qui le cinglait avec le livre plaqué contre le sternum, le dos arrondi dans un réflexe de protection.
Son cœur battait encore à un rythme accéléré ; des éclairs spectaculaires zébraient le ciel obscurci, les vitres tremblaient avec les roulements ininterrompus du tonnerre, mais c’était ce rêve, dont il ne savait plus trop s’il était sorti ou pas, qui le plongeait dans une terreur panique. Dans un jardin, ou était-ce une forêt aux arbres espacés, ou un verger ? un espace de verdure, frais, délicieux. Pensées vertes dans l’ombre verte. Un monde habitable. Des oiseaux multicolores, de toutes tailles, fusaient depuis les taillis. Et immédiatement des filets aux mailles serrées étaient lancés sur eux par des chasseurs embusqués, des chasseurs sans visage. Ils étaient des centaines autour de chaque oiseau, sur lequel ils se jetaient pour le plumer tout vif. Les oiseaux se métamorphosaient en êtres humains, hommes ou femmes, parfois à deux têtes, comme sur le drapeau, et les chasseurs en énormes machines, en robots dont les bras mécaniques obéissaient aux ordres scandés de toute part : « Arrachez les masques ! », « Encore, encore ! », « Il y en a un autre en-dessous ». Cela ne s’arrêterait jamais, il n’y aurait jamais assez de sang pour garantir la pureté, la vérité vraie, pour faire passer aux oiseaux l’envie de chanter à leur façon. L’enchantement était mensonge mugissaient les écorcheurs d’une seule voix.

Pat V dit: 10 août 2018 à 8 h 18 min

Et le jardin Zen?

L’oeuvre musicale de John Cage est assurément plus connue que son oeuvre picturale, ses gravures, dessins, aquarelles… Historienne de l’art, enseignant à la Sorbonne, Ulrike Kasper met ici en relation le travail de Cage sur le son et son travail plastique ou graphique, où l’on retrouve l’influence du mysticisme occidental et de la philosophie extrême-orientale. Exemplaire, à cet égard, est le thème de la «pierre», du silence en musique et du cercle vide en peinture, dont l’obsession, dans l’esthétique de Cage, doit beaucoup à la visite au jardin zen Ryôan-ji de Tokyo.
( Sources Libération.)

rose dit: 10 août 2018 à 1 h 22 min

ose dit: 10 août 2018 à 1 h 21 min
On lui a fait croire, à Charlène, qu’à Monaco il y avait la plus belle piscine du monde, et qu’en fait elle allait se marier avec un grand bassin, à sa taille. Hélas
Hélas, son mari, avec la complicité de Bouygues fait bétonner le très grand bassin qui jouxte la Principauté.
Jamais vu de princesse si triste. Hormis Caroline et Stéphanie.

Ed dit: 10 août 2018 à 1 h 07 min

Pablo,

Évidemment que la complicité est incomparable avec celle que l’on peut avoir avec sa femme. Quant à votre dernière phrase, sous-entendez-vous que Madame fricotte avec le beau-frère ? Désolée de poser la question aussi franchement, mais bon.

x dit: 10 août 2018 à 0 h 52 min

D’ailleurs, n’était-il pas retourné sur ce blog où il avait autrefois traîné pendant quelques mois ? (En quelle année déjà ? Voyons, ça remontait à l’époque où il s’était fait éjecter en douceur de chez Delanoy, Chevalier et Manchotte, avant sa reconversion… Ah oui, quand même, ça faisait un certain temps). Histoire de voir si ça avait changé, si c’était crédible d’en faire une pépinière de talents. Toujours un sacré capharnaüm en tout cas, encore pire que de son temps. Les gens avaient l’air beaucoup plus énervés, ça s’insultait dans tous les sens ; est-ce que la violence augmentait ainsi chez toutes les espèces en voie de disparition, est-ce collaboraient ainsi à leur propre anéantissement
ils avaient l’air de mettre beaucoup plus d’énergie dans leurs querelles personnelles (incompréhensibles pour quelqu’un qui débarquait) qu’à parler de livres. Des clans, des animosités qui avaient l’air de remonter au moins à trois ou quatre générations, un peu comme ici en somme, « chez les sauvages » (il revoyait l’expression d’Othman, ce mélange de mépris et d’effarement, la bouche légèrement tordue mais les yeux un peu trop écarquillés pour le dédain dont il s’efforçait de faire preuve). Allons bon, il se mettait à parler comme son père, maintenant. Et à penser aussi comme lui ? En somme, il avait bien l’impression que « le niveau avait baissé »… Et c’était quoi cette manie de mettre des liens partout ? Allez-y voir vous-mêmes, j’ai la flemme de vous expliquer ? Attention, je peux m’appuyer sur des autorités ? Tiens, j’ai vu ça par hasard, faites passer ? Il ne se rappelait pas l’endroit comme une annexe de Youtube et Wikipédia pourtant. Bon, the times, they are a-changin’… , avec ou sans lui.

Il aurait fallu aller relire les commentaires de début juin, au moment de la sortie du livre ; ils avaient bien dû en parler. Mais il s’y était pris au dernier moment, parce qu’il avait découvert l’article du Point chez le barbier juste avant de partir en vacances. Et évidemment ici, pas question de se connecter. Il imaginait les réactions, ceux qui devaient se vanter d’avoir décelé son talent avant tout le monde… Un mois et demi plus tard il n’en était plus question, apparemment.

