Tout est juste dans le Lemaitre
Et les conséquences, vous y avez pensé ? Blague à part, avez-vous seulement pensé aux conséquences de ce que vous venez de dire ou de faire ? L’air de rien, cette simple pensée apparemment simpliste gouverne le nouveau roman de Pierre Lemaitre Les belles promesses (500 pages, 23,90 euros, Calmann-Lévy) et l’éclaire dès l’entame comme il se doit pour toute épigraphe : « Tout le monde, tôt ou tard, s’assied au banquet des conséquences ». Signé R.L. Stevenson. A chacun de le traduire pour lui-même.
Dans cet ultime volume de sa tétralogie sous le signe des « Années glorieuses », on s’immisce à nouveau au sein de la famille Pelletier s’épanouissant dans l’atmosphère de l’année 1963 au creux d’une France aux années glorieuses, toute à son bonheur de vivre un moment faste. Jean dit « Bouboule », l’ainé de la fratrie, actionnaire du futur périph’, mène la danse. A ses côtés, son épouse Geneviève, personnage plein de morgue, cynique, opportuniste, vénale, tout pour plaire, le genre que l’on aime tant détester. La deuxième génération se retrouve au restaurant autour de François, l’écrivain de la tribu au moment de la rentrée littéraire. Jusque-là tout va bien et on se demande comment l’auteur va en faire une tragédie- même si cela commence par la mise en scène d’un incendie, d’un bébé et d’un sanglier. François, le personnage de l’écrivain qui doit un peu/beaucoup à l’auteur, enquête sur des morts suspectes un peu partout en France, des cadavres de femmes qui mènent étrangement à Jean Pelletier… D’où son cas de conscience : la recherche de la vérité ou le salut d’un frère et, partant, de toute une famille ? De fausses pistes en coups de théâtre qui ne nous laissent jamais en paix, le roman nous offre en creux une puissante méditation sur l’héroïsme lorsqu’un homme, rongé par le sentiment de son imposture, ne coïncide plus avec l’image qu’il donne de lui à l’extérieur.
Il suffit de se souvenir d’une observation de Tolstoï selon laquelle si toutes les familles semblent heureuses de la même façon, elles sont malheureuses chacune à sa manière et cela vaut autant pour les dominants que pour les dominés, les maitres et les esclaves et tant pis si cette dialectique risque d’écraser les nuances et la complexité. Et comme Pierre Lemaitre n’est pas du genre à nier quelque influence, tout au contraire puisqu’il est des rares à payer ses dettes en révélant ses sources in fine, il revendique volontiers l’ombre portée du Hugo des Misérables sur certaines de ses pages., et particulièrement le dilemme de Jean Valjean lors de l’affaire Champmathieu (laisser condamner un innocent à sa place ou se dénoncer et être condamné au moins à perpétuité).
On n’est jamais déçu par la lecture d’un nouveau Lemaitre car on a l’assurance que sa mécanique sera bien huilée. Il tient ses promesses depuis qu’il s’est lancé dans la folle entreprise de « feuilletonner le XXème siècle » à moins que la citation soit approximative et qu’il s’agisse en fait de « feuilleter le siècle ». Disons les deux. Au fil des parutions, de trilogie en tétralogie, un informel contrat de confiance, un pacte de lecture plutôt, s’est établi entre l’auteur et ses lecteurs. Ils savent que, au-delà tout ce qui a déjà été dit de sa manière, son univers, son goût du feuilleton à la Eugène Sue, son héritage de l’esprit des grandes sagas familiales entre Rougon-Macquart et Pasquier, il tient la littérature avant tout pour une arme de décryptage du réel. Tant mieux si en passant elle rend visible l’invisible. Mais là n’est pas son but. Le réel d’abord. Il est partout. Dans les romans de Pierre Lemaitre, dès lors que l’on veut distinguer ce que ça raconte de ce que ça dit d’autre que ce que ce que ça raconte, on trouve le souci du social et les mutations économiques, le coût humain des grands travaux avec les expropriations et les expulsions qu’ils génèrent. Un roman d’aventures qui a donc une vraie dimension politique.
On le savait et on en a la confirmation : il n’avance pas masqué et ne se satisfait pas de l’idée que ce serait là la rançon de la modernité. Les grands notables de la famille Pelletier sont bien plantés là dès le début dans toute leur puissance et jusqu’à la fin, auscultés par l’auteur dans l’idée que dans le périmètre restreint d’une famille, les passions sont chauffées à blanc plus encore que dans la société et celle-ci est stéréotypique des Trente glorieuses. L’image d’Epinal qu’on en a, pour convenue qu’elle soit jusqu’à nous faire soupirer si souvent « c’était mieux avant », correspond à une certaine réalité documentée par les historiens. Mais une fois ressuscité le parfum d’insouciance qui se dégage de l’époque, Lemaitre a choisi de déplacer la focale vers ceux qui en étaient exclus. Ces laissés-pour-compte, paysans victimes de l’exode rural et ouvriers des grands chantiers du boulevard périphérique qui ceinture Paris sur 35 kms, sont en marge tout en ayant conscience que tant qu’on est dans la marge, c’est qu’on est encore dans la page. Car cette fois le réel est celui du progrès à marche forcée et tant pis pour les dommages collatéraux (et n’allez pas parler à Lemaitre de « la parenthèse enchantée » de nos récents Jeux olympiques, il laisserait exploser sa colère). Là notamment gisent les fameuses conséquences. Mais la route est semée d’embûches sous le regard empathique du chat Joseph, conscience et surmoi de la famille, indispensable personnage d’ange qui dit la vérité des choses dans plusieurs volumes de la saga ; et si le choix de ce nom vous renvoie à celui du Chat, ce n’est pas un hasard mais un hommage subliminal du simenonien qui sommeille en Lemaitre.
Ne jamais oublier qu’il a commencé par le polar et que, d’une certaine manière, il n’en est jamais sorti comme en témoignent certaines situations et une vraie montée en puissance du doute et du mystère, de la surprise et du suspense, dans ses romans hors-polar. Sa réussite une fois encore tient à sa discipline d’écriture, à l’injonction d’airain qu’il s’est donné et qui le gouverne : interdiction de perdre le lecteur en route ! On peut décrire, digresser, détailler à foison à condition de garder la main au collet du lecteur durant quelque 400 pages tout en conservant à l’esprit les péripéties des volumes précédents et l’évolution ainsi que le vieillissement des personnages. Quel chantier ! Tout est savamment construit, il n’y manque pas un boulon mais une fois que c’est imprimé, les échafaudages ont disparu et il ne reste plus trace du travail d’horlogerie qui tient l’ensemble. Disparus le travail et l’effort ce qui ne va pas de soi lorsqu’un fresquiste de cette envergure se soucie d’abord de sa propre jubilation avant même celle du lecteur. On ne fait pas plus efficace car c’est parfaitement rythmé et raconté à hauteur d’homme (et de femme, bien sûr !) ce qui favorise l’identification.
