de Pierre Assouline

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La République des livres

cinéma

Au cinéma aussi, la poésie

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Il y a comme ça des films où tout arrive même quand rien ne se passe. Et il y en a d’autres où tout se passe même quand rien n’arrive. Deux notamment présentés en compétition au festival de Cannes. Dans les deux cas, on les dit « poétiques ». Une véritable auberge espagnole : le qualificatif, non la poésie. Dès que ça flotte, c’est poétique. Dès que c’est hésitant, vacillant, liquéfiant, c’est poétique. De Paterson de Jim Jarmusch, on pourrait dire a priori qu’il y a là un certain abus à anticiper sur le label poétique que la critique ne manquera pas de […]

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Des écrivains de cinéma

Des écrivains de cinéma

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Les Américains ont leur usine à rêves : Hollywood. La nôtre, c’est le Festival de Cannes. D’ailleurs, en réalisant sa toute première affiche, le peintre Jean-Gabriel Domergue l’avait baptisée en convoquant Baudelaire « L’invitation au voyage ». Mais il est une vitrine qui renvoie parfois d’inquiétants reflets de l’air du temps. Rien moins qu’une perte de prestige de la littérature et, partant, des écrivains. Songez qu’il fut un temps où ceux-ci composaient jusqu’à la moitié du jury, présidé d’ailleurs par l’un des leurs ! Depuis, ils en ont été évincés au profit quasi exclusif des gens de cinéma, artistes et techniciens délibérant entre professionnels […]

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Quel célinéma !

Quel célinéma !

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Curieuse chose que le film consacré par Emmanuel Bourdieu à Louis-Ferdinand Céline. Déjà, l’affiche surchargée de sens et de symboles comme ce n’est pas permis. On ne fait pas plus pesant. Vue de loin, elle n’existe que par le nom de l’écrivain en gros caractères. Son prénom en surtitre est invisible ; quant au sous-titre Deux clowns pour une catastrophe, il est inintelligible pour ceux qui n’ont pas encore vu le film, et même absurde après coup ; quant à la photographie représentant l’acteur principal tête baissée prise entre les mains, prête à exploser de matière géniale tandis que les feuillets de […]

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Le discours de la méthode de Stanislavski

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On hésite toujours à s’emparer pour la première fois de ce que la rumeur désigne de longue date comme « la bible du métier » quel que soit celui-ci. C’est impressionnant ; on craint que la moindre critique ne soit prise pour un blasphème ; on anticipe une déception. Bref, on y va souvent à reculons. Mon cas lorsque j’ai reçu l’édition de poche de La Formation de l’acteur (traduit de l’anglais par Elisabeth Janvier, 352 pages, 9,10 euros, Petite Biblio Payot) de Constantin Stanislavski (1863-1938), d’après une traduction du russe en anglais, incomplète, largement amputée de pages sur les improvisations, mais il faut s’en […]

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Ce que Michael Haneke a fait de l’éthique du mal

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Le mal, le mal, le mal… Avec ou sans majuscule, il n’y a pas à en sortir, on n’arrête pas de tourner autour de cet infracassable noyau de nuit qui résiste à toutes les analyses. Tous les arts s’en sont emparés et continuent d’en creuser l’énigme. Au cinéma, Michael Haneke (Munich, 1942) en a fait l’objet de sa quête depuis ses débuts, avec ses moyens, sa vision : montrer ce que c’est que de faire le mal, montrer le mal qui survit à ceux qui le font, jusqu’à provoquer chez le spectateur une jouissance de l’insupportable. Sarah Chiche, psychanalyste et écrivain, […]

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Autodestruction de Citizen Welles

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Il arrive que des livres par défaut valent mieux que des livres par destination. Comprenez par là que tout livre-entretien, genre paresseux par excellence, conçu lorsque l’auteur s’avère incapable de l’écrire, n’est pas à rejeter systématiquement. En tête à tête avec Orson (My Lunches with Orson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Cohen, 362 pages, 21,50 euros, Robert Laffont) est de ceux-là, même s’il n’a pas la classe et l’intelligence du Hitchcock/Truffaut inégalé à ce jour. Pourtant, rien de plus improbable que ce patchwork, fragments de conversations et échanges de bric et de broc entre Orson Welles et Henry Jaglom. Au […]

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« Wolf Hall » ou l’homme est un loup pour Cromwell

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Il est rare qu’un film soit à l’unisson du livre dont il est l’adaptation ; mais le phénomène est plus remarquable encore lorsqu’il est fidèle non seulement à l’esprit et à la lettre mais dans la qualité. Le cas de Wolf Hall, biographie romancée à grand succès devenue biopic promis à un égal retentissement, décrivant l’ascension fulgurante de Thomas Cromwell dans l’ombre d’Henry VIII. Il est « le » conseiller du roi, éclipsant tous les autres par l’audace de ses intuitions politiques. Le monarque en fit son super secrétaire et le plus influent de ses ministres. On retrouve Cromwell derrière la répudiation de […]

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Une adaptation de Simenon qui ne sera pas blackboulée

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C’est de la pratique de la boule noire que nous tenons l’expression «  se faire blackbouler ». Ni un jeu ni un sport mais un rituel propre aux cercles privés, aux clubs à l’anglaise, aux compagnies qui peuvent compter leurs membres sur les doigts des deux mains. Lorsqu’un candidat à l’admission se présente, chaque membre vote et exprime son accord en plaçant une boule blanche (de billard) dans la corbeille ; mais si, pour des raisons personnelles, l’un d’eux ne peut ou ne veut avoir à le côtoyer régulièrement, il met une boule noire et une seule suffit à recaler l’impétrant. Ce […]

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Leopardi deux fois plutôt qu’une

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L’expérience est fascinante, surtout quand on ne l’a pas fait exprès : lire un poète tout en lisant sa biographie, laquelle renvoie sans cesse à son œuvre, après avoir vu un film à lui consacré. Cela peut avoir des effets néfastes pour les livres comme pour les films, l’un ne supportant pas la comparaison avec l’autre, trop en-decà dans le registre de la connaissance, ou celui de l’émotion, quand ce n’est tout simplement celui du pur plaisir de lecteur ou de spectateur. Bref, le hasard a fait que quelques jours durant, j’ai pu me leopardiser comme jamais avant de me lover […]

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L’amitié selon Padura, à Cuba et dans le reste du monde

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Peu de films s’ouvrent sur une citation d’un écrivain en épigraphe, comme c’est souvent le cas en liminaire des livres. Si le cinéaste Laurent Cantet avait été en panne d’inspiration de ce côté-là à l’instant de boucler son Retour à Ithaque, on lui aurait volontiers soufflé le vers fameux du poète portugais Miguel Torga : « L’universel, c’est le local moins les murs ». Car son film part d’une histoire microcosmique pour nous amener à repenser rien moins que l’amitié, l’exil et l’âge, le travail du temps et la fidélité à ses idéaux de jeunesse ; et en route, il nous livre une puissante […]

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