Le livre était toujours sur ses genoux, retourné, quatrième de couverture visible. Pas de photo bien sûr, et un nom qui ne lui disait strictement rien : un nom de plume, évidemment, un pseudo supplémentaire. C’était par curiosité qu’il avait épluché les fils les plus récents, par curiosité qu’il avait décidé d’acheter le livre ; et il avait retrouvé une version exacerbée mais aussi soupçonneuse, hostile, de cette curiosité dans les échanges du blog. Commentateurs, vos papiers ! Vos empruntes digitales, votre A.D.N. Écrivains, vos bulletins de vote, votre livret militaire, votre jugement de divorce, votre quittance de loyer, votre feuille d’impôts !
Mais curieusement sa propre curiosité l’avait quitté à la lecture du livre, parce qu’il avait oublié l’auteur ; l’origine ne comptait plus pour lui à ce moment-là. Sa quête avait été réorientée vers la mélancolie des personnages, leurs perplexités, leurs chagrins, leurs espoirs fragiles, les secrets qu’ils s’efforçaient de déchiffrer. C’était cela qui l’aimantait.

L’orage le réveilla en sursaut ; il aurait peut-être eu le temps d’atteindre la maison sans être trempé s’il n’était pas revenu sur ses pas pour récupérer le livre qui était tombé à côté de la chaise-longue quand il s’était levé brusquement. On pouvait le suivre à la trace, aux flaques laissées sur les dalles de la cuisine. C’était drôle : avant même d’aller chercher un drap de bain pour s’essuyer il avait d’abord mis le livre à sécher sur un torchon. Et il se rendait compte a posteriori qu’il avait dû courir sous la pluie qui le cinglait avec le livre plaqué contre le sternum, le dos arrondi dans un réflexe de protection.
Son cœur battait encore à un rythme accéléré ; des éclairs spectaculaires zébraient le ciel obscurci, les vitres tremblaient avec les roulements ininterrompus du tonnerre, mais c’était ce rêve, dont il ne savait plus trop s’il était sorti ou pas, qui le plongeait dans une terreur panique. Dans un jardin, ou était-ce une forêt aux arbres espacés, ou un verger ? un espace de verdure, frais, délicieux. Pensées vertes dans l’ombre verte. Un monde habitable. Des oiseaux multicolores, de toutes tailles, fusaient depuis les taillis. Et immédiatement des filets aux mailles serrées étaient lancés sur eux par des chasseurs embusqués, des chasseurs sans visage. Ils étaient des centaines autour de chaque oiseau, sur lequel ils se jetaient pour le plumer tout vif. Les oiseaux se métamorphosaient en êtres humains, hommes ou femmes, parfois à deux têtes, comme sur le drapeau, et les chasseurs en énormes machines, en robots dont les bras mécaniques obéissaient aux ordres scandés de toute part : « Arrachez les masques ! », « Encore, encore ! », « Il y en a un autre en-dessous ». Cela ne s’arrêterait jamais, il n’y aurait jamais assez de sang pour garantir la pureté, la vérité vraie, pour faire passer aux oiseaux l’envie de chanter à leur façon. L’enchantement était mensonge mugissaient les écorcheurs d’une seule voix.

x dit: 10 août 2018 à 0 h 51 min

Il referma doucement le livre. Pas mal, pas mal du tout.
À vrai dire, il n’en espérait pas tant. Une lecture de vacances, distrayante et facile pour ces jours chauds pendant lesquels il est si difficile de se concentrer, c’était tout ce qu’il demandait. Il voulait être embarqué dans de vraies histoires, absorbé par les péripéties ; il avait envie de s’abstraire de son environnement, de s’oublier pour suivre les personnages dans d’autres décors, d’autres milieux. Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles… Ou des horreurs, après tout. Ailleurs. Ou tout près de chez lui, pourquoi pas, mais vu autrement. C’est toujours un changement d’atmosphère.
Se laisser porter : un peu comme au cinéma, en fin de compte. D’ailleurs, depuis quelques années, il passait beaucoup plus de temps dans les salles obscures que le nez dans un bouquin ! Pas de quoi se mettre martel en tête, encore moins culpabiliser ; de toute façon ce n’était pas son genre. Ses parents l’avaient assez bassiné avec ça… Tiens, ce mot qui lui était venu, un mot d’époque ; est-ce qu’on l’utilisait encore ? Il faudrait le tester sur sa nièce : si elle le regardait avec des yeux ronds ou se mettait à hurler de rire, il serait fixé.
Mais ici, loin de tout, pas moyen d’aller au cinéma. Plus d’une heure de route en lacets jusqu’à la ville la plus proche, où il n’était d’ailleurs pas dit qu’il trouverait un film en anglais sous-titré (quant à un film en français, même pas la peine d’y penser ; en italien, à la rigueur, en cherchant bien, mais il ne parlait pas l’italien). L’an dernier, alléchés par les affiches, ils avaient bien essayé : que des films doublés ! Ce qui lui avait valu une scène carabinée d’Othman et pourri la fin de leurs vacances. Cette année Othman avait d’ailleurs tout bonnement refusé de l’accompagner « chez les sauvages », préférant retrouver sa mère et ses sœurs au pays.
Cette fois-ci il avait donc pris ses précautions : il avait emporté le deuxième tome du Journal des Goncourt et pour changer, sur un coup de tête, il avait commandé ce livre.
Pourtant il n’était pas trop porté habituellement sur les recueils de nouvelles. Enfin, « nouvelles », pas vraiment. Ou alors longues nouvelles. Ou courts romans. Où s’arrêtaient les unes et où commençaient les autres, il se le demandait. Il existait quelque part une règle, des conventions ? À partir de combien de pages on basculait d’une catégorie à l’autre ? Pourquoi n’y avait-il pas d’équivalent du « moyen-métrage » ? À moins qu’il y ait tout de même un mot pour ça, un mot qu’il ne connaîtrait pas ? Il faudrait se renseigner à son retour.
Il se méfiait pourtant un peu de ces auteurs tardifs. Tout le blabla autour de l’origine du livre, ces textes d’abord mis en ligne sur un blog, comme ça, pour rire, et qui avaient rencontré leur public, tant et si bien qu’ils avaient été publiés non plus sur Internet, non pas à compte d’auteur, mais par une véritable maison d’édition, pas terriblement sexy sans doute mais honorablement connue. Ils en avaient fait tout un plat, mais c’était un peu trop beau pour être vrai, non ? Il s’était dit que ça sentait le coup monté par l’éditeur, histoire de faire le buzz. L’énorme succès d’Elena Ferrante avait dû les inspirer, c’était dans l’air du temps. Et puis ils devaient compter que tous les aspirants-écrivains se jetteraient sur le bouquin, ça en faisait des clients en perspective… Et beaucoup de ceux qui fréquentaient ce blog, flattés par association. Bref, en cliquant sur le bouton qui validait sa commande, il s’était vu en pigeon.