Et si vous cherchez le fil d’Ariane, considérez qu’il est sous vos yeux comme la lettre volée de Poe, quasiment posé sur la table puisqu’il éclate sur la jaquette de couverture. Une voiture bien sûr, puisque ces années 50/60 sont vouées au « culte de la bagnole » matérialisé par le triomphe de la DS 19, la première à offrir une suspension hydropneumatique et des phares directionnels. Dans ses fameuses Mythologies (1957), Roland Barthes accordait une entrée à « La nouvelle Citroën ». La DS 19 y était consacrée comme un objet superlatif de l’ordre du merveilleux. Il y voyait même « l’amorce d’une nouvelle phénoménologie de l’ajustement » tant ses différents éléments réussissaient à se juxtaposer et à s’emboiter avec une perfection surnaturelle, la moindre des choses au fond pour une déesse.
Pierre Lemaitre tient le roman historique à distance afin que jamais l’Histoire ne l’emporte sur l’imagination romanesque. Une telle méfiance est justifiée si l’on songe à la façon dont certains auteurs ont coulé leur livre en se laissant déborder par leur documentation. La route la plus sûre pour verser dans le didactisme et l’ennui. Comme les volumes précédents de cette saga, celui-ci doit à une imposante recherche bibliographique de l’auteur sous l’œil expert de Camille Cléret, une historienne qui l’accompagne depuis le début et le prévient des invraisemblances et anachronismes. Libre à lui de les conserver au nom de la licence poétique. Et tant pis si les poupées Barbie n’existaient pas en 1963 (elles ne sont apparues sur le marché qu’un an après). Qu’importe si tout n’est pas toujours parfaitement exact du moment que tout est vrai. Mieux encore : si tout est juste. La métamorphose de l’artisan en artiste s’impose alors devant le lecteur soufflé par une telle maitrise des éléments chez un romancier populaire et fier de l’être.
(« Cette DS 19 de 1961 possède des ailes cendriers, avec l’adjonction de grilles d’ailes avant. L’exemplaire est dans sa configuration d’origine. À l’intérieur, seule la sellerie en tissu a été restaurée. Le compteur affiche aujourd’hui 80 300 km. Elle a été vendue 27 000 € TTC. » photo catalogue de ventes Aguttes ; « Chambres avec vue sur le périph' » photo Mathieu Beaudemont)
Crédit photo : Aguttes.
1 478 Réponses pour Tout est juste dans le Lemaitre
@ que vous répondre JJ-J (13.16)
RIEN. Restez coite, si vous êtes « so chocking » ! Chantal a déjà fourni l’effort qu’elle a pu. Au moins, elle est bien plus constructive que vous, sans doute parce qu’un poil moins snob. Bàv.
Si vous écoutez l’émission préconisée de France Culture, B, à 43′, il est question du miroir et de son importance essentielle dans la construction picturale chez Manet, à propos de son » Le bal au folie bergère » (étudié par Foucault).
3j, les symboles phalliques sont nombreux, je suis assez satisfaite d’avoir troqué les marronniers pour des platanes. A chaque printemps c’était une hallucination insoutenable ! 😵💫
Monsieur Jacques Baroxid ? Monsieur D. veille sa poule convalescente.
Il me charge de vous dire que dans son songe vous n’étiez absolument pas nu mais bedonnant, en maillot de bain une pièce rayé blanc et rouge.
Le collectionneur avait payé cher pour la botte d’asperges. Manet a donc peint un petit tableau avec une seule asperge, comme si une était manquante dans la botte représentée dans le tableau vendu.
L’asperge s’intègre harmonieusement au décor, comme si elle faisait partie intégrante de son corps (corp du décor). Cette harmonie est renforcée par l’unité de la palette de couleurs : l’asperge isolée semble disparaître dans le décor, ce qui met en évidence sa présence et lui permet de s’approprier l’espace.
Finalement, l’idée de monochrome bien à part, cette asperge solitaire suscite une réflexion plus profonde (presque léonardesque) que la trop anecdotique botte d’asperges.
B ne vous réjouissez pas trop vite:
*
Éternuements, yeux larmoyants, gorge irritée, voire difficultés respiratoires… L’allergie au pollen de platane est pour le moins handicapante. Et ce d’autant plus que ces arbres sont monnaie courante dans les artères urbaines. On fait le point sur les mesures de prévention et les traitements efficaces.
A propos des Menines
Dans l’article qu’il consacre au tableau Daniel Arasse réduit à néant l’analyse de Foucault qui constitue le brillant premier chapitre de son best seller « Les mots et les choses »Arasse se rallie au travail de chercheurs ultérieurs, qui ont mis en évidence que ce tableau avait changé de sujet en cours de réalisation. Ils considerent qu’à l’origine ce tableau représentant la famille royale devait comporter un deuxième enfant, l’héritier du trône, qui est décédé avant que l’oeuvre soit terminée; de sorte que le peintre dut organiser cell-ciune base nouvelle, notamment en repensant on l’espace initialement dédié à ce personnage ;
Un indice qui serait apparu pertinent à l’appui de cette thèse : quand on regarde le tableau on pense que les deux personnages, le roi et la reine, dont on voit le reflet dans le miroir, sont en face du peintre et posent pour lui ; or ce serait une situation qui n’a aucune vraisemblance car ce type de portrait de couple n’était pas produit à l’èpoque .De là à penser que la présence du peintre dans le tableau a servi de « variable d’ajustement » dans une situation embarrassante, pourquoi pas ?
Certains ici ont dit qu’ils n’aimaient pas ce tableau ; C’était aussi le sentiment de Semprun, mais il avait ses raisons :
Du temps où militant de l’opposition au franquisme il vivait en exil en France, il revenait souvent, et dangereusement, en Espagne , où l’appelaient ses activités clandestines , les rencontres utiles avec ses contacts locaux se faisaient le plus souvent au Prado, devant les Menines,un lieu qui pouvait leur donner l’air d’innocents touristes .