Bételgeuse dit: 10 août 2018 à 0 h 40 min

Si cela veut dire c’est très mal articulé, désolée mais il vous faudrait fournir l’effort de devenir accessible au plus grand nombre et pourquoi pas aux débiles mentaux dont je suis.

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 0 h 37 min

@ Bételgeuse

« je comprends sûrement mal votre feuilleton de l’été »

Je crois que tu devrais aller te coucher. Tes neurones semblent épuisés.

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 0 h 35 min

@ Ed

Il y a beaucoup d’histoires de jumeaux comme celle de mes frères. La complicité entre eux est bien plus grande qu’entre mari et femme amoureux. Eux ils se devinent la pensée, ont des conversations entre eux que nous on comprend mal, ils ont besoin de beaucoup moins de mots que nous pour communiquer entre eux. C’est très étonnant. L’un deux, en parlant de tout cela, m’a avoué un jour qu’il ne s’était jamais senti unique. Et le célibataire m’a dit qu’il considérait les fils de son jumeau comme les siens.

Et encore je crois que sur ce thème ils ne disent ni 50 % de ce qu’ils pensent et ressentent.

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 33 min

Heureusement que l’été, lorsqu’on va sur la côte, on a le choix entre deux endroits, Monaco et Saint-Tropez, et qu’on peut quand même, pour finir, opter pour Saint-Trop’…

Bételgeuse dit: 10 août 2018 à 0 h 29 min

Pablo, je comprends sûrement mal votre feuilleton de l’été, ils étaient tous deux avocats. L’un d’eux a suivi en plus un parcours scientifique et après c’est la panade, je pige que dalle. L’art du récit s’est absenté où je manque de vitamines?

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 25 min

On lui a fait croire, à Charlène, qu’à Monaco il y avait la plus belle piscine du monde, et qu’en fait elle allait se marier avec un grand bassin, à sa taille. Hélas, il lui a fallu rapidement déchanter. Mais quelle classe, lors des cérémonies. A la messe, dite par l’archevêque de Monaco, elle se tient si bien. Elle est encore plus rayonnante que les deux soeurs du prince…

Bételgeuse dit: 10 août 2018 à 0 h 22 min

Pablo, un peu pathologique cette histoire de famille, on pourrait en tirer un scénario pour une série B.

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 20 min

La princesse Charlène ne parle jamais (sauf parfois en public, pour faire une surprise à son royal époux), mais je suis sûr qu’elle aurait beaucoup de choses à dire. Elle en a assurément gros sur la patate, pour ainsi dire. Charlène, c’est un peu le mélange d’Ulrike Meinhof et de d’Artagnan, leur fille illégitime, née plusieurs siècles plus tard…

Bételgeuse dit: 10 août 2018 à 0 h 19 min

Sinon , plus sérieusement, qui va sauver ce cinéaste ukrainien enfermé en Sibérie pour avoir avouer sous la torturé avoir balancé deux cocktail s Molotov Sur le siège d’un groupe pro russe après l’annexion de la Crimée. Grève de la fin de plusieurs mois, il se porterait plus mal en raison de la canicule et aurait pris du poids selon les autorités officielles de l’état de Russie. Sa nationalité ukrainienne lui a été retirée d’office et il ne se sent pas plus russe que moi. Bientôt selon son avocat , il sera trop tard pour parler de lui au present, il refuse l’hospitalisation, veut être libéré. Pour deux cocktail s, Quand bien même il les aurait bazardés, plusieurs années de détention en Sibérie, cela nous fait nous souvenir de méthodes qui ne devraient plus appartenir à ce régime démocratique .

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 16 min

Avec des internautes comme Ed, on pourrait même accueillir sur ce blog la princesse Charlène. Elle aurait facilement le niveau. Elle comprendrait tout. Maintenant que Blabla n’est plus là, avec ses commentaires atroces, Charlène serait chez nous comme chez elle, en principauté.

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 14 min

Ed, prenez plutôt modèle de la princesse Charlène, qui est vraiment délicieuse et charmante, malgré ses épaules de nageuse olympique. Eh bien, elle, elle a carrément fait deux jumeaux à son triste mari. D’ailleurs, ses jumeaux, elle ne les montre pas souvent. Mais ils sont là, je peux vous en assurer. Et qu’est-ce que ça lui retire, de charme, à Charlène. Pas grand chose. Elle a même commencé à apprendre le français, ce qui ne saurait que nous toucher. Elle a même fait un jour un vrai discours en public devant son souverain de mari, et c’était vraiment réussi.

Pablo75 dit: 10 août 2018 à 0 h 12 min

@ Ed

« Pas trop fatiguant pour les épouses tout cela ?  »

Les deux sont tombés amoureux de la même femme. L’un d’eux s’est marié avec elle (les deux étant avocats) et ont eu des enfants. L’autre est resté célibataire et dans la dernière année de ses études de biochimie il les a abandonné parce qu’ils allaient l’éloigner de son frère. Il a trouvé un boulot ennuyeux dans les assurances pour pouvoir vivre dans la même ville que lui et pouvoir se voir très souvent. Il va sans dire qu’ils passent les WE et les vacances ensemble. L’un des fils du jumeau marié m’a dit un jour que lui avait toujours eu l’impression d’avoir deux pères.

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 10 min

« Roh merdum ! »

Joli juron, mais est-ce bien raisonnable venant d’une demoiselle ? Si vous continuez comme ça, vous n’allez jamais vous marier !

Bételgeuse dit: 10 août 2018 à 0 h 10 min

Puisqu’il faut de la fesse, une annecdote, j’ai travaillé à l’âge de 20 ans dans un établissement qui employait un chirurgien plutôt craquant, plutôt mon type d’alors, brun, beau, séduisant, qui avait un frère jumeau , même profession je crois et il se racontait alors qu’avant de s’assagir ces deux là s’amusaient à s’échanger leurs conquêtes feminines. Je précise que je n’ai pas couché avec ce chirurgien.

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 06 min

C’est la princesse Charlène qui a eu deux jumeaux. Il faut dire qu’avec un mari aussi vieux qu’Albert, c’était préférable. Heureusement, on sait qui va aller sur le trône en premier. En Pologne, démocratie populiste et illébérale, l’Etat est la merci du dernier des jumeaux monozygotes vivants, l’autre ayant été massacré dans un accident d’avion. Pourtant, il n’est pas le dernier à nuire, et non des moindres.

Delaporte dit: 10 août 2018 à 0 h 01 min

Pour la sécurité sociale, il vaut mieux faire d’un coup des jumeaux plutôt que d’avoir les enfants un par un. La différence de tarif est minime, mais néanmoins là. On peut se renseigner à l’assurance maladie. Là-bas, ils ne reculent devant aucun calcul sordide, et sont en faveur des jumeaux, triplés, et même plus…

Bételgeuse dit: 10 août 2018 à 0 h 01 min

Pablo, je comprends votre préoccupation dans le sens où il est important de connaître l’identité d’un signataire pour percevoir et recevoir son message, le sens de son discours en tenant compte de sa personnalité si on la connait puisque certains traits donneront des éclaircissements quant à la teneur signifiante cependant quand bien même nous avons de temps en temps affaire à de bons acteurs, à des manipulateurs qui rigolent dans leur coin à nous enfumer ou tenter de le faire, je pense que vous vous trompez à voir D chez Delaporte.

Pablo75 dit: 9 août 2018 à 23 h 58 min

@ Delaporte

Bientôt tu auras ici un grand admirateur, qui sera encore plus catho que toi et qui te demandera de lui parler d’Ulrike Meinhof.

Ed dit: 9 août 2018 à 23 h 58 min

@Pablo
Vous avez devancé ma question. Ce sont donc des jumeaux de type fusionnel, souvent caractéristique des vrais jumeaux. Pas trop fatiguant pour les épouses tout cela ? Je fais notamment référence à la proximité des domiciles.

Delaporte dit: 9 août 2018 à 23 h 53 min

Pablo75 dit: 9 août 2018 à 23 h 32 min

Vous êtes mauvais perdant, Pablo. Ceci vous a mis de mauvaise humeur.

Pablo75 dit: 9 août 2018 à 23 h 53 min

Avoir des jumeaux pour des parents ou être jumeau c’est compliqué et parfois très difficile. Globalement, ça a plus d’inconvénients que d’avantages, je trouve.

Je parle de vrais jumeaux, les monozygotes (en espagnol il y a deux mots: « gemelos » pour les vrais et « mellizos » pour les « faux » ou dizygotes).

Mes frères, quand ils étaient enfants, il y avait très peu de monde qui pouvait les distinguer, à part la famille (et dans les photos même eux parfois ils ne se reconnaissaient pas). Et encore aujourd’hui il y a encore des gens qui les confondent dans la rue.