Mais je ne me souviens pas que ce détail ait eu sa place dans le film inspiré par son personnage, incarné par Montand et qui met en scène la routine de la vie d’un antifranquiste professionnel « La guerre et finie »
« dans son songe vous n’étiez absolument pas nu mais bedonnant, en maillot de bain une pièce rayé blanc et rouge. »
Donna Ricaud-Veyrej, je me souviens de D., bandant et suffoquant, tandis que je donnais une raclée à Laszlo, sur la plage du Lido…
https://www.youtube.com/watch?v=au0xpBTd-6A
@ »Daniel Arasse réduit à néant l’analyse de Foucault qui constitue le brillant premier chapitre de son best seller « Les mots et les choses » »
comme vous dites c’est le premier chapitre de son livre consacré à la connaissance.
Foucault ne se livre pas à une critique de ce tableau comme le ferait un critique d’art il commence son livre pas ce tableau juste pour dire que ce tableau n’a de valeur que par le savoir qu’on en a.
il n’a pas tort : on ne peut pas parler de ce tableau sans savoir que quoi il s’agit, d’ailleurs c’est ce que fait Arasse.
quand on passe de Foucault à Arasse et ensuite à Koening avec sa préface débile de Tanguy Viel on mesure à quel point la discours et la pensée se sont effondrés en Europe.
je veux dire si les médias et les politiques se permettent de nous raconter n’importe quoi sur le conflit en Ukraine.
d’ailleurs s’ils sanctionnent tout discours alternatifs c’est pour se protéger et pouvoir raconter leurs conneries librement sans être contredits.
c’est sûr que s’il y avait dans ontre société des types comme Foucault, Bourdieu, Deleuze etc… les médias et les politiques auraient plus les jetons, mais là avec Koening et Tanguy Viel ils n’ont rien à craiendre et ils peuvent contineur de nous pondre leurs débilités.
Tadzio…
La DS 19 y était consacrée comme un objet superlatif
et ça c’est pas un symbole phallique? qui nous creve les yeux
on mesure à quel point la discours et la pensée CRITIQUES se sont effondrés en Europe.
sûr que les gens peuvent critiquer Foucault: aujourd’hui ils ont BHL, Finky et Onfray, avec ça ils sont heureux, tout baigne.
@puck
Effectivement,
Car, tout en contestant en termes définitifs l’approche de Foucault, Daniel Arasse salue l’ exploit d’acrobatie intellectuelle que représenterait ce texte
on vit tellement dans un système totalement effondré que tout s’est inversé.
exemple au hasard : aujourd’hui la personne qui incarne la paix et le pacifisme et qui critique le bellicisme allemand et le matraquage belliciste médiatique c’est une allemande d’extrême droite.
je veux dire on est dans un monde où faut arriver à suivre : les écolos sont à donf pour fabriquer des armes, les mecs on pensait qu’ils étaient contre le nucléaire en fait ils rêvent tous d’une guerre atomique avec la Russie, les progressistes libéraux globalistes eux ils n’ont qu’une envie c’est envoyer tout le monde se faire tuer pour défendre leurs valeurs etc…
et la seule qui parle de paix en Europe c’est elle :
Le renversement orwellien du sens, l’inversion orwellienne de la vérité fait florès chez les complotistes de tout crin, accro terminaux à la contre-vérité – le réel leur montre 4 doigts il en en voient 5, la paix leur est la guerre et la liberté l’esclavage.
Ce monde de l’inversion, qui est aussi celui de la confusion des valeurs est déjà présent dans « Macbeth », où « Fair is foul and foul is fair »/ « Le clair est noir et le noir est clair », comme le clament les trois socières, en annonçant qu’elles attendront Macbeth au moment où la bataille sera « lost and won », « gagnée et perdue ».
Dans les termes du grand théologien anglais Wycliff, Poutine est comme Macbeth après avoir ensanglanté l’Ecosse: s’il a la « postestas », la matérialité du pouvoir, il lui manque le « domninum », la réalité de celui-ci et l’autorité mystique qu’elle confère…
Fais gaffe aux voleurs de poules aperçus à Chaville, D. !
https://www.facebook.com/reel/1586827925776324
@ Les mots et les choses, le « best seller » de Foucault… ouah !… on aura tout lu sur c’te chaine… C’est un peu comme l’Hagège, « l’homme de parole » en linguistique, un best seller que peronne n’a jamais lu !… L’Arasse, lui, a dû reconnaître d’avoir causé de ce qu’il n’avait pas pigé, trop compliqué for him, sans doute, était un peu trop myope apèrs sa théorie, voyait plus de trop près (ça s’en va et ça revient, Et Daniel, je l’aimais bien comme pédagogue pour le peuple)…
C’était l’histoire de la glose. Et toij, Ménine Grégoire, tu l’aimes-tu, ce tableau, et pourquoi ? As-tu de « bonnes raisons » de pas l’aimer, comme Jorge ? (on s’éloigne). Qui a décrété qu’il fallait l’aimer, bon dieu ?…
Té, moi par exemple, j’ai préféré le détective JP Postel à la recherche du mystère des époux Arnolfini chez Van Eyck avec le miroir au milieu, où on décèle la présence de Van Eyck. Voilà un book fascinant qui a dû emporter bien plus de suffrages et procuré beaucoup plus de bonheurs que la bave de tous les trissotins de l’histoire de l’Art réunis, penchés depuis trois siècles sur le Welasquaise. Il a bien pu raconter n’importe quoi, ce Postel, et on s’en ouf… T’as eu du plaisir ou t’en a pas eu, à suivre son histoire, oui ou non et à scruter le tableau au fur et à mesure ?… C’est-i pas ça qui te guide devant une toile ?…, le plaisir avec un bon qui te prend par la main, vu qu’il en sait juste un petit plus que toi, ce qui ne le rend pas arrogant pour autant ? l’Admiration, ben oui, elle est là… je sais pasj’moi.
nb/ Tu…,? je me parle à moi-même, comme d’hab, ne vous inquiétez pas, roxanette 🙂 Pas de quoi, non plus, en déduire, Machin, que l’Europe s’est effondrée face à la fin de la pensée critique. OK, on est d’accord… c’est pas Finkie, BHL, Onfray, ou BLBG sur l’RDL qui vont nous la relever, hein…
Bon, je Sorj…, chalandon 🙂
Il semble que Patricia Kass continue à se faire du blé en Russie, car elle y est très populaire. Et chacun gagne sa croûte comme il peut, pas vrai, Mireille et Gérard ?
A chaque printemps c’était une hallucination insoutenable… Ah bon ? les marronniers vous faisaient l’effet d’un phallus au repos ? Eh bé… chacun met sa bite dasn un coin de son cerveau où il y a de la place. Et avecle platane, ça a marché ?… Parait qu’il fut jadis fatal à un « fan » de Marine LP, j’ai oublié son nom et la manchette du journal qui avait blagué là dessus. Wouarfl !