En 50 et quelques années de vie, ils n’ont vécu en une ville différente que pendant leur service militaire. Leurs domiciles n’ont jamais été à plus de 20 min à pied de distance.

Ed dit: 9 août 2018 à 23 h 51 min

Ca fait quand même 3 garcons. Pas évident, j’imagine:)

Bon sinon Pablo, vous avez l’esprit complotiste !!

Ce soir, un miracle que plus personne n’espérait a eu lieu. Il a plus. Des cordes. Des éclairs. Une forte odeur enivrante de plus sur un sol trop sec. Il était temps ! Hallelujah !

Pablo75 dit: 9 août 2018 à 23 h 35 min

@ Ed et Chaloux

J’ai 2 frères jumeaux, qui ont 2 ans de moins que moi. Et le frère de ma mère a eu 2 couples de jumeaux à la suite, lui. Pour l’instant aucun de mes enfants ou de mes neveux a eu des enfants, mais il paraît qu’ils risquent gros tous d’avoir des jumeaux.

Pablo75 dit: 9 août 2018 à 23 h 33 min

(La modération automatique du blog est « excitée » ce soir: à la 7ème tentative mon message est passé).

Pablo75 dit: 9 août 2018 à 23 h 32 min

« D. et Delaporte n’ont ni la même adresse mail ni la même adresse IP. »
(Passou)

Merci à Passou pour la précision, laquelle, évidemment, ne prouve rien, puisqu’il n’y a rien de plus simple que poster des messages ici au nom de « D. » avec son ordinateur, et au nom de « Delaporte » avec son tél. portable, utilisant 2 mails différents (il y a même des gens qui ont 2 portables, dont un de leur entreprise, ou qui ont 2 co.nnexions différentes chez eux, une, simple et lente, de l’immeuble et une particulière, plus rapide et complète). Sinon on peut utiliser un V_PN ou un pro_xy, et même, chose beaucoup plus simple, un navigateur gratuit dont je tairai le nom et qui change à chaque co.nnexion d’IP. Comme en plus D. a l’air de co.nnaître l’informatique, ce n’est donc pas très compliqué pour lui d’avoir des identités multiples ici (sans parler du pir.atage de la w.ifi du voisin).

Un jour je vais faire moi aussi mon double, qui sera bien sûr tout le c.ontraire de moi, un type qui admirera Delaporte et hamlet et avec lequel je m’en.gu.eule.rais tout le temps, pour vous prouver que c’est facile. Et Passou pourra dire que mon double et moi on n’a pas le même mail ni la même adresse IP.

Pablo75 dit: 9 août 2018 à 23 h 23 min

« D. et Delaporte n’ont ni la même adresse mail ni la même adresse IP. »
(Passou)

Merci à Passou pour la précision, laquelle, évidemment, ne prouve rien, puisqu’il n’y a rien de plus simple que poster des messages ici au nom de « D. » avec son ordinateur, et au nom de « Delaporte » avec son tél. portable, utilisant 2 mails différents (il y a même des gens qui ont 2 portables, dont un de leur entreprise, ou qui ont 2 connexions différentes chez eux, une, simple et lente, de l’immeuble et une particulière, plus rapide et complète). Sinon on peut utiliser un VPN ou un proxy, et même, chose beaucoup plus simple, un navigateur gratuit dont je tairai le nom et qui change à chaque connexion d’IP. Comme en plus D. a l’air de connaître l’informatique, ce n’est donc pas très compliqué pour lui d’avoir des identités multiples ici (sans parler du piratage de la wifi du voisin).

Un jour je vais faire moi aussi mon double ici, qui sera bien sûr tout le contraire de moi, un type qui admirera Delaporte et hamlet et avec lequel je m’engueulerais tout le temps, pour vous prouver que c’est facile. Et Passou pourra dire que mon double et moi on n’a pas le même mail ni la même adresse IP.

hamlet dit: 9 août 2018 à 22 h 32 min

de nota dit: 9 août 2018 à 20 h 08 min

merci camarade de nota (mon « camarade » est autant fraternel qu’idéologique).

on se ressemble un peu, en tout cas pour ce qui est des voitures et des filles…

encore que cela n’a pas toujours été le cas, je veux dire avec les filles, par contre avec les voitures oui.

Je me souviens par exemple, lors de mon premier entretien d’embauche, la responsable des ressources humaines semblait s’être rendue compte de quelques unes de mes ressources humaines, « des ressources humaines pour la plupart gâchées », c’est ce qu’elle avait dit, ajoutant « sous-employées », précisant qu’elle l’avait vu tout de suite, au premier coup d’oeil.

Quand j’ai déplacé, comme j’avais à l’époque l’habitude de le faire, ma longue mèche brune qui à l’époque me tombait sur les yeux, laissant découvrir mes sourcils épais et noirs et mes yeux ronds et noirs d’enfant étonné, un peu comme ceux de Colin Farrell, la responsable des ressources humaines m’a souri, sans doute venait-elle de voir un film avec Colin Farrell pas plus tard qu’hier soir, à la télé, on repassait en effet Phone Game, un film où il joue le rôle d’un type qu’un sniper oblige à rester enfermé dans une cabine téléphonique pour avouer tous ses péchés, le sniper est joué par l’acteur qui joue dans 24h chrono dont j’oublie le nom.

La directrice des ressources humaines était une femme d’une quarantaine d’années, petite, brune, les cheveux courts, elle portait une jupe grise assez courte et un chemisier bleu clair très cintré. Sans doute était-elle divorcée, sans enfant, trop accaparée par son boulot pour en avoir, pour avoir des enfants et un mari, trop prise par les réunions, les déplacements, trop submergée par sa vie professionnelle. Elle commençait à regretter de n’avoir pas eu d’enfants, elle en aurait bien voulu deux, même trois, avec des yeux ronds et noirs d’enfants étonnés.

Je lui ai rendu son sourire, une fois les papiers signés, elle s’est levée pour prendre congé, Je me suis levé à mon tour, pour prendre congé, les congés, je m’étais rendu compte que nous n’avions pas abordé ce point, c’est ce que je m’étais dit au moment de prendre congé.

La directrice des ressources humaines s’est alors approchée de moi pour me saluer, « Vous savez », me dit-elle en me prenant la main, « chez nous, vous aurez la possibilité de progresser, réparer nos machines ce n’est qu’un début, pour commencer, ce n’est pas le métier d’une vie entière, surtout pour un jeune homme comme vous, vous avez du potentiel, je le sens bien, chez nous vous aurez des opportunités, il faut savoir les saisir ! Il faut savoir sauter dessus quand elle se présente ! », avait-t-elle ajouté en serrant plus fort ma main dans la sienne. « Faire des études de gestion et de management et qui sait, devenir vous-même manager, obtenir un poste à responsabilités, un poste haut placé, bien mieux rémunéré . Croyez-moi, nous savons reconnaître les compétences de nos associés, nous sommes une grande société, croyez-moi les opportunités sont très nombreuses, croyez-moi ! »

Ma foi, je voulais bien la croire pendant qu’elle continua sur un ton maintenant assez directif « il faut savoir se montrer ambitieux et savoir saisir les opportunités quand elles se présentent ».

« Merci Madame » avais-je répondu penaud et sans savoir si je devais à présent lâcher sa main.

« Vous êtes ambitieux, n’est-pas ? vous saurez sauter sur les occasions quand elles se présentent ? » me demanda-t-elle subitement, en s’approchant, en approchant vers elle ma main, en l’approchant de son chemisier bleu clair, tout près de son chemisier bleu clair bien trop cintré, cintré au point de s’entrebâiller entre les boutons, des boutons bien trop distants les uns des autres, tellement éloignés les uns des autres que cet éloignement était ma foi propice à l’entrebâillement du chemisier trop cintré, surtout à cet endroit précis du chemisier trop cintré où ma main se dirigeait, là où des forces agissent de telle sorte qu’elles amplifiaient l’entrebâillement du chemisier trop cintré, quelques centimètres plus bas le chemisier trop cintré était bien moins entrebâillé, il était à cet endroit situé quelques centimètres plus bas si peu entrebâillé qu’il pouvait laisser croire que ce chemisier n’était pas trop cintré mais suffisamment cintré pour éviter toute éventualité d’entrebâillement. C’était sans compter sur les variations des forces qui interagissaient sur ce chemisier cintré quelques centimètres plus haut, ma main était à présent à quelques centimètres à peine de l’entrebâillement.

Il m’aurait bien sûr fallu une règle pour mesurer la distance précise à cet instant entre ma main et le chemisier trop cintré de la responsable des ressources humaines, à l’évidence une règle seule n’aurait servi à rien dans ces circonstances particulières dans la mesure où la distance évoluait au fil du temps, il aurait été judicieux d’ajouter un chronomètre à la règle, seuls ces deux éléments, conjugués l’un à l’autre et utilisés de manière convenable aurait permis en l’occurrence de mesurer la vitesse de déplacement de la main vers le chemisier trop cintré, en l’occurrence une vitesse constante de l’ordre d’un centimètre toutes les dix secondes, soit 0,36 m/h, cette vitesse, bien que dix fois moindre que celle à laquelle se déplace un escargot lancé à pleine vitesse, est dans ces circonstances particulières, une vitesse qui pouvait donner le vertige.

« Oui Madame », avais-je répondu poliment en regardant une main, en l’occurrence la mienne, se déplaçant à une vitesse de 0,36 m/h en direction du chemisier entrebâillé trop cintré d’une responsable des ressources humaines, une petite femme brune aux cheveux courts, regrettant à présent de n’avoir pas eu deux ou même trois enfants, portant un chemisier bleu clair dont je pouvais noter qu’il s’entrebâillait de plus en plus au fur et à mesure que ma main progressait à la vitesse de 0,3 m/h vers cet entrebâillement.

« Il faut être ambitieux pour pouvoir progresser ! », me dit-elle à cet instant, « savoir sauter sur les opportunités quand elles s’offrent à vous, c’est notre rôle, à nous, aux ressources humaines, de savoir repérer les talents afin de faire en sorte que ces talents progressent au mieux », ajouta la responsable des ressources humaines dont l’entrebâillement du chemisier progressait maintenant vers ma main à une vitesse proche de celle de la lumière ».