(on rigole, c’est dimanche, hein, le bon dieu de Dédé est au repos du 7e jour… Pas vrai, Tadzio ?)
Quelle scène ridicule, le professeur Aschenbach sanguinolent dans sa chaise longue, avec son rimel dégoulinant… qui trépasse dans un râle au soleil couchant. Quand je pense avoir été ému, jadis, par cette scène ! Merci de nous l’avoir remis sur la bande passante, jzmn. Bàv.
La malédiction du patrimoine culturel : des tombes et des vestiges de l’époque phénicienne ont refait surface après les intempéries qui ont ravagé la Sardaigne.
N’oublions pas que Foucault, dans son délire, a soutenu le fondamentalisme nazi-islamiste de Khomeiny en Iran.
Saul Leiter, Untitled, 1950 :
https://miro.medium.com/v2/resize:fit:1000/format:webp/0*iq6RgOizG-Owq6hb.jpg
Cela s’est passé près de chez vous : en août 1945, Federico Sánchez /Jorge Semprun, de retour de déportation en août 1945, chute d’un train ; Il rend compte de l’épisode dans « L’Évanouissement ».
« — Vous avez eu un accident, dit le pharmacien. Vous êtes tombé du train de Paris, juste au moment où il entrait en gare. Vous êtes blessé. Au bout du corridor, la dernière porte s’ouvre alors, dans un grand fracas, et c’est de nouveau cette même porte qui donne sur l’extérieur, sur le sifflet de la locomotive.
— Ah ! bon, dit-il. Et il ne fait plus aucun effort pour se redresser, pour résister à sa douleur. Il se laisse aller en arrière, il sombre dans cette raideur brutale de tout son corps, ce lancinement sur le côté droit de son crâne, qui se répercute jusqu’au plus profond de lui-même. — Quelqu’un dans le train vous a reconnu, dit le pharmacien. Vous avez de la famille, dans le haut du village. On va vous y conduire en ambulance.
(….)
La camionnette a dépassé le croisement de la route de Paris et elle commence à attaquer la montée, dans un grincement du levier de vitesses. Alors, comme il est allongé dans le sens de la marche, les pieds vers l’avant de la voiture, il voit se dresser au bout de son regard le haut de la colline, avec les arbres entourant les maisons et le clocher de l’église. À mesure que la pente s’accentue, le paysage, dirait-on, commence à basculer sur lui, sur ses yeux que la sueur irrite, sur son visage crispé par les dents qui se serrent. La camionnette arrive au sommet de la pente, tourne à gauche, devant l’épicerie-café-tabac de Mme Robbe, et s’immobilise au bout de la rue. Il voit la croix, au carrefour, et l’amorce de la route qui monte vers le Lapin Sauté, vers les arbres, le vent, les longues marches, l’automne, la forêt (…) »
C’est là qu’il se refera une santé & repartira au combat.
en août 1945, once is enough…
Ce Monsieur Jasi est vraiment dégoûtant.
@JJJ
vous dites que personne n’aurait lu les mots et les choses
vous exagérez ;le livre est peut -etre un peu oublié mais il avait en sn temps vivement intéressé le grand public
Certes je n’ai pas compris le lien entre ce morceau de bravoure un peu abscons sur les Menines -et le reste du livre.
Mais on ne peut qu’être émerveille par la dissection à laquelle Foucault procède dans le traitement de son vrai sujet, devant ses analyses et réflexions lumineuses sur la manière dont l’esprit découpe le réel pour lui donner un sens .
Rien à voir avec « l’homme de paroles » ce bouquin où comme dans ses cours au collège de France ce grand linguiste et aussi grand cabotin recyclait le « Que sais-je « de ses dèbuts
Son cabotinage avait fait un tabac chez Apostrophe. au point que toutes les « ménageres de moins de 50 ans »‘étaient précipitées pour l’acheter lendemain en revenant du marché…. et se sont retrouvées bien flouées
Boris Cyrulnik : Ne gâchez pas votre vieillesse.
A propos de tableau celui qui est pour moi le plus éclairant sur notre époque c’est celui d’Holbein les Ambassadeurs, je le regarde comme un instant de vérité alors qu’en arrière plan dans ma tête il y a un point douloureux sur l’Iran, que le moyen orient se disloque et qu’il y a des grosses lâchetés. Chacun s’aveugle sans voir l’ensemble dit l’astrologue, car la vague révolutionnaire dépasse l’humain qui ne réalisera qu’après coup.
un documentaire très récent que l’on peut voir sur Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/116024-000-A/les-ambassadeurs-la-face-cachee-du-monde/
3J, les fleurs seulement, certes elles sont un peu volumineuses mais dressées fièrement et elles m’amènent à penser à une verge en érection, sûrement mon expérience de la chose est-elle plus fournie que la vôtre. Une foule d’objets peuvent servir à ce symbole, des grattes-ciel en passant par certains végétaux, champignons, fleur monstrueuse dont j’oublie le nom et qui pue, etc etc.
Ce n’était en outre pas tout à fait sérieux , mes balades solitaires entraînent aux digressions amusées.
La fleur se nomme le phallus du titan, le champignon le phallus impudicus.
La pierre se nomme visage, paréidolie.
@ »les-ambassadeurs-la-face-cachee-du-monde »
dans ce tableau il y a un petit détail que j’aime bien, c’est la corde cassée du luth renaissance à 7 choeurs posé sur l’étagère du bas.
pourquoi donc a-t-il peint ce luth avec une corde cassée qui le rend inutilisable ?
pour montrer que la petite musique de ce tableau avec l’arrogance de ces 2 kékés partis pour imposer leurs règles au reste du monde et sanctionner ceux qui ne les respectent en fait c’est tout du flan ?
ah oui c’est bien vu, Luth, Luther, Lutte c’est une pensée inaudible peut-être ?
@ »Dans les termes du grand théologien anglais Wycliff, Poutine est comme Macbeth après avoir ensanglanté l’Ecosse: s’il a la « postestas », la matérialité du pouvoir, il lui manque le « domninum », la réalité de celui-ci et l’autorité mystique qu’elle confère… »
la russophobie des britanniques leur a complètement fait perdre les pédales.
ils feraient mieux d’oublier Poutine et gérer leur pays qui part compelt en déconfiture avec des changements de 1er ministre tous les 6 mois.
en fait comme les mecs sont des incapables et qu’ils ne peuvent pas remettre leur pays sur les bons rails ils essaient de trouver des responsables partout ailleurs plutôt que chez eux.
s’ils arrivent à trouver un premier ministre qui parviendrait au centième du résultat de Poutine ce serait déjà un miracle pour eux.
et comme ils savent qu’ils le trouveront jamais et que leur pays continuera de façon immuable de s’enfoncer dans la déchéance morale et économique la plus totale il leur reste plus qu’un truc : la jalousie.
du genre mais pourquoi nous qui appartenons à une race supérieure à ces slaves on n’arrive pas sortir de notre bordel économique et social et qu’eux ils ont réussi.
plutôt que lire Macbeth il ferait mieux de lire Othello : la jalousie c’est un truc qui finit toujours mal.