« Oui Madame » avais-je répondu bêtement à nouveau avant de lâcher la main de la responsable des progressions humaines et m’enfuir de son bureau.

de nota dit: 9 août 2018 à 22 h 10 min

Trouvés dans le Littré

Il( le riche) peut dans son jardin,
tout peuplé d’arbres verts
Recéler le printemps
au milieu des hivers.
Boileau.

Fig et familièrement. Faire d’une chose comme des choux de son jardin, en disposer comme si on en était le maître.

Terme de fauconnerie. Lieu où l’on expose les oiseaux de vol au soleil, le matin. Donner le jardin à l’oiseau, le mettre au grand air.

Terme de marine. Partie supérieure des bouteilles d’un grand bâtiment.

XVI siècle. Le jardin de la cuisine ( le potager)

Jouer au jardin madame
La substance de ce jeu est que chacun des assistants doit donner un arbre, une beste dessus pour le garder, et un oyseau dessous pour chanter, et il faut qu’il contreface le son ou voix de la beste et le chant de l’oiseau, puis l’on demande à la compagnie s’il a bien fait…

Petit Rappel dit: 9 août 2018 à 21 h 38 min

Il serait plus juste de dire que tout Jardin est une réinterprétation de la Nature. Il en était déjà ainsi dans les jardins médiévaux…
MC

Petit Rappel dit: 9 août 2018 à 21 h 36 min

Rectifions
Les Quatre Fleuves sont dans Genèse, dont deux au moins toujours présents, l’Euphrate et le Tigre.

Le pseudo Plutarque, dit Traité des Fleuves, aligne une liste de vingt-cinq fleuves dont l’Euphrate et le Tigre, mais dans le contexte rigoureusement paien du premier siècle.
Il n’est cependant pas impossible que la présence commune de deux dans ces deux listes ait pu faire gamberger de bons esprits au XVème XVIème siècle… Il faudrait voir ce qu’en pensait Amyot… J’avoue ne pas l’avoir sous la main ici…
Bien à vous.
MC

Jean Langoncet dit: 9 août 2018 à 21 h 16 min

@le moindre nid aussi.

le laisser-aller des uns profite à d’autres ; marche ou crève, coco

Jacques R. dit: 9 août 2018 à 21 h 13 min

. Allen S. Weiss, lui, montre que le jardin à la française s’est construit contre la nature.

Tout jardin, à bien y regarder, se construirait contre la nature ? Construction humaine, organisation humaine… Mais alors, les constructions des castors se construiraient, elles aussi, contre la nature, et le moindre nid aussi.

christiane dit: 9 août 2018 à 20 h 22 min

@MC dit: 9 août 2018 à 19 h 45 min
Vous pourriez nous en dire plus ? Cela m’intéresse. Merci.

Jean Langoncet dit: 9 août 2018 à 20 h 20 min

allergie passagère à youtube ?
vais tenter avec le couillon qui illustre le arty-farty (sympa malgré tout)

Delaporte dit: 9 août 2018 à 20 h 15 min

« Si j’avais un doute entre deux identités communes, ce serait plutôt entre vous, Hamlet et Delaporte. »

les internautes du blog commencent à être atteints d’une psychose contagieuse : ils voient des doubles partout.

de nota dit: 9 août 2018 à 20 h 08 min

Cher camarade Hamlet-« camarade » est fraternel et nullement idéologique- je suis un homme tout à fait quelconque, mais j’ai 12/8 de tension! comme James Bond… par contre je n’ai ni une super bagnole, ni un succès fou avec les filles, mais c’est parce que je n’ai pas une super bagnole…

Chaloux dit: 9 août 2018 à 20 h 06 min

Si j’avais un doute entre deux identités communes, ce serait plutôt entre vous, Hamlet et Delaporte.

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 59 min

« Chaloux dit: 9 août 2018 à 19 h 51 min
Pablo, tu es l’un des jumeaux ou tu as deux frères jumeaux? »

Pablo est l’un des jumeaux, d’ailleurs l’autre jumeau est aussi ici, c’est celui qui signe ses commentaires « Jazzy »

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 57 min

Delaporte dit: 9 août 2018 à 19 h 24 min

c’est dur n’est-ce pas d’être pris pour un autre qu’on est pas !

sachez Delaporte que moi-même j’ai vécu ce calvaire, durant des années on m’a dit que j’étais Paul Edel ! vous imaginez un peu le traumatisme pour moi qui hais le romantisme ?

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 50 min

« Ed dit: 9 août 2018 à 19 h 47 min
Suzie et Suzon du « Collège des coeurs brisés » me faisaient très peur. »

bichette…

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 49 min

qui peut alors m’expliquer pourquoi j’ai près de moi un livre écrit il y a presque dix ans dans lequel je peux lire tout ce que vous écrivez maintenant sur ce blog ?

comment cela serait-il possible si ce n’est pas Moi qui vous ai tous créés tels que vous êtes !!!

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 46 min

passou, puisque vous y êtes vous pourriez nous la vôtre d’adresse IP ?

j’avoue que pablito à mis le doute dans mon esprit.

quelle horreur voilà désormais que je ne sais plus qui vous êtes tous et que vous m’apparaissez soudain comme des êtres monstrueux et malfaisants…

MC dit: 9 août 2018 à 19 h 45 min

Sur l’Eden,Il faudrait voir aussi le Traité des Quatre Fleuves attribué à Plutarque, et qui a beaucoup compté en Occident pour l’imaginaire du Paradis…

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 45 min

de nota dit: 9 août 2018 à 19 h 19 min

ah bon ? d’où connaissez-vous tous ces secrets ?

passou vous pouvez nous donner l’adresse IP de de nota, qu’on sache qui il est ?

Ed dit: 9 août 2018 à 19 h 41 min

Clopine,

Ah non. Du tout. Je ne sais plus à quoi je rêvais petite. Sortir du trou où j’habitais, c’est certain, mais alors le reste devait être sans importance.

Delaporte dit: 9 août 2018 à 19 h 40 min

« Avez-vous vraiment un frère jumeau ? Je trouve les jumeaux et jumelles fascinants, et au risque de vous choquer, terrifiants. »

Ainsi, Ed, vous devez avoir très peur quand il vous arrive de vous regarder dans un miroir…

Clopine dit: 9 août 2018 à 19 h 36 min

Ed, la fascination pour les jumeaux est aussi vieille que l’humanité, mais perso ils ne me terrifient nullement. Petite, je rêvais d’avoir une jumelle, je m’en inventais une, je sentais que, peut-être, quelque part au monde, il y avait ainsi une soeur que je pourrais par hasard rencontrer… Ca a été une de mes plus tenaces divagations. Pas vous ?

Ed dit: 9 août 2018 à 19 h 31 min

@Pablo,

Avez-vous vraiment un frère jumeau ? Je trouve les jumeaux et jumelles fascinants, et au risque de vous choquer, terrifiants.

Delaporte dit: 9 août 2018 à 19 h 24 min

« D. et Delaporte n’ont ni la même adresse mail ni la même adresse IP »

Merci Passou, pour cette précision qui devrait clore un débat particulièrement improductif et inepte.

de nota dit: 9 août 2018 à 19 h 19 min

Passou dit: 9 août 2018 à 19 h 09 min
D. et Delaporte n’ont ni la même adresse mail ni la même adresse

Ça prouve rien de rien! On n’est pas naïf, ici, tout le monde sait que D utilise une technologie plus évoluée, grâce à ses accointances avec les extraterrestres et le Vatican…enfin, pour le Vatican, je suis pas sûr.

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 18 min

c’est quand même ça le plus génial sur un blog qui cause bouquins : ne pas savoir qui est qui !
ahahahahahahahahahaahahahahaha

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 16 min

non ! laissez tomber ! qu’importe !

à la limite, être ou ne pas être… il faut être débile pour ce poser ce genre de question !

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 14 min

passou tant que vous y êtes vous pourriez me confirmer que Paul Edel, Pablo, Jazzy et Clopine ne sont pas l’unique et même personne ?

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 10 min

Pablo, je vais te donner un autre indice.

Sache que même si hamlet, D., Delaporte et tous les autres n’ont pas toujours été moi, il fut un temps où ils cru être eux, des individus autonomes et libres.

être eux-mêmes ? quel débilité ! tu ne peux pas savoir à quel point les êtres sont parfois stupides !

il arrive toujours un moment où ces individus reviennent comme des chiens apeurés vers leur Créateur !

hamlet dit: 9 août 2018 à 19 h 05 min

Pablo !!!!!! d’où vient ce désir de savoir ? de percer ce mystère ? savoir qui est qui et qui n’est pas qui ?

quelle importance cela a-t-il qui soient ceux qu’ils sont ou qu’ils ne le soient pas ?

mais comme je t’aime bien je vais te dire la vérité, car c’est bien cela que tu recherches n’est-ce pas ? tu recherches la vérité ?

la vérité se trouve dans l’article de passou, une petite phrase qu’il a glissée pour toi, pour te donner un petit indice qui t’aurait permis de trouver ce que tu recherches…

mais comme tu ne sais pas lire (parce que si tu savais lire tu saurais qui est qui) je vais te donner cette phrase.

passou écrit :

« Le genre d’endroit qui donne à celui qui s’y trouve l’impression d’être hors du monde tout en sachant la rumeur du monde l’attend au-delà de la grille. »

entre parenthèses tu noteras que passou utilise le mot « monde » 16 fois dans dans un texte de quelques lignes, connaissant son talent il aurait rechercher des synonymes pour ne pas avoir à se répéter, mais il ne l’a pas fait pour te donner un autre indice.

donc l’indice de passou est « être hors du monde ».

que signifie pour toi « être hors du monde »

tu penses que tu sors du monde tu te retrouves dans un autre monde qui ne serait pas le monde, un monde différent du monde ?

comment appeler un monde différent du monde sinon « monde », et c’est bien pour ça que passou répète 16 fois ce mot !

parce que le monde humain représente la totalité du monde.

tu as lu Heidegger ? « umwelt » ! comment tu le traduirais ? l’environnement ? ce qui entour le monde ?

j’espère; mon ami, que cela t’aidera dans ta quête !

Delaporte dit: 9 août 2018 à 18 h 34 min

« And I am a curmudgeonly pain in the ass because I refuse to diverge from the scientific method or to believe there is a truth beyond science. »

Phrase extraordinaire, qui est un aveu d’impuissance… Il lui faudra encore beaucoup de prières et de méditation pour franchir le pas. Au moins, il est lucide.

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