Celle qui voit des phallus partout.
Elle devrait lire des guides pratiques de bricolage toujours bien outillés en illustrations.
« Il semble que Patricia Kass continue à se faire du blé en Russie, car elle y est très populaire. Et chacun gagne sa croûte comme il peut, pas vrai, Mireille et Gérard ? »
tu veux aussi la mettre sur la liste noire ?
incroyable tout est en train de s’étriquer, on a l’impression de vivre dans une loge de concierge où l’on regarde et commente ce que font les uns et les autres.
jusqu’à nouvel ordre cette femme a le droit de partir chanter où elle veut et en plus elle t’emmerde !
Avec mon cher ami Robert, nous avions passé une soirée mémorable avec le frère de Claude Hagège, Michel, directeur général de la revue Auto-Moto, pour l’anniversaire de ce dernier, dans un club du Marais. Tout sauf un cabotin, le Michel, solaire et plein d’humour.
Perso, mon Foucault est celui de l’Histoire de la folie à l’âge classique sur le Grand Renfermement, de Surveiller et punir, notamment avec son étude du panoptique benthamien qu’il applique au-delà de la prison, ainsi que la partie de l’Histoire de la sexualité, où il bât en brêche la doxa d’une Angleterre victorienne prude et consciente de l’être.
Une oeuvre qui durera tant qu’il existera des épistémé, des états des connaissances fondées sur la raison…
‘il bat’ suffira
@ »Effectivement,
Car, tout en contestant en termes définitifs l’approche de Foucault, Daniel Arasse salue l’ exploit d’acrobatie intellectuelle que représenterait ce texte »
pas la peine d’ajouter « effectivement » : tout ce que je dis est effectif !
la débilité c’est de critiquer ce texte de Foucault en le prenant pour la critique d’une oeuvre d’art alors que s’il l’a mis introduction à son livre sur les différentes périodes de l’épistémè c’est effectivement pas pour nous pondre une critique d’art parce que ça n’aurait aucun sens ni pour lui ni pour le lecteur.
en fait la démarche de Foucault est de montrer que dans la connaissance du monde l’homme occupe une place plus en plus importante au fil des époques, son seul tort serait peut-être de ne pas essayer de trouver une logique « politique » à ce processus.
@ »alors qu’en arrière plan dans ma tête il y a un point douloureux sur l’Iran »
vu le matraquage médiatique sur ce pays j’imagine que c’est un point douloureux dans ta tête.
là encore des points douloureux tu peux en trouver à la pelle dans ton pays !
du coup ne te laisse pas embarquer par les médias qui essaie de créer un climat toxique justifiant une guerre à venir et pense plutôt à ton pays.
en plus si on provoque les iraniens comme on a provoqué les russes c’est sûr que ça va nous péter à la figure !
du coup le mieux est d’oublier complet l’Iran, Poutine, la Chine !
si on entre dans le jeu des médias on va droit à la catastrophe.
c’est là qu’on voit ces histoires d’émancipation de l’homme moderne c’est tout du flan.
il suffit que tous les médias matraquent les gens sur un sujet pour que ça les rende dingos !
comment les individus n’arrivent-ils même pas à s’émanciper de cette propagande médiatique qui ne vise qu’à une seule chose : provoquer des guerres !
sérieux les gens ne sont-il pas assez adultes pour s’extraire de cette propagande médiatique qui en plus est totalement nulle !
Chantal
Superbe toile Les ambassadeurs, ces tissus chamoirés, cette surabondance de détails, serait-ce parties composant un cabinet de curiosités ?
Et l’os de seiche est-il l’immense posé en diagonale devant les deux hommes ?
Renato,
Je vous ai lu. Et suis circonspecte : ne sais pas trop où lettre l’amour dans l’art
Nota : ne pas avoir les bases, ce n’est pas grave. J’ai mon bac. Et deux concours derrière. Et puis, franchement, j’aime beaucoup les autodidactes.
Je vais vous relire dans l’espoir de vous comprendre.
Où mettre l’amour dans l’art.
@Rose
Non « l’os de seiche » est une déformation ,par anaformose, d’un crâne
La famille léZard participe aux combats de la Libération de Cannes
Oui, Rosanette, je l’ai lu, mais situé où dans la toile ?
@rose
au pied des ambassadeurs
lire « anamorphose »
renato dit: 25 janvier 2026 à 12h06
Rose,il n’est pas facile d’expliquer quelque chose à quelqu’un qui n’a pas les connaissances de base requises, c’est-à-dire à quelqu’un qui n’est pas familier avec les classiques. Cependant, comme je suis un bon garçon, je vais essayer.
En bref, le terme « art » n’existe pas en grec. Les Grecs utilisaient plutôt le mot « tekne », qui ne signifie pas « technique », mais plutôt « savoir-faire ». Cela correspond à la faculté de comprendre comment créer quelque chose de fonctionnel et de qualité, en l’adaptant parfaitement à son usage. Autrement dit, le savoir-faire consiste à comprendre comment réaliser une tâche de manière utile.
Bien sûr, on pourrait penser que cela ne concerne que le créateur, en réalité, le spectateur est également impliqué dans le processus de l’œuvre, et ce n’est pas une idée récente (duchampienne, déjà : « c’est le spectateur qui crée l’œuvre », voir aussi The Hidden Dimension pour la relation physique et perceptive entre l’œuvre et le spectateur : approche proxémique — sans oublier les dimensions spatiale, temporelle et linguistique, notions souvent galvaudée), mais une constante dans la perception de l’art chez les Grecs déjà — à partir du VIIe siècle avant J.-C. — mais probablement déjà dans les cultures précédentes —.
Bien sûr, le processus d’identité bien à part, l’interprétation n’est donc que l’expression d’approches subjectives de la réalité de l’œuvre, et nous pouvons nous en passer. Toutefois, ce que nous considérons comme réel n’est en réalité qu’une ombre ; Giordano Bruno parlerait d’une trace, d’une réalité plus vaste que nous ne pouvons qu’imaginer. À la fin du XIXe siècle, ce problème, qui remonte à Platon, devient l’objet d’une analyse scientifique : Duchamp substitue à l’intuition romantique de l’esthétiquement ancien et subjectif une intuition nouvelle et plus objective.
Avant d’améliorer ces quelques mots, si j’en ai envie, un rappel. Dans un monde où l’œil est constamment soumis à une série d’épreuves, le plus souvent inconscientes, l’art est un exercice qui met à l’épreuve bien plus que notre simple capacité à voir et à percevoir. Si vivre signifie s’émanciper de toute obligation, alors l’art, utilisé comme une épreuve, peut servir à mesurer, sans cesse, notre véritable conscience de notre liberté. Or, rien n’est plus limitant et aveugle que l’amour.
Renato
Bah, Renato, sur deux points, je ne plussoie pas.
Le premier c »est Duchamp.
À mes yeux un escroc.
Je mettrai bien aussi Andy Wharhol avec.
Le second, c’est l’amour, limitatif et aveugle. Parce qu’aveugle, on restreint le périmètre, normal, mais dire limitatif alors qu’il n’y a rien qui ouvre autant un espace illimité que l’amour, je ne vois pas à quoi cela correspond.
Ce n’est pas grave.
Je vis ma route, je suis mon chemin.
Deux autres peintres m’ont abalobée, j’en parlerai ultérieurement Zurbaran et Mariano Fortuny qui est mon peintre espagnol préféré.
Quoi de plus immense que l’amour qui repousse toutes les frontières.
Ai vu une œuvre de Fortuny, photos interdites au Prado, je regardais la gardienne, en coin, je n’ai pas pu, en peignant, il est mort, arrêt cardiaque. Œuvre incomplète, d’une beauté incommensurable.
B.
Les choses, ça s’explique pas. Vous avez la chance de trouver les liens -excellents – je vais lire le vôtre, et de vivre à côté du musée Fabre qui est extraordinaire. Vous aurez vos coups de cœur.
Ce soir j’ai bouffé des raviolis.
Et si ce ne sont pas Ménines, on s’en fout.
En ce qui me concerne, on m’en avait beaucoup parlé. Quel pataquès.
Or, je viens de comprendre que rien ne vaut de voir une toile, in situ, et dans sa dimension.
Cela a été un immense choc au cœur.
L’infante, et l’infante.
Dites ce que vous voulez sur tout le tralala. J’ai vu l’infante, et la photo merveilleuse qu’à mis Chantal en lien, j’ai cru que c’était une toile, c’est aussi l’infante : elle est lumineuse, elle m’a bouleversée.
Il n’y a pas de règles, il n’y a pas de normes. Y a l’émotion qui vous submerge, ou pas. La photographe dans Rêver, a saisi la totalité de cette beauté, c’est une réinterprétation lumineuse. Je voudrai l’avoir chez moi, cette photo. Intertextualité, dit-on en littérature.
« Où mettre l’amour dans l’art. »
Nulle part ! On ne peut que prendre du plaisir ou apprécier.
Bien sûr, Flaubert recommande d’aimer l’art, car, de tous les mensonges, c’est celui qui ment le moins ; mais les histoires d’amour ne fonctionnent pas devant des œuvres d’art.
Cela dit, après tout, il est facile d’apprécier une œuvre pour ce qu’elle est sans se perdre en inutiles spéculations ; en ce sens, j’attire votre attention sur mon post à 13h36.
« À mes yeux un escroc. »
Ce point de vue est plutôt amusant !
Riez, Renato, riez.
dans le midi, on dit volonyiers à ine jeine femme « ma nine » serait ce une de ces Menines?
bonsoir
renato dit: 25 janvier 2026 à 13h36
Le collectionneur avait payé cher pour la botte d’asperges. Manet a donc peint un petit tableau avec une seule asperge, comme si une était manquante dans la botte représentée dans le tableau vendu.
L’asperge s’intègre harmonieusement au décor, comme si elle faisait partie intégrante de son corps (corp du décor). Cette harmonie est renforcée par l’unité de la palette de couleurs : l’asperge isolée semble disparaître dans le décor, ce qui met en évidence sa présence et lui permet de s’approprier l’espace.
Finalement, l’idée de monochrome bien à part, cette asperge solitaire suscite une réflexion plus profonde (presque léonardesque) que la trop anecdotique botte d’asperges.
Renato, à 13h36
Joli et alii !
Inès de la Fressange a appelé une de ses filles Nine.
Ici, c’est plutôt un mot d’amour, un homme disant à sa femme ma nine.
Les mes nines !
Vous avez retrouvé votre humour et alii
Il m’est arrivé de ne pas comprendre quelque chose, mais l’idée que l’auteur soit un escroc ne m’a jamais effleuré l’esprit : je mets le doute ailleurs, peut-être je ne suis pas assez cultivé.
Nous n’avons pas les mêmes origines, Renato.
Je suis femme de ménage au musée archéologique des champs phlégréens, à Bacoli. Un artiste, dans une expo.temporaire, suspend une petite serpillère a côté d’un tabouret en bois. Je range le tabouret dans le placard et fous la dernière dans le seau. Et je me demande qui est cet escroc.
la serpillère
Moi, plus banalement, je me demande : « Pourquoi ? »
REGINE DETAMBEL
Le musée Fabre
Au soir de sa vie, le peintre Montpelliérain François-Xavier Fabre (1766-1837), élève de David, légua à la ville l’ensemble de ses collections de peintures, essentiellement italiennes et françaises, constitutives du musée auquel son nom reste attaché. Par la suite, le musée s’enrichira de nombreuses toiles impressionnistes, notamment celles d’un autre artiste local célèbre, Frédéric Bazille, né en 1841 et mort prématurément durant les combats de 1870. Depuis, le musée Fabre n’a cessé de croître et d’embellir, pour atteindre aujourd’hui à une véritable dimension d’envergure européenne. C’est ce haut lieu de culture de la ville que la romancière Régine Detambel, qui est née en 1963 à Montpellier et y vit toujours, nous propose de découvrir sur ses pas, au gré de sa mémoire et selon la méthode des Anciens : « Dans l’Antiquité, qui ignorait l’imprimerie, la mnémotechnie avait une importance vitale. » N’hésitant pas à recourir aux préceptes, entre autres, du poète grec Simonide de Céos, qu’elle résume pour nous : « Sa méthode, en deux mots : il faut se former des images des choses qu’on veut retenir, puis ranger ces images dans divers lieux. Alors l’ordre des lieux conserve l’ordre des choses. En quelque sorte, les lieux sont des tablettes de cire sur lesquelles on écrit ; les images sont les lettres qu’on y trace. » Visite subjective !
« J’étais en classe de terminale quand j’ai entendu parler des arts de mémoire. Sur les conseils de la professeur de latin, le bâtiment tout naturellement élu pour tester mes capacités était celui qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler « l’ancien » musée Fabre. Les Sébastien Bourdon ou les pâtres de Laurent de la Hyre, au milieu des ruines antiques, me laissaient rêveuse. Je me demandais quelles images avaient été déposées par de jeunes patriciens au pied de ces colonnes, maintenant couchées, rompues, dévorées de lierre. Quand aux miennes, d’images, qu’on imagine pour elles une mnémotechnie de baccalauréat. Où avais-je placé l’année 1917, la géographie du Bénélux (au pied de l’arbre mort de Jacob van Ruysdael dans Paysage par temps d’orage ?), le monde des Idées, l’analyse des Fleurs du mal (dans la pipe du Baudelaire de Courbet ? dans son encrier ?) les verbes irréguliers allemands, la vie de Socrate ? Faute d’entretien, elles ne me sont pas revenues, ces images prosaïques, quand j’ai visité, trente ans plus tard, le « nouveau » musée Fabre. Les œuvres pourtant étaient les mêmes. J’ai soulevé le Corot, secoué le Millet, retourné le Coypel, j’ai soufflé la poussière sur le lion de Barye, mais je n’ai pas retrouvé mon bric-à-brac de potache. Rien. Juste une vacillation devant Le Gâteau des rois de Greuze, le souvenir aigu mais affreusement frustrant que j’avais déposé autrefois, à la place de la fève, un nom ou un prénom ou un sentiment, un ressenti, bref quelque chose de grave et d’important pour une fille de seize ans, mais à quoi je n’avais désormais plus accès et sur laquelle maintenant s’agaceraient, se casseraient les dents du ressouvenir.
Dans une version non mentale et par conséquent plus salissante, c’est un peu le travail de Claudio Parmiggiani dans les Delocazione. Il dispose des éléments – tableaux, objets – dans une pièce, puis attise un feu de pneus dont la fumée grasse se déposera partout. Lorsque les objets seront ôtés, l’œuvre apparaîtra comme leur empreinte de poussière ou de cendre.
Au terme de ma deuxième visite qu’on pourrait appeler contre-visite, du « nouveau » Musée Fabre, j’avais parfaitement mémorisé les emplacements des œuvres, des anciennes comme des nouvelles (Soulages, Hantaï). Et je me suis dit que, si un tremblement de terre devait abattre la toiture et ensevelir œuvres et êtres sous les décombres, je serais apte, comme chacun des conservateurs et sans doute comme chacun des guides et des gardiens, à certifier que les Matisse se trouvaient là et Sarah Bernhardt ici. Mais si une catastrophe de ce genre devait arriver, c’est évidemment Parmiggiani qu’on appellerait.
(« Le Musée Fabre par 4 chemins », éditions méridianes, 2011)
Jazzi
Merci, je ne connaissais pas son histoire. Il y a son parc autour, planté parfois d’especes rares. Repérer le ginkgo biloba, là ou dans le jardin botanique.
Hier, je suis allée dormir devant Magellan du réalisateur philippin.
Quel ennui mortel, 2h44 !
En entrant, je songeais au Magellan de Stefan Sweig qui nous emporte dans son enthousiasme.
Et puis, intervient ma vision mentale de l’individu. Il était explorateur. Number one, sa priorité était de trouver un passage reliant un’ocean à un autre et pas d’évangéliser des indiens.
Certains actes sont posés, comme la rébellion de l’équipage, sur une des caravelles, mais l’ensemble n’y est pas, ou bien phagocyté par sa problématique de démolir le colonisateur.
Et là, dans ce domaine là, on n’a pas finir d’en bouffer de la colère.
Renato,
Vous vous demandez pourquoi réagir comme ça ou bien pourquoi l’artiste a t’il choisi ce parti pris ?
Je comprends de vous pourquoi at’il mis une serpillère et un tabouret en bois ?
Moi, je suis furieuse et je remets les objets à leur place. Vous voyez la différence de traitement du sujet ?
Et bien Marcel Duchamp, il me fait ça comme effet. Il me met en colère.
« Magellan » de Lav Diaz, avec Gael García Bernal, Roger Alan Koza et Dario Yazbek Bernal.
Je me suis embarqué sur le Magellan.
Dieu que ce Magellan, est lent !
Une longue succession d’images sombres et quasi statiques de près de 3 heures retraçant les grandes expéditions du célèbre navigateur portugais où, malgré une mutinerie, quelques exécutions capitales et de nombreux massacres dont on ne voit jamais l’action principale mais seulement les conséquences, on a l’impression qu’il ne se passe rien.
Une page de l’histoire mondiale du XVIe siècle, contée à la manière bressonienne plus qu’hollywoodienne, propice à favoriser des instants de sieste en fauteuil pour le spectateur.
https://www.youtube.com/watch?v=AZshl7JW5Vg
LA ROQUE
La promenade du Peyrou
Distingué amateur d’art de la fin de l’Ancien Régime, M. de La Roque estimait que le voyage en France, tout comme celui d’Italie, était une étape initiatique indispensable à tout jeune gentilhomme digne de ce nom. Son goût personnel le portait vers les antiquités romaines et l’urbanisme néo-classique propre au siècle de Louis XIV. Avant une visite obligée de la Maison carrée de Nîmes ou du pont du Gard, ses pas le conduisirent tout naturellement à Montpellier, où il apprécia tout particulièrement, non sans émettre quelques critiques pertinentes, les nombreuses places et jardins de la ville. La recension qu’il fit de sont propre itinéraire, en 1783, s’agrémente de pittoresques informations pratiques qui en firent un des premiers guides à l’usage des voyageurs de l’époque : « Lorsqu’on se propose de faire quelque séjour à Montpellier, il vaut mieux prendre un logement garni (qui y sont très propres et toujours assez communs), où l’on se fait apporter à manger par les meilleurs traiteurs, à un prix honnête. La dame Perret a de fort jolis bâtiments, et très proprement meublés ; elle demeure même rue que l’hôtel du Petit-Paris ; conséquemment à portée des plus belles promenades, et de la salle de spectacle. » Exemple d’une visite à ne surtout pas manquer !
« La place du Peyrou est de la plus noble simplicité ; elle domine sur un horizon immense, et dont la variété n’offre rien de pareil en Europe. On aperçoit à gauche la Méditerranée, de l’autre côté les montagnes du Roussillon, et dans un temps clair et serein, celles des Pyrénées. L’on parvient à cette délicieuse place (du côté de la ville) par un bel arc de triomphe, qui mérite une toute autre issue que celle qui y conduit. Cette place est traitée en terrasse : de larges trottoirs circonscrivent sa vaste enceinte. Quatre grandes parties de gazon entourent et servent d’empattement au piédestal sur lequel est posée la statue équestre de Louis XIV en bronze, exécutée par Coysevox : c’est un superbe morceau ; et de l’aveu des connaisseurs, l’un des plus beaux de ce genre que l’on connaisse ; après toutefois celui de Marc Aurèle, que l’on admire à Rome.
On a élevé à l’extrémité de cette place (en opposition de l’arc de triomphe), une sorte de belvédère, que l’on nomme sur les lieux le château d’eau ; il est d’une jolie forme et d’une exécution séduisante : tout y est aussi soigné, aussi recherché, aussi fini, que l’est une tabatière de prix ; mais son genre est peu analogue au sujet qu’il remplit ; qui demandait du rocailleux, des congélations, etc. D’ailleurs ses angles massifs font perdre autant de points de vue, qu’il était important de conserver. Il est sensible qu’une rotonde formée de colonnes isolées eût mieux rempli le double objet, qui semble avoir présidé à l’érection de ce pavillon-ci : alors l’œil perçant à travers des entre-colonnes aurait joui du découvert que l’on est affligé de perdre. On reproche encore la lourdeur du couronnement de ce petit édifice ; il est vrai qu’il n’est point heureux. Nous osons croire qu’un obélisque bien traité eût terminé plus satisfaisamment cette partie de la place ; le piédestal qui l’eût supporté pouvait être disposé de manière à rendre les élancements, les nappes et fuites d’eau*, qui partent du socle de ce petit temple, sans beaucoup de convenance et d’à propos.
Au pied de cette immense et magnifique terrasse, et dans le pourtour que trace son enceinte, sont disposées deux promenades charmantes, ornées chacune d’une pièce d’eau : l’on communique du sol de la place à ces deux promenades par des vastes et beaux escaliers. Les grilles qui closent cette belle place sont d’un goût et d’une exécution qui laissent peu de choses à désirer**. »
(« Le Voyage en France »)
* L’on ne doit point oublier de remarquer le bel aqueduc qui amène (d’environ trois lieues loin) l’eau qui décore cette charmante place ; et d’où elle se porte ensuite dans divers quartiers de la ville.
** Il est probable qu’avec le temps on ne laissera point subsister les anciennes et laides murailles qui ferment et closent la ville de ce côté [notes de l’auteur du texte].
VALERY LARBAUD
L’allée Cusson
« Le moment le plus agréable dans l’allée Cusson : de dix heures du matin à midi. C’est un admirable lieu de lecture, cette allée surélevée au cœur du Jardin des Plantes, entre deux murs de verdures variées : yeuses, pins, gingkos-bilobas, bambous épais, arbres de Judée, que dépassent les cimes d’autres pins et des micocouliers géants. Le soleil éclaire l’allée dans toute son étendue et en travers. Le toit polychrome de la cathédrale reçoit la lumière de telle sorte que ses couleurs vives se voient bien. C’est la seule chose de la ville qui soit visible, cette tapisserie multicolore, et cependant la ville entoure le jardin. Un banc sous les branches, et ces escaliers qui vous portent jusque sur l’allée. Pas trace des saisons : les murs végétaux sont toujours verts, les ombres sur l’allée, toujours les mêmes ; le seul signe avant-coureur du printemps, c’est, à une des extrémités, l’énorme floraison mauve de l’arbre de Judée. Allée hors des saisons et au-dessus des jardins, de tous les jardins.
En hiver, le ciel du Nord vient parfois s’interposer entre la ville et le bleu métallique de la voûte méditerranéenne. Ciel d’un gris lumineux, mais épais et profond, et abondant, laissant traîner des nuées blanchâtres sur les collines, parmi les maisons blanches à terrasses et les bosquets de chênes verts et de pins maritimes, et ces arbres très hauts, aux mille petits rameaux serrés les uns contre les autres, rigides, qui forment un mur épais, tandis que plus haut les grosses branches développent largement de sombres plumages, des dômes, des éventails, de longs écrans verts, insensibles aux changements des saisons, et qui résistent au vent : grandiose ombrage perpétuel, curieusement inutile pendant que ce ciel demeure sur nous. De l’esplanade, on voit les deux rangées de platanes de la route de Nîmes, dénudées, hautes, d’un brun rougeâtre sur l’horizon blanc.
Il existe à la bibliothèque du musée Fabre, un livre intitulé : le Jardin des Plantes de Montpellier, poème. La préface a le ton romantique des Préfaces de Victor Hugo ; le poème est dans la pure tradition delillienne, et on est surpris d’y voir, d’y entrevoir plutôt, une allusion à l’allée Cusson, tant ce poème pourrait convenir à n’importe quel jardin botanique. La poésie des jardins de Montpellier, c’est Paul Valéry qui l’a exprimée dans deux ou trois de ses poèmes*.
(« Septimanie in Jaune Bleu Blanc » Œuvres, bibliothèque de la pléiade,
Editions Gallimard, 1958)
* Notamment dans le court poème titré MONTPELLIER, inséré dans son recueil Mélange : « Pureté vraiment rare de l’atmosphère. La lumière fixe ce lieu pétré, et ses jardins, masses contenues par des silhouettes nettes./Au fond de la fente, ruelle entre maisons de pierre grise et fine aux ombres délicates, paraît comme un bijou, comme un émail précieux, une montagne d’un bleu charmant, avec pins autour. »
Il n’y a pas de règles, il n’y a pas de normes. Y a l’émotion qui vous submerge, ou pas.
Rose, ne vous laissez pas déborder par vos sentiments ni par les conseils en boîte Manzoni d’ici.
Documentez-vous par des livres appropriés, ça existe!
Bonne journée.
L’Office du tourisme de Montpellier t’a payé combien, JB?
Je suis riche de mes actes gratuits, closer.
Le prix de la liberté !
Mais j’accepte les dons…
https://www.mercuredefrance.fr/le-gout-de-montpellier/9782715232327
Tout à un prix, même la gratuité.
Alfred,
Oui.
C’est cela qui fait que je suis fortunée.
Je me questionne seulement sur le motif qui a poussé l’artiste à prendre une décision, rose.
En passant, les raisons de votre colère et le fait que vous remettiez les objets à leur place ne m’intéressent point, car je ne m’intéresse pas aux raisons de ceux qui apprécient, et encore moins à celles de ceux qui n’apprécient pas.